Histoire de la CII

 
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1970-1971

Cette page est pour l'instant incomplète.  Les informations spécifiques de chaque ordinateur seront disponibles dans les pages appropriées relatives aux systèmes d'origine CII. Les documents de référence les plus encombrants sont disponible sur ce site via des hyperliens.

A partir d'un ensemble de documents extraits des archives Bull-CII, collectés sous forme chronologique, j'ai essayé d' en regrouper la teneur par sujets.

Stratégie

La période 1970-1971 correspond à la période de maturité du premier plan calcul et au développement de la commercialisation des produits conçus dans le cadre de ce plan. En 1972, entrera en vigueur le second plan calcul qui sera suivie par la naissance de Unidata.
Les deux années virent une très grade activité dans la recherches d'alliances tantôt sur le plan français avec une tentative de remettre Honeywell-Bull sous le giron français et une autre sur Logabax, mais surtout sur le plan international avec le partenaire SDS repris par Xerox, avec Control Data, avec ICL en Grande Bretagne et surtout avec Siemens.

janvier 1970 : établissement des " Prévisions 1970 – 1976 ",
Ce document, classé secret,  a servi à la Délégation pour remettre au Ministère des Finances le plan de sept ans avec création d’une société de financement. Il fait un point sans complaisance sur la situation.
Le 30 septembre 1970: il est établi un avenant Activité Périphériques aux " Prévisions 1970 – 1976 ", document aussi classé Secret. . .

 

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Organisation interne

 

L’année 1970 voit l’arrivée de nouveaux responsables et des modifications de fonctions ou de structure.

janvier 1970 (CII Informations n° 8).

- Secrétariat Général : Monsieur François Jacquemin est entré à la Compagnie le 1er janvier 1970 pour occuper un poste nouveau, dépendant de la présidence, celui de secrétaire général chargé des affaires extérieures. A ce titre, il assume les fonctions précédemment exercées par le directeur des relations extérieures dont les services lui sont rattachés. Il assure d’autre part les relations de la Compagnie à haut niveau, notamment avec les grandes administrations, les sociétés-mères et les syndicats professionnels

- Direction de la Politique des Produits : Monsieur Gazalé est nommé directeur de la politique des produits. A ce titre, il est responsable de l’établissement des dossiers d’objectifs de produits futurs et doit éclairer la direction générale sur l’orientation probable du marché de l’informatique d’où pourraient découler de nouvelles formes d’activités de la Compagnie.

- Direction des Études Avancées : Monsieur Louis Brousse est nommé directeur des études avancées.

- Monsieur Chambolle, directeur de la division des études, prend sous son autorité la direction commerciale civile dirigée par Monsieur Renondin.

- Monsieur Guichet, directeur de la division militaire et spatiale, prend en plus l’étude, le développement et la commercialisation des petits ordinateurs civils.

- Monsieur Waroquier a été nommé gérant de la filiale allemande, CII GmbH, à compter du 1er janvier.

Au troisième 1970 sont annoncées les nominations suivantes:

- M. Henri Grumel a été nommé directeur de l’usine de Toulouse en juillet 1970, remplaçant à ce poste M. Chaussedoux, nommé directeur de l’exploitation de la division " Périphériques ".

- Dans le cadre de la Direction du Software et des Applications, M. Pierre Mounier-Kuhn a été chargé de la direction de D.F.I. (Direction Formation Informatique).

- Dans le cadre de la Direction Commerciale, M. Jean Prades a été nommé chef du département marketing.

- M. Philippe Renard, précédemment à la Délégation à l’Informatique, prend en charge dans le cadre de la Direction Centrale Industrielle les fonctions relatives à l’automatisation de la gestion dans la compagnie.

10 novembre 1970:

" A la suite du départ de M. Chambolle, M. Gaudfernau prend les fonctions de Directeur Délégué de la Compagnie.

 M. Toutain est nommé Directeur Central Industriel en remplacement de M. Gaudfernau ; il continuera d’apporter à M. Gest et à M. Guichet son appui pour l’exécution des dispositions concernant la division périphériques.

 M. Gaudfernau, dans le cadre de ses nouvelles fonctions, continuera d’assurer le pilotage de l’informatique interne de la CII, jusqu’à la mise en œuvre des étapes définies par ma note du 13 octobre 1970. "

Signé : Michel Barré

Note : M. Toutain, avant son entrée à la CII, était Directeur Général de la Sperac.

 

 

décembre 1970

- Détachée de DOSI, la Division Militaire Spatiale et Aéronautique devient une division opérationnelle rattachée à la Direction Générale et placée sous la direction de M. Peyroles.

- M. Ponty a été nommé Directeur des Affaires Internationales de la CII. Il était précédemment Directeur adjoint des Opérations Internationales à la Thomson-CSF, branche Équipements.

- La Direction des Affaires Civiles est prise en charge par M. Girolami-Cortona, précédemment directeur commercial de Honeywell-France.

 


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Consolidation CII-SPERAC

23 avril  1970: communiqué laconique de Fininfor : " La CII va absorber la SPERAC. " ; c’est le regroupement des activités " matériels périphériques " des deux compagnies.  La répartition du capital CII + SPERAC  sera la suivante:

juin 1970 : Éditorial du Président -directeur général Michel Barré.

Le premier semestre de l’année 1970, qui s’achève, marquera probablement une période importante dans l’histoire de la CII.

– Nous avons vu intervenir la fusion des activités CII et SPERAC.

– Nous avons mis en place une organisation décentralisée.

– Nous avons entrepris avec les Pouvoirs Publics une négociation fondamentale pour l’avenir de la CII.

La fusion CII / SPERAC est l’aboutissement logique des discussions menées par les sociétés-mères et les Pouvoirs Publics. Elle concentre sous une autorité unique le développement de l’informatique française, dans le cadre des conventions Plan Calcul et Périphériques ; elle fait disparaître des problèmes de frontières et garantit une politique coordonnée des études de périphériques et de conception de systèmes.

La décentralisation de l’organisation de la Compagnie, prévisible du fait de son expansion, concentre entre les mains de plusieurs autorités toutes les responsabilités concourant au succès des domaines qui leur sont confiés ; cette décentralisation était indispensable pour que les décisions mettant en jeu simultanément des considérations techniques, commerciales, industrielles et financières, puissent être prises rapidement à des niveaux bien informés.

Après six mois de travail, la CII a défini un programme de développement étendu jusqu’en 1975, construit sur des hypothèses raisonnables et très étudiées ; ce rapport, bien accueilli successivement par les sociétés-mères de la Compagnie et par les pouvoirs Publics, fait l’objet de la mise au point d’une convention dont on peut espérer la signature prochaine, et qui fournit à notre Compagnie une assise solide pour travailler avec la garantie d’une ligne de conduite concertée et clairement admise par tous.
Les moyens nous sont maintenant donnés, il nous reste à nous en bien servir.

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La CII face à Bull

20 mai 1970 : une nouvelle tombe : General Electric se retire du marché de l’informatique !
Ses activités vont être regroupées avec celles d’Honeywell, au sein d’une nouvelle compagnie nommée Honeywell Information Systems (HIS). Honeywell en possédera 81,5 % et General Electric 18,5 %. En ce qui concerne le transfert à H.I.S. des actions que G.E. détient dans Bull General Electric, il faudra obtenir l’aval du gouvernement français.

22 mai 1970: article paru dans Le Monde (signé Jacqueline Grapin).

L’informatique et les concentrations
Bull - General Electric ne devrait pas souffrir de son rattachement à Honeywell

La General Electric va céder à une autre société américaine, Honeywell, ses intérêts dans l’équipement pour l’informatique, y compris la participation qu’elle détenait dans la société française Bull - General Electric et ses filiales. Les deux grandes affaires américaines vont créer une filiale commune qui regroupera toutes les activités d’Honeywell dans l’informatique et les apports de la General Electric. Cette dernière conservera en propre ses réseaux de time-sharing et ses systèmes de commande de processus industriels.

Le capital de la nouvelle société sera détenu à raison de 81,5 % par Honeywell et de 18,5 % par la General Electric. Celle-ci recevra en outre un million et demi d’actions Honeywell représentant environ 10 % du capital de cette entreprise et une valeur de 110 millions de dollars (605 millions de francs). En d’autres termes, la General Electric conserve non seulement un intérêt financier dans le secteur cédé, mais prend pied dans la compagnie Honeywell. La majorité de la société Bull - General Electric que détenait la General Electric sera transférée à la nouvelle société américaine.

...

" Cette nouvelle est un constat d’échec de la General Electric qui renonce à poursuivre la lutte avec IBM. Elle surprend, quelques semaines après la campagne de presse de Bull - General Electric célébrant le redressement de ses affaires. La collaboration des équipes françaises de Bull et américaines de la General Electric n’avait certes pas été des plus faciles à organiser après les péripéties financières et politiques qui avaient abouti, il y a cinq ans, au passage de la majorité de Bull de l’autre côté de l’Atlantique. Mais l’espoir n’était pas perdu de voir cette majorité retraverser un jour l’océan en sens inverse. La transaction entre la General - Electric et Honeywell semble faire évanouir cette perspective.

Il est peu probable que le gouvernement français s’oppose à la transaction, et la Compagnie Internationale pour l’Informatique (CII), qui fabrique des ordinateurs dans le cadre du plan-calcul français, va trouver en face d’elle un concurrent plus puissant, tandis que le personnel de Bull - General Electric va devoir faire face, une fois de plus, à une situation nouvelle dont il a été tardivement informé. Il y a quelques semaines, Bull - General Electric annonçait triomphalement que non seulement elle ne faisait plus de pertes, mais avait réalisé en 1969 un bénéfice net de 2,39 millions de francs, tandis que sa filiale, la Société industrielle Bull - General Electric, enregistrait un profit net de 1,17 million. Les provisions et les amortissements représentent 139 millions : un gros effort d’autofinancement. Sur le passif de 500 millions accumulé les années précédentes, il restait toutefois encore près de 300 millions de pertes à éponger.

Les affaires de Bull - General Electric se redressent en effet. L’année dernière, ses commandes ont augmenté de 40 %, et, quoi qu’il arrive, on affiche toujours à l’étage de la direction, un solide optimisme. Pourquoi tout n’allait pas pour le mieux ces derniers temps dans le département d’informatique de la maison-mère General Electric, qui, dans l’ensemble, n’est pas encore parvenu au seuil de la rentabilité. Avec ses 400 000 salariés, ses 3 000 types de produits et ses dix départements d’activité, la quatrième affaire mondiale avait aussi d’autres chats à fouetter. Son état-major était moins concentré sur les problèmes de l’informatique que celui d’Honeywell, qui, de son côté, faisait de confortables bénéfices sur le marché des ordinateurs. Nul ne peut d’ailleurs prétendre concurrencer sérieusement aux côtés d’IBM (qui domine 60 % de ce marché) sans rassembler des moyens importants. L’informatique reposait à la General Electric sur un budget annuel de l’ordre de 1,5 milliard de francs, mais, en dépit de ses efforts, le groupe consacrait encore trois fois moins d’argent à ses investissements qu’IBM…

… Alors que la General Electric, qui vient – paraît-il – de faire une bonne affaire financière en cédant une partie de ses activités à Honeywell, est gérée " à l’américaine ", Honeywell est plutôt gérée " à la japonaise ".

Cela tient surtout à son fort taux d’expansion. Alors que la General Electric avait choisi, pour attaquer le marché des ordinateurs, la politique dite des " créneaux ", qui consiste à exploiter des produits différents de ceux d’IBM, Honeywell avait choisi d’imiter IBM en améliorant ses machines et en les proposant moins cher…

… Il est difficile de prévoir si le nouveau tandem franco-américain ira plus vite et plus loin que le précédent. Mais il est vraisemblable qu’il sera plus facile à Honeywell qu’à la General Electric de créer un esprit d’équipe avec les ingénieurs de Bull… Les ingénieurs de Bull vont rencontrer chez Honeywell des collègues moins épris de technique que de résultats économiques et commerciaux. Et ceux-ci trouveront chez Bull de bonnes équipes de chercheurs. Alors que le réseau commercial d’Honeywell est bien tissé aux États-Unis, celui de Bull est particulièrement bien implanté en Europe. La complémentarité des deux affaires apparaît ainsi à tous égards. Il reste à souhaiter pour elles que des barrières psychologiques ne s’élèvent pas entre leurs personnels.

En tout cas, la Compagnie internationale de l’informatique va trouver en face d’elle, à côté d’IBM, un concurrent unique, dont la puissance sera plus grande que celle de deux concurrents séparés. Honeywell seul fournit déjà 11 à 12 % du marché mondial des ordinateurs, Bull - General Electric 30 % du marché français…, alors que la CII n’approvisionne pas 10 % du marché national… "


Juin 1970 : reprendre Bull sous une majorité française en lui apportant la CII et en lui attribuant le programme financier accordé par le Plan Calcul paraît au gouvernement une opération intelligente.

Sur demande donc du gouvernement, une réunion a lieu au siège de Bull-G.E., à Gambetta, entre MM. Desbruères, Président Directeur Général de Bull, et Brulé, son adjoint, d’une part, et MM. Schulz et Barré, d’autre part. M. Brulé s’opposera formellement à l’opération, soutenant qu’aucun espoir de succès ne peut être entretenu dans l’industrie informatique sans une collaboration avec une grande entreprise américaine. (M. Barré, colloque du 7 juin 1995)

2 juillet 1970: note de Michel Barré à MM. Richard, Schulz et Danzin après sa rencontre avec des dirigeants du Groupe Honeywell-Bull.

"Au cours de conversations privées, la position des dirigeants du Groupe Honeywell-Bull m'a été expliquée de la manière suivante :

- Honeywell n’a aucune envie de bénéficier du Plan Calcul français ; travaillant à l'échelle mondiale, cette société ne voit que des inconvénients à donner à un Gouvernement européen un droit, même moral, d'intervenir dans ses options. 
Admettre de telles interventions conduirait probablement à des problèmes avec les autres Gouvernements européens, sans parler des interventions éventuelles du Gouvernement américain, du fait des relations politiques entre les pays en cause.

- Dans ces conditions, l'objectif du Groupe Honeywell-Bull est actuellement d'obtenir le démantèlement du Plan Calcul et de la CII de manière à faire disparaître l'obstacle qu'elle constitue entre Bull et les Administrations françaises.
Cet objectif est considéré comme largement préférable à la prise de contrôle de CII.

Une campagne d'information au niveau politique et dans la presse appuie cette idée directrice.
Ces commentaires ont été faits par une personne qui a gardé des contacts avec les milieux dirigeants de Bull-GE. Ils me paraissent correspondre très bien à l'attitude que nous avons rencontrée chez nos interlocuteurs."

29 juillet 1970 : communiqué du Ministère des Finances : " M. Valéry Giscard d’Estaing, ministre de l’Économie et des Finances, a autorisé, au titre de la réglementation des investissements étrangers, l’opération selon laquelle General Electric cède à la société Honeywell sa participation dans le groupe Bull General Electric. "

30 juillet : article paru dans Le Monde (signé Nicolas Vichney).

Bull reste américain mais le plan-calcul est relancé.

" La majorité du capital du Groupe Bull va être transférée de la General Electric à la " nouvelle compagnie ", qui fusionne la production des ordinateurs General Electric et Honeywell et qui, on le sait, a reçu le nom de Honeywell Information Systems Incorporated.

Simultanément le gouvernement va faire connaître son intention de poursuivre le plan-Calcul et de prolonger, à cet effet, les accords qui le lient à la Compagnie internationale pour l’informatique (CII). La CII va d’ailleurs officiellement annoncer son accord avec la firme américaine CDC. et elle fera connaître son intention de rechercher, en accord avec elle, une coopération avec la firme anglaise ICL. Les premiers fondements du " club " triangulaire, qui réunira la CII, CDC et ICL, seront ainsi posés.

Sitôt connue la décision de la General Electric et de Honeywell de fusionner leur production d’ordinateurs, on s’est interrogé dans certains milieux gouvernementaux sur la possibilité de tirer parti de l’opération pour effacer l’erreur commise, de laisser le groupe Bull, le plus grand constructeur français de calculateurs, tomber entre des mains américaines. Mais la situation de la CII, la firme créée ensuite pour lancer en France une production d’ordinateurs indépendante de toute ingérence étrangère, laissait à désirer. Simultanément, dans les cercles industriels et financiers intéressés à l’affaire, on s’est donc pris à envisager l’hypothèse d’un rapprochement entre la CII et la " nouvelle compagnie " – la Honeywell Information Systems Incorporated – qui rapproche les activités informatiques de la General Electric et de Honeywell.

Mais à ce désir de certains milieux officiels d’effacer les conséquences d’une fausse manœuvre et à cette intention de quelques cercles privés de ne pas faire supporter par l’industrie française un effort qui n’est pas à sa taille, s’est juxtaposé un troisième facteur : la volonté du gouvernement britannique de tirer profit de la situation pour constituer un grand groupe européen qui regrouperait ICL, Bull et, naturellement, CII.

Ces diverses éventualités n’ont pu prendre corps. Deux faits ont été déterminants :

· D’abord, et aussi étonnant qu’il y puisse paraître, le résultat des élections britanniques. Le ministre anglais de la technologie avait offert à Paris d’apporter l’appui financier de son gouvernement au rachat de Bull, mais l’arrivée inopinée des conservateurs au pouvoir a empêché qu’une suite ne soit donnée à cette proposition. Dès lors, tout le poids de l’opération serait retombé sur le gouvernement français… Avec l’attitude inattendue de l’électorat britannique, l’hypothèse d’une reprise en main de Bull par des intérêts européens s’effaçait.

· Ensuite, mais cela pouvait être prévu, le refus de Honeywell d’envisager une fusion de Bull et de la CII. Il s’en faut que la branche informatique de la General Electric soit florissante, et sa fusion avec le département correspondant de Honeywell va certainement poser des problèmes difficiles. Du côté américain on sait que l’on aura fort à faire pour les résoudre, et l’idée de compliquer encore la situation en adjoignant à Bull la CII ne pouvait être faite pour plaire aux responsables de Honeywell. Aussi ceux-ci n’ont-ils pas tardé à faire connaître qu’ils ne pouvaient envisager l’opération.

Avec cette décision, c’était l’éventualité d’une entrée de la CII dans la Honeywell Information Systems Incorporated qui s’effondrait.

Il ne restait plus à Paris qu’à donner son accord au transfert de Bull… "


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La CII à la recherche d'autres partenaires

21 juillet 1970 : article paru dans Le Monde (signé Nicolas Vichney).

En France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis

Trois constructeurs d’ordinateurs envisagent d’harmoniser leurs efforts

En-tête :

Sans préjuger la décision qu’il prendra prochainement pour ce qui concerne le transfert à la " nouvelle compagnie " formée par la General Electric et Honeywell de la majorité du capital du groupe Bull, le gouvernement français paraît décidé à poursuivre le plan-calcul, en promettant à la société qui en est responsable, la Compagnie Internationale pour l’Informatique (C.I.I.), de continuer à lui accorder dans les prochaines années un important soutien financier.

Le maintien de ce soutien devrait permettre à la firme française, quelle que soit la décision arrêtée à l’égard de Bull, de persévérer dans ses efforts. Si d’autre part, Paris accepte le transfert demandé par les Américains, on peut envisager la création d’un " club " de constructeurs d’ordinateurs qui grouperait des firmes françaises, anglaises et américaines.

...

" C’est, en principe, l’année prochaine que, d’après la convention signée pour cinq ans en 1967, devrait cesser l’aide accordée par l’État à la Compagnie internationale pour l’informatique. Sans doute prévoyait-on à l’époque que cette aide pourrait être reconduite, mais les circonstances ne sont plus aujourd’hui ce qu’elles furent lors du lancement du plan-calcul. Depuis on s’est fait une idée plus précise des conditions dans lesquelles un constructeur d’ordinateurs peut jouer un rôle sur le marché et la CII a eu quelque mal à prendre son départ… Aussi certains pouvaient-ils penser qu’une analyse des perspectives offertes à la compagnie pousserait les services publics et les milieux industriels à rechercher un jour ou l’autre les moyens de mettre un terme à l’entreprise.

En fait, c’est l’orientation contraire qui paraît devoir prévaloir. Bien qu’on n’en ait aucune confirmation officielle, il semble acquis que le gouvernement soit résolu à reconduire l’aide qu’il apporte à la CII. M. Giscard d’Estaing, ministre de l’économie et des finances, et M. Ortoli, ministre du développement industriel et scientifique, ont, du moins, fourni conjointement des assurances qui devraient rassurer tous ceux auxquels l’avenir de la CII apparaissait sous des jours plutôt sombres.

Le gouvernement serait-il donc résolu à poursuivre ne varietur la politique dans laquelle s’était engagé M. Galley alors qu’il était délégué général à l’informatique ? A l’époque, l’objectif déclaré était de doter la France d’une capacité de production d’ordinateurs qui serait, dans toute la mesure du possible, indépendante des États-Unis. Sans doute envisageait-on une collaboration européenne, mais dans des conditions et à une date qui n’étaient pas précisées. Aujourd’hui, il est malaisé de définir avec clarté la politique de la délégation à l’informatique dans ce domaine. Certains propos donnent à penser que son orientation générale n’a guère changé ; mais il y a également de bonnes raisons de croire à une évolution. Pour certains, en effet, il faudrait surtout voir aujourd’hui dans le plan-calcul l’outil qui permettra de développer en France un indispensable potentiel technologique et d’insérer l’industrie française, sans s’aliéner, dans une des formations internationales ou multinationales qui se partageront, à l’avenir, le marché mondial des ordinateurs.

C’est une conception sensiblement plus réaliste mais qui serait restée utopique si la CII avait continué à donner des signes de faiblesse. Aujourd’hui on a l’impression que la compagnie a au moins été reprise en main, et si elle se heurte toujours à de redoutables difficultés de financement, elle a réussi à produire un matériel qui est généralement apprécié…

Quoi qu’il en soit, l’idée s ‘est progressivement imposée de ne pas attendre plus longtemps pour entreprendre des conversations exploratoires avec d’autres constructeurs d’ordinateurs ouverts à la concertation…

…C’est au moment où se déroulaient ces divers entretiens (entre CII et ICL, et entre CII et CDC) qu’éclata la nouvelle de l’accord entre la General Electric et Honeywell.

Ce fut, on le sait, pour ouvrir une nouvelle fois le dossier Bull. En commettant la faute d’avoir laissé cette entreprise tomber aux mains de la General Electric, on s’était condamné à lancer quelques années plus tard et dans des conditions difficiles le plan-calcul. L’occasion était bonne de reprendre l’affaire à zéro – ou presque. Ce fut aussi pour souligner aux yeux de tous la nécessité, toujours plus impérieuse, pour les constructeurs d’ordinateurs de faire bloc. On ne pouvait laisser la CII isolée.

Avec qui pouvait-on la marier ? Pour les uns, Bull s’imposait. Il suffisait de proposer à la " nouvelle compagnie " formée par l’alliance General Electric et Honeywell un nouveau partenaire français – et peut-être au-delà aussi un partenaire britannique : ICL.

En revanche, pour les artisans d’un rapprochement progressif entre la CII, ICL et CDC, poser la question c’était – ou presque – empêcher de pouvoir y répondre. La possibilité apparaissait de former une entente tripartite, une sorte de " club ", et l’éventualité d’un rapprochement de la CII avec la " nouvelle compagnie " ne faisait qu’entraver le processus.

Tout dépend donc aujourd’hui de la réponse que le gouvernement fera connaître – avant le 29 juillet en principe – à la demande de transfert à la " nouvelle compagnie " de la part de capital de Bull détenue jusqu’ici par la General Electric...

...L’accord mis au point entre CII et ICL porte, pour l’essentiel, sur une standardisation au niveau des interfaces et des langages. Celui prévu entre la CII et CDC implique la mise à la disposition de la firme américaine de certaines recherches avancées effectuées par Thomson, et l’occasion à la firme française de la licence de certains composants – visualisation, mémoires à disques...

… Il s’en faut donc de beaucoup que les trois firmes actuellement intéressées au " club " ne puissent pas trouver d’autres possibilités de coopération. Il s’en faut aussi que ces trois firmes en soient déjà à coordonner leur politique de production. C’est d’ailleurs ce qui explique leur démarche : plutôt que de chercher à négocier d’entrée de jeu des accords de participation, elles préfèrent examiner dans quelle mesure elles peuvent effectivement s’entendre. C’est prendre acte des difficultés parfois considérables qu’appellent les fusions d’entreprises et s’attacher à les prévoir et, si possible, à les éviter, en donnant pour une fois le pas aux techniciens sur les financiers. La formule est donc celle d’un " pas à pas " qui pourrait conduire, si tout va bien, à un renforcement des alliances et, dans le cas contraire, laisserait les intéressés libres de chercher d’autres partenaires… "

 

29 juillet  1970: la CII publie deux communiqués de presse :

Communiqué n° 1

La CII, la Compagnie Thomson-CSF et la Société américaine Control Data Corp. viennent de signer des accords aux termes desquels la Compagnie américaine recevra le bénéfice d’un certain nombre de travaux scientifiques de la Compagnie Thomson-CSF en échange d’un appui technique concernant le développement par la CII d’un nouvel équipement de mémorisation à disques magnétiques et d’un équipement de lecture optique.

Communiqué n° 2

La CII et la Société anglaise " International Computers Limited I.C.L. " annoncent qu’elles étudient, en commun, la mise en œuvre d’une étroite collaboration dans le domaine de l’informatique.

 

30 octobre 170 : du software français aux USA : CII vend SIRIS 7 à XDS.

(communiqué de presse CII du lundi 9 novembre 1970)

La Compagnie Internationale pour l’Informatique – C.I.I. – ayant étudié et réalisé pour les applications de gestion de son ordinateur 10070, construit sous licence XDS, un système d’exploitation en multiprogrammation appelé SIRIS 7, vient, aux termes d’un accord signé le 30 octobre, de le vendre à la Société américaine Xerox Data Systems Inc. Cette cession a été conclue après une série d’évaluations très complètes du système SIRIS 7 dont les résultats ont confirmé ceux déjà obtenus par les utilisateurs français.

Malgré cet accord, Xerox Data Systems ne commercialisera pas Siris 7 aux Etats-Unis.

15 novembre 1971 : lettre du président Barré au président de Xerox.

SDS, licencieur de CII, a été repris par XEROX Corporation. Cependant, les accords existants sont toujours en vigueur et les relations entre les deux Compagnies se poursuivent. Cette lettre, en date du 15 novembre, fait suite à une visite du président Barré au président de XEROX.

Cher Monsieur Mac Colough,

A mon retour des États-Unis, je tiens à vous faire part de mes remerciements pour le caractère exceptionnellement cordial de nos conversations,

Si les relations antérieures entre XDS et CII ont été des relations classiques de licencieur à licencié, il me semble que les changements importants intervenus tant en ce qui concerne CII que XDS permettront maintenant de placer les relations entre XEROX et CII sur le plan d'une coopération beaucoup plus fertile. Mon trop rapide passage auprès de vous me permet cependant de penser que d'intéressantes voies de complémentarité sont possibles. Les mesures que nous avons prises au cours de notre réunion nous amènerons à mieux en apprécier les modalités et à conclure, je l'espère dans un proche avenir, un protocole général d'intention.

Monsieur Gaudfernau se joint à moi pour vous remercier, ainsi que Monsieur Flavin et l'ensemble de vos collaborateurs, pour la cordialité de nos conversations.

Je vous prie de croire, Cher Monsieur Mac Colough, à l'expression de mes sentiments, personnels les meilleurs.

Michel Barré

 


 

12 novembre  1970: création de Multinational Data, Société d’Études communes constituée par CII, ICL et Control Data Corporation avec pour objectif l’élaboration de standards acceptables par les trois créateurs, et dont on espère qu’ils se généraliseront plus tard. Société anonyme de droit belge. Capital de 6 MF, réparti par 1/3 entre les trois sociétés composantes.

. Après 4 mois de travaux dans le cadre de Multinational Data, il apparaît que la détermination des américains et des français est beaucoup plus grande que celle des anglais dans la voie de la coopération.

Sans qu'on puisse discerner s'il s'agit d'une méfiance pour les constructions cartésiennes à long terme ou bien si cette attitude dissimule des projets incompatibles avec nos objectifs communs, il est évident que les Anglais participent d'une façon constructive à tous les travaux de standardisation et de normalisation du software et du hardware, mais qu'ils se refusent régulièrement à tout progrès dans la voie de la complémentarité des catalogues.

Après nos propres efforts, Control Data a cherché à traiter le problème en groupe et en tête-à-tête sans obtenir plus que nous. Nous sommes bien obligés, dans ces conditions, de considérer que les Anglais n'estiment pas indispensable de reconnaître dès maintenant leur impossibilité à établir et à entretenir un catalogue complet d'unités centrales et de périphériques.

2. Dès que les Américains de Control Data ont reconnu cet état de fait, ils ont agit énergiquement auprès de nous pour aboutir à un accord bipartite, autorisé d'ailleurs dans l'accord ayant conduit à la création de Multinational Data.

La vigueur de l'action de Control Data est motivée par la situation actuelle de la compagnie qui exige la relève rapide de ses calculateurs moyens, chose qui n'a pas été faite en temps utile par suite des efforts considérables qui ont été consacrés à la sortie du "STAR", le plus gros calculateur du monde.

Après plusieurs réunions entre Control Data et CII, il apparaît aujourd'hui très probable qu'une ligne unique de produits pourrait être inscrite au catalogue des 2 compagnies.

Ce catalogue commun serait établi de la façon suivante :

  Puissance par rapport au 360/50 x 10 Date de disponibilité
STAR ou PL 80 (CDC)

PL65 (CDC)

PL50 (CDC)

R3-2 (CII)

P2 (CII)

R1 (CII)

R0 (CII)
 

1000

400

150

70

27

17

5

1974

1974

1973

1974-1975

1972

1974

1973

Le tableau précédent fait ressortir 4 calculateurs CII dans le catalogue commun, soit 3 machines de la génération R et la machine P2 que nous nous apprêtons à annoncer en septembre prochain. Nous économisons avec un tel schéma l'étude des machines R2 ou R3, celles-ci étant remplacées par une machine de dimensions intermédiaires.

3. La signature d'un tel accord est susceptible d'intervenir dans 2 mois si les dernières vérifications en cours s'avèrent positives. Les modalités de l'accord restent à débattre, mais les dispositions de Control Data semblent favorables à nos idées et nous pouvons être assurés que Control Data considère qu'il lui appartiendra de diffuser aux États-Unis tous les éléments du catalogue commun étudié et réalisé par CIl.

P2 étant annoncé au prochain SICOB, la CII tirerait très rapidement de cet accord un avantage commercial, sans parler d'un avantage de prestige international ; malgré cela, bien des points sont à discuter, la réciproque de l'action commerciale extérieure à la France et aux États-Unis, par exemple. Ces questions seront certainement abordées par M. NORRIS lors de notre prochaine rencontre à Minneapolis le 22 mars.

4. Je considère que cet accord est extrêmement bénéfique pour la CIl, mais il pose un problème sérieux : il est sans aucun doute mauvais sur le plan psychologique d'entreprendre notre politique de coopération internationale par un accord avec une société américaine ; cette démarche risque de donner prise à la critique en étant présentée comme la première étape d'une inévitable glissade de la CII entre des mains américaines.

C'est pour éviter une pareille interprétation que nous avions poussé jusqu'à présent à la création d'un "club" comportant 2 européens. L'inertie d'ICL me paraît rendre ce projet irréalisable et il vaut mieux examiner la situation sans tenir compte d'un possible retournement de sa part.

5. Les conversations avec les autres sociétés européennes ont évolué de façons très différentes depuis mon précédent mémorandum.

Du côté de PHILIPS, après une visite de M. EGNELL, Directeur Commercial et Technique du département ordinateurs, un silence complet s'est instauré dans nos relations malgré un rappel de ma part pour m'assurer que "la balle était bien dans le camp de PHILIPS". L'atmosphère de la conversation avec M. EGNELL m'avait cependant laissé penser que ce dernier était assez intéressé par nos idées, et M. JURASZYNSKI avait jugé bon de me le confirmer quelques jours après. Il est possible que les hésitations ou le freinage proviennent des échelons les plus élevés du Groupe PHILIPS.

 

6-Quoi qu'il en soit, les contacts entrepris plus récemment avec SIEMENS se sont développés d'une façon très intéressante. Au cours de mon dernier voyage à Munich, j'ai trouvé une attitude très positive qui laisse espérer une possibilité de collaboration au niveau de la technique et des catalogues.

 Il est inutile d'insister sur le poids que représenterait une alliance SIEMENS / CII en Europe du fait de l'appui des Gouvernements des marchés captifs et de la dynamique actuelle des 2 compagnies par rapport à celles d'ICL ou de PHILIPS.

SIEMENS est aujourd'hui liée à RCA par des accords qui ne facilitent pas un rapprochement, et les négociations qui s'ouvrent dureront sans aucun doute plusieurs mois. Or, un accord CII / SIEMENS n'a pas de raison de gêner considérablement une collaboration avec Control Data : le domaine des machines de Control Data se situe au-dessus des visées de SIEMENS et de CII ; quelques ajustements de puissance dans le haut d'une gamme européenne seraient seulement nécessaires. Le véritable problème se situe au niveau des compatibilités de softwares.

7 En résumé, la question qui se pose est la suivante :

Un accord intéressant et important pour l'avenir de la CII est réalisable à court terme avec Control Data ; est-il possible de profiter de l'occasion en prenant le risque de rendre un peu plus difficile la négociation en cours avec SIEMENS et de donner prise à la critique des américanophobes ("dès la signature de la Convention, ils vendent la CII aux États-Unis") et des américanophiles ("on l'avait bien dit") ?

La réponse à cette importante question doit tenir compte du fait que j'ai informé SIEMENS de l'état de nos conversations avec Control Data et que la perspective de l'accord ne leur paraît pas contraire à l'esprit d'une collaboration SIEMENS / CII.

 

 

23 décembre 1970 : Logabax.
Note personnelle de M. Barré à MM. Gest et Gaudfernau sur une approche faite par Logabax.

OBJET : LOGABAX

1. M. TRYSTRAM, principal actionnaire de LOGABAX, est venu rendre visite à M. DANZIN le 22 décembre pour lui parler d'un rapprochement de LOGABAX et de CII.

M. DANZIN a très clairement exprimé d'abord le fait qu'un tel rapprochement ne pouvait découler que d'une décision CII et qu'aucune articulation mettant LOGABAX et CII sur le même plan par rapport à une autorité THOMSON n'était à envisager.
Il nous appartient donc de réfléchir à la suite qu’il convient de donner à l'offre du Groupe ELECTROBEL.

Les actionnaires de LOGABAX ont compris qu’ils n'avaient aucune chance de traiter avec nous en revendiquant de conserver la majorité de leur affaire ; d'entrée de jeu, ils ont donc indiqué qu'ils avaient changé d'opinion sur ce point et qu'ils étaient prêts à céder la majorité de cette affaire qui leur appartient aujourd'hui à 100 %.
En ce qui concerne les conditions financières, ils ont déclaré être ouverts à toute solution, étant entendu qu'ils souhaitaient simplement ne pas être payés en titres CII.

2. J'ai accueilli cette proposition avec un enthousiasme limité en faisant valoir qu'elle arrivait tard et que nous achevions la conclusion avec l’État d'une Convention qui ne prenait plus en compte des activités du genre de celles de LOGABAX et qu'il me paraissait impossible de traiter actuellement ce problème.
Par ailleurs, j'ai indiqué d'une façon vague que nos projets actuels rendaient moins indispensable un rapprochement avec L0GABAX, le domaine de leurs activités n'étant pas limitrophe du nôtre.
M. TRYSTRAM estime que M. ALLÈGRE est très attaché au rapprochement CII/LOGABAX et qu'il verra probablement d'un œil favorable l'allocation de certains crédits pour faciliter l'opération.

3. Je suis revenu sur le fait que les domaines des 2 Sociétés n'étaient pas limitrophes et que cette action serait bonne dans la mesure où nous serions en état d'assurer le succès d'une branche LOGABAX en parallèle avec la nôtre, jusqu'au jour où les extensions des 2 domaines les conduiraient à se rejoindre.
J'ai insisté sur le fait que nous étions actuellement hors d'état de juger du poids financier que représente LOGABAX et des investissements qu'il conviendrait d'y faire dans les années à venir.

4. Il a été décidé qu'une réunion interviendrait le jeudi 7 janvier 1971 à l3h, avec M. OFFERGELD (Administrateur-Directeur d'ELECTROBEL) et M. CATTÉ (Directeur Général de LOGABAX), avec vous-même.

Je demande à M. GAUDFERNAU de bien vouloir rassembler avant cette réunion toutes les informations dont vous disposez au sujet de LOGABAX, et de réfléchir aux questions fondamentales qu'il conviendra de poser.

M. BARRÉ

14 avril 1971 : affaire LOGABAX. Note de M. Barré au Délégué à l’Informatique.

Monsieur le Délégué,

Le groupe ELECTROBEL, qui contrôle la société française LOGABAX, nous a approchés pour nous proposer la vente ou la prise de contrôle de cette dernière compagnie.

Il ressort de ces premiers contacts que la société LOGABAX a connu, depuis plusieurs années, une expansion importante dans le domaine de la petite gestion, en partant d'un fonds de commerce initial axé sur les machines à calculer électromécaniques.
Au cours de cette expansion, la société LOGABAX a été amenée à mettre à son catalogue des produits informatiques de plus en plus élaborés, et les derniers systèmes mis sur le marché, ou sur le point de l'être, utilisent un petit ordinateur universel susceptible d'être connecté à des moyens plus importants, tels que ceux que réalise la CII.

Dans son action, la société LOGABAX attaque donc par le bas de la gamme le domaine de la petite et de la moyenne gestion qui constitue pour la CII un objectif difficile à atteindre rapidement en raison du caractère commercial et privé de ce secteur.
L'importance de ce dernier n'a fait que croître depuis plusieurs années et l'expansion rapide de la société LOGABAX est partagée et même dépassée par certains concurrents européens qui ont pris, tel NIXDORF, des dimensions très importantes.

D'après nos informations, d'ailleurs, SIEMENS serait pressée par le Gouvernement allemand de s'intéresser à NIXDORF, et IBM a, assez récemment, décidé de prendre des positions dans la petite informatique par la sortie de ses matériels Système III. IBM a expliqué son action par l'importance de ce marché comme préparation à l'introduction des plus grosses machines.

LOGABAX qui a démontré au cours des dernières années une forte vitalité, se trouvera elle-même en position très vulnérable dès que son marché traditionnel requerra l'accès à des matériels plus puissants que LOGABAX pourra difficilement étudier et produire, ce qui ne serait pas le cas si elle avait l'appui technique de la CII.

En résumé, je pense que l'opération envisagée est, compte tenu des informations dont je dispose aujourd'hui, très intéressante pour la CII, comme pour LOGABAX, mais elle pose 2 questions fondamentales :

- La CII, principal véhicule industriel du Plan Calcul, disposera prochainement d'une Convention dont les termes sont attachés à une structure qui ne comporte pas d'activité de la nature de celles de LOGABAX.
Il m'importe donc de savoir, avant toute poursuite de notre projet, si l'État, représenté par la Délégation à l'Informatique, approuve un rapprochement entre la CII et la société LOGABAX, ce qui implique en dehors de toute considération financière, que la politique de l'une tienne compte de l'existence de l'autre et réciproquement, aussi bien sur les plans technique, industriel et commercial que sur celui de la coopération internationale.

- Sur le plan financier, il convient de rappeler que la nouvelle Convention est construite d'une façon cohérente autour d'un certain nombre d'hypothèses qui ne font pas place au développement d'une branche nouvelle pour la CII, telle que celle de la société LOGABAX.

Notre intention serait donc de conserver à cette société, dont nous serions simplement majoritaires, son caractère actuel. Elle deviendrait simplement une filiale à majorité CII mais devrait conserver sa liberté d'accès à tous les organismes de financement et de crédit qu'une société indépendante de la CII peut espérer utiliser.

Il est donc tout aussi essentiel de connaître avant de nous décider si une société LOGABAX contrôlée par la CII ne risque pas de se voir refuser les marchés ou les crédits qu'elle aurait pu obtenir normalement, sous prétexte qu'elle est la filiale d'une CII dont tous les problèmes financiers sont réglés par une Convention particulière.

Je me permets d'insister, Monsieur le Délégué, sur l'importance des 2 questions précédentes qui conditionnent, comme je vous l'ai dit, la poursuite de nos négociations.

Dans l'attente de votre réponse, je vous demande de croire, Monsieur le Délégué, à l'assurance de ma considération distinguée.

M. Barré

 

20 septembre 1971 : affaire LOGABAX. Note de la Direction Branche Informatique de Thomson-CSF qui donne la position de cette Direction sur cette affaire.

Note sur l’affaire LOGABAX

L'achat éventuel de LOGABAX a fait l'objet d'une investigation approfondie de la CII. Après analyse de cette affaire, nous donnons ici brièvement les conclusions auxquelles nous avons abouti aux plans politique et financier, et les réponses aux questions qu'elle peut soulever.

1 - QUESTIONS POSÉES

L'achat éventuel de LOGABAX constitue pour la CII un acte important de politique d'ensemble pour la société qui peut conduire, dès l'abord, aux observations critiques suivantes :

1) Une telle opération conduit la CII à affronter un secteur de l'informatique où la concurrence est très vive, sans qu'elle puisse bénéficier d'une protection efficace de l'État. Ceci peut-il peser sur la rentabilité et compromettre le succès général de l'affaire ?
2) La gamme partielle de la CII se trouve fort éloignée du domaine assez ponctuel de LOGABAX ; face à l'élévation constante des besoins de la clientèle, désire-t-on combler cet écart en mettant en place une gamme complète (afin de ne pas perdre la clientèle) avec des conséquences importantes aux plans humain et financier, devant se traduire par des modifications importantes du Plan, encore tout récent, adopté pour la CII ?
3) Même dans le cas d'une option de politique de produits relativement modeste, l'ensemble CII-LOGABAX possède-t-il les moyens humains nécessaires pour mener à bien cette opération ?
4) En cas de difficultés relatives à la marche de LOGABAX, comment peut-on imaginer la résorption de cette affaire par la CII ?
5) Le financement actuel et futur de LOGABAX ne risque-t-il pas de grever dangereusement la marche et l'expansion de la CII ?
6) La prise de contrôle de LOGABAX ne risque-t-elle pas de gêner la CII dans un accord européen ?

Bien évidemment, il ne s'agit pas de questions véritablement indépendantes, les unes et les autres possédant des " intersections ".

2 - ANALYSE DES DIFFÉRENTS PROBLÈMES

1) Il est exact que l'achat de LOGABAX conduit la CII à affronter le secteur difficile de la petite informatique. Il faut cependant remarquer qu'il lui est probablement difficile, sinon impossible, d'agir autrement au cours des cinq prochaines années. En effet, le quota propre à la CII dans les commandes de l'Administration atteindra au mieux 50 % alors qu'il est déjà de 30 à 35 % à l'heure actuelle.
On sait de plus que la petite informatique croît plus rapidement que l'informatique supérieure (à l'exception de la très haute informatique) et particulièrement l'informatique moyenne, domaine de la CII.

Il s'ensuit que l'expansion de la CII à la fin de la présente Convention sera, en bonne partie, fonction de son succès auprès des PME sous-informatisées à l'heure actuelle, alors que le secteur public finira par connaître une certaine saturation.
Tout au plus pourrait-on remarquer qu'une date plus opportune pour l'entrée de la CII dans ce secteur correspondrait probablement à 1973 où la CII se serait encore consolidée.

Cependant, les positions se prennent rapidement dans ce secteur commercial en pleine expansion ; l'achat de LOGABAX constitue pour la CII une occasion unique en France de prendre une part valable (15 à 20 % du marché français dans le domaine correspondant) dans le secteur des PME, secteur dans lequel la CII éprouve des difficultés à pénétrer.

Il est exact que le problème de la rentabilité se pose avec plus d'acuité que dans le secteur relativement protégé de la CII ; mais on peut répondre que LOGABAX, sans profiter des moyens supplémentaires que lui apporterait l'appui de la CII, s'est déjà correctement comportée dans les cinq années passées.

[…]

Par ailleurs, lorsque l'on parle de concurrence dans ce secteur de la petite informatique, on ne peut évidemment oublier la véritable explosion japonaise dans ce secteur. La manifestation du Japon se caractérise à l'heure actuelle dans le petit matériel de bureau situé tout à fait à la partie inférieure des activités de LOGABAX. Dans ce domaine, LOGABAX importe du matériel japonais (machines à calculer de bureau et facturières).
Dans ces conditions, on peut dire, vis-à-vis de ce danger du Japon, que l'on se trouvera dans l'une ou l'autre des situations suivantes :
- le Gouvernement français aura adopté une politique de protection vis-à-vis des produits japonais et LOGABAX en tirera partie en tant que société française ayant une position relative importante sur le marché français,
- les produits japonais pourront entrer librement en France, auquel cas la position d'importateur important de LOGABAX et la valeur de son réseau commercial lui assureront une situation intéressante et pourront même permettre à la CII de posséder une plus grande liberté dans ses relations internationales avec le Japon par l'intermédiaire de LOGABAX.

2) La CII pense qu'elle pourra satisfaire l'élévation obligatoire des désirs de la clientèle des PME pour des opérations plus complexes, en connectant les petits systèmes locaux à des unités centrales importantes.

Il y a là une position intéressante qui devrait permettre de faire le " pont " entre les produits LOGABAX et la gamme partielle CII, en évitant de lancer une gamme complète. […]

3) A partir de cette option de politique de produits qui permet de considérer les productions CII et LOGABAX comme des ensembles disjoints reliés par un pont de téléinformatique dans l'avenir, on peut probablement considérer que l'opération LOGABAX ne constitue pas un handicap en ce qui concerne les moyens humains, mais constitue un avantage pour la CII. Ce dernier résulte de l'appui que le réseau commercial de LOGABAX peut apporter pour les opérations propres à la CII, tout particulièrement pour l'alimentation de la nouvelle clientèle des PME, et en tant qu'implantation à l'étranger où LOGABAX possède des représentations efficaces (Belgique, Allemagne, Suisse, Autriche, Espagne, Japon, etc.).

4) La résorption de cette affaire par la CII, dans le cas de difficultés relatives à la marche de LOGABAX, paraît présenter pour la CII relativement moins de difficultés que l'absorption de la SPERAC.

Il faut en effet considérer que LOGABAX possède des produits très appréciés sur le marché. (3200, 4200, etc.), une participation élevée dans le marché français, des moyens humains particulièrement importants au plan commercial alors que ces derniers sont difficiles à recruter et constituent un élément déterminant dans l'expansion de la CII.

5) Le programme financier présenté par la CII est cohérent avec la politique générale de produits (cf. § 2) et avec l'expansion prévue de LOGABAX qui paraît convenable ; cette expansion (prévue de 25 % par an environ) est, sur le produit proprement informatique, égale à celle du marché (30 à 35 %) étant donné l'extinction ou la diminution d'activités annexes existant encore à l'heure actuelle.
Par ailleurs, on peut estimer que le programme financier de LOGABAX présenté par la CII (coût total de 60 M.F. environ sur quatre ans) paraît convenable. On remarquera que ces besoins financiers correspondent à 10 % environ de ceux nécessités dans la même période par la CII, et que la CII les assure sans faire appel à ses actionnaires.
Ajoutons qu'une bonne partie de l'acquisition d'actif (12 M.F.) devrait être couverte par une subvention du Ministère du Développement Industriel, grâce à un crédit de restructuration de l'industrie d'une valeur de 7 à 8 M.F.

6) Les conséquences de la prise de contrôle de LOGABAX, vis-à-vis d'un accord européen, présentent un caractère nettement positif :

- Vis-à-vis de partenaires éventuels tels que Siemens et ICL qui n'ont pas d'action dans le domaine de la petite informatique, l'apport par la CII du domaine correspondant constituerait pour celle-ci un argument important.

– Vis-à-vis de concurrents de la CII, l'achat de LOGABAX interdit son absorption par une société telle que Nixdorf qui pourrait espérer posséder une force très importante en France dans le domaine de la petite informatique ; ceci présenterait un danger d'autant plus grand que les prétentions de Nixdorf, à se hausser de la petite informatique à l'informatique moyenne, ne sont nullement un secret.

Ajoutons que certaines sociétés françaises, par l'achat éventuel de LOGABAX et leur montée progressive dans l'informatique, pourraient devenir aussi des concurrents dangereux de CII.

3 - CONCLUSIONS

A l'issue de cette analyse, l'achat de LOGABAX par la CII constitue une opération que nous appuyons car elle constitue un élément très important dans la conquête d'un marché indispensable à l'expansion de la CII.
Une telle affaire réalisée par la CII, elle-même, sans appel à ses actionnaires, est cohérente avec l'option générale de politique de produits choisie par la CII.
Notre avis favorable est cependant strictement subordonné à la certitude de l'obtention des crédits du Ministère du Développement Industriel.

Nous n’avons trouvé aucune trace, dans les archives CII-Bull, des suites données à cette note. La seule certitude, c’est que la CII n’a pas acheté LOGABAX.


23 mars 1971: article paru dans Le Monde (signé Nicolas Vichney).

Vers une entente multinationale de constructeurs d’ordinateurs
La firme française C.I.I. pourrait bénéficier d’un soutien ouvert de l’État

Alors  qu’elle s’apprête à annoncer la sortie d’un nouvel ordinateur qui élargira la gamme des matériels qu’elle peut offrir à sa clientèle, la Compagnie internationale pour l’informatique (C.I.I.) poursuit sur deux fronts des conversations difficiles : à Paris, elle débat avec ses sociétés mères et le gouvernement des conditions dans lesquelles le Plan-calcul sera prolongé, et notamment des modalités de création d’une société de location ; à Bruxelles, elle poursuit avec la firme britannique I.C.L., et la compagnie américaine Control Data l’étude des modalités d’un éventuel rapprochement des trois entreprises. Mais les facilités dont elle bénéficie pour placer son matériel auprès de certains organismes publics ou proches de l’État commencent à provoquer quelques remous chez quelques-uns de ses grands concurrents.

.....

Au mois de juillet de l’année dernière, la C.I.I., I.C.L. et Control Data s’étaient entendus sur l’idée de créer un " club " où leurs représentants débattraient régulièrement des problèmes communs. Dans le même temps, on créerait à Bruxelles une filiale commune, International Data, où l’on procéderait à une étude technique poussée des conditions d’un éventuel rapprochement.

Mais le " club " et la filiale commune de Bruxelles, qui devaient en être l’émanation, risquaient de faire double emploi. En outre, les trois firmes étaient convenus d’entreprendre, comme première étape de leur coopération, l’étude de " standards " qui leur seraient communs mais différeraient de ceux utilisés par IBM. Comment rallier d’autres fabricants d’ordinateurs tentés par une même démarche ?

Aussi International Data devint-il, sous le nom de Multinational Data, un pont jeté seulement entre les trois firmes intéressées à l’entreprise, et on réservera désormais le nom de " club " à l’association des constructeurs qui adhéreraient aux nouveaux standards.

…Les travaux que la C.I.I., I.C.L. et Control Data poursuivent sous l’égide de Multinational Data progressent d’une manière encourageante.

...Pour le moment, les représentants des trois firmes ne s’emploient qu’à définir des standards communs et à étudier comment infléchir leurs prochains matériels pour qu’ils puissent atteindre à un certain degré de compatibilité. A ce stade, on se heurte déjà à des problèmes techniques délicats suivant l’avancement des matériels et il est quelquefois trop tard pour infléchir leurs caractéristiques. D’autres, par contre, sont encore en cours d’études et c’est sur eux que doit porter l’effort de compatibilité. Mais rapprocher son futur matériel de celui d’un autre constructeur, c’est miser sur une entente aujourd’hui souhaitée, bien sûr, mais que des faits nouveaux peuvent rompre.

...L’autre sujet à l’ordre du jour, et celui dont l’étude a entraîné de si longs délais, est la création d’une société de leasing. Sa nécessité pour les constructeurs d’ordinateurs qui ne disposent pas d’une trésorerie très aisée tient aux exigences du marché : on loue les ordinateurs bien plus qu’on ne les vend, et après avoir engagé les dépenses nécessaires à leur fabrication, on ne touche la contrepartie que sous forme de versements échelonnés sur des années. Le paradoxe de cette situation est qu’elle conduit le constructeur à investir d’autant plus d’argent sans contrepartie immédiate qu’il se trouve en présence de débouchés plus importants. A la limite, on peut se trouver en faillite pour avoir trop bien réussi.

Dans ces conditions, le rôle de la société de leasing est celui d’un relais financier... Quelque difficulté qu’elle rencontre, la création de la société de leasing paraît indispensable au maintien du taux d’expansion actuel de la C.I.I., que la firme estime à 22 %, et qui autrement devrait être stabilisé à quelque 15 %…

 

22 avril 1971: lettre du Dr. H. Gumin, responsable de la division " Data processing " chez Siemens à M. Barré, suite à sa visite à Munich . Cette lettre confirme que des contacts étaient déjà pris entre CII et Siemens. Nous ne donnons ci-après que quelques extraits de cette lettre de 5 pages.

Dear Mr. Barré,

I would like to thank you very much for your last visit to Munich and for the ideas and suggestions, which were presented in such a frank and friendly manner. We agreed upon exchanging viewpoints by personal letters. We had a long period of thinking, a meeting with the RCA management on other subjects and discussions in between.

As a result of my thinking over and discussing this far reaching project I can say that I am interested and see possibilities of a closer cooperation to be developed step by step. In order to give you the background to understand our situation and the possible ways of cooperation as we see it, I think it best simply to describe some of the principles and problems of our business policy in this connection.

A fundamental thesis is that Siemens data processing is an integrated part of the Siemens Company, concerning the development and production of components, multilayer and connection technique and parts of or total products, coming from other divisions or flowing over to them, including computer systems or parts of them for process and traffic control, for communication networks, for medical applications etc., or concerning the opportunity to use and expand our sales and maintenance organization and the customer relations in many countries.

This situation may represent a certain limitation for our possibilities to cooperate, on the other hand it was and is a decisive precondition to build up this business with its high starting costs, financial requirements and risks, especially resulting from the leased equipment. So far, we invested more than 1.600 Mill. DM.

We always felt the necessity for a technical cooperation with other companies. […] An important precondition for such a cooperation is an identical or similar interface for peripheral equipment for cost reasons. A similar structure of central units and operating systems is a further step for the technical cooperation and an important precondition for joint sales organizations.

[…] Considering Europe I think it desirable to come to a close cooperation with a European company, thus reducing competition and increasing our ressources…

[…] Coming to the end I must apologize for the length of this letter. But the subject is very complex. I would be highly interested in learning your comments on these ideas. My suggestion is to meet in Paris during June.

With kind regards I am yours sincerely

H. Gumin

 


août 1971 : RCA annonce qu’elle abandonne ses activités dans le domaine de l’informatique. Ceci met Siemens, licencié de RCA, dans une position difficile. Heinz Gumin, patron du département informatique de Siemens, vient voir M. Barré, fin août (ou début septembre), pour savoir si CII et Siemens peuvent faire quelque chose ensemble. C’est le point de départ de négociations qui, d’abord à deux puis à trois, aboutiront à UNIDATA.

18 octobre 1971 : lettre de Michel Barré au Professeur H. Gumin, suite à une visite de CII à Munich. Cette lettre aborde les problèmes à résoudre. On notera l'utilisation des noms de codes R (ligne CII devant succéder à la ligne P) et K (architecture Siemens-RCA)

Cher Monsieur Gumin,

Nous vous remercions beaucoup M. Gaudfernau et moi de l'accueil que vous nous avez réservé jeudi dernier ; j'ai été en particulier très heureux de l'occasion qui m'a été donnée de rencontrer M. Plettner et de voir l'intérêt qu'il portait à nos projets.

Notre conversation nous a montré qu'il restait encore d'assez nombreux points dans l'ombre et qu'il convenait de préciser plus clairement à nos techniciens les directions dans lesquelles nous voudrions les voir rechercher une solution acceptable pour les deux parties.

Nous avons mis au point, en rentrant à Paris, un texte qui résume les idées que M. Gaudfernau a exposées lors de notre entretien ; nous pensons que c'est dans ce sens que nous avons le plus de chance d'aboutir à une première étape satisfaisante à l'occasion de la sortie de la génération RK.

En ce qui concerne les problèmes de commercialisation, vous trouverez à la fin du document ci-joint un résumé de ce que j'ai pu vous exposer trop rapidement dans la voiture en allant à l'aéroport.

Si cette conception de notre collaboration vous paraît convenable, je suggère que les groupes de travail approfondissent également cette matière, de telle sorte que nous puissions, lors de notre prochaine rencontre, rédiger un projet d'accord préliminaire posant les bases de notre collaboration future.

Cette réunion pourrait intervenir à la fin de ce mois ou au début de novembre.

Veuillez agréer, Cher Monsieur Gumin, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

M. BARRÉ

juillet 1971:  Cassure des relations avec ICL qui proposait à la CII d’adopter les spécifications de sa nouvelle série d’ordinateurs, la série " P " [nom de code de la série NewRange future ICL 2980], et qui ne voulait pas modifier ces spécifications. Ceci n’était évidemment pas acceptable par CII, cette nouvelle série " P " n’offrant pas la compatibilité avec les machines existantes en parc CII  (CII continuera cependant à causer avec ICL un certain temps).


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12 juin 1970: note DGA/670-263 du Robert Gest, Directeur Général Adjoint.
NdlR : nous citons de larges extraits de cette note car elle donne des règles de base, gage d’une réussite dans la réalisation d’un produit. Cela peut paraître évident, mais notre expérience industrielle nous a montré que l’évidence n’est pas toujours appliquée.

INTERFACE D.OSI division des ordinateurs et systèmes informatiques (c'est-à-dire les études)
avec           
– D.PRO division production (c'est-à-dire la fabrication).

DÉVELOPPEMENT ET INDUSTRIALISATION

1.- Définitions

Le développement englobe tous les travaux nécessaires à :

A ce titre, le développement recouvre l’établissement du dossier de plans et de la documentation (plans d’ensemble et de détails, schémas, nomenclatures, spécifications, plan qualité, définition des moyens de contrôle et d’essais, etc.). Le dossier établi par le développement doit être utilisable pour la fabrication en série et compatible avec les impératifs de gestion des programmes industriels et commerciaux.

L’industrialisation recouvre les travaux complémentaires nécessaires à la détermination et à la mise en place des méthodes et moyens de production adaptés à l’importance des séries (gammes et instructions, procédés de fabrication, adaptation des moyens de contrôle et d’essais à la série, étude des temps, etc.).

2.- Responsabilités

D’une façon générale, la division opérationnelle a la responsabilité de l’étude et du développement du produit en tenant compte des nécessités de l’industrialisation et de la gestion des programmes, la division de production celle de la fabrication en série et des études complémentaires d’industrialisation. Le centre de production désigné pour la production d’un matériel est responsable de son industrialisation.

3.- Règles d’industrialisation

Il est nécessaire que la Division Production puisse faire bénéficier l’étude du produit, dès ses premières phases, de sa compétence en matière de fabrication, de mise au point et d’intégration, et s’engage, au fur et à mesure de l’élaboration du dossier, sur la " fabricabilité " du produit, compte tenu des moyens dont elle disposera et des objectifs fixés, notamment en matière de coûts, d’investissements et qualité.

A cet effet, la Division Production définira les règles et contraintes à respecter pour l’élaboration du dossier des nouveaux produits de la Compagnie et en assurera la mise à jour :

Ces règles devront être établies en conformité avec les méthodes générales de gestion des programmes (ordonnancement, gestion des approvisionnements, fichiers de base...) définies par la direction Centrale Industrielle.
Pour faciliter et s’assurer de la mise en œuvre de ces règles au cours du développement, le centre de production à qui le produit considéré sera confié désignera un responsable et détachera une équipe d’industrialisation dont l’importance sera précisée au départ pour chaque produit. Sous la conduite de l’équipe de développement, l’équipe d’industrialisation participera aux travaux de conception des produits et d’élaboration du dossier, en effectuant les tâches préparant l’industrialisation.

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Nouvelles commerciales
N.B. les commandes et livraisons sont répertoriées sur les pages relatives aux lignes de produits correspondantes

17 juin 1970 visite du Président de la République Socialiste de Roumanie, Monsieur CEAUCESCU, et Madame, accompagnés de Monsieur Ortoli, Ministre du Développement Industriel et Scientifique, ont visité l’usine de Toulouse. Accueillis par Monsieur Barré, ils se sont vivement intéressés à nos moyens industriels et notamment pour la gamme IRIS. La Roumanie a acquis la licence de fabrication de l'Iris 50 qu'elle produit sous le nom de Felix C256.

 

- Salon naval du Bourget

L’exposition a été inaugurée le 16 septembre 1970 par le Ministre des Forces Armées, Monsieur Michel Debré, accompagné de M. François Ortoli, Ministre de l’Industrie, et entouré des plus hautes personnalités militaires françaises et étrangères. Le stand de la CII a été présenté au Ministre par M. François Jacquemin, secrétaire général, et M. Raymond Cabessa, directeur commercial militaire.
Cette présentation mettait l’accent sur l’ordinateur IRIS 35M, utilisé non seulement dans les programmes de l’Armée de Terre (Pluton, Serpel, calculateurs d’artillerie) mais aussi pour la conduite des torpilles du sous-marin Daphné. D’autre part, cette exposition a marqué la première présentation au public de l’ordinateur IRIS 55M dont l’étude est en cours et qui complète par le haut la gamme militaire CII.

A la suite du salon, le Président Barré a reçu de M. Michel Debré une lettre reproduite ci-après.

Le Ministre d’État
chargé de la Défense Nationale

Monsieur le Président,

Je n’ai pu, au cours de ma trop brève visite au Salon, vous exprimer, comme il l’eut fallu, les compliments du gouvernement et mes compliments personnels pour l’effort remarquable qui a été accompli et qui ne cesse d’être accompli quant à la technique, la fabrication, l’exportation des matériels indispensables à une marine moderne. Mais sachez que je suis tout à fait conscient de cet effort, que je vous en félicite et que je vous demande de poursuivre avec ténacité la politique qui fait de votre industrie une activité de pointe dont notre pays peut être fier.

Recevez, Monsieur le Président, je vous prie, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Signé Michel Debré

Le 17 septembre 1970, le simulateur d’entraînement des sous-marins nucléaires (SOUMENT), conçu autour d’un 10070, installé provisoirement sur une plate-forme à Louveciennes, a été présenté à l’état-major de la Marine et à la Direction des Constructions Navales avant d’être transféré à l’Arsenal de Brest, où il sera implanté dans un bâtiment construit spécialement à cet effet.

29 septembre 1970 : importante conférence de presse du président Barré devant les principaux journalistes de la grande presse française et étrangère ainsi que la presse spécialisée.

Ci-après, la presque totalité de cet exposé.

L’année écoulée

L’année " Informatique " qui s’achève aura présenté une grande importance pour la CII : bien que notre société ne présente pas au Sicob 1970 de nouveau produit dans le domaine des unités centrales, elle a fourni au cours des douze mois passés un effort considérable dont les résultats sont perceptibles aujourd’hui.

Le lancement d’IRIS 50 et la mise en route industrielle de sa fabrication se sont déroulés correctement ; 40 systèmes ont été pris en commande depuis un an, soit un chiffre plus élevé que celui des prévisions. Les notifications reçues sont toutes dans le domaine de la gestion (à une exception près), qu’il s’agisse de paie ou de quittancement administratif (Finances, EDF, P et T), de tenue de compte bancaire (BREC) ou d’approvisionnement (Montréal).

IRIS 80 a été présenté en recette à la Délégation ; celle-ci s’est passée remarquablement bien ; la machine a suscité dès son apparition un gros mouvement d’intérêt en France et à l’étranger. Malgré le prix élevé des systèmes correspondants, 4 affaires sont sur le point de se conclure. La version multiprocesseur de l’IRIS 80 entrera en recette dans les prochaines semaines.

La CII, qui avait abordé le domaine des ordinateurs industriels avec des matériels de la série 90, diffuse depuis 3 ans les ordinateurs 10010 et 10020 qui lui permettent d’occuper aujourd’hui la première place en Europe parmi les constructeurs de ce type de machine. A la fin de 1970, deux cents 10010 et cent 10020 seront en service en France ou à l’étranger.

En ce qui concerne le 10070, les ventes se sont poursuivies dans le domaine qui lui était traditionnel : Universités (Rennes), Écoles (Sup. Élec., DSET), applications techniques (P et T). Les applications de gestion commencent avec les disponibilités de SIRIS 7 (Communautés Économiques, Florence, Caisses Centrales de Sécurité Sociale, DCAN et Thomson-CSF).

Dans le domaine militaire, les activités informatiques de la CII ont été poursuivies ; ces activités connaissent une certaine décroissance due à la réduction des programmes ; on peut toutefois noter l’arrivée au stade de la production série de l’IRIS 35M, et la fabrication en cours du premier prototype IRIS 55M...

...Par ailleurs, dans le domaine des périphériques, la CII rassemblant les efforts de la SPERAC avec les siens propres, a poursuivi son programme, et les mémoires magnétiques de masse, disques à têtes fixes, disques à têtes mobiles et bandes magnétiques entrent aujourd’hui en production. De même, un effort particulier a été fait dans le domaine du couplage des lignes de transmissions.

Enfin, l’année qui s’achève a vu la mise au catalogue du nouveau système d’exploitation SIRIS 7, destiné au 10070 qui en autorise l’utilisation en multiprogrammation pour les applications de gestion. Ce moniteur qui connaît déjà en France de nombreux clients, intéresse vivement l’un de nos confrères américains. Rappelons au passage que SIRIS 7 sera directement utilisable sur IRIS 80.

Le chiffre d’affaires du 1er semestre 1970 est en augmentation de 71 % sur celui de 1969, alors que l’effectif s’est seulement accru de 4 % ; ceci montre bien la mutation intervenue à la CII au cours de l’année ; après 3 années de mise en place, les moyens de production ont commencé à tourner et la compagnie fait aujourd’hui figure d’une société industrielle de dimensions appréciables ; le chiffre d’affaires 1970 devrait approcher 600 millions de F TTC.

La CII occupe sur le marché français une place croissante ; son coefficient d’expansion en 1969 et 1970 approche 30 %, alors que le domaine d’activités de la compagnie est attaché à un secteur dont la progression moyenne est de l’ordre de 20 %. A la fin de l’année 1970, la CII aura produit depuis l’origine près de 600 calculateurs.

L’année qui vient de s’écouler a vu l’absorption de la SPERAC par la CII. Cette opération fait disparaître une ambiguïté en matière de responsabilité dans la promotion des systèmes d’informatique français ; elle permet en outre de corréler plus facilement les programmes de périphériques avec les besoins des systèmes associés aux unités centrales de la CII. Ceci était d’ailleurs devenu indispensable du seul fait que la CII n’avait pu attendre la sortie des produits SPERAC pour mettre à son catalogue des périphériques réalisés sous licence ou comportant d’importants sous-ensembles extérieurs, de façon à faire face à ses besoins en temps utile ; il devenait urgent de définir étroitement la poursuite des développements de SPERAC par rapport aux projets de CII en cette matière.

Enfin, conformément aux dispositions de la Convention de 1967, la CII a présenté au Gouvernement, l’an dernier, une analyse de sa situation et une proposition de programme de travail pour les années à venir. Ce plan directeur, mis au point avec beaucoup de soin dans un esprit aussi raisonnablement commercial et industriel que possible, a été longuement discuté et constitue aujourd’hui la base de la nouvelle Convention annoncée la semaine dernière par M. Chaban-Delmas à l’inauguration du Sicob.

Les problèmes

Si la CII sort de l’adolescence, elle n’a pas encore le cuir épais que nécessite la compétition internationale ; si les résultats précédents peuvent être considérés comme assez satisfaisants, après moins de 4 années d’existence, il faut convenir que de nombreux problèmes se posent et que la CII n’est pas au bout de ses efforts.

Au fur et à mesure que les années passent, la compétition s’accroît dans le domaine informatique et il y a tout lieu de penser que la " masse critique " des entreprises correspondantes grandit ; il n’est donc pas possible que la CII borne son expansion à se laisser porter par celle du marché. Elle doit se développer plus vite que ses concurrentes. C’est ce qu’elle a fait depuis sa création mais cette tâche est extrêmement difficile si l’on veut que l’expansion se fasse avec un minimum de désordre et un maximum d’efficacité.

Une première tâche concerne l’action commerciale de la Compagnie ; il convient de faire subir à celle-ci une mutation analogue à celle qu’a connue en 1970 notre action industrielle. Il convient de passer rapidement à une structure qui permette d’atteindre une clientèle plus dispersée que celle qui a d’abord été l’objectif de la Compagnie. S’il existe aujourd’hui 30 centres régionaux de maintenance, il est nécessaire de les compléter progressivement pour qu’une part importante d’entre eux devienne des délégations régionales autonomes ; 6 délégations régionales seront ainsi créées prochainement, le chiffre devrait tripler dans les 5 années à venir.

La situation est la même à l’étranger où les implantations solides peuvent difficilement se faire sans la création d’une société ; deux filiales de la Compagnie existent aujourd’hui, en Allemagne et en Italie ; là aussi, il en faudrait 6 ou 8 avant 5 ans.

L’important effort consacré par la CII aux problèmes de software doit être poursuivi et amplifié. Si le soft de base qui accompagne les machines peut être considéré comme très complet, il est certain que la réalisation de softwares d’application standard demande un effort continu et prolongé. La CII pratique depuis la mise au point de ses produits le développement systématique d’un certain nombre de softs d’application, en fonction des besoins de ses principaux clients ; gestion comptable, gestion d’ateliers, recherche documentaire, ont fait ainsi l’objet de travaux importants à l’intérieur desquels des modules standards peuvent être identifiés et employés isolément. Cet effort que nous ne comptons pas relâcher nous paraît essentiel pour l’avenir d’une Compagnie comme la nôtre, car nous ne pensons pas qu’il soit possible de réaliser des matériels convenables sans disposer en propre de moyens de software permettant un contact direct avec les problèmes de la clientèle.

Ceci ne signifie pas que la CII recherche l’isolement et la possibilité de réaliser la totalité de ses affaires par ses seuls moyens. Bien au contraire, notre Compagnie continuera de rechercher une collaboration régulière, avec les Sociétés de software, en s’attachant à traiter avec chacune d’entre elles des problèmes de nature homogène, de façon à ce que les deux parties bénéficient au maximum de l’expérience acquise en commun.

Les efforts particuliers que nous devons consacrer à l’action commerciale et aux travaux de software ne doivent pas nous faire négliger le reste de nos activités. Dans le domaine de la création des produits, les liaisons mises en place avec les laboratoires d’État et les laboratoires privés devraient permettre à la CII de bénéficier des meilleures perspectives d’application des techniques nouvelles ; des accords techniques permettront ainsi la réalisation de certaines études en commun. La CII, avec cet appui, devra s’efforcer d’entretenir son catalogue et de l’étendre dans des conditions raisonnables de façon à tirer, dans les nouvelles étapes, le meilleur parti des étapes précédentes.

Si un effort considérable a été fait dans le domaine de l’après-vente, puisque aujourd’hui notre direction après-vente comprend 500 personnes, avec une présence dans 30 villes de province qu’habitent 150 agents de la Compagnie, le développement de nos ventes exigera que la direction de l’après-vente suive de près l’augmentation de sa charge.

Si les moyens financiers paraissent devoir être rassemblés de façon convenable, on ne peut pas ne pas mentionner une source de difficultés à laquelle il est plus difficile de répondre rapidement : il s’agit du problème des hommes. Dès à présent la Compagnie voit hors des frontières des possibilités d’extension d’activité efficaces et importantes auxquelles elle ne peut donner suite, du fait d’un manque de moyens. Un programme de promotion interne, d’embauche et de formation, va constituer un élément déterminant dans la réussite de l’expansion de la CII.

L’avenir

Comme M. Chaban-Delmas l’a dit à l’inauguration du Sicob, les groupes industriels qui sont actionnaires de la CII, l’État et la CII elle-même, achèvent la mise au point d’une nouvelle Convention qui devrait nous conduire jusqu’en 1975 et qui garantirait à notre Compagnie un certain nombre d’éléments fondamentaux :

  • - le financement des études nécessaires au renouvellement et à l’élargissement du catalogue, ainsi que le développement et le lancement de ses produits ;
  • - la trésorerie considérable qu’exige le mécanisme des locations ;
  • - l’aide financière à la création des points d’appuis étrangers qui comporte inévitablement de lourds investissements.

Cet appui important conditionne la poursuite et ultérieurement le succès de l’opération Plan Calcul ; la France n’est pas la seule à faire ce raisonnement et à en tirer les conséquences ; sous une forme ou sous une autre, des grands pays comme l’Allemagne, l’Angleterre, le Japon, apportent à leurs industriels informatiques une assistance directe ou indirecte égale ou supérieure.

La nouvelle Convention laissera à la Direction Générale de la Compagnie la souplesse nécessaire pour faire face à l’évolution du marché ; contrairement à la première Convention qui avait défini au départ un programme technique assez détaillé, elle permettra plus facilement de faire évoluer l’action technique et commerciale de la CII en fonction des circonstances ; seuls les grands axes sur lesquels nos efforts doivent porter ont fait l’objet d’une discussion, aussi bien dans le domaine des unités centrales que dans celui des périphériques.

Il est hors de doute que la grande question que soulève cette Convention est le point d’aboutissement de tous ces efforts. Comme l’a dit M. Chaban-Delmas, l’objectif du Plan Calcul n’a pas été de reconstituer sur le territoire français une IBM nationale. Pour bien des raisons, une telle chose est impossible. Il est inscrit dans la première Convention que l’objectif du Plan Calcul est de constituer en France un foyer technique et industriel dans le domaine informatique tel que notre pays puisse conserver sur son sol des forces vives créatrices et une certaine liberté d’options dans les problèmes fondamentaux posés par son équipement.

Cet objectif est en bonne voie d’être atteint, mais il est hors de doute que la survivance de la Compagnie passera un jour par une collaboration internationale. Nul ne conteste cet état de choses et les conversations que nous tenons en ce sens avec des partenaires étrangers remontent maintenant bien loin. Il est aujourd’hui prématuré de parler de ces conversations qui doivent se dérouler avec le calme et le sérieux nécessaires en raison de leur importance ; il est évident cependant que les solutions qui pourront être apportées au problème de notre collaboration internationale devront respecter les idées initiales des signataires du Plan et que la CII ne pourrait participer à une combinaison dans laquelle la représentation des intérêts français se bornerait à la présence dans une affaire étrangère de capitaux français dispersés en un grand nombre d’actionnaires, sans poids économiques propres.

J’espère que cet exposé vous laisse comprendre que la Direction Générale de la Compagnie a parfaitement conscience des efforts à faire et des problèmes qui l’attendent.

Il est évident que les produits IRIS ne pouvaient envahir le marché trois ans après le démarrage de leur étude. S’ils commencent à être appréciés, les années qui viennent devront marquer le succès complet de l’opération.

 


8 octobre 1970 : Cercle des Utilisateurs.

Réuni pour son assemblée générale le 8 octobre, sous le patronage de M. Maurice Allègre, Délégué à l’Informatique, le Cercle des Utilisateurs a consacré l’essentiel de son ordre du jour aux problèmes liés au software. Ouvrant la séance, le Président Moch a annoncé la nouvelle politique que va suivre la CII en matière de tarification séparée du hardware et des services.

M. François Sallé, Directeur du Software et des Applications, prit ensuite la parole pour préciser le rôle que la CII pense devoir jouer en matière de software, rappeler l’évolution de ses moyens, les produits réalisés et l’organisation mise en place à l’intérieur de la compagnie.

Monsieur Gérard Bauvin, Directeur Général de Cegos-Informatique, exposa ensuite le rôle des sociétés de conseils et de services en informatique, la nature des services que ces sociétés peuvent apporter, leurs avantages et termina en donnant des conseils quant aux relations devant exister entre l’utilisateur et ces sociétés.

Dans l’exposé qui suivit, Monsieur Jean Gravot, Directeur Adjoint à EDF-GDF et Président du groupe IRIS 50 au Cercle, s’attacha à la compatibilité souhaitée entre les softwares des différents ordinateurs et insista sur l’importance des langages conversationnels, pour faciliter l’accès des fichiers aux non-informaticiens.

Les débats furent ouverts par Monsieur Philippe Renard qui, au nom de la Délégation à l’Informatique, précisa la répartition des moyens financiers mis en œuvre dans le cadre du Plan Calcul, dont 35 % du budget a été affecté au développement du software ; ce chiffre sera de 45 % en 1970.

L’assemblée générale se termina, après présentation du rapport moral et du rapport financier, par un vote qui reconduisit le bureau précédent, à l’exception de Monsieur Jacques Vanrenterghem, démissionnaire, qui a été remplacé par Monsieur Claude Thubert, Directeur Adjoint à la Direction Commerciale et des Relations Extérieures à la Sagem.

Au cours du déjeuner amical qui réunit les participants, MM. Raymond Moch, Michel Barré et Maurice Allègre prirent la parole. Leurs allocutions sont données ci-après.

ALLOCUTION DE MONSIEUR RAYMOND MOCH

Monsieur le délégué à l'informatique, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, rassurez-vous, je ne vais point faire un discours. Je voudrais simplement être l'interprète du Cercle des Utilisateurs de la C.I.I. pour exprimer à nos invités le plaisir que nous avons à les accueillir parmi nous aujourd'hui. Monsieur Maurice Allègre, délégué à l'informatique, nous fait l'honneur de présider ce repas amical. Il renouvelle ainsi le geste de Monsieur Robert Galley qui, le 7 mai 1968, avait tenu à nous apporter, au Palais des Congrès de Versailles, un encouragement qui avait pour nous une valeur exceptionnelle. Monsieur Maurice Allègre l'accompagnait alors à titre de délégué adjoint. Je suis heureux que notre double continuité me permette aujourd'hui d'accueillir en lui le représentant du Gouvernement.

J'ai suffisamment insisté ce matin sur la volonté d'indépendance de notre Cercle pour n'avoir pas à souligner que l'adhésion que nous avons apportée à la politique dite du Plan Calcul est raisonnée et mesurée, mais sûrement pas inconditionnelle. C'est ce qui fait, je crois, sa valeur. L'action que nous avons menée, volontairement, je le répète, est née de cette conviction que j'évoquais ce matin, que notre pays ne peut pas être de ceux qui se contentent de consommer le progrès et l'innovation sans participer à leur élaboration. A la modeste place que nous avons offert de tenir dans le dispositif général, nous n'avons peut-être pas été complètement inutiles. La présence ici du délégué à l'informatique et de ses nombreux collaborateurs qui nous ont fait l'amitié de l'accompagner, nous autorise, tout au moins, à l'imaginer.

Monsieur le Président André Danzin, Vice-Président Directeur Général de Thomson C.S.F. et Président de la Compagnie Financière pour l'Informatique, devait nous faire le très grand plaisir d'être parmi nous. Il en a été empêché au dernier moment. Il est remplacé ici par quelqu'un que nous connaissons bien : Monsieur Dorléac qu'il m'est agréable de saluer. Le Président Michel Barré a bien voulu accepter de venir nous adresser quelques mots. Nul n'est mieux placé que lui pour nous dire très franchement quelle est la productivité réelle de notre effort bénévole. Quel que soit son diagnostic, je l'en remercie à l'avance, comme je lui exprime notre gratitude pour l'accueil à la fois ouvert et constructif que nous avons trouvé auprès de la Direction Générale de la C.I.I. depuis qu'il la préside. Il m'est impossible de citer tous les collaborateurs de la Compagnie qui l'accompagnent. Ils sont tellement liés à l'action du Cercle que nous avons dû les doter d'un badge d'une couleur spéciale pour ne pas les confondre avec les membres du Cercle. Parmi la délégation C.I.I., qu'on m'excuse si je relève seulement la présence de Monsieur Dony, de Monsieur Guichet, de Monsieur Peyroles, de Monsieur Toutain, tous membres du Comité de Direction.

Je remercie de sa présence ici le Général Vallet, délégué général du syndicat national des Fabricants d'ensembles d'informatique et de machines de bureau, le SFIB, qui est un ami de longue date du Cercle et dont nous nous rappelons qu'il est également un collaborateur occasionnel du TRUC. Je rappellerai, mais est-ce bien utile, que nous avons parmi nous Monsieur Philippe Dreyfus, directeur général du CAP dont l'absence s'est si douloureusement fait sentir ce matin. Il était retenu, paraît-il, par les brumes anglaises... de Monsieur Jean Carteron qui a été obligé de nous quitter tout à l'heure, président de la STERIA, de Monsieur Gérard Bauvin, bien entendu, directeur général de CEGOS INFORMATIQUE et président de CEGOS-TYMSHARE, de Monsieur Vidard, directeur de la SEMA, représentant Monsieur Robert Lattès qui m'a prié de vous présenter ses regrets pour n'être pas ici aujourd'hui.

Vous avouerez que l'informatique n'est pas si mal représentée dans cette salle et que nous n'avons pas craint de nous remettre au jugement des experts. Et encore, ni Monsieur le Professeur Namian, qui devait être ici, ni Monsieur le Professeur Laudet, directeur de l'IRIA, n'a pu venir, ce dernier représenté par Monsieur Malagardis, je l'en remercie. Monsieur Gilbert Dennery, sous-directeur de la Téléinformatique au Ministère des Postes et Télécommunications, nous avait laissé espérer sa venue, il en a été empêché au dernier moment et a demandé à Monsieur Picquart de le représenter. Mais il me faut également revenir de notre côté de la barricade, dans le camp des utilisateurs. Monsieur l'Ingénieur Général Thiénnot, directeur technique des constructions et armes navales, qui a appuyé de son autorité des initiatives informatiques du plus haut intérêt, nous fait l'honneur d'être à cette table. Nous n'en sommes pas surpris, car nous savons ce qu'il pense de nous, mais nous sommes très sensibles au fait qu'il soit venu lui-même nous le rappeler. Monsieur le président Guillaumat, président d'ELF-ERAP, dont un mot personnel m'a dit son regret de ne pouvoir assister à ce déjeuner. Il y est représenté par Monsieur Rastoul, directeur à l'ERAP, dont la présence a une valeur d'autant plus significative qu'ELF-ERAP n'est pas un très gros client de la C.I.I. Monsieur le président Bloch-Lainé n'a pu se libérer des tâches écrasantes qui sont les siennes, il est représenté ici par Monsieur de Corbière, inspecteur général adjoint au Crédit Lyonnais, bien connu dans les milieux de l'informatique et qui, chacun le sait, est un des responsables de l'Association des Utilisateurs I.B.M. De très nombreux autres utilisateurs sont présents dans cette salle mais vous me permettrez de ne pas énumérer tous les membres du Cercle, qu'ils soient ou non en règle avec notre trésorier. Que Monsieur Gravot donc ne m'en veuille pas si je ne fais même pas d'exception pour lui qui représente pourtant le plus gros consommateur d'informatique en France. Je vais donc me limiter à vous présenter pour terminer les regrets du Président Jacques Maillet, président d'honneur de la Compagnie Internationale pour l'Informatique, du président Paul Delouvrier, président de l'Électricité de France, de Monsieur Jean Auricoste, président d'EUROSOFT, de Monsieur Jean Ballereau, chef du service de traitement de l'information de l'armée de terre, président de la commission pédagogique nationale des unités d'informatique, de Monsieur de Latil, journaliste au Figaro, de Monsieur Vincendon, rédacteur en chef à la revue l'Informatique, et de Monsieur Garric son adjoint, qui n'ont pu venir et qui vous demandent de les excuser.

Il y a tout de même dans cette salle d'autres journalistes. Nous les remercions d'avoir eu la curiosité de venir jusqu'à nous et nous espérons qu'ils auront été intéressés par ce qu'ils auront peut-être appris de nous.

Dans cette salle où s'écrivirent des pages dramatiques de l'histoire contemporaine, il me reste l'agréable mission de saluer nos hôtes étrangers, nos collègues hongrois, venus tout spécialement de Budapest sous la conduite de Monsieur Noszek, Monsieur le Conseiller Constantin Simbotin du Secrétariat permanent de la Commission gouvernementale pour les équipements de calcul et l'automatisation du traitement de l'information de la République Socialiste de Roumanie, qui dirige une délégation qu'il nous est particulièrement agréable de recevoir aujourd'hui car, vous le savez, les relations informatiques franco-roumaines ont trouvé un terrain exceptionnellement favorable à leur développement dans la vieille et traditionnelle amitié franco-roumaine. Je saisis cette occasion pour prier Monsieur le Conseiller Simbotin de transmettre les très cordiales salutations du Cercle des Utilisateurs de la C.I.I. au Cercle des Utilisateurs des ordinateurs C.I.I. et des calculateurs CRU 256 de Roumanie.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je vous remercie une dernière fois de votre patience et donne la parole à Monsieur Michel Barré, Président Directeur Général de la Compagnie Internationale pour l'Informatique.

ALLOCUTION DE MONSIEUR MICHEL BARRÉ

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais d'abord remercier Monsieur Moch de me donner l'occasion de prononcer quelques mots devant vous. Je vous parlerai seulement de la CII car il ne m'appartient pas de traiter les questions générales touchant l'informatique en France. Ces problèmes ont été largement abordés ce matin et Monsieur le délégué est beaucoup mieux placé que moi pour vous parler de la finalité du Plan Calcul.

Lorsque Monsieur Moch est venu me voir pour la première fois en juillet 1969, je ne m'étais pas encore fait une idée très claire sur ce que pouvait être un Cercle des Utilisateurs, du rôle qu'il pouvait jouer et ma première réaction était une certaine inquiétude. Après avoir réfléchi, j'ai pensé que peut-être nous trouverions, dans ce Cercle des Utilisateurs, autre chose que des censeurs, mais aussi des gens capables de nous aider par le fait qu'utilisant notre matériel ils constituent en quelque sorte le club de nos références. Or il est absolument évident que ce dont la CII manque le plus, c'est de références. Les hommes et l'argent, ça se trouve, les références, il faut les faire. Et par conséquent le fait d'avoir une unité qui rassemblait les utilisateurs de la CII, contents ou mécontents, mais en tout cas gens capables de s'exprimer, m'a paru finalement être une très bonne chose. C'est pourquoi j'espère que le président Moch a pu constater que nous avons toujours regardé les initiatives du Cercle des Utilisateurs comme des initiatives constructives.

En fait, il a mentionné ce matin une certaine hache de guerre, mais il m'a confirmé qu'il ne s'agissait pas d'une hache de guerre entre lui et nous; il s'agissait d'autre chose. Je tiens à le préciser.

Voyons maintenant la situation actuelle de la CII. En examinant rapidement le passé et la situation présente. La CII a des détracteurs. Certains, quoi que l'on fasse, ne changeront pas d'avis, mais à la plupart, il est tout de même possible de faire remarquer un certain nombre de choses, d'avancer un certain nombre de résultats, qui peuvent être de nature à les faire réfléchir.

La CII a trois ans et trois mois d'âge. C'est extrêmement peu dans une histoire industrielle, et j'en appelle à tous ceux d'entre vous qui appartiennent à une industrie, pour leur faire remarquer qu'en un si court laps de temps, il est très difficile de mettre au catalogue un produit nouveau aussi compliqué qu'un calculateur de grande dimension, avec son soft, et d'en inonder le marché. En fait, cette société est partie de zéro, au point de vue des calculateurs du Plan calcul. Elle a réussi en trois ans à les mettre à son catalogue, à les fabriquer en série et elle commence à les diffuser. Le Plan Calcul initial prévoyait cinq produits à réaliser dans ces trois années. Un programme aussi télescopé était quelque chose de tout à fait exceptionnel ; dans l'électronique professionnelle je n'avais jamais rencontré un tour de force comme celui-là et je trouve, étant donné que je n'y suis absolument pour rien, assez remarquable que, avant le terme de la quatrième année, sur ces cinq produits, il y en ait trois qui soient au stade de la production, un qui soit achevé et qui risque d'être passé à la production un jour ou l'autre, et le dernier qui a été simplement remplacé sciemment, avec l'accord de la Délégation, par une modification sur un autre produit. On peut dire, par conséquent, que le programme initial, malgré la difficulté qu'il représentait, a été à peu près tenu.

Ces trois ans et demi ont été mis à profit également pour mettre en route une usine à Toulouse que le Cercle des Utilisateurs a pu visiter dans le courant de l'année. Cette usine, d'un seul coup, a donné à la Compagnie le caractère industriel qu'elle n'avait pas encore. Il est peut-être intéressant de savoir qu'entre le premier semestre 1969 et le premier semestre 1970 il y a eu une augmentation de la production de la société de 70 %, alors que l'effectif de la société n'augmentait que de 4 %. Cela représente quand même la preuve que le virage industriel a été pris. Les effectifs, en trois ans, sont passés de 1.800 personnes à 5.600 personnes. Il est facile d'imaginer les problèmes d'encadrement, de formation, de hiérarchie, d'organisation administrative, que représente une progression aussi explosive. Les matériels, eux, ont subi une promotion commerciale dont on peut, à un certain point, s'estimer satisfait.

Les 10.010-10.020 : je pense qu'il y en aura plus de 300 produits à la fin de cette année-ci. Les 10.070 : qui sont tout de même de gros calculateurs puisque chaque système vaut actuellement plus de cinq millions de francs ont déjà fait l'objet d'une cinquantaine de commandes. Quarante commandes et intentions ont été obtenues en une seule année pour IRIS 50 qui a été montré pour la première fois en fonctionnement au SICOB de l'année dernière, c'est-à-dire plus que nous espérions. Le portefeuille de la Compagnie excède, toutes taxes comprises, actuellement, 700 millions de francs. Le chiffre d'affaires de la CII cette année-ci, va approcher 600 millions, c'est-à-dire à peu près la moitié de celui de l'un de nos très grands concurrents dont on a beaucoup parlé au mois de juillet. La croissance de la CII au cours des deux dernières années a été de 30 %. Le concurrent dont je vous parle a pendant ce temps-là augmenté de 14 %. Je ne voudrais pas que vous pensiez que ce cri de victoire signifie qu'il n'y a plus aucun problème, que la CII est arrivée et qu'il n'y a plus qu'à la laisser faire. Ce ne serait pas exact. Il y a probablement encore plus de travail devant nous qu'il n'y en a derrière. Dans les années qui viennent nous allons avoir des problèmes de tous ordres. Il y a celui qui consiste à coller à la technique et quand on voit les grands concurrents sortir des matériels nouveaux, avec des idées nouvelles, on imagine facilement l'effort en matière de technologie hardware que nous avons à faire pour pouvoir suivre la cadence. Nous avons aussi à faire des efforts sur le plan industriel, car le problème des prix de revient est un problème fondamental dans notre industrie et si nous voulons rejoindre le peloton de tête, nous devons pouvoir arriver à obtenir des rapports entre nos prix de vente et nos prix de revient qui nous permettent de caser, de plus en plus de dépenses de services.

Nous avons, et c'est probablement la tâche la plus importante, à accroître notre réseau commercial, en France et à l'étranger. Aujourd'hui nous avons trente points de maintenance en France, avec 150 agents. Il faut que la majorité de ces points de maintenance se transforment dans les quatre ou cinq années qui viennent, en agences de vente indépendantes et ceci représente encore des dépenses et des hommes. Tout ceci s'accompagnera inévitablement de réorganisations, mais c'est parfaitement normal pour une entreprise moderne. Pour revenir à ce que disait Monsieur le président Moch ce matin, il y a eu des réorganisations à la CII et je vous préviens : il y en aura d'autres. Une entreprise n'est pas le " ministère des dons et legs " de Courteline. Une entreprise, c'est quelque chose qui doit vivre, qui s'adapte aux conditions extérieures, dont les hommes changent en fonction de leurs qualités, en fonction de ce qu'ils sont capables d'apporter, et à l'instar de toute entreprise moderne, il faut considérer comme normal que la CII change, évolue et apporte au Cercle des Utilisateurs, périodiquement, de nouvelles têtes.

Enfin, et c'est là-dessus que je voudrais terminer, il est certain que se pose, aux yeux de beaucoup, le problème de la place de la CII dans l'économie occidentale. La première convention était essentiellement attachée à faire naître, à partir de presque zéro, une unité capable de s'implanter sur le marché français, de créer un foyer d'activité technique et industrielle dans le domaine de l'informatique. On peut penser que ce premier objectif est maintenant atteint : la CII existe. Et elle a une valeur, un poids, qui n'est pas négligeable. Ce qui reste à faire, c'est à l'insérer à l'intérieur d'un schéma qui soit économiquement viable, et il est évident aux yeux de tous qu'un tel schéma ne peut pas être exclusivement français. Nous cherchons donc, en plein accord avec le Gouvernement, la possibilité de faire coopérer la CII à un système international. Il en a été beaucoup parlé dans les journaux ; sans le développer, je voudrais simplement dire que nous pensons qu'il doit être possible de trouver des formes de coopération internationale qui conservent à l'industrie d'un pays sa physionomie propre et qu'il n'est pas suffisant de considérer que la participation d'un capital français dispersé à l'intérieur d'une société étrangère suffit pour défendre des intérêts français., Nous nous efforcerons donc, dans la combinaison de coopération internationale que nous voulons monter, de conserver un visage français pour nos techniciens et une forme française à la solution des problèmes qui pourront se poser à notre pays.

Voilà, peut-être ai-je été un peu long, mais je tenais à évoquer où nous en étions dans cette longue tâche, où d'ailleurs il faut souligner combien nous sommes aidés par la Délégation à l'Informatique qui veille, en quelque sorte, à ce que dans l'application la politique du Gouvernement reste fidèle aux principes qui ont présidé à la création du Plan Calcul.

Je tiens à vous remercier tous des opinions que peut formuler autour de nos efforts, le Cercle des Utilisateurs. Je n'ai jamais demandé à Monsieur Moch d'être le résonateur de louanges. Je ne le ferai pas plus aujourd'hui, et en plus, je suis sûr qu'il s'y refuserait avec beaucoup de fermeté. Ce que je souhaite c'est que, lorsqu'il y a des louanges, vous les fassiez résonner avec au moins autant d'énergie que quand il y a des critiques. Ce qui sera, je n'en doute pas, et a toujours été le cas. Je vous en remercie par avance.

 

ALLOCUTION DE MONSIEUR MAURICE ALLEGRE

A cette heure de la journée la principale qualité de mon discours sera d'être bref, mais je commencerai par deux choses importantes. C'est d'une part, comme l'a fait tout à l'heure Monsieur Moch, saluer la présence ici de Monsieur Simbotin qui représente le Cercle des Utilisateurs roumains, et vous savez pourquoi nous y attachons un intérêt tout particulier. Je voudrais d'autre part, et devant vous tous, rendre hommage, je trouve que le terme n'est pas du tout trop fort, à la qualité et à l'ampleur du travail accompli par votre président depuis qu'il s'occupe de ce Cercle qu'il a su animer d'une manière remarquable. Monsieur Barré a dit tout à l'heure tout l'intérêt que sa société pouvait trouver en ce contact, et je voudrais m'associer à lui et dire encore une fois, si vous me permettez un mauvais jeu de mots, à Monsieur Moch, qu'il a réussi vraiment un TRUC formidable.

Cela étant, le Cercle des Utilisateurs est sans aucun doute une institution indispensable car elle est en quelque sorte le miroir le plus proche dans lequel la C.I.I. peut se regarder. Je dis bien " se regarder " et non pas " contempler son image " et s'auto-admirer, mais bien se regarder avec tout ce que l'image a d'agréable et de perfectible et surtout en tirer les enseignements pour perfectionner ladite image. C'est comme cela qu'a commencé à fonctionner, que fonctionne depuis toujours, le Cercle des Utilisateurs et tel doit bien être en effet l'un de ses rôles essentiels. Il est question, m'a-t-on dit, de relancer des études dans le domaine de la prospective et dans ce domaine, le rôle qui avait été joué par le Cercle au moment de la définition de l'Iris 50 pourrait être rejoué pour les futurs matériels. Il y a certainement maints autres exemples sur lesquels je n'ai encore une fois, vu l'heure, pas le temps de m'étendre.

Monsieur Moch a dit tout à l'heure que le Cercle des Utilisateurs était composé d'adhérents non inconditionnels et je crois qu'il a eu parfaitement raison de souligner ce point, et il faut qu'il le soit, au Plan Calcul, mais je retiens tout de même qu'il s'agit bien d'adhérents à l'idée du Plan Calcul. En un petit nombre de minutes je vais essayer de vous redire où nous en sommes. Vous savez tous quelle est l'idée principale qui a présidé au lancement du Plan Calcul : il y aurait au fond deux idées : l'informatique est quelque chose d'important donc il faut développer son utilisation, et d'autre part l'industrie de l'informatique est quelque chose d'important également, donc il faut qu'il existe une industrie nationale de l'informatique. Sur le plan de l'utilisation (qui se relie d'ailleurs aux problèmes de software, dont vous avez, je crois, beaucoup débattu ce matin) je me bornerai à signaler deux faits récents : d'une part, dans le domaine de la formation, il y a eu des décisions, je crois, assez importantes, ou tout au moins des débuts de réalisation notable, qui ont été annoncées il y a quelques temps au congrès de l'AFCET, par exemple introduction progressive de l'initiation à l'informatique dans l'enseignement secondaire ; je crois que c'est une date qui mérite d'être notée. D'autre part, je vous signale qu'en vue de progresser vers l'objectif quasi-inaccessible que l'on pourrait appeler une sorte de management information system de l'ensemble de l'administration française (c'est pourquoi je dis qu'on ne l'atteindra jamais), il vient d'être créé une Commission Interministérielle de l'Informatique que j'appelle d'une façon amusante ma C.I.I. bis. Je ne l'ai pas fait exprès mais les initiales sont également celles de la C.I.I. ; n'y voyez aucune allusion particulière. Avec l'aide de cette Commission, nous allons poursuivre en l'amplifiant, le travail qui a déjà été fait en vue d'homogénéiser lentement mais sûrement, je l'espère, la " sauce informatique administrative " dont vous connaissez tous la grande diversité.

Sur le plan industriel, vous savez que l'objectif est d'avoir une véritable industrie de l'informatique. Le point d'application essentiel de cette politique est bien entendu dans le domaine le plus significatif qui est celui de la grande informatique, c'est-à-dire de l'informatique de gestion ; je veux bien sûr parler de C.I.I. Mais ce n'est pas parce que nous sommes au Cercle des Utilisateurs de la C.I.I. qu'il faut oublier l'existence d'une autre informatique, une sorte d'humus industriel informatique, constitué par des fabricants de mini-calculateurs, ou de petits périphériques, sans oublier bien sûr un secteur fortement représenté ici même, j'ai nommé les sociétés de software. Et je voudrais souligner à nouveau qu'il n'y a jamais eu sur ce simple plan du software, par exemple, antinomie entre le Plan Calcul et le software. Certains ont voulu opposer hardware et software, prétendre que le Plan Calcul industriel s'est déjà beaucoup intéressé aux problèmes de software et que, soit directement soit par le biais de sous-traitance, lesdites sociétés de software ont déjà eu des retombées notables de l'opération industrielle d'ensemble Plan Calcul. A l'heure actuelle, nous mettons en place, en vue d'un fonctionnement à partir de la fin de l'année, un mécanisme plus précis et plus étoffé, en vue d'accentuer cette action spécifiquement software. Mais ceci ne doit pas nous éloigner de l'opération C.I.I. qui est, comme je l'ai dit, la pièce maîtresse, qui est la condition sine qua non de la réussite d'une véritable opération industrielle Plan Calcul ; vous savez – le Premier Ministre l'a d'ailleurs annoncé au Sicob il y a quelques jours – que nous sommes en train de négocier avec les industriels, c'est-à-dire avec la C.I.I. et ses maisons-mères, le renouvellement de la Convention, qui va se traduire par une prolongation et un renforcement de l'action de l'État de manière à faciliter le développement de cette industrie française de l'informatique que symbolise la C.I.I. La chose a été dite de façon suffisamment claire par Monsieur Chaban-Delmas sans que j'aie à m'étendre là-dessus aujourd'hui. L'option ainsi prise ne souffre aucune contestation possible.

Lorsque le Plan Calcul a été lancé il y a maintenant à peu près quatre ans, l'idée était d'aboutir, comme je l'ai dit, à une véritable industrie nationale, et certains ont dit à ce moment là " mais pourquoi n'avez-vous pas fait tout de suite un Plan Calcul européen ? ", je crois que la réponse est simple : si on avait voulu commencer par faire un Plan Calcul européen, on serait peut-être encore en train de discuter - ce n'est pas moi qui dirais l'inverse, ayant été assez souvent à Bruxelles ces temps derniers et chacun sait la lourdeur de discussions de ce genre - ou alors, dans le meilleur des cas, on aurait abouti à une sorte d'ELDO qui ne serait pas conforme à l'objectif poursuivi. Cet objectif est essentiellement de nature industrielle. Il n'est pas de démontrer la capacité des européens de faire de la technologie évoluée cela, on le sait, il était inutile de le prouver.

Mais je reprendrai à mon compte la fin de l'intervention de Monsieur Barré tout à l'heure, avec laquelle je suis tout à fait d'accord. Je rappellerai simplement que l'orientation indiquée par lui quant à des rapprochements avec d'autres compagnies, sur un plan européen par exemple, n'est pas du tout, comme certains ont bien voulu le laisser croire, un quelconque changement d'orientation dans la politique suivie jusqu'à présent par le Plan Calcul. Je vous demande de me donner acte du fait suivant : et certains d'entre vous, et malheureusement pour eux ils ont déjà dû me subir, ont eu l'occasion de m'entendre parler du Plan Calcul à une occasion ou à une autre au cours des deux années que je viens de passer en tant que Délégué à l'informatique, eh bien je ne pense pas qu'ils m'aient entendu varier d'une ligne sur ce point. Il y a deux ans, quand l'occasion m'était donnée, de répondre à des questions concernant des problèmes de collaboration européenne, je disais déjà que nous devions d'abord commencer par exister sur un plan national, parce que tant qu'on n'existe pas sur le plan national on ne peut pas parler sur un plan international, on ne peut pas se faire entendre, on ne peut pas avoir un certain poids et on ne peut participer valablement à une construction finale. J'ajoutais que, dès la preuve faite de notre "existence" - et la C.I.I., vous êtes là pour le prouver, veut dire démontrer qu'elle existait réellement - eh bien dès ce moment là, il faudrait alors essayer de se placer sur la scène internationale et de voir s'il était possible de bâtir des constructions dépassant le cadre national, mais n'aboutissant évidemment pas à des solutions du style de celles que l'on a trop vu dans le passé, que ce soit dans l'informatique ou dans d'autres domaines et qui aboutissent finalement à un transfert de responsabilités et à un transfert du centre de prise des décisions hors du territoire national. Lorsqu'on s'associe, lorsqu'on constitue ce que j'appellerai une véritable société multinationale et non pas une société pseudo multinationale comme beaucoup le disent, eh bien lorsque l'on constitue une véritable société multinationale, certes l'on aliène une certaine part de sa liberté de manœuvre, puisqu'on s'associe étroitement avec quelqu'un d'autre, mais on ne devient pas pour autant subordonné, on n'en devient pas soumis à l'autre. On réalise quelque chose ensemble, chacun apporte quelque chose, on met ses forces en commun et c'est en ce sens que nous parlons d'une possibilité d'extension de l'opération Plan Calcul et pas du tout au sens où on l'a trop souvent entendu par le passé. Alors ceci aussi est parfaitement clair, et je ne fais là que redire, probablement moins bien d'ailleurs, ce qu'a dit le Premier Ministre toujours dans ce discours du Sicob auquel je pense certains d'entre vous assistaient.

Je vais maintenant m'arrêter et souhaiter que le soleil qui a bien voulu être des nôtres aujourd'hui soit un heureux présage et continue à briller longtemps sur l'avenir du Cercle des Utilisateurs de la C.I.I.

2 décembre 1971 : assemblée générale du Cercle des Utilisateurs (CII Informations n° 16)

Le Cercle des Utilisateurs a tenu son assemblée générale annuelle le 2 décembre dans les salons de l’hôtel Trianon Palace à Versailles. La séance statutaire a été consacrée à l’approbation du rapport moral et financier – que présentait le Président Moch – et à l’élection du nouveau bureau.

Devant les 300 participants, une table ronde animée par F. de Closets (ORTF) a permis de débattre du " rôle des utilisateurs dans le développement de l’informatique ", en faisant notamment ressortir l’influence positive que peuvent avoir les groupements d’utilisateurs dans un dialogue permanent avec les constructeurs. Au cours du déjeuner qui suivit la réunion, le Président Barré et M. Allègre, Délégué à l’informatique, prononcèrent des allocutions.

La composition du bureau est la suivante :

- Président : R. Moch, Président du Directoire de la Société ICEM,
- Vice-Président : C. Corge, Physicien informaticien au CEA,
- Secrétaire Général : J.-P. Chatelard, Ingénieur à la CII.

Membres :
- J. Gravot, Directeur adjoint à EDF, Chef du service du traitement de l’information,
- F. Jacquemin, Secrétaire Général de la CII,
- J. Lepidi, Directeur du GETI, filiale informatique du groupe des Charbonnages de France,
- F. Sallé, Directeur adjoint de la Division des Ordinateurs et Systèmes Informatiques de la CII,
- C. Thubert, Directeur adjoint à la direction commerciale et des relations extérieures à la SAGEM.

Ci-après les allocutions de MM. Barré et Allègre.

ALLOCUTION DE MONSIEUR MICHEL BARRÉ

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais être très bref pour ne pas gêner l'exercice de votre appétit, parce que nous n'en sommes pas encore au dessert, contrairement aux traditions. Je voudrais remercier Monsieur MOCH de son invitation d'abord et lui présenter mes félicitations pour le succès de cette réunion. C'est une chose que je n'ai pas eu l'occasion de dire tout à l'heure, c'est que je tiens à témoigner publiquement l'admiration que j'ai pour le Président du Cercle des utilisateurs et pour le bureau de cercle pour leur sens de l'organisation, pour leur dynamisme, pour le calme avec lequel ils affrontent des entreprises difficiles dans le genre de l'organisation de la réunion de Timisoara et pour le succès qui parait accompagner toutes leurs entreprises. Je tenais à le dire et y ajouter en plus que nous avons toujours trouvé auprès d'eux un très grand esprit de coopération et que je souhaite que cet esprit de coopération se prolonge aussi longtemps que possible. Je ne voudrais pas terminer cet exposé sans vous dire deux mots de la CII puisque vous en êtes les utilisateurs, par conséquent les amis. L'année 1971 s'achève. Elle a été une année dans laquelle il est arrivé beaucoup de choses. Nous avons mis en service nos premiers gros matériels et nous avons rencontré, comme il fallait s'y attendre, des difficultés inhérentes à ce genre d'opération. Deux systèmes d'exploitation nouveaux, avec les plâtres correspondants qu'il a fallu essuyer, des difficultés avec le hard, et vous savez que nous nous sommes donné beaucoup de mal, pour dominer ces problèmes et pour leur porter remède. Je tiens à vous remercier pour l'intelligence et la compréhension avec laquelle vous nous avez vu attaquer et j'espère vaincre les problèmes quand ils se sont présentés,

L'année a été satisfaisante sur d'autres points. Nous avons d'abord mis à notre catalogue un nombre assez important de matériels, nous avons maintenant un catalogue vraiment complet, digne d'une grande entreprise d'informatique.

Nous avons également fait un très gros effort commercial. Il était temps de sortir de nos efforts je dirai un peu trop parisiens. Nous avons créé 7 délégations régionales en France. Ces 7 délégations régionales font dès maintenant apparaître un très grand nombre d'affaires que nous n'aurions pas pu faire naître depuis Paris. Cette politique de décentralisation commerciale va s'amplifier ; j'espère qu'elle sera efficace.