Histoire de la CII

 
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1972-1975

Cette page est pour l'instant incomplète.  Les informations spécifiques de chaque ordinateur sont disponibles dans les pages appropriées relatives aux systèmes d'origine CII.

La période 1972-1975 a été celle du second plan calcul. Mais surtout celle d'une européanisation forcée par le gouvernement français d'une part et les difficultés du développement des ventes hors de France  (en dehors des pays socialistes). Cependant, la fusion qui semblait se dessiner avec les activités informatiques de Siemens et de Philips dans Unidata se trouva entravée par l'obstruction de l'actionnaire Compagnie Générale d'Electricité anxieuse de conserver le contrôle de la mini-informatique et des télécommunications en face de son rival allemand Siemens. CGE profita du changement politique intervenu en 1974 pour refaire entrer en lice la Compagnie Honeywell-Bull qui réussit finalement (en mai 1975) à absorber la CII, à retrouver la place de N°2 en Europe, et à reprendre une grande autonomie vis-à-vis de son actionnaire Honeywell.

 

 

janvier 1972 L’ensemble de la presse donne comme quasi certaine une association entre CII et Siemens.
Le Monde
, daté du 29 janvier (paru le 28), sous la signature de Nicolas Vichney, publie l’article suivant :

Siemens et CII se proposent de signer un accord pour la production en commun d’ordinateurs.

" Les représentants de la CII et ceux de la société ouest-allemande Siemens mettent, ce vendredi 28 janvier à Munich, la dernière main à l’accord-cadre que les deux firmes projettent de signer pour harmoniser leurs productions d’ordinateurs. Ainsi serait posée, si les difficultés de dernière heure qui paraissent avoir surgi peuvent être surmontées, la première pierre d’un rapprochement informatique franco-allemand dont il y a peu de temps encore rien ne laissait prévoir la possibilité.

La CII avait opté en juillet 1970 pour un rapprochement avec la firme britannique ICL et la société américaine CDC. Si les accords conclus entre la CII et CDC n’ont jamais paru devoir être remis en cause, il est en revanche apparu que la coopération franco-anglaise se heurtait à une certaine incompréhension. L’entente franco-allemande marquerait donc un revirement sensible de la politique d’accords internationaux suivie par la société française.

Mais il demeure qu’un autre constructeur européen d’ordinateurs, Philips, souhaite participer à un accord, et à Paris on a de bonnes raisons de craindre que Siemens ne soit tenté de s’entendre avec le constructeur hollandais de préférence à la firme française, ou encore que les conversations bilatérales franco-allemandes soient retardées par l’entrée en scène d’un nouveau partenaire.

C’est un simple accord-cadre que les représentants de Siemens et de CII projette de signer. En effet, et bien que les conversations entre Français et Allemands aient commencé à l’automne dernier, le temps a manqué pour préciser les modalités de la future coopération entre les deux sociétés. Leur première tâche serait donc de déterminer, sur le plan technique et sur le plan commercial, les actions à entreprendre en commun.

D’un point de vue technique, l’accord envisagé devrait permettre d’arrêter une même politique de produits. La CII et Siemens entreprendraient donc de réaliser une gamme unique d’ordinateurs. Elle pourrait comporter cinq machines, dont certaines seraient construites en France, les autres en Allemagne. Ce nouveau matériel, naturellement, devrait être conçu de manière à ne pas imposer des efforts d’adaptation trop importants aux utilisateurs actuels et futurs des ordinateurs de la CII – la série IRIS et le tandem formé par l’IRIS 80 et le 10070 – et à ceux des ordinateurs de Siemens – la série 4004 dérivée du matériel RCA. Ces machines, à construire en commun, devraient, d’autre part, être compatibles avec celles offertes sur le marché par IBM.

Les études françaises sur une future gamme – la série R selon la terminologie actuelle – étant sensiblement plus avancée que celles effectuées outre-Rhin, il faut prévoir que les techniciens de la CII joueraient un rôle prépondérant dans la définition des futurs ordinateurs. La situation, somme toute, serait à l’opposé de celle qui aurait résulté d’un accord entre la firme française et ICL, puisque cette dernière avait offert à la CII de réaliser en commun la nouvelle gamme de matériel qu’elle a défini.

Autre différence : avec les Anglais, les Français se seraient engagés encore plus avant dans la voie de la non-compatibilité avec le matériel IBM, tandis qu’avec les Allemands ils se trouveraient amenés à revoir leur position. C’est Siemens, en effet, qui a exigé et obtenu que la CII abandonne sa " philosophie " première et accepte de fabriquer des ordinateurs interchangeables avec ceux de la grande firme américaine...

...Mais le lancement d’une nouvelle gamme d’ordinateurs comporte une difficulté : celle de sa date. On pourrait en l’occurrence la fixer approximativement vers 1975, mais les Français, dont les ordinateurs IRIS viennent juste de faire leur apparition sur le marché ne sont pas désireux de donner rapidement des successeurs. Le matériel offert par Siemens, à l’inverse, commence à prendre de l’âge et les Allemands paraissent désireux d’avoir de nouveaux produits à offrir.

Reste à savoir qui vendrait ces futures machines et, en attendant, celles que fabriquent actuellement la CII et Siemens. On mettrait en place une société d’études communes dont la tâche serait de déterminer les meilleures stratégies commerciales et de définir les partages d’intérêts. "

 

NDLR : il existe aux archives, fonds 92HIST-DGE10 boîte 19, un document intitulé " Accord de principe pour un ACCORD CII – SIEMENS " ; ce document daté du 28 janvier 1972, classé SECRET, est une traduction approximative (sic) des textes en cours de négociations. Nous ne le reproduisons pas ici car ce n’est pas le texte final signé, sauf l’annexe 2 " Accord Technique ", qui donne la gamme des machines prévues à l’origine.

Le texte complet de l’accord, " Heads for a Siemens – CII agreement ", se trouve en page 407, annexe 13, du livre " Entre Plan Calcul et Unidata ".

ACCORD TECHNIQUE

1.- Les deux parties déclarent leur intention d’avoir une ligne de produits commune dès que possible. Les utilisateurs de systèmes Iris ou 4004 devraient pouvoir passer à la ligne commune avec le minimum de modifications.

a) La ligne de produits commune comprendra des unités centrales à cinq différents niveaux de performances : X1, X2, X3, X4 et X5. Les critères de conception de ces unités centrales devront être :
1.- capacité de manipuler aussi bien les jeux d’instructions non privilégiées K que R,
2.- mode maître permettant l’utilisation de PSB et BSR et, en changeant le noyau, l’utilisation de Siris 2, 3 et 8,
3.- adressage virtuel permettant l’emploi de pages de deux octets,
4.- possibilité de manipuler les périphériques Siemens et CII à travers leurs interfaces octets et programmes de gestion de canaux (la possibilité de la coexistence des deux types de canaux à l’intérieur d’un même système est à étudier).

b) X3 sera dérivé du projet existant K2, X4 et X5 des projets existants R1, R2.
Pour X1 ainsi que pour X2, il y aura également des unités centrales communes basées sur les développements en cours CII et Siemens. Au cas où ces objectifs ne pourraient être atteints à l’intérieur de limites de temps et de coût acceptables, les parties s’accorderont sue les méthodes à utiliser.

2.- Les deux parties sont conscients que l’obtention des critères ci-dessus se traduit par des coûts et des délais.

Elles décideront avant le 4 février 1972 de la possibilité de réaliser cette approche de la ligne commune en totalité, et si nécessaire, des modifications à apporter à cette approche.

 

Toujours dans Le Monde, daté du 30 janvier 1972:

Les négociations entre Siemens et la CII se poursuivent.

" Les conversations entre les représentants de la CII et de Siemens, qui auraient dû conduire à un accord le vendredi 28 janvier, vont devoir se poursuivre quelque temps encore.

Il semble, en effet, qu’il est apparu nécessaire de préciser le cadre dans lequel les deux producteurs d’ordinateurs pourraient harmoniser leurs politiques commerciales. L’idée est de laisser à chacune des firmes une position prépondérante sur son marché national. Ainsi la vente des ordinateurs Siemens en France deviendrait l’exclusivité du réseau commercial de la CII et réciproquement. Pour chacun des autres pays, on définirait à chaque fois la stratégie la plus propice.

Autre difficulté : les deux firmes conviendront-elles de partager à égalité le contrôle de chacune de leurs filiales ou chercheront-elles seulement à aboutir à une répartition d’ensemble équitable ? "

 

31 janvier 1972: Flash interne CII.

Coopération avec Siemens

Au terme de longues négociations, CII vient de parvenir à un accord de coopération avec la Compagnie allemande SIEMENS AG, dans le domaine des activités civiles de l’informatique, à l’exclusion des calculateurs ou matériels spécialisés.
Cet accord de principe, dont les modalités d’application restent à mettre au point, prévoit, sur une base égalitaire, l’élaboration d’une politique de produits commune, la création d’une organisation coordonnée pour les ventes dans laquelle chaque partenaire exercera dans son propre pays la commercialisation de certains produits actuels de l’autre.
Les activités de CII Gmbh et la division informatique de Siemens-France seront reprises respectivement par Siemens et par CII.
Cet accord, susceptible d’élargissement ultérieur, illustre la vigueur de CII qui voit son avenir se consolider dans une perspective de coopération européenne.

 

1er février 1972: Monsieur Michel Barré annonce officiellement à la presse la signature de l’accord entre sa société et Siemens.

 

2 février 1972 : dans Le Figaro, la candidature de Philips est évoquée.

" Trois jours ont suffi pour que Philips devienne officiellement candidat comme troisième partenaire de l’accord de coopération que viennent de signer Siemens et CII. Les négociations pour son entrée seront certainement encore longues. Mais déjà la trame d’une réelle coalition informatique européenne apparaît. "

3 février 1972 : Le Monde, article intitulé :
La CII et Siemens ont décidé de produire et de vendre en commun des ordinateurs
Philips envisage de se joindre à ces deux sociétés

Nous ne reproduisons pas cet article qui rappelle l’accord qui vient d’être signé, les accords antérieurs avec ICL et CDC, la société Multinational Data et l’attitude d’ICL.

 

8 février 1972 : note 72.1052 de Michel Barré, Président.

1 M. GEST est nommé Directeur Général de la Compagnie, sur décision du Conseil d'Administration, à compter du 8 février 1972.
2 M. JACQUEMIN prend à cette même date les fonctions de Directeur Central Industriel ; M. GEST reprendra avec lui les conditions d’organisation de cette Direction et en précisera les attributions dans une note particulière.

3 M. TOUTAIN est nommé Secrétaire Général de la CII en remplacement de M. JACQUEMIN.

Outre les fonctions correspondant à ce titre qui ont été définies par ma note 180.69 du 19 décembre 1969, M. TOUTAIN continuera d'assurer pour la Direction Générale un certain nombre de missions de caractère industriel et commercial au niveau de la politique générale de la Compagnie.

A ce titre, il poursuivra jusqu’à nouvel ordre les études qui lui ont été confiées et qui concernent la Roumanie, la Hongrie et la Belgique ; il transférera sans délai le dossier Brésil à la DAI.

4 Le Comité hebdomadaire de Présidence est désormais remplacé par un Comité de Direction Générale qui sera présidé par M. GEST.

 

 8 février 1972 : lettre de M. Barré au Professeur Gumin, suite à l’annonce des accords.

Cher Monsieur,

L'annonce de nos accords a soulevé, comme je m'y attendais, un très grand mouvement d'intérêt en France ; ici, tout le monde reconnaît qu'il s'agit de la nouvelle la plus importante qui soit jamais intervenue dans l'informatique européenne ; j'espère que l’événement a trouvé en Allemagne une résonance aussi enthousiaste.

Nous avons été contents de noter que la candidature de PHILIPS était généralement bien accueillie et je crois que l'extension de notre accord à un troisième partenaire ne fera pas de difficulté s'il s'avère que l'intérêt général y gagne comme nous l'imaginons.

Je pense qu'il convient maintenant de constituer rapidement les groupes de travail qui devront approfondir les termes de notre accord de principe pour le transformer en une série d'accords définitifs précis.

Vous trouverez, ci-joint, une note interne de la CII qui met en place le dispositif qui sera chargé de discuter ces questions en face des représentants de SIEMENS ; nous souhaiterions beaucoup avoir connaissance du dispositif que SIEMENS mettra en place du son côté.

Je suggère qu'une réunion intervienne rapidement entre nous pour mettre en route les travaux ; si vous êtes d'accord avec moi sur ce point, je pense souhaitable que MM. JANISCH et GAUDFERNAU organisent une telle réunion dans la deuxième quinzaine du mois de février.

Veuillez agréer, Cher Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

M. BARRÉ

 

17 février 1972: M. Paul Huvelin, président du C.N.P.F., devient vice-président de Thomson-Brandt.
Article du Monde, daté du 19 février et signé par Jacqueline Grapin
" La crise qui existait à la tête de Thomson-Brandt, premier groupe électronique français, a été dénouée jeudi 17 février. Le conseil d’administration a nommé l’un de ses membres, M. Paul Huvelin, par ailleurs président du Conseil national du patronat français (C.N.P.F.), à la vice-présidence du groupe. M. Huvelin pourrait être ultérieurement nommé président de Thomson-CSF, la filiale principale de Thomson-Brandt pour les matériels électroniques. Le même conseil a pris acte du départ de M. Roger Schulz, qui était depuis 1970 vice-président délégué de Thomson-Brandt.
M. Roger Schulz était en désaccord avec M. Paul Richard, président de Thomson-Brandt, patron de l’ensemble du groupe, sur l’orientation à donner à certaines fabrications coûteuses (composants, ordinateurs, etc.), et sur l’éventualité d’un rapprochement de leur entreprise avec la Compagnie générale d’électricité. Les difficultés du moment ont déjà provoqué la démission de M. André Danzin, vice-président-directeur-général de Thomson-CSF...
Dans ce contexte, la nomination de M. Paul Huvelin aux côtés de M. Paul Richard apparaît comme un moyen de préparer progressivement la solution d’un problème insoluble dans l’immédiat, tout en donnant publiquement le signe d’une fin de crise... "
 

février 1972 : la CGE n’est pas très " chaude " pour l’accord CII - Siemens. En effet, Siemens est un concurrent sérieux dans le téléphone, le nucléaire. L’arrivée de Philips ne ferait que compliquer les choses. Car la CGE lorgne également vers la péri et mini-informatique, secteur où Philips apparaît puissant.

22 février 1972 : François-Xavier Ortoli, au cours d’une réunion avec Maurice Allègre et Michel Barré, approuve l’accord CII – SIEMENS et ses dispositions.

mars 1972: Accord Siemens - CII (d'après  CII Informations n° 16)

Bien que notre accord avec Siemens ait déjà fait l’objet d’une large information interne, à la suite des exposés du Président Barré et des directions CII, et qu’il ait été abondamment relaté par toute la presse, nous pensons qu’il n’est pas inutile d’en rappeler les grandes lignes, en raison même de son importance.

Tout d’abord, cet accord de principe entrera progressivement en vigueur, et nécessitera, pour ce faire, tout un ensemble de dispositions d’application qui conduiront à l’accord définitif.

Pour l’essentiel, il est prévu :
– une coopération dans le domaine du traitement de l’information sur une base égalitaire et dans le maintien des personnalités juridiques et sociales indépendantes des compagnies,
– la mise au point d’une politique de produits commune tendant à harmoniser les produits existants et, à plus long terme, à définir et élaborer en commun une ligne de produits nouvelle assurant la continuité avec les deux lignes actuelles,
– la coordination des activités de vente des deux partenaires par la création d’organisations communes appropriées. En plus de ses produits, chacun des partenaires assumera de façon exclusive dans son propre pays la commercialisation de certains produits informatiques de l’autre. Les activités de CII Gmbh en Allemagne et la division informatique de Siemens-France seront reprises respectivement par Siemens et par CII.

Le champ d’application de l’accord englobe tous les ordinateurs des deux compagnies à l’exception des produits spécialisés, tels que les ordinateurs militaires, les calculateurs spécifiquement " process ", et d’autres équipements pour applications particulières. Bien entendu, les accords que nous avions conclus sur d’autres plans avec d’autres sociétés – en particulier pour la création de Multinational Data, société d’étude commune à CDC, ICL et CII – ne sont pas remis en cause.
Il est même possible que la coopération européenne annoncée par notre rapprochement avec Siemens-Informatique s’élargisse à d’autres partenaires, dans un esprit identique.
Il est essentiel que dans la constitution d’une informatique européenne qui se voudra aussi forte que possible, chaque partenaire, tout en acceptant les règles de la concertation, conserve sa personnalité propre.

17 mars 1972 : lettre de M. Barré à M. Mac COLOUGH, président de XEROX. Cette lettre parle d’une collaboration possible entre XEROX et l’association CII / Siemens.

Monsieur le Président,

La première réunion intervenue entre SIEMENS et CII depuis la visite que vous avez bien voulu nous faire a eu lieu le 15 mars.
Au cours de cette réunion, j'ai pu évoquer de manière confidentielle auprès de M. GUMIN, Directeur de la Branche Informatique de SIEMENS, les idées que nous avions échangées précédemment ; bien entendu, j'ai fortement insisté sur le caractère confidentiel de ces possibilités.
J'ai présenté à M. GUMIN la politique générale de XEROX telle que vous me l'avez expliquée ; je lui ai exposé comment votre compagnie se voyait dans la nécessité d'inscrire, dans le cadre de son action, des moyens informatiques adaptés aux problèmes du secrétariat, et d'une façon plus générale, de gestion de bureau ; j'ai également évoqué l'effort important que XEROX compte faire dans le domaine de certains périphériques.
M. GUMIN s'est montré intéressé par une perspective de collaboration permanente entre XEROX et notre association SIEMENS / CII ; il a convenu de l'intérêt qu'il y aurait à une rencontre pour approfondir les possibilités de collaboration, mais il pense, comme moi, qu'une telle réunion n'interviendrait pas utilement avant 2 ou 3 mois en raison des nombreux problèmes qui se posent à nous pour mettre en route la collaboration de nos 2 sociétés européennes.
Je me permets de vous proposer une rencontre dans le courant du mois de juin ; je vous serais reconnaissant de me dire si une telle période vous conviendrait ou bien si vous préféreriez remettre l'entretien au mois de septembre.
Je ne sais si vous aurez l'occasion de passer en Europe ; nous aurons probablement, M. GUMIN et moi, la possibilité de nous rendre aux États-Unis et je pense que le lieu de la rencontre ne posera pas de problème.
Dans l'attente de votre réponse,
Je vous demande de croire, Monsieur le Président, à l'expression de mes sentiments les plus distingués.
M. BARRÉ

 

avril 1972: négociations en vue d’élaborer des structures pour la constitution d’un ensemble tripartite CII-Siemens-Philips : UNIDATA, préservant la personnalité juridique et économique de chaque partenaire.

avril 1972: nouvelle approche d’ICL auprès de CII et SIEMENS. ICL émet l’idée d’étudier une sorte de semi-compatibilité entre matériels au niveau du software et de lancer une grande opération à l’échelle européenne sur les périphériques.

30 mai 1972 : lettre du ministre de l’industrie britannique, Christopher Chattaway, à ses homologues français et allemand, François-Xavier Ortoli et Klaus von Dohnanyi.

" …Le meilleur pour l’Europe serait la formation d’une industrie d’ordinateurs forte, intégrée et vraiment européenne. L’accord de CII et de Siemens est un pas bénéfique dans cette direction. Nous croyons qu’un effort élargi et unifié des Européens serait encore plus capable de soutenir l’ensemble des dépenses très importantes qui devront être consenties. Je connais les difficultés inhérentes à un tel projet, mais si nous exprimons une forte volonté politique pour former un puissant ensemble industriel européen, ces difficultés pourront être surmontées. "

mai 1972 : accord préliminaire avec la Hongrie pour une introduction de matériel de gestion CII dans ce pays.

19 mai 1972 : " La CII augmente son capital ".

Par décision de l’Assemblée Générale des actionnaires du 3 mai 1972, le capital de la société a été porté de 143.700.000 F à 166.700.000 F.
La nouvelle répartition du capital CII s’établit comme suit :
FININFOR : 64,24 % (holding TH-CSF : 52 % -CGE : 48%)
SCHNEIDER S.A. : 18,44 %
KALI SAINTE THÉRÈSE : 2,50 %
I.D.I. : 14,82 %
Rappelons que le chiffre d’affaires HT de la CII a atteint 655 MF en 1971, contre 509 MF en 1970, soit une progression de 28 %.
L’amortissement des études exclu, le cash flow a atteint 77 MF contre 55 MF en 1970.

1er juin 1972 : note de Maurice Allègre au Ministre du développement industriel et scientifique pour préparer la réunion du 6 juin.
Cette note a pour objet la coopération entre ICL et CII/Siemens.
La première partie est consacrée à l’historique des contacts franco-britanniques, depuis 1968 à mai 1972.
La deuxième partie donne des commentaires sur l’évolution passée et sur la situation présente des relations franco-britanniques.

Extraits :

a) Raisons de l’échec des négociations CII/ICL :

ICL et CII n’ont pu tomber d’accord sur la définition d’une ligne future commune de produits pour des raisons :

  • techniques : ICL défendait une structure de machine qui renforçait l’incompatibilité de ses systèmes vis à vis de ceux d’IBM, sans que des avantages très nets en ressortent par ailleurs. CII qui connaît bien maintenant les difficultés rencontrées pour entamer le marché d’IBM ne pouvait accepter de voir s’aggraver ce type de contraintes.

  • commerciales : les âges différents des séries ICL 1900 et systèmes 4, déjà obsolescentes et de la série Iris beaucoup plus récente rendaient déjà l’an dernier un compromis sur les dates de sortie des futures machines communes.

  • financières : le ralliement d’ICL aux thèses de la CII entraînait des pertes financières importantes en raison des dépenses déjà consacrées par ICL à sa nouvelle gamme.

b) Contraintes supplémentaires nées de l’accord CII/Siemens et des négociations avec Philips.
La mise en application des accords CII/Siemens exigera des négociations difficiles pendant au moins une année. Ces négociations impliquent des compromis délicats tant sur le plan technique (spécifications de la nouvelle ligne X, choix des dates de sortie des machines, etc.) que commercial surtout si l’on veut respecter le principe égalitaire qui est à la base de l’accord.

[…] La substitution d’ICL à Philips comme troisième partenaire poserait des problèmes beaucoup plus considérables car on ne saurait imaginer qu’ICL abandonne la moyenne et grande informatique. De plus, on voit mal comment ICL pourrait accepter aujourd’hui d’abandonner totalement sa nouvelle gamme dont les premières annonces doivent être faites en 1973.

[…] Toute tentative d’introduire ICL dans ce schéma tant par les problèmes techniques (compatibilité) que commerciaux soulevés ferait éclater les accords CII/Siemens.

CONCLUSIONS

Sur le fond :

La lettre du Ministre de l’industrie britannique est importante à plus d’un titre et doit être accueillie avec faveur :

- il doit être relevé l’identité de vue qui semble apparaître entre les positions gouvernementales britannique et française :

. nécessité de soutenir l’industrie informatique,
. aboutir à une construction européenne informatique véritable,
. considérer comme souhaitable la construction à terme d’un axe ICL-Siemens-CII.

Mais rappeler :

- que les industriels doivent régler eux-mêmes entre eux ce type de problème,
- qu’une réalisation immédiate de l’objectif souhaité s’avère impossible,
- qu’un certain nombre d’étapes peuvent être prévues pour réaliser progressivement ce rapprochement.

Sur la procédure :

- proposer à M. Chattaway et à M. Dohnanyi une rencontre à Paris en juillet,
- si le Ministre est d’accord avec ces propositions, deux projets de lettres à ces Ministres lui seront immédiatement soumis.

6 juin 1972 : réunion chez François-Xavier Ortoli, ministre du Développement industriel et scientifique, ayant pour objet la réponse à la lettre du ministre britannique Chattaway.

Les conclusions résumées sont :

- continuer à agir dans le cadre du schéma " multinational ", tout en explorant les limites qui devraient être respectées dans un schéma plus intégré pour que les intérêts fondamentaux de la politique informatique française puisse être sauvegardés.

- étudier un certain nombre d’étapes à remplir suivant un calendrier prévu, permettant une convergence progressive des efforts de CII – Siemens d’un côté et d’ICL de l’autre ; ces étapes pourraient comprendre la création de sociétés communes pour les matériels périphériques, le software de base et les composants.

juin 1972 : semaine informatique française à Moscou (CII Informations n° 18)....
Parallèlement à cette double manifestation, des pourparlers étaient engagés au plus haut niveau par M. Allègre et le Président Barré avec les Soviétiques. A l’issue de ces entretiens, les conditions d’une collaboration étendue entre CII et les organismes soviétiques intéressés ont fait l’objet de l’établissement d’un programme de travail.
Dans une première étape, un grand système informatique doit être mis en œuvre au ministère de l’Électronique. D’autre part, un système fondé sur deux Iris 80 pourrait être adopté par le Gosplan, et des négociations sont en cours pour une commande de deux Iris 50.

 

juin 1972 : annonce de deux nouveaux types de périphériques à support magnétique :

- les disques MD 50 qui apportent aux IRIS 50-60-80 et 10070 de nouvelles possibilités pour traiter efficacement les applications nécessitant des fichiers volumineux (capacité 150 à 800 millions d’octets, temps d’accès moyen à un enregistrement 35 millisecondes, débit 312 000 octets par seconde).

- les bandes magnétiques 72.317 (60 000 octets par seconde, 1600 bits par inch) qui viennent renforcer la compétitivité des systèmes IRIS 45 et 50 grâce à un rapport performances/prix intéressant.

 

4 juillet 1972 : entretien entre MM. Ortoli et von Dohnanyi à Bonn.

Tour d’horizon sur la situation actuelle et les objectifs à moyen terme. Pour la première fois, le ministre allemand évoque Nixdorf et Telefunken, qui devraient, à son avis, pouvoir participer à l’entreprise commune qui sera créée.
M. Ortoli estime que l’équilibre risque d’être détruit si les poids nationaux sont très différents. De plus, il y a l’accord en cours avec Philips et il faut organiser tout cela avec méthode. En agissant avec précipitation, on recommencera EUROPA II.

juillet  1972 : un important changement intervient dans le gouvernement. Georges Pompidou renonce à la " nouvelle société " de son premier Ministre, Jacques Chaban-Delmas, et le remplace par Pierre Messmer à la tête du gouvernement. Celui-ci forme un nouveau cabinet dans lequel Jean Charbonnel remplace François-Xavier Ortoli au ministère de l’Industrie. Le directeur de cabinet du Ministre est Bernard Rauline, pour qui l’informatique est un gouffre inutile. Ceci ne va pas facilité la tâche de la Délégation.

4 août 1972 : Heads for Subagreement X0.

 NDLR : ce document, daté du 4 août 1972, est signé par CII, Philips et Siemens. Il introduit l’arrivée de Philips, non encore officiellement, dans l’association et fait apparaître une sixième machine dans la ligne de produits X, la machine X0 (voir l’accord Technique CII Siemens du 28 janvier 1972 ci-dessus).

In the scope of a general agreement between CII, Philips and Siemens the following is confirmed :

1. Philips will be responsible for the development and supply of the X0 (instead of BL ) defined as follows :

2. X 0 will be upward compatible with X1, and thereby with X-line.

3. Since it is assumed that at the level of X0 and X1 the performance ratio of 1 to 2 suits the market requirement on a competitive level, the following should apply to X0 and X1 :

Performance of X0 roughly 40 K op/s (X1 being roughly 80 K op/s ).
That corresponds to a performance of 2.5 for X0 and 5 for X1 if 360-50 performance is taken as 10.

In the market as seen to day, X1 will compete with 370-125 and X0 will compete with 370-115 as expected.

The planned price-range will be approximately $2500 - $5000/month, with optimal configuration around $3500/ month, whereas X1 optimal configuration will be about $6000/month. These figures will be reviewed jointly.

The purpose of the above price-performance figures for X0 in relation to X1 is to define a proper distance between X0 and Xl meeting both market requirements and individual company interests.

Detailing of these specifications of X0 in relation to X1 will be made as soon as possible.

4. Device interfaces of the X will be the same as those of the X-line.

5. The X-line peripheral catalogue shall be extended with appropriate low cost peripherals for X0.

6. The operating systems of the X0 will be able to run on the X1, taking into account the memory size requirements.
Siemens is ready to provide PBS and later on the BSR as operating systems to be adapted by Philips according to the size of the systems. These resultant operating systems will be available for other X-models.

7. Philips is striving for delivery of the X0 to customers in the first half of 1974 ; this has to be verified by detailed planning.
Philips will investigate in co-operation with CII and Siemens the following possible implementations of X0 :
a) K + IRIS (complete X-mode
b) K or IRIS (two modes)
c ) K
If X0 does satisfy either a) or b), X0 will be considered as common product from the beginning.
If X0 only satisfies c) X0 will be considered as common product of the X-line only from the time of announcement of X-line products, in accordance with a marketing policy, decided in common.
Before this date this computer will be considered as a product compatible with the 4004 line, whatever its name, to be decided jointly, will be.
The announcement of the X-line including X0 shall be a joint marketing strategy to be evaluated.

8. Philips will not develop a version of X0 at the level of X1 and CII will not develop a version of X1 at the level of X0.

9. Philips will start immediately on the development of X0. Forecasts for quantities of X0 will be given by the three companies and the study-company, immediately after detailing of specifications mentioned in paragraph 3.

 

1er septembre 1972 nominations (CII Informations n° 18)

Direction Générale :

M. Robert Gest, directeur général, est assisté depuis le 1er septembre de deux directeurs généraux adjoints :

- M. Jean Gaudfernau, pour les problèmes de politique générale et la préparation du long terme ;

- M. Pierre Guichet, pour la conduite des affaires et de toutes les opérations à court et moyen terme.

Direction Commerciale :

M. Jean-François Dubourg, entré le 1er septembre à la Compagnie, a été nommé directeur commercial. Cette direction regroupe l'ensemble des activités commerciales pour l'informatique générale en France et à l'étranger.

Division Petits Ordinateurs et Applications Spécialisées :

M. Michel Chaussedoux, précédemment directeur des Plans et Programmes, après avoir été directeur de l'usine de Toulouse, a été nommé directeur de la Division Petits Ordinateurs et Applications Spécialisées, dont M. Henry Fady est directeur adjoint.

Division Commutation Téléphonique :

M. Bruno Gastine a été nommé directeur de la division commutation téléphonique.

13 septembre 1972 : le président Barré a tenu sa conférence de presse annuelle, précédant de quelques jours l’ouverture du Sicob. M. Barré était entouré de M. Gest, directeur général, et de M. Guichet, directeur général adjoint. Devant une soixantaine de journalistes, M. Barré a brossé un tableau général de la marche de la Compagnie, soulignant notamment les derniers développements dans le domaine des accords internationaux. Ensuite, M. Gest a fait un exposé sur l’activité de la CII en 1972 sous le triple aspect industriel, commercial et financier.

Ci-après, de larges extraits de cette conférence de presse (CII Informations n° 18).

M. Barré

L’expansion de la CII est conforme aux prévisions

Je vous disais il y a un an que la CII avait progressé conformément aux prévisions du Plan Calcul, et que j’espérais qu’il en serait de même pour l’année à venir. De fait, je peux annoncer aujourd’hui que nous avons réalisé en 1971 le chiffre d’affaires prévu, et que celui de cette année sera égal ou légèrement supérieur au chiffre auquel nous nous sommes engagés. Nous nous acheminons vers le milliard de chiffre d’affaires, que nous devrions atteindre en 1973.

Nous pensons cependant que ce résultat n’est pas tout à fait satisfaisant, dans la mesure où nos ventes ont progressé dans la même proportion dans le secteur public et dans le secteur privé. Si nous voulons en effet que la CII conserve son taux d’expansion, il est indispensable que nous connaissions une croissance plus rapide, je ne dirai peut-être pas dans le secteur privé, mais dans celui des grandes entreprises publiques et privées.

La CII entre dans le domaine de la commutation téléphonique

L’entrée de la CII dans le domaine de la commutation téléphonique est un élément nouveau dans nos activités. Avec la société CITEREL, filiale de la CGE, et qui compte aussi ERICSSON parmi ses actionnaires, notre compagnie participe, en liaison avec le CNET, à la réalisation de matériels qui constitueront l’autocommutateur téléphonique français de demain.

Dans le cadre de ces travaux très importants qui lui ont été confiés, CII développe un système dérivé d’IRIS 80, et mettra ensuite au point un matériel spécialisé. Activité naissante aujourd’hui, la commutation téléphonique devrait prendre dans un avenir assez proche une place importante dans les activités de la compagnie.

Un nouveau produit militaire au catalogue

Nous n’attendions pas, dans le secteur militaire, spatial et aéronautique, une expansion analogue à celle observée dans le secteur civil. Nous avons toutefois maintenu nos activités.

L’année 1972 voit en ce domaine la mise au catalogue d’un nouveau produit, IRIS 15 M, qui vient compléter la gamme des ordinateurs militaires, comprenant déjà IRIS 55 M et IRIS 35 M.

En résumé, si nous envisageons les différents domaines que je viens d’évoquer, nous pouvons considérer comme satisfaisant le développement de nos activités. Cela ne signifie pas que nous n’ayons pas rencontré de difficultés au cours de cette très rapide expansion. La mise au point de certains produits a été plus difficile que prévu, et certaines installations complexes nous ont conduits quelquefois à de trop longs délais de mise en route. Nous le savons, et nous y portons remède :

– nos moyens d’après-vente ont été renforcés ;

– nous avons créé une direction des opérations clients, chargée de tous les problèmes techniques ;

– nous avons renforcé notre direction commerciale ;

– l’organisation de la CII a été adaptée afin de décharger les responsables de l’informatique générale des soucis qu’apportent les activités spécialisées : activités militaires, spatiales et aéronautiques, commutation téléphonique, mini-ordinateurs.

Une année d’activité internationale

Les douze mois qui viennent de s’écouler ont été avant tout marqués par nos efforts dans le domaine international car nous sommes plus que jamais convaincus que l’avenir de l’informatique passe par une coopération internationale étroite. Les accords que nous avons cherché à conclure sont de différentes natures. Ce sont dans certains cas des accords définitifs, dans d’autres des accords préliminaires par entente sur certains points essentiels de politique. Il y a enfin un certain nombre d’accords d’intention.

Les accords avec Siemens et Philips

Nous avons donné cette année la plus haute priorité, en ce qui concerne nos négociations internationales, à la discussion et à la mise au point des accords avec Siemens et Philips. Vous savez qu’un accord de principe entre Siemens et notre Compagnie a été signé le 1er février 1972. Philips ayant manifesté son désir de participer à cet accord, les discussions se sont depuis déroulées avec ce troisième partenaire : nous avons cherché un accord tripartite, et des réunions de travail ont lieu régulièrement.

Sur le plan technique, CII, Siemens et Philips ont mis au point les accords concernant les caractéristiques des futurs produits communs. Des documents partiels sont approuvés et signés, précisant la nature de ces ordinateurs, les responsabilités effectives et les plannings.

Des groupes de travail étudient les mesures à prendre progressivement dans le domaine commercial, en particulier pour les filiales à l’étranger qui dépendront de la société commerciale commune. Il est difficile de donner de plus grandes précisions sur les résultats acquis, d’autant plus qu’aujourd’hui nous ne pourrions faire état que de résultats intermédiaires. Disons seulement qu’un travail considérable a été accompli.

Multinational Data et Control Data

A côté de ces accords de base, n’oublions pas les accords antérieurs qui nous lient à d’autres partenaires. C’est le cas de Multinational Data, comme de l’accord avec Control Data. Les travaux y ont atteint un stade que nous ne pouvons dépasser avant d’avoir réglé un certain nombre de problèmes qui découlent de nos négociations avec Siemens et Philips. Nos partenaires de Multinational Data se trouvent d’ailleurs dans des conditions voisines des nôtres, et ils doivent définir un certain nombre de positions de principe avant de pouvoir relancer les discussions. Ceci explique que les négociations soient ralenties actuellement.

Rapprochement avec Hitachi et Fujitsu

Un rapprochement est intervenu très récemment entre les constructeurs japonais et européens. Après des échanges de visites, et de correspondance, sur les possibilités d’une coopération, un récent voyage a permis de convenir avec Hitachi et Fujitsu du côté japonais, et du côté européen Siemens et CII, d’une étude de possibilité de coopération sur le plan des compatibilités de matériel, et de l’action commerciale. Il s’agit là d’un accord d’intention dont l’effet n’interviendra pas avant un certain temps.

Accord avec l’industrie hongroise

Par ailleurs, la CII a signé avec l’industrie hongroise un accord définitif faisant suite à l’accord provisoire signé en mai dernier. Nous avons ouvert le marché hongrois au matériel IRIS, en échange d’une coopération dans les domaines du hardware et du software. Cette coopération a commencé depuis plusieurs années puisque, rappelons-le, l’industrie hongroise a acquis la licence de deux de nos produits, dont l’un paraît avoir un grand avenir en Europe socialiste.

Coopération avec l’URSS

Je mentionne enfin l’URSS, où nous avons négocié un accord d’intention pour réaliser une installation pilote, dont l’objet serait de mettre au point certaines formes de gestion industrielle applicable à d’importants centres dépendant du ministère de l’Électrotechnique.

Il serait prématuré de parler d’autres négociations. Disons qu’elles procèdent du désir de la CII de quitter l’hexagone, de se faire connaître à l’étranger, et de jouer dans l’association que nous créons avec nos confrères allemand et hollandais un rôle à la mesure des efforts que nos maisons-mères et l’État ont consentis pour le Plan Calcul.

 

M. Gest

L’activité de la CII en 1972 se développe selon les prévisions du plan directeur qui a servi de base à la deuxième convention du Plan Calcul : ceci malgré le ralentissement économique qui est apparu fin 1971, et alors que la conjoncture propre du secteur informatique donnait elle-même des signes de fléchissement.

Le chiffre d’affaires en 1972 sera vraisemblablement supérieur à 800 millions de francs, en accroissement de plus de 25 % sur celui de 1971. Cette augmentation est essentiellement le fait de l’accroissement des ventes de matériels civils. Ce rythme de croissance se maintiendra, compte tenu du portefeuille de commandes dont nous disposons, pour atteindre un chiffre d’affaires de l’ordre du milliard de francs en 1973. Nous comptons en effet que l’année prochaine l’activité " matériels civils " progressera d’environ 35 %.

Cette année la croissance de nos ventes a été sensiblement la même pour le secteur privé et le secteur public. La répartition, pour la France, est la suivante en ce qui concerne la ligne des moyens et gros ordinateurs (IRIS 45 à IRIS 80) :

– la part des commandes en portefeuille qui proviennent des administrations et des organismes connexes représentent 60 %. Ce pourcentage est un peu plus faible pour les ordinateurs moyens, un peu plus élevé pour les gros systèmes ;

– la part du secteur privé est donc appréciable, soit près de 40 %. Elle a augmenté en valeur, mais il importe que sa croissance soit plus rapide dans l’avenir. Nos efforts vont porter sur ce point dans les mois qui viennent.

A l’exportation, la CII a maintenant une activité appréciable : de nouveaux marchés ont été prospectés, qui s’avèrent assez prometteurs. Des commandes importantes pourraient être prises dans les prochains mois. En 1972, le chiffre d’affaires à l’exportation représentera environ 20 % de celui de l’ensemble des matériels civils.

A la fin de 1972, la CII a produit et installé environ 900 systèmes et plus de 1.200 ordinateurs auront été commandés. Avec une augmentation de près de 30 % cette année, le parc informatique de la CII est donc désormais important et largement diversifié. Nous disposons maintenant malgré certaines difficultés de démarrage, dans certains secteurs, d’une expérience certaine dans tous les domaines, ceux de la gestion en particulier.

Cette année la CII a créé un certain nombre de produits originaux. Citons en particulier les travaux concernant la gestion de bases de données (produits Socrate et SCF), ceux concernant la gestion de transaction (Stratège, qui correspond à une extension du système d’exploitation SIRIS). Tout en continuant à améliorer la performance de ses ordinateurs, la CII s’est délibérément tournée vers les applications ; celles-ci seront le thème de notre présentation au Sicob.

Pour réaliser son expansion, la Compagnie a été amenée à accroître ses moyens, tant sur le plan des effectifs que des moyens industriels. Nos effectifs en 1972 progresseront de 10 % ; cette augmentation intéresse essentiellement les secteurs commerciaux et de production. A la fin de cette année, la CII comptera 7.500 personnes. Le renforcement du secteur commercial s’effectue surtout au bénéfice du réseau de délégations régionales.

Neuf agences sont actuellement en activité et d’autres seront créées au cours de l’année prochaine. Ce réseau décentralisé nous permet des contacts plus étroits avec notre clientèle, à qui nous offrons ainsi, dans les meilleures conditions, l’assistance qu’elle est en droit d’attendre de notre Compagnie. Ces délégations sont un appui précieux pour notre développement dans le secteur privé.

En ce qui concerne nos moyens de production, une troisième tranche de travaux a été lancée à l’usine de Toulouse dont la surface se trouve ainsi augmentée de 30 %. Les effectifs de l’usine dépasseront 1.300 personnes à la fin de cette année.

Sur le plan financier, la CII dégagera fin 1972 des résultats bénéficiaires d’un ordre de grandeur au moins égal à ceux de 1971. Je rappelle que l’exercice 1971 s’est traduit par un bénéfice de 5 millions de francs. Malgré l’importance croissance de son activité, la Compagnie a fortement consolidé sa structure financière, grâce aux augmentations de capital souscrites par les actionnaires, grâce aussi aux résultats bénéficiaires de l’année passée et enfin à la mise en place d’emprunts à long et moyen terme.

Les capitaux permanents dont dispose actuellement la CII couvrent non seulement les immobilisations, mais aussi les deux tiers des valeurs d’exploitation. Le ratio est satisfaisant, compte tenu de l’expansion rapide que nous connaissons.

Je dirai pour conclure que la CII suit la trajectoire prévue, au plan du développement de son activité, et de la mise en œuvre des moyens et capitaux nécessaires. Elle se présente en bonne santé face à ses partenaires, et riche surtout d’une expérience dans le domaine de la conception et de la réalisation des systèmes informatiques.

Fin des extraits

 

Réactions de la presse à cette conférence de presse.

- 01 Informatique du 18 septembre 1972:
" ... On ne peut s’empêcher d’être frappé par le ton de cette conférence de presse, qui tranchait sur celles qui l’ont précédée. Sans sous-estimer les difficultés – et elles sont nombreuses – qu’il lui reste à surmonter, la CII s’affirme désormais comme une entité fermement résolue à conquérir et à défendre la place qu’elle estime devoir lui revenir. "

- Électronique Actualités du 22 septembre 1972 :
·
Le groupe CGE construira des autocommutateurs autour d’IRIS 80.
·
M. Barré vient de le confirmer. Philips a rejoint CII et Siemens pour l’informatique européenne.

- Le Monde du 19 septembre :
la CII est satisfaite de l’évolution de ses négociations avec Siemens.

- Le Courrier de l’Informatique du 15 septembre :
CII : nouveaux produits au Sicob ; vers une compagnie moins " tricolore " et politique plus " business minded ".

 

Septembre 1972 : évolution du chiffre d’affaires de la CII (CII Informations n° 18).

Un tableau donne le CA de 1967 à 1971 et la prévision pour 1972, en millions de Francs HT :

1967 :  234
1968 : 285
1969 : 367
1970 : 509
1971 : 655
1972 : 800 (prévision)

Dans le numéro cité ci-dessus, il est aussi donné l’évolution des effectifs (chiffres arrondis) :

1967 : 3200
1968 : 4000
1969 : 4500
1970 : 5500
1971 : 7000
1972 : 7500 (prévision)

 

22 septembre 1972: M. Pierre Messmer a inauguré officiellement le Sicob le vendredi 22 septembre, accompagne de MM. Jean Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique, M. Hubert Germain, ministre des P. et T., et Maurice Allègre, délégué à l’informatique. Il a été accueilli sur le stand CII par le président Richard et par M. Barré qui lui a présenté quelques-unes des démonstrations CII.

 

 


Monsieur Paul RICHARD, Monsieur Pierre MESSMER, premier Ministre, Monsieur Maurice ALLÈGRE et M. BARRÉ.

Au cours de la réception qui a suivi l’inauguration, M. Messmer a prononcé une allocution, évoquant notamment le développement des sociétés d’informatique et les problèmes posés par l’introduction de l’informatique dans les administrations :
" Cette introduction exige une remise en cause des méthodes et des structures ; elle permet de progresser dans la connaissance des coûts et des rendements ; elle contribue à simplifier et à améliorer les rapports entre administrateurs et administrés. Et par là, elle assure plus de liberté. "

Constatant, sur le plan de l’informatique européenne, que l’accord CII-Siemens était la première construction " binationale " au vrai sens du mot, le Premier ministre a poursuivi :
" Il n’est pas interdit de penser qu’avant la fin de l’année cette construction sera devenue, sur le continent, un ensemble multinational. "

La CII au Sicob :

La CII a cherché au cours de ce Sicob à montrer sa capacité à résoudre les problèmes informatiques posés par la gestion moderne des entreprises : au-delà des ordinateurs, la CII apporte à ses clients un service informatique.

Les démonstrations moyens et gros systèmes :

· Socrate, système très évolué de gestion de bases de données.
· Oracle, produit-programme de gestion de production, exploité à l’aide du nouveau terminal lourd Mitra 15 T.
· Gestodis, ensemble de modules assurant la gestion commerciale de l’entreprise.
· Mistral, produit-programme de recherche documentaire.

Les démonstrations de mini-ordinateurs MITRA 15 : deux Mitra 15 fonctionnaient sur le stand, l’un avec une démonstration scientifique en temps partagé (utilisant le langage Basic), l’autre avec une démonstration d’identification et de commande de processus industriel.

 

28 septembre 1972 : M. Pierre Messmer, Premier Ministre, s’est rendu à Toulouse le 28 septembre. Il a visité deux entreprises au cours de ce voyage, la SNIAS et la CII. Le président Barré, entouré de ses principaux collaborateurs, l’a accueilli et accompagné dans la visite de l’usine.


Au cours de la visite, Monsieur P. Gosselin, directeur adjoint de l’usine, donne des explications à MM. Allègre et Messmer.

M. Messmer et les membres de son cabinet étaient accompagnés de M. Galley, ministre des Transports, de M. Comiti, secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, M. Allègre, délégué à l’Informatique, M. Chadeau, préfet de la région Midi-Pyrénées, ainsi que de nombreuses personnalités de l’administration.

Exposé de M. Barré (extraits) :

" Monsieur le Premier Ministre,

... le premier Plan Calcul signé au début de 1967 était très ambitieux, fixant la réalisation en moins de 5 ans d’un catalogue complet dans le domaine de l’informatique de gestion et une vitesse d’expansion de la CII, année par année, largement supérieure à la croissance de la profession. En effet :

– sur le plan des produits, 4 calculateurs civils et 2 calculateurs militaires devaient être mis au catalogue avec les accessoires hardware et software nécessaires à leur mise en œuvre.

– le chiffre d’affaires, inférieur à 200 millions en 1966, devait atteindre 554 millions en 1971. L’effort devait surtout porter sur l’activité relative au matériel de gestion.

En pratique, l’exécution de ce programme se montra très difficile, on peut même dire à la limite des choses possibles ; en effet, au-delà d’une certaine vitesse de croissance, les problèmes qui se posent ne sont plus seulement d’ordre financier, mais relèvent de la capacité d’embauche, de formation et d’organisation interne.

Malgré ces redoutables difficultés, le premier Plan Calcul a bien vu la mise au catalogue de 4 calculateurs civils : Iris 45 – Iris 50 – Iris 60 et Iris 80, et celles de 2 calculateurs militaires : Iris 35 M et Iris 55 M ; mais il était nécessaire, pour assurer la soudure avec les générations précédentes, de mettre au catalogue une génération intermédiaire : la série 10000 qui comportait 3 machines : 10070, 10020 et 10010, et de réaliser une machine moderne adaptée aux automatismes pour conserver le fonds de commerce des sociétés initiales : il s’agit du Mitra 15.

Au terme de la première Convention, à la fin de 1971, ce sont bien 10 calculateurs avec les accessoires correspondants que la CII a dû mettre à son catalogue ; à la suite de la décision favorable du Ministère de la Défense Nationale, un onzième est d’ailleurs venu s’ajouter récemment à la liste.

En ce qui concerne le chiffre d’affaires, le programme a été tenu malgré un départ difficile et 1971 voyait l’objectif du premier Plan Calcul assez nettement dépassé avec un chiffre d’affaires de 650 millions, dont nous pensons qu’il atteindra 825 millions en 1972 et qu’il dépassera peut-être le milliard en 1973...

...La compagnie comporte actuellement 7 500 personnes, et les surfaces industrielles sont d’environ 120 000 m². Les commandes reçues depuis l’origine approcheront 1 200 calculateurs en fin d’année, et 900 d’entre eux seront en place...

...L’usine que vous venez de visiter, M. le Premier Ministre, a été réalisée avec l’appui efficace des autorités régionales en moins d’un an, entre 1968 et 1969, plusieurs extensions importantes étant survenues depuis. Son effectif atteint 1 400 personnes qui ont toutes été recrutées et formées localement, si l’on excepte un noyau initial de l’ordre de 100 personnes. Elle réalise, comme vous avez pu le voir, la presque totalité des fabrications de série de la CII avec des méthodes très modernes où les automatismes jouent un grand rôle ; bien entendu, le contrôle de ces automatismes, comme la gestion administrative et industrielle, est assuré par des machines de notre compagnie.

L’usine de Toulouse est un établissement dont l’efficacité est très satisfaisante ; les nombreux visiteurs étrangers qui se sont succédé ici ont presque toujours été frappés par l’organisation et la productivité du centre...

La plus haute priorité est certes donnée à la constitution d’une force européenne avec nos confrères Siemens et Philips. Un premier accord important a été déjà signé entre CII et Siemens. Mais la CII n’a pas pour autant coupé les ponts avec les autres industriels du monde entier ; les contacts sont nombreux et fréquents et notre objectif est d’aboutir, autour du noyau européen, à la constitution d’un réseau d’alliances permettant de tirer le meilleur parti des ressources dispersées aujourd’hui dans un certain nombre d’entreprises qui seraient condamnées à végéter puis à dépérir à l’ombre de sociétés géantes.

Voici, M. le Premier Ministre, une rapide présentation de la CII, de son histoire et de sa position actuelle. Permettez-moi, en terminant, de vous remercier très sincèrement d’avoir voulu manifester par votre visite l’intérêt que le gouvernement continue à porter à une entreprise que nous, cadres de la CII, considérons comme une passionnante aventure industrielle, M. Galley, l’initiateur du Plan Calcul, et M. Allègre, notre actuel délégué à l’informatique, y ont joué un grand rôle, et j’espère que l’avenir leur apportera, comme à vous-même, la confirmation que la route choisie était bonne. "

NdlR : cet exposé est intéressant, car M. Barré indique bien, au début, la performance demandée dans le cadre de la première Convention, performance à la limite du raisonnable. A sa décharge, ce n’est pas lui qui a négocié et signé cette Convention, mais il fera souvent allusion à cette situation.

Exposé du Premier Ministre, M. Messmer (extraits) :

" Monsieur le Président,

nous venons de visiter une remarquable usine qui fait honneur à la technique française, à la ville de Toulouse et à votre Compagnie dont le développement m’apparaît à bien des égards comme exemplaire. Il montre d’abord comment peuvent aboutir en France la décision d’entreprendre et la volonté de réussir. Il était difficile, il y a un peu plus de cinq ans, de prédire avec assurance qu’une industrie nationale de l’informatique renaîtrait de ses cendres et jouerait un rôle sur la scène internationale : la foi de quelques-uns et le labeur de beaucoup y sont parvenus.

Le développement de la CII montre ensuite que l’État et l’industrie, dont on met parfois en doute les possibilités de coopération, peuvent ensemble se fixer des objectifs ambitieux et les atteindre. Le type de relations qui s’est établi entre la Délégation à l’Informatique et la CII est un exemple de bonne politique industrielle où la puissance de l’État et l’initiative privée se conjuguent pour redonner son indépendance à un secteur essentiel pour notre économie et pour notre indépendance véritable. L’appui des pouvoirs publics à leur industrie de l’informatique est une nécessité reconnue par tous les États modernes ; il faut rétablir des chances égales dans un domaine où la puissance d’une seule entreprise dominante à l’échelle mondiale aurait condamné ses concurrentes à une disparition certaine.

J’ajoute enfin que l’expression de la volonté nationale, concrétisée par ce que l’on a appelé le " Plan Calcul " n’entrave pas, bien au contraire, la construction européenne car un ensemble industriel européen ne peut être bâti qu’à partir d’entreprises nationales fortes et prospères.

L’Europe de l’informatique est maintenant lancée et la CII y joue un rôle de premier plan. Mais la route est encore longue et, pour y tenir son rang, la CII aura besoin de l’appui constant et actif de ses actionnaires, que pourra venir renforcer, le cas échéant, le soutien de l’État. Elle aura aussi besoin que se maintienne et se développe l’attitude positive des entreprises françaises, et notamment des plus grandes d’entre elles, du secteur privé comme du secteur public, qui doivent en France comme à l’étranger porter témoignage de la valeur de notre industrie de l’informatique...

Je connais les dangers qu’une utilisation abusive de l’informatique pourrait faire courir aux libertés publiques et il est normal qu’elle suscite des craintes. Je répondrai en premier lieu qu’il faut se garder de confondre l’outil avec l’usage qui en est fait. Avant même que les ordinateurs soient inventés, certains régimes politiques ont su – et avec quelle terrible efficacité – ficher les individus, les poursuivre, les traquer et finalement asservir la personne humaine et la dégrader. Inversement, un État respectueux de la liberté et des droits des citoyens ne fera pas un mauvais usage des informations qu’il possède avec ou sans l’aide de puissants moyens de calcul.

L’essentiel du problème réside en fait dans l’utilisation qui pourrait être faite de renseignements nominatifs contenus dans les fichiers des administrations. A cet égard, la modernisation des moyens de l’administration ne modifie en rien les obligations du secret et les pouvoirs publics ont donc le devoir de s’assurer de leur respect.

C’est ce que nous avons fait, et c’est ce que nous ferons. Je rappellerai ici les principales dispositions prises depuis 1969 :

· le Conseil d’État, saisi par le gouvernement, a déposé au début de 1971 un important rapport sur l’informatique et les libertés ;

· j’ai chargé la Chancellerie, en liaison avec la Délégation à l’Informatique, d’approfondir sous un angle technique certains points que cette Haute Assemblée n’a pu traiter. Un groupe de travail doit déposer très prochainement ses conclusions.

· parallèlement, des contacts étroits ont été noués, notamment par la Délégation à l’Informatique, tant avec d’autres États qu’avec les organisations qui, comme le Conseil de l’Europe, étudient ce problème sous l’angle international.

Le ministère de la Justice et la Délégation à l’Informatique poursuivent activement l’ensemble de ces études et consultations en vue notamment de bien traduire dans les faits l’obligation du secret, par une bonne adaptation des règles aux problèmes spécifiques de chaque administration et au secteur professionnel. En fonction du résultat de ces travaux, un projet de loi sera soumis au Parlement.

Les précautions sont donc prises, et les droits de chacun préservés. Car dans ce climat d’aujourd’hui, qu’altèrent et dégradent tant d’abus, d’indiscrétions et d’infidélités, parfois par le détournement de moyens modernes, nous sommes résolus à réagir avec vigueur et à fournir aux citoyens la protection légale de leur honneur et de la discrétion de leur vie. Les belles machines que nous admirons ici n’auront que l’usage que nous voudrons leur donner. Si perfectionnées soient-elles, presque miraculeuses, elles n’ont pas d’âme et il suffit que nous soyons résolus, et nous le sommes, à ce qu’elles ne soient que nos servantes. "

 

24 octobre 1972  : assemblée générale du Cercle des Utilisateurs (CII Informations n° 19)

Le Cercle des Utilisateurs de la CII a tenu son assemblée générale annuelle le 24 octobre, à Versailles, au " Trianon Palace ". Assistance nombreuse : près de 400 personnes, dialogue très ouvert entre représentants des constructeurs et des utilisateurs, dans une atmosphère sympathique.

Le Président Moch a souligné le bilan très positif de l’année 1972 : la vitalité du cercle s’est traduite par un accroissement de 20 % du nombre de ses membres au cours de l’an dernier. Les effectifs ont pratiquement doublé depuis le début de 1970 pour s’établir autour de 800 membres actifs ou sympathisants représentant plus de 300 utilisateurs. Le Président Moch a aussi mis l’accent sur l’effritement du mythe de l’informatique, la rentabilisation des machines et une utilisation de l’informatique dans l’intérêt des hommes et non pas d’une minorité de techniciens ou de technocrates.

Monsieur Robert Gest, directeur général de la CII, a rappelé ensuite le rôle du cercle dans l’expansion et la réussite de la CII : " Parmi les facteurs favorables qui ont permis à la CII de s’affirmer rapidement dans le monde informatique, l’existence dès les origines d’un cercle des utilisateurs dynamique n’a pas été l’un des moindres atouts. Et l’exposé que vous venez de faire, Monsieur le Président, sur l’activité du cercle au cours du dernier exercice montre à l’évidence que ce dynamisme ne s’est pas affaibli, que le cercle se porte bien, et qu’il est effectivement le cadre d’une coopération efficace entre utilisateurs et constructeurs. Aussi, anticipant sur les propos du Président Barré qui vous dira au cours du déjeuner tout l’intérêt que la CII attache à l’existence et à l’activité du cercle, je voudrais dès à présent dire aux membres du cercle des utilisateurs toute la satisfaction que nous éprouvons devant le développement de leurs travaux, et leur présenter nos remerciements ; et ceci plus particulièrement à vous, Monsieur le Président, ainsi qu’aux membres du bureau, qui avez accepté d’ajouter cette charge importante à toutes celles de votre vie professionnelle. "

Enfin, M. Gest a rappelé les caractéristiques essentielles de l’organisation de la Compagnie, ainsi que les résultats de 1972 : " CII suit la trajectoire prévue par le plan directeur et connaît une expansion rapide ; ceci est un élément essentiel au moment où elle s’engage dans la voie d’une coopération avec d’autres constructeurs. "

Le thème choisi pour la table ronde, l’éveil des utilisateurs, a donné lieu à des interventions remarquées. Pour M. Jules Lepidi, directeur du GETI, les problèmes technologiques et de changement de génération sont dépassés et il est temps de s’attaquer aux véritables problèmes de l’entreprise.

M. Georges Elgozy, inspecteur général de l’Économie nationale, a stigmatisé avec humour la mauvaise utilisation de l’ordinateur (qui devient alors une " aide à l’indécision ") et donné quelques exemples d’applications incohérentes. Pour montrer ce qu’il ne faut pas faire.

M. Jean Carteron, président-directeur général de la STERIA, a parlé du " refus des vérités économiques " et insisté sur l’importance de la prise de conscience des coûts de l’informatique et de la rentabilité globale des installations.

Pour M. Jacques Pavard, directeur financier de la SNPA, président de l’organisation GUIDE (les utilisateurs IBM) pour l’Europe, l’important c’est l’éducation des utilisateurs, en particulier dans le domaine du software, et non pas l’innovation technologique à tout prix.

M. Jean Gaudfernau, directeur général adjoint de la CII, a souhaité que les produits aillent dans le sens d’une plus grande facilité pour l’utilisateur. La CII, a-t-il précisé, s’oriente précisément vers une analyse économique des besoins de sa clientèle.

Un " mélange d’espoir et de remords " a conduit les utilisateurs à modifier leur comportement dans la voie du progrès, a dit en substance M. André Danzin, directeur de l’IRIA, et leur a permis de parvenir à l’âge de la maturité.

Un certain nombre d’expressions percutantes ont suscité la réaction de l’assemblée, telles que : " les utilisateurs sont des drogués des constructeurs ", " on peut même leur vendre du virtuel "…

Ce qu’il faut aux PME, a déclaré M. Antoine Choteau, responsable du cercle dans le Nord, c’est une " informatique rustique ", si l’on veut éviter les échecs dus à la mise en place de systèmes trop importants dès le départ.

Une utilisation sage et saine de l’informatique : voilà bien un signe de maturité.

1er décembre 1972 : inauguration de l’IRIS 80 du GETI [Groupe Charbonages de France] (CII Informations n° 19)

" Le GETI est particulièrement heureux de vous accueillir ici pour l’anniversaire de la mise en place, à Verneuil, de l’IRIS 80.

Monsieur Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique, a bien voulu accorder son patronage à cette réunion. Pour cette visite dédiée à celle de nos activités qui dépend de lui, Monsieur Allègre, délégué à l’Informatique, a tenu à venir à Verneuil et nous lui en sommes très reconnaissant...

... Pour Monsieur Barré, Président de la CII, et ses excellents collaborateurs, on peut dire qu’ils sont ici presque chez eux. Car si l’immeuble est nôtre, les meubles viennent de leur maison. "

C’est en ces termes que Monsieur Desrousseaux, Président du Conseil de surveillance du GETI, accueillait ses invités pour l’inauguration de l’IRIS 80 du Groupe des Charbonnages, le 1er décembre 1972. A cette occasion, ont également pris la parole le Président Barré et Monsieur Allègre, délégué à l’Informatique, Monsieur Lepidi, Directeur du GETI, et ses proches collaborateurs, MM. Jacquet, Laugier et Ricaldies.

Ci-après, de larges extraits de l’allocution de M. Desrousseaux :

" Il convient de rappeler que le Groupe des Charbonnages, qui comportait plus de 200.000 personnes il y a dix ans, en a encore quelque 110.000. Le chiffre d’affaires annuel des Houillères dépasse 4,5 milliards de francs. En plus, la Société chimique contrôle environ 1,5 milliard. Les clients se chiffrent par milliers, l’activité de production est répartie sur une quinzaine de départements français, l’activité commerciale déborde les frontières, très largement d’ailleurs pour la chimie.

Les problèmes de gestion d’un tel ensemble sont évidemment d’une grande complexité ; on imagine la masse de paperasses et de chiffres qu’elle exige de manipuler et traiter. Ceci explique que notre Groupe ait toujours été à la pointe des techniques d’exploitation de l’information, dès l’apparition de la mécanographie classique, puis des ordinateurs, dont le premier usage, dans le Nord et la Lorraine, remonte à une quinzaine d’années.

Actuellement, trois centres principaux traitent l’information de notre groupe : le Nord, la Lorraine, le GETI à Verneuil. D’où vient la création du GETI ? De la convergence entre les besoins nouveaux du Groupe, et l’évolution des techniques informatiques...

... A ce point, je ne peux manquer de souligner que M. Allègre, responsable du Plan Calcul, nous a laissé l’entière responsabilité d’un choix dont l’importance était vitale pour notre entreprise. Dans le passé, pour des investissements très lourds, la puissance publique ne nous a pas toujours laissé cette liberté, et nombre de difficultés techniques coûteuses en ont résulté ensuite pour nos exploitations, ainsi qu’une amertume et un découragement dont ont souffert nos meilleurs spécialistes, ceux qui avaient mis au point la solution optimale, parfois fort différente.

Ici, je puis en témoigner, nous avons choisi librement, conscients de notre totale responsabilité, conscients des conséquences d’une erreur, n’ignorant en rien les risques d’adoption d’un matériel tout nouveau et la nécessité pour nous de faire face à toute difficulté qui se présenterait de ce fait, sachant bien aussi les sarcasmes qu’entraînerait un échec.

Mais l’expérience a montré qu’une décision collégiale libre et lourde de conséquences et de responsabilités galvanisait les énergies et que tous, du directeur du GETI à ses employés, ont travaillé au succès avec une foi, une énergie et un dévouement de tous les instants qui méritent un hommage particulier.

Grâce à la qualité du matériel CII, grâce aux efforts de son personnel propre, travaillant en symbiose étroite avec le nôtre, nous avons la satisfaction de dire maintenant que notre programme de travail était correct, et que tous les engagements pris par le GETI ont été respectés.

La qualité du travail, mené en liaison avec la CII, mérite d’être illustrée sur un exemple qui nous tenait à cœur, celui de la fabrication d’un " package " comme disent les spécialistes, en l’occurrence un programme général de comptabilité et de gestion, avec total intégration jusqu’au bilan de fin d’année, package maintenant appliqué aux travaux de nos membres.

Notre équipe a la maîtrise des lourds et multiples problèmes de l’informatique ; en bonne partie originaire des Houillères, après formation spéciale aux techniques évolutives de l’informatique, elle y a amené la si précieuse expérience industrielle. Elle a compris que l’auxiliaire de gestion qu’est l’informatique doit d’abord se soumettre lui-même à un contrôle de gestion strict et précis. Dans ce domaine, fondamental pour les responsables, notre équipe a mis au point un système de comptabilité élaborée des divers travaux informatiques, alors que le domaine était très nouveau et que l’adaptation des méthodes comptables classiques y est fort difficile. Je crois que notre équipe est maintenant à la pointe des équipes informatiques pour établir des prévisions analytiques de coût, de durée de préparation de programmes, de moyens en hommes et matériels, etc. En ce domaine, nombreuses sont les entreprises qui ont eu de graves déboires, on le sait.

Monsieur Lepidi a apporté ici la preuve de ses qualités de chef, de son action dynamique et intelligente, de son succès dans la création d’un esprit d’équipe. Je me dois de remercier tous ses collaborateurs qui, je vous l’assure, le méritent bien, car ils ont bien et beaucoup travaillé, pour avoir créé un GETI qui ne soit pas un service plus ou moins bureaucratique, mais une véritable industrie à productivité élevée et croissante.

Je dois aussi remercier la CII, d’abord de la qualité de son matériel, répondant et au-delà, à toutes les spécifications prévues, ensuite parce qu’elle nous a apporté une aide constante et efficace dans la mise en œuvre. Il est évident qu’un nouveau matériel ne peut pas ne pas nécessité certaines mises au point ; mais, dans une technique de pointe, ce n’est pas sans une haute conscience de la part du constructeur que l’on réussit à tenir les spécifications et les délais de la mise en service industriel, tous les exploitants de techniques modernes, par exemple d’usines de NH3 ou de steam-cracking le savent bien, et c’est un beau succès que d’arriver en peu de mois à une excellente fiabilité de l’outil de production. "

5 décembre 1972 :  Hongrie

Dans le cadre des accords avec VIDEOTON S.A., le Président Barré a reçu à Louveciennes M. le Ministre Janos Sebestyen, président de l’OMFB (Office du Développement Technique). Participaient également à ces entretiens, du côté hongrois, MM. Simon, conseiller scientifique près de l’OMFB, Binder, du SZKI, Redei, conseiller commercial auprès de l’Ambassade de Hongrie, et Molnar, représentant de VIDEOTON en France ; du côté français, M. Barré était entouré de MM. Gest, Toutain, Dubourg et Chaussedoux.
ette réunion a permis de définir certaines modalités concernant la mise en route des accords de coopération.

 

11 décembre 1972 : lettre de M. Barré à M. Allègre, Délégué à l’Informatique, pour faire le point sur les accords et indiquer les besoins supplémentaires en financement et capitaux.

Monsieur le Délégué,

Une étape importante dans la mise en application de l'accord préliminaire intervenu en janvier 1972 entre Siemens et CII est sur le point de se réaliser. Au cours de l'année qui s'achève, en effet, les modalités de mise en œuvre de cet accord préliminaire ont fait l'objet de réunions bipartites, alors que des réunions incluant la société néerlandaise Philips ont permis de préparer la rédaction d'un accord tripartite dont la signature peut être espérée dans des délais assez proches.

Bien entendu, ces négociations parallèles ont été menées de manière cohérente ; les mesures bilatérales prises avec Siemens s'inscrivent désormais dans la perspective de l'accord plus large prévu avec Philips.

On peut rappeler que l'accord préliminaire entre CII et Siemens de janvier 1972, prévoyait une coopération technique et commerciale réalisée en deux temps :

- Dans une période transitoire, on devait s'efforcer de coopérer sur le plan commercial en classant les zones géographiques en trois catégories :

· en France et en Allemagne, CII et Siemens prenaient en charge respectivement, la totalité des affaires communes,

· en Autriche, Italie et Belgique d'une part, et en Afrique francophone, Espagne et Brésil d'autre part, Siemens et CII prenaient respectivement un leadership basé sur le contrôle de la majorité du capital.

· les sociétés nouvelles à créer devaient l'être sur une base égalitaire.

- L'étape finale conduisait à rassembler les participations des deux compagnies dans toutes les filiales étrangères, à l'intérieur d'une holding commune dont le capital serait réparti par moitiés entre Siemens et CII.

Il est évident que le schéma précédent a très peu de chance de se réaliser dans son intégralité ; les négociations avec Philips d'abord, puis celles qui nous attendent vraisemblablement avec ICL, vont remettre en cause un certain nombre de ces dispositions.

L'importance du programme bilatéral qui sera réalisé dépend donc, pour une bonne part, de la durée des négociations tripartites. On peut cependant considérer que les choses se présentent aujourd'hui de la manière suivante : :

- Il est possible et nécessaire de réaliser rapidement la première mesure de la phase préliminaire concernant la France et l'Allemagne ; cette opération verrouille définitivement les accords entre Siemens et CII ; elle est en outre favorable à nos intérêts sur le plan commercial.

- Il est souhaitable de réaliser dans le courant de 1973 et 1974, aussi longtemps que les accords tripartites ne seront pas intervenus, les mesures indiquées ci-dessus en deuxième étape de la phase préliminaire, c'est-à-dire celles qui concernent les prises de majorité dans les six pays nommément désignés.

– Les opérations suivantes ont peu de chance de se réaliser sous la forme prévue ; elles ne présentent d'ailleurs pas le caractère fondamental des précédentes et la position de la CII dans le dispositif dépendra de l'importance des moyens qui pourront y être consacrés alors que les mesures initiales conditionnent pratiquement la participation même de la CII au dispositif.

Dans ces conditions, je vous demande de trouver ci-joint un tableau qui fixe avec plus de précision des besoins financiers supplémentaires auxquels la CII aura à faire face pour tenir le programme prévu ; trois points me paraissent à souligner :

– En première urgence, il y a lieu de prendre en considération les chiffres des années 1972, 1973 et 1974, concernant la France et l'Allemagne, et les pays de l'annexe 5. Il s'agit de sommes relativement modestes mais dont l'obtention est, comme je vous l'ai dit plus haut, fondamentalement nécessaire pour le succès de l'opération.

Je vous demande de bien vouloir noter que sur le plan des subventions destinées à couvrir les frais de lancement et le fonds de commerce, une somme de 21,6 MF est à prévoir, dont 6 MF pour l'étape France / Allemagne. Par ailleurs, les besoins supplémentaires en capitaux propres au niveau de la CII seront de l'ordre de 11 MF, dont 6 MF pour l'opération France / Allemagne.

– La Convention Plan Calcul de juillet 1971 comporte une clause en son article 7.5 dans lequel les Pouvoirs Publics s'engagent à veiller au financement des opérations d'implantation commerciale à l'étranger à hauteur de 60 MF. On peut considérer que les fonds de commerce et frais de lancement exposés plus haut sont bien de cette nature et doivent pouvoir entrer dans ce cadre.

Il est toutefois important de noter que les sommes en cause doivent avoir un caractère de subvention sous peine de faire peser sur les résultats de la CII une charge que la compagnie n'est pas en état de couvrir par autofinancement.

– Les chiffres indiqués dans le tableau joint au-delà du 1er janvier 1975 ont un caractère informatif ; ils donnent une idée de l'effort qui risque d'être à faire en tout état de cause, mais ne constituent pas aujourd'hui une base solide de discussion.

Dans le cadre de l'année 1973 cependant, on verra sans aucun doute se préciser les perspectives de cette période et les efforts financiers correspondants seront à prendre en considération lors de la mise ou point des engagements à prendre par les partenaires du Plan Calcul pour l'année 1975, engagements qui ont été laissés en blanc dans la présente Convention.

Enfin, au-delà du 1er janvier 1976, il sera sans nul doute indispensable qu'une troisième Convention Plan Calcul vienne achever "l'européanisation" de la CII.

En résumé, je me permets, Monsieur le Délégué, de rassembler ci-dessous les questions importantes qui ressortent de l'exposé précédent :

1. Est-il possible d'obtenir du Gouvernement français, dans le cadre de l'actuelle Convention ou en dehors de ce cadre, un montant de subventions égal à 21,6 MF dont 6 MF pour une étape imminente ?
Dans l'affirmative, à quelle date ces sommes pourraient-elles être versées à la CII ?

2. Est-il possible dans le courant de l'année 1973, et si possible avant la fin du premier semestre, de mettre au point les engagements réciproques des partenaires du Plan Calcul pour l'année 1975 que l'actuelle Convention a laissés en blanc ?
Sera-t-il possible de prendre en considération pour cet exercice les charges nouvelles provoquées par la coopération internationale sans altérer pour autant les crédits d'études nécessaires à la poursuite des activités techniques de la CII ?

3. Sera-t-il possible au cours de l'année 1973, et si possible avant la fin du premier semestre, d'obtenir des diverses parties intéressées un engagement concernant la poursuite du Plan Calcul au-delà du 1er janvier 1976 ?

Si les réponses à la première question sont aujourd'hui très urgentes, il n'est pas possible de sous-estimer l'importance des deux suivantes ; la CII, en effet, ne tirera guère bénéfice de la coopération européenne avant 1978 alors que, d'ici là, des dépenses supplémentaires considérables sont à consentir pour obtenir la convergence des produits et la mise à niveau de nos investissements commerciaux.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Délégué, l'assurance de ma haute considération.

M. BARRÉ

31 octobre 1972  : Conseil d’Administration de la CII

Au cours de ce Conseil, la CGE manifeste son désaccord avec le projet Unidata ; son argument principal réside dans le danger que fait courir à l’industrie française, et en particulier au groupe CGE, la constitution d’un bloc informatique européen dont les partenaires étrangers sont des groupes puissants, actifs dans des domaines voisins de l’informatique et qui risquent d’utiliser Unidata comme tremplin de leur action au détriment de leurs concurrents français.
Pour donner satisfaction à la CGE, il est introduit dans le projet d’accord Unidata une clause indiquant qu’en dehors du catalogue d’informatique lourde de la future association, aucun produit accessoire (transmission de données, périphériques, etc.) ne devra être adopté par Unidata sans une concertation à laquelle participeront directement les sociétés-mères de la CII. La CGE estime cette précaution insuffisante.

31 octobre : suite à ce Conseil d’Administration, M. Barré donne des consignes à M. Gaudfernau par la note suivante :

Au cours du Conseil d'Administration du 31 octobre, M. Pébereau a pris la parole au sujet des précautions qu'il suggérait d'observer en ce qui concerne Siemens et Philips à l'égard des Maisons-Mères.

Son intervention a été un peu acide car il semble que des remarques en ce sens avaient été faites dans le cadre de Fininfor, et M. Pébereau estimait qu'elles n'avaient pas été répercutées sur CII qui avait l'air de n'en tenir aucun compte.

J'ai vivement protesté, disant que M. Coulot était tenu strictement au courant de l'évolution, au même titre que M. Dorléac, mais M. Pébereau a fait valoir qu'il ne s'agissait pas seulement d'informer mais de mettre au point d'un commun accord une position commune des Maisons-Mères avec la CII avant que l'accord ne soit rédigé.

Il s'agit en fait des précautions à prendre dans les domaines suivants :
- la commutation téléphonique,
- les sociétés de services,
- la technologie,
- les transmissions de données,
- les terminaux légers,
- les périphériques lointains.

Je pense que l'attitude de M. Pébereau est motivée par plusieurs causes : politique CGE vis-à-vis du Gouvernement et vis-à-vis de Thomson, relations CGE avec Philips et Siemens ; il n'est pas exclu que CGE essaie de profiter de nos accords pour reprendre certaines activités à son compte, filialisation est le mot employé.

Il faut travailler à ce que la CII ne perde pas une once de son activité à l'occasion de son accord international. Il faut donc montrer aux Maisons-Mères que les accords que nous préparons tiennent le plus grand compte de leurs réserves et que leurs appréhensions sont vaines ; ils ne doivent pas trouver ici un terrain leur permettant de construire un raisonnement pouvant nous porter préjudice.

En conséquence, il a été décidé sur ma proposition qu'à partir de maintenant, des réunions communes avec M. Dorléac et M. Coulot ensemble se dérouleraient sous votre Présidence à intervalles rapprochés ; ces réunions donneront lieu à des comptes-rendus écrits et approuvés par les trois parties.

L'objet des réunions ne sera pas seulement d'informer, mais aussi d'enregistrer les réserves et les contraintes demandées par les Maisons-Mères, réserves et contraintes dont nous aurons à tenir compte dans nos réunions internationales.

Il est important que nous puissions montrer au cours de la présentation de l'accord que nous avons tenu compte des réserves qui nous ont été indiquées et que nous puissions nous opposer à des délais excessifs d'approbation pour cause de contraintes qui ne nous auraient pas été dûment formulées et qui n'auraient pas été enregistrées dans les comptes-rendus.

Cette procédure est lourde mais elle me parait inévitable ; il faudra la suivre avec rigueur.

M. BARRÉ

2 novembre 1972 : réunion, à Londres, des Ministres français, britannique et allemand chargés des questions scientifiques : J. Charbonnel, M. Chattaway et M. von Dohnanyi.

Communiqué publié à la suite de cette réunion

Monsieur Charbonnel, Ministre français du Développement Industriel et Scientifique, le Dr von Dohnanyi, Ministre allemand pour l’Éducation et les Sciences, et Monsieur Chattaway, Ministre britannique pour le Développement Industriel, qui ont chacun, au sein de leur Gouvernement, la responsabilité de l’informatique, se sont réunis à Londres, le 2 novembre 1972, pour discuter des perspectives de coopération entre les industries des trois pays.

Les Ministres ont noté les mesures déjà prises pour faciliter la coopération entre certaines firmes européennes et l’opportunité de la création, en Europe, d’une industrie vigoureuse. Ils se sont mis d’accord pour que soient étudiées, sans délai, les questions que celle-ci implique pour les industriels et pour les Gouvernements, de façon à créer la base d’une collaboration plus étendue.

8 au 11 novembre  1972 Roumanie

  la quatrième session du comité mixte franco-roumain de coopération dans le domaine de l’informatique s’est tenue du 8 au 11 novembre à Bucarest. Le procès-verbal de cette réunion, signé par M. Allègre, délégué à l’informatique, et M. Dinu Buznea, vice-président du conseil national pour la science et la technique, a porté sur l’échange d’informations dans le domaine de l’informatique, l’examen de la réalisation d’un certain nombre de thèmes de travail, et des actions à mener pour élargir cette coopération. La délégation CII, sous la conduite de M. Gest, a participé, auprès de la Délégation à l’Informatique, à l’ensemble des travaux et a été l’interlocuteur direct des Roumains dans la sous-commission industrielle ; le procès-verbal de cette sous-commission a été signé par M. Gest pour la CII et du côté roumain par M. Simulescu, représentant le directeur général de C.I.E.T.V. (centrale industrielle de l’électrotechnique). Dans le même temps, les pourparlers poursuivis par CII et les Roumains sur les contrats en cours, ont progressé favorablement.

21 décembre  1972 : suite aux demandes du Président Barré à M. Gaudfernau (voir note du 31 octobre ci-dessus), le document ci-après est envoyé à MM. Coulot (CGE) et Dorléac (Thomson). 

ACCORD CII-PHILIPS-SIEMENS
RÉSUMÉ DES CLAUSES INTERESSANT LES MAISONS-MÈRES
EN MATIÈRE DE BREVETS DE KNOW-HOW

1.- Dans le domaine de l'accord

a) CII a le droit de concéder des sous-licences gratuites, des brevets et du know-how dont CII peut disposer, même si ces brevets et ce know-how proviennent de ses maisons-mères.

b) Les maisons-mères doivent renoncer à toute action contre Siemens et Philips si ces dernières utilisent des brevets appartenant aux maisons-mères, obtenus de CII au titre de l'accord.

c) CII, Siemens et Philips pourront sous-licencier le know-how et les brevets concédés en licence.

Cette dernière clause s'applique uniquement dans le cadre des décisions de concession de licence ou de sous-traitance prises en commun par le standing council CII-Siemens-Philips.

2.- Hors du domaine de l'accord ( discussion en cours)

Siemens demande que le know-how et les brevets utilisés à propos des produits conçus dans le cadre de la coopération puissent être utilisés librement et gratuitement, hors de ce domaine. En retour, il concède les mêmes droits à CII et à ses maisons-mères en ce qui concerne son propre know-how et brevets.

Ce point concerne, à titre d'exemple, les applications des techniques "ordinateurs " nées de la coopération, au domaine de la commutation téléphonique.

Philips souhaite interdire toute utilisation gratuite hors du domaine.

3.- Clauses diverses

Les maisons- mères de CII devront garantir qu'elles ne prendront pas de décision qui soient contraires aux principes sur lesquels repose la collaboration de CII avec Siemens et Philips.

 

28 décembre 1972: Hubert Germain, ministre des P.T.T. dans le gouvernement P. Messmer, adresse une lettre à Paul Richard, où il lui assure que la porte des télécommunications lui sera ouverte, par un élargissement des " clubs " jusqu’alors très fermés des fournisseurs des P.T.T., où la CGE prospère au côté d’ITT. Ceci est une remise en cause pure et simple du " Yalta " de 1969 pour son groupe !
Cette ouverture ne fait pas l’affaire de la CGE. De feutrée, l’hostilité entre les deux PDG va devenir ouverte.

 

 

janvier 1973 Usine de Toulouse

M. Henri Grumel a quitté la Compagnie au terme de l’année 1972 pour prendre sa retraite.
M. Gosselin lui a succédé à la direction de l’usine de Toulouse le 1er janvier 1973. Le président Barré a remercié publiquement M. Grumel des services qu’il a rendu à notre Compagnie :
J’ai eu l’occasion de travailler avec M. Grumel depuis vingt ans, et j’ai toujours apprécié et admiré ses qualités d’organisateur, ses compétences et son autorité.
En 1970, alors que l’heure de la retraite venait de sonner, je lui ai demandé de me rendre le service de rester deux ans de plus dans la vie active pour prendre en charge l’usine de Toulouse et assurer la transition avec une nouvelle direction.
L’usine de Toulouse est aujourd’hui un bon organe de production dont l’efficacité peut être appréciée par tous les visiteurs. Ce ne sont donc pas de vaines paroles de circonstances que je prononce ici, mais le témoignage sincère de la reconnaissance de la Compagnie. "

janvier 1973 : dans le cadre de son expansion, la Compagnie a décidé l’achat de l’immeuble de Thomson/CSF de Rocquencourt. La Direction générale et les Directions centrales s’y sont installées au début de janvier. L’École de Formation y occupait déjà des locaux depuis plusieurs mois.

4 juillet 1973 : Signature formelle des Accords Unidata à Amsterdam

Signature des accords CII, Philips, Siemens, le 4 juillet 1973.
De gauche à droite, assis à la table de conférence : Dr Bernhard Plettner, (président du directoire de Siemens A.G.), Dr P.H. Le Clercq (vp de Philips) , H.A.C. Van Riemsdijk, (président de N.V. Philips Gloeilampenfabrieken), Dr. Ir. A.E. Pannenborg, (Philips), Jean Gaudfernau, (DGA de la CII), Michel Barré, (PDG de la CII), Robert Gest,( DG de la CII), Paul Richard, (PDG de Thomson.)


 

22 août 1973: Accords CII-Siemens sur la série X.

COVERING UNDERSTANDING FOR SUBAGREEMENTS OF X - LINE

NDLR : ce document, daté du 22 août 1972, signé par Siemens à cette date et par CII le 29 août 1972, est une introduction générale à la ligne X. Il comprend ensuite le Subagreement pour X3 puis le Subagreement pour X4.

1) In the frame of the realization of a common product line, in accordance with annex 2 of the Heads of Agreement, CII and Siemens agree to sign first Subagreements covering X3 and X4.
Each of these products corresponds to a Subagreement enclosed hereto. These two Subagreements are linked together.

2) These Subagreements will be followed by Subagreements concerning X1, X2 and. X5.

3) For all the X-line products, CII and Siemens commit to announce commercially a product as a product of the common line only under conditions to be agreed upon jointly.

4) It is agreed upon to begin within the next two months to study the conditions for a common convergence strategy regarding software systems, which are competitive to the virtual memory operating systems newly announced in the market and which solve the problem of input/output interfaces and controllers.

 

 

SUBAGREEMENT FOR X3 BETWEEN CII AND SIEMENS

 

NDLR : document daté du 21 août et signé par Siemens le 22 août et par CII le 29 août 1972.

Ce document est très important car :
a / on voit apparaître la définition de la CFCX, spécification commune à tous les produits de la gamme, ce qui garantit la compatibilité entre les différentes machines, [on rappelle que la série K est l'interior decor de Siemens (d'origine RCA)]
b / on voit apparaître les engagements Siemens sur les délais de livraison du système X3.

As a result of the discussions between CII and Siemens on :
- the functional specification of the processors of the common X-product line of electronic data processing equipment,
- the minimum requirements with regard to the characteristics of the X4-system,
- the times and preconditions of deliveries for X4-systems,
- the estimated requirements of Siemens of X4-systems,

the following agreement has been reached between CII and Siemens :

 

1) Specification of the processors of the common X-product line :

CII and Siemens agree to establish a document which shall describe the common functional characteristics of all processors of the X-product line, hereinafter referred to as Specification of "Common Functional Characteristics of X-line" (CFCX).

CFCX shall define the sets of functions on machine language level which are common to all processors of the X-product line.

To reach CFCX in an appropriate time the existing "Specification of the Functional Characteristics of the NSF-K-Processors on the Machine Language Level, Revision 1", issued May 2nd, 1972 shall be used.

CFCX shall constitute the functions of the processors of the X-product line as listed below :
- To handle nonprivileged instructions of K in K-format.
- To handle nonprivileged instructions of IRIS 60 in IRIS-format in accordance with the CII-document "IRIS Non Privileged Instruction Set", dated March 30 th 1972.
- To handle privileged instructions of K plus a few identified additional privileged instructions, both in K- and in IRIS-format.
- Program interrupt mechanism and privileged registers as defined for K, extended by some identified additional registers such as program timers.
- Memory addressing including the address translation mechanism based on the page size of 2048 Bytes (Being different to K).
- Input/output operations and programming as defined for K with associated privileged instructions.
- Initial program load and machine error recovery as individually defined for cash processor of the X-product line.
- The X-standard input/output-interface supported on all processors of the X-product line will be the NSF-K standard input/output-interface.

Beside the X-features, additions or extensions to individual processors of the X-product line may be provided for by mutual agreement to enable a migration from existing systems to X-systems during a transient period.
The availability of CFCX which shall describe the above mentioned sets of functions on a bit level, shall be achieved as soon as possible being, however, of no influence on the delivery dates according to paragraph 3.

2) Minimum requirements with regard to the characteristics of X3-system :

The X3-system to be developed by Siemens and to be delivered by Siemens to CII has to meet the functional specification of the processors of the common X-product line according to paragraph 1 above.

Siemens and CII will jointly study the conditions of technical and. economical feasibility of a CII input-/output-interface on X3. After receipt of the CII-input-/output-interface specification by Siemens, Siemens will within 4 weeks notify CII of the conditions under which Siemens will be able to realize the CII input-/output-interface to X 3 ; and Siemens will realize this upon request of CII under terms and conditions then mutually to be agreed upon.

The minimum requirements shall be :
- main storage capacity : 128 KB 2048 KB
- block multiplex channels : 4
        transfer rate per channel : 1.66 x 106 B/s
        2 Byte extension transfer rate : 3.33 x 106 B/s
- Byte multiplex channels : 1
        transfer rate per channel : 200 KB/s
        number of addressable peripherals per channel : 256
- total system throughput : 10 x 106 B/s
- performance (*) : 375 KOP/s

(*) measured by an instruction mix based on the composite mix to be agreed upon in detail separately between CII and Siemens.

 

3) Times and preconditions of deliveries for X3-systems :

a) The following dates for delivery of X3-systems by Siemens to CII are agreed upon by CII in case of a first K-serial production delivery to customer by Siemens in May, 1975 :
February 1975 :    ) preproduction system each with K
May 1975 :              )  instruction set only, later on
July 1975 :              ) to be equipped
September 1975 : )  with IRIS-instruction set
December 1975:    1 preproduction system with X-code

In addition Siemens offers to make available 1 shift of computing time on their X3 prototype for operating system testing by CII. This applies to the period of May 1975 through November 1975 in Munich. Siemens guarantees that the aforementioned preproduction systems of X3-systems will be suitable for delivery to customers.

b) CII and Siemens agree that Siemens' compliance with the delivery dates pursuant to lit. a) above will be subject to CII's fulfillment of the following preconditions :

- Indication of the configurations wanted in due time in advance.

- Peripherals to be attached for system test should be agreed upon by the two parties in due time in advance.

- Assistance by 4 CII engineers in Siemens' development of the IRIS-Microprogramming for the X3-system starting at April 1, 1973.

- IRIS appropriate programs for testing the X3-system, to be placed by CII at Siemens' disposal in due time in advance.

- Assistance by 4 CII test engineers starting as of October 1974.

 

4) Estimated requirements of CII of X3-systems :

CII estimates its requirements of X3-systems as follows :

1975 : )
1976 : )
1977 : ) figures to be given by CII
1978 : ) until July 1, 1973.
1979 : )

Siemens is prepared to meet the actual orders from CII in the framework of the estimations. CII will place the orders in due time.

5) The selling prices for X3-systems to be delivered to CII by Siemens (units of preproduction as well as units of serial production) shall not exceed 50 % of the prices effectively in force at customer level at the time of the respective deliveries.
In case such prices should not exist at the time of CII's orders of X3-systems then CII and Siemens will agree upon competitive market-prices for such X3-systems and the prices charged to CII shall not exceed 50 % of said competitive market prices.

6) Siemens and CII agree to conclude a corresponding Subagreement with regard to X4-systems of the common X-product line to be developed by CII and to be delivered by CII to Siemens.

All amendments or modifications to this Subagreement must be in writing to be valid.

The above accords with the understanding of the parties as signed below.

 

 

SUBAGREEMENT FOR X4 BETWEEN CII AND SIEMENS

NDLR : ce document, daté du 18 juillet 1972, sera signé le 27 juillet 1972 par Siemens et le 29 août 1972 par CII.

Ce document est très important car :
a / on voit apparaître la définition de la CFCX, spécification commune à tous les produits de la gamme, ce qui garantit une compatibilité totale entre les différentes machines. A noter que cette définition n’a pas été remise ici puisqu’elle est totalement identique à ce qui est dans le subagreement X3 ci-dessus. Nous commencerons donc ce subagreement au paragraphe 2.
b / on voit apparaître les engagements CII sur les délais de livraison du système X4, tant en prototypes qu’en matériel de série. Ces délais étaient intenables puisqu’ils supposaient le développement complet d’une machine en environ deux ans (août 1972 à septembre 1974 pour avoir un prototype construit ).

2) Minimum requirements with regard to the characteristics of X4-system :

The X4-system to be developed by CII and to be delivered by CII to Siemens has to meet the functional specification of the processors of the common X-product line according to paragraph 1 above.

The minimum requirements shall be :
- main storage capacity : 256 KB to 4096 KB
- block multiplex channels : 10
        transfer rate per channel : 1.66 x 106 B/s
        2 Byte extension transfer rate : 3.33 x 106 B/s
- Byte multiplex channels : 2
        transfer rate per channel : 400 KB/s
        number of addressable peripherals per channel : 256
- total System throughput : 10 x 106 B/s
- performance (*) : > 900 KOP/s   (*) measured by an instruction mix based on the composite mix to be agreed upon in detail separately between CII and Siemens.

CII declares that the aforesaid minimum requirements most probably will be exceeded in the realization of the X4-systems.

If necessary CII will provide the X-system with the possibility to add additional features which handle the IRIS 80 instruction set and which support the CII-Byte input/output-interface. CII will use its best efforts to minimize the costs which arise in connection with the provision of the possibility to add the aforesaid additional features with respect to such X4-systems which do not require such additional features.

3) Times and preconditions of deliveries for X4-systems :

a) CII and Siemens are aware that the timing for X4-systems deliveries is of crucial importance for Siemens' and CII's EDP business.

The following dates for delivery of X4-systems by CII to Siemens are agreed upon as the utmost agreeable by Siemens :
              September 1974 : 1 prototype (to be operated at CII as long as Siemens and CII consider this necessary)

February 1975 : 1 prototype

April 1975 : 1 prototype

September1975 : 1 preproduction system

November 1975 : 1 preproduction system

December 1975 : 2 preproduction systems

January 1976 two systems, February 1976 three systems and as of March 1976 two systems per month in accordance with paragraph 4 below. In case of impossibility to deliver two systems in December 1975 but only one system, one more system will be delivered in January 1976.

CII guarantees that the aforementioned preproduction system of X4-systems will be suitable for delivery to customers.
Furthermore CII declares that it will investigate the possibilities for and, using its best efforts, try to achieve an earlier delivery of the second prototype.

b) CII and Siemens agree that CII's compliance with the delivery dates pursuant to lit. a) above will be subject to Siemens' fulfillment of the following preconditions :
- Indication of the configurations wanted in due time in advance.
- Delivery to CII of peripherals to be attached in due time in advance.
- Assistance by 5 Siemens engineers in CII's development of the X4-system starting at the latest at the end of 1972.
- PBS together with appropriate programs for testing the X4-system, to be placed by Siemens at CII's disposal in due time in advance.
- Assistance by 5 Siemens test engineers starting as of March 1974.

4) Estimated requirements of Siemens of X4-systems :

Siemens estimates its requirements of X4-systems as follows :

1974 / 75 : 7 X4-systems including prototypes
1976        : 20 X4-systems
1977        : 20 X4-sytems
1978        : 25 X4-systems
1979        : 15 X4-systems

CII is prepared to meet the actual orders from Siemens, in the framework of these above estimations. Siemens will place the orders in due time.

5) The selling prices for X4-systems to be delivered to Siemens by CII (units of preproduction as well as units of serial production) shall not exceed 50 % of the prices effectively in force at customer level at the time of the respective deliveries.

In case such prices should not exist at the time of Siemens' orders of X4-systems then CII and Siemens will agree upon competitive market prices for such X4-systems and the prices charged to Siemens shall not exceed 30 % of said competitive market prices.

The prices of the three prototypes defined as per paragraph 5 will be agreed upon later.

6) Siemens and CII agree to conclude a corresponding Subagreement with regard to X3-systems of the common X-product line to be developed by Siemens and to be delivered by Siemens to CII.

All amendments or modifications to this Subagreement must be in writing to be valid.

The above accords with the understanding of the parties as signed below.

6 septembre 1973 : premier accord entre CII, Philips et Siemens, dont le texte intégral est donné ci-après.

Final Stage of the first Common Agreement between CII, Philips and Siemens

1. Engineering and manufacturing will remain a part of the mother companies CII, Philips and Siemens.

2. The partners agree upon the special situation concerning the sales organisations in France and Germany.

3. Outside of France and Germany, a Common Holding Company will own the sales companies by 100 %, except special cases. A direct participation of one of the partners in sales companies outside of France and Germany has to be agreed upon by all partners. The total participation of each partner in countries outside of France and Germany should have the same value as if there were no direct participations of the partners in these countries.

4. In France and Germany 80 % of the respective sales companies will be owned by CII, resp. Siemens, whereas 20% will be owned by the Common Holding Company.

5. The three partners will fix supervisory rules for all local sales organisations including France and Germany.

6. No shareholder of the Common Holding Company shall have 50 % or more than 50 % of its shares. Any shareholder is entitled to own one third of the Common Holding Company.

7. The date to reach this goal will be before 1. 1. 197X (CII proposes as the limit date 1. 1. 1977. X will be determined in the tripartite Heads of Agreement).

Trois signatures, CII, Philips et Siemens

10 septembre 1973 : note de François Sallé, Directeur Technique de la CII.

Objet : prise de fonctions de monsieur Georges Lepicard.

M. Georges Lepicard est entré à la CII le 27 août 1973 et assure, depuis cette date, la fonction de Directeur Technique Adjoint. Dans le cadre de cette fonction, il est responsable vis à vis du Directeur Technique des missions suivantes :
- coordonner l’établissement, l’approbation, la mise à jour des spécifications techniques des produits hardware (systèmes centraux et coupleurs) et représenter la Direction Technique pour faire approuver la conformité des spécifications techniques par rapport aux objectifs,
- assurer la liaison avec les autres Directions pour le règlement des questions de définition technique des produits,
- contrôler la conformité des spécifications de définition aux spécifications techniques,
- assurer la synthèse au niveau système des orientations formulées par la Sous-Direction Orientation Technique et la Sous-Direction Orientation Software.

 
 

12 janvier 1973 : conférence du Président Barré et du Directeur Général M. Gest aux cadres CII
(CII Informations n° 19).

M. Barré a réuni les cadres supérieurs de la Compagnie pour leur donner un certain nombre d'informations sur la marche de la Société. L'exposé du Président a porté essentiellement sur :

Le bilan de l’année 1972

Après avoir donné un certain nombre de chiffres significatifs :

· C.A. 1972 : 815 millions de francs HT,
·
Prises de commandes 1972 (équivalent vente) : 925 millions de francs,
·
C.A. 1973 prévu : supérieur à 1 milliard de francs, ce qui représente un taux d’accroissement de 23 % (conforme au plan directeur),
·
Effectifs au 1er janvier 1973 : 7 600 personnes,
·
Surfaces : 140 000 m² (avec le Centre de Rocquencourt qui vient d’être acquis par CII),

M. Barré a indiqué que l’activité de la CII sur le plan commercial a été conforme aux prévisions du plan directeur, mais qu’il est nécessaire d’intensifier nos efforts dans le secteur privé. Par ailleurs, nos exportations sont insuffisantes, ceci étant dû en partie à l’incertitude qui règne quant aux développements de nos accords internationaux.

 

Les accords internationaux

Après avoir fait rapidement le point sur MULTINATIONAL DATA, l’accord avec CONTROL DATA, l’accord d’intention avec les Japonais et nos discussions avec ICL, le Président en est arrivé à l’accord CII / SIEMENS / PHILIPS.

" Si, sur le plan de la nouvelle gamme de produits, l’essentiel est fixé, il reste toutefois un certain nombre de points de détails à résoudre, tels que la disponibilité des brevets détenus par les Sociétés mères, le financement des études communes, les dispositions fiscales liées à la création d’un holding à qui seraient apportées toutes les activités à l’étranger, etc.

Compte tenu cependant de la volonté d’aboutir des trois partenaires, ces dernières difficultés devraient être levées rapidement. "

M. Barré a ensuite passé la parole à M. Gest qui a exposé les modalités d’absorption de SIEMENS France par CII et de CII GmbH par SIEMENS, conformément à l’accord passé l’an dernier avec SIEMENS.

15 janvier 1973: annonce de l’Iris 55.

Le 15 janvier, la Compagnie a annoncé simultanément une augmentation de 25 % de la puissance de l’ordinateur Iris 60 et un nouveau modèle de la gamme Iris : l’ordinateur IRIS 55 de puissance intermédiaire entre Iris 50 et Iris 60.
L’évolution du marché montre en effet qu’il est souhaitable de combler l’écart devenu plus important entre ces deux dernières machines ; là en effet se situent de nombreuses applications de gestion mettant en œuvre de gros fichiers et pouvant faire appel à d’importants réseaux téléinformatiques.
La CII confirme ainsi l’évolution qu’elle a prise ces derniers mois en annonçant des produits téléinformatiques hardware (Mitra 15 T, Visus, etc.) axés sur la gestion de transaction et de bases de données.

 

18 janvier 1973 : lettre de A. Roux à P. Richard concernant la signature imminente de l’accord entre CII et Siemens.
 Le Président Roux rappelle les conditions de sa signature future à l’accord tripartite, il " prend date " ; c’est le début d’une longue guerre entre les deux Présidents, qui va se prolonger durant toute l’année 1973 pour se terminer par l’introduction, par CGE, d’une demande en référé au Tribunal de Commerce (décembre 1973). CII sera bien involontairement un pion dans cette lutte, via Fininfor dont Thomson a la majorité.

Mon cher Président,

Par votre lettre du 16 janvier, vous appelez mon attention sur l'urgence que revêt la signature des accords en cours de négociation entre CII et SIEMENS compte tenu des perspectives de coopération avec PHILIPS et vous précisez que ces accords s'inscrivent dans le cadre d'engagements antérieurement pris par la CII.

Vous proposez donc que la CII signe le 19 janvier les accords réglant les transferts de SIEMENS France et de CII Allemagne, étant entendu que les questions mentionnées dans ma lettre du 11.janvier seront immédiatement examinées au sein de FININFOR et devront trouver leur solution avant la conclusion de l'accord tripartite.

Je partage votre sentiment sur la nécessité de consolider la position de la CII dans une négociation internationale difficile. Je vous donne donc mon accord sur le schéma proposé.

Il est entendu que les problèmes en suspens depuis plusieurs semaines et rappelés par ma lettre précitée devront être réglés avant que les négociations tripartites entrent dans une phase conclusive. Je ne saurais en particulier accepter des engagements financiers excédant ceux déjà pris dans le cadre de la convention Plan Calcul en dehors d'un programme à court et moyen termes fixant les objectifs de la CII et la contribution de ses sociétés-mères, compte tenu du concours attendu des autres partenaires et notamment de l’État. Un tel programme est d'ailleurs indispensable pour permettre à la CII de s'engager sans contraintes excessives dans la collaboration internationale qui s'ouvre à elle.

Enfin, je vous rappelle que je considère comme un préalable absolu à tout développement de la coopération avec SIEMENS et PHILIPS, qui figurent parmi nos principaux concurrents sur le marché mondial, la filialisation de la Division Commutation Téléphonique de la CII, dans le sens, d'un rapprochement avec SLE-CITEREL auprès de laquelle elle est engagée dans un vaste programme à long terme.

Je vous prie de croire, mon cher Président, à mes sentiments les meilleurs.

 

19 janvier 1973 : accord CII – SIEMENS.

Le 19 janvier 1973 a été signé à Munich, entre la Compagnie Internationale pour l'Informatique (C.I.I.) et la société SIEMENS A.G., un accord d'application de l'agrément préliminaire signé en janvier 1972.

Cet accord concerne la prise en charge des activités informatiques de gestion et de calcul scientifique de SIEMENS en France par la CII et des activités informatiques de même nature de CII en Allemagne par SIEMENS.

Cet accord s'inscrit dans le cadre de la préparation de l'accord tripartite en cours de négociation entre PHILIPS, SIEMENS et CII.

 

22 janvier 1973: première réunion du groupe de travail CGE/THOMSON concernant le projet d’association CII/SIEMENS/PHILIPS. L’objectif de ce groupe est donné ci-après :

Le projet d'accord tripartite CII/SIEMENS/PHILIPS dans le domaine de l'informatique de gestion, calcul scientifique et technique ("EDP Field"), et dont la conclusion signifiera un élargissement des accords déjà signés dans le domaine entre CII et SIEMENS ("HEADS" SIEMENS/CII du 28 janvier 1972, accords particuliers concernant SIEMENS France et CII GmbH signés le 19 janvier 1973) est à examiner sous un triple aspect :

a. - la filialisation de la division commutation téléphonique de CII.

b. - les engagements financiers pour la mise en œuvre de l'accord tripartite en plus de ceux déjà pris au titre de la 2ème Convention Plan Calcul.

c. - le contenu et la forme de l'accord tripartite, et dans chaque cas, en tenant compte à la fois 
    i ) - des préoccupations propres à CII,
    ii ) - de la protection des Sociétés-mères vis-à-vis de PHILIPS et de SIEMENS.

Le point a. - est à examiner hors CII.
Le point b. - est à traiter en présence de CII.
Le point c.- est à examiner, d'abord entre CGE et THOMSON, puis en présence de CII.

Autant que possible, le Groupe de travail traitera les 3 points indépendamment, étant entendu qu'une position définitive CGE (ou THOMSON) ne pourra être exprimée que globalement, au niveau du Conseil FINlNFOR, après les échanges de vues indispensables sur les différents problèmes.

La dixième réunion de ce groupe aura lieu le 5 mars ; le résultat fera l’objet d’une déclaration commune en date du 8 mars (voir ci-après).
Les participants à ces réunions ont été en général :
CGE             Gal Gobin, MM. Coulot et Gandin
Thomson MM. Guigonis, Dorléac et de Maubeuge
CII             MM. Gaudfernau et, une fois, MM. Barré et Verholle

 

février 1973  Vœux du président (CII Informations n° 19)

L'année 1972 aura été surtout caractérisée par d'importantes négociations internationales.

Le mois de janvier a vu la conclusion des discussions préliminaires entreprises en août 1971 entre Siemens et notre Compagnie. Partant du principe qu'il importe de maintenir l'individualité des deux entreprises, l'accord prévoyait la réalisation d'une ligne future de produits, communs aux deux partenaires et compatibles avec leur catalogue actuel.

Dans le domaine commercial, la combinaison des efforts devait aboutir à une meilleure utilisation des moyens des deux compagnies, en faisant disparaître la duplication des organismes de vente dans les pays étrangers.

Dès la signature de cet accord, Philips exprimait son désir le plus ferme de se joindre à Siemens et à CII, et la discussion des termes de cette coopération élargie a été menée tout au long de l'année avec persévérance.

L'accord entre les trois partenaires est fait aujourd'hui sur la majorité des points et il y a tout lieu de croire que nous assistons aujourd'hui à la naissance d'une véritable Europe informatique.

Le bloc ainsi constitué prendra sur le marché mondial une dimension qu'aucun des trois partenaires ne pouvait espérer atteindre dans un avenir proche ; la combinaison des moyens d'études et de développement, la combinaison des ressources des uns et des autres permettra d'assurer l'avenir d'une production dont les matériels, de plus en plus performants et de plus en plus compliqués, sont, de ce fait, de plus en plus lourds à créer.

L'effet psychologique provoqué dans le monde a été important et favorable ; la position de la CII s'en est trouvée consolidée aux yeux de beaucoup. En outre, il n'est pas impossible que la nouvelle forme de coopération que nous venons de mettre au point en Europe n'attire d'autres partenaires, et les chances de l'informatique européenne nous paraissent aujourd'hui beaucoup mieux assurées.

Préparant ainsi le long terme, la CII n'a pas pour autant négligé le présent et l'avenir proche.

Poursuivant des travaux de normalisation dans le cadre de Multinational Data, la CII conserve les liens qu'elle avait établis précédemment avec les partenaires correspondants. De même, un premier rapprochement a été esquissé avec les industriels japonais. Elle s'est efforcée d'ouvrir de nouveaux marchés et de consolider ceux où elle s'était introduite : un accord avec la Hongrie a été signé qui devrait nous permettre de placer la ligne Iris dans ce pays ; un accord préliminaire a été de même établi avec le ministère de l'Électrotechnique de l'URSS qui vient de nous commander une première machine. Des négociations sont en cours avec d'autres pays.

L'expansion de la CII s'est poursuivie à l'étranger, de nouveaux succès ont été obtenus, en particulier en Espagne. L'action internationale de la CII est une conséquence de l'affermissement de sa position en France ; l'année s'achève dans le cadre des dispositions du Plan Calcul, conformément à des prévisions établies au début de 1970.

Le chiffre d'affaires dépasse 800 millions de francs en 1972 ; nous devrions atteindre le milliard l'an prochain. Avec ses 8.000 personnes réparties entre cinq établissements représentant plus de 130.000 m², la CII n'est plus la compagnie fragile de ses débuts ; elle occupe sur l'échiquier industriel français une place à la mesure du rôle de l'informatique.

Il ne faudrait pas pour autant considérer que la partie est jouée et que l'heure d'une béate satisfaction est arrivée ; bien des choses restent à faire pour consolider définitivement la position prise ; nos efforts doivent tendre, en particulier, à introduire l'informatique française dans le domaine des grandes entreprise, marché important entièrement occupé aujourd'hui par des produits étrangers déjà en place.

Le succès de cet effort dépendra pour une large part de la réputation de nos produits, de leur fiabilité, du niveau de leur prix de revient, de la qualité de notre service après-vente et du dynamisme de nos cadres commerciaux.

Convaincu que les efforts remarquables qui ont été développés par tous au cours de l'année ne se relâcheront pas l'an prochain, je formule donc le vœu que le succès continue à nous accompagner. En adressant ce vœu collectif, je voudrais y joindre mes souhaits particuliers pour vous et vos familles, afin que l'année 1973 vous apporte les satisfactions personnelles, familiales que vous pouvez espérer.

12 février 1973 : conférence de presse de J. Charbonnel, Ministre du Développement Industriel et Scientifique.


" La première étape a été franchie, avec l’accord entre Siemens et CII, conclue sur des bases strictement paritaires qui sauvegardaient la nationalité de chaque partenaire au sein d’un ensemble tendant vers la multinationalité. Très récemment, la première manifestation concrète de cet accord a conduit la CII à reprendre les actifs informatiques de Siemens en France, tandis que Siemens reprenait les actifs de la CII en République Fédérale d’Allemagne. Ce premier pas accompli, il reste à réorganiser le déploiement du groupe dans les autres pays.

Dès la signature de l’accord cadre, une collaboration technique très étroite s’est instaurée entre les deux sociétés pour la mise au point de la prochaine gamme commune d’ordinateurs. Actuellement, cet accord est en voie d’extension à un autre partenaire européen, Philips. La négociation a pris tout récemment un tour très actif, et les Présidents des directoires de Siemens et Philips doivent se réunir avec M. Barré, Président de la CII, pour faire progresser la mise au point des accords qui devront donner naissance à un grand groupe européen de l’Informatique.

Le 2 novembre dernier, j’ai rencontré à Londres M. von Dohnanyi, Ministre de la Science de la République Fédérale d’Allemagne, et M. Chattaway, Ministre du Développement Industriel du Royaume Uni, pour discuter ensemble des perspectives de coopération entre nos industries de l’informatique, à un moment où la grande firme britannique ICL ne dissimulait pas qu’elle était fortement tentée par ‘l’appel du grand large ". En conclusion de cette rencontre, nous avons pris acte des étapes franchies pour faciliter la coopération entre certains firmes européennes et une volonté commune de créer une industrie puissante en Europe. Nous sommes tombés d’accord pour que soient étudiés d’urgence les questions d’ordre industriel et d’ordre administratif que la réalisation de cet objectif impliquait afin de jeter les bases d’une plus large coopération entre les industries des trois pays. C’est dans cet esprit, je peux aujourd’hui le révéler, que M. von Dohnanyi et moi-même avons adressé, fin novembre, aux Présidents de Siemens et de CII, une lettre commune, leur demandant d’examiner si de leur point de vue l’objectif d’un regroupement plus étendu des industries européennes était souhaitable et pouvait être rapidement atteint. Nous leur avons demandé d’entreprendre d’urgence et de concert avec les autres firmes européennes d’informatique, en particulier avec ICL et Telefunken, une série d’études destinées à jeter les bases d’une coopération élargie. Simultanément, M. Chattaway a envoyé une lettre identique à ICL. Très prochainement, le groupe CII, Siemens d’une part et ICL d’autre part, doivent se rencontrer pour donner suite à cette démarche commune. Enfin, les fonctionnaires, homologues en Angleterre et en République Fédérale d’Allemagne de notre Délégué à l’Informatique, sont venus, il y a quelques jours à Paris, pour discuter avec leurs collègues français de problèmes concrets de l’informatique sur lesquels une coopération entre les trois gouvernements pourrait aboutir à un résultat positif et précis. Notre pays joue donc un rôle très actif dans la constitution d’un ensemble européen de l’informatique. "

19 février 1973 : lettre de R. Gest à M. Ohmann, son homologue chez Siemens.
Cette lettre est intéressante car elle justifie ( ?) l’acceptation par CII du mode maître de Siemens (mode K) et de l’interface des canaux E/S : interface NSFK. En contre partie, CII demande que le TI (trunk interface, support des gros disques, qui permet un débit de 3 Mo/s) soit pris en compte par Siemens.

Cher Monsieur,

En réponse à votre lettre sur la stratégie de convergence vers la ligne X des utilisateurs SIRIS, je crois utile de rappeler tout d'abord que l'adoption par CII, tant du mode maître K que de l'interface NSFK, n'a eu d'autre motivation que de permettre l'accélération de la convergence entre nos lignes de produits respectives vers une ligne commune. CII a en effet considéré à l'époque que l'intérêt de cet objectif essentiel l'emportait sur les inconvénients très sérieux qu'engendrait un tel choix, à la fois dans la situation future de son parc de périphériques et dans le déroulement de son programme d'études en raison des modifications profondes à y introduire.

Nous avons également pris en compte les assurances que vous nous aviez données quant aux facilités techniques que vos services nous offriraient pour rendre supportable cette transition et trouver des solutions effectives aux difficultés inhérentes à ce choix. Je tiens à vous remercier de vos interventions personnelles en ce sens.

La proposition concernant le couplage des disques, exposée par votre lettre du 9 février 1973, apporte effectivement une solution à ce problème, mais ne s'avère pas cependant totalement satisfaisante.

II importe en effet d'être conscient de part et d'autre que la validité de la solution coupleur PST2 modifiée, dite PST2x, n'est pas encore démontrée […] Enfin, la date de mise à disposition du PST2x prototype est extrêmement tardive, d'autant plus que nous avons à développer des travaux software spécifiques au-delà.

Aussi, ne pouvant avoir actuellement la certitude que le PST2x apporte une solution viable, nous sommes en conséquence obligés de prévoir l'utilisation du trunk interface (TI) sur les matériels dont l'étude nous appartient, à savoir X2, X4 et X5. Nous restons persuadés que ce dispositif présente intrinsèquement des avantages certains ; il a de plus l'intérêt pour notre clientèle de permettre la coexistence sur une même "data base" de calculateurs appartenant à la ligne IRIS ou à la ligne X. Enfin, en vous proposant d'introduire le TI sur le CCU construit par SIEMENS et destiné à équiper à la fois X3, X4 et X5, nous estimions faire un pas très positif vers une rationalisation industrielle souhaitable. Les minutes de la réunion du 2 février laissaient espérer d'ailleurs une prise de position favorable à ce projet. Aussi regrettons-nous que SIEMENS ne puisse envisager d'apporter une solution globale au problème du couplage des disques en acceptant de mettre le TI sur le CCU destiné au haut de gamme, tout en développant le PST2x qui constitue indubitablement une solution d'avenir si sa validité technique est démontrée.

Devant cet état de fait, nous vous proposons donc la solution de compromis suivante :

- SIEMENS réalise le PST2x, CII fournissant les informations techniques nécessaires, mais ne pouvant prendre une part substantielle à l'étude en raison de la charge supplémentaire que lui causera l'adjonction du TI sur X4.
Le PST2x sera considéré comme un sous-ensemble constituant de la ligne X.

- CII réalise le TI qui équipera les matériels X2, X4 et X5.

Je vous propose que ces différents points fassent l'objet d'un sous-accord qui préciserait, par ailleurs, les conditions de fourniture du CCU.

Je vous prie de croire, Cher Monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

8 mars 1973: déclarations CGE et THOMSON concernant les points qui conditionnent la prise de position de chacune des maisons-mères sur l’accord tripartite CII/SIEMENS/PHILIPS.

Ce document reproduit ci-après est un " Projet ". Nota : nous n’avons pas trouvé dans les archives le document final, qui ne doit pas être très éloigné de ce projet.

1 - Pour le Général GOBIN (CGE), les sept points suivants doivent être éclaircis ou acquis avant que CCE puisse donner son approbation à un paraphe ou signature :

1°) – DOMAINE :

- l'Accord tripartite doit définir d'une manière précise et en des termes acceptables pour les Sociétés-mères

… le domaine privilégié de la coopération technique et industrielle à instaurer entre les 3 partenaires (Technical EDP Field).

… la courbe enveloppe de l'ensemble des activités de toutes sortes des 3 partenaires au sein de leur association (Sales EDP Field) englobant le domaine privilégié ci-dessus ainsi que certains secteurs d'un domaine commun aux 3 partenaires et aux Sociétés-mères de CII.

- PHILIPS et SIEMENS doivent être conscients de l'importance des intérêts de chacune des Sociétés-mères dans le domaine commun et accepter d'amorcer le principe d'une négociation avec CII, CGE et THOMSON pour définir les termes d'une collaboration dans ce domaine commun. Il serait souhaitable qu'une première réunion à cinq ait lieu sur ce sujet avant signature de l'accord tripartite.

- Le texte définitif de l'Accord tripartite ne doit comporter aucune clause restreignant d'une manière quelconque la liberté d'action des Sociétés-mères en ce qui concerne ce domaine commun.

- CGE a pris note de ce que les activités "Service Bureau" se situent dorénavant, et sauf exception que les Sociétés-mères pourraient admettre ultérieurement, hors du champ de l'Accord tripartite.

 

2°) – FILIALISATION DE CERTAINES ACTIVITÉS CII

En vue de protéger les activités correspondantes, filialisation, d'une part du secteur commutation téléphonique et, d'autre part, du secteur applications militaires de CII.

3°) – PRÉVISIONS CII concernant le développement de ses activités à moyen et long terme dans le cadre de l'Accord tripartite et projection de ses besoins financiers correspondants jusqu'à fin 1978.

4°) - AIDE DES POUVOIRS PUBLICS

Engagement préalable des Pouvoirs Publics concernant l'aide à court et à moyen terme à apporter à CII pour le développement de ses activités dans le cadre de l'Accord tripartite.

Intentions des Pouvoirs Publics en ce qui concerne la mise à exécution d'un deuxième Plan Calcul, postérieurement à 1975.

5°) - EFFORT FINANCIER SUPPLÉMENTAIRE DES SOCIÉTÉS-MÈRES EN FAVEUR DE CII

Problème à examiner par CGE et THOMSON-CSF en fonction des points 3 et 4 ci-dessus.

6°) - ENGAGEMENTS PRIS PAR CII, AU NOM DE SES SOCIÉTÉS-MÈRES, DANS LE CADRE DE L'ACCORD TRIPARTITE

Adoption d'une clause précise et acceptable (quant à sa durée et à sa portée).

7° - DÉLAI DE RÉFLEXION :

Afin de pouvoir exprimer globalement un avis motivé sur 1’extension à PHILIPS de l'association CII-SIEMENS en cours de réalisation, CGE demande à disposer suffisamment à l'avance des textes complets et définitifs de l'Accord tripartite.

 

2.- M. GUIGONIS (Thomson) indique que, d'une manière générale, il partage tout à fait les préoccupations exprimées par le Général GOBIN et confirme qu'un effort soutenu doit être continué pour rechercher les éclaircissements nécessaires.

Il fait cependant observer que, compte tenu du rythme prévu des négociations en cours, il sera vraisemblablement impossible d'obtenir une lumière complète de chacun des points évoqués par le Général GOBIN. Il conviendra donc, le moment venu, de procéder à une appréciation d'ensemble de la situation et de se décider en fonction des éléments qui auront pu être rassemblés.

Il apporte de plus les précisions suivantes concernant chacun des points 1° à 7° ci-dessus.

POINT 1°)

La définition des domaines de l'Accord tripartite (Technical EDP Field et Sales EDP Field) a déjà fait l'objet d'un examen très attentif de la part des Sociétés-mères dont les intérêts en la matière ne devraient pas être divergents. La réunion interne organisée entre des spécialistes des Sociétés-mères et de CII doit permettre de préciser encore, si besoin en est, les aménagements à apporter à cette définition.

En ce qui concerne la préparation d'une négociation à 5 sur les activités du domaine commun, la démarche préliminaire correspondante auprès de PHILIPS et de SIEMENS est à faire par CII qui sera du reste partie à ce futur accord. L'ouverture effective d'une telle négociation ne doit pas être considérée comme un préalable à la signature par CII de l'Accord tripartite.

POINT 2°)

THOMSON est d'accord pour la filialisation globale des activités de CII non comprises dans l'Accord à trois. Une telle opération ne doit cependant être déclenchée qu'au moment opportun, après signature de l'Accord tripartite (de manière à ce que CII bénéficie pendant tout le temps nécessaire d'un poids suffisant vis-à-vis de PHILIPS et de SIEMENS).

Quant à la création ultérieure de filiales séparées, notamment pour la commutation, THOMSON n'en rejette pas par principe la possibilité mais souligne qu'une telle opération ne pourrait être envisagée que dans la perspective de négociations générales entre Groupes CGE et THOMSON, dépassant très largement le seul cadre et le calendrier de la négociation à 3.

POINT 3°)

Les documents souhaités sont attendus de CII qui travaille activement à leur établissement. Il y aura évidemment lieu de tenir compte des difficultés rencontrées par CII dans l'établissement de telles prévisions pour interpréter au mieux les informations ainsi fournies.

POINT 4°)

Le Délégué à l'Informatique a déjà fait savoir, en commentant sa lettre du 18 janvier 1973 à CII, qu'il était prêt à prendre, dès que les chiffres correspondants lui seront communiqués par CII, les dispositions nécessaires pour couvrir les besoins financiers supplémentaires jusqu'à fin 1975.

Il est cependant peu probable que satisfaction formelle puisse être donnée sur ce point avant le moment où une décision devra être prise.

En ce qui concerne les engagements des Pouvoirs Publics pour la période postérieure à 1975, la mise en place du nouveau Gouvernement permettra d'aborder ce point mais il est peu probable que nous obtentions dans les délais souhaités des assurances formelles sur ce sujet.

POINT 5°)

La connaissance de l'effort financier supplémentaire effectivement demandé à chacune des Sociétés-mères constitue en effet un préalable à toute prise de position à l'égard du projet tripartite.

POINT 6°)

Ce point a déjà fait l'objet d'un examen approfondi en commun et des propositions de textes satisfaisantes ont été dégagées à cette occasion.

POINT 7°)

THOMSON s'associe pleinement à la demande de CGE. Afin d'être en mesure de prendre leur décision dans des conditions admissibles, les Sociétés-mères doivent pouvoir disposer des textes complets et définitifs retenus par les partenaires, au moins 8 jours avant la date prévue pour le paraphe ou la signature.

27 mars 1973 : conférence de presse de Jean-Pierre Brulé (Honeywell-Bull) qui déclare que " d’une façon ou d’une autre un regroupement réaliste passe par Honeywell Bull… Une industrie européenne ne pourra vivre éternellement à l’ombre des subventions et marchés publics et les problèmes posés pourront un jour atteindre la dimension de ceux auxquels doit faire face l’industrie aéronautique européenne ".

28 mars 1973: lettre de M. Barré à M. Mac Colough, Président de XEROX.

Cher Monsieur,

Je m'excuse d'avoir tardé à répondre à votre lettre du 27 février mais nous sommes très occupés par nos négociations tripartites avec SIEMENS et PHILIPS, et je voulais attendre leur conclusion avant de reprendre contact avec vous.

J'ai reçu le 22 mars, en votre absence, une lettre de M. FLAVIN qui nous indique une position favorable en ce qui concerne la commercialisation de notre IRIS 80 dans les pays de l'Est ; je pense que ceci achèvera le règlement des points secondaires que nous avions à traiter.

J'ai appris que M. de FOUCHIER, Président de la Banque de Paris et des Pays Bas, devenait Administrateur au Conseil de XEROX ; je me réjouis de cette nouvelle qui nous rapprochera encore puisque la Banque de Paris et des Pays Bas, à travers le Groupe THOMSON, a quelques liens avec nous.

Au cours de mes derniers contacts avec M. GUMIN, j'ai pu m'assurer que SIEMENS voyait toujours d'un œil très favorable les perspectives de coopération que nous envisagions. J'espère que la mission de M. PENDERY a conclu d'une façon favorable, après l'examen approfondi auquel il s'est livré concernant notre future ligne de produits commune.

Je souhaite donc avoir l'occasion de vous rencontrer dès la conclusion définitive de nos accords européens.
Mon voyage pourrait intervenir en mai ou en juin, et je pense qu'il sera possible, à ce moment, d'établir les bases d'un accord intéressant pour les compagnies.

Dans cette attente,
Je vous demande de croire, Cher Monsieur, à l'expression de mes sentiments les plus distingués.

Note : cette lettre est le dernier contact officiel avec Xerox trouvé dans les archives.

mars 1973 : document " confidentiel ", sans date, mais établi probablement vers fin mars, intitulé :

Projet d’avenant à la deuxième Convention Plan Calcul

Ce document est cité par M. Barré, dans sa conférence aux cadres de la CII du 4 janvier 1974, où il dit : " Un projet d’avenant à la Convention Plan Calcul a été transmis aux maisons-mères et à la Délégation le 12 avril 1973, pour la première fois ; c’est un document très complet, faisant l’historique … "

Voir cette conférence à cette date en 1974.

Nous reproduisons ce document dans son intégralité, car il est important

I – Évolution de la CII dans le cadre des conventions Plan Calcul

 1. La première Convention Plan Calcul a été signée le 13 avril 1967.

Cette Convention prévoyait sur 5 années des engagements de l'État et des Sociétés-Mères de la CII ; elle imposait à la CII le programme de développement suivant :

- L'étude et la mise au catalogue d'une gamme de quatre ordinateurs nouveaux de conception nationale accompagnés de leurs softwares et de leurs périphériques principaux.

- L'étude et la mise au catalogue de deux ordinateurs militaires.

- Une cadence d'expansion matérialisée par une évolution du chiffre d'affaires.

2. En 1970, compte-tenu d'une part des premiers résultats obtenus et de l'absorption par la CII de la société SPERAC, titulaire d'une Convention "Périphériques", une deuxième Convention était préparée.

Elle devait être signée en juillet 1971.

Couvrant la période 1971 - 1975, elle fixait un nouveau cadre financier à la CII et un nouveau programme d'expansion du chiffre d'affaires.

Cette nouvelle Convention exprimait clairement, enfin, la nécessité pour la CII d'appuyer son action sur des accords internationaux.

3. Les objectifs fixés à la CII par les deux Conventions ont été tenus de la manière suivante :

3.1 Chiffre d'affaires HT (hors études Plan Calcul) -

  Prévu Réalisé
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1974
192 MF
253 MF
316 MF
424 MF
541 MF
684 MF
918 MF
1170 MF
167 MF
190 MF
263 MF
408 MF
530 MF
679 MF
962 MF (budget)
 

3.2.Programme industriel

Les quatre ordinateurs civils et les deux ordinateurs militaires prévus à la première Convention ont été mis sur le marché (IRIS 45, IRIS 50, IRIS 60, IRIS 80, IRIS 35 M, IRIS 55 M), mais la CII a dû faire précéder cette génération de produits par une gamme civile de transition nécessaire à la conservation de sa clientèle (10070, 10020, 10010) ; elle l'a complétée récemment de deux ordinateurs civils (IRIS 55, MITRA 15) et d'un ordinateur militaire (IRIS 15 M).

En six ans, la compagnie a donc développé 12 ordinateurs avec les résultats suivants :

 

Nombre de Systèmes

 

Installés

En commande ou

Total

   

lettre d'intention

 

10010

349

5

354

10020

144

18

162

10070

60

4

64

IRIS 45

25

28

53

IRIS 50

107

31

138

IRIS 55

-

-

-

IRIS 60

2

7

9

IRIS 80

10

13

23

MITRA 15

67

266

333

 

4. Les engagements financiers de l'État ont été tenus de la manière suivante :

4.1 Marchés d'Etudes Plan Calcul (HT) de l'origine à fin 1972

prévu    obtenu
550 MF 608 MF

L'excédent provient des marchés obtenus "hors enveloppe" pour des études particulières.

4.2 Subventions d'équilibre pour frais de lancement de l'origine à fin 1972

prévu       obtenu
88,4 MF 88,4 MF

4.3 Aide à l'exportation

La deuxième Convention prévoyait que l’État veillerait au financement du programme d'implantation à l'étranger, à hauteur de 60 M de francs.

Dans le cadre de l'assurance prospection, la CII a obtenu à ce jour un contrat susceptible de lui assurer sur la période 1971 - 1976, un financement maximum de 30 M.

4.4 Aide au développement

Les deux Conventions prévoyaient un total de 57 M de subventions remboursables dont 23 M ont été obtenus à ce jour, et 14 M sont sur le point de l'être.

4.5 Prêts FDES

Un programme global de 279,5 M a été prévu et réalisé jusqu'ici conformément à l'échéancier des deux Conventions.

 

5. Les engagements financiers des Maisons-Mères ont été tenus.

Le Capital actuel de la CII est de 166.726.400 francs, réparti de la manière suivante :

FININFOR 64,2 % (THOMSON 52 % - CGE 48 %)
SCHNEIDER 18,5 %
I.D.I. 14, 8 %
KALI Ste Thérèse 2,5 %

 

 II – Situation actuelle de la CII

 

1. Le chapitre précédent a donné une énumération des produits développés par la CII.

Nous n'évoquerons ici que le catalogue civil qui comporte essentiellement aujourd'hui la famille des machines IRIS et MITRA 15.

Le MITRA 15 est un mini-ordinateur moderne dont les applications principales se trouvent dans le contrôle des processus de toutes natures et dont l'emploi est également possible pour gérer les terminaux lourds rattachés à des grands ordinateurs de gestion. Le MITRA 15 n'est pas un calculateur de gestion autonome.

La famille IRIS couvre de l'IRIS 45 à l'IRIS 80 une large gamme de l'informatique moyenne. Cependant, cette gamme ne comprend pas les très grosses machines d'usage surtout scientifique et les petits ordinateurs destinés aux systèmes de gestion autonome.

Le catalogue CII a nécessité le développement d'un software de base complet qui a représenté un effort considérable du fait de la non-compatibilité de l'IRIS 80 avec les autres machines IRIS.

Cette décision, prise dès la naissance du Plan Calcul, était motivée par le désir d'accélérer la sortie de la gamme en utilisant au maximum l'acquit technique antérieur. Outre les conséquences financières d'une duplication du software de base, cet état de choses n'est pas satisfaisant sur le plan commercial.

La CII a pratiqué une politique très pragmatique en matière de périphériques ; poursuivant les études de la SPERAC, elle a développé et continue de développer des périphériques entièrement originaux (terminaux lourds, bandes magnétiques). Elle réalise également certains périphériques sous licence (disques magnétiques) en comptant leur donner suite par des modèles plus évolués entièrement nationaux. Enfin, elle constitue le reste de son catalogue en achetant des éléments, plus ou moins complets de périphériques qu'elle adapte à ses besoins,

En ce qui concerne les périphériques légers, elle utilise, en priorité, ceux qui sont développés sur le marché national et, en particulier, par ses Maisons-Mères.

La CII a abordé au cours des années précédentes, un très grand nombre de domaines d'application et réalisé des systèmes d'importances variables qui lui ont permis de mettre à son catalogue un nombre croissant de software standards d'application.

Enfin, dans le domaine des recherches avancées, la CII s'appuie sur les laboratoires publics et sur les centres de recherches des Groupes THOMSON et CGE.

 

2. Le chapitre précédent a montré l'évolution du chiffre d'affaires qui a suivi de très près les prévisions de la Convention. On peut noter que ce chiffre d'affaires est pour une large part obtenu auprès des Administrations françaises. Cette part est aujourd'hui de l'ordre de 55 % du chiffre d'affaires des matériels civils en France.

Cet état de choses est dû au fait que la pénétration de la CII a été plus facile dans un domaine où les perspectives d'expansion de l'informatique étaient particulièrement importantes et aux efforts de la Délégation à l'Informatique dans le sens des engagements pris par l'État dans la Convention Plan Calcul.

Le chiffre d'affaires effectué à l'étranger représente plus de 20 % du chiffre d'affaires civil de la CII.

 

3. Les moyens de la compagnie ont progressé en six ans de 1500 à près de 8000 personnes dont 2000 ingénieurs et cadres. Les effectifs sont répartis sensiblement de la manière suivante :

- Direction Générale et Directions Centrales  750 personnes
- Direction Technique                                               1000 p
- Direction Production                                              2500 p
- Direction Commerciale                                          2300 p
- Divisions Opérationnelles                                      1100 p

La CII occupe 140.000 m² industriels comportant les établissements principaux suivants :

- Rocquencourt (Siège - Formation)
- Louveciennes (Direction Commerciale)
- Clayes s/ Bois (Direction Technique)
- Vélizy (Divisions Opérationnelles - Maintenance)
- Toulouse (Direction Production).

4. Depuis 1971, la CII a développé son réseau d'agences en France pour lui permettre de toucher plus facilement la clientèle privée. Des agences ont été créées à Grenoble, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Lille, Rennes, Tours, Metz, Dijon et Strasbourg.

Une quarantaine de points de maintenance a également été implantée en province, pour réduire au maximum les délais d'intervention.

A l'étranger, quatre filiales ont été créées : Allemagne, Italie, Espagne et Brésil, mais de nombreuses affaires se sont faites dans d'autres pays par action directe. Les machines CII ont été ainsi vendues dans un grand nombre de Pays de l'Est, en Egypte, au Chili, en Algérie, en Afrique Noire, en Suisse, à Cuba, etc.

Des opérations de coopération industrielle ont été négociées et mises en route en Roumanie, en Hongrie ; d'autres sont en cours de négociation.

 

III – Difficultés rencontrées par la CII ; nécessité d’un accord international

 

La situation de la CII apparaît donc aujourd'hui sensiblement conforme aux prévisions du Plan Calcul ; cependant, un certain nombre de problèmes doivent être explicités car leur solution implique des décisions importantes au niveau de la politique générale de la CII.

1. Les spécifications du matériel CII sont originales et diffèrent, en particulier, de façon notable, de celles de son principal concurrent.

Les grandes entreprises françaises ont commencé leur équipement informatique avant la naissance du Plan Calcul et le développement de leurs installations se fait, par une pente inévitable, avec des produits compatibles avec leurs équipements. Il s'en suit qu'un secteur très important du marché français est pratiquement fermé à la CII, secteur particulièrement intéressant et qui commande, à travers les filiales étrangères des grands groupes français, l'introduction des produits informatiques dans les pays où ces groupes sont implantés.

La CII se trouve donc devant la nécessité de procéder à un effort technique important pour résoudre ce problème à l'occasion de la sortie d'une génération nouvelle, sans pour autant nuire à ses clients actuels, à qui doit être garantie la continuité de leur programme.

 

2. On a indiqué au chapitre précédent que la gamme IRIS, comportant pourtant cinq ordinateurs de taille croissante, ne pouvait couvrir en totalité les besoins de l'informatique de gestion.

Cet inconvénient est surtout sensible en bas de gamme où l'IRIS 45 fait figure d'une machine trop grosse pour les besoins des petites entreprises.

Il s'en suit que celles-ci, lors de leur premier équipement, s'adresse, à des concurrents étrangers qui, par le jeu de la compatibilité mentionnée au paragraphe précédent, se trouvent en excellente position pour les "coloniser".

La CII, si elle veut continuer à croître, ne peut pas esquiver ce problème fondamental ; la nouvelle gamme doit comporter des produits de petite puissance.

Or, il ne peut être question de renoncer, à l'autre extrémité de la gamme, à des produits puissants, sous peine de perdre la clientèle de l'IRIS 80, domaine dans lequel la CII semble avoir particulièrement réussi. Bien au contraire, la conservation de cette clientèle exigera qu'elle puisse trouver, dans quelques années, des produits de remplacement plus puissants capables d'accompagner leur propre développement.

On voit que la CII se trouve devant le problème rencontré par tous ses concurrents : le caractère inéluctable d'un élargissement des créneaux choisis au départ.

 

3. L'évolution précédente ne s'accompagne pas d'une amélioration des possibilités de financement.

Une première constatation s'impose : le prix des études des produits augmente considérablement d'une génération à l'autre. Les technologies nouvelles, plus économiques au niveau de la fabrication, entraînent des études de base plus onéreuses.

Le développement du software représente une charge qui l'emporte dès maintenant sur celui du hardware.

Dans le cadre des ressources annuelles dont la CII bénéficie, au titre de la deuxième Convention, un examen du programme technique montre que la compagnie ne serait pas en mesure de mettre à son catalogue plus de trois machines de la génération nouvelle alors que la gamme devrait en comporter au moins cinq.

Or, le renouvellement du catalogue est imposé de façon irrémédiable, non pas par l'amélioration des performances, mais par la réduction régulière des prix de vente.

Ce phénomène est parfaitement perceptible sur la génération actuelle dont la compétitivité était excellente en 1969 et qui voit ses marges se réduire progressivement, alors que les prix de revient ont été abaissés au-delà des prévisions par un effort industriel de rationalisation.

La compression régulière des prix est provoquée par une politique habile et progressive de notre principal concurrent qui bénéficie, du fait de l'étendue de son marché, de marges beaucoup plus grandes que ses concurrents.

Une action brutale pourrait certainement être faite aisément par cet industriel qui mettrait en quelques mois tous ses confrères hors d'état de le suivre ; des raisons politiques motivent probablement cette action lente et efficace qui laisse les autres industriels à la limite continuelle de la rentabilité, rendant ainsi de plus en plus difficiles les renouvellements du catalogue, limitant les chances d'expansion et amenuisant même leurs possibilités de survie.

 

4. Tous les éléments précédents militent en faveur d'une rationalisation de l'industrie européenne telle qu'elle avait été envisagée lors de la deuxième Convention.

La CII a entrepris dès 1970 des négociations actives avec ses confrères européens. En 1971, dans le cadre d'une société d'études MULTINATIONAL DATA, créée avec ICL et CDC, la recherche d'un accord étroit a été faite sur les bases suivantes :

                           . définition de spécifications communes acceptables pour les parties,

. définition d'une nouvelle ligne de produits compatible et complémentaire faisant disparaître toute concurrence sur le plan du catalogue,

. rationalisation de l'action commerciale pour éviter toute concurrence dans le monde entier.

Ces négociations ont échoué en juillet 1971 du fait de l'éloignement des conceptions anglaises et françaises en matière d'architecture de machines.

Des négociations ont été reprises immédiatement avec SIEMENS et ont abouti en janvier 1972 à la signature d'un accord préliminaire respectant les conditions ci-dessus. Au même moment, la société PHILIPS décidait de se joindre au nouveau groupe.

Cette candidature devait introduire de nombreuses difficultés nouvelles du fait de la gamme couverte par PHILIPS qui se situe beaucoup plus bas que les gammes SIEMENS et CII, incluant même les calculateurs de bureau.

En outre, PHILIPS ne disposant pas d'un territoire national appréciable la symétrie de l'accord bilatéral initial ne pouvait être respectée et la création d'organes communs de contrôle et de gestion devait demander de nombreux mois de négociations.

La signature de l'accord tripartite est aujourd'hui imminente et devrait permettre d'apporter un début de solution aux difficultés exposées ci-dessus.

Il n'est pas exclu que d'autres industriels européens ne viennent ultérieurement se joindre au noyau tripartite ainsi constitué.

 

IV – Conséquences de l’accord tripartite sur l’exploitation de la CII

 

1. L'adoption de dispositions communes à SIEMENS, PHILIPS et CII devait tenir compte inévitablement de la situation des trois partenaires et implique de nombreuses opérations de transition pendant une période intermédiaire qui s'étendra sur plusieurs années.

La nature et l'âge des produits actuels des trois partenaires ont fait qu'une série de compromis a dû être acceptée, aussi bien dans le domaine technique que dans le domaine commercial.

Ces compromis exigent des trois sociétés, des sacrifices dont l'acceptation est justifiée par l'obtention du résultat final. Ils introduisent chez chacun des partenaires d'importantes perturbations à leur programme de travail et à leur exploitation.

 

2. Sans reprendre en détail les modalités de l'accord tripartite, il est bon de rappeler ci-dessous ses lignes fondamentales :

- Adoption de normes communes à l'association, impliquant une gamme de produits compatibles pour la grande et la moyenne informatique d'une part, et pour l'informatique de bureau d'autre part, les deux familles étant telles que le passage de l'une à l'autre se fasse dans les meilleures conditions.

- Compatibilité de ces spécifications communes avec les spécifications actuelles de CII, de SIEMENS et de PHILIPS.

Les spécifications SIEMENS étant, du fait de leur origine RCA, voisines de celles d'IBM, les spécifications communes ainsi retenues doivent être, au niveau des utilisateurs, compatibles avec celles d'IBM, avec celles des Pays Socialistes (RIAD) et avec celles des principaux industriels japonais (FUJITSU-HITACHI).

- Exécution rapide des travaux de développement permettant de mettre au catalogue une nouvelle génération de produits conformes aux spécifications précédentes avec répartition de la charge d'étude entre les trois partenaires, compte-tenu des développements en cours chez chacun d'entre eux.

- Création d'une société holding commerciale regroupant les participations des partenaires dans tous les pays étrangers et possédant 20 % des unités commerciales en France, Allemagne et Hollande.

- Création d'une société de pilotage commercial chargée de définir et contrôler l'action commerciale dans le monde entier.

- Création d'une société chargée de coordonner l'action technique et industrielle des trois partenaires, d'établir les programmes et de contrôler la gestion d'ensemble.

 

3. Les principes ci-dessus ont été rapidement acceptés par SIEMENS, PHILIPS et CII ; les difficultés sont venues de la période transitoire au cours de laquelle il est difficile de promouvoir des politiques nationales indépendantes sans nuire aux intérêts ultérieurs de la communauté.

- La CII a été obligée d'accepter des dates d'annonces plus rapides que celles qui lui étaient nécessaires pour la prochaine génération ; il s'en suit un renouvellement de certains produits dans des conditions qui ne sont pas optimales les possibilités de vente n'étant pas entièrement exploitées.

- La CII a dû modifier assez profondément son programme technique sur le plan du hardware pour achever les deux produits qu'elle avait en étude, conformément aux nouvelles spécifications communes.

- La CII, pour assurer la convergence de ses softwares avec ceux de SIEMENS, est obligée, en deux étapes, de développer un nouveau software de base qui se substituera à ceux qui sont actuellement au catalogue.

- La CII verra revenir de location certains systèmes dont les périphériques ne pourront être replacés du fait du changement d'interface provoqué par la définition d'une interface commun aux trois partenaires.

- La CII verra ses programmes industriels perturbés du fait de l'apparition de produits communs fabriqués par ses partenaires et remplaçant certains de ses produits actuels, alors qu'un autre produit commun fabriqué par CII à l'usage de l'association tout entière n'apparaîtra que plus tard. Si la situation doit être satisfaisante à terme, il y aura inévitablement une période de sous charge entre ces deux dates.

- La CII, en liaison avec l'industrie des composants français est conduite à engager dès maintenant, en liaison avec ses partenaires, des travaux de technologie destinés à préparer une coopération ultérieure plus étroite pour une deuxième génération d'ordinateurs.

La première génération commune présentera, en effet, un caractère d'homogénéité satisfaisant pour le client ; elle ne permettra pas encore aux industriels de tirer le meilleur parti de leur coopération.

 

4. Le rattachement de toutes les filiales étrangères des trois partenaires à la holding commune passe par une étape intermédiaire de regroupements des moyens locaux. Ces regroupements nécessiteront, cas par cas, des opérations d'apport qui tiendront compte des efforts de promotion commerciale effectués dans le passé.

Certaines de ces opérations, comme la prise en charge en France des activités informatiques de SIEMENS, exigeront un effort financier non prévu dans la Convention.

Enfin, la CII se devra de participer au programme d'expansion du réseau international conformément aux accords passés avec ses deux partenaires.

 

5. Il apparaît donc que le cadre de la Convention de juillet 1971 ne correspond plus aux perspectives de développement et d'exploitation de la CII. Cette Convention avait mentionné cette possibilité en laissant d'ailleurs l'exercice 1975 libre de tout engagement. Un examen de la situation de la compagnie devait intervenir en 1973 pour fixer ces éléments.

Il apparaît aujourd'hui que les évènements se sont déroulés de manière plus rapide qu'il n'était espéré en 1971 ; fin 1972, la CII a réalisé une première opération en prenant en charge l'informatique de SIEMENS en France et en confiant à cette société ses intérêts allemands. Sur le plan commercial, d'autres mesures interviendront en 1973 et 1974 qui exigeront des disponibilités non prévues par la Convention.

Enfin, les travaux techniques relatifs à la nouvelle génération ne pouvaient attendre la signature de l'accord tripartite en raison de l'urgence des mesures à prendre et des délais d'étude et de fabrication. Les éléments techniques étant pratiquement définis en septembre 1972, les trois partenaires travaillent depuis cette date dans le nouveau cadre et ont été amenés à engager des dépenses excédant les prévisions de leur Plan à long terme.

La révision de la Convention Plan Calcul de 1971 est donc nécessaire et urgente car elle affecte l'exercice en cours pour une part appréciable. Le présent document trace la nouvelle orientation de la CII dans le cadre de cette Convention en proposant des éléments correctifs pour les exercices 1973 et 1974, et en indiquant les chiffres nécessaires qu'il convient de prévoir dans les diverses rubriques de l'exercice 1975.

 

6. Au-delà du 1er janvier 1976, l'association achèvera la mise en place des structures communes et la commercialisation du catalogue commun. Ce n'est pas avant 1977 que l'association opérera comme un corps homogène unique.

La période 1975/1980 correspondra donc à la mise en place des structures définitives et au démarrage de la véritable action commune. Il n'est pas possible aujourd'hui de présenter un Plan Directeur pour cette période avec une approximation raisonnable.

Il ne sera plus possible, en effet, de partir du cadre national et d'un programme CII pour bâtir un Plan Directeur fixant les besoins financiers. L'origine de toute étude se situera au niveau de la collectivité, et les trois partenaires comptent que la première tâche de l'organisme de planification et de gestion, lors de sa mise en place, sera de l'aborder.

Il semble donc raisonnable de penser que le Plan Directeur de la CII pour les années 1975/1980 pourra être mis au point à la fin de l'année 1974.

On peut cependant faire dès maintenant les remarques suivantes :

- L'amélioration de la productivité accompagnant l'allongement des séries de fabrication devrait limiter les investissements de nature industrielle.

- L'effort technique, en particulier dans le domaine du software, restera probablement très élevé jusqu'en 1977, compte-tenu de la date des mises en œuvre des nouveaux systèmes d'exploitation.

- Les investissements commerciaux comporteront une charge inévitable du fait de l'équipement de tous les Centres de Calcul avec la nouvelle gamme dans des délais rapides, étant donné la volonté d'extinction des catalogues nationaux.

- Les investissements commerciaux, attachés à la création des filiales étrangères nouvelles et à leur promotion, feront l'objet de discussions entre les trois partenaires pour qu'ils se maintiennent dans les limites des moyens dont ils disposent. La CII devra, dans des limites raisonnables, pouvoir "suivre" ses partenaires, sous peine de laisser tomber sa participation à la holding commerciale à un niveau qui ne serait plus compatible avec l'égalité des droits.

Le principe d'une Convention Plan Calcul 1975/1980 parait à retenir dès maintenant.

C'est au terme de cette période que la force européenne, en cours de constitution, aura vraiment atteint l'âge d'une exploitation rationnelle et qu'elle pourra vivre comme une société unique dont le chiffre d'affaires avoisinera probablement les 7 milliards de francs actuels.

Il est possible, toutefois, que les opérations de concentration ne se limitent pas aux trois industriels signataires de l'accord tripartite et les perspectives ci-dessus sont encore susceptibles d'altération, de ce fait.

 

V – Problèmes particuliers

Deux questions particulières de grande importance apparaissent en outre :

1. Les activités de la CII comportent aujourd'hui plusieurs aspects qui ne se trouvent pas mêlés à la politique d'accords internationaux concernant le domaine de la gestion. Ces activités étroitement liées au Plan Calcul, pour bénéficier au mieux de ses retombées, sont rassemblées aujourd'hui, à l'intérieur de la société dans le cadre de Divisions Opérationnelles :

- La Division des Applications Militaires, Spatiales et Aéronautiques - a la charge des études, des fabrications et des systèmes destinés aux emplois particuliers des ordinateurs qui sont attachés à ces domaines.

Partant des technologies, des structures et des softwares de base qui sont développés dans le Plan Calcul civil, la Division Militaire, Spatiale et Aéronautique réalise des calculateurs spécialisés beaucoup plus compacts et aptes à résoudre les problèmes spécifiques.

Elle étudie en outre, des softwares de systèmes qui lui sont demandés pour l'utilisation des calculateurs civils standards dans les applications qui s'écartent du domaine de la gestion.

C'est ainsi que cette Division est responsable des séries militaires d'ordinateurs et de leur emploi dans les divers systèmes d'armes réalisés par les forces années françaises ou par certains industriels spécialisés comme le Groupe THOMSON. De même, cette Division est chargée des applications des ordinateurs standards dans le domaine du contrôle du trafic aérien.

- La Division de la Commutation - créée récemment dans le cadre des projets PTT concernant la commutation électronique future, travaille en liaison étroite avec la société CITEREL, en lui fournissant à partir de la technologie, des matériels standards du Plan Calcul et de leur software de base des équipements qui constitueront le cœur des autocommutateurs futurs.

- La Division des Petits Ordinateurs et Systèmes - a la charge de développer à partir des technologies et des structures des ordinateurs de gestion, des ordinateurs comme le MITRA 15, particulièrement adaptés aux opérations de process et de transaction en temps réel.

Ces matériels et leurs périphériques spécialisés ont un marché étranger à celui de l'accord européen avec SIEMENS et PHILIPS, bien que leur emploi soit normalement prévu dans le cadre des terminaux lourds des grands ordinateurs de gestion.

Il conviendra donc d'isoler les trois activités précédentes de telle manière qu'elles continuent à bénéficier des travaux de la communauté tripartite sans qu'une intégration trop grande risque de conduire, en sens inverse, à une diffusion vers la communauté de ses activités nationales spécifiques.

Cet objectif semble pouvoir être tenu par la mise dans une filiale unique des Divisions Opérationnelles ci-dessus, de telle sorte que la CII en conserve le contrôle et puisse veiller à la nature et à la qualité des échanges entre cette filiale et le reste du dispositif.

 

2. Enfin, un problème très important doit également être pris en considération : il s'agit de celui qui concerne la location du matériel de gestion de l'association.

La Convention de 1971 a résolu ce problème par la création d'une société de leasing spécialisée, la CILOMI, dont le Capital appartient pour 50 % à la CII et pour 50 % à son pool bancaire, et qui pratique avec notre compagnie un système de lease-back qui laisse à la CII les risques des retours prématurés de matériels en garantissant donc aux actionnaires des conditions de rentabilité satisfaisantes.

Les perspectives de développement de l'association conduisent à envisager des chiffres d'affaires très élevés avant la fin de la présente décennie et posent le problème des capitaux nécessaires pour la mise en leasing des appareils.

Il semble qu'il soit nécessaire d'envisager, dès maintenant, des solutions communautaires à un tel problème qui dépasse le cadre des frontières françaises, non seulement dans les pays des associés de la CII mais aussi dans leurs applications étrangères.

Une telle organisation internationale paraîtrait devoir disposer d'une assiette suffisamment large et suffisamment solide pour faire appel à l'épargne publique.

Il semblerait que l'intérêt des organismes français participants à la CILOMI puisse les pousser à rechercher la solution de ce problème sur le plan européen.

 

Il conviendra donc d'isoler les trois activités précédentes de telle manière qu'elles continuent à bénéficier des travaux de la communauté tripartite sans qu'une intégration trop grande risque de conduire, en sens inverse, à une diffusion vers la communauté de ses activités nationales spécifiques.

Cet objectif semble pouvoir être tenu par la mise dans une filiale unique des Divisions Opérationnelles ci-dessus, de telle sorte que la CII en conserve le contrôle et puisse veiller à la nature et à la qualité des échanges entre cette filiale et le reste du dispositif.

2. Enfin, un problème très important doit également être pris en considération : il s'agit de celui qui concerne la location du matériel de gestion de l'association.

La Convention de 1971 a résolu ce problème par la création d'une société de leasing spécialisée, la CILOMI, dont le Capital appartient pour 50 % à la CII et pour 50 % à son pool bancaire, et qui pratique avec notre compagnie un système de lease-back qui laisse à la CII les risques des retours prématurés de matériels en garantissant donc aux actionnaires des conditions de rentabilité satisfaisantes.

Les perspectives de développement de l'association conduisent à envisager des chiffres d'affaires très élevés avant la fin de la présente décennie et posent le problème des capitaux nécessaires pour la mise en leasing des appareils.

Il semble qu'il soit nécessaire d'envisager, dès maintenant, des solutions communautaires à un tel problème qui dépasse le cadre des frontières françaises, non seulement dans les pays des associés de la CII mais aussi dans leurs applications étrangères.

Une telle organisation internationale paraîtrait devoir disposer d'une assiette suffisamment large et suffisamment solide pour faire appel à l'épargne publique.

Il semblerait que l'intérêt des organismes français participants à la CILOMI puisse les pousser à rechercher la solution de ce problème sur le plan européen.

 

VI – Besoins CII en capitaux propres, subventions et crédits d’études jusqu’au 1/1/76

 

Nous ne donnons, par simplification, que la conclusion de ce chapitre.

En résumé, le tableau suivant rassemble les besoins de la CII en capitaux propres, subventions et crédits d'études pour les exercices 1973 - 1974 et 1975 :

 

1973 1974 1975
Capitaux Propres 40 M  45 M 55 M
Subventions   10 M  25 M 35 M
Crédits d'Etudes  155 M 200 M 230 M

     Les montants suivants peuvent être considérés comme inclus dans la Convention actuelle :

Capitaux Propres 30 M 35 M -
Subventions  10 M 10 M 10 M
Crédits d'Etudes 140 M  126 M

-

  Les sommes nécessaires qu'il convient de dégager sont donc les suivantes :

Capitaux Propres (1)       10 M     10 M 55 M
Subventions (2) - 15 M 25 M
Crédits d'Etudes (3) 15 M 74 M 230 M

  Compléments aux chiffres de l' Année non chiffrée -Convention dans la Convention-

Nota :
(1) Les Capitaux Propres ci-dessus ont été calculés en considérant que l'IDI accepterait la conversion de ses obligations.
Leur montant correspond ainsi au maintien d'une proportion convenable des capitaux propres aux emprunts dans le Bilan de la Compagnie.

(2) Les Subventions à dégager sont calculées en admettant que les crédits d'aide à l'exportation prévus à la Convention sont transformés en subvention non remboursable pour le solde actuellement non couvert par l'assurance prospection.

(3) Aucune révision de prix sur les marchés d'études de la Délégation depuis 1970 n'a été introduite dans les comparaisons ; or, il est bon de tenir compte, dans l'appréciation des nouveaux besoins, des estimations suivantes :

Révisions en 1971-1972 30 M (base 7,50 % l'an)
Révisions en 1973 31 M
Révisions en 1974 43 M
Montant révisé en 1975 184 M
------------
Total 288 M

à comparer avec les 319 M de la dernière ligne du dernier tableau (15 + 74 + 230).

On voit que les crédits demandés restent, à francs constants, d'un montant analogue à ceux qui ont constitué la base du Plan Calcul 1971.

19 avril 1973 : mémorandum interne CII faisant le point sur l’organisation de l’association CII / SIEMENS / PHILIPS.

1. Au cours des longues négociations qui se déroulent depuis 15 mois, la structure de l'association future a été mise au point. Si un accord est intervenu à ce sujet, il s'avère très difficile de régler les modalités et l'échéancier de la période transitoire qui doit y conduire.

Les difficultés majeures proviennent de PHILIPS pour les raisons suivantes :

- PHILIPS estime que la holding ne doit pas être considérée comme une société dépendant du "Standing Council" au même titre que la société commerciale et la société de programme et gestion commune.

Le Conseil de cette société doit, à ses yeux, constituer la Supervisory Board auquel participent les autorités suprêmes des compagnies-mères SIEMENS, PHILIPS et CII.

- La génération d'ordinateurs moyens P 1000 actuelle de PHILIPS ne doit pas être poursuivie, le catalogue X n'étant pas compatible avec elle. Pour des raisons commerciales et pour des raisons de charges industrielles, PHILIPS déclare être obligée de poursuivre sa commercialisation aussi longtemps que possible et ceci en concurrence avec ses deux partenaires, ce qui bloque la constitution d'une véritable action commerciale commune jusqu'en 1975.

- Pour des raisons sociales ou pour des raisons de prestige, PHILIPS ne peut accepter de transférer son personnel commercial à une société qui ne serait pas une société commune.

Une opération dans le genre de celle qui a été organisée entre SIEMENS et CII en janvier n'est donc pas possible.

 

2. Nous avions pensé que ces difficultés pourraient être tournées et que la réunion du 25 avril entre les Présidents des trois compagnies les réglerait.

Or, SIEMENS vient de présenter hier un nouveau projet d'organisation accompagné d'un échéancier de mesures.

On peut se demander les raisons qui poussent SIEMENS à reprendre complètement les termes d'un accord dont les seules modalités d'application étaient en cause.

Il semble qu'il faille chercher l'explication de ce changement d'attitude dans les travaux récemment faits chez SIEMENS comme à la CII sur les conséquences de l'application de l'accord tripartite sur les affaires de la compagnie :

- L'obsolescence de la série 4004 actuelle accompagnée de retours de clientèle beaucoup plus élevés que prévu.

- L'absence de produits de la ligne X avant 1975 malgré des efforts considérables pour hâter la sortie du nouveau catalogue.

- La nécessité de prolonger la vie de la ligne 4004 par une génération intermédiaire et le désir de conserver intégralement la conduite commerciale des affaires correspondantes.

Par ailleurs, d'autres motifs peuvent expliquer le changement proposé :

- Le sentiment que le découpage des fonctions communautaires en trois sociétés venant s'ajouter aux centres de décisions nationaux conduit à une structure très compliquée où les risques de conflit sont importants.

- L'éloignement des organismes communautaires provoquant des difficultés de liaisons qu'il faudra régler en tout état de cause par des réunions au sommet qui rassembleront finalement les autorités responsables des compagnies nationales.

- Enfin, la conviction que l'association aboutira, tôt ou tard, à une fusion générale et qu'il vaut mieux en faire clairement l'objectif final.

3. Le projet de SIEMENS se décompose en quatre étapes :

– En 1973/1974, la structure de chacune des compagnies participantes reste la même ; celles-ci conservent leur autonomie et leur pleine autorité sur les filiales étrangères.

Les accords techniques et industriels passés restent valables ; des accords commerciaux locaux interviennent chaque fois qu'il est possible.

En France, en Allemagne et en Hollande, une société Unidata est réalisée ; ces trois sociétés restent vides, elles reçoivent chacune les mêmes trois Directeurs représentant les compagnies-mères et servent de lieu de concertation.

– En 1975/1976/1977, est créée une Société Internationale de Ventes à l'Étranger, à laquelle sont apportées toutes les filiales étrangères des compagnies et toutes les agences, sauf celles qui concernent l'informatique de bureau. La Société de Commerce International devient donc propriétaire de tous les moyens commerciaux de l'association, sauf en France, en Allemagne et en Hollande et sauf en ce qui concerne l'informatique de bureau.

Par ailleurs, sur leurs territoires nationaux, CII, SIEMENS et PHILIPS, filialisent leur action commerciale dans des sociétés portant les noms ; Unidata CII, Unidata SIEMENS et Unidata PHILIPS, en prenant des participations réciproques les unes chez les autres.

– En 1978/1979, les trois compagnies-mères apportent à leur société Unidata nationale, leurs moyens techniques et industriels. Il existe alors en France une seule société Unidata France CII, comme en Allemagne, Unidata Allemagne SIEMENS et en Hollande, Unidata Hollande PHILIPS.

A la même période, PHILIPS apporte à la Société de Commerce International toutes ses filiales et agences étrangères concernant l'informatique de bureau.

– En 1980, les quatre compagnies Unidata, française, allemande, hollandaise et internationale, sont fusionnées dans UNIDATA CORPORATION.

4. Ce schéma va faire l'objet d'une étude sérieuse à la CII.

A première vue, il a le mérite d'être clair, progressif et réaliste. Toutefois, il laisse dans l'ombre les problèmes que poseront pendant la période transitoire la coordination technique et la coordination industrielle, ainsi que l'organisation de la planification et du contrôle de gestion d'ensemble.

Le schéma proposé devrait donc être complété au moins d'un Secrétariat Général du Standing Group créé dès la phase 1, et rassemblant les fonctions de la société PPG/EFG du projet actuel.

L'existence d'un tel Secrétariat Général et sa localisation à Paris vont probablement constituer un test des intentions de SIEMENS ; en cas de refus, on pourra penser que le mobile allemand est surtout de faire disparaître cet organisme dont l'importance n'était pas apparue à l'origine aux yeux de SIEMENS qui avait seulement revendiqué le centre de l'action commerciale internationale à Munich.

Par ailleurs, il faut aussi mentionner que le nouveau projet fait disparaître la distinction entre la holding financière recevant les participations des trois partenaires et la société de management commerciale, responsable opérationnel. Ce schéma permettait d'accepter des participations inégales dans la holding (personne ne devant cependant avoir plus de 50 %), la société de management commerciale étant créée sur la base de 33 % pour chaque partenaire.

Cet élément était très important car l'organisation proposée était considérée comme devant se prolonger d'une manière indéterminée ; le nouveau projet aboutissant à une fusion générale, cet élément perd de son importance à condition que la période transitoire ne soit pas trop longue.

Finalement, à condition que l'existence, les fonctions et la localisation d'un Secrétariat Général soient admises, on peut dire que le seul problème fondamental que pose le nouveau projet est la détermination clairement affichée d'aboutir à une véritable fusion avant la fin de la présente décennie.

avril 1973 : rencontre entre le Dr Bernhard Plettner, président de Siemens, et Ambroise Roux au siège de la CII à Rocquencourt. But de la réunion : détendre l’atmosphère. C’est un échec.

1er mai 1973 : date d’application de la " Note procédures et circuits numéro 018 " qui vient d’être publiée le 20 avril sous la signature de P. Guichet, Directeur Général adjoint, C. Lhemann étant le responsable de sa mise en service.

Sommaire de cette NPC :

Mise en vigueur d’une nouvelle procédure et de nouveaux circuits pour la gestion des produits sur toute leur durée de vie.

Définition des phases de vie d’un produit. Description des actions à entreprendre et des documents à produire pour chaque phase. Définition de la procédure de revue.

Nota : il s’agit bien évidemment de la procédure " Cycle de vie d’un produit ", qui est introduite à CII sous l’impulsion d’anciens d’Honeywell Bull.

9 mai 1973 : nouveau mémorandum interne CII sur la situation des négociations.

Depuis la réunion intervenue le 2 mai à Paris, au niveau des Présidents, le Groupe de travail s'est réuni pour rédiger le texte de l'accord définitif, conformément aux dispositions adoptées d'un commun accord.

Ce groupe de travail s'est séparé hier, 8 mai, après avoir constaté des divergences fondamentales qui ne peuvent relever d'un simple malentendu.

Les deux points en cause montrent que nos partenaires ont réfléchi et sont revenus sur les positions prises :

1 En ce qui concerne l'organisation future, SIEMENS revient à l'existence de trois Sociétés Unidata, en France, en Allemagne et en Hollande, comportant trois Directeurs Généraux appartenant à chacune des firmes, ces trois mêmes Directeurs Généraux étant co-responsables des trois Sociétés.

Dans chaque Société, une autorité serait en charge de chacun des problèmes commerciaux, techniques, économiques et financiers.

Chacune des Sociétés ne pourrait donc agir qu'en association avec les deux autres ; seule concession à l'homogénéité : la Présidence d'un Directeur Général pour chacune des fonctions énumérées ci-dessus.

Chaque Directeur Général ayant un droit de veto, on retrouve la règle de l'unanimité.

Ce schéma diffère de celui qui avait été présenté par PHILIPS, commenté par moi et clairement accepté par SIEMENS en ce sens que les Directeurs Généraux ne pouvant disposer du don d'ubiquité, se verront chacun en ce qui les concerne chargés en pratique de préparer et de traiter les questions d'une même famille : en France, le Directeur Général français se voyait présider aux questions techniques et industrielles et aux problèmes de planification et de gestion ; pour ce faire, il disposait dans le cadre d'Unidata France de moyens plus lourds que les autres chargés de rassembler les informations et de préparer les rapports et les décisions.

Manifestement, SIEMENS et PHILIPS, qui ont commencé par revendiquer la conduite du commerce et des finances, découvrent tardivement, que le poids du reste, laissé à la France, risque de prendre un caractère prédominant. Ils cherchent donc à diffuser chacune des fonctions au travers des trois Sociétés Unidata.

SIEMENS se prête d'autant plus volontiers au jeu que la conduite des filiales commerciales ne pourra se passer d'un état-major central ; PHILIPS de son côté pense que la conduite des affaires financières l'amènera progressivement à contrôler les affaires économiques, c'est-à-dire la gestion de l'association.

C'est bien Unidata France qui souffrirait le plus de ce nouveau projet, par affaiblissement et quasi-disparition des notions qui avaient conduit à créer PPGEFG.

Nous estimons inacceptable la nouvelle position de SIEMENS, mais nous serons peu soutenus par PHILIPS, qui y voit, comme je l'ai indiqué plus haut, la possibilité de renforcer son influence.

 

2. Le deuxième point concerne l'annexe relative aux domaines de l'association.

Le texte initial, conforme à notre politique, prévoyait l'exclusivité de la ligne commune de produits pour les trois partenaires ; ainsi cette exclusivité était attachée aux machines de bureau, domaine réservé à PHILIPS. Cette disposition est combattue par CGE qui voudrait pouvoir bénéficier de droits équivalents à PHILIPS au cas où elle déciderait de s'introduire dans le domaine des petits calculateurs autonomes de gestion.

Cette demande de la CGE est impossible à satisfaire sans rompre les négociations, car elle revient à exclure PHILIPS de l'accord.

Par contre, le texte que nous avons approuvé prévoit que les terminaux utilisés par l'association ne feront pas partie d'une liste exclusive ; ceux-ci pourraient être choisis indifféremment parmi les petits ordinateurs de la ligne de produits et parmi les équipements des autres divisions des partenaires ou des Maisons-Mères de la CII.

Cette Position, défendue par SIEMENS et CII, était attaquée depuis quelque temps par PHILIPS qui estimait anormal qu'une association disposant d'un catalogue ne cherche pas en priorité à l'utiliser dans toutes ses applications possibles. SIEMENS et CII ayant l'une et l'autre des petits ordinateurs d'automatisme, extérieurs au domaine de l'association, avaient maintenu jusqu'à présent une parfaite cohésion.

Sur les demandes instantes de la CGE et malgré mes réserves, le problème des terminaux a fait l'objet de deux réunions des Maisons-Mères avec les représentants de PHILIPS et de SIEMENS ; à cette occasion, nos deux partenaires ont pris une meilleure conscience de l'importance du problème et du rôle que les Maisons-Mères estimaient devoir jouer.

Au cours de la réunion du 8 mai, pour la première fois, nous avons vu SIEMENS et PHILIPS aligner leurs positions sans ambiguïté de la manière suivante :

" Les Maisons-Mères de la CII ne sont pas signataires de l'accord tripartite envisagé. Il n'est pas possible de leur accorder le même statut qu'à SIEMENS, PHILIPS et CII, qui prennent dans cet accord de multiples engagements et acceptent de nombreuses contraintes.

Les produits à retenir comme terminaux par l'association doivent entrer dans le cadre de l'activité supply centers. "

Cette formulation permet probablement d'inclure dans le catalogue des terminaux autorisés des machines comme le Mitra 15 qu'on peut présenter comme faisant partie des activités des supply centers français.

Il en est de même pour des produits analogues de PHILIPS et SIEMENS mais il devient impossible de prendre en compte les terminaux de la Maison-Mère de CII.

Cette prise de position de nos deux partenaires est grave car elle exprime clairement une évidence que la CII s'était efforcée de dissimuler depuis de nombreux mois.

Nous avions réussi, dans le texte mis au point en décembre à faire passer les exigences françaises sans attirer l'attention de nos partenaires ; la prolongation des débats a permis à PHILIPS tout d'abord, puis à SIEMENS de mesurer l'importance de l'enjeu pour l'association, l'importance des ambitions françaises et l'anomalie que constituait l'existence de ces ambitions en l'absence d'une participation des Maisons-Mères de la CII à la totalité de l'accord tripartite.

On peut d'ailleurs se demander si cette participation, dont il n'a jamais été question jusqu'à présent, pourrait être jugée acceptable par nos partenaires.

15 mai 1973 : augmentation du capital.

La capital de la CII qui était de 166 726 400 francs a été porté, le 15 mai, à 187 026 400 francs.

La nouvelle répartition du capital est la suivante :
- Fininfor :                                 62,1 %
- Schneider SA :                      16,5 %
- IDI :                                          19,2 %
- Mines de Kali Ste Thérèse : 2,2 %

 

17 mai 1973 : en l’absence de J.P. Brulé, en voyage, Maxime Bonnet est reçu au ministère de l’industrie, suite à un appel du directeur de cabinet du ministre demandant à rencontrer Bull.

Un conseiller technique lui déclare que " le ministre estime qu’il ne convient pas de continuer la construction de l’informatique européenne sans écouter ce que CHB a à dire, ni envisager même comment elle pourrait en faire partie ".

Il pose quatre questions qui témoignent de la préparation approfondie de l’entretien et d’un intérêt réel :

- Honeywell accepterait-il une prise de participation de CMB dans son propre capital ?

- Honeywell accepterait-il de regrouper l’Italie et l’Angleterre sous la tutelle de Bull ?

- Honeywell accepterait-il de devenir minoritaire chez Bull, par suite de l’entrée d’autres constructeurs nationaux ou européens ?

- enfin, quel schéma Bull propose-t-elle pour l’avenir de l’informatique nationale, et quelles sont ses motivations propres ?

Un conseiller technique insiste pour que J.P. Brulé voit à son retour son directeur. L’entrevue a lieu en juin et le directeur de cabinet y prend une position plus dure, se demandant notamment comment Bull pourrait s’associer à Unidata et posant en préambule qu’Honeywell devait devenir minoritaire.

9 juin 1973: article paru dans Le Monde (signé Nicolas Vichney).

L'industrie européenne prend forme
La C.I.I., Siemens et Philips s'apprêtent à signer un accord pour produire en commun des ordinateurs.

Les négociations entreprises par la Compagnie Internationale pour l'Informatique (C.I.I.), Siemens et Philips pour constituer en commun une industrie européenne des ordinateurs sont sur le point d'aboutir, après bien des difficultés… Un accord définitif entre les trois firmes ne saurait cependant être annoncé avant le début de juillet. La longueur de ces négociations tient pour une bonne part au désir des trois partenaires d'étudier dans tous leurs détails les modalités de leur future coopération. Mais d'autres facteurs sont intervenus, par exemple des divergences de vues au sein des entreprises ou entre leurs actionnaires.

Lorsqu'elles envisagèrent de mettre en commun leur production et leur vente d'ordinateurs, la CII et Siemens eurent pour objectif d'établir un catalogue commun et de fusionner leurs réseaux commerciaux. Les difficultés purent donc être surmontées sans trop de mal. Il n'en fut pas de même pour l'introduction d'un troisième partenaire, Philips.

En effet, les situations de la CII et de Siemens présentaient quelques analogies : toutes deux disposaient pour leur production d'ordinateurs d'une assise nationale assez solide. En revanche, leur implantation à l'étranger n'était pas satisfaisante. Enfin, elles bénéficiaient du soutien de leurs gouvernements respectifs. La position de Philips était toute différente : la firme hollandaise ne disposait pas, dans son propre pays, d'une audience particulière, mais la puissance de son réseau à l'étranger n'était plus à démontrer.

Neuf machines différentes

L'accord " technique " a été relativement facile. La CII et Siemens étaient déjà convenus de se partager la réalisation des cinq ordinateurs de la future gamme qu’ils se proposaient de construire et de vendre en commun ; Philips s’orientant plutôt vers des machines " de bas de gamme " – des petits ordinateurs – il trouva sa place sans trop de mal. Il est acquis que les trois partenaires proposeraient à la clientèle neuf machines. La gamme proprement dite en comprendrait six : dans l’ordre des puissance croissantes, X 0 (Philips), X 1 (Siemens), X 2 (CII), X 3 (Siemens), X 4 et X 5 (CII). S’y ajouteraient, réalisés par Philips, l’équivalent d’un système 3 d’IBM et deux ordinateurs de bureau.

Le choix de la date à laquelle ces divers ordinateurs seraient mis sur le marché a été plus difficile. La divergence tenait à l’âge des matériels dont les trois firmes disposent actuellement. La série Iris de la CII étant relativement nouvelle, la firme française désirait en prolonger la vie, et, donc, retarder le moment où la nouvelle gamme ferait son apparition. La situation des Allemands était toute différente : leur série 4004 date et ils se montraient désireux de la remplacer rapidement. Même préoccupation de la part des Hollandais dont les ordinateurs de la série P 1000 n’avaient réussi, en dépit de leur mérite, qu’à faire une bien discrète apparition sur le marché.

La négociation sur la mise en place d’un réseau commercial commun fut autrement laborieuse. Il fallait, en effet, définir la part que chacun détiendrait dans les firmes qui auraient, dans chaque pays, à commercialiser les matériels. L’accord CII – Siemens stipulait que chacun des deux partenaires prendrait en main, avec une participation majoritaire, l’organisation de vente dans son propre pays. Le cas des autres pays se discuterait en fonction de l’importance respective de l’implantation des deux partenaires. Une telle formule devenait pratiquement inapplicable avec un troisième partenaire bénéficiant partout d’une forte assise commerciale.

On s’est donc orienté vers la recherche d‘une solution d’ensemble. Diverses formules ont été examinées. Celles qui furent plus particulièrement étudiées conduisent à des structures originales visant à préserver les apports de chacun des partenaires et à harmoniser leurs activités techniques et commerciales.

L’accord n’a pu se faire qu’après bien des discussions. Certaines des difficultés résultaient du désir de Philips de conserver à ses filiales à l’étranger des situations particulières. D’autres ont été posées par le partenaire allemand, qui a été l’objet de certaines propositions d’un groupe américain, celui-là même qui a repris une partie des activités de la firme RCA, dont Siemens avait la licence. Quelque désireux qu’ils aient été d’aboutir rapidement, les représentants de la grande firme de Munich eurent donc, et parfois inopinément, à infléchir leur attitude.

Une affaire de téléphone

La CII aussi a posé des problèmes. Là, des divergences de vues ont été cette fois le fait des deux principaux actionnaires du holding, la FININFOR dont elle relève.

Le groupe Thomson et la CGE avaient réparti leurs zones d’influence respective : au premier, par exemple, le leadership en matière d’ordinateurs, au second la direction des opérations pour tout ce qui concerne le téléphone… Mais la CGE craint que le groupe Thomson ne s’intéresse maintenant au téléphone.

Or la CII se trouve directement mêlée à certains aspects des développements à venir de l’industrie téléphonique française. Car elle fabrique un calculateur spécialisé qui est la pièce maîtresse du nouveau système de commutation électronique dans lequel la CGE met ses espoirs. Puisque la CII tend à se rapprocher d’autres firmes, puisque ces autres firmes, Siemens notamment, s’intéressent au téléphone, ne faudrait-il pas craindre que le calculateur spécialisé ne franchisse les frontières pour se retourner ensuite contre celui qui en avait passé la commande le premier ?

D’autres facteurs ont encore joué un rôle du côté français : récemment, le groupe Honeywell-Bull avait fait savoir qu’il était intéressé par l’idée de jouer les fédérateurs et de regrouper les divers constructeurs européens d’ordinateurs. Cette démarche n’avait de chance d’aboutir qu’avant la conclusion d’un accord entre la CII, Siemens et Philips. Il aurait été étonnant, dans ces conditions, que l’initiative du groupe Honeywell-Bull ne trouve pas un soutien chez ceux qui pouvaient, pour d’autres raisons, redouter le rapprochement franco-germano-hollandais. Mais les conversations entre les trois firmes étaient déjà trop avancées pour que l’on puisse envisager de faire machine arrière et, à Paris, l’idée de la coopération européenne était suffisamment ancrée dans les esprits pour l’emporter.

26 juin 1973 : réunion chez Jean Charbonnel, nouveau ministre de l’Industrie.

Michel Barré accompagne Paul Richard pour présenter à Jean Charbonnel l’accord Unidata en passe de signature.

Le président de Thomson précise à cette occasion que la CGE faisait des réserves sur cet accord. Jean Charbonnel approuve oralement l’accord qui lui est présenté, il ne fait aucune réserve et en autorise la signature.

 

26 juin 1973: réunion du conseil de Fininfor.

Ce conseil est orageux. La CGE enregistre la position du ministre de l’Industrie et ajoute : " le gouvernement a son opinion ; mais nous, nous sommes une société à capitaux privés. Aussi tenons-nous à déclarer que nous sommes opposés au schéma. Libre à Thomson, qui est majoritaire au sein de Fininfor, de penser différemment ".

Déclaration faite par M. Barré au Conseil FININFOR du 26 juin 1973.

Le texte de l'accord tripartite et documents associés qui a été négocié par la CII tient compte des intérêts des Sociétés-Mères de la manière suivante :

1. Le texte de l'accord ne mentionne en aucun point les Maisons-Mères de la CII, leur laissant ainsi, du fait qu'elles ne sont pas signataires de l'accord, leur entière liberté d'action dans le cadre de la Convention Plan Calcul qui les unit.

2. L'annexe I définit le domaine informatique de l'accord sous son aspect technique et sous son aspect commer-
cial :

- Sous son aspect technique, elle précise qu'il concerne la ligne de produits commune lorsqu'ils sont utilisés dans les applications de gestion et/ou de calcul scientifique.

Tous les ordinateurs universels utilisés à d'autres fins sont donc exclus de l'accord, ce qui réserve en particulier les machines destinées aux automatismes.

Ce domaine technique définit la ligne de produits commune dont l'usage par les partenaires sera exclusif ; cette ligne comporte un catalogue d'ordinateurs et de périphériques lourds spécifiquement désignés ; il est indiqué que les ordinateurs de cette ligne commune n'entrent dans le domaine technique qu'au titre de leur fonction principale, c'est-à-dire dans le cadre de systèmes de gestion autonomes.

Cette réserve indique clairement que l'utilisation des plus petits de ces ordinateurs comme terminaux n'est pas considérée comme incluse dans la ligne commune de produits.

Il est enfin mentionné que le domaine technique informatique ne couvre ni les machines à calculer, ni les calculateurs hybrides et analogiques, ni les composants, ni les sous-ensembles, ni les produits informatiques spécialisés. L'énumération est complète et protège sans ambiguïté les intérêts des Sociétés-Mères dans l'usage des ordinateurs à des fins extérieures à la gestion et au calcul scientifique.

– Sous son aspect commercial, elle précise que le domaine comporte d'abord les produits du domaine technique (catalogue de vente de base), auquel viennent s'ajouter des produits extérieurs pour lesquels n'existe aucune obligation d'emploi.

Les trois partenaires restent donc libres d'employer pour ces produits de péri-informatique, qui comportent

3. L'annexe IV est réservée à l'échange de licences de brevets et d'informations techniques. Cette annexe, constitue un accord en lui-même et il est dûment précisé en son début que le terme accord utilisé dans cette annexe s'attache uniquement, sauf mention particulière, à l'annexe IV elle-même.

Cette annexe mentionne les Maisons-Mères de la CII qui se trouvent donc engagées de ce fait dans des dispositions limitées à l'utilisation de leurs brevets ou de leur savoir-faire par l'Association.

4. La lettre d'accompagnement jointe à l'accord prévoit que l'Association recherchera là mise au point d'une politique commune dans le domaine des produits et systèmes extérieurs au domaine technique informatique au cours de groupes de travail où seront invités les Maisons-Mères de la CII.

Cette disposition donne donc aux Compagnies-Mères la garantie qu'une politique commune dans le domaine des terminaux ne pourra être mise au point en dehors d'elles.

CONCLUSIONS

Dans l'état actuel des choses, si l'on excepte l'annexe IV réservée aux problèmes de licences de brevets et de savoir-faire, l'accord tripartite laisse aux Maisons-Mères de la CII une totale liberté d'action dans le cadre de la Convention Plan Calcul.

La mise au point ultérieure d'une politique commune à l'Association, en matière de péri-informatique, ne pourra intervenir qu'avec leur participation.

Les décisions de l’Association devant être prises à l'unanimité, les intérêts d'une des Maisons-Mères ne pourraient donc être contrariés qu'au cas où les participants français ne tomberaient pas d'accord sur une position commune.

28 juin 1973 : conférence de presse annonçant la création du Club de la Péri-Informatique française.

Au cours de cette conférence, Maurice Allègre, délégué à l’Informatique, en réponse à un journaliste, déclare qu’il n’y a aucune raison de supposer que la péri-informatique française puisse subir une concurrence déloyale de la part de l’accord en préparation CII, Philips, Siemens.

- Un nouveau président au cercle des utilisateurs

M. Jean-Paul Gravot, directeur adjoint à EDF-GDF, chef du service de traitement de l’information, a été élu président du Cercle des Utilisateurs de la CII. Il succède à M. Raymond Moch qui devient président d’honneur du Cercle des Utilisateurs.

 

M. Gaudfernau représente la CII au SFIB et à la COTTI

M. Gaudfernau a été nommé vice-président du SFIB, Syndicat national des fabricants d’ensembles d’informatique et de bureau. Il était déjà président de la COTTI (Commission du traitement et de la transmission d’information). La COTTI est une commission intersyndicale qui fonctionne au profit du SFIB et du SPER (Syndicat des industries de matériel professionnel électronique et radioélectrique). L’activité de ces deux syndicats porte sur l’économie des différents secteurs professionnels, l’orientation des marchés, la politique des prix, les relations avec la COPEP (Commission permanente de l’électronique au Plan), etc. La COTTI a notamment pour mission de procéder aux études de définition de nomenclature ainsi qu’aux analyses statistiques et prévisionnelles des marchés intéressant la profession. Elle effectue chaque année une enquête officielle sur la situation du parc d’ordinateurs au 1er janvier et les perspectives d’évolution du marché.

2 juillet 1973 : communication de M. Michel Barré, PDG de la CII, aux cadres supérieurs.

Nous donnons ci-après de larges extraits de cette communication :

Bonjour Mesdames, Bonjour Messieurs.

Après dix-sept mois de négociations, nous touchons au but : nous sommes arrivés à un accord satisfaisant avec nos confrères étrangers Siemens et Philips ; et la signature de l'accord qui est attendue par tout le monde, et par la presse en particulier, est maintenant imminente. Je suis venu vous parler de cet accord, vous l'expliquer et vous en montrer les mécanismes.

Tout d'abord je voudrais vous rappeler que la CII est née dans le cadre d'un Plan Calcul signé en avril 1967, renouvelé en 1971, repartant d'ailleurs du 1er janvier 1970.

Le premier objectif du Plan Calcul était évidemment de créer en France une industrie française de l'informatique, qui soit sous contrôle français et qui donne au pays, au gouvernement, la garantie qu'il resterait sur son sol une activité complète et homogène.

Ce Plan Calcul nous fixait la mission de réaliser un catalogue complet d'informatique moyenne et grande, et nous imposait un chiffre d'affaires croissant avec les années dans une proportion annuelle que certains ministres avaient d'ailleurs trouvée un peu juste, et que nous avons toujours eu tendance à trouver assez difficile à suivre.

Jusqu'à présent ces conditions ont été tenues. La CII existe, c'est une société française, toutes ses activités cohérentes sont sur le territoire français, elle a un catalogue complet conforme à ce qui avait été demandé, et le chiffre d'affaires a suivi avec une grande précision le chiffre d'affaires qui était prévu à la convention.

Un dernier point de cette convention plan calcul est à retenir : il avait été prévu dès 1970 que la Direction Générale de la CII devait s'efforcer d'insérer celle-ci dans une alliance internationale destinée à consolider sa position, en particulier hors du marché français. Pourquoi cette clause, qui en 1970, quand elle a été négociée, n'était peut-être pas encore dans l'esprit de beaucoup de gens, au gouvernement et ailleurs ? Parce qu'il était déjà sensible qu'une CII construite strictement sur un modèle national, ne s'appuyant sur rien d'autre comme base de départ que le pays, risquait fort de ne pas atteindre le niveau mondial d'une grande entreprise d'informatique.

[…] Par conséquent, une alliance internationale permettant d'élargir le marché était absolument indispensable et était déjà perceptible il y a plusieurs années. Il faut ajouter, en plus, que les caractéristiques de notre métier vont dans le même sens : d’une génération à l'autre, nous constatons que les études, les développements, les outillages sont de plus en plus chers, alors que la fabrication est de plus en plus modeste. Par conséquent, le prix de revient final de nos produits est d’autant plus élevé que nos séries sont courtes, puisqu'il s'agit d'amortir des dépenses de préparation sur la sur la production. On a beau faire des efforts de productivité, redoubler sur la production, on a tout de même peu de chances d'arriver à compenser l'augmentation des dépenses qu'on peut qualifier de préparatoires. Vous voyez que tout conspire a ce que les gros soient favorisés par rapport aux petits.

Et faire croître la CII dans cette ambiance à partir de zéro était une chose difficile. Ce n'est pas encore une chose plus facile aujourd'hui que ce l'était il y a quelques années. Si on ne faisait rien, si on ne cherchait pas une solution sous forme d'un accord international, il faut le dire franchement, nous serions partis pour vivre avec un plan calcul pour toujours.

[…] Nous avons donc, dès la signature de la convention en juillet 1971, cherché des partenaires possibles. Il y en avait en Europe, aux Etats-Unis, au Japon. Nous avons fait le tour.

En Europe, on peut énumérer ICL, Siemens, Philips, Nixdorf, Telefunken, etc.

- Nixdorf a été éliminé tout de suite car il ne travaille pas dans le domaine de l'informatique moyenne et grande. C'était là ou se trouvait le grave problème que nous avions; par conséquent il a été écarté.

– Telefunken : des contacts ont été pris avec Telefunken qui travaille surtout dans le domaine des gros ordinateurs temps réel, process, calculs scientifiques... Aucun réseau de vente international, ce n'était pas non plus un partenaire qui vraiment nous apportait ce que nous cherchions.

- Les trois qui apportaient quelque chose étaient : ICL, Siemens, et Philips.

Aux États-Unis, des contacts ont été pris avec pas mal d'entreprises :

- La première à laquelle nous avons pensé est XDS. La CII est née d'une licence avec SDS ; il y avait donc en ce cas un patrimoine commun avec eux. Vous savez que les affaires de SDS étaient devenues très mauvaises et la société qui était une grosse société par rapport à la CII il y a cinq-six ans est devenue une petite société par rapport à nous, et elle n’était pas de nature à nous aider beaucoup ; de plus, c'est une société qui ne travaillait pas dans le domaine de la gestion, et qui ne nous apportait rien en matière de clientèle. Aujourd'hui, vous savez que SDS. a été absorbé par Xerox ; il est possible que nous fassions quelque chose ensemble, mais ce n'est pas dans le cadre de ce que je vais vous indiquer, à savoir une répartition des tâches et de l'action commerciale.

- Nous avons examiné également la possibilité de travailler avec Univac. Cela n'a pas été très loin ; la forme envisagée était une forme assez lâche, assez vague, essentiellement une collaboration de software. Nous avons interrompu.

- On ne peut pas ne pas mentionner Honeywell-Bull : il y a eu des contacts avec Honeywell-Bull également, au cours de l’année 1970, au moment où Honeywell a pris le contrôle de Bull. On a cherché à ce moment-là à réaliser une opération de fusion CII-Bull, avec une société américaine peut-être, mais à majorité française. Malheureusement, c'est une proposition dont les Américains n'ont pas voulu entendre parler. Et même si des déclarations sont faites qui font penser qu'on aurait pu l'envisager, nous dirons que nous étions d'accord, mais qu'il faut être deux pour un accord, et ce n'est pas à cause de nous qu'un rapprochement n'a pu avoir lieu. Donc, devant ce non, on a bien été obligé d'aller chercher ailleurs.

- Nous avons pensé également à Control Data, et nous avons essayé de faire quelque chose avec Control Data. J'y reviendrai tout-à-l'heure.

Du côté du Japon, des contacts ont été pris, vous le savez, avec Fujitsu et Hitachi, mais cela demandait un très long délai, il y a tellement de problème à régler chacun de notre côté, dans nos hémisphères respectifs. Une coopération interviendra peut-être, mais quand nous aurons mis de l'ordre dans nos maisons, en France d'un côté, et au Japon de l'autre.

Comme je vous l'ai dit c'est avec Control Data Corporation qu'une coopération nous a paru plus facile peut-être à mettre en route, parce que nous étions de gros clients de Control Data et parce que le Président de Control Data est extrêmement désireux d'avoir une politique internationale en Europe et une coopération qui ne soit pas purement commerciale.

Comme les Anglais étaient eux aussi en liaison étroite avec Control Data, nous avons créé en novembre 1970 Multinational Data, société d’études chargée de développer la coopération entre les trois partenaires, l'Américain, l'Anglais et le Français, ce qui était satisfaisant du point de vue européen car l'addition d'ICL et de CII faisait que le partenaire américain n'avait pas une puissance écrasante dans l'association. Malheureusement, Multinational Data n'a pas été très loin, comme vous le savez : il n'a pas été très loin essentiellement parce que nos amis anglais d'ICL étaient très avancés dans leurs études, absolument convaincus qu'ils détenaient la vérité, que les autres n'étaient que des enfants et qu'il n'y avait qu'une bonne solution, celle de nous aligner purement et simplement sur leurs conceptions. Même en faisant preuve de beaucoup d'humilité, il était impossible que la CII tire un trait sur sa clientèle, clientèle qui avait pris le risque de s'équiper en matériel CII au moment de la naissance de la société. […] C’était un risque que nous ne voulions pas prendre, et finalement nous n’avons pas été beaucoup plus loin dans les négociations avec les Anglais.

C'est alors que RCA a fait la culbute que vous savez et que Siemens avec qui nous avions eu des contacts mais qui était très contents de sa combinaison avec RCA, s'est brusquement trouvé isolé et très inquiet, puisqu'ayant construit une force commerciale importante, ils avaient tablé, sur le plan technique, entièrement sur l'accès au matériel RCA. Plus de RCA, ils étaient dans la nécessité de trouver une solution de remplacement au plus vite. Et ce sont les gens de Siemens qui, en août 1971, sont venus nous demander si nous voulions faire quelque chose ensemble. Cela tombait bien : depuis un mois, nous ne savions plus comment sortir de ces négociations avec ICL. Nous avons donc travaillé avec Siemens depuis le mois d'août jusqu'à janvier 1972, et en janvier nous avons pu signer un premier accord que je vous ai exposé, qui était un accord relativement facile à faire et qu'on peut résumer de la façon suivante : nous, en France, nous nous occuperons des affaires communes, vous, en Allemagne, ferez de même, et, dans le reste du monde, nous mettrons notre action commerciale en commun. C'est aussi simple que cela. Sur le plan technique, nous sortirons un catalogue commun de produits dans lequel il n'y aura plus de duplication ; ce catalogue devra être à la fois compatible avec nos matériels actuels et, évidemment, compatible en lui-même.

Dans les derniers jours des négociations, en décembre 1971, Philips, tenu depuis longtemps au courant régulièrement de nos efforts, s'est brusquement réveillé et a dit . "J'ai bien réfléchi, je veux marcher avec vous maintenant." On a examiné l'intérêt que pouvait représenter la candidature Philips et nous avons considéré, Siemens et nous, que cet intérêt était grand. Il était grand d'abord parce que Philips avait fait des efforts, constitué des équipes valables dans le domaine technique et, par conséquent, si Philips ne se joignait pas à nous, il y avait des chances de voir Philips s'associer avec un autre confrère, ICL par exemple, et par conséquent de le voir constituer un groupe européen concurrent.

[…] Et c'est ainsi que nous avons repris en février 1972 les négociations avec Philips. Ces négociations devaient être plus difficiles, pour beaucoup de raisons – je crois que je vous les ai. déjà énumérées. Philips n'a pas de Plan Calcul, d'abord, ce qui fait qu'il n'a pas de liens avec son gouvernement de même nature que ceux que nous pouvons avoir, ou que les Allemands peuvent avoir. Il n'a pas de territoire national, c'est très important aussi : la Hollande est un petit pays et, par conséquent, pour Philips, la Hollande est un pays comme les autres. Et le poids commercial de Philips n'est pas du tout centré sur son pays national, alors que pour Siemens et pour nous, le plus clair de notre marché c'est quand même notre marché national. Il y avait donc une conception de l'organisation qui ne pouvait pas être la même. Enfin, on introduisait les petits calculateurs de bureau, et, la aussi, cela posait un certain nombre de problèmes.

C'est la raison pour laquelle les négociations ont été longues : il a fallu 17 mois pour y arriver, d'autant plus qu'il y a entre le moment où nous signerons cet accord et le moment où il sera cent pour cent appliqué une période transitoire qu'il est très difficile de mettre au point car les matériels n'ont pas le même âge, les conceptions des sociétés en matière d'organisation ne sont pas les mêmes. Il y a d'inévitables problèmes sociaux qui se posent, et tout cela doit être regardé.

 

Quelles sont maintenant les conditions de l'accord ? Comme je vous l'ai dit, les conditions de départ indiquées tout-à-l'heure ont été et sont strictement respectées.

D'abord, le maintien de la personnalité française pour nous ; c'est une chose certaine. Il s'agit d'une association, il ne s'agit pas d'une fusion, chacun des partenaires reste juridiquement isolé et responsable de ses affaires. C'est une association.

En plus, cette association, s'engage à maintenir sur le territoire de chacun des activités cohérentes ; autrement dit, cette association ne doit pas aboutir à ce qu'en France on ne fasse plus que des imprimantes, ou que des disques par exemple. Il s'agit d'avoir une activité cohérente, au moins pour les éléments principaux des systèmes informatiques.

Cet accord prévoit, bien entendu, la compatibilité du nouveau catalogue, quand celui-ci sortira. On passera d'une machine à la suivante, sans avoir à récrire des programmes. Il s'agit d'un catalogue entièrement compatible. Cette compatibilité est également assurée avec les machines précédentes des constructeurs. En ce qui nous concerne, les futures machines reprendront les programmes des machines IRIS, sans modification.

Cet accord prévoit un catalogue commun unique, sans duplication, et il prévoit effectivement un commerce unifié dans lequel il n'y a plus de concurrence entre les trois partenaires dans aucun pays.

[…] Seul. changement important pour nous, il y aura un nouvel interface périphérique commun qui interviendra ultérieurement, ce qui ne nous gênera pas pour transférer des programmes mais peut nous amener à gérer pendant un certain temps des parcs de périphériques avec des caractéristiques légèrement différentes.

Sans entrer dans le détail, nous dirons qu'il y a un programme de software considérable, que des modèles de SIRIS 2,3 et SIRIS 7,8 modifiés interviendront ; ils s’appelleront SIRIS 2 X, SIRIS 3 X, SIRIS 7 X, etc. Ces produits-là seront tels qu'on prendra les programmes écrits par exemple en SIRIS 2, marchant sur SIRIS 2, mais qu'ils seront adaptés au nouvel interface périphérique. Ultérieurement, il est prévu la sortie d'un nouveau système d'exploitation, qui sera alors un système d'exploitation unique, capable de reprendre les programmes de toutes les familles de produits.

Le catalogue lui-même comportera neuf machines ; ce chiffre, en principe, n'est pas officiel, ne sera pas annoncé dans la presse . Mais il y a eu une fuite, déjà, ce qui fait que ce chiffre est connu. Il y aura neuf machines ; sur ces neuf machines, il y a deux machines de bureau dans le bas de la gamme; puis un petit système dans le genre du système 3 d’IBM, puis six machines d'informatique moyenne qui seront entièrement compatibles.

Les machines de bureau et le petit système 3 relèveront de la compétence de Philips en matière de fabrication. Quant aux machines compatibles, les deux plus grosses machines incomberont à la CII, celle qui est juste en dessous à Siemens, celle qui est en dessous encore à CII, puis Siemens, puis Philips. Voilà la répartition des tâches. Nous aurons donc, dans cette gamme, à sortir trois machines. Trois sur neuf, c'est un pourcentage parfaitement équitable, mais, en réalité, comme vous pouvez le voir, c'est un pourcentage essentiellement avec des grosses machines et nous avons donc une tâche lourde. Il était assez normal que ce soit nous qui assumions cette tâche, puisque avec l’IRIS 80 c'est nous qui avons la plus grosse machine de l'association aujourd'hui, et, par conséquent, nous serons amenés, dans l'avenir, à utiliser l'expérience que nous avons de cette grosse machine et aussi à avoir de plus grands impacts sur la clientèle correspondante.

A côté de ce catalogue de neuf machines, unités centrales, il y a d'abord des périphériques lourds : bandes, disques, imprimantes, matériels de cartes, pour lesquels des dispositions identiques seront prises.

[…] En ce qui concerne ces périphériques lourds et les neuf machines du catalogue, il s'agit d'un catalogue de vente de base, c'est-à-dire d'un catalogue exclusif. Les trois partenaires, lorsqu'ils auront à utiliser des machines et des périphériques lourds, seront tenus d'utiliser ce catalogue, et seulement ce catalogue de base.

[…] Par contre, à côté de ces unités centrales et des périphériques lourds ,il y a beaucoup de matériel d'informatique qu'on appelle maintenant – c'est le nom à la mode – la péri-informatique, et qui touche les terminaux légers, les terminaux lourds, qui touche le matériel de transmission de données, les visualisations etc. Pour ces produits-là il n'y a pas de règle d'exclusivité. C'est un point important, car c'est un sujet qui a fait naître, et fait naître encore aujourd'hui, un certain nombre d'inquiétudes chez nos confrères français. Je le dis avec beaucoup d'honnêteté, chacun des partenaires reste libre d'utiliser les produits de péri-informatique qu'il désire, pour la réalisation de ses systèmes. […] Et ceci nous laisse en particulier une totale liberté d'utiliser nos Mitra 15 ; nous avons bien entendu l'intention de nous en servir.

Il s'agit d'un point important, comme je vous le disais, parce que les industriels français qui travaillent dans le domaine de la péri-informatique, quand ils ont su que Philips participait à l’accord, on ont tout de suite craint que la CII, avec l'appui du Plan Calcul, ne se tourne dorénavant rigoureusement que vers Philips pour tous les produits de péri-informatique, ou que l'association se fixe une règle d'utilisation exclusive de ses produits. Sur ce point, je vous le dis avec beaucoup d'honnêteté, ces craintes ne sont pas fondées. Il est prévu, bien entendu, que dans l'avenir nous chercherons à avoir une politique concertée, mais ces concertations interviendront plus tard, et dans les négociations correspondantes, nous serons amenés (je suis tranquille, le gouvernement y veillera) à sauvegarder les intérêts des petits industriels (ils ne sont pas tous petits, disons les industriels de la péri-informatique). C'est un point important.

Les dates d'annonce ont été fixées. Je ne vous les donnerai pas, évidemment, mais je vous dirai que ces dates d'annonce ne sont pas extrêmement lointaines.

[…] Il est bon de dire à cette occasion que, dès maintenant, nous commencerons à penser à la ligne d'après. Cette ligne de produits est homogène sur le plan du software, comme je vous l'ai dit, homogène sur le plan de la carrosserie, de la peinture de la marque, mais pas homogène sur le plan de la. technologie ; car chacun continuera à utiliser les études qu'il avait en cours pour les adapter au catalogue commun. Évidemment, on n'est pas reparti à zéro, par conséquent, les matériels ont des technologies différentes. Par contre, pour la, ligne d'après, celle qui sortira à la fin de la présente décennie, nous chercherons à avoir un catalogue construit a partir de technologies semblables. Dès à présent les technologues des trois compagnies, ainsi que les spécialistes des composants français, allemands et hollandais, ont pris contact et cherchent à prendre, si vous voulez, des lignes communes.

Il est entendu que les recherches et les technologies sont mises en commun, en particulier il y a un pool de brevets qui est constitué, et qui fait que nous pourrons utiliser librement dans nos machines les brevets de Philips et Siemens, et inversement. Cette licence étant évidemment exclusive et non transférable, c'est-à-dire que nous n'aurons pas le droit de passer une licence à quelqu'un d'autre d'un brevet de Siemens que nous utiliserons et inversement également. Cela parait évident.

Je vous ai rapidement parlé du problème de la compatibilité, du problème du catalogue. Je veux dire deux mots de la question de l’action commerciale.

Comme je vous l'ai dit, le principe c'est un seul organe de vente par pays, sauf cas particuliers. […] Quand l'organisation sera en place, il existera en France une société de vente chargée de vendre la moyenne et grande informatique et une société de vente chargée de la vente de l'informatique de bureau. Même chose en Allemagne ; en Hollande, par contre, aucune difficulté ne se présente et une société unique sera chargée de vendre les deux.

[…] Mais, en dehors de ces cas particuliers, la règle est très simple : tous les moyens commerciaux à l'étranger doivent être mis en commun dans une holding financière commune, de telle sorte que le réseau commercial international apparaisse non pas comme plutôt Siemens ou plutôt Philips, ou plutôt CII ; il apparaîtra commun. Il appartiendra à une holding. Cette holding commune aura en outre 20 % du capital des sociétés de vente en Allemagne, en Hollande et en France, pour marquer la communauté de politique des trois partenaires, et chacun des trois partenaires conservera, dans ces trois pays, sa responsabilité […].

J'en arrive à la question de l'organisation du commandement. En ce qui concerne le commandement, l'autorité suprême de l'association sera assurée par le conseil de l'association, qui rassemblera neuf personnes comprenant le Président de Siemens lui-même avec deux adjoints, le Président de Philips et deux de ses adjoints, et, en France, le Président de la CII – mais il est probable que l'un des adjoints sera peut-être représenté par le président du groupe Thomson, bien que ceci ne soit pas certain. Nous serons donc trois fois trois.

Ce conseil de l'association se réunira très peu souvent, probablement trois fois par an, peut-être, pour traiter des problèmes généraux de politique de l'association et pour trancher les litiges ou les questions de fond qui n'auraient pas pu trouver un règlement dans l'exécutif de l'association, dont nous allons parler après. Je précise que les décisions du conseil de l'association doivent être prises à l'unanimité, c'est un point très important, et il est également prévu dans l'accord, que tous les membres s'engagent, au cas où l'unanimité ne se ferait pas, à ne prendre aucune disposition qui serait contraire aux intérêts vitaux de l'un de ses deux partenaires. On ne peut pas aller plus loin : cela aboutirait à fusionner les sociétés. On ne fusionne pas, on a une association des trois parties ; on dit : " Vous travaillerez à l'unanimité, et si vous n'arrivez pas à l'unanimité, vous ferez ce que vous pourrez, mais vous n'aurez pas le droit de faire des choses qui seront considérées par autrui comme une atteinte à ses intérêts vitaux ".

Ceci est donc l'autorité suprême de l'association. Mais cette autorité suprême ne sera pas celle qui fera effectivement marcher les affaires. Nous nous sommes trouvés devant une difficulté politique stupide, mais l'Europe n'étant pas faite, il n'y a pas moyen de faire autrement. L'idéal aurait été de créer une société européenne et de lui, confier la responsabilité de la conduite de l'association. Mais où mettre cette société européenne ? La mettre en Allemagne, en France et en Hollande, c'était tout de suite donner au public une idée fausse, lui laisser entendre que cela devrait se terminer un jour par l'absorption ou des choses comme celle-là. Il fallait éviter de colorer cette société de commandement avec l'un ou l'autre des participants. […] Il a donc été décidé, en fait, non pas d'avoir une société mais d'en avoir trois identiques, une à Munich, une à Paris, une à Eindhoven. Ces trois sociétés sont en réalité une société unique, car elles ont les mêmes trois directeurs généraux : chacune de ces sociétés a trois directeurs généraux, et ce sont les mêmes dans chacune des sociétés. Ces trois directeurs généraux seront les trois directeurs généraux des trois entreprises, de telle sorte qu'il soit visé à la fois la responsabilité du sort de l'association et, en même temps, la responsabilité de la gestion de leur entreprise nationale. Pour la France, c'est Monsieur GEST qui sera le Directeur Général de ces trois sociétés ; ses partenaires seront, je crois, Monsieur OHMAN pour l'Allemagne et Monsieur EGNELL pour la Hollande. […] Dans chacune de ces trois sociétés, qui, comme je vous l'ai. dit, sont en fait la même société éclatée en trois points, on trouve quatre activités qui sont représentées dans chacune des trois sociétés. Ces quatre activités sont :

- une activité commerciale,

- une activité financière,

- une activité plans et programmes techniques et industriels,

- une activité contrôle de gestion.

 

[…] Mais il est bien évident qu'il est tout de même nécessaire d'avoir des états-majors permanents. Chacune de ces sociétés, sans pour autant avoir la responsabilité d'une nature d'activité, sera. le centre de gravité et rassemblera, préparera les décisions, fera les analyses, les enquêtes, distribuera les décisions qui auront été prises par l'association. C'est ainsi que les répartitions ont été faites : les Allemands, à Munich, seront détenteurs du centre de gravité commercial ; nous serons détenteurs ici de deux centres de gravité, celui des plans et programmes techniques et industriels et celui du contrôle de gestion ; les Hollandais, eux, auront le centre de gravité des questions financières.

 

[…] J'ai oublié de vous dire, et je pense que vous le savez tous, que le nom générique sous lequel se développera l'association est UNIDATA. Nous avons consacré un grand nombre d'heures à chercher un nom. Tous les noms sont déposés partout, et pour réussir à avoir UNIDATA, l'association a été obligée d'indemniser un nombre incroyable de sociétés au Canada, en Suisse, en Italie, en France, en Belgique, etc. Cela nous a coûté déjà assez cher. D'autres noms que nous avions trouvés nous auraient coûté encore beaucoup plus cher, probablement. Et ce n'était pas très facile à trouver, parce qu'il fallait un nom qui se prononce de la même façon, à peu près, dans toutes les langues et qui corresponde à des mots utilisés couramment partout. Ce qui est le cas d'UNIDATA qui est un nom latin.

Voilà l'organisation. En bref : vous avez, pour le commandement, un conseil suprême d'association, qui se réunira deux-trois fois par an pour les grands arbitrages et décider des grandes lignes politiques. Vous avez un trio de directeurs généraux qui se déplacera continuellement entre la France, la Hollande et l'Allemagne dans le cadre de sociétés communes qu'on appellera les Sociétés UNIDATA Management, qui seront dans les trois pays, et où ils auront à étudier les questions de détail et à prendre les décisions concernant la politique commune ; ils devront les prendre à l'unanimité. Ils seront aidés pour cela par un état-major qui existera dans chacune des sociétés, état-major qui, dans chacune de ces sociétés, est plus particulièrement chargé de traiter un certain nombre de problèmes : la finance en Hollande, le commerce en Allemagne, les plans et programmes et le contrôle de gestion en France. A côté de cela, des sociétés-mères, CII, Philips, Siemens qui conservent la totalité de leurs activités techniques et industrielles et qui, donneront naissance, un jour, en France, en Allemagne et en Hollande à des sociétés filiales qui commercialiseront des produits communs et dont elles conserveront la majorité de 80 %. Puis, dans les autres pays, les sociétés filiales appartiendront à cent pour cent à une holding commune qui sera une société tirelire. Voilà à peu près comment se résume le schéma.

 

[…] Je voudrais dire quelques mots de la période transitoire : la période transitoire est une période difficile, comme je vous l'ai dit. Elle est difficile parce que les trois sociétés n'ont ni les mêmes habitudes, ni le même catalogue. Mais les objectifs techniques fixés sont très difficiles à tenir et nous allons dépenser beaucoup d'argent pour arriver à le faire, ce qui est très ennuyeux. Et nous avons déposé, il y a déjà un certain temps, auprès de nos maisons-mères et auprès du gouvernement un livre blanc, en disant : " Voilà vers quoi nous allons ; voilà, ce que cela devrait représenter ", étant entendu que nul ne sait, à un centime près, ce que cela va représenter, mais il était bon d'avoir un ordre de grandeur des efforts qui sont à faire. Bien entendu, je n'ai pas de réponse aujourd'hui, car cela va représenter six mois de négociations (et je suis optimiste !) très âpres, avec le Ministère des Finances, le Crédit National, etc. Nous ne sommes pas " sortis de l'auberge " ; mais ce que je peux vous dire, c'est que le gouvernement a accueilli le plan d'une façon favorable et que la délégation à l'informatique comprend parfaitement qu'il faut avoir les moyens de ces objectifs. J'aurai l'occasion de vous en reparler, je l'espère, d'une façon favorable.

[…] Un dernier point qu'il est nécessaire de mentionner est celui qui touche les activités CII qui ne sont pas engagées dans les opérations européennes. En effet, l’accord européen ne touche que les activités de gestion ou de calcul scientifique, c'est-à-dire le domaine d’informatique générale, tandis que les activités des divisions opérationnelles (militaires, spatiales, aéronautiques, la commutation...) n'en font pas partie. Seules les affaires de gestion du domaine militaire seront rattachées à la direction commerciale, un de ces jours, puisqu'elles sont rattachées à un matériel de l'association. C'est une question qui sera mise en œuvre seulement lorsque nous aurons pu en parler à nos clients de façon à ce qu'ils soient au courant. Je pense que ce ne sera pas difficile, puisque cela paraît conforme à la logique.

[…] J'ai terminé pour la présentation de cet accord et des modalités qui y sont jointes. J'ai le sentiment. qu'après dix-sept mois de négociations c'est très clair. Je ne suis pas absolument sûr que ce soit aussi clair pour tout le monde, car ce n'est pas très facile à exprimer. J'ai essayé de le faire d'une façon logique. Je crois que nous allons voir, par la mise en œuvre, les annonces de presse, un certain nombre de questions se poser. Le mieux serait que je sois informé par le canal des directions des questions qui se posent, qui n'ont pas été vues clairement, de ce qui paraît ambigu. Et lorsqu'on aura fait un peu le regroupement de toutes ces questions, il sera possible, après les vacances, en septembre-octobre, de faire une autre réunion, où nous répondrons d'une façon plus spécifique, quitte à faire des petits dessins au tableau pour être encore plus clair.

Je conclurai en vous rappelant ce qu'était la CII il y a quatre ans, et par sa taille, et par l'opinion qu'on avait d'elle à l'extérieur. Je m'empresse de dire que, dès que je suis arrivé, je me suis aperçu très rapidement que cette opinion était relative, qu'elle était due à la malveillance générale du français moyen pour tout ce qui est une œuvre délibérément réalisée. Il y avait à la CII, en promesses, en pouvoir, en potentiel, la possibilité de faire ce qu'on nous avait demandé de faire, mais il fallait le faire et il fallait le faire savoir. Eh bien, aujourd'hui, si cet accord est signé, comme je le pense d'une façon imminente, on peut dire que c'est une manière de consécration pour la CII. Que le Président de la CII soit assis entre le Président de Philips et celui de Siemens pour signer un accord de cette importance, c'est une reconnaissance par des concurrents qui sont des monstres industriels du fait que nous valons quelque chose, que nous représentons quelque chose, et qu'il faut nous prendre an sérieux.

Cette consécration a d'abord de l'importance pour nous parce que c'est un peu une récompense du devoir accompli. Elle est aussi très importante sur le plan de l'image de marque à l'extérieur ; vous n'avez pas idée à quel point la signature de l'accord avec Siemens l'an dernier a pu changer l'attitude des interlocuteurs que je peux avoir dans les milieux industriels, dans les milieux bancaires, ou dans le gouvernement. Le seul fait qu'un groupe étranger reconnaisse que la CII vaut quelque chose a amené les gens à se dire : " Eh bien, c'est qu'alors ça vaut quelque chose ". C'est un peu triste qu'on soit obligé de compter sur l'opinion des étrangers, mais c'est tout de même ce qui est arrivé. Mais le fait que cet accord soit étendu à Philips ne fera qu'augmenter probablement l’impression que, finalement, la CII y est arrivé.

C'est ce que je voulais vous dire en terminant : elle y est arrivé grâce aux efforts de tous. Ce n'est pas du paternalisme que de dire cela. Elle y est arrivé grâce aux efforts des commerçants qui ont réussi à prendre, d'année en année, 30 % de plus de commandes, ce qui est assez formidable. Nous avons actuellement pas très loin de 20 % des livraisons neuves du marché français, alors que le principal concurrent américain, parti aux environs de 70 %, se trouve aux environs de 45 %. Ces résultats sont dus à une action commerciale soutenue et, obstinée, aux efforts de la direction des opérations clients qui a réussi. à faire fonctionner des ordinateurs dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne marchaient pas très bien au début, qui a réussi à les faire marcher, et qui continue, au point que, maintenant, on me téléphone pour me dire : " C'est extraordinaire, mon IRIS 45 a été monté il y a trois ans ; il a marché du premier coup ; c'est parfait. " J’ai toujours envie de dire " Pourvu que cela dure ! ... " Mais je dois reconnaître que cela a l'air de durer. C'est valable aussi pour les techniciens qui ont réussi, à partir de pas grand chose, à sortir des produits qui étaient beaucoup plus gros et plus évolués que tout ce qui avait été fait à la CII avant. C'est vrai pour les industriels qui ont réussi en 2 ans à construire une usine à partir de l'herbe à Toulouse. C'est une usine dont nos confrères reconnaissent que c'est une des meilleure, une des plus productives qu'ils aient visitées. Et puis c'est dû aussi à tous les services, toutes les directions qui entourent ces axes principaux. Et puis c'est dû, pour finir, à l'équipe de négociations et à ses dirigeants, en particulier Monsieur GAUDFERNAU, qui a vraiment déployé des prodiges d'obstination, de persuasion pour arriver à faire prévaloir les avis de la CII dans un milieu qui ne nous était certes pas hostile, mais où nous étions tout de même le petit frère.

Merci beaucoup, Mesdames et Messieurs.

3 juillet 1973: réunion du conseil d’administration de la CII consacré à l’accord Unidata.

Tout le monde approuve, à une exception près : les trois représentants de la CGE qui s’abstiennent.

4 juillet 1973 : signature des accords CII, Philips et Siemens à Amsterdam.


De gauche à droite, assis à la table de conférence :
Dr Bernhard Plettner, président du directoire de Siemens A.G. ; Dr P.H. Le Clercq, vice-président de N.V. Philips Glœilampenfabrie
ken, H.A.C. Van Riemsdijk, président de N.V. Philips Glœilampenfabrieken ; Dr Ir. A.E. Pannenborg, membre du conseil de direction de N.V. Philips Glœilampenfabrieken ; Jean Gaudfernau, directeur général adjoint de la CII, Michel Barré, président directeur général de la CII, Robert Gest, directeur général de la CII, Paul Richard, président directeur général de Thomson.

Assistaient également pour la CII, MM. François Toutain, secrétaire général, Emmanuel de Robien, attaché à la DG, Roger Gallois, chef des services de la propriété industrielle et des accords, René-Claude Jouannet, chef du service juridique et fiscal.

Documents signés lors de cet accord :

1.

CII PHILIPS SIEMENS AGREEMENT

CONTENTS

PREAMBLE 5

Chapter 1 : Organization of the Cooperation 7

Chapter 2 : Technical and Industrial Policy 19

Chapter 3 : Commercial Dispositions 23

Chapter 4 : Economic Policy 28

Chapter 5 : General Terms and Conditions 34

ANNEX 1 : Definition of the Electronic Data Processing-Field 38

ANNEX 2 : Bodies of the CPS Cooperation 46

ANNEX 3 : Survey of Major EDP-Products of the Common Product Line 48

ANNEX 4 : Agreement on the Exchange of Patent Licences and Technical
Information 50

ANNEX 5 : Guideline for the Evaluation of EDP Activities and/or of Shares
of Local Sales Companies 81

ANNEX 6 : Guidelines for Transfer Prices 90

ANNEX 7 : Agreement of Arbitration 93

 Nous ne reproduirons pas ici cet " Agreement " qui représente au total 95 pages.
Ce document est disponible aux archives, fonds 92HIST-DGE13, boîte n° 1.

Quelques informations toutefois :

- le chapitre n° 1 définit l’organisation de la Coopération :

- Shareholders’ Council, soit le Conseil de l’Association,

- CPS Management Companies ; 3, une en France, une en Hollande et une en Allemagne,

- Central Company ; c’est cette compagnie qui doit être localisée à Amsterdam,

- Local Sales Companies

- Name of the Common Activities ; use of the Common Name.

- le chapitre n° 2 traite de la technique et de l’industriel ; objectif, un catalogue commun et cohérent le plus vite possible, avec une image unique.

- le chapitre n° 3 traite de l’organisation commerciale et du catalogue, en France, en Allemagne, en Hollande, en Belgique et au Luxembourg et enfin dans les autres contrées.

- le chapitre n° 4 traite du prix, des prix de transfert entre Supply Centres et des coûts de R&D.

- le chapitre n° 5 traite de données générales : relations avec les Gouvernements, autre partenaire ,etc.

En fin du chapitre n° 5, trois signatures, CII, Philips et Siemens, en date du 4 juillet 1973, à La Haye.

Les annexes :

- annexe n° 1 : des définitions.

- annexe n° 2 : le schéma de l’organisation.

- annexe n° 3 : les produits majeurs de la ligne commune ;

Computer Systems Small Computer Keyboard-oriented

Of the X-Line Systems Computer Systems

X0 Philips P 460 Philips P 300 Philips

X1 Siemens P 400 Philips

X2 CII

X3 Siemens

X4 CII

X5 CII

- annexe n° 4 : échange de licences de brevets et d’information technique.

C’est cette annexe qui déclenchera le refus de la CGE de reconnaître l’accord Unidata : voir ci-après, en date du 15 septembre, la lettre d’Ambroise Roux à Michel Barré. A noter que cette annexe est signée par les trois partenaires, toujours à la date du 4 juillet 1973, La Haye ; c’est la seule annexe signée.

- annexe n° 5 : des règles applicables à l’évaluation des activités d’EDP.

- annexe n° 6 : règles pour les prix de transfert.

- annexe n° 7 : accord d’arbitrage.

 

Annexe n° 2

Comme dit ci-dessus, cette annexe donne le schéma de l’organisation.

Celui-ci est donné ci-dessous:

 

2.

The Hague, July 4, 1973.

 

MEMORANDUM OF UNDERSTANDING

 

With reference to the Agreement concluded today between Compagnie Internationale pour l'Informatique, Louveciennes (CII), N.V. Philips' Gloeilampenfabrieken, Eindhoven (Philips) and Siemens Aktiengesellschaft, Berlin and Munich (Siemens) it is hereby confirmed that the following additional agreement has been made between these three parties which agreement enters into force at the same date as the above mentioned .Agreement and will remain in force for the same period.

 

1. CC SCHEDULES

The parties will realize the final objective indicated in paragraph 1.5.2 of the Agreement as soon as this is justified from a legal and fiscal point of view. In the event the final objective cannot be reached before 1.1.1977, the provisions concerning the participations in the CC as indicated in paragraph 1.4.1 of the Agreement will be correspondingly applicable to direct participations of the parties in the LSCs.

The parties will inform each other of any case to be considered as special.

The five years plan to be established in accordance the provisions of Chapter 4 of the Agreement will contain the list of the countries to which these rules will apply with the corresponding time schedule leading to the final stage.

 

2. SCHEDULES FOR CPS MANAGEMENT COMPANIES

Parties agree to make available before 1.l.1974 sufficient qualified people for performance of at least those functions which are essential during the first two years after signature of the Agreement. The CPS management companies shall be fully operational not later than 1.1.1975.

The functions of the CPS management companies include the field of the office and small computers ; they shall take into account the special character of this business and the need for coordination with respect to the field of medium/large computers.

Paragraph 1.4.3 b and c of the Agreement provide for the transfer of shareholders rights connected with the participations in the LSCs to the CPS management companies as soon as among others the Common Product Line has become an essential part of the business activities of that LSC. The parties are in agreement, that this latter condition shall be considered as fulfilled as soon as the incoming orders, received on the Common Product Line form a substantial part (approx. 50%) of the total of incoming orders received by that LSC.

 

3. COUNTRIES

3.1 FRANCE

3.1.1. Two CPS Sales companies, one for medium and large and one for office and small computers, will be in due time before the announcement of the Common Product Line. These companies will become active only after decision of the Boards of Management of' the three CPS management companies. Details to be worked out. (See, however, point 3.1.4 and 3.1.5 below)

3.1.2. CII and Philips Data Systems Division Ordinateurs will continue to sell their present product lines and will coordinate their marketing activities according to the recommendations of the Boards of Management of the three CPS management companies.

3.1.3. CII will market the products of the X-line in France, Philips Data Systems, Division Machines et Equipement de Bureau will market P 300, P 400, P 460 lines in France. Philips Data Systems Division Ordinateurs personnel will be engaged in X-line marketing according to conditions to be established by the CPS management companies, in any case, however, under the guidance of the CII Sales Organization. In principle P 1000 and P 880 customers will remain to be served by Philips Data Systems Division Ordinateurs personnel for continuity purposes until Philips and CII decide that a proposal for a X-line product should be made. Further details of the Sales Organization regarding customer base and the personnel of Philips Data Systems Division Ordinateurs will be worked out by the Boards of Management of the three CPS management companies.

3.1.4. CII and Philips Data Systems Division Ordinateurs will transfer assets and liabilities to CPS medium and large computer sales company France.

Philips Data Systems, Division Machines et Equipement de Bureau will transfer assets and liabilities to CPS office and small computer sales company France.

The above transfers of assets and liabilities will take place simultaneously not later than 1.10.1975 provided agreements concerning countries mentioned in paragraph 3.5 of the Agreement will be concluded before that date.

3.1.5. CPS medium and large computer sales company France will take full responsibility for all medium and large computer sales personnel and activities in France at the date of the transfer of assets and liabilities.

CPS office and small computer sales company France will take full responsibility for all office and small computer sales personnel and activities in France at the date of the transfer of assets and liabilities.

3.1.6. Managements of both CPS sales companies France referred to in 3.1.5 above will coordinate the commercial policy of their activities.

3.1.7. For former French Colonies and Protectorates the rules set out above will be applicable up to 1980.

 

3.2 GERMANY

3.2.1. Two CPS sales companies, one for medium and large and one for office and small computers, will be formed in due time before the announcement of the Common Product Line. These companies will become active only after decision of the Boards of Management of three CPS management companies. Details to be worked out. (See, however, point 3.2.4 and 3.2.5 below.)

3.2.2. Siemens and Philips Electrologica Düsseldorf will continue to sell their present product lines and will coordinate their marketing activities according to the recommendations of the Boards of Management of the three CPS management companies.

3.2.3. Siemens will market the products of the X-line in Germany ; Philips Electrologica Eiserfeld will market P 300, P 400, P 460 lines in Germany. Philips Electrologica Düsseldorf personnel will be engaged in X-line marketing according to conditions to be established by the CPS management companies, in any case, however, under the guidance of the Siemens Sales Organization. In principle P 1000 and P 880 customers will remain to be served by Philips Electrologica Düsseldorf personnel for continuity purposes until Philips and Siemens decide that a proposal for a X-line product should be made. Further details of the Sales Organization regarding customer base and the personnel of Philips Electrologica Düsseldorf will be worked out by the Boards of Management of the three CPS management companies.

3.2.4. Siemens and Philips Electrologica Düsseldorf will transfer assets and liabilities to CPS medium and large computer sales company Germany.

Philips Electrologica Eiserfeld (Sales) will transfer assets and liabilities to CPS office and small computer sales company Germany.

The above transfers of assets and liabilities will take place simultaneously not later than 1.10.1975.

3.2.5. CPS medium, and large computer sales company Germany will take full responsibility for all medium and large computer sales personnel and activities in Germany. CPS office and small computer sales company Germany will take full responsibility for all office and small computer sales personnel and activities in Germany. The above responsibilities will be assumed simultaneously not later than 1.10.1977.

3.2.6. Managements of both CPS sales companies Germany referred to in 3.2.5 above will coordinate the commercial policy of their activities.

 

3.3. THE NETHERLANDS

The share capital of the LSC to be established for The Netherlands in accordance with the provisions of paragraph. 3.3.1 of the Agreement will be divided as follows :

Philips 66 2/3 %

Siemens 13 1/3 %

CC 20 %

As long as the CC is not yet in a position to take over the 20% participation that participation shall be held by a first class Netherlands Bank in the name of the three parties.

The managing director shall be nominated by Philips. The parties shall do their best endeavours to finalize the preparatory work, connected with the merging of their sales activities and the establishment of the LSC before 1.10.1973.

 

3.4 BELGIUM/LUXEMBURG

The share capital of the LSC to be established for Belgium/Luxemburg in accordance with the provisions of paragraph 3.4.1 of the Agreement will be divided as follows :

Siemens Germany 20 %

Siernens Belgium 22 %

Philips Holland 20 %

Philips Belgium 22 %

CII 5 %

A first class Swiss bank to be designated in common agreement between the three parties shall hold the remaining 11% in the name of Siemens. This latter participation will appear to the outside worId as a neutral participation.

The "Président du Conseil d'Administration" of the LSC shall be nominated by Siemens. The "Administrateur Délégué" shall be nominated by Philips. A member of the Conseil d'Administration shall be nominated by CII.

The parties shall do their best endeavours to finalize the preparatory work connected with the merger of their sales activities and the establishment of the LSC before 1.10.1973.

 

4. PRODUCTS

4.1 Future Products

The major EDP-products of the Common Product Line listed in Annex 3 of the Agreement will be subject to specific agreements.

4.2 Present Products

4.2.1. General

Users of the present product lines will get full support during the entire lifetime of these products

4.2.2. IRIS

IRIS line means in the Agreement :

Germany IRIS-80 according to subagreement Germany

The Netherlands IRIS-80

Belgium / IRIS-80

Luxemburg (other IRIS-products : present and expected orders will be followed up under the responsibility of CII. The maintenance will be ensured by CII. Upon establishment of the LSC marketing of IRIS-products other than IRIS-8O shall cease).

Concerning IRIS-80, parties agree to include it in the catalogues of their EDP subsidiaries or division for medium/large computers (in the main market for this size of computers) being understood that technical and commercial support will be given by CII according to modalities to be agreed upon.

4.2.3. P 1000-line

Germany and France : P 1000 will be sold by Philips in accordance with paragraph 3 of this Memorandum.

4.2.4. 4004-line

4004-line means in the Agreement :

France : 4004 according to Subagreement on France.

 

5. TRANSFER PRICE FOR DELIVERIES TO LSCs

Referring to the provisions of paragraph 4.2.3 of the Agreement the parties confirm hereby that the application of this paragraph should enable a well managed LSC to have reasonable positive results on the basis of the accounting methods to be established by the CPS management companies after such LSC has been fully set up. The transfer prices will be established taking into account any applicable tax regulation or other applicable laws.

 

6. ORGANIZATION

The parties are in agreement that the organization of their cooperation shall provide for an efficient management structure. In the event the present structure as laid down in the Agreement and this Memorandum would not fulfil that condition, the parties shall review the present set up.

 

7. EXECUTION 0F MERGER

In executing any merger of the sales activities of the three parties, as provided for in the Agreement and in this Memorandum, the parties are in agreement that the optimal tripartite solution from a legal and fiscal of view should be followed.

 

8. ANNOUNCEMENT POLICY

The principles of the announcement of the products of the Common Product Line will be defined by the Boards of Management of the three CPS management companies.

The parties are in agreement that the times of announcement of the main EDP-products will be as follows :

- for the X-line :

X0 October 1973

X1 )

X2 ) May-June 1974

X3 )

X4 ) October 1974

X5 )

- for the office and small computer systems :

P 300 April/May 1974

P 400 April/May 1975

P 46o September/October 1974.

 

9. THE HEADS FOR A SIEMENS CII AGREEMENT

The Heads for a Siemens CII Agreement signed on January 28, 1972 shall be replaced by the CII PHILIPS SIEMENS as of its signature.

 

10. PRODUCTS OUTSIDE THE TECHNICAL EDP-FIELD

For the establishment of the common policy in the EDP-field, questions relating to products and systems outside the Technical EDP-field (e.g. other EDP-products, data communications) will be discussed in working groups set up by the three management companies to which representative of the sister-divisions of the Supply Centres of the parties and the Parent Companies of CII will be invited.

 

11. COMMON NAME

Siemens confirms that the acquisition of the name and trademark CPS has been executed on behalf of and for the common account of the three parties consequently the registration of the trademark CPS in the different countries in the name of Siemens does not constitute any prejudice as to the above as well as to the establishment of the LSCs accordance with the Agreement. Siemens will transfer all rights concerning CPS as soon as possible to the CPS management companies, CC or their designees. Modalities regarding the use of CPS by the LSCs will be subject to further agreement.

 

12. CHECKLIST OF SUBAGREEMANTS concluded or to be concluded within 6 months after entering into force of the Agreement (Signed subagreements so far are still bipartite)

- Technical agreements :

. covering understanding for subagreement of X-line signed (29.8.1972)

. X0
. X
1
. X
2
. X3 signed (29.8.1972)
. X4 signed (29.8.1972)
. X
5
. P 46o
. P 300-400

. Peripherals of the Common Product Line

- General agreements, such as :

. Subagreement on France (CII/Siemens) signed (19.1.1973)

. Subagreement on Germany (CII/Siemens) ... signed (19.1.1973)

. Articles of Association of CC,

CPS management companies to be signed within 3, resp. 6 months after entering into force of the Agreement

. Subagreement on the financing of research and development (see 4.3.3 of the Agreement)

. Agreements mentioned in 1.2.5 of the Agreement vis-à-vis Supply Centres and LSCs

. Subagreements such as merger of sales activities in Belgium and in The Netherlands.

 

Chaque page a été paraphée et en final, les trois signatures, CII, Philips et Siemens.

 

 

5 juillet  1973 : FLASH CII.

1 - Communiqué de presse diffusé simultanément ce jour par CII, PHILIPS et SIEMENS, à toute la presse internationale :

 

CII, PHILIPS et SIEMENS signent un accord dans le domaine de l’informatique

L’association nouvelle porte le nom : UNIDATA

 

Le 4 juillet 1973, la Compagnie Internationale pour l’Informatique : CII (France), N.V. Philips Gloeilampenfabrieken (Pays-Bas) et Siemens A.G. (Allemagne) ont signé un accord de coopération dans le domaine de l’informatique.

Ce nouvel accord, signé par CII, PHILIPS et SIEMENS, constitue une étape décisive dans la construction d’une industrie informatique européenne. L’effet le plus immédiat sera le renforcement des positions de chaque compagnie sur le marché international.

 

Le 1er février 1972, les trois compagnies avaient annoncé pour la première fois leur intention de coopérer. Depuis lors, de hauts dirigeants et de nombreux groupes de travail se sont consacrés activement à la préparation de cette coopération. Avant l’agrément final, différentes questions ont dû être résolues concernant les domaines commerciaux, programmes de produits, fabrications, financiers, organisations, juridiques, et beaucoup d’autres impliquant les trois compagnies dans différents pays.

Chaque compagnie, pour élargir ses gammes de produits et pour étendre son réseau de vents, avait besoin d’une part plus grande du marché. Il était donc apparu évident que seule une coopération pouvait conduire économiquement à l’accroissement rapide des activités sur une échelle mondiale.

 

La nouvelle association s’appelle UNIDATA.

UNIDATA est l’un des plus grands ensembles existant en informatique, en dehors des USA. Son implantation en clientèle est mondiale ; elle comprend plus de 20.000 installations, s’étendant des ordinateurs de bureaux aux grands ordinateurs, et elle peut être évaluée à plus de 8 milliards de francs français. La combinaison globale des moyens représente 35 000 personnes, 14 centres de développement et de fabrication dans 6 pays et des organismes de vente dans plus de 30 pays.

Les clients actuels se trouvent dans toutes les applications possibles relevant du commerce, de l’industrie, des administrations publiques et des organismes scientifiques.

UNIDATA rassemble les activités et les intérêts des trois compagnies dans le domaine de l’informatique de gestion et scientifique. Les calculateurs de contrôle de processus, les systèmes de télécommunications et de commutation, et les autres équipements spécialisés restent en dehors du domaine de l’accord.

Une organisation commerciale commune sera mise en place et les organismes industriels seront coordonnés.

Le CONSEIL DE L’ASSOCIATION, composé des Présidents des trois compagnies CII – PHILIPS – SIEMENS et d’un nombre égal de hauts représentants des trois partenaires aura l’entière responsabilité de la politique commune de la coopération.

Trois Compagnies UNIDATA – MANAGEMENT, appartenant à parts égales aux trois partenaires, seront créées par CII, PHILIPS et SIEMENS, à Paris, Apeldoorn et Munich, afin de coordonner et contrôler tous les aspects du domaine UNIDATA. Le Conseil de Direction de chacune de ces trois compagnies sera constitué des trois Directeurs Généraux de l’informatique des trois partenaires.

Toutes les activités commerciales, distribution et canaux de vente, seront unifiées. Dans chaque pays, des Sociétés de Vente UNIDATA, installées progressivement en fonction des circonstances commerciales locales, seront chargées d’appliquer la politique commerciale commune. Ces organisations offriront une gamme complète de services et de produits. L’objectif est de présenter une nouvelle gamme commune de produits compatibles. La continuité des systèmes informatiques actuels IRIS de CII, P 1000 et P 350 de Philips, 4004 de Siemens, ainsi que des autres équipements et services associés, sera assurée. Une COMPAGNIE établie à Amsterdam détiendra pour le compte des partenaires les participations dans les Sociétés de Vente UNIDATA.

Trois Centres d’Activité seront responsables des recherches, du développement et des fabrications. Bien qu’opérant dans les cadres respectifs de CII, PHILIPS et SIEMENS, leurs activités seront coordonnées et contrôlées par UNIDATA MANAGEMENT.

Cette association, dans les domaines commerciaux, de la recherche et du développement, de la fabrication, de la formation et de l’assistance aux clients, mettra en commun des compétences complémentaires, une large gamme d’applications, et enfin l’expérience mondiale des sociétés-mères.

L’accord de coopération est aujourd’hui signé ; il reste ouvert, dans l’avenir, à d’autres partenaires.

2 – Communiqué de presse diffusé par CII, le même jour, à la presse française :

 

CRÉATION PROCHAINE D’UNE FILIALE CII QUI GROUPERA 3 DIVISIONS DE LA COMPAGNIE :

– Division Militaire, Spatiale et Aéronautique

– Division Commutation

– Division Petits Ordinateurs et Applications spécialisées

Le communiqué commun CII – PHILIPS – SIEMENS diffusé ce jour expose les grandes lignes de l’accord intervenu dans les domaines de l’informatique de gestion et de l’informatique scientifique entre les trois compagnies.
Cet accord, présenté actuellement aux pouvoirs publics pour approbation, ne concerne donc pas certaines activités de la CII, qui seront isolées et conduites indépendamment dans une filiale de la CII, créée à cet effet.
Les activités de cette filiale concerneront les applications et les produits spécialisés dans les domaines militaires, spatiaux et aéronautiques, les produits et systèmes informatiques intéressant la commutation électronique, ainsi que les mini-ordinateurs et leurs produits associés.

La nouvelle filiale assurera la commercialisation directe de ses mini-ordinateurs dans tous les secteurs et en particulier dans celui des automatismes. Elle ne les commercialisera pas dans le domaine de la gestion en tant que machines autonomes, mais seulement dans le cadre de la péri-informatique pour lequel l’accord tripartite ne prévoit pas de catalogue exclusif.

Dans le cadre UNIDATA, la CII poursuit la seule commercialisation de son catalogue IRIS. En France, elle présente également en complément de son catalogue la ligne SIEMENS 4004.

3 – L’ensemble des dispositions prévues sera progressivement mis en place.

Il faut remarquer toutefois que l’organisation actuelle de la CII permet dans ses grandes lignes d’isoler aisément, sous forme de filiale, les activités des divisions opérationnelles : DMSA, D.COMM et DPOAS.

4 – L’accord qui vient d’être signé constitue un événement international. L’alliance réalisée entre des groupes industriels qui sont parmi les premiers du monde dans leurs spécialités comme l’appui des pouvoirs publics nationaux et des autorités de la communauté européenne permettront de soutenir d’une façon plus équilibrée notre position industrielle dans le domaine de l’informatique. Car celui-ci est actuellement dominé et influencé par des groupes qui détiennent à l’échelle mondiale un quasi-monopole.

Notre renforcement européen permettra à la CII d’assurer dans de meilleures conditions de sécurité le développement continu de ses activités techniques, industrielles et commerciales.

Nota : la revue d’information interne CII Informations, dans le numéro 21, apporte les précisions suivantes sur la société filiale de CII : M. Pierre Guichet, directeur général adjoint de CII, exerce une autorité hiérarchique sur les trois divisions opérationnelles qui constitueront cette filiale :
- Division militaire spatiale et aéronautique (DMSA), directeur M. Jean Malvault ;
- Division commutation (D. COMM.), directeur M. Bruno Gastine.
Les activités de cette division concernent les produits et systèmes attachés à la commutation électronique appliquée aux télécommunications.
- Division petits ordinateurs et applications spécialisées (DPOAS), directeur M. Michel Chaussedoux.

5 juillet 1973 : note à diffusion générale de M. Barré, sur l’organisation de la Compagnie.

 Après la signature de l’accord tripartite, il est indispensable d’adapter l’organisation de la compagnie aux dispositions de cet accord et à l’effort exceptionnel demandé par la mise en place des institutions communes et la mise au point des accords d’application dans tous les domaines.

1. M.PEYROLES, Directeur, sera attaché à la Direction Générale pour participer à ces négociations, dans le domaine de l’organisation commerciale internationale.

2. M. MALVAULT remplacera M. PEYROLES à la Direction de la Division Militaire, Spatiale et Aéronautique.

La commercialisation des matériels de gestion militaire sera reprise ultérieurement par la Direction Commerciale, lorsque les autorités intéressées dans la clientèle en auront été informées par la Direction Générale.

3. M. GUICHET, Directeur Général Adjoint, aura désormais une autorité hiérarchique sur les trois Divisions Opérationnelles : DMSA, DPOAS et D.COMM.

Il sera assisté sur le plan de la gestion, dans cette tâche, par M. MARIANI qui lui sera directement attaché.

 

5 juillet 1973 : commentaires de la presse à l’annonce d’Unidata.

Des réserves étonnamment nombreuses et variées ont été enregistrées, à la suite du faire-part de naissance d'UNIDATA. Voici les principales que nous avons regroupées à la date du 5 juillet, même si elles s’échelonnent sur le mois de juillet.

1. COMPLEXITÉ de la STRUCTURE de MANAGEMENT

(décisions à l'unanimité, 3 compagnies de management sans rôle de centre de profit, participations dans la Holding non définies).

. L'Usine Nouvelle du 13 Juillet 1973 titre :

" Unidata = structure complexe " et ajoute :

" Le nouvel et premier enfant de l'Informatique Européenne aura fort besoin de surveillance ".

. Le Monde du 5 Juillet 1973 écrit :

" Une telle structure met immédiatement en évidence deux problèmes. Comment peut-on concevoir que les apports faits par les trois sociétés mères au holding les amènent à s'y retrouver à égalité ? En fait, une estimation complète des apports n'a pu encore être faite, et le solde, si solde il y a, devrait être versé en argent. Mais cette égalité ne constitue pas une obligation : il est seulement exclu que 1'un des trois partenaires puisse détenir plus de 49 % du holding.

L'autre problème est celui que soulèverait une trop grande inégalité dans les ventes des matériels construits par les trois firmes : aucun quota, en effet, n'a été fixé, car on souhaite que ce soit le marché qui commande. Mais il faudra alors trouver des compensations...

Reste encore - et peut-être surtout ! - à savoir dans quelle mesure une telle architecture donnera satisfaction. Ses promoteurs l'ont voulu " opérationnelle ", mais elle demeure lourde... Son succès, bien évidemment, dépendra pour une large part des hommes que l’on placera au sommet de la hiérarchie et de leur bonne entente. Mais, l'encre de l'accord à peine sèche, certains estiment déjà qu'il faudra un jour aller plus loin et mettre en place une organisation plus intégrée. "

2. DIFFICULTÉS de la NÉGOCIATION

(laissant douter que les problèmes de fond soient résolus).

. L’AGEFI du 13 Juillet 1973, dans son article général sur SIEMENS, publie sous le sous-titre " Un mariage difficile " le commentaire suivant du Président de SIEMENS :

M Plettner a révélé que jamais encore SIEMENS n'avait rencontré autant de difficultés en matière de coopération que dans le domaine des ordinateurs. A propos de la création d'Unidata (SIEMENS CII PHILIPS), M. Plettner a dit :

" Chacun traîne derrière lui sa technique. D'autre part des questions de prestige, de préjugés et de fierté entre nations sont encore plus fortes qu'entre entreprises d'un seul pays. Unidata est le résultat de très difficiles négociations. "

3. DIFFICULTÉS de l'INTÉGRATION des GAMMES CII, SIEMENS et PHILIPS (d'où conflits internes)

. La Vie Française du 19 Juillet 1973, précise un aspect capital de ces difficultés, qui doit continuer à affecter le fonctionnement d'Unidata, avec les lignes suivantes :

Interrogé sur Unidata (formée avec la CII française et PHILIPS), le Docteur Plettner a dît :

" Chacun y a apporté sa technique. Mais la nôtre est la plus compatible des trois avec I.B.M. "

Outre l'aspect du degré de compatibilité IBM mentionné ci-dessus, les différences d'âge des lignes actuelles créent un problème majeur.

. Les Echos du 6 Juillet 1973, écrivent sous le titre " Un pas de franchi, mais il reste beaucoup à faire pour cimenter une informatique européenne " le commentaire suivant :

" L'élaboration de la gamme commune n'est pas non plus chose facile. SIEMENS, dont les produits sont issus d'une licence RCA assez ancienne, ne risque pas d'être gêné par cette nouvelle série. Mais ce n'est peut-être pas le cas de la CII dont les matériels sont récents et qui n'a rien à gagner d'un renouvellement trop rapide. "

 

4. LIMITES de l'ACCORD (et conflits de frontière prévisibles en résultant)

. Entreprise du 13 Juillet 1973, écrit :

" La savante construction des trois constructeurs ne doit cependant pas faire oublier les limites de leur association. D'abord, et c'est dommage, l'accord ne concerne pas les ordinateurs industriels et scientifiques, lesquels demeurent de la stricte compétence des sociétés nationales. "

. Outre les calculateurs industriels et scientifiques, sont exclus de 1'accord :

- les ordinateurs de bureau (qui restent sous direction PHILIPS)

- la téléinformatique (terminaux, concentrateurs, multiplexeurs, modems).

- les services divers associés à la fourniture du hardware.

Compte-tenu de l'évolution incessante des frontières de l'informatique, il y a là la source de conflits majeurs à venir. Ajoutons que les maisons-mères (SIEMENS et CGE surtout, PHILIPS et THOMSON ensuite) sont en concurrence sur le marché des transmissions téléphoniques et autres.

. L’Usine Nouvelle du 9 juillet souligne à ce propos :

" Les télécommunications en France sont devenues sur le plan industriel un problème épineux. Les deux principaux actionnaires de Fininfor (holding ayant la majorité des actions de la CII), qui ne sont autres que la Thomson et la CGE, se livrent sur ce terrain une bataille des plus sévères. Siemens de son côté a des aspirations non déguisées dans ce même domaine. "

5. FAIBLE POIDS d'UNIDATA et CHANCES de SURVIE LIMITÉES

Malgré les chiffres publiés par UNIDATA (gonflés par les ordinateurs de bureau PHILIPS P 350 entre autres), la réalité est modeste.

. Les Echos du 6 Juillet publient d'ailleurs une interview du Ministre français de l'industrie, M. CHARBONNEL qui déclare :

" Pour affronter avec quelques chances de réussite la concurrence mondiale, je crois en effet que le "mariage" CII-SIEMENS-PHILIPS devra être suivi d'autres étapes. "

et :

" Les contacts périodiques avec mon homologue allemand n'ont pas abordé de façon précise la question que vous évoquez (celle de subventions publiques équilibrées) même si nous sommes bien conscients l'un et l'autre qu'il ne faudrait pas se laisser entrainer dans une stérile escalade mutuelle qui ne manquerait pas d'être dommageable pour les finances publiques des États. "

 

6 juillet 1973: interview de Jean Charbonnel dans Les Échos.

" J’ai fait savoir à la CII que le gouvernement n’avait pas d’objection de principe à la conclusion de l’accord Unidata. Il n’en reste pas moins que l’accord lui-même devra être soumis à l’approbation du gouvernement. En effet, certaines de ses modalités ne sont pas encore complètement arrêtées et vont faire l’objet de nouvelles discussions entre les partenaires. C’est à la lumière de toutes les conséquences ultérieures de l’accord que le gouvernement sera appelé à se prononcer définitivement. "

 

9 juillet 1973 : le président du Club de la Péri-Informatique adresse une lettre à Maurice Allègre, lui faisant part des craintes du Club au sujet de la distribution des petits matériels d’informatique Philips par une société portant le nom d’Unidata.

Cette lettre fait suite à une déclaration de Maurice Allègre faite au conseil du Club du 4 juillet par laquelle le délégué donnait l’assurance que :

1 – les matériels Philips seraient vendus en France par Philips.

2 – la filiale de péri-informatique de la CII (qui fabrique en particulier le Mitra 15) ne ferait pas partie du dispositif bénéficiant du Plan Calcul.

 

20 juillet 1973: conclusions de la réunion interministérielle tenue à Matignon au sujet de l’approbation par le Gouvernement de l’accord UNIDATA

Il est en définitive convenu :

– de reprendre avec la CII des conversations et réflexions sur les conséquences de l’accord concernant son propre développement et ses charges financières : il est rappelé que le ministre du développement industriel et scientifique et le ministre de l’économie et des finances subordonnent l’approbation définitive de l’accord à la communication d'ordres de grandeur plus précis à cet égard ;

– d'insister auprès de la CII pour qu'elle tente de faire revenir ses partenaires sur le choix d’Amsterdam comme siège de la nouvelle association ; le délégué à l’informatique fait valoir que cette démarche risque de conduire Philips et Siemens à remettre en cause les bases mêmes de l’accord ; du moins est-il nécessaire, de l'avis du cabinet du Premier ministre, de mesurer, grâce à la démarche demandée, le degré d’importance que les partenaires de la CII attachent à la localisation du siège de l’association ; rien ne s’oppose à ce que la CII fasse connaître à ses deux partenaires qu’elle agit sur instructions de son Gouvernement.

Les ministères du développement industriel et scientifique et de l’économie et des finances examineront conjointement les résultats de ces démarches et les conséquences à en tirer.

Une nouvelle réunion interministérielle sera ensuite organisée à l'hôtel Matignon, courant septembre.

NDLR : ce document, confidentiel, a été remis à un membre de la Direction de la CII à titre personnel le 10 septembre 1973. La date de cette réunion interministérielle est probablement le 20 juillet 1973, mais sans certitude, car la date n’apparaît nulle part.

 

1er août 1973: rencontre entre Jean-Pierre Brulé et Ambroise Roux.

Le groupe CGE ne fait pas mystère de son opposition totale aux accords Unidata. Il s’implique plus directement dans la recherche d’une solution avec Bull et Honeywell. Le 1er août, Ambroise Roux, son patron, rencontre Jean-Pierre Brulé et lui donne son analyse des accords Unidata : domination germano-hollandaise de fait, aggravée par l’inclinaison supposée de Paul Richard, président de Thomson, à leur passer la main discrètement.

Ambroise Roux ajoute que le ministre de l’Industrie lui fait le reproche de ne pas avoir creusé personnellement la solution Bull. Il faut mettre à profit les trois mois dont le gouvernement dispose encore pour approuver les accords Unidata et obtenir de Jim Bringer (le président d’Honeywell) une proposition attrayante. Pour lui, cela signifie minorité Honeywell en Europe, ou au moins dans les territoires Bull.

 

10 août 1973: note de Christopher Layton, Bruxelles,
 intitulée " note en vue de la réunion des hauts fonctionnaires concernant la politique des ordinateurs (7.9.1973) ".

Cette note propose les points essentiels à aborder.

Objectifs

A / Aider les usagers de l’informatique à réaliser des économies et à atteindre une plus grande efficacité grâce à une collaboration et des achats coordonnés.

B / Supporter et encourager le développement et la consolidation de la partie de l’industrie des ordinateurs qui a ses bases en Europe.

Phase I, période 1974-75 :

A – Entamer une coordination des achats publics et l’identification des besoins communs à satisfaire par des commandes groupées.

B – Établir des standards communs, en particulier des interfaces communes entre ordinateurs et périphériques, des langages à haut niveau communs et des packages de software transférables.

C – Collaborer au développement de certaines applications nouvelles.

D – Promouvoir en collaboration le développement de produits nouveaux dans le secteur de périphériques, du software et peut-être des composants…

Phase II, 1976-1980 :

A – Aider les utilisateurs à collaborer pour une application plus efficace de l’informatique.

B – Mettre en place une industrie forte couvrant les unités centrales, les périphériques, les composants et le software. L’objectif central serait l’existence, au début de 1980, d’une industrie européenne des ordinateurs viable, et capable d’affronter seule son propre futur.

 

août 1973 : éléments de réponse à la note de Bruxelles par la délégation à l’Informatique.

Globalement, accord sur les propositions.

La mise au point d’un plan calcul global pour l’Europe paraît nécessaire, mais il ne pourra avoir des chances de succès que si la décision est prise de n’avoir qu’un groupe en Europe à horizon 80. Le fait de savoir s’il consistera en la coordination de plans calculs nationaux ou en la mise sur pied d’un plan intégré peut être discuté. Mais la première optique semble la plus réaliste. "

 

14 septembre 1973 : lettre de M. Barré au Délégué à l'Informatique, avec un mémorandum relatif aux conclusions du Comité de juillet.

Monsieur le Délégué,

J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint, un mémorandum relatif aux conclusions du Comité Interministériel qui a débattu en juillet de l'accord tripartite.

Les termes de ce mémorandum ont été exposés à M. de Combret, au Ministère des Finances, qui en a jugé les conceptions acceptables.

Je me permets d’insister sur l'urgence d'une approbation de l'accord par le Gouvernement français, tant vis-à-vis de nos partenaires qu'en raison de la nécessité d'entreprendre, sans tarder, les discussions relatives à l'Avenant demandé à la Convention Plan Calcul.

Comme j'ai eu l'occasion de vous l'indiquer, la tenue du budget 1973 est largement conditionnée par la signature de Avenant.

Veuillez agréer, Monsieur le Délégué, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Un mémorandum en date du 13 septembre est joint à cette lettre.

MÉMORANDUM

 

CONCLUSIONS DE LA RÉUNION INTERMINISTÉRIELLE RELATIVE
A L’APPROBATION DE L’ACCORD UNIDATA

 

1. La réunion interministérielle tenue à Matignon on juillet pour examiner l'accord CII/Philips/Siemens, soumis à l'approbation du Gouvernement français, a abouti. aux deux conclusions suivantes :

– Examen des conséquences financières, en fonction des perspectives de développement de l'association et du rôle que la CII sera amenée à y jouer.

– Examen des possibilités d'une démarche auprès des partenaires de la CII pour obtenir que le Siège de la holding commerciale soit Paris et non pas Amsterdam.

 

2. En ce qui concerne la première conclusion, la CII a déjà présenté dans son "Rapport en vue de l'établissement d'un Avenant à la Convention Plan Calcul", les conséquences financières de l'accord pour les trois dernières années de la présente Convention.

Ces chiffres sont définitifs et peuvent faire l'objet, dès maintenant, d'un examen par les services publics intéressés.

Par ailleurs, sur demande du Ministère du Développement Industriel et Scientifique, la CII a procédé à une évaluation de l'effort financier qui serait nécessaire pour conduire la CII à disposer d'une participation de 33 % dans la holding financière, en fonction de la situation présente des participants.

Cette analyse du 28 août 1973, donne la mesure de l'effort très important qui serait nécessaire pour atteindre l'objectif recherché ; bien que cet objectif puisse être considéré comme souhaitable, il ne correspond pas à une nécessité du fait que l'accord fait une distinction entre les participations financières et les participations opérationnelles ; les secondes, en effet, sont réparties par tiers, quels que soient les montants respectifs des premières.

En ce qui concerne la période 1975/ 1980, il paraît impossible aujourd’hui d'établir rapidement un plan de développement d’Unidata en dehors de nos partenaires ; ce plan est considéré comme prioritaire par l’association et les travaux correspondants ont été lancés par le Comité de Direction Générale d'Unidata dès la signature de l'accord. Plusieurs mois seront nécessaires pour qu'un rapport soit établi sur le sujet, permettant de mesurer l'effort global souhaitable, et par suite, de débattre de l’importance de la participation annuelle de la CII.

On peut cependant s'attendre à ce que l'effort financier prévu ne constitue pas une aggravation par rapport à celui actuellement fait par les participants ; en effet, la charge actuelle de nos deux partenaires est très lourde, surtout pour Philips qui ne dispose d'aucun appui gouvernemental et même pour Siemens qui se voit obligée de consacrer des sommes plus importantes que la CII à ses efforts techniques et industriels, du fait de sa rupture avec RCA ; nos partenaires ont, à plusieurs reprises, clairement mentionné que l'objectif d'Unidata ne devait en aucun cas venir alourdir les pertes d'exploitation des partenaires.

 

3. La deuxième conclusion pose un problème très délicat.

Il convient tout d'abord de souligner que la holding commerciale située à Amsterdam par l'accord a un rôle strictement limité :

– Elle ne joue aucun rôle opérationnel ; tous ses droits sont transférés aux sociétés Unidata Management comportant les trois Directeurs Généraux des trois partenaires qui doivent prendre toutes décisions à l'unanimité.

– Elle est attachée essentiellement aux filiales étrangères situées hors des territoires nationaux et ne possédera qu'une participation symbolique de 20 % dans les filiales commerciales françaises, allemandes et hollandaise. Son action se limitera donc aux problèmes et aux mouvements financiers des filiales étrangères car il est bien évident que CII, Philips et Siemens assumeront des responsabilités totales pour les sociétés commerciales nationales.

Cette société holding a donc une vue très partielle des problèmes financiers de l'association et ne doit pas avoir de rôle propre.

Par ailleurs, le fonctionnement de l’association nécessite que sous les ordres des trois Directeurs Généraux, des groupes de travail centralisent les tâches communautaires ; ces tâches sont de quatre natures :

. politique

. planification technique et industrielle,

. contrôle de gestion,

. questions financières.

Il ne pouvait être question de disputer à Siemens le pilotage de la coordination commerciale du fait de l'importance de son réseau et de son chiffre d'affaires.

Les problèmes de planification technique et industrielle ne pouvaient, dans ces conditions, aller qu'à la CII. En effet, Philips ayant une très modeste participation dans l'informatique moyenne, il n'était pas concevable de confier la coordination technique et industrielle de cette part complexe à la Hollande.

Les Hollandais ont cherché, par la suite à obtenir la charge de centraliser les questions financières et économiques, y compris le contrôle de gestion.

Cette répartition ne nous a pas paru acceptable car elle aurait donné à la CII un rôle insuffisant ; il convenait donc de négocier avec les Hollandais la reprise d'une des deux fonctions financière et économique par notre compagnie.

Il était évident qu'il était plus intéressant et plus logique de revendiquer le contrôle de gestion ; en effet, le contrôle de gestion associé à la planification est, en lui-même, le fondement de la conduite d'une affaire et, de plus, le contrôle de gestion d'Unidata s'appliquera à la totalité de l'association, alors que la holding financière a un rôle limité comme il est dit au paragraphe précédent.

Arguant de l'impossibilité de couper la planification du contrôle de gestion, nous avons réussi à obtenir satisfaction, avec l'appui de Siemens.

Demander aujourd'hui une modification à l'accord pour localiser la holding financière à Paris revient à proposer aux Hollandais de permuter les fonctions de coordination entre Philips et CII ; comme il est dit plus haut, il n'est pas possible de confier aux Hollandais la planification technique et industrielle, et il faudrait donc échanger seulement le contrôle gestion contre le management financier et la holding.

La présentation de cette demande est difficile :

– Elle va à l'encontre des positions longuement défendues par la CII sur l’impossibilité d'isoler la planification du contrôle de gestion.

– Elle nous semble aller à l'encontre de nos intérêts, le contrôle de gestion nous paraissant devoir donner un moyen d'action beaucoup plus efficace sur l'association, que la responsabilité financière des filiales.

- Elle sera difficilement admise par Philips qui n'admettra pas l'échange des fonctions hollandaises de l'accord contre une partie des fonctions françaises.

On ne voit pas d'autre compensation qui puisse être offerte à Philips pour obtenir le retour de la holding dans l'orbe française. C'est la raison pour laquelle la négociation suggérée à toutes chances d'être infructueuse ou de remettre en cause l'accord lui-même.

Il nous semble que les avantages recherchés par le Gouvernement sur le plan financier puissent être négociés par une autre voie.

L'accord tripartite mentionne que les parcs des matériels en location dans les pays étrangers seront normalement financés par des sociétés de leasing ; par ailleurs, la CII est seule à avoir établi, et à utiliser systématiquement, un dispositif particulier pour le leasing de ses produits ; sur leurs territoires nationaux, Siemens et Philips paraissent utiliser rarement le leasing et portent généralement eux-mêmes le poids des parcs en location.

Les conditions semblent donc assez favorables pour proposer à nos partenaires une extension du rôle de la Cilomi ; il serait assez facile de mettre la question en avant en faisant valoir que le Gouvernement français, initiateur de la Cilomi, s'est étonné que l'accord tripartite n'ait pas tenu compte de son existence.

Nous pourrions essayer d'intéresser nos partenaires à la société en leur suggérant éventuellement que la holding financière prenne une participation dans celle-ci, ou dans une filiale spécialisée dans les opérations hors de France, à créer. Notre politique tendrait, à ce moment, à faire de cette société un outil, sinon exclusif, tout au moins préférentiel entre les mains d'Unidata pour traiter les questions financières attachées au leasing, au-delà des frontières françaises.

La Cilomi, directement ou par sa filiale éventuelle située à Paris, serait donc le siège de mouvements de capitaux importants et, du fait de son caractère international, pourrait plus aisément être mise en Bourse.

En plus de ces dispositions destinées à favoriser la place financière de Paris, il serait entendu que la CII s'opposerait à toute extension du rôle de la holding tel qu'il est actuellement défini. En particulier, au cas où de nouvelles activités seraient mises en commun, nous nous opposerions à ce que la holding actuelle reçoive la charge de rassembler les participations.

Il nous semble certain, d'ailleurs, que dans un tel cas la CII serait appuyée par Siemens qui ne tient certainement pas à voir l'association passer progressivement dans l'orbe de Philips.

4. Si les dispositions précédentes paraissent acceptables aux Pouvoirs Publics, il conviendrait que l'approbation de l'accord tripartite ne soit pas subordonnée à l’achèvement de la négociation concernant la Cilomi ; en effet, nos partenaires sont très anxieux de ne pas avoir reçu confirmation de cette approbation, et nous ne pensons pas que le fait de subordonner cette approbation à la mise au point de l'utilisation de la Cilomi soit politiquement favorable.

Par ailleurs, la mise au point de modalités de fonctionnement de ce nouveau secteur de crédit-bail qui lui permettent de se comparer avantageusement aux organismes implantés à l'Étranger, nécessite certains délais d'étude, notamment auprès des services compétents du Ministère de l'Économie et des Finances et de la Banque de France.

Il nous semble, en conséquence, que la lettre d'approbation des Pouvoirs Publics devrait simplement mentionner, avec beaucoup de fermeté, l'importance que le Gouvernement français attache aux opérations de leasing et à l'emploi de la Cilomi, outil spécialement développé par lui pour servir l'informatique française en France et à l'Étranger.

 

15 septembre 1973 : lettre de A. Roux à M. Barré, pour signifier son refus de s’associer à la signature de l’accord Unidata.

Monsieur le Président,

Il vous a été clairement précisé, par ma lettre du 26 juin au Président RICHARD qui vous a été communiquée par celui-ci, comme par mes représentants aux Conseils FININFOR des 19 et 26 juin dernier, que le Groupe CGE refuserait de s'associer à la signature de l'accord CII/SIEMENS/PHILIPS dans la forme qui lui était soumise et ne se considèrerait pas comme engagé par l'accord ni par ses prolongements ultérieurs.

Vous avez cependant jugé bon, le 4 juillet, de signer ce document sans tenir aucun compte de la position de notre Groupe. Le texte de l'accord fait notamment apparaître, à l'annexe IV, des engagements explicites de la CGE, en qualité de société-mère, à l'égard de PHILIPS et SIEMENS, engagements auxquels vous saviez que je ne suis pas disposé à souscrire.

Je ne peux que prendre acte de la situation ainsi créée, dont il m'appartiendra de tirer ultérieurement toutes les conséquences. D'ores et déjà, je vous confirme que le Groupe CCE rejette tout engagement de quelque nature qu'il soit, lié directement ou indirectement à l'accord en cause et n'apportera pas son soutien aux opérations en découlant.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression, de mes sentiments distingués.

Suite à cette lettre, M. Barré rendra visite à M. Pébereau pour examiner les mesures à prendre en ce qui concerne la rédaction de l’Annexe 4 de l’accord Unidata, dans laquelle la CGE est mentionnée comme Compagnie-Mère, avec les engagements que cela suppose. Après explications, M. Pébereau a souhaité un délai pour prendre une position définitive. Tout n’est pas perdu ?

 

17 septembre 1973: conférence de presse CII à l’occasion du SICOB.

Au cours de cette conférence, le président Barré, M. Gest, directeur général, et MM. Gaudfernau et Guichet, directeurs généraux adjoints, ont présenté le bilan des douze derniers mois de l‘activité de la CII devant une cinquantaine de journalistes de la grande presse et de la presse technique.

Nous reproduisons ci-après de larges extraits des exposés et des réponses faites aux questions des journalistes.

M. Barré

La CII parmi les cent premières entreprises françaises

1973 marque donc la fin d’une première période de la vie de la CII. Notre Compagnie a crû avec rapidité ; les chiffres d’affaires de 1967 à 1972 le montrent : 234, 285, 367, 509, 655, 820 millions de France, et cette année nous espérons dépasser le milliard. Cette croissance permet à la CII de se placer parmi les cent premières entreprises françaises au point de vue dimension. Elle a atteint le seuil de rentabilité. Ses confrères étrangers la considèrent manifestement comme un interlocuteur valable. Les objectifs des créateurs du plan calcul ont donc été atteints. Les sarcasmes du début se sont affaiblis faisant place aux critiques justifiées parfois, parfois aussi constructives. Aussi pouvons-nous nous en féliciter.

Poursuivre l’expansion de la CII

Mais il n’est pas question que satisfaits du devoir accompli nous nous laissions porter à une vitesse de croisière ; la situation requiert autant de dynamisme que dans le passé. Il est en effet nécessaire de poursuivre l’expansion de la CII. Du fait de l’amélioration continuelle du rapport performances/prix des matériels sur le marché, le volume d’activité doit augmenter. La complication croissante des matériels et des softwares exige des dépenses préparatoires de plus en plus longues pour les amortir.

La cadence de l’expansion de la CII sur le marché français ne peut se poursuivre indéfiniment, et les entrées sur les marchés étrangers sont difficiles, en raison des investissements humains et matériels que cela entraîne. Aussi est-il impossible de faire un tel effort simultanément en beaucoup de pays du monde. Il était donc évident qu’une union était nécessaire. D’autres constructeurs se heurtant aux mêmes problèmes et impératifs ont abouti aux mêmes conclusions : c’est cela qui a fait naître UNIDATA.

Trois objectifs pour la CII

A partir de maintenant la CII va avoir une action et des objectifs qui s’inscrivent dans un cadre qui contient UNIDATA.

Assurer la réussite d’UNIDATA

Le premier objectif est d’assurer la réussite d’UNIDATA. C’est une opération difficile sur le plan technique – il s’agit de rapprocher des produits différents –, sur le plan commercial – nos organisations doivent être amenées à coopérer alors qu’elles étaient concurrentes pendant des années –, et sur le plan humain, avec des différences de langues et d’habitudes. Ces problèmes rencontrés par les entreprises qui fusionnent ne pourront être réglés autoritairement car nous appartenons à un système de communauté où les décisions sont prises à l’unanimité. Même si certains pensent que pour ces raisons UNIDATA risque d’être un échec, nous sommes quant à nous persuadés que pour UNIDATA le succès est possible, car nous sommes condamnés à réussir.

Assurer les positions françaises dans UNIDATA

La CII en second lieu va devoir défendre les positions françaises à l’intérieur d’UNIDATA. Non pas sous l’aspect d’une concurrence interne qui n’est pas de mise, mais en faisant en sorte que les capacités techniques et industrielles françaises puissent trouver leur plein emploi dans UNIDATA. Ceci suppose que CII puisse être soutenue par un entourage industriel cohérent qui l’assiste dans cette mission. Cet appui industriel trouvera sa récompense dans les avantages que retirera l’industrie française de la présence de la CII à l’intérieur de UNIDATA.

Développer l’informatique spécialisée et la péri-informatique hors UNIDATA

La CII enfin devra promouvoir dans les meilleures conditions l’informatique spécialisée et la péri-informatique qui ne sont pas compris dans les accords UNIDATA. Ces domaines qui vont être rassemblés prochainement dans une société filiale, disposent d’une force appréciable sur le marché français, et nous pensons qu’il convient de faire le maximum pour les développer et les renforcer.

Voilà nos objectifs actuels. J’espère qu’en 1974 nous pourrons vous apporter des témoignages de la réussite de nos intentions. Il serait en effet très satisfaisant que nous aboutissions à une véritable coopération européenne dans laquelle la France aura un rôle de partenaire à part entière et où elle pourra tirer le bénéfice de tous les efforts de la CII et de ses créateurs.

 

M. GEST

La CII a connu cette année une période d’expansion soutenue

L’année qui s’est écoulée depuis le dernier Sicob a été pour la CII une période d’expansion soutenue, malgré un contexte de concurrence sévère, un marché perturbé par les fluctuations monétaires et des conditions d’exploitation marquées par l’inflation.

Expansion en continuité avec les années précédentes : 820 millions de chiffre d’affaires en 1972, soit 25 % de plus qu’en 1971 ; et plus d’un milliard de francs prévu pour 1973, en augmentation de plus de 25 % sur le chiffre d’affaires 1972. L’activité attachée à la ligne 4004 de Siemens que nous avons reprise au début de 1973 majorera ce chiffre de quelques dizaines de millions de francs. Cette expansion est due essentiellement aux matériels civils, qui constituent 90 % de l’activité industrielle de la CII. Elle se traduit par une augmentation rapide du parc : plus de 900 ordinateurs installés en France et à l’étranger fin 1972, environ 1 500 fin 1973. En ajoutant les matériels en portefeuille, c’est à un total de plus de 2 000 ordinateurs livrés ou en commande que l’on aboutit à la fin 1973.

En 1973, progression de 40 % pour le parc CII des moyens et grands systèmes

En ce qui concerne les systèmes moyens et grands de la gamme IRIS, le parc informatique de la CII aura progressé de plus de 40 % en 1973. Nous avons en effet assuré en France plus de 20 % des livraisons des moyens et grands ordinateurs en 1972. En ce qui concerne notre part du parc français, il faut remarquer que nos livraisons sont devenues significatives que depuis 1969. Malgré ce caractère très récent de notre parc, la progression n’en est pas moins très sensible : pour 10 % du parc français à la fin 1972, nous prévoyons pour fin 1973 plus de 15 %, en tenant compte du parc des matériels 4004 de Siemens dont nous avons désormais la responsabilité.

Pénétration importante dans le secteur privé et développement de la téléinformatique

Le champ des applications s’est largement accru, et des efforts particuliers ont été faits suivant deux axes, celui des entreprises privées d’une part, celui des réseaux de téléinformatique d’autre part. En ce qui concerne le secteur privé, notre pénétration s’y est largement diversifiée, bien que seule une part de ce marché nous soit accessible étant donné la puissance relativement élevée de nos ordinateurs. Nous avons ainsi touché des domaines aussi variés que la sidérurgie, l’alimentation, les industries mécaniques, l’électronique professionnelle… sans oublier les sociétés de services.

Présence commerciale de la CII dans 40 pays

A l’étranger, après un début d’année rendu difficile à cause du fléchissement du dollar, la situation s’est améliorée et le chiffre d’affaires, supérieur à celui de 1972, restera proche de 20 % du total de l’activité civile.

L’action commerciale se développe actuellement dans une quarantaine de pays ; en dehors des pays de l’Europe de l’ouest et de l’est , d’Afrique noire et d’Amérique du sud où nous menons une action commerciale depuis plusieurs années, de nouveaux marchés se sont ouverts. Je citerai en particulier :

- la Pologne, pays dans lequel nous avons signé avec l’Union Mera un contrat de coopération industrielle ; ce groupe nous apportera son assistance pour promouvoir en Pologne les systèmes Iris.

- la Hongrie. Dans le cadre de notre contrat de coopération signé l’an passé avec l’industrie hongroise, nous avons reçu commande de plusieurs Iris 50, ce qui ouvre le marché hongrois de l’informatique de gestion à nos matériels, notre pénétration commerciale importante en Hongrie s’étant limitée jusqu’à présent aux petits ordinateurs.

- l’Afrique et le Moyen-Orient. Nous avons mené une prospection active et prometteuse au Moyen-Orient. Nous avons enregistré des commandes en Égypte et en Syrie, ainsi qu’en Tunisie et en Algérie. Dans ce dernier pays nous créons une agence CII. Cette pénétration commerciale s’effectue pour une part dans des pays où ne sont pas encore implantés les partenaires d’UNIDATA.

La grande compétitivité des matériels Iris est l’un des éléments moteurs de l’expansion de la CII

Un des éléments moteurs les plus importants de notre expansion réside dans la grande compétitivité de notre gamme Iris. L’architecture, la technologie, le software de cette gamme étaient très en avance au moment de leur introduction sur le marché.

Ces produits disposent d’un potentiel d’améliorations important dont nous avons profité déjà dans le passé, et dont nous profiterons encore dans l’avenir. C’est ainsi qu’après une importante amélioration des performances de l’iris 60, après la mise au catalogue de l’Iris 55, nous allons présenter un dispositif d’accélération de l’Iris 80 ; par l’introduction d’instructions spécifiques, notamment dans le domaine de la gestion, nous obtiendrons une plus grande vitesse de traitement. Sur le plan du software, d’importants travaux d’amélioration ont été réalisés, et les démonstrations présentées au Sicob montrent que les produits dernièrement annoncés, gestion de bases de données et téléinformatique en particulier, sont opérationnels.

De nouveaux périphériques magnétiques au catalogue

Nous construisons en série des périphériques magnétiques : unités de disques MD 100 d’une capacité de 100 millions d’octets, et dérouleurs de bandes magnétiques PEN 21. Ces matériels équipent dès à présent les systèmes livrés en clientèle.

A partir de cette compétence industrielle que nous avons acquise, d’autres développements dans ce domaine suivront.

Des moyens humains et industriels accrus

Pour réaliser notre expansion, nous avons dû accroître nos moyens industriels. Une nouvelle tranche de construction lancée en 1973 à Toulouse est en voie d’achèvement, portant la surface industrielle de l’usine à plus de 40 000 m². Nous pourrons ainsi y transférer totalement la production en série des Iris 80 qui jusqu’à présent était assurée en grande partie en région parisienne. Nous allons aussi installer au Vaudreuil – ville nouvelle près de Rouen – notre école de maintenance.

Ces opérations de décentralisation nous permettent de dégager sur Paris les surfaces qui nous sont nécessaires pour permettre l’accroissement de nos effectifs en région parisienne : commerciaux, technico-commerciaux et effectifs d’après-vente.

Les effectifs de la CII – 7 500 personnes fin 1972 – atteindront 8 400 à 8 500 personnes fin 1973. Sans compter l’apport des effectifs de la division informatique de Siemens, l’augmentation des effectifs correspond en fait à une augmentation de 8 %, chiffre raisonnable en regard de l’expansion de la société.

Une structure financière satisfaisante

Les résultats de la CII ont été bénéficiaires en 1972, de même que ceux de la CILOMI – société de financement de nos matériels en location – dont c’était le premier exercice social.

L’important effort d’investissements fait en 1972 est maintenu en 1973, laissant cependant une structure financière satisfaisante : le fonds de roulement net – c’est-à-dire capitaux permanents diminués des immobilisations – couvre actuellement environ 60 % de nos valeurs d’exploitation.

Ceci ne doit pas faire perdre de vue les problèmes que doit maîtriser toute entreprise informatique : l’effort de renouvellement technologique suffisamment rapide et le maintien de la compétitivité de nos produits exigent en effet une production suffisamment importante pour amortir les dépenses d’études, de développement et d’industrialisation ; d’autre part nous devons améliorer sans cesse la productivité grâce en particulier à l’allongement des séries de production. Cela implique que l’entreprise accède rapidement à une certaine dimension, ce qui exige d’importants investissements notamment pour pénétrer sur les marchés extérieurs, seuls garants à terme de notre expansion.

L’association UNIDATA par la mise en commun des moyens et la rationalisation des efforts, par le volume qu’elle représente dès à présent, nous permettra d’accéder plus rapidement à ce stade.

 

M. Gaudfernau

UNIDATA est une réalité commerciale, technique et industrielle

… UNIDATA n’est pas seulement un ensemble de projets et d’objectifs à long terme, mais une réalité commerciale, technique et industrielle ; aussi les négociations entre les trois partenaires avaient-elles pour but non seulement d’établir certains principes, mais avant tout de préciser des modalités de fonctionnement en partant des données actuelles. Sur le plan commercial, UNIDATA aura installé fin 1973 quelque 20 000 petits ordinateurs et 3 000 systèmes informatiques moyens.

UNIDATA est au 3ème rang en Europe de l’ouest pour les ordinateurs installés (près de 9 % du parc), derrière IBM et CHB, et sensiblement au même niveau qu’ICL. Avec toutefois 12 % des livraisons en 1972, UNIDATA arrive en deuxième position et cette pénétration se confirme cette année, puisque les livraisons UNIDATA augmentent plus vite que ne croît le marché. En 1973, UNIDATA représente environ deux milliards et demi de francs de livraison d’ordinateurs pour le seul domaine de la gestion et du calcul scientifique, soit une progression de plus de 25 % sur 1972.

35 000 personnes sont affectées à ces activités, dont 8 500 pour les études et le développement. L’action commerciale couvre aujourd’hui une quarantaine de pays, dont une tentaine avec des implantations permanentes. Par ailleurs, 14 installations industrielles sont réparties en Europe, et plus particulièrement en France, Allemagne, Hollande et Belgique.

La mise en place des structures communes sera progressive

Dès à présent, sans attendre la création des " Compagnies de Direction UNIDATA ", des groupes permanents sont constitués qui prennent en charge les fonctions nécessaires en matière de politique des produits, études, commerce et gestion.

Dans cette mise en place, il importe en tout premier lieu de développer au maximum les lignes de produits actuelles qui continuent à évoluer techniquement et pour lesquelles il est essentiel de poursuivre et d’étendre nos efforts commerciaux.

Un catalogue commun

Les partenaires n’ont pas attendu la signature des accords – et ceci confirme la confiance dans l’aboutissement des négociations – pour mettre au point les principes et lancer les études nécessaires à la constitution d’un catalogue commun d’ordinateurs. La phase de conception de ces produits est achevée et celle du développement et de l’industrialisation est en cours.

En matière de software, nous assurons la compatibilité avec les produits actuels ; ainsi pour les matériels CII, les softwares des futurs ordinateurs seront élaborés par filiation à partir des produits actuels, apportant aux utilisateurs la continuité dans les programmes d’applications.

Un réseau commercial unifié

Pour tenir compte des situations particulières à chaque pays, il n’y aura pas de solution globale mais une mise au point pays par pays. Cela demandera dans certains cas plusieurs étapes, et l’ensemble des organisations commerciales de UNIDATA ne se stabilisera – selon les principes directeurs de l’accord – que dans plusieurs années.

Péri-informatique

Pour les systèmes vendus dans son réseau commercial unifié, UNIDATA fera appel non seulement au catalogue commercial qui couvrira unités centrales, périphériques et software, mais aussi à des matériels de péri-informatique : périphériques lointains, terminaux spécialisés, équipements de transmission de données… Nous espérons qu’UNIDATA fera appel aux équipements de péri-informatique de la CII au même titre qu’à ceux d’autres industriels français ; tous devraient ainsi bénéficier de la création d’UNIDATA, premier pas de l’informatique européenne.

 

M. Guichet

L’informatique spécialisée et la péri-informatique, qui restent en dehors de l’accord UNIDATA, correspondent à trois domaines : les petits ordinateurs, le domaine militaire, spatial et aéronautique, et la commutation téléphonique.

 

Les petits ordinateurs

Nos objectifs sont atteints aujourd’hui : nous avons actuellement 400 Mitra 15 qui fonctionnent en clientèle, nous en avons 400 en commande ou engagés. Les délais de livraisons ont été ramenés à quatre mois pour les petites configurations, à six pour les configurations importantes.

Le chiffre d’affaires réalisé en 1973 par la division des petits ordinateurs sera de 130 millions de francs (dont 30 millions provenant de la commercialisation par les autres organisations commerciales de la CII). Nous comptons à peu près 40 % de ventes en OEM, c’est-à-dire aux sociétés d’engineering et de services, et 60 % de ventes directes.

L’année a cependant été troublée par la baisse du dollar, favorisant nos concurrents américains sur le marché français. La politique de réduction continue de nos prix industriels s’est traduite en particulier par des baisses sur les mémoires à tores et les périphériques. Jointe à une amélioration de productivité, elle nous a notamment permis d’annoncer une baisse de 25 % sur les mémoires du Mitra et de 5 à 10 % sur l’unité centrale et les principaux périphériques.

L’action commerciale s’est maintenue dans le domaine traditionnel des automatismes techniques et industriels (45 % du chiffre d’affaires de la division). Nous avons continué notre effort dans le domaine téléinformatique (terminaux multifonctions, concentrateurs de données) qui représente 35 % de nos ventes Mitra 15. Nous avons réalisé cette année des connexions de Mitra 15 aux matériels CII, Siemens, IBM, Univac, CDC. Aussi, avec Mitra 15, sommes-nous candidats pour être fournisseurs d’UNIDATA au même titre que les autres constructeurs français de péri-informatique.

Le domaine du traitement de transactions que nous avons abordé cette année (10 % du CA) nous paraît promis à un développement important.

Le domaine militaire, spatial et aéronautique

Cette activité, menée depuis les débuts de la CII, a deux facettes : le développement du matériel informatique militaire et celui de systèmes informatiques spécialisés utilisant du matériel civil ou militaire. Ceci représente en 1973 un chiffre d’affaires de 130 millions de francs, dont 100 millions pour le matériel militaire.

Les matériels militaires commercialisés sont l’Iris 35 M qui a été adopté par l’Armée de Terre et la Marine, l’IRIS 55 M, produit militaire de même niveau que l’Iris 55 et retenu cette année par la Marine pour le programme naval, et enfin le 15 M. Annoncé cette année, le 15 M est la militarisation du Mitra 15 avec lequel il est entièrement compatible ; de très nombreux débouchés existent pour ce matériel au niveau des trois armes. La CII est actuellement le seul constructeur européen disposant d’une ligne de produits militaires compatibles avec des matériels civils. Aussi allons-nous intensifier notre action à l’exportation.

Pour les systèmes informatiques, la CII suit un certain nombre de filières : l’acquisition de mesures et les simulateurs, le contrôle du trafic aérien, les systèmes d’aide au commandement. Quelques exemples : la CII a réalisé l’automatisation des fonctions de contrôle du trafic aérien en France avec sept ordinateurs 10070, et au Danemark ; elle a obtenu cette année, derrière Thomson maître d’œuvre, la partie informatique du système de contrôle aérien au Brésil, et d’autres perspectives très intéressantes s’ouvrent dans d’autres pays européens.

 

La commutation téléphonique

Nous avons indiqué au cours de la conférence de presse de l’année dernière que, dans le cadre du projet du système de commutation téléphonique E 12, la CII s’était vu confier par sa maison mère CGE la réalisation du système informatique.

Nous avons avancé de façon très satisfaisante les études et développements, et nous livrerons à la fin de cette année les premières versions fonctionnelles de l’ordinateur spécialisé réalisé pour ce système. En 1974, nous livrerons les premiers prototypes et le software spécifique. Cette opération ouvre à la CII un secteur très prometteur dans lequel la Compagnie pense pouvoir se développer dans le sens de la politique des PTT.

Ces trois domaines d’activité correspondent en 1973 à un chiffre d’affaires global supérieur à 250 millions de francs et à une force technique et commerciale de 1 200 personnes, l’activité " fabrication " restant assurée par la division de production de la CII.

 

Réponses aux questions des journalistes (extraits)

M. Aboaf (Associated Press) : le schéma d’UNIDATA ne serait-il pas rendu encore plus complexe par l’entrée éventuelle d’ICL ?

C’est une question qui n’est pas d’actualité. Je pense que rien n’est définitif, et que l’introduction d’un quatrième ou d’un cinquième partenaire conduira à la révision d’un certain nombre de dispositions, mais sans modification profonde du dispositif mis en place.

Jacques Jublin (Les Échos) : vous avez dit que la CII a franchi le seuil de la rentabilité en 1970. Pouvez-vous nous dire sur quelles bases est calculée votre rentabilité, et si vous tenez compte dans son évaluation des crédits d’études qui vous sont accordés ?

Il s’agit bien entendu d’un seuil de rentabilité qui tient compte des marchés d’études du gouvernement. Compte tenu de la situation actuelle de la plupart des entreprises européennes dans la même profession, ce genre d’assistance est nécessaire. Il existe un Plan Calcul allemand et vous avez pu voir dans les journaux il y a quelques jours que nos confrères anglais avaient reçu de leur côté une assistance qui est loin d’être négligeable.

Gérard Pasturel (L’Usine Nouvelle) : quelles sont les raisons qui retardent aujourd’hui la création effective de la société qui prendra en compte les produits hors UNIDATA ?

Il n’y a pas de retard et il n’y a pas d’urgence ; rien ne s’oppose à sa création. Il est probable que toutes les opérations juridiques seront terminées à la fin du dernier trimestre.

Jean-Michel Sauvage (Les Informations) : pouvez-vous nous donner des précisions sur les raisons pour lesquelles les petits ordinateurs CII n’ont pas été inclus dans l’association UNIDATA ?

Parce que le Mitra 15 est un produit qui n’a pas été développé pour l’informatique de gestion. Il n’est pas vendu comme ordinateur de bureau. C’est la raison pour laquelle le Mitra 15 reste en dehors de l’association UNIDATA et continuera d’être largement utilisé pour les automatismes, les transactions et toutes les applications qui sont étrangères à la gestion et le calcul scientifique. En revanche, il peut être utilisé comme un terminal lourd. UNIDATA pourra donc placer des Mitra 15 comme terminaux mais seulement dans la mesure où ils seront compétitifs par rapport aux autres terminaux français ou même étrangers.

Pierre Schaeffer (Électronique Actualités) : quelle est actuellement la valeur du parc installé pour l’ensemble UNIDATA si l’on enlève les petits ordinateurs de bureau ?

Cela fait environ 3 000 systèmes. Mais je me permets d’insister sur le fait que les livraisons de cette année donneront un chiffre de 2,5 milliards de francs. Il est bien évident que le parc est le reflet d’une activité qui s’est étendue sur de longues années. Les sociétés anciennes ont donc des parcs importants. Les livraisons de l’année sont beaucoup plus significatives de l’effort instantané. C’est pourquoi nous nous attachons à vous donner les deux chiffres : le parc installé où nous avons une position faible étant donné la jeunesse de la CII, et les livraisons de l’année où nous avons une position qui commence à devenir assez importante.

 21 septembre 1973 : article de Michel Jobert, Ministre des Affaires Étrangères, paru dans l’Agence Nouvelle.

" Le rôle capital qui est déjà celui de l’informatique dans les sociétés modernes conduit les États à dresser la structure même de cette branche industrielle pour corriger, autant que possible, les inégalités que l’histoire et la technologie ont développées bénéfice d’un pays, voire même d’une entreprise. Nombre de gouvernements, tant en Europe qu’au Japon, ont ainsi réagi et soutenu vigoureusement leurs industries nationales. Mais il est évident qu’en dépit de leur réussite des politiques purement nationales ne permettraient pas d’atteindre l’objectif poursuivi : les conditions particulières de la concurrence sur ce marché, l’immensité des moyens techniques, industriels et financiers nécessaires exigent des principales sociétés européennes la réunion de leurs efforts pour que puisse être constitué un groupe industriel ayant une véritable dimension internationale. Ceci a été fait cette année. En créant récemment UNIDATA avec l’encouragement des gouvernements, les firmes CII, Siemens et Philips ont esquissé le premier groupe européen d’informatique. "

 

24 septembre 1973: réponse de Jim Binger aux propositions françaises, au cours d’une réunion où se trouvent le ministre, ses principaux collaborateurs, Jean-Pierre Brulé et Ambroise Roux.

J. Binger propose une formule où Bull aurait trois actionnaires : un américain (Honeywell), un français (CMB + éventuellement les actionnaires de la CII qui le désireraient) et un autre européen (une banque allemande par exemple). Aucun des trois ne serait majoritaire seul ; le troisième aurait une petite participation, suffisante pour éviter aux deux autres les risques connus d’un actionnariat à 50/50.

Le ministre déclare qu’il lui paraît politiquement indispensable que l’actionnaire français soit majoritaire. Ce qui entraîne une réponse indirectement négative de J. Binger. Pour lui, il faut organiser l’association franco-américaine non pas à partir de critères politiques, mais sur une base d’entreprise efficace et compétitive pour de longues années.

 

8 octobre 1973 : Cercle des Utilisateurs (Actualités CII n° 2)

Le Cercle des Utilisateurs communique la création du premier groupe décentralisé à l’échelle d’une région, le groupe Rhône Alpes, constitué officiellement à Lyon le 8 octobre.

Sa présidence a été confiée à M. Gérard Bassi, chef du service calcul et automatisme au CNRS de Grenoble, et la vice-présidence à M. Michel Legorgeu, directeur délégué d’Eurinfor.

La séance inaugurale s’est déroulée au Novotel de Bron en présence de M. Gravot, président du Cercle des utilisateurs, de M. Corge, vice-président, de M. Gest, directeur général de CII et de nombreuses personnalités locales. D’autres groupes régionaux seront prochainement mis en place dans d’autres régions. Cette décentralisation répond au désir des utilisateurs de province qui souhaitent une concertation de caractère régional.

 

15 octobre 1973: lettre introductive de Christopher Layton, directeur pour les affaires industriels et technologiques des Communautés européennes à Maurice Allègre et projet de résolution.

Cher Monsieur Allègre,

En attendant notre rencontre le 25 octobre, je vous envoie un projet de Résolution du Conseil que j’aimerais bien discuter avec vous. Ce texte confidentiel est évidemment communiqué à titre personnel.

PROJET DE RÉSOLUTION DU CONSEIL

CONCERNANT UN EPOLITIQUE COMMUNAUTAIRE DE L’INFORMATIQUE

Le Conseil des Communautés européennes,

Conscient de l’importance que revêt l’informatique pour le développement de la Communauté et sa position dans le monde ;

Constatant que pour s’épanouir, une industrie européenne de l’informatique doit reposer sur l’existence de puissantes sociétés indigènes dans le double domaine du hardware et du software, pour réaliser l’équilibre concurrentiel par rapport aux importantes sociétés contrôlées depuis l’extérieur de l’Europe et que les unes comme les autres peuvent prospérer dans le cadre d’un marché en expansion ;

Convaincu qu’il est possible à la fois de renforcer l’industrie et de faire un usage plus efficace et plus économique des ressources publiques, par la coordination des achats publics et la coopération, ou l’action commune dans le domaine des applications d’intérêt commun ;

Soulignant les efforts déployés jusqu’ici pour renforcer la partie indigène de l’industrie grâce à des associations entre grands producteurs et entendant fournir tous les encouragements nécessaires aux actions ultérieures de ces sociétés en vue de la combinaison de leurs efforts ;

a convient que la Communauté entreprendra et financera en commun un nombre restreint de grands projets de développement de caractère international dans les domaines des applications, ces projets étant suivis par d’autres projets à mesure que les besoins se feront jour ;

b prendra en considération des propositions sélectives appropriées présentées par la Commission en vue d’une aide financière commune destinée à soutenir des développements industriels menés en collaboration dans des domaines clés, à commencer par les composants électroniques, les périphériques et le software, et par la suite, au moment approprié, dans le domaine des unités centrales ;

c prend acte du fait que la Commission, après consultation des instances appropriées, présentera en 1974 ses premières propositions détaillées de programme pour les actions citées aux points a et b en vue d’une décision du Conseil avant la fin de cette même année ;

d entend promouvoir une coordination des politiques nationales, notamment dans les domaines des achats publics, des normes et des applications, et charge la Commission de mettre en œuvre les procédures les plus appropriées en vue de la réalisation de ces objectifs ;

e considère enfin qu’il est souhaitable que ces premières mesures débouchent sur un programme pluriannuel plus systématique pour le développement et l’application de l’informatique, en particulier dès que l’évolution des structures industrielles le permettront, un objectif central étant de créer, pour le début de l’année 1980, une industrie indigène viable indépendante des aides publiques.

Note : voir ci-après, en date du 9 novembre, le télégramme reçu de l’Ambassade des Etats-Unis sur ce sujet.

 

19 octobre 1973: lettre d’Ambroise Roux (pdt de la CGE)  à Paul Richard (pdt de Thomson-CSF)

" Par ma lettre du 26 juin dernier vous confirmant l’état de mes lettres antérieures, je vous avais clairement indiqué de la manière la plus nette mon opposition à la signature de l’accord projeté entre CII, Siemens et Philips tout en marquant clairement que si Thomson passait outre à cette opération, la CGE ne pourrait en aucun cas se considérer comme engagée par un tel accord ni par ses prolongements ultérieurs et qu'elle se réserverait d'en tirer toutes les conséquences. Cette position a été confirmée par les représentants de la CGE au conseil de Fininfor où, le 26 juin 1973, ils ont refusé d'approuver la signature de l'accord envisagé en explicitant leur vote négatif.

Il n'a été tenu aucun compte des mises en garde et l'accord a été signé le 4 juillet dernier. Cet accord s'étend à des domaines où la CGE, comme Thomson, jouit d'une bonne liberté d'initiative et pour lesquels par conséquent le leadership qui a été reconnu à Thomson par les conventions entre lui et les deux groupes ne peut s'exercer. En outre, non seulement cet accord a été conclu sans qu'au préalable aient été prises les précautions élémentaires indispensables à la protection des intérêts de la CGE mais les dispositions mêmes qui ont été retenues ont pour effet de causer à notre groupe un lourd préjudice industriel et commercial et de compromettre le développement de la politique qu'il avait légitimement engagée, notamment sur le plan international.

Il place la CGE devant la situation paradoxale de voir les fonds importants qu'elle a consacrés au développement de la CII servir directement ou indirectement au financement d'activités concurrentes des siennes au bénéfice de ses principaux concurrents européens.

Je suis persuadé que, dans ces conditions, vous serez d'accord avec moi pour estimer que nos accords en matière d'informatique ont été délibérément méconnus. Ils n'ont plus de raison d'être et doivent être résiliés avec, pour conséquence, la dissolution de Fininfor et la fixation équitable des compensations pécuniaires qui sont dues à la CGE.

Je suis prêt à vous rencontrer pour traiter d’égal avec vous cette affaire sur ces bases. Au cas où vous estimeriez impossible de vous prêter à une telle négociation, je me verrai contraint d’utiliser l’ultime et seul recours dont je dispose et de saisir en arbitrage le président Huvelin. "

24 octobre 1973: lettre de Michel Barré à Paul Richard.

Objet : Approbation de l'Accord du 4 juillet entre SIEMENS, PHILIPS et CII

1. Je vous demande de bien vouloir trouver ci-joint une copie d'une lettre du Ministre de l'Économie et des Finances qui indique qu'il autorisera les investissements étrangers prévus par l'accord, sous trois conditions. Ces conditions sont soit conformes aux prescriptions générales du contrôle des changes, soit conformes à nos intentions.

Cette lettre ne constitue pas une approbation de l'accord du 4 juillet mais rentre dans le cadre des dispositions générales de la réglementation des investissements français à l'étranger.

2. La CII n'a reçu à cette date, aucune autre lettre émanant du Gouvernement approuvant l'accord du 4 juillet.

La Convention Plan Calcul précise dans son article 11 :

" La CII devra obtenir l'autorisation préalable du Délégué à l'Informatique pour conclure un accord quelle qu'en soit la nature, avec toute société ou groupe et en particulier avec une société étrangère...  "

Cette autorisation préalable aurait dû être obtenue avant la signature de l'accord ; elle vous a été donnée verbalement, ainsi qu'à moi-même, au cours de la visite que nous avons effectuée à M. CHARBONNEL le mercredi 26 juin. Elle n'a pas été confirmée par lettre.

3. Nous avons eu connaissance officieusement au cours du mois d'août, d'une lettre du 3 juillet, envoyée par M. CHARBONNEL à M. ALLÈGRE dans laquelle le Ministre déclare qu'il n'a pas " d'objection à voir donner à la CII l'autorisation préalable à la conclusion de l'accord ".

Toutefois, le Ministre ajoute :

" Il est entendu que cette autorisation ne vaut pas approbation du Gouvernement français au sens de l'article 5.7 de l'accord tripartite. Cette approbation devra être donnée en fonction de l'examen des conséquences ultérieures de l'accord… "

Enfin, M. CHARBONNEL termine sa lettre en disant que cet accord préalable ne saurait entraîner d'obligation de la part de l'État, concernant son éventuelle contribution financière à la CII.

M. ALLÈGRE ne nous a pas transmis l'autorisation préalable suggérée par le Ministre, et nous ne pouvons faire état de cette lettre.

4. L'accord tripartite du 4 juillet mentionne dans son article 5.7 que la mise en œuvre de l'accord sera suspendue en attente des approbations gouvernementales ou Communautaires, dans la mesure où celles-ci sont nécessaires.

En l'absence de l'accord préalable de la Délégation, nous ne pouvons donc mettre en œuvre l'accord tripartite.

5. En conclusion, la situation est la suivante :

- La CII aurait dû recevoir l'accord préalable suggéré par le Ministre au Délégué. Elle ne l'a pas reçu et on peut penser que ce sont les réserves que portait cette lettre qui ont paru à M. ALLÈGRE justifier son abstention.

- En l'absence de l'accord préalable, la CII n'est pas autorisée à mettre en œuvre l'accord tripartite.

- Il serait dangereux de pousser le Délégué à nous envoyer maintenant cet accord préalable alors que nous connaissons officieusement les réserves avec lesquelles le Ministre pouvait y souscrire.

– Etant donné le temps perdu et la gravité des décisions qui sont à prendre, il me paraît indispensable que l'autorisation préalable soit maintenant remplacée par une véritable approbation dans laquelle le Gouvernement s'engagerait à faire face, au côté des actionnaires de la CII, aux implications financières de l'accord tripartite.

– Lorsque cette véritable approbation aura été obtenue, l'accord du Ministère de l’Économie et des Finances prendra tout son sens en permettant l'exécution des clauses touchant aux investissements étrangers.

 

26 octobre 1973: Cercle des Utilisateurs (Actualités CII n° 3)

L’assemblée générale du Cercle des Utilisateurs s’est tenue à Versailles le 26 octobre au Trianon Palace. Dans le rapport présenté au nom du bureau, M. Jean-Paul Gravot, Président du Cercle, a dressé le bilan de l’action du Cercle au cours des derniers mois. Il a mis l’accent sur le développement du Cercle – lié à l’expansion de la CII – et sur l’indépendance de Cercle tant à l’égard de la CII que des pouvoirs publics.

Depuis l’assemblée générale de 1972, 28 réunions de groupes spécialisés ont eu lieu, auxquelles il faut ajouter 17 réunions de commissions. L’assemblée statutaire a été suivie d’un face à face animé sur le thème " la téléinformatique ", auquel ont participé des personnalités des domaines informatique, littéraire, bancaire et des télécommunications.

A l’issue de la séance statutaire, les membres du Cercle ont élu pour les représenter au Bureau : MM. Corge, Gravot, Lepidi, Meinadier et Roghe.

 

30 octobre 1973: lettre du ministre Jean Charbonnel à Paul Richard 

" Le 4 juillet dernier, la C.I.I., Philips et Siemens ont signé un accord d'association dans le domaine de l'informatique de gestion ( ... ). J'avais fait savoir par lettre du 3 juillet 1973 au Délégué à l'Informatique que je n'avais pas d'objection à ce qu'il donne à la C.I.I. l'autorisation préalable à la conclusion de cet accord. Par cette lettre, j'ai, bien entendu, précisé que cette acceptation ne constituait l'approbation gouvernementale prévue par les trois signataires (…), une telle approbation ne pouvant être donnée qu'après examen de l'ensemble, notamment sur les points suivants :

- solution à apporter aux questions concernant les produits et systèmes en dehors du domaine technique informatique ;

- modalités d'évaluation des actifs, en particulier des parcs en location des compagnies de vente locales;

- localisation du siège de la compagnie centrale.

J'ai par ailleurs souligné que cet accord ne saurait entraîner d'obligations de la part de l'État concernant son éventuelle contribution financière à la CII (…). Les premières indications fournies par la Délégation à l'Informatique et les éléments du rapport de la CII en vue de l'établissement d'un avenant à la convention mettent d'ores et déjà en lumière les besoins financiers considérables nécessaires dans les années à venir pour que la CII tienne son rôle au sein de l'association. Il s'agirait, d'une part, d'investir plus de 400 millions de francs pour que la CII dispose d'un potentiel commercial équivalant à celui de chacun de ses partenaires, ce qui impliquerait un apport de capitaux propres de l'ordre de 150 millions de francs. D'autre part, de consacrer près de 1 300 millions de francs entre 1975 et 1978 au développement technique des produits incombant à la CII (…) l'autofinancement couvrant à peine 20 % de ses dépenses, plus de 300 millions de francs par an autour de 1980 seraient alors à la charge des actionnaires et de l'État.

Or, face à ces perspectives, je constate que les actionnaires sont profondément divisés et je viens de prendre connaissance de la prise de position de M. Ambroise Roux qui, confirmant l'opposition de la CGE à la signature de l'accord du 4 juillet, souhaite résilier vos accords de 1969 relatifs à l'informatique et procéder à la dissolution de Fininfor. L'assise financière et industrielle de la CII se trouve donc remise en question. Au moment même où l'État, face à l'ampleur des moyens financiers à réunir, s'apprête à demander aux actionnaires l'effort qu'ils comptent apporter quant à eux. Vous comprendrez dans ces conditions que je ne sois pas en mesure de proposer au gouvernement de procéder à l'approbation de l'accord sollicité par la CII avant d'avoir pu préciser à nouveau les perspectives industrielles et financières de l'opération. Aussi, souhaiterais-je avoir le plus rapidement possible des précisions concernant votre position à l'égard de vos accords industriels en informatique avec la CGE et connaître la contribution financière que vous comptez apporter à la C.I.I. dans le cadre de l'accord passé avec Siemens et Philips ".

Paul Richard, Michel Barré, la Délégation à l’Informatique sont obligés d’informer Siemens et Philips de leur différent avec la CGE et le ministère. Officiellement, il n’y aura pas de commentaires. Mais le résultat sera désastreux. La confiance dans la CII est ébranlée.

octobre 1973 : Suite à la réunion du 24 septembre, Jean-Pierre Brulé fait étudier les conditions économiques à respecter pour tout accord éventuel entre Honeywell-Bull et CII :

En résumé :

- apport de personnel CII correspondant au ratio Bull CA/employé, reprise du reste du personnel par les actionnaires de CII sans licenciements.

- pas d’apport de l’usine de Toulouse.

- poursuite des subventions sur deux ans pour couvrir les divers coûts d’une fusion.

- apport en capital pour améliorer le bilan de Bull.

- réorientation de la délégation vers un rôle plus stratégique de promotion de l’informatique française.

Ces propositions sont transmises à la CGE, qui se dit mandatée par le ministère et qui les accepte pour la plupart.

Fin octobre, le ministère pose deux conditions précises : prendre l’usine de Toulouse avec le reste de la CII, et avoir une majorité française immédiate sur l’ensemble Bull. Honeywell, informé, refuse tout net.

 

octobre 1973: la quatrième tranche de travaux d’extension, représentant 12 000 m², vient de se terminer au centre de Toulouse.
C’est une surface de plus de 5 000 m² qui est ainsi mise à la disposition des moyens physico-chimiques pour la fabrication des circuits imprimés et la chaîne de dépôt automatique de cuivre ; elle permet aussi l’extension du hall de fabrication Mitra 15 et des magasins.

Au total, le centre de Toulouse représente maintenant 45 000 m² de surfaces industrielles et emploie 1 600 personnes.

 

 

novembre 1973: annonce du terminal TL 15.

Destiné au traitement par lots à distance, le TL 15 permet l’introduction de données et de fichiers à partir d’un lecteur de cartes, et la restitution des résultats sur l’imprimante du terminal, les traitements ayant lieu sur l’ordinateur central.

Ce terminal programmé est composé des éléments suivants :
- un organe de contrôle de 4 K mots de 16 bits muni d’un pupitre de commande et d’un coupleur de transmission,
- un lecteur de cartes à 300 cartes/mn,
- une imprimante 132 colonnes à 400 lignes/mn.

Travaillant en transmission synchrone semi-duplex, il est destiné à être utilisé sur lignes téléphoniques à 4 800 ou 9 600 bauds.
Le TL 15 est géré par le software RB 1 déjà utilisé sur la gamme des terminaux Mitra 15 T.

 

novembre 1973 : un bureau de coopération technique Videoton-CII fonctionne depuis ce mois à Budapest, avec M. Georges Ivanoff comme délégué permanent de la CII.

 

9 novembre 1973 : démarche américaine. Diffusion par le Service de Coopération du Ministère des Affaires Étrangères d’un télégramme reçu de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris, daté du 5 novembre.

" L’Ambassade des Etats-Unis a fait part au département, sur instructions, des préoccupations que suscite à Washington l’existence d’un projet de mémorandum de la Commission relatif à l’industrie des ordinateurs. Les autorités américaines s’inquiètent en particulier des intentions qui seraient exprimées dans ce document en ce qui concerne la possibilité d’apporter aux sociétés véritablement européennes, à l’exclusion des filiales de société étrangères, une assistance financière et d’imposer aux administrations publiques des états membres l’acquisition de matériels produits par ces sociétés européennes. "

13 novembre 1973: la querelle entre Thomson et CGE bat son plein.

Ambroise Roux fait alors appel à l’arbitre prévu pour régler les litiges entre les deux groupes, Paul Huvelin. Pour CGE, Thomson a commis un abus de pouvoir dans l’exercice de son leadership en informatique. Il faut donc dissoudre Fininfor. Voir à la date du 28 novembre l’argumentation de la C.G.E.

 

14 novembre  1973: assemblée plénière du Club de la Péri-Informatique.

Le président prend acte de la constitution d’Unidata mais interpelle le délégué à l’Informatique sur les règles à suivre dans les appels d’offres publics : " Fixez donc la règle que, dans tous les cas, les fournisseurs français de périphériques doivent être consultés lorsqu’il s’agit de gros systèmes, même si les produits des constructeurs français en cause ne figurent pas au catalogue Unidata ".

Le délégué à l’Informatique répond :

1 ) qu’il chercherait à faire figurer au catalogue d’Unidata le maximum de produits de la péri-infor-
matique française,

2 ) que le Club avait tort de s’affirmer dans un mouvement négatif contre Unidata ; " à long terme, dit-il, je ne donnerai pas cher des chance de la péri-informatique s’il n’existait pas une industrie européenne de la grosse informatique ".

 

18 novembre 1973 : Paul Richard, par une lettre à la CGE, dénonce officiellement les accords du 5 juin 1969, résiliation motivée par l’attitude de la CGE sur le téléphone.

Dans le même temps, Thomson entame une procédure d’augmentation du capital de Fininfor.

 

28 novembre 1973: note exposant l’argumentation de la C.G.E. à l’appui de sa demande d’arbitrage du 13 novembre.

OBSERVATIONS

La présente note constitue un exposé synthétique liminaire. La C.G.E. se tient, bien entendu, à la disposition de l'Arbitre pour lui apporter tous les éclaircissements et suppléments d'explications qu'il pourra souhaiter ou qui paraîtront nécessaires au vu des arguments qui seront produits par la Compagnie THOMSON. Il en est de même du dossier joint qui sera complété après production du dossier adverse et par toute pièce dont l'Arbitre désirerait avoir connaissance,

I – LES ACCORDS C.C.E./ THOMSON EN MATIÈRE D'INFORMATIQUE ET LEUR APPLICATION.

A. Les accords

1.Lors de la signature de leurs accords, le Groupe THOMSON et le Groupe C.G.E. se trouvaient: parallèlement engagés dans le domaine de l'Informatique par leur adhésion au Plan Calcul du 13 avril 1967 où il avait été décidé de confier à la COMPAGNIE INTERNATIONALE POUR L’INFORMATIQUE, par la réunion d'efforts jusque-là dispersés, la constitution d'une industrie nationale du calcul.. Les deux Groupes décidèrent en 1969, par les accords qui furent alors conclus, de confier à la Compagnie THOMSON le leadership dans I'Informatique – dont une définition limitative était donnée - pour la mise en œuvre du Plan Calcul. Le leadership de THOMSON devait s'exercer par l'entremise de FININFOR, Société où la Compagnie THOMSON était majoritaire et qui recevait la participation des deux Groupes dans CII (extrait des accords G.G.E./THOMSON, pages 13, 14 et 39).

2. Ce leadership en Informatique connaissait une restriction pour les calculateurs qui ne seraient pas traités par la CII et pour lesquels, si une filiale commune à C.G.E. et THOMSON ne pouvait être créée avant fin 1969, ce qui fut effectivement le cas, "chacune des parties jouirait d'une liberté analogue en la matière". (extrait des accords, p. 13).

3. Une nouvelle et importante restriction était apportée au début de 1970 au domaine soumis au leadership, C.G.E. et THOMSON renonçant à mettre en commun leurs activités dans le secteur des transmissions de données (P.V. Conseil SPERAC du 7 avril 1970).

4. Si le Plan Calcul avait attribué à CII une vocation générale en Informatique, il ne lui avait cependant assigné, en priorité, qu'un domaine d'action limité. En dehors de celui-ci, notamment en péri-informatique, la Compagnie THOMSON et le Groupe C.G.E. développèrent différentes actions industrielles et commerciales. Cette situation se trouva reconnue par la seconde Convention Plan Calcul du 2 août 1971 qui fit obligation à CII d'éviter toute concurrence à ses sociétés-mères, en dehors des ordinateurs universels, périphériques proches et terminaux lourds, financés par les Pouvoirs Publics, pour lesquels CII se voyait reconnaître une vocation exclusive (article 3, 1 b)

B. Leur application

1. CII poursuivit ainsi son développement sous le leadership de THOMSON exercé dans le cadre de FININFOR. THOMSON et C.G.E., de manière autonome, développèrent l'un et l'autre. des initiatives industrielles et commerciales dans les domaines non traités par CII, à la connaissance et sans objection de la part de CII, ni de FININFOR. C'est ainsi, à titre d’exemple, que les entreprises des deux Groupes commercialisèrent librement et souvent en concurrence des équipements de transmission de données ainsi. que des terminaux de visualisation à logique programmée (série TVT pour THOMSON, série SPD-TRANSAC pour C.G.E.). La C. G. E., notamment au cours de ces dernières années, a, pour sa part, mené une action vigoureuse qui a déjà produit des fruits importants et: ouvert des perspectives d'accroissement rapide du chiffre d'affaires et des résultats.

2. Lorsque, conformément à la mission qui lui était reconnue, CII prit l'initiative de rapprochements internationaux avec SIEMENS et PHILIPS, l'attention de THOMSON fut attirée sur les dangers d'une négociation menée entre des partenaires de poids très inégal et couvrant un domaine excédant largement celui de CII.

C'est pourquoi la C.G.E. insista sur la nécessité absolue de préserver les droits des deux sociétés-mères dans les secteurs où elles s'étaient mutuellement reconnu des positions privilégiées et dans le secteur de la péri-informatique où la forte position de SIEMENS et PHILIPS pouvait menacer les actions des sociétés-mères qui s'étaient jusqu'alors développées sans concurrence de la CII.

En conséquence la C.C.E. proposa notamment à THOMSON, dans l'intérêt conjoint de la CII et de ses sociétés-mères, d'être associée aux négociations, spécialement en ce qu’elles excédaient le domaine spécifique de CII, d'être ainsi partie à l'accord et, par voie de conséquence, d'être liée par les engagements financiers correspondants (correspondance pièces n°s 7, 8, 11, 12, 16 page 2, § 4, procès-verbaux FININFOR des 24 février 1972 page 4, 8 mars 1973 page 2 - point 1, 10 avril 1973 page 4 § 3 et 5, 19 juin 1973 page 2 et du 26 juin 1973, page 5, § 3).

Enfin la C.G.E. demanda qu'avant toute signature des accords soient levés entre les sociétés mères un certain nombre de préalables (procès-verbal FININFOR du 8 mars 19173) dont deux étaient majeurs, s’agissant d’une part de l’évaluation financière des besoins de la CII dans l’association UNIDATA et celle des mises de fond auxquelles les sociétés-mères seraient conduites à souscrire.

3. Ces propositions et ces demandes ne furent pas retenues. Malgré l'opposition constante et les mises en garde répétées de la C.G.E., jalonnées par une abondante correspondance échangée avec le Groupe THOMSON, ce dernier n’a cependant cessé d'encourager et d'assister la CII dans la négociation avec SIEMENS et PHILIPS d'un accord incluant la péri-informatique, ne s'est opposé ni à la politique conduite par la CII, ni à l'élaboration de clauses atteignant directement les intérêts de la C.G.E., n'a proposé aucun plan de financement, a finalement autorisé la présentation de cet accord au Conseil de CII et y a voté son approbation.

4. Ainsi THOMSON a soutenu et approuvé un accord dont l'importance n'est pas à souligner sans avoir obtenu un accord quelconque sur son financement à court terme et dans une totale, absence de prévisions de ses conséquences financières et des mesures correspondantes à prendre à moyen et long terme (procès-verbal FININFOR du 8 mars 1973). Il était cependant évident que les montants en jeu seraient considérables, qu'ils impliquent de la part des actionnaires un effort financier important, à défaut duquel l'équilibre de trésorerie ou d'exploitation de la CII risque de se trouver gravement altéré comme, par voie de conséquence, le rôle imparti à CII dans l'accord international envisagé.

Dans l'exercice même de son leadership THOMSON a commis ainsi une faute de gestion d'autant plus grave que, bien que l'accord UNIDATA ne soit pas encore approuvé par le Gouvernement, il apparaît que la CII est en fait déjà liée à ses partenaires par les travaux entrepris en commun. Si l’on se réfère au domaine d'activité de l'association UNIDATA, on constate que THOMSON a permis qu’y figurent les petits calculateurs qui ne relevaient pas de l'exercice de son leadership ainsi que la péri-informatique où la CII devait veiller à ne pas concurrencer les libres activités de ses sociétés-mères et où la C.G.E. détient des positions importantes. C’est ainsi que l’accord approuvé par THOMSON va permettre à UNIDATA de concurrencer directement en France, avec des matériels étrangers, les produits de la C.G.E.

 

Outre les éléments majeurs explicités ci-dessus, il apparaît également :

a - que si des garanties ont été promises, aucune n’a été stipulée au préalable pour préserver l'acquis technique de la C.G.E. en matière de commutation électronique et que,

b - l'accord peut être interprété comme interdisant à la C.G.E. de faire concurrence à UNIDATA pour la totalité de la gamme technique commune qui recouvre un domaine plus large que celui réservé à titre exclusif à la CII par le Plan Calcul.

En plaçant la C.G.E. devant le fait accompli de la signature, le 4 juillet 1973, de l'accord UNIDATA, THOMSON a mis en péril l'avenir même de la CII dont la C.G.E. est un actionnaire important et a compromis gravement le sort de la politique industrielle et commerciale que cette dernière avait très légitimement élaborée et, pour une part non négligeable, déjà réalisée (voir passim la correspondance jointe, l'accord UNIDATA également joint).

5. Aussi la C.G.E., qui a tenu informés les Pouvoirs Publics, a-t-elle d'ores et déjà pris position au sein des Conseils de FININFOR et CII et indiqué qu'elle ne se considérait pas comme liée par l'accord signé, qu'elle confirmait son rejet de tout engagement de quelque nature qu'il soit, lié directement ou indirectement à l'accord en cause, n'apporterait pas son soutien aux opérations notamment financières en découlant, et se réservait d'en tirer toutes les conséquences.

II – L’ABUS PAR THOMSON DE SON LEADERSHIP

1. La C.G.E. estime que l'exposé des faits qui précèdent met à la charge de THOMSON un triple abus du leadership qui lui a été reconnu par la C.G.E. :

- pour en avoir utilisé les prérogatives en dehors du cadre où elle est habilitée à le faire, dans des domaines où les sociétés-mères exerçaient librement leurs activités,

- pour avoir, dans les domaines où elle usait d'un pouvoir qui ne lui appartenait pas, comme dans ceux où elle avait en charge les intérêts de la C.G.E., volontairement omis d’exiger dans la négociation UNIDATA les garanties préalables indispensables, se bornant à faire état de promesses de concertation ultérieure dépourvues de toute efficacité,

- pour avoir autorisé CII à s’engager dans un programme de développement important impliqué par la signature de l'accord UNIDATA alors que THOMSON n'avait obtenu aucun engagement financier ferme ni des Pouvoirs Publics, ni des sociétés-mères de CII commettant ainsi une grave faute de gestion dont les conséquences - qui mettent en jeu la responsabilité financière de THOMSON - devront être précisées par des investigations comptables,

QU'EN OUTRE et plus généralement, s'agissant de problèmes majeurs intéressant les structures sociales et financières comme l'activité d'ensemble de FININFOR et de CII, THOMSON non seulement a omis de s'assurer de l'accord de C.G.E. mais plus encore a passé outre à son opposition expresse et réitérée.

2. Sur les trois premiers points, il n’est guère besoin d'autre démonstration que celle qui figure au § B 4. ci-dessus confortée par le dossier joint.

3. Sur le dernier point, on peut constater que la Compagnie THOMSON s'est comportée constamment comme si le leadership dont elle se prévaut l'autorisait à décider souverainement en toute manière, avec seulement une obligation de consultation de la G.G.E., alors que rien dans les accords de 1969 et leurs annexes n’autorisait une telle interprétation qu'ils démentent au contraire entièrement.

4. Les accords de 1969 ne contiennent pas de définition explicite du leadership de la Compagnie THOMSON mais la lecture des différents passages où la question est abordée (extrait des Accords : pages 11, 21 § 1, 3° a, 22 b, 30 § 3 alinéas 2, 39 § 2 et 3 et nota, 41 § 1 à 3) fait ressortir clairement que si la "responsabilité" (page 30) de THOMSON à raison de sa position "prépondérante" (page 41) ou "dominante" (page 21.) lui confère des prérogatives importantes et notamment l'autorité sur les filiales de FININFOR (page 41), la concertation constante lui est imposée et l'accord de C.G.E. demeure indispensable sur tout ce qui est fondamental.

Le leadership est une responsabilité de gestion des intérêts communs assortie des pouvoirs nécessaires, non un blanc seing.

5. Cette interprétation de la volonté des parties est confirmée par le mode d'exercice qu'elles ont choisi pour ce leadership de THOMSON qui l'assure par une société, FININFOR, où la Compagnie THOMSON aura "au maximum" 52 %, C.G.E. disposant de 48 % (page 39). THOMSON et C.G.E. n'ont donc pas seulement entendu que C.G.E, soit protégée d'abus éventuels du gestionnaire commun par les droits que la loi reconnaît à tout actionnaire minoritaire. L'accord explicite de C.G.E. a été prévu pour toutes décisions relevant de l'Assemblée générale extraordinaire ou qui impliquent nécessairement des modifications structurelles qui requerront un vote de celle-ci.

6. A la lecture de l'ensemble du dossier joint il est évident que la signature de l'accord UNIDATA, par ses conséquences industrielles, commerciales et financières, requérait l'accord de C.G.E.

 

III – LES DEMANDES DE LA C.G.E.

1. La situation dans laquelle se trouve ainsi placée la C.G.E. ne peut recevoir seulement solution par un refus d’approbation de l'accord UNIDATA comme toute nouvelle contribution financière à FININFOR. Les accords que la C.G.E. a signés, non respectés par la Compagnie THOMSON, demeurent et obèrent l'avenir ; elle doit d'abord en être déliée. En outre, le préjudice considérable qu'elle subit doit être réparé.

2. Indépendamment des contacts qui ont été parallèlement pris avec les Pouvoirs Publics pour mettre au point les modalités d'application du Plan Calcul compte tenu de la présente action, la C.G.E. demande, dans le cadre spécifique des accords qui la lient au Groupe THOMSON :

- de déclarer résolues aux torts et griefs exclusifs de la Compagnie THOMSON à compter du 4 juillet 1973 l'Annexe IV Informatique des accords du 5 juin 1969 ainsi que ses additions et modifications en ce que cette annexe et ses modifications établissent un leadership au profit de la Compagnie THOMSON et en prévoient l’exercice par l'intermédiaire de FININFOR, société financière dont la dissolution doit être ordonnée à compter de la même date,

- de dire que la Compagnie THOMSON sera tenue d'indemniser la C.G.E. du préjudice subi par celle-ci du fait :

1) que les fonds importants, destinés à CII, qu'elle a versés au titre du second Plan Calcul à FININFOR se trouvent, du fait de THOMSON, devoir être utilisés pour renforcer les structures et l’action de concurrents directs

2) que par la faute de THOMSON-BRANDT elle subit et est: appelée à subir, de la part de CII, une concurrence indue et, de la part des partenaires étrangers de CII, une concurrence accrue, sous le couvert de l'association UNIDATA.

- de condamner à titre de réparation en conséquence THOMSON à verser à la C.G.E. des dommages-intérêts équivalant aux 2 chefs susvisés de préjudice et dont le montant sera ultérieurement précisé.

 

4 décembre 1973 : lettre de M. Barré au Président du Conseil de Fininfor.

Monsieur le Président,

Comme suite au Conseil FININFOR du 30 novembre, vous trouverez ci-joint le texte de la déclaration que je souhaite voir inscrite au procès-verbal de la séance.

Je vous demande de bien vouloir en tenir copie aux représentants de CGE et de THOMSON.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

M. Barré

DÉCLARATION DE M.BARRÉ, PRÉSIDENT DE LA CII

Situation de la CII

 

1. GÉNÉRALITÉS

A l'approche du terme de l’exercice 1973, il me paraît indispensable d'attirer l'attention du Conseil de FININFOR sur la situation critique dans laquelle la CII se trouve, et sur l'urgence de certaines mesures.

L'accord UNIDATA, signé le 4 juillet 973, fait suite à un accord bilatéral signé le 28 janvier 1972 entre SIEMENS et CII et reprend la plupart des dispositions de ce dernier dans le domaine de l'informatique moyenne. Les mesures spécifiques de l'accord UNIDATA, en court de mise au point, n'ont pas encore donné lieu en attendant l'approbation définitive du Gouvernement, à des engagements significatifs de la part de la CII.

L'accord entre SIEMENS et CII du 28 janvier 1972 fut approuvé sans aucune réserve par tous les signataires du Plan Calcul français.

Cet accord était, en effet, conforme aux stipulations de l'article 3.6. de la Convention Plan Calcul de juillet 1971, prévoyant que la CII devrait, avant 1973, obtenir des conclusions significatives en matière de coopération internationale.

L'accord SIEMENS/CII marque une égalité complète des droits et devoirs des partenaires, et il était apparent dès l'origine, que la CII aurait à assumer un effort particulier pour se hisser au niveau des engagements prévus.

Par ailleurs, les principes techniques adoptés dès l'accord bilatéral de janvier 1972, principes destinés à assurer la compatibilité future des produits de la gamme commune, exigeaient des modifications profondes au programme de la CII et devaient entraîner des dépenses supplémentaires appréciables.

La Délégation à l'informatique et les Maisons-Mères de la CII ont été informées, dès qu'il a été possible, des conséquences prévisibles de l'accord ; celles-ci ont fait l'objet de nombreuses actions, lettres et mémorandums depuis le début de 1972.

 

2. EXERCICE 1973

Si l'exercice 1972 a pu encore s’achever dans le cadre de la Convention Plan Calcul de juillet 1972, l’exercice 1973 ne pourra être équilibré sans une révision qui n’a pas encore eu lieu.

Il s’en suit qu’en l’absence de toute prise de position des signataires du Plan Calcul et, en particulier, de l’État, le bilan de l’année en cours porterait une perte importante.

- Subvention demandée 10

- Intérêts sur cette subvention (6 mois à 12 %) 0,6

- Marchés d’études HT supplémentaires 15

- Intérêts sur ces marchés (6 mois à 12 %) 0,9

- Intérêts sur les capitaux propres non versés 0,5

- Intérêts sur les subventions remboursables FDES versées en retard 0,84

Perte prévisible : 28

 

3. BUDGET 1974

Plus graves encore seraient les conséquences sur l’exercice 1974 qui verrait dans les mêmes conditions, une perte impossible à envisager par la Direction Générale de la CII sans un accord formel du Conseil d'Administration de CII.

La situation se présente, en effet, de la manière suivante :

- Les besoins présentés à la Délégation à l’Informatique en avril 1973 sont les suivants :

- Subvention industrielle 15 MF

- Subvention commerciale 10 MF

- Marchés d’études complémentaires 74 MF

(Sans qu'aucune certitude n'existe actuellement sur le sujet, la Délégation a indiqué à plusieurs reprises que son budget 1974 lui permettait de dégager certains marchés complémentaires).

- L’absence de ces ressources et celle des 20 MF de capitaux propres supplémentaires demandés aux Sociétés-Mères pour la période 1973 - 1974, conduiraient e en outre à des frais financiers en aggravation de 5 MF.

 

4. MESURES A PRENDRE

La perte de l’exercice 1974 resterait considérable en l’absence des ressources nouvelles demandées et la Direction Générale de la CII ne saurait engager la société dans l’exploitation correspondante sans l’approbation formelle de son Conseil d’Administration.

Une analyse a été faite des mesures à prendre au cas où cette approbation ne serait pas obtenue. Les conséquences de ces mesures ont été appréciées :

- Rupture des accords

- Négociation d'un accord limité aux points suivants :

a) Fourniture des X4 et X5 à SIEMENS

b) Achat du X3 à SIEMENS

c) Abandon des systèmes d'exploitation communs et développement de versions adaptées des SIRIS actuels

d) Adoption d'une part du catalogue SIEMENS pour les périphériques en complément des nôtres,

e) Économies draconiennes dans le domaine des softwares d'applications,

f) Indépendance commerciale maintenue, impliquant la restitution à SIEMENS de son action en France,

- Réduction très stricte de personnel et concentration des moyens provoquant le départ d'environ 800 personnes.

Un tel schéma suppose une certaine bonne volonté de SIEMENS. Un refus de sa part mènerait beaucoup plus loin pour les raisons suivantes :

Un retour aux spécifications de la série R (série nouvelle IRIS prévue initialement) introduirait un an de retard par rapport aux dates prévues pour X2 et X4.

Si, sur le plan commercial ce délai supplémentaire est à la rigueur supportable pour le remplaçant de X2, il ne le serait pas pour le remplaçant de X4 qui tomberait vraisemblablement en face de produits concurrents plus performants, (nouvelle ligne IBM).

Sur le plan industriel, ce délai supplémentaire aurait des conséquences graves pour la charge des usines.

En outre, il manquerait au catalogue de la CII l’équivalent de X3 qui serait à étudier complètement ; enfin, sur le plan des périphériques, d'importantes études seraient à reprendre pour revenir aux interfaces nationales.

Les conséquences financières de ces hypothèses ne peuvent être que désastreuses ; elles ont toutes chances de peser aussi lourd que la poursuite de lit coopération, sans apporter des perspectives satisfaisantes à l'avenir de la CII.

 

5. CONCLUSIONS

En terminant ce rapport, il me parait indispensable d’attirer l'attention du Conseil de FININFOR sur la gravité de la situation et sur la nécessité absolue de prendre une position claire vis-à-vis de la Direction générale de la CII.

Au moment où toutes les informations dont nous disposons convergent pour montrer l’extrême difficulté de la tâche qui attend l'informatique mondiale, il n'est pas concevable que la CI 1 s'engage dans l'avenir sans un appui complet de FININFOR et du Gouvernement.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas possible à la Direction Générale de la CII de s’engager sur un exercice 1974 comportant la possibilité de tels déficits sans un accord formel de son Conseil.

J'ai donc l'intention de réunir entre le 15 et le 20 décembre, un Conseil d'Administration de la CII pour lui demander, compte tenu des dernières informations connues à cette date, de choisir entre le budget correspondant à la poursuite de l'effort engagé et un budget de restriction sévère correspondant notamment aux mesures mentionnées au Paragraphe 4 ci-dessus.

19 décembre 1973 : diffusion du rapport final du groupe d’experts ICL – UNIDATA sur la ligne Y (rapport en date du 14 décembre, Grenoble).

Participants à ce groupe :
CII : E. de Robien, JP Renault et L. Bolliet.
ICL : JK Iliffe et BMM Hardisty.
Philips : CS Scholten et CPJ Alewijnse.
Siemens : W. Heimann, H. Wever et P. Muller-Stoy.

Ce rapport en anglais, de 40 pages, n’est pas reproduit ici. Il est consultable aux archives, en 92HIST-DGE09, boîte 8.

 

décembre 1973 : la CGE introduit une action en référé au Tribunal de Commerce, assignant Thomson en désignation d’un administrateur provisoire pour Fininfor.

 

4 janvier 1974 : conférence du président Michel Barré aux cadres de la CII.

Nous reproduisons intégralement cette conférence qui " va être assez longue ", comme le dit le président, mais elle est intéressante car elle retrace l’historique de la situation, des relations avec le Gouvernement et les maisons mères.

Le document ci-après est la mise au propre de la sténographie prise au cours de la conférence, avec les redites ou raccourcis que l’on ne trouverait pas dans un texte écrit, relu et retravaillé.

L'année 1973 s'achève et, en apparence, elle s'achève d'une façon assez satisfaisante ; le chiffre d'affaires prévu dans la convention Plan Calcul est sensiblement conforme aux engagements qu'on nous avait demandés de prendre, comme il l'avait été en 1972, comme il l'avait été en 1971, comme il l'a été en 1970. Sur le plan des prises de commande, grâce à de très gros efforts, à la fin de l'année le budget a également été atteint, et même légèrement dépassé. On pourrait par conséquent penser que la situation est normale et que la CII suit sa trajectoire sans souci et sans problème. En réalité ça n'est pas le cas. La CII est actuellement en train de traverser une crise, une crise grave, qui est, je pense, la crise la plus grave de son histoire et qu'elle ne reconnaîtra pas plus tard je l'espère. Cette crise est due à de nombreux facteurs extérieurs à la Compagnie, et en particulier à l'absence de cohésion de l'environnement de la CII. Cette absence de cohésion, qui remonte loin, et qui est à l'origine de tous les petits problèmes qu'a connus notre société depuis sa création, cette absence de cohésion a éclaté d'une façon évidente, aveuglante à l'occasion de l'accord UNIDATA. Il m'apparaît nécessaire de vous parler de la façon la plus complète qui soit de la situation, qui est assez grave, de façon que vous puissiez l'apprécier vous-mêmes et que vous puissiez répondre à l'extérieur aux questions qui peuvent vous être posées et que vous puissiez interpréter correctement ce qui peut apparaître dans la presse et qui est toujours le fruit d'une pression, d'une tendance qui ne sont pas forcément très impartiales.

Je voudrais tout d'abord, pour vous faire cet exposé qui va être assez long, remonter assez loin. Je remonte à la convention Plan Calcul qui a été signée en juillet 1971, après 18 mois de négociations. Cette convention, qui fixait la carrière de la CII pour les années 1971 à 1975, comportait un paragraphe 3.6 concernant les accords internationaux qui est très important.

Paragraphe 3.6 :

" La nature internationale du marché de l'informatique et l'immensité des moyens à mettre en œuvre pour prendre une part significative de ce marché, exigent que la CII obtienne dès que possible, et en tout cas avant 1973, des conclusions significatives en matière de coopération internationale. Cette coopération doit viser à augmenter la gamme des produits, les débouchés et la rentabilité des participants, sans pour autant faire perdre à la CII son caractère national ainsi qu'il est précisé dans les paragraphes suivants. Les négociations doivent être menées en priorité avec des sociétés européennes, etc. La CII devra en tout état de cause, rester maîtresse de la conception, la production et la commercialisation d’un ensemble de produits suffisamment représentatifs de la totalité de la gamme pour que notre pays soit doté d'une véritable entreprise nationale d'informatique. "

Vous voyez que nous nous trouvions devant un engagement très précis : accords internationaux, européens, avant 1973. Il n'y avait pas une minute à perdre quand on songe que ce papier a été signé en juillet 1971, nous avions 18 mois devant nous pour réaliser cette partie des engagements que nous avions signés. Comme vous le savez, nous n'avons pas perdu une minute pour commencer à discuter, puisque les négociations avec ICL ont pratiquement commencé trois mois après la signature de ce document et qu'au début de 1972 nous signions un accord avec Siemens. Cette même convention portait un paragraphe que je vais vous lire également et qu’il est important de connaître car il justifie l'attitude que nous avons prise plus tard. C'est l'article 18. Il y est dit :

" Au cours du premier semestre 1973, les signataires de la Convention procéderont à un examen d'ensemble des résultats obtenus par la CII, notamment sur le plan de la coopération internationale et de la situation générale, cet examen pouvant conduire à une révision d'un commun accord de certains engagements financiers. " Cette convention a été signée de trois ministres, le ministre du Développement Industriel, le ministre des Finances, le ministre de la Défense nationale, par le président du groupe Thomson le président de la CGE, la président de Fininfor et par moi-même.

Les accords internationaux ont commencé à se manifester, conformément à la ligne directrice qui nous était donnée par la Convention, en janvier 1972, par un accord bilatéral entre Siemens et CII, que j'ai déjà eu l'occasion de vous détailler. Je vous rappelle que cet accord bilatéral avait deux volets, un volet technique produits, un volet commercial. Sur le volet technique produits, nous décidions avec Siemens de mettre rapidement au catalogue une ligne commune de produits complémentaires, sans duplication ni concurrence ; ces produits devaient être compatibles entre eux, et ces produits devaient également assurer la compatibilité avec les lignes antérieures des catalogues des deux signataires de l'accord. Il est important de noter que cet accord avec Siemens n’a pas été remis en cause ultérieurement ou très peu et qu'en conséquence Philips, lorsqu'il est entré dans la combinaison, y a apporté un complément en bas de gamme qui ne remettait pas en cause les dispositions qui ont été associées à l'accord bilatéral Siemens-CII, et par conséquent il y a deux ans que ce volet technique est actuellement signé, en vigueur et qu'il a reçu une approbation générale tant du conseil d'administration que du pouvoir public. Et en deux ans, on parcourt, évidemment, beaucoup de chemin.

Le volet commercial, lui, était différent du volet qui devait être adopté plus tard dans l'accord UNIDATA. En France, CII s'occupait des intérêts français et allemands ; en Allemagne c'était Siemens. Dans tous les autres pays on mettait les moyens commerciaux ensemble et on les rattachait à une holding que possédaient par moitié Siemens et CII. Bien entendu, toujours dans le cadre de cet accord bilatéral, les opérations techniques ou les opérations commerciales devaient demander beaucoup d'argent supplémentaire par rapport au train de vie normal de la CII. Bien entendu la convention que nous avions signée évoquait ces problèmes de coopération internationale mais ne pouvait pas en tenir compte dans la construction des chiffres des comptes, et ce document était basé sur la poursuite des activités de la CII dans le cadre national. La signature d'un accord international était d'ailleurs, comme vous venez de le voir, mentionnée comme un événement tout à fait spécifique qui nécessiterait une intervention, une étude particulière sur le plan financier. C'était valable sur le plan technique et produits, puisqu'il fallut arrêter des études internes que nous avions lancées sur la gamme R, pour repartir sur une nouvelle gamme, ce qui évidemment a conduit à abandonner pas mal de travaux déjà faits, dépenses déjà exécutées, et puis également nous nous trouvions devant un programme de software beaucoup plus ambitieux que le programme de software auquel nous aurions eu à faire face dans la simple prolongation de notre ligne Iris, sans recherche de compatibilité avec un confrère étranger.

La première personne extérieure à la CII qui a perçu l'importance de ce problème est M. Ortoli, le Ministre du Développement industriel, qui, moins d'un mois après la signature de l'accord Siemens-CII, à la fin du mois de février, m'a dit : " Faites attention, vous allez avoir besoin de crédits supplémentaires, il est nécessaire que nous soyons prévenus le plus tôt possible de façon à pouvoir prendre nos dispositions en temps utile. " J'ai tenu le plus grand compte de cette recommandation de M. Ortoli, et à partir du mois d'avril, j'ai régulièrement rédigé des lettres, des mémorandums qui ont été adressés d'une part aux groupes actionnaires de la CII, les maisons mères, et d'autre part à la Délégation à l'informatique. Bien entendu, outre ces lettres, il y a eu de multiples réunions, conférences, visites, déjeuners, conseils d'administration au cours desquels tout ceci a été dit et redit.

Par conséquent, les conséquences de la signature de ces accords européens, bilatéraux, sont des choses qui sont parfaitement connues depuis pratiquement deux ans. Le premier document, 19 avril 1972, évaluation des moyens nécessaires à l'effort de la CII dans l'action conjointe CII-Siemens ; une première évaluation des besoins financiers supplémentaires est établie, le document rappelle l'infériorité commerciale de la CII et la nécessité d'un effort particulier pour tenir l'objectif désirable d'un équilibre des deux partenaires. 27 septembre 1972 : lettre accompagnée de six notes faisant le point des négociations un cours, rappelant les besoins financiers déjà exprimés et attirant l'attention pour la première fois sur l'urgence de certaines dispositions financières ; il est indiqué en particulier que le bénéfice de la coopération internationale ne se fera pas sentir avant 1978, ce qui signifie que le Plan Calcul ne pourra pas s'interrompre brutalement en 1975.

17 octobre 1972: reprise de l'analyse des besoins financiers attachés à la politique commune ; urgence des décisions à prendre et rappelées.

20 novembre 1972 : l'analyse des charges techniques imposées par le programme commun fait apparaître sur le plan technique des besoins complémentaires importants qui sont détaillée pour l'exercice 1973 et évoqués pour les exercices suivants.

Par conséquent, cet accord bilatéral, approuvé sans aucune réserve par tout le monde, a fait l'objet d'une liste d'informations tant sur les problèmes de structure, que sur les problèmes de besoins financiers qu'ils engageaient. Tout au long de l'année 1972, les choses ont été de l'avant, comme je vous l'ai dit, sur le plan technique, les techniciens des deux sociétés ont beaucoup travaillé, ont fixé les caractéristiques des produits nouveaux et se sont embarqués dans des études nouvelles. Sur le plan commercial, certaines mesures sont entrées en vigueur ; la plus visible a été, à la fin de l'année 1972, ou plutôt en janvier 1973, l'absorption par CII de l'informatique de Siemens-France et l'opération symétrique en Allemagne, décision qui a été ratifiée par le conseil d'administration de la CII en décembre 1972, et opération qui a été exécutée, comme je viens de le dire, en janvier 1973. Je précise ces dates, car vous verrez tout à l'heure que cette décision du conseil n'a pas été encore exécutée, disons, sur le plan financier, pour des raisons que je vais vous exposer.

En juillet 1973, le 4 juillet, les négociations avec Philips étant arrivées à leur terme, l'accord UNIDATA a été signé. C'était un accord triangulaire qui apportait peu de choses sur le plan technique produits, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, mais qui, par contre, modifiait profondément les données relatives à l'organisation commerciale et ceci à cause de la nature un peu particulière du nouveau partenaire de l'association. Bien entendu une information préalable, avant la signature, avait été faite à tous les partenaires du Plan Calcul français. Dès décembre 1972, les pouvoirs publics, les maisons-mères, avaient eu entre les mains le premier projet d'accord qui, certes, n'était pas le projet définitif sur lequel il y avait encore un certain nombre de points à discuter, à mettre au point, mais qui préfigurait assez bien le texte définitif que nous devions signer en juillet suivant. A cette même date, le 11 décembre 1972, nous faisions parvenir aux mêmes destinataires une lettre qui remettait à jour les besoins financiers supplémentaires impliqués par la coopération dans le domaine commercial et dans le domaine technique ; la lettre posait en outre les questions suivantes : est-ce qu'il est possible au cours de l'année 1973 et si possible avant la fin du premier semestre de mettre au point les engagements réciproques des partenaires du Plan Calcul pour l'année 1975 ? Pourra-t-on prendre en considération les charges nouvelles provoquées par la coopération internationale, sans altérer pour autant les crédits destinés à la poursuite des activités normales de la CII ? Sera-t-il possible au cours de l'année 1973, et si possible avant la fin du premier semestre, d'obtenir des diverses parties intéressées un engagement formel concernant la poursuite du Plan Calcul au-delà du 1er janvier 1976 ?

Le 18 janvier 1973, la Délégation à l'Informatique nous répondait, d’abord en approuvant les opérations Siemens-France, ensuite elle enregistrait le fait que le plan de financement de la CII annexé à la convention de 1971 devait être revu, et elle se déclarait prête à examiner les perspectives d'évolution à long terme de la Compagnie dès que les éléments nécessaires auraient pu être établis. Il s'agissait donc de remettre à la Délégation à l'Informatique le plus vite possible un document complet et cohérent qui permette l'étude prévue au paragraphe 18 de la convention sur les modifications à apporter au Plan calcul pour tenir compte de la coopération internationale, Nous nous sommes mis au travail et les chiffres définitifs ont été rassemblés dans un document qui s'appelle " Projet d'avenant à la Convention Plan Calcul ", transmis aux maisons-mères d'une part et à la Délégation d'autre part le 12 avril pour la première fois ; c'est un document très complet, faisant l'historique de la CII, montrant le chemin parcouru, présentant l'état de la société à ce moment-là, montrant tous les mécanismes mis en cause par la coopération et donnant, d'une façon assez détaillée, tous les chiffres nécessaires pour la poursuite de nos affaires, tant sur le plan des marchés d'étude, que sur le plan des subventions, sur le plan des capitaux propres et des emprunte à long terme. A cette occasion-là il a été rappelé, et c'est un point important, que l'exercice 1973 était grevé de charges non prévues à l'actuelle convention, qu'on était déjà le 12 avril et qu'il était indispensable que certaines décisions soient prises au plus tôt pour que l’exercice 1973 ne souffre pas d'une certaine discordance entre les ressources accordées par le Plan Calcul et les dépenses que nous étions réellement amenées à faire. Le document dont je vous parle couvrait les années 1973-74 et 75 ; il nous paraissait en effet possible, à partir des renseignements que nous avions, de faire une évaluation sérieuse de ce que seraient les années 1973-74-75 ; au-delà de 1975, et même déjà pour 1975, ça commençait à devenir délicat car il est bien certain que les besoins financiers dépendront dans une très large mesure du programme d'UNIDATA, association dans laquelle nous avons un rang à tenir. Et tant que UNIDATA n'a pas réalisé ce programme d'ensemble, comportant si vous voulez un échéancier d'investissements, un échéancier de pertes, un échéancier de charges techniques, etc., il était vraiment difficile à la CII de jouer les prophètes, les devins et puis de mettre des chiffres sur le papier qui risquaient de se trouver faux du simple au double et nous mettre dans une situation très difficile. Par conséquent nous avions dit, nous pouvons le faire pour 1973-74 et 75, pour le reste il faudra attendre qu'UNIDATA ait fait son plan d'ensemble. Je vous signale d'ailleurs que nous n'étions pas du tout tenus d'aller au-delà de l’année 1975. Je vous rappelle l'article 18 qui prévoit bien un aménagement de la " présente convention ", qui elle va jusqu'en 1975 et pas plus.

Si nous avons mis entre les mains de nos maisons-mères, en décembre 1972, et entre les mains de l'État pour la première fois, un document faisant le point de... non... un avant-projet de l'accord UNIDATA, il se trouve qu'au même moment, et sans qu'il y ait la moindre corrélation entre les deux phénomènes, les relations entre nos deux principales maisons-mères ont commencé à s’aigrir. Il est important que je vous rappelle, ou je vous apprenne, comment ces deux maisons-mères se sont trouvées liées à la suite d'un accord qui est intervenu entre elles au cours du premier semestre 1969. A cette date les deux groupes, constatant qu'ils étaient concurrents dans un très grand nombre de domaines et qu'ils se faisaient beaucoup de mal pour le bénéfice peut-être des clients mais certainement pas le leur, ont décidé de rectifier la frontière. C'est ce qu'on a appelé le " Yalta de l'électronique " à l'époque, bien qu'il ne concerne pas que l'électronique. En gros on peut dire que certaines opérations ont mis de l’ordre dans les deux domaines ; c'est ainsi que par exemple la CGE a récupéré le contrôle d'Alsthom Électrotechnique ; inversement le groupe Thomson a récupéré tout ce qui était radioélectricité à la CIT, et a récupéré également l'exclusivité du domaine des réfrigérateurs, machines à laver, téléviseurs etc., matériel grand public. Il y avait deux domaines particulièrement sensibles pour lesquels une solution claire et nette n'avait pas été prise et qui impliquaient une coopération étroite des deux maisons, des deux groupes. L'une, c'était le domaine des télécommunications fil, plus exactement du téléphone et l'autre le domaine de l'informatique. Dans le domaine des télécommunications fil, il avait été décidé qu’une société commune serait créée, baptisée " COMECTRON ", cette société COMECTRON était à majorité CGE et à minorité Thomson, et elle devait piloter l'action commune dans le domaine du téléphone étant entendu que ce pilotage revenait donc à la majorité CGE, qui était chef de file, qui elle se chargerait des problèmes système, que le groupe Thomson, en particulier, fournirait les composants, et que la CII fournirait les calculateurs. Malheureusement peu de temps après la création de cette société COMECTRON, la politique générale du groupe CGE l'a amené à faire une alliance avec ERICSON dans le domaine du téléphone en France, et à créer une société qui s'appelle CITEREL ; et les marchés d'étude que les PTT adressaient... devaient adresser dans le schéma initial à Comectron, c'est finalement Citerel qui les a eus. Sur le plan de la CII nous n'en avons pas souffert, car les PTT tenaient n'importe comment à ce que l'acquis apporté à la CII par le Plan Calcul soit utilisé dans le téléphone ; et par conséquent nous avons reçu notre part de marché de Citerel au lieu de la recevoir de Comectron, mais nous avons bien reçu ce que nous devions recevoir. Par contre le groupe Thomson, lui, a estimé qu'il était lésé dans l'opération, qu'il était le dindon de la farce, puisqu'il restait tout seul pratiquement dans un Comectron qui se desséchait sur pied et qui effectivement était devenu simplement un lieu de concertation sans aucun travail effectif et la coopération envisagée dans le domaine des télécommunications fil, entre les deux groupes Thomson et CGE, il faut reconnaître qu'elle a été totalement inexistante. C'est pourquoi, lorsque, à la fin de l'année 1972, M. Hubert Germain, ministre des PTT a brusquement décidé d'élargir l'éventail des fournisseurs des PTT dans le domine du téléphone en faisant appel à d'autres industriels dont la Thomson, la Thomson a estimé qu'elle pouvait bénéficier de cette excellente occasion puisqu'elle n'avait pas bénéficié de l'avantage contractuel que lui avait donné l'opération Comectron. La CGE, bien entendu, ne l'entendait pas de cette oreille et ceci est le premier signe du conflit pointu qui s'est développé entre les deux groupes. Il faut dire que... bon, nous reviendrons à ça après.

Du côté de l'informatique, une situation différente mais tout de même assez symétrique avait été envisagée. Une société commune avait été créée également, qui s'appelle Fininfor ; dans cette société commune, c'était Thomson à son tour qui était majoritaire, de très peu, 52 % du capital à la Thomson contre 48 % à la CGE. Et cette société Fininfor reçut toutes les participations de Thomson et de CGE dans la CII. Or dans la CII, en gros, on peut dire que le groupe Thomson avait 31 %, la CGE 30 %, les autres c'est 20 % à Schneider, 10 % à l'époque à l'IDI, etc. enfin l'IDI n'y était pas enfin disons aujourd'hui c'est à peu près comme ça que ça se présente et par conséquent personne n'était majoritaire et la CII n'avait pas une autorité tutélaire. Grâce à la création de Fininfor, cumulant les participations des groupes CGE et Thomson, Fininfor se trouvait avoir un peu plus de 60 % du capital de la CII et se trouvait donc majoritaire absolue ; et à l'intérieur de Fininfor, Thomson avec son 52 % était le patron de Fininfor et donc à travers Fininfor était le patron de la CII. C'est une construction juridique et sociale tout à fait valable ; disons que lorsqu'il s'agit de groupes de la taille du groupe Thomson et du groupe CGE, ce genre de majorité est quand même assez fragile, et l'expérience est d'ailleurs en train de le montrer d'une façon éclatante. Quand le conflit a éclaté entre les deux maisons, l’année dernière, pratiquement je crois que c'est aux environs de novembre 1972, ceci a coïncidé justement avec le démarrage des discussions sur le texte définitif de l'accord d’Unidata, et là, la CGE a trouvé dans cet accord l'objet d'une nouvelle contestation du rôle de la Thomson. En effet la CII est titulaire d'un domaine exclusif dans lequel ses maisons-mères ne doivent pas intervenir ; c’est le domaine des unités centrales et celui des périphériques lourds. Ni CGE ni Thomson n'ont le droit - et je pense ni l’envie - de mettre au catalogue un ordinateur de milieu de gamme, des mémoires à disques de grande capacité etc., ils n'ont pas le droit de le faire. Par contre, dans le domaine de la péri-informatique, les transmissions de données, les terminaux ou les visus, etc. dans ces domaines-là il n'y a pas d'exclusivité à la CII, et chacun reste libre. La CII peut en faire, mais le groupe Thomson peut en faire et la CGE aussi. La CGE, lisant, l'accord que nous allions signer avec Philips et Siemens, a fait remarquer que l'application de cet accord couvrirait inévitablement un domaine beaucoup plus large que le domaine de l'informatique lourde et qu'en fait il s'agissait de vendre des systèmes, des systèmes qui comporteraient des transmissions de données, des terminaux lointains etc., et que par conséquent la politique d'UNIDATA risquait de porter du tort aux politiques des maisons-mères de la CII, disant tant qu'il s'agissait de la CII, ce n'était pas très grave, parce que la CII n'était encore qu'une petite société, mais au niveau d'UNIDATA qui a l'ambition de devenir une espèce d'IBM européen c'est très différent, et d'autant plus que dans cet UNIDATA il y a justement Philips qui est spécialisé dans les petits matériels, et qui sera bien placé pour pouvoir faire des terminaux le cas échéant, par conséquent nous trouvons qu'il est extrêmement dangereux que UNIDATA puisse pratiquer, sans contrôle de notre part, une politique dans le domaine des terminaux, enfin, disons, dans le domine de la péri-informatique. Et ils ont ajouté " s’il y a des décisions à prendre à la CII pour défendre les intérêts français, si les intérêts de Thomson et de CGE ne sont pas cohérents, qu'est-ce qui pourra arbitrer, c'est Fininfor " ; Fininfor est une majorité Thomson et ceci donne donc par conséquent à la Thomson la possibilité d'imposer à la CII une politique en matière de péri-informatique qui est favorable à la Thomson et hostile à la CGE. Or Fininfor n'a jamais été fait pour ça ; Fininfor est un organisme de commandement et de gestion de l’informatique lourde ; il n’a pas à s’occuper de périphériques. C'était très subtil évidemment, mais disons que ça nécessite une exégèse d'un très grand nombre de textes, de lettres, de documents anciens, de traités d'apport, de la SPERAC en particulier, de la création ... pour y voir tout à fait clair. Bien entendu le groupe Thomson considère que cette interprétation de la CGE est totalement erronée, mais la CGE tient mordicus à sa position. Dès le début de l'année 1973, au mois de mars, la CGE a demandé que la négociation concernant la péri-informatique avec Siemens et Philips se fasse non plus à trois, Philips, Siemens et CII, mais à cinq, Siemens, Philips, CII, CGE et Thomson, de façon à ce que il puisse se discuter de tous les problèmes de péri-informatique en tenant compte des intérêts des deux maisons-mères. Après réflexion, je m'y suis opposé, en disant que de deux choses l'une : ou bien les trois partenaires français étaient d'accord sur une politique commune, et à ce moment là ce n'était pas la peine d'y aller à trois, il suffisait que les Allemands et les Hollandais aient un interlocuteur, c'est à dire nous, et que nous défendrions la position commune – je ne voyais pas d'ailleurs d'inconvénients à être accompagné par un représentant des maisons-mères – mais qu'il n'y avait pas lieu de venir en bande en disant nous sommes trois parties prenantes. Je leur ai dit, et c'était vrai, que l'accord était déjà suffisamment difficile à négocier pour ne pas venir y rajouter des interlocuteurs supplémentaires si ce n'était pas indispensable. Je leur ai dit : " si par contre nous ne sommes pas d'accord sur la politique commune, alors je suis encore bien plus opposé à une réunion à 5, qui montrera en face de partenaires monolithiques, qui ont une politique unique et cohérente dans tous les domaines d'informatique, péri-informatique, téléphone, transmission de données, de mettre en face trois intérêts français divergents, qui montreront de la façon la plus éclatante à nos partenaires que nous ne nous entendons pas. " Les réunions à 5 n’ont donc pas eu lieu et nous avons simplement introduit dans le texte de l'accord, avec l'accord de nos partenaires, que, ultérieurement, après la signature, le jour où on en viendrait à parler de péri-informatique, pourraient participer, sur invitation à ces réunions, les maisons-mères de la CII et même les divisions sœurs des divisions informatiques de Siemens et Philips. C'était tout à fait cohérent. Cette solution n'a pas satisfait la CGE. Que s'est-il passé ? Avant la signature de l'accord UNIDATA j'ai été voir M. Charbonnel avec M. Richard et M. Charbonnel nous a donné de la façon la plus claire qui soit son accord préalable, tel qu'il est prévu d'ailleurs et réclamé dans la convention Plan Calcul, pour la signature de l'accord. Puis nous avons réuni le conseil de Fininfor, et à ce conseil le groupe Thomson a voté pour la signature, la C.G.E. a voté contre. Comme le groupe Thomson est majoritaire, Fininfor a décidé qu'on signerait. Quelques jours après, il y a eu le conseil de la CII, qui s’est tenu je crois le 3 juillet, ou le 2 juillet, la veille ou l'avant-veille de la signature. Au cours du conseil les administrateurs de Thomson, de Schneider et de l'IDI ont voté pour la signature de l'accord d'UNIDATA, et les administrateurs originaires de la CGE se sont abstenus. Ils n'ont pas voté contre, mais se sont abstenus. Par conséquent la décision prise par le conseil de la CII a été une décision prise à une large majorité sans aucun vote contraire. Mais la CGE n'a pas pour autant renoncé à ses positions, bien au contraire, et depuis elle a évidemment fait campagne contre l'accord UNIDATA, faisant valoir que c'était très dangereux pour ses intérêts. La CGE a demandé au groupe Thomson l'intervention d'un arbitre, M. Huvelin, ancien président du patronat français, et il y a quelques jours, vient d'introduire un référé contre le groupe Thomson en demandant que Fininfor soit dissous, paralysé jusqu'à nouvel ordre pour en quelque sorte abus de majorité. Ceci fait que depuis six mois notre majoritaire Fininfor est un partenaire muet puisqu'il est pratiquement paralysé par le pugilat qui sépare nos deux maisons-mères. C'est une chose tout à fait regrettable, mais pas tout à fait étonnante, car même à une époque où les deux groupes s'entendaient bien, leurs intérêts n'étaient pas forcément tout à fait cohérents et des difficultés apparaissaient régulièrement pour traiter certains problèmes du fait de tendances contradictoires. Là, il était inévitable que ce soit à l'occasion d'UNIDATA ou une autre occasion qu’un pareil conflit se développe, car pour qu'il n'y ait pas eu de conflit entre les trois partenaires, les deux mères et la fille, il aurait fallu qu'une politique cohérente et coordonnée soit maintenue entre les trois, dans le domaine informatique. Or ce n’est absolument pas le cas ; la CGE pratique une politique informatique totalement indépendante de la CII, et le groupe Thomson lui-même mène une politique qui est plus couplée avec nous, mais qui est également assez largement indépendante. Il était donc tout à fait naturel que les intérêts des deux maisons-mères sur la coopération avec la CII ne convergent pas.

Je vous ai parlé des événements du côté des maisons-mères. Maintenant, du côté du gouvernement les choses n'ont pas été plus simples. En effet, M. Ortoli quitta son poste au début de lannée 1973, fut remplacé par M. Charbonnel, qui ne connaissait absolument pas le dossier, et qui s'est trouvé rapidement confronté avec des problèmes d'horlogerie qui l'ont beaucoup occupé... ce qui fait qu'il n'a pas eu beaucoup le temps de s'occuper du dossier informatique. En plus de ça, il a été, alors qu'il n'était pas du tout au courant, soumis à des influences contradictoires, évidemment en provenance, je suppose, des deux maisons-mères, et il a fait montre d'une très grande perplexité. Quand nous sommes venus le voir avec M. Richard à la fin du mois de juin lui demander son accord sur l'accord UNIDATA il nous l'a donné de la façon la plus claire oralement. Mais nous ne l'avons reçu par écrit qu'au mois de novembre et au mois de novembre il était assorti de tout un ensemble de réserves qu'il n'avait pas émises oralement au mois de juin, et qui, disons, en atténuaient singulièrement la portée. Cela n'était pas en soi-même extrêmement grave car, comme je vous l'ai dit, sur le plan technique et industriel, les mesures en cours d'application relèvent pratiquement toutes de l'accord initial qui lui a été approuvé avec Siemens seul.

En ce qui concerne les mesures nouvelles, relevant véritablement de l'accord UNIDATA, ces mesures-là ne sont pas encore entrées en vigueur ; au cours de ce dernier trimestre 1973, elles ont fait l'objet d'études, de mises au point, de discussions, mais pas de mise en œuvre, ce qui fait que, dans le fond, nous avions préparé la mise en œuvre d'UNIDATA, mais nous ne l'avions pas effectivement mis en œuvre.

Au reçu de la lettre de M. Charbonnel, notre première réaction a donc été de dire " faites attention, certes nous travaillons avec Siemens depuis janvier 1972 dans le domaine technique, avec l'approbation générale, et nous n'avons pas encore mis en œuvre l'accord UNIDATA, spécifiquement sur le plan commercial. Mais ça ne va pas durer, et à partir de la fin de l'armée 1973 nous allons nous trouver devant des décisions à prendre; il va falloir marcher, par conséquent il faut que vous nous disiez, du côté du gouvernement, si oui ou non nous pouvons y aller. " Et c'est là où il s'est fait une espèce de cercle vicieux, entre des maisons-mères qui ne s'entendaient pas et qui disaient " moi, je regrette, mais la suite des opérations est une lourde responsabilité, nous voulons être absolument sûrs que le gouvernement sait où il va et a bien l'intention de faire face aux engagements supplémentaires que ça demandera " et où de son côté le gouvernement disait " je ne peux pas m’embarquer dans cette aventure en y engouffrant des sommes d'argent considérables, sans être certain d'un environnement industriel autour de la CII qui y croit et qui mène une politique volontariste. " C'est vous dire qu'il n'était pas facile de sortir de ce cercle vicieux.

Je suis bien entendu intervenu un peu partout et le 4 décembre 1973 nous avons mis au point, sur le plan intérieur, ici, un mode d’action qui nous paraissait de nature à faire sortir le char de l'ornière, essayer de décomposer le problème en plusieurs étapes. Premier problème, le plus urgent, c'est celui qui consiste à dire " réglons les exercices 1973 et 1974. Au cours des exercices 1973 et 1974, au cours de 1973 pour le passé, et les engagements pour 1974, correspondent des décisions qui relèvent pratiquement toutes de l'accord Siemens-CII qui a été approuvé il y a deux ans. Il faut régulariser ça, appliquer la deuxième convention Plan Calcul, et faire une révision. " Nous avons remis deux dossiers à cette occasion, l'un pour l'année 1973, l'un pour l’année 1974, justifiant les crédits complémentaires qui sont nécessaires pour rééquilibrer ces deux exercices. Nous avons dit, ça c'est la chose la plus urgente, parce que pour 1973 il est trop tard, et pour 1974 si nous n'avons pas cette promesse de rééquilibrage, il n'est pas possible au président de la CII de s'embarquer dans un exercice 1974 qui apportera un certain nombre de dizaines de millions de perte. Ou bien nous sommes sûrs qu'un avenant à la convention tiendra compte de toutes les dépenses supplémentaires que nous engageons, ou bien nous sommes obligés d'arrêter pile pour essayer de ne pas dépenser tout cet argent. Et nous ne pourrons pas faire ça au mois de mai, ça sera trop tard. C'est en janvier qu'il faut le faire. Par conséquent une prise de position sur les régularisations de 1973 et 1974, nous l'avons demandée d'extrême urgence et ça c'est la première étape. Deuxième étapes nous avons dit " on ne peut pas demander à nos partenaires hollandais et allemands de bien vouloir suspendre la mise en œuvre de l'accord UNIDATA jusqu'à ce que le gouvernement voie clairement ce qu'il désire faire, et par conséquent si nous nous arrêtons, si nous suspendons notre coopération en la mise en place d'UNIDATA, nos partenaires continueront sans nous et le jour où nous déciderons de rejoindre, si même nous ne rejoignons pas dans des conditions ayant pris des retards tels par exemple que ça ne soit plus applicable pour eux, je dis même si nous pouvons réintégrer sans problème, nous nous trouverons évidemment devant des dispositions qui auront été prises sans nous et je ne pense pas que ce soit extrêmement heureux pour les intérêts français. Troisièmement, nous allons faire avec nos confrères hollandais et allemands un plan à 5 ans d'UNIDATA, plan qui nous permettra dans quelque temps de dégager l'enveloppe de l'effort financier nécessaire du côté français pour tenir notre rang au sein d'UNIDATA d’une façon convenable, et par conséquent pour rédiger et signer une nouvelle convention Plan Calcul pour les années 1975-1980 plus tard. C'est donc les propositions que nous avons faites au ministre. Ces propositions ont été assez bien accueillies en ce qui concerne la régularisation des années 1973 et 1974. Par contre en ce qui concerne le caractère inéluctable d'une approbation immédiate, définitive et sans retour de l'accord UNIDATA, il s’est avéré que le ministre était quelque peu traumatisé par des bruits qui avaient couru concernant les pertes enregistrées par nos partenaires.

Comme vous le savez, nous sommes un métier dans lequel on peut suivant la façon dont on comptabilise, faire apparaître des pertes, des bénéfices, une situation équilibrée, ça dépend du degré de risques qu'on peut accepter. Je pense que si vous prenez la CII, si elle vendait tous ses produits, au tarif catalogue, il est probable qu’elle ferait peut-être une cinquantaine de millions de bénéfices annuels. Si elle les louait, complètement, sans faire aucun lease-back, rien du tout, sans société de leasing, elle perdrait probablement 70 millions par an. Et toute combinaison comptable permet pratiquement de situer une perte entre les deux, la seule chose c'est qu'on doit décider d'un système comptable et qu'on doit s'y tenir. En ce qui nous concerne, je vous rappelle rapidement que nous utilisons une société de lease-back, qui s'appelle la CILOMI, que nous lui vendons nos produits, qu'elle nous les loue, et que nous les relouons à nos clients, ce qui fait que nos clients ne connaissent que nous, mais qu'en fait l'argent que nos clients nous donnent, leurs loyers, nous le renvoyons à la CILOMI, société de leasing, puisque c'est elle qui est propriétaire du matériel. La seule chose c'est que nous ne pouvons pas vendre à la CILOMI le matériel à son prix de catalogue parce qu’on n'est jamais sûr qu'un produit en location ne vous reviendra pas avant la fin de son amortissement. Il est donc nécessaire de constituer, en quelque sorte, des provisions pour retour, et ces provisions pour retour sont matérialisées par le fait que le prix de vente à la société CILOMI est un prix inférieur au prix catalogue ; actuellement ce rabais est de l'ordre de 20 %. Comme vous pensez bien que nous n'avons pas 20 % de bénéfice, ça signifie par conséquent que le système n'est pas mauvais, mais qu'il n'est tout de même pas l'idéal pour faire apparaître des bénéfices à la CII. Il se trouve que le dispositif ainsi mis en place nous permet, en exploitation normale, et avec l'expansion que nous avons connue jusqu'à présent, d'obtenir un résultat sensiblement nul. Mais nos confrères allemands et hollandais ne pratiquent pas ou pratiquent très peu le lease-back, et par conséquent supportent la totalité du poids du mécanisme de la location. A ceci on peut ajouter évidemment des méthodes de conservation à l'actif des produits, en fonction de la longueur des contrats qu’on a en portefeuille, ça peut conduire à des amortissements plus ou moins grands suivant qu'on est plus ou moins riche. Disons que ça soit pour une raison, ou que ce soit pour une autre raison, les chiffres qui avaient couru avaient effectivement traumatisé le ministre et les maisons-mères qui se sont dit " mais si les partenaires de la CII font des investissements de cette dimension là, c'est tout à fait déraisonnable, on ne peut pas s'embarquer là-dedans " et ça a été une raison supplémentaire pour accroître la perplexité du ministre, et l'empêcher de prendre une décision claire et nette. Bien entendu cette histoire de résultat d'exploitation fait l'objet actuellement d'une étude entre nous trois et de ce que j'ai pu moi-même regarder avec un crayon et un papier, je vois bien qu'il y a une part artificielle très importante là-dedans, et que finalement les écarts seront probablement d'un ordre beaucoup, beaucoup plus acceptable que ce qu'il avait paru au premier abord.

M. Charbonnel, néanmoins, sous le coup de cette impression, a donc répondu au dossier, à la lettre que je lui avais envoyée le 21 novembre, en certes laissant entendre qu'il envisageait très favorablement la régularisation des années 1973 et 1974, mais en maintenant toutes ses réserves concernant la progression de l'accord UNIDATA, demandant en quelque sorte que nous voulions bien suspendre un peu la mise en œuvre de l'accord UNIDATA jusqu'à ce qu'on y voie clairement les chiffres, en nous disant " amenez-moi d'abord un plan à 5 ans, et puis à ce moment-là nous verrons bien. " Alors c'était un peu une conversation de sourds, et le 20 décembre j'ai été rendre visite à M. Charbonnel avec M. Richard, et nous avons expliqué M. Charbonnel que sa position n'était pas très réaliste et qu'en réalité il ne s'agit pas de savoir si on mettrait en œuvre ou pas les accords UNIDATA, mais que déjà sur le plan technique et industriel la roue tournait depuis deux ans et que par conséquent un chemin considérable avait déjà été parcouru et que l’idée de suspendre ça pendant 6 mois n'avait littéralement aucun sens, et que du côté commercial ne pas agir pouvait effectivement aussi avoir des conséquences très graves sur le plan de la position de la CII à l'intérieur d'UNIDATA. Il s'est rendu à ces arguments et il nous a dit " eh bien écoutez, alors je suis d'accord, continuez la mise en œuvre à l'intérieur d'UNIDATA, nous régulariserons très vite, puisque c'est en cours de discussion, les années 1973 et 1974, seulement il doit être entendu que, avant le mois de mai j'aurai sur mon bureau une esquisse des perspectives d'avenir d'UNIDATA, d'où il sera possible de tirer les besoins financiers nécessaires à la CII pour tenir son rang dans l'association. " Cette prise de position du ministre est tout à fait cohérente avec la prise de position du groupe Thomson, et par conséquent si les choses se déroulent comme ça, eh bien, disons que le problème sera réglé et nous en serons sortis. Mais j'attends une confirmation écrite de ce papier. Cette confirmation écrite, tant que je ne l'aurai pas, je n'y croirai pas, et par conséquent... et c'est ça si vous voulez, en ça que la situation est grave, c’est que j'estime que nous avons été aussi loin que nous pouvions aller dans une situation ambiguë. A partir de maintenant, tout le monde, et pas seulement la CII, doit pouvoir prendre ses responsabilités. Ou bien ces responsabilités seront prises clairement, et nous irons de l'avant, et ça se passera bien, ou bien elles ne seront pas prises clairement, et à ce moment-là il y aura certainement une crise très grave. Il ne faudrait pas croire que les problèmes avec les maisons-mères, le gouvernement et l'accord d'UNIDATA sont les seules difficultés que la CII a connues pendant cet exercice, et qu'elle connaît actuellement. Tout d'abord il y a eu à faire face à l'augmentation inattendue et brusque du loyer de l’argent, 3 %, intervenue au mois de juin dernier. Ceci a des conséquences graves pour nous, parce que la CII vit dans un système entièrement cohérent, qui est la convention Plan Calcul dans lequel tout a été prévu. Tant qu'on se tient à l'intérieur des hypothèses de la convention Plan Calcul, la CII est la plus heureuse des sociétés car elle n'a pas tellement à ne soucier de l'origine des capitaux d'emprunt dont elle peut avoir besoin, tout est prévu. Mais si par hasard elle sort, s'il y a un des paramètres qui sort, à ce moment-là c'est le système des vases communicants, le système se dérègle, et en l'occurrence cette augmentation du taux se répercute évidemment directement sur les résultats, mais ils se répercutent également d'une double façon parce qu’une partie importante des capitaux d'emprunt est destinée à la CILOMI qui porte tout le poids de notre parc en location, et qui est obligée de répercuter sur nous, au travers de nos prix de cession, ses frais financiers, ce qui fait que nous supportons en quelque sorte non seulement le supplément de frais financiers apportés par notre exploitation, mais également le supplément de frais financiers apporté par l'application des 3 % au parc, et ceci constitue une charge énorme qui détériore beaucoup les résultats. Cela aussi est tout à fait imprévu et pas du tout conforme à ce que les ministres ont signé dans la convention et nous basant sur le fait que dans l'article 18 il est écrit que non seulement c'est la situation internationale mais aussi la situation générale qui peut justifier certains rajustements financiers, je vous signale que nous avons introduit, à l'intérieur des dossiers que nous avons réclamés à l'État, nous avons introduit une rectification de cette perte.

Quoiqu'il en soit, pour l'avenir, notre direction financière est en train d'examiner les possibilités d'obtenir de l’argent à des taux un peu plus comestibles ; avant la crise du pétrole le bruit courait qu'on reviendrait à des taux plus décents aux environs du mois de février-mars, mais maintenant, avec la crise du pétrole, on ne sait plus du tout où on va. Deuxième cause de soucis : c’est l'attitude de notre confrère IBM, qui évidemment a supporté un recul désagréable en France et d'ailleurs dans l'Europe entière entre 1971 et 1973 puisqu'il est passé de plus de 60 % à moins de 50 % des livraisons annuelles, et qui a réagi avec efficacité et vigueur, avec une politique de prix qui finalement se traduit par une réduction progressive de nos marges. Certes on ne peut pas dire que la CII est un organisme budgétivore et improductif, ou tout au moins si elle l'est, elle l'était encore beaucoup pl