Histoire de la CII

 
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1972-1975

Cette page est pour l'instant incomplète.  Les informations spécifiques de chaque ordinateur sont disponibles dans les pages appropriées relatives aux systèmes d'origine CII.

La période 1972-1975 a été celle du second plan calcul. Mais surtout celle d'une européanisation forcée par le gouvernement français d'une part et les difficultés du développement des ventes hors de France  (en dehors des pays socialistes). Cependant, la fusion qui semblait se dessiner avec les activités informatiques de Siemens et de Philips dans Unidata se trouva entravée par l'obstruction de l'actionnaire Compagnie Générale d'Electricité anxieuse de conserver le contrôle de la mini-informatique et des télécommunications en face de son rival allemand Siemens. CGE profita du changement politique intervenu en 1974 pour refaire entrer en lice la Compagnie Honeywell-Bull qui réussit finalement (en mai 1975) à absorber la CII, à retrouver la place de N°2 en Europe, et à reprendre une grande autonomie vis-à-vis de son actionnaire Honeywell.

 

 

janvier 1972 L’ensemble de la presse donne comme quasi certaine une association entre CII et Siemens.
Le Monde
, daté du 29 janvier (paru le 28), sous la signature de Nicolas Vichney, publie l’article suivant :

Siemens et CII se proposent de signer un accord pour la production en commun d’ordinateurs.

" Les représentants de la CII et ceux de la société ouest-allemande Siemens mettent, ce vendredi 28 janvier à Munich, la dernière main à l’accord-cadre que les deux firmes projettent de signer pour harmoniser leurs productions d’ordinateurs. Ainsi serait posée, si les difficultés de dernière heure qui paraissent avoir surgi peuvent être surmontées, la première pierre d’un rapprochement informatique franco-allemand dont il y a peu de temps encore rien ne laissait prévoir la possibilité.

La CII avait opté en juillet 1970 pour un rapprochement avec la firme britannique ICL et la société américaine CDC. Si les accords conclus entre la CII et CDC n’ont jamais paru devoir être remis en cause, il est en revanche apparu que la coopération franco-anglaise se heurtait à une certaine incompréhension. L’entente franco-allemande marquerait donc un revirement sensible de la politique d’accords internationaux suivie par la société française.

Mais il demeure qu’un autre constructeur européen d’ordinateurs, Philips, souhaite participer à un accord, et à Paris on a de bonnes raisons de craindre que Siemens ne soit tenté de s’entendre avec le constructeur hollandais de préférence à la firme française, ou encore que les conversations bilatérales franco-allemandes soient retardées par l’entrée en scène d’un nouveau partenaire.

C’est un simple accord-cadre que les représentants de Siemens et de CII projette de signer. En effet, et bien que les conversations entre Français et Allemands aient commencé à l’automne dernier, le temps a manqué pour préciser les modalités de la future coopération entre les deux sociétés. Leur première tâche serait donc de déterminer, sur le plan technique et sur le plan commercial, les actions à entreprendre en commun.

D’un point de vue technique, l’accord envisagé devrait permettre d’arrêter une même politique de produits. La CII et Siemens entreprendraient donc de réaliser une gamme unique d’ordinateurs. Elle pourrait comporter cinq machines, dont certaines seraient construites en France, les autres en Allemagne. Ce nouveau matériel, naturellement, devrait être conçu de manière à ne pas imposer des efforts d’adaptation trop importants aux utilisateurs actuels et futurs des ordinateurs de la CII – la série IRIS et le tandem formé par l’IRIS 80 et le 10070 – et à ceux des ordinateurs de Siemens – la série 4004 dérivée du matériel RCA. Ces machines, à construire en commun, devraient, d’autre part, être compatibles avec celles offertes sur le marché par IBM.

Les études françaises sur une future gamme – la série R selon la terminologie actuelle – étant sensiblement plus avancée que celles effectuées outre-Rhin, il faut prévoir que les techniciens de la CII joueraient un rôle prépondérant dans la définition des futurs ordinateurs. La situation, somme toute, serait à l’opposé de celle qui aurait résulté d’un accord entre la firme française et ICL, puisque cette dernière avait offert à la CII de réaliser en commun la nouvelle gamme de matériel qu’elle a défini.

Autre différence : avec les Anglais, les Français se seraient engagés encore plus avant dans la voie de la non-compatibilité avec le matériel IBM, tandis qu’avec les Allemands ils se trouveraient amenés à revoir leur position. C’est Siemens, en effet, qui a exigé et obtenu que la CII abandonne sa " philosophie " première et accepte de fabriquer des ordinateurs interchangeables avec ceux de la grande firme américaine...

...Mais le lancement d’une nouvelle gamme d’ordinateurs comporte une difficulté : celle de sa date. On pourrait en l’occurrence la fixer approximativement vers 1975, mais les Français, dont les ordinateurs IRIS viennent juste de faire leur apparition sur le marché ne sont pas désireux de donner rapidement des successeurs. Le matériel offert par Siemens, à l’inverse, commence à prendre de l’âge et les Allemands paraissent désireux d’avoir de nouveaux produits à offrir.

Reste à savoir qui vendrait ces futures machines et, en attendant, celles que fabriquent actuellement la CII et Siemens. On mettrait en place une société d’études communes dont la tâche serait de déterminer les meilleures stratégies commerciales et de définir les partages d’intérêts. "

 

NDLR : il existe aux archives, fonds 92HIST-DGE10 boîte 19, un document intitulé " Accord de principe pour un ACCORD CII – SIEMENS " ; ce document daté du 28 janvier 1972, classé SECRET, est une traduction approximative (sic) des textes en cours de négociations. Nous ne le reproduisons pas ici car ce n’est pas le texte final signé, sauf l’annexe 2 " Accord Technique ", qui donne la gamme des machines prévues à l’origine.

Le texte complet de l’accord, " Heads for a Siemens – CII agreement ", se trouve en page 407, annexe 13, du livre " Entre Plan Calcul et Unidata ".

ACCORD TECHNIQUE

1.- Les deux parties déclarent leur intention d’avoir une ligne de produits commune dès que possible. Les utilisateurs de systèmes Iris ou 4004 devraient pouvoir passer à la ligne commune avec le minimum de modifications.

a) La ligne de produits commune comprendra des unités centrales à cinq différents niveaux de performances : X1, X2, X3, X4 et X5. Les critères de conception de ces unités centrales devront être :
1.- capacité de manipuler aussi bien les jeux d’instructions non privilégiées K que R,
2.- mode maître permettant l’utilisation de PSB et BSR et, en changeant le noyau, l’utilisation de Siris 2, 3 et 8,
3.- adressage virtuel permettant l’emploi de pages de deux octets,
4.- possibilité de manipuler les périphériques Siemens et CII à travers leurs interfaces octets et programmes de gestion de canaux (la possibilité de la coexistence des deux types de canaux à l’intérieur d’un même système est à étudier).

b) X3 sera dérivé du projet existant K2, X4 et X5 des projets existants R1, R2.
Pour X1 ainsi que pour X2, il y aura également des unités centrales communes basées sur les développements en cours CII et Siemens. Au cas où ces objectifs ne pourraient être atteints à l’intérieur de limites de temps et de coût acceptables, les parties s’accorderont sue les méthodes à utiliser.

2.- Les deux parties sont conscients que l’obtention des critères ci-dessus se traduit par des coûts et des délais.

Elles décideront avant le 4 février 1972 de la possibilité de réaliser cette approche de la ligne commune en totalité, et si nécessaire, des modifications à apporter à cette approche.

 

Toujours dans Le Monde, daté du 30 janvier 1972:

Les négociations entre Siemens et la CII se poursuivent.

" Les conversations entre les représentants de la CII et de Siemens, qui auraient dû conduire à un accord le vendredi 28 janvier, vont devoir se poursuivre quelque temps encore.

Il semble, en effet, qu’il est apparu nécessaire de préciser le cadre dans lequel les deux producteurs d’ordinateurs pourraient harmoniser leurs politiques commerciales. L’idée est de laisser à chacune des firmes une position prépondérante sur son marché national. Ainsi la vente des ordinateurs Siemens en France deviendrait l’exclusivité du réseau commercial de la CII et réciproquement. Pour chacun des autres pays, on définirait à chaque fois la stratégie la plus propice.

Autre difficulté : les deux firmes conviendront-elles de partager à égalité le contrôle de chacune de leurs filiales ou chercheront-elles seulement à aboutir à une répartition d’ensemble équitable ? "

 

31 janvier 1972: Flash interne CII.

Coopération avec Siemens

Au terme de longues négociations, CII vient de parvenir à un accord de coopération avec la Compagnie allemande SIEMENS AG, dans le domaine des activités civiles de l’informatique, à l’exclusion des calculateurs ou matériels spécialisés.
Cet accord de principe, dont les modalités d’application restent à mettre au point, prévoit, sur une base égalitaire, l’élaboration d’une politique de produits commune, la création d’une organisation coordonnée pour les ventes dans laquelle chaque partenaire exercera dans son propre pays la commercialisation de certains produits actuels de l’autre.
Les activités de CII Gmbh et la division informatique de Siemens-France seront reprises respectivement par Siemens et par CII.
Cet accord, susceptible d’élargissement ultérieur, illustre la vigueur de CII qui voit son avenir se consolider dans une perspective de coopération européenne.

 

1er février 1972: Monsieur Michel Barré annonce officiellement à la presse la signature de l’accord entre sa société et Siemens.

 

2 février 1972 : dans Le Figaro, la candidature de Philips est évoquée.

" Trois jours ont suffi pour que Philips devienne officiellement candidat comme troisième partenaire de l’accord de coopération que viennent de signer Siemens et CII. Les négociations pour son entrée seront certainement encore longues. Mais déjà la trame d’une réelle coalition informatique européenne apparaît. "

3 février 1972 : Le Monde, article intitulé :
La CII et Siemens ont décidé de produire et de vendre en commun des ordinateurs
Philips envisage de se joindre à ces deux sociétés

Nous ne reproduisons pas cet article qui rappelle l’accord qui vient d’être signé, les accords antérieurs avec ICL et CDC, la société Multinational Data et l’attitude d’ICL.

 

8 février 1972 : note 72.1052 de Michel Barré, Président.

1 M. GEST est nommé Directeur Général de la Compagnie, sur décision du Conseil d'Administration, à compter du 8 février 1972.
2 M. JACQUEMIN prend à cette même date les fonctions de Directeur Central Industriel ; M. GEST reprendra avec lui les conditions d’organisation de cette Direction et en précisera les attributions dans une note particulière.

3 M. TOUTAIN est nommé Secrétaire Général de la CII en remplacement de M. JACQUEMIN.

Outre les fonctions correspondant à ce titre qui ont été définies par ma note 180.69 du 19 décembre 1969, M. TOUTAIN continuera d'assurer pour la Direction Générale un certain nombre de missions de caractère industriel et commercial au niveau de la politique générale de la Compagnie.

A ce titre, il poursuivra jusqu’à nouvel ordre les études qui lui ont été confiées et qui concernent la Roumanie, la Hongrie et la Belgique ; il transférera sans délai le dossier Brésil à la DAI.

4 Le Comité hebdomadaire de Présidence est désormais remplacé par un Comité de Direction Générale qui sera présidé par M. GEST.

 

 8 février 1972 : lettre de M. Barré au Professeur Gumin, suite à l’annonce des accords.

Cher Monsieur,

L'annonce de nos accords a soulevé, comme je m'y attendais, un très grand mouvement d'intérêt en France ; ici, tout le monde reconnaît qu'il s'agit de la nouvelle la plus importante qui soit jamais intervenue dans l'informatique européenne ; j'espère que l’événement a trouvé en Allemagne une résonance aussi enthousiaste.

Nous avons été contents de noter que la candidature de PHILIPS était généralement bien accueillie et je crois que l'extension de notre accord à un troisième partenaire ne fera pas de difficulté s'il s'avère que l'intérêt général y gagne comme nous l'imaginons.

Je pense qu'il convient maintenant de constituer rapidement les groupes de travail qui devront approfondir les termes de notre accord de principe pour le transformer en une série d'accords définitifs précis.

Vous trouverez, ci-joint, une note interne de la CII qui met en place le dispositif qui sera chargé de discuter ces questions en face des représentants de SIEMENS ; nous souhaiterions beaucoup avoir connaissance du dispositif que SIEMENS mettra en place du son côté.

Je suggère qu'une réunion intervienne rapidement entre nous pour mettre en route les travaux ; si vous êtes d'accord avec moi sur ce point, je pense souhaitable que MM. JANISCH et GAUDFERNAU organisent une telle réunion dans la deuxième quinzaine du mois de février.

Veuillez agréer, Cher Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

M. BARRÉ

 

17 février 1972: M. Paul Huvelin, président du C.N.P.F., devient vice-président de Thomson-Brandt.
Article du Monde, daté du 19 février et signé par Jacqueline Grapin
" La crise qui existait à la tête de Thomson-Brandt, premier groupe électronique français, a été dénouée jeudi 17 février. Le conseil d’administration a nommé l’un de ses membres, M. Paul Huvelin, par ailleurs président du Conseil national du patronat français (C.N.P.F.), à la vice-présidence du groupe. M. Huvelin pourrait être ultérieurement nommé président de Thomson-CSF, la filiale principale de Thomson-Brandt pour les matériels électroniques. Le même conseil a pris acte du départ de M. Roger Schulz, qui était depuis 1970 vice-président délégué de Thomson-Brandt.
M. Roger Schulz était en désaccord avec M. Paul Richard, président de Thomson-Brandt, patron de l’ensemble du groupe, sur l’orientation à donner à certaines fabrications coûteuses (composants, ordinateurs, etc.), et sur l’éventualité d’un rapprochement de leur entreprise avec la Compagnie générale d’électricité. Les difficultés du moment ont déjà provoqué la démission de M. André Danzin, vice-président-directeur-général de Thomson-CSF...
Dans ce contexte, la nomination de M. Paul Huvelin aux côtés de M. Paul Richard apparaît comme un moyen de préparer progressivement la solution d’un problème insoluble dans l’immédiat, tout en donnant publiquement le signe d’une fin de crise... "
 

février 1972 : la CGE n’est pas très " chaude " pour l’accord CII - Siemens. En effet, Siemens est un concurrent sérieux dans le téléphone, le nucléaire. L’arrivée de Philips ne ferait que compliquer les choses. Car la CGE lorgne également vers la péri et mini-informatique, secteur où Philips apparaît puissant.

22 février 1972 : François-Xavier Ortoli, au cours d’une réunion avec Maurice Allègre et Michel Barré, approuve l’accord CII – SIEMENS et ses dispositions.

mars 1972: Accord Siemens - CII (d'après  CII Informations n° 16)

Bien que notre accord avec Siemens ait déjà fait l’objet d’une large information interne, à la suite des exposés du Président Barré et des directions CII, et qu’il ait été abondamment relaté par toute la presse, nous pensons qu’il n’est pas inutile d’en rappeler les grandes lignes, en raison même de son importance.

Tout d’abord, cet accord de principe entrera progressivement en vigueur, et nécessitera, pour ce faire, tout un ensemble de dispositions d’application qui conduiront à l’accord définitif.

Pour l’essentiel, il est prévu :
– une coopération dans le domaine du traitement de l’information sur une base égalitaire et dans le maintien des personnalités juridiques et sociales indépendantes des compagnies,
– la mise au point d’une politique de produits commune tendant à harmoniser les produits existants et, à plus long terme, à définir et élaborer en commun une ligne de produits nouvelle assurant la continuité avec les deux lignes actuelles,
– la coordination des activités de vente des deux partenaires par la création d’organisations communes appropriées. En plus de ses produits, chacun des partenaires assumera de façon exclusive dans son propre pays la commercialisation de certains produits informatiques de l’autre. Les activités de CII Gmbh en Allemagne et la division informatique de Siemens-France seront reprises respectivement par Siemens et par CII.

Le champ d’application de l’accord englobe tous les ordinateurs des deux compagnies à l’exception des produits spécialisés, tels que les ordinateurs militaires, les calculateurs spécifiquement " process ", et d’autres équipements pour applications particulières. Bien entendu, les accords que nous avions conclus sur d’autres plans avec d’autres sociétés – en particulier pour la création de Multinational Data, société d’étude commune à CDC, ICL et CII – ne sont pas remis en cause.
Il est même possible que la coopération européenne annoncée par notre rapprochement avec Siemens-Informatique s’élargisse à d’autres partenaires, dans un esprit identique.
Il est essentiel que dans la constitution d’une informatique européenne qui se voudra aussi forte que possible, chaque partenaire, tout en acceptant les règles de la concertation, conserve sa personnalité propre.

17 mars 1972 : lettre de M. Barré à M. Mac COLOUGH, président de XEROX. Cette lettre parle d’une collaboration possible entre XEROX et l’association CII / Siemens.

Monsieur le Président,

La première réunion intervenue entre SIEMENS et CII depuis la visite que vous avez bien voulu nous faire a eu lieu le 15 mars.
Au cours de cette réunion, j'ai pu évoquer de manière confidentielle auprès de M. GUMIN, Directeur de la Branche Informatique de SIEMENS, les idées que nous avions échangées précédemment ; bien entendu, j'ai fortement insisté sur le caractère confidentiel de ces possibilités.
J'ai présenté à M. GUMIN la politique générale de XEROX telle que vous me l'avez expliquée ; je lui ai exposé comment votre compagnie se voyait dans la nécessité d'inscrire, dans le cadre de son action, des moyens informatiques adaptés aux problèmes du secrétariat, et d'une façon plus générale, de gestion de bureau ; j'ai également évoqué l'effort important que XEROX compte faire dans le domaine de certains périphériques.
M. GUMIN s'est montré intéressé par une perspective de collaboration permanente entre XEROX et notre association SIEMENS / CII ; il a convenu de l'intérêt qu'il y aurait à une rencontre pour approfondir les possibilités de collaboration, mais il pense, comme moi, qu'une telle réunion n'interviendrait pas utilement avant 2 ou 3 mois en raison des nombreux problèmes qui se posent à nous pour mettre en route la collaboration de nos 2 sociétés européennes.
Je me permets de vous proposer une rencontre dans le courant du mois de juin ; je vous serais reconnaissant de me dire si une telle période vous conviendrait ou bien si vous préféreriez remettre l'entretien au mois de septembre.
Je ne sais si vous aurez l'occasion de passer en Europe ; nous aurons probablement, M. GUMIN et moi, la possibilité de nous rendre aux États-Unis et je pense que le lieu de la rencontre ne posera pas de problème.
Dans l'attente de votre réponse,
Je vous demande de croire, Monsieur le Président, à l'expression de mes sentiments les plus distingués.
M. BARRÉ

 

avril 1972: négociations en vue d’élaborer des structures pour la constitution d’un ensemble tripartite CII-Siemens-Philips : UNIDATA, préservant la personnalité juridique et économique de chaque partenaire.

avril 1972: nouvelle approche d’ICL auprès de CII et SIEMENS. ICL émet l’idée d’étudier une sorte de semi-compatibilité entre matériels au niveau du software et de lancer une grande opération à l’échelle européenne sur les périphériques.

30 mai 1972 : lettre du ministre de l’industrie britannique, Christopher Chattaway, à ses homologues français et allemand, François-Xavier Ortoli et Klaus von Dohnanyi.

" …Le meilleur pour l’Europe serait la formation d’une industrie d’ordinateurs forte, intégrée et vraiment européenne. L’accord de CII et de Siemens est un pas bénéfique dans cette direction. Nous croyons qu’un effort élargi et unifié des Européens serait encore plus capable de soutenir l’ensemble des dépenses très importantes qui devront être consenties. Je connais les difficultés inhérentes à un tel projet, mais si nous exprimons une forte volonté politique pour former un puissant ensemble industriel européen, ces difficultés pourront être surmontées. "

mai 1972 : accord préliminaire avec la Hongrie pour une introduction de matériel de gestion CII dans ce pays.

19 mai 1972 : " La CII augmente son capital ".

Par décision de l’Assemblée Générale des actionnaires du 3 mai 1972, le capital de la société a été porté de 143.700.000 F à 166.700.000 F.
La nouvelle répartition du capital CII s’établit comme suit :
FININFOR : 64,24 % (holding TH-CSF : 52 % -CGE : 48%)
SCHNEIDER S.A. : 18,44 %
KALI SAINTE THÉRÈSE : 2,50 %
I.D.I. : 14,82 %
Rappelons que le chiffre d’affaires HT de la CII a atteint 655 MF en 1971, contre 509 MF en 1970, soit une progression de 28 %.
L’amortissement des études exclu, le cash flow a atteint 77 MF contre 55 MF en 1970.

1er juin 1972 : note de Maurice Allègre au Ministre du développement industriel et scientifique pour préparer la réunion du 6 juin.
Cette note a pour objet la coopération entre ICL et CII/Siemens.
La première partie est consacrée à l’historique des contacts franco-britanniques, depuis 1968 à mai 1972.
La deuxième partie donne des commentaires sur l’évolution passée et sur la situation présente des relations franco-britanniques.

Extraits :

a) Raisons de l’échec des négociations CII/ICL :

ICL et CII n’ont pu tomber d’accord sur la définition d’une ligne future commune de produits pour des raisons :

  • techniques : ICL défendait une structure de machine qui renforçait l’incompatibilité de ses systèmes vis à vis de ceux d’IBM, sans que des avantages très nets en ressortent par ailleurs. CII qui connaît bien maintenant les difficultés rencontrées pour entamer le marché d’IBM ne pouvait accepter de voir s’aggraver ce type de contraintes.

  • commerciales : les âges différents des séries ICL 1900 et systèmes 4, déjà obsolescentes et de la série Iris beaucoup plus récente rendaient déjà l’an dernier un compromis sur les dates de sortie des futures machines communes.

  • financières : le ralliement d’ICL aux thèses de la CII entraînait des pertes financières importantes en raison des dépenses déjà consacrées par ICL à sa nouvelle gamme.

b) Contraintes supplémentaires nées de l’accord CII/Siemens et des négociations avec Philips.
La mise en application des accords CII/Siemens exigera des négociations difficiles pendant au moins une année. Ces négociations impliquent des compromis délicats tant sur le plan technique (spécifications de la nouvelle ligne X, choix des dates de sortie des machines, etc.) que commercial surtout si l’on veut respecter le principe égalitaire qui est à la base de l’accord.

[…] La substitution d’ICL à Philips comme troisième partenaire poserait des problèmes beaucoup plus considérables car on ne saurait imaginer qu’ICL abandonne la moyenne et grande informatique. De plus, on voit mal comment ICL pourrait accepter aujourd’hui d’abandonner totalement sa nouvelle gamme dont les premières annonces doivent être faites en 1973.

[…] Toute tentative d’introduire ICL dans ce schéma tant par les problèmes techniques (compatibilité) que commerciaux soulevés ferait éclater les accords CII/Siemens.

CONCLUSIONS

Sur le fond :

La lettre du Ministre de l’industrie britannique est importante à plus d’un titre et doit être accueillie avec faveur :

- il doit être relevé l’identité de vue qui semble apparaître entre les positions gouvernementales britannique et française :

. nécessité de soutenir l’industrie informatique,
. aboutir à une construction européenne informatique véritable,
. considérer comme souhaitable la construction à terme d’un axe ICL-Siemens-CII.

Mais rappeler :

- que les industriels doivent régler eux-mêmes entre eux ce type de problème,
- qu’une réalisation immédiate de l’objectif souhaité s’avère impossible,
- qu’un certain nombre d’étapes peuvent être prévues pour réaliser progressivement ce rapprochement.

Sur la procédure :

- proposer à M. Chattaway et à M. Dohnanyi une rencontre à Paris en juillet,
- si le Ministre est d’accord avec ces propositions, deux projets de lettres à ces Ministres lui seront immédiatement soumis.

6 juin 1972 : réunion chez François-Xavier Ortoli, ministre du Développement industriel et scientifique, ayant pour objet la réponse à la lettre du ministre britannique Chattaway.

Les conclusions résumées sont :

- continuer à agir dans le cadre du schéma " multinational ", tout en explorant les limites qui devraient être respectées dans un schéma plus intégré pour que les intérêts fondamentaux de la politique informatique française puisse être sauvegardés.

- étudier un certain nombre d’étapes à remplir suivant un calendrier prévu, permettant une convergence progressive des efforts de CII – Siemens d’un côté et d’ICL de l’autre ; ces étapes pourraient comprendre la création de sociétés communes pour les matériels périphériques, le software de base et les composants.

juin 1972 : semaine informatique française à Moscou (CII Informations n° 18)....
Parallèlement à cette double manifestation, des pourparlers étaient engagés au plus haut niveau par M. Allègre et le Président Barré avec les Soviétiques. A l’issue de ces entretiens, les conditions d’une collaboration étendue entre CII et les organismes soviétiques intéressés ont fait l’objet de l’établissement d’un programme de travail.
Dans une première étape, un grand système informatique doit être mis en œuvre au ministère de l’Électronique. D’autre part, un système fondé sur deux Iris 80 pourrait être adopté par le Gosplan, et des négociations sont en cours pour une commande de deux Iris 50.

 

juin 1972 : annonce de deux nouveaux types de périphériques à support magnétique :

- les disques MD 50 qui apportent aux IRIS 50-60-80 et 10070 de nouvelles possibilités pour traiter efficacement les applications nécessitant des fichiers volumineux (capacité 150 à 800 millions d’octets, temps d’accès moyen à un enregistrement 35 millisecondes, débit 312 000 octets par seconde).

- les bandes magnétiques 72.317 (60 000 octets par seconde, 1600 bits par inch) qui viennent renforcer la compétitivité des systèmes IRIS 45 et 50 grâce à un rapport performances/prix intéressant.

 

4 juillet 1972 : entretien entre MM. Ortoli et von Dohnanyi à Bonn.

Tour d’horizon sur la situation actuelle et les objectifs à moyen terme. Pour la première fois, le ministre allemand évoque Nixdorf et Telefunken, qui devraient, à son avis, pouvoir participer à l’entreprise commune qui sera créée.
M. Ortoli estime que l’équilibre risque d’être détruit si les poids nationaux sont très différents. De plus, il y a l’accord en cours avec Philips et il faut organiser tout cela avec méthode. En agissant avec précipitation, on recommencera EUROPA II.

juillet  1972 : un important changement intervient dans le gouvernement. Georges Pompidou renonce à la " nouvelle société " de son premier Ministre, Jacques Chaban-Delmas, et le remplace par Pierre Messmer à la tête du gouvernement. Celui-ci forme un nouveau cabinet dans lequel Jean Charbonnel remplace François-Xavier Ortoli au ministère de l’Industrie. Le directeur de cabinet du Ministre est Bernard Rauline, pour qui l’informatique est un gouffre inutile. Ceci ne va pas facilité la tâche de la Délégation.

4 août 1972 : Heads for Subagreement X0.

 NDLR : ce document, daté du 4 août 1972, est signé par CII, Philips et Siemens. Il introduit l’arrivée de Philips, non encore officiellement, dans l’association et fait apparaître une sixième machine dans la ligne de produits X, la machine X0 (voir l’accord Technique CII Siemens du 28 janvier 1972 ci-dessus).

In the scope of a general agreement between CII, Philips and Siemens the following is confirmed :

1. Philips will be responsible for the development and supply of the X0 (instead of BL ) defined as follows :

2. X 0 will be upward compatible with X1, and thereby with X-line.

3. Since it is assumed that at the level of X0 and X1 the performance ratio of 1 to 2 suits the market requirement on a competitive level, the following should apply to X0 and X1 :

Performance of X0 roughly 40 K op/s (X1 being roughly 80 K op/s ).
That corresponds to a performance of 2.5 for X0 and 5 for X1 if 360-50 performance is taken as 10.

In the market as seen to day, X1 will compete with 370-125 and X0 will compete with 370-115 as expected.

The planned price-range will be approximately $2500 - $5000/month, with optimal configuration around $3500/ month, whereas X1 optimal configuration will be about $6000/month. These figures will be reviewed jointly.

The purpose of the above price-performance figures for X0 in relation to X1 is to define a proper distance between X0 and Xl meeting both market requirements and individual company interests.

Detailing of these specifications of X0 in relation to X1 will be made as soon as possible.

4. Device interfaces of the X will be the same as those of the X-line.

5. The X-line peripheral catalogue shall be extended with appropriate low cost peripherals for X0.

6. The operating systems of the X0 will be able to run on the X1, taking into account the memory size requirements.
Siemens is ready to provide PBS and later on the BSR as operating systems to be adapted by Philips according to the size of the systems. These resultant operating systems will be available for other X-models.

7. Philips is striving for delivery of the X0 to customers in the first half of 1974 ; this has to be verified by detailed planning.
Philips will investigate in co-operation with CII and Siemens the following possible implementations of X0 :
a) K + IRIS (complete X-mode
b) K or IRIS (two modes)
c ) K
If X0 does satisfy either a) or b), X0 will be considered as common product from the beginning.
If X0 only satisfies c) X0 will be considered as common product of the X-line only from the time of announcement of X-line products, in accordance with a marketing policy, decided in common.
Before this date this computer will be considered as a product compatible with the 4004 line, whatever its name, to be decided jointly, will be.
The announcement of the X-line including X0 shall be a joint marketing strategy to be evaluated.

8. Philips will not develop a version of X0 at the level of X1 and CII will not develop a version of X1 at the level of X0.

9. Philips will start immediately on the development of X0. Forecasts for quantities of X0 will be given by the three companies and the study-company, immediately after detailing of specifications mentioned in paragraph 3.

 

1er septembre 1972 nominations (CII Informations n° 18)

Direction Générale :

M. Robert Gest, directeur général, est assisté depuis le 1er septembre de deux directeurs généraux adjoints :

- M. Jean Gaudfernau, pour les problèmes de politique générale et la préparation du long terme ;

- M. Pierre Guichet, pour la conduite des affaires et de toutes les opérations à court et moyen terme.

Direction Commerciale :

M. Jean-François Dubourg, entré le 1er septembre à la Compagnie, a été nommé directeur commercial. Cette direction regroupe l'ensemble des activités commerciales pour l'informatique générale en France et à l'étranger.

Division Petits Ordinateurs et Applications Spécialisées :

M. Michel Chaussedoux, précédemment directeur des Plans et Programmes, après avoir été directeur de l'usine de Toulouse, a été nommé directeur de la Division Petits Ordinateurs et Applications Spécialisées, dont M. Henry Fady est directeur adjoint.

Division Commutation Téléphonique :

M. Bruno Gastine a été nommé directeur de la division commutation téléphonique.

13 septembre 1972 : le président Barré a tenu sa conférence de presse annuelle, précédant de quelques jours l’ouverture du Sicob. M. Barré était entouré de M. Gest, directeur général, et de M. Guichet, directeur général adjoint. Devant une soixantaine de journalistes, M. Barré a brossé un tableau général de la marche de la Compagnie, soulignant notamment les derniers développements dans le domaine des accords internationaux. Ensuite, M. Gest a fait un exposé sur l’activité de la CII en 1972 sous le triple aspect industriel, commercial et financier.

Ci-après, de larges extraits de cette conférence de presse (CII Informations n° 18).

M. Barré

L’expansion de la CII est conforme aux prévisions

Je vous disais il y a un an que la CII avait progressé conformément aux prévisions du Plan Calcul, et que j’espérais qu’il en serait de même pour l’année à venir. De fait, je peux annoncer aujourd’hui que nous avons réalisé en 1971 le chiffre d’affaires prévu, et que celui de cette année sera égal ou légèrement supérieur au chiffre auquel nous nous sommes engagés. Nous nous acheminons vers le milliard de chiffre d’affaires, que nous devrions atteindre en 1973.

Nous pensons cependant que ce résultat n’est pas tout à fait satisfaisant, dans la mesure où nos ventes ont progressé dans la même proportion dans le secteur public et dans le secteur privé. Si nous voulons en effet que la CII conserve son taux d’expansion, il est indispensable que nous connaissions une croissance plus rapide, je ne dirai peut-être pas dans le secteur privé, mais dans celui des grandes entreprises publiques et privées.

La CII entre dans le domaine de la commutation téléphonique

L’entrée de la CII dans le domaine de la commutation téléphonique est un élément nouveau dans nos activités. Avec la société CITEREL, filiale de la CGE, et qui compte aussi ERICSSON parmi ses actionnaires, notre compagnie participe, en liaison avec le CNET, à la réalisation de matériels qui constitueront l’autocommutateur téléphonique français de demain.

Dans le cadre de ces travaux très importants qui lui ont été confiés, CII développe un système dérivé d’IRIS 80, et mettra ensuite au point un matériel spécialisé. Activité naissante aujourd’hui, la commutation téléphonique devrait prendre dans un avenir assez proche une place importante dans les activités de la compagnie.

Un nouveau produit militaire au catalogue

Nous n’attendions pas, dans le secteur militaire, spatial et aéronautique, une expansion analogue à celle observée dans le secteur civil. Nous avons toutefois maintenu nos activités.

L’année 1972 voit en ce domaine la mise au catalogue d’un nouveau produit, IRIS 15 M, qui vient compléter la gamme des ordinateurs militaires, comprenant déjà IRIS 55 M et IRIS 35 M.

En résumé, si nous envisageons les différents domaines que je viens d’évoquer, nous pouvons considérer comme satisfaisant le développement de nos activités. Cela ne signifie pas que nous n’ayons pas rencontré de difficultés au cours de cette très rapide expansion. La mise au point de certains produits a été plus difficile que prévu, et certaines installations complexes nous ont conduits quelquefois à de trop longs délais de mise en route. Nous le savons, et nous y portons remède :

– nos moyens d’après-vente ont été renforcés ;

– nous avons créé une direction des opérations clients, chargée de tous les problèmes techniques ;

– nous avons renforcé notre direction commerciale ;

– l’organisation de la CII a été adaptée afin de décharger les responsables de l’informatique générale des soucis qu’apportent les activités spécialisées : activités militaires, spatiales et aéronautiques, commutation téléphonique, mini-ordinateurs.

Une année d’activité internationale

Les douze mois qui viennent de s’écouler ont été avant tout marqués par nos efforts dans le domaine international car nous sommes plus que jamais convaincus que l’avenir de l’informatique passe par une coopération internationale étroite. Les accords que nous avons cherché à conclure sont de différentes natures. Ce sont dans certains cas des accords définitifs, dans d’autres des accords préliminaires par entente sur certains points essentiels de politique. Il y a enfin un certain nombre d’accords d’intention.

Les accords avec Siemens et Philips

Nous avons donné cette année la plus haute priorité, en ce qui concerne nos négociations internationales, à la discussion et à la mise au point des accords avec Siemens et Philips. Vous savez qu’un accord de principe entre Siemens et notre Compagnie a été signé le 1er février 1972. Philips ayant manifesté son désir de participer à cet accord, les discussions se sont depuis déroulées avec ce troisième partenaire : nous avons cherché un accord tripartite, et des réunions de travail ont lieu régulièrement.

Sur le plan technique, CII, Siemens et Philips ont mis au point les accords concernant les caractéristiques des futurs produits communs. Des documents partiels sont approuvés et signés, précisant la nature de ces ordinateurs, les responsabilités effectives et les plannings.

Des groupes de travail étudient les mesures à prendre progressivement dans le domaine commercial, en particulier pour les filiales à l’étranger qui dépendront de la société commerciale commune. Il est difficile de donner de plus grandes précisions sur les résultats acquis, d’autant plus qu’aujourd’hui nous ne pourrions faire état que de résultats intermédiaires. Disons seulement qu’un travail considérable a été accompli.

Multinational Data et Control Data

A côté de ces accords de base, n’oublions pas les accords antérieurs qui nous lient à d’autres partenaires. C’est le cas de Multinational Data, comme de l’accord avec Control Data. Les travaux y ont atteint un stade que nous ne pouvons dépasser avant d’avoir réglé un certain nombre de problèmes qui découlent de nos négociations avec Siemens et Philips. Nos partenaires de Multinational Data se trouvent d’ailleurs dans des conditions voisines des nôtres, et ils doivent définir un certain nombre de positions de principe avant de pouvoir relancer les discussions. Ceci explique que les négociations soient ralenties actuellement.

Rapprochement avec Hitachi et Fujitsu

Un rapprochement est intervenu très récemment entre les constructeurs japonais et européens. Après des échanges de visites, et de correspondance, sur les possibilités d’une coopération, un récent voyage a permis de convenir avec Hitachi et Fujitsu du côté japonais, et du côté européen Siemens et CII, d’une étude de possibilité de coopération sur le plan des compatibilités de matériel, et de l’action commerciale. Il s’agit là d’un accord d’intention dont l’effet n’interviendra pas avant un certain temps.

Accord avec l’industrie hongroise

Par ailleurs, la CII a signé avec l’industrie hongroise un accord définitif faisant suite à l’accord provisoire signé en mai dernier. Nous avons ouvert le marché hongrois au matériel IRIS, en échange d’une coopération dans les domaines du hardware et du software. Cette coopération a commencé depuis plusieurs années puisque, rappelons-le, l’industrie hongroise a acquis la licence de deux de nos produits, dont l’un paraît avoir un grand avenir en Europe socialiste.

Coopération avec l’URSS

Je mentionne enfin l’URSS, où nous avons négocié un accord d’intention pour réaliser une installation pilote, dont l’objet serait de mettre au point certaines formes de gestion industrielle applicable à d’importants centres dépendant du ministère de l’Électrotechnique.

Il serait prématuré de parler d’autres négociations. Disons qu’elles procèdent du désir de la CII de quitter l’hexagone, de se faire connaître à l’étranger, et de jouer dans l’association que nous créons avec nos confrères allemand et hollandais un rôle à la mesure des efforts que nos maisons-mères et l’État ont consentis pour le Plan Calcul.

 

M. Gest

L’activité de la CII en 1972 se développe selon les prévisions du plan directeur qui a servi de base à la deuxième convention du Plan Calcul : ceci malgré le ralentissement économique qui est apparu fin 1971, et alors que la conjoncture propre du secteur informatique donnait elle-même des signes de fléchissement.

Le chiffre d’affaires en 1972 sera vraisemblablement supérieur à 800 millions de francs, en accroissement de plus de 25 % sur celui de 1971. Cette augmentation est essentiellement le fait de l’accroissement des ventes de matériels civils. Ce rythme de croissance se maintiendra, compte tenu du portefeuille de commandes dont nous disposons, pour atteindre un chiffre d’affaires de l’ordre du milliard de francs en 1973. Nous comptons en effet que l’année prochaine l’activité " matériels civils " progressera d’environ 35 %.

Cette année la croissance de nos ventes a été sensiblement la même pour le secteur privé et le secteur public. La répartition, pour la France, est la suivante en ce qui concerne la ligne des moyens et gros ordinateurs (IRIS 45 à IRIS 80) :

– la part des commandes en portefeuille qui proviennent des administrations et des organismes connexes représentent 60 %. Ce pourcentage est un peu plus faible pour les ordinateurs moyens, un peu plus élevé pour les gros systèmes ;

– la part du secteur privé est donc appréciable, soit près de 40 %. Elle a augmenté en valeur, mais il importe que sa croissance soit plus rapide dans l’avenir. Nos efforts vont porter sur ce point dans les mois qui viennent.

A l’exportation, la CII a maintenant une activité appréciable : de nouveaux marchés ont été prospectés, qui s’avèrent assez prometteurs. Des commandes importantes pourraient être prises dans les prochains mois. En 1972, le chiffre d’affaires à l’exportation représentera environ 20 % de celui de l’ensemble des matériels civils.

A la fin de 1972, la CII a produit et installé environ 900 systèmes et plus de 1.200 ordinateurs auront été commandés. Avec une augmentation de près de 30 % cette année, le parc informatique de la CII est donc désormais important et largement diversifié. Nous disposons maintenant malgré certaines difficultés de démarrage, dans certains secteurs, d’une expérience certaine dans tous les domaines, ceux de la gestion en particulier.

Cette année la CII a créé un certain nombre de produits originaux. Citons en particulier les travaux concernant la gestion de bases de données (produits Socrate et SCF), ceux concernant la gestion de transaction (Stratège, qui correspond à une extension du système d’exploitation SIRIS). Tout en continuant à améliorer la performance de ses ordinateurs, la CII s’est délibérément tournée vers les applications ; celles-ci seront le thème de notre présentation au Sicob.

Pour réaliser son expansion, la Compagnie a été amenée à accroître ses moyens, tant sur le plan des effectifs que des moyens industriels. Nos effectifs en 1972 progresseront de 10 % ; cette augmentation intéresse essentiellement les secteurs commerciaux et de production. A la fin de cette année, la CII comptera 7.500 personnes. Le renforcement du secteur commercial s’effectue surtout au bénéfice du réseau de délégations régionales.

Neuf agences sont actuellement en activité et d’autres seront créées au cours de l’année prochaine. Ce réseau décentralisé nous permet des contacts plus étroits avec notre clientèle, à qui nous offrons ainsi, dans les meilleures conditions, l’assistance qu’elle est en droit d’attendre de notre Compagnie. Ces délégations sont un appui précieux pour notre développement dans le secteur privé.

En ce qui concerne nos moyens de production, une troisième tranche de travaux a été lancée à l’usine de Toulouse dont la surface se trouve ainsi augmentée de 30 %. Les effectifs de l’usine dépasseront 1.300 personnes à la fin de cette année.

Sur le plan financier, la CII dégagera fin 1972 des résultats bénéficiaires d’un ordre de grandeur au moins égal à ceux de 1971. Je rappelle que l’exercice 1971 s’est traduit par un bénéfice de 5 millions de francs. Malgré l’importance croissance de son activité, la Compagnie a fortement consolidé sa structure financière, grâce aux augmentations de capital souscrites par les actionnaires, grâce aussi aux résultats bénéficiaires de l’année passée et enfin à la mise en place d’emprunts à long et moyen terme.

Les capitaux permanents dont dispose actuellement la CII couvrent non seulement les immobilisations, mais aussi les deux tiers des valeurs d’exploitation. Le ratio est satisfaisant, compte tenu de l’expansion rapide que nous connaissons.

Je dirai pour conclure que la CII suit la trajectoire prévue, au plan du développement de son activité, et de la mise en œuvre des moyens et capitaux nécessaires. Elle se présente en bonne santé face à ses partenaires, et riche surtout d’une expérience dans le domaine de la conception et de la réalisation des systèmes informatiques.

Fin des extraits

 

Réactions de la presse à cette conférence de presse.

- 01 Informatique du 18 septembre 1972:
" ... On ne peut s’empêcher d’être frappé par le ton de cette conférence de presse, qui tranchait sur celles qui l’ont précédée. Sans sous-estimer les difficultés – et elles sont nombreuses – qu’il lui reste à surmonter, la CII s’affirme désormais comme une entité fermement résolue à conquérir et à défendre la place qu’elle estime devoir lui revenir. "

- Électronique Actualités du 22 septembre 1972 :
·
Le groupe CGE construira des autocommutateurs autour d’IRIS 80.
·
M. Barré vient de le confirmer. Philips a rejoint CII et Siemens pour l’informatique européenne.

- Le Monde du 19 septembre :
la CII est satisfaite de l’évolution de ses négociations avec Siemens.

- Le Courrier de l’Informatique du 15 septembre :
CII : nouveaux produits au Sicob ; vers une compagnie moins " tricolore " et politique plus " business minded ".

 

Septembre 1972 : évolution du chiffre d’affaires de la CII (CII Informations n° 18).

Un tableau donne le CA de 1967 à 1971 et la prévision pour 1972, en millions de Francs HT :

1967 :  234
1968 : 285
1969 : 367
1970 : 509
1971 : 655
1972 : 800 (prévision)

Dans le numéro cité ci-dessus, il est aussi donné l’évolution des effectifs (chiffres arrondis) :

1967 : 3200
1968 : 4000
1969 : 4500
1970 : 5500
1971 : 7000
1972 : 7500 (prévision)

 

22 septembre 1972: M. Pierre Messmer a inauguré officiellement le Sicob le vendredi 22 septembre, accompagne de MM. Jean Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique, M. Hubert Germain, ministre des P. et T., et Maurice Allègre, délégué à l’informatique. Il a été accueilli sur le stand CII par le président Richard et par M. Barré qui lui a présenté quelques-unes des démonstrations CII.

 

 


Monsieur Paul RICHARD, Monsieur Pierre MESSMER, premier Ministre, Monsieur Maurice ALLÈGRE et M. BARRÉ.

Au cours de la réception qui a suivi l’inauguration, M. Messmer a prononcé une allocution, évoquant notamment le développement des sociétés d’informatique et les problèmes posés par l’introduction de l’informatique dans les administrations :
" Cette introduction exige une remise en cause des méthodes et des structures ; elle permet de progresser dans la connaissance des coûts et des rendements ; elle contribue à simplifier et à améliorer les rapports entre administrateurs et administrés. Et par là, elle assure plus de liberté. "

Constatant, sur le plan de l’informatique européenne, que l’accord CII-Siemens était la première construction " binationale " au vrai sens du mot, le Premier ministre a poursuivi :
" Il n’est pas interdit de penser qu’avant la fin de l’année cette construction sera devenue, sur le continent, un ensemble multinational. "

La CII au Sicob :

La CII a cherché au cours de ce Sicob à montrer sa capacité à résoudre les problèmes informatiques posés par la gestion moderne des entreprises : au-delà des ordinateurs, la CII apporte à ses clients un service informatique.

Les démonstrations moyens et gros systèmes :

· Socrate, système très évolué de gestion de bases de données.
· Oracle, produit-programme de gestion de production, exploité à l’aide du nouveau terminal lourd Mitra 15 T.
· Gestodis, ensemble de modules assurant la gestion commerciale de l’entreprise.
· Mistral, produit-programme de recherche documentaire.

Les démonstrations de mini-ordinateurs MITRA 15 : deux Mitra 15 fonctionnaient sur le stand, l’un avec une démonstration scientifique en temps partagé (utilisant le langage Basic), l’autre avec une démonstration d’identification et de commande de processus industriel.

 

28 septembre 1972 : M. Pierre Messmer, Premier Ministre, s’est rendu à Toulouse le 28 septembre. Il a visité deux entreprises au cours de ce voyage, la SNIAS et la CII. Le président Barré, entouré de ses principaux collaborateurs, l’a accueilli et accompagné dans la visite de l’usine.


Au cours de la visite, Monsieur P. Gosselin, directeur adjoint de l’usine, donne des explications à MM. Allègre et Messmer.

M. Messmer et les membres de son cabinet étaient accompagnés de M. Galley, ministre des Transports, de M. Comiti, secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, M. Allègre, délégué à l’Informatique, M. Chadeau, préfet de la région Midi-Pyrénées, ainsi que de nombreuses personnalités de l’administration.

Exposé de M. Barré (extraits) :

" Monsieur le Premier Ministre,

... le premier Plan Calcul signé au début de 1967 était très ambitieux, fixant la réalisation en moins de 5 ans d’un catalogue complet dans le domaine de l’informatique de gestion et une vitesse d’expansion de la CII, année par année, largement supérieure à la croissance de la profession. En effet :

– sur le plan des produits, 4 calculateurs civils et 2 calculateurs militaires devaient être mis au catalogue avec les accessoires hardware et software nécessaires à leur mise en œuvre.

– le chiffre d’affaires, inférieur à 200 millions en 1966, devait atteindre 554 millions en 1971. L’effort devait surtout porter sur l’activité relative au matériel de gestion.

En pratique, l’exécution de ce programme se montra très difficile, on peut même dire à la limite des choses possibles ; en effet, au-delà d’une certaine vitesse de croissance, les problèmes qui se posent ne sont plus seulement d’ordre financier, mais relèvent de la capacité d’embauche, de formation et d’organisation interne.

Malgré ces redoutables difficultés, le premier Plan Calcul a bien vu la mise au catalogue de 4 calculateurs civils : Iris 45 – Iris 50 – Iris 60 et Iris 80, et celles de 2 calculateurs militaires : Iris 35 M et Iris 55 M ; mais il était nécessaire, pour assurer la soudure avec les générations précédentes, de mettre au catalogue une génération intermédiaire : la série 10000 qui comportait 3 machines : 10070, 10020 et 10010, et de réaliser une machine moderne adaptée aux automatismes pour conserver le fonds de commerce des sociétés initiales : il s’agit du Mitra 15.

Au terme de la première Convention, à la fin de 1971, ce sont bien 10 calculateurs avec les accessoires correspondants que la CII a dû mettre à son catalogue ; à la suite de la décision favorable du Ministère de la Défense Nationale, un onzième est d’ailleurs venu s’ajouter récemment à la liste.

En ce qui concerne le chiffre d’affaires, le programme a été tenu malgré un départ difficile et 1971 voyait l’objectif du premier Plan Calcul assez nettement dépassé avec un chiffre d’affaires de 650 millions, dont nous pensons qu’il atteindra 825 millions en 1972 et qu’il dépassera peut-être le milliard en 1973...

...La compagnie comporte actuellement 7 500 personnes, et les surfaces industrielles sont d’environ 120 000 m². Les commandes reçues depuis l’origine approcheront 1 200 calculateurs en fin d’année, et 900 d’entre eux seront en place...

...L’usine que vous venez de visiter, M. le Premier Ministre, a été réalisée avec l’appui efficace des autorités régionales en moins d’un an, entre 1968 et 1969, plusieurs extensions importantes étant survenues depuis. Son effectif atteint 1 400 personnes qui ont toutes été recrutées et formées localement, si l’on excepte un noyau initial de l’ordre de 100 personnes. Elle réalise, comme vous avez pu le voir, la presque totalité des fabrications de série de la CII avec des méthodes très modernes où les automatismes jouent un grand rôle ; bien entendu, le contrôle de ces automatismes, comme la gestion administrative et industrielle, est assuré par des machines de notre compagnie.

L’usine de Toulouse est un établissement dont l’efficacité est très satisfaisante ; les nombreux visiteurs étrangers qui se sont succédé ici ont presque toujours été frappés par l’organisation et la productivité du centre...

La plus haute priorité est certes donnée à la constitution d’une force européenne avec nos confrères Siemens et Philips. Un premier accord important a été déjà signé entre CII et Siemens. Mais la CII n’a pas pour autant coupé les ponts avec les autres industriels du monde entier ; les contacts sont nombreux et fréquents et notre objectif est d’aboutir, autour du noyau européen, à la constitution d’un réseau d’alliances permettant de tirer le meilleur parti des ressources dispersées aujourd’hui dans un certain nombre d’entreprises qui seraient condamnées à végéter puis à dépérir à l’ombre de sociétés géantes.

Voici, M. le Premier Ministre, une rapide présentation de la CII, de son histoire et de sa position actuelle. Permettez-moi, en terminant, de vous remercier très sincèrement d’avoir voulu manifester par votre visite l’intérêt que le gouvernement continue à porter à une entreprise que nous, cadres de la CII, considérons comme une passionnante aventure industrielle, M. Galley, l’initiateur du Plan Calcul, et M. Allègre, notre actuel délégué à l’informatique, y ont joué un grand rôle, et j’espère que l’avenir leur apportera, comme à vous-même, la confirmation que la route choisie était bonne. "

NdlR : cet exposé est intéressant, car M. Barré indique bien, au début, la performance demandée dans le cadre de la première Convention, performance à la limite du raisonnable. A sa décharge, ce n’est pas lui qui a négocié et signé cette Convention, mais il fera souvent allusion à cette situation.

Exposé du Premier Ministre, M. Messmer (extraits) :

" Monsieur le Président,

nous venons de visiter une remarquable usine qui fait honneur à la technique française, à la ville de Toulouse et à votre Compagnie dont le développement m’apparaît à bien des égards comme exemplaire. Il montre d’abord comment peuvent aboutir en France la décision d’entreprendre et la volonté de réussir. Il était difficile, il y a un peu plus de cinq ans, de prédire avec assurance qu’une industrie nationale de l’informatique renaîtrait de ses cendres et jouerait un rôle sur la scène internationale : la foi de quelques-uns et le labeur de beaucoup y sont parvenus.

Le développement de la CII montre ensuite que l’État et l’industrie, dont on met parfois en doute les possibilités de coopération, peuvent ensemble se fixer des objectifs ambitieux et les atteindre. Le type de relations qui s’est établi entre la Délégation à l’Informatique et la CII est un exemple de bonne politique industrielle où la puissance de l’État et l’initiative privée se conjuguent pour redonner son indépendance à un secteur essentiel pour notre économie et pour notre indépendance véritable. L’appui des pouvoirs publics à leur industrie de l’informatique est une nécessité reconnue par tous les États modernes ; il faut rétablir des chances égales dans un domaine où la puissance d’une seule entreprise dominante à l’échelle mondiale aurait condamné ses concurrentes à une disparition certaine.

J’ajoute enfin que l’expression de la volonté nationale, concrétisée par ce que l’on a appelé le " Plan Calcul " n’entrave pas, bien au contraire, la construction européenne car un ensemble industriel européen ne peut être bâti qu’à partir d’entreprises nationales fortes et prospères.

L’Europe de l’informatique est maintenant lancée et la CII y joue un rôle de premier plan. Mais la route est encore longue et, pour y tenir son rang, la CII aura besoin de l’appui constant et actif de ses actionnaires, que pourra venir renforcer, le cas échéant, le soutien de l’État. Elle aura aussi besoin que se maintienne et se développe l’attitude positive des entreprises françaises, et notamment des plus grandes d’entre elles, du secteur privé comme du secteur public, qui doivent en France comme à l’étranger porter témoignage de la valeur de notre industrie de l’informatique...

Je connais les dangers qu’une utilisation abusive de l’informatique pourrait faire courir aux libertés publiques et il est normal qu’elle suscite des craintes. Je répondrai en premier lieu qu’il faut se garder de confondre l’outil avec l’usage qui en est fait. Avant même que les ordinateurs soient inventés, certains régimes politiques ont su – et avec quelle terrible efficacité – ficher les individus, les poursuivre, les traquer et finalement asservir la personne humaine et la dégrader. Inversement, un État respectueux de la liberté et des droits des citoyens ne fera pas un mauvais usage des informations qu’il possède avec ou sans l’aide de puissants moyens de calcul.

L’essentiel du problème réside en fait dans l’utilisation qui pourrait être faite de renseignements nominatifs contenus dans les fichiers des administrations. A cet égard, la modernisation des moyens de l’administration ne modifie en rien les obligations du secret et les pouvoirs publics ont donc le devoir de s’assurer de leur respect.

C’est ce que nous avons fait, et c’est ce que nous ferons. Je rappellerai ici les principales dispositions prises depuis 1969 :

· le Conseil d’État, saisi par le gouvernement, a déposé au début de 1971 un important rapport sur l’informatique et les libertés ;

· j’ai chargé la Chancellerie, en liaison avec la Délégation à l’Informatique, d’approfondir sous un angle technique certains points que cette Haute Assemblée n’a pu traiter. Un groupe de travail doit déposer très prochainement ses conclusions.

· parallèlement, des contacts étroits ont été noués, notamment par la Délégation à l’Informatique, tant avec d’autres États qu’avec les organisations qui, comme le Conseil de l’Europe, étudient ce problème sous l’angle international.

Le ministère de la Justice et la Délégation à l’Informatique poursuivent activement l’ensemble de ces études et consultations en vue notamment de bien traduire dans les faits l’obligation du secret, par une bonne adaptation des règles aux problèmes spécifiques de chaque administration et au secteur professionnel. En fonction du résultat de ces travaux, un projet de loi sera soumis au Parlement.

Les précautions sont donc prises, et les droits de chacun préservés. Car dans ce climat d’aujourd’hui, qu’altèrent et dégradent tant d’abus, d’indiscrétions et d’infidélités, parfois par le détournement de moyens modernes, nous sommes résolus à réagir avec vigueur et à fournir aux citoyens la protection légale de leur honneur et de la discrétion de leur vie. Les belles machines que nous admirons ici n’auront que l’usage que nous voudrons leur donner. Si perfectionnées soient-elles, presque miraculeuses, elles n’ont pas d’âme et il suffit que nous soyons résolus, et nous le sommes, à ce qu’elles ne soient que nos servantes. "

 

24 octobre 1972  : assemblée générale du Cercle des Utilisateurs (CII Informations n° 19)

Le Cercle des Utilisateurs de la CII a tenu son assemblée générale annuelle le 24 octobre, à Versailles, au " Trianon Palace ". Assistance nombreuse : près de 400 personnes, dialogue très ouvert entre représentants des constructeurs et des utilisateurs, dans une atmosphère sympathique.

Le Président Moch a souligné le bilan très positif de l’année 1972 : la vitalité du cercle s’est traduite par un accroissement de 20 % du nombre de ses membres au cours de l’an dernier. Les effectifs ont pratiquement doublé depuis le début de 1970 pour s’établir autour de 800 membres actifs ou sympathisants représentant plus de 300 utilisateurs. Le Président Moch a aussi mis l’accent sur l’effritement du mythe de l’informatique, la rentabilisation des machines et une utilisation de l’informatique dans l’intérêt des hommes et non pas d’une minorité de techniciens ou de technocrates.

Monsieur Robert Gest, directeur général de la CII, a rappelé ensuite le rôle du cercle dans l’expansion et la réussite de la CII : " Parmi les facteurs favorables qui ont permis à la CII de s’affirmer rapidement dans le monde informatique, l’existence dès les origines d’un cercle des utilisateurs dynamique n’a pas été l’un des moindres atouts. Et l’exposé que vous venez de faire, Monsieur le Président, sur l’activité du cercle au cours du dernier exercice montre à l’évidence que ce dynamisme ne s’est pas affaibli, que le cercle se porte bien, et qu’il est effectivement le cadre d’une coopération efficace entre utilisateurs et constructeurs. Aussi, anticipant sur les propos du Président Barré qui vous dira au cours du déjeuner tout l’intérêt que la CII attache à l’existence et à l’activité du cercle, je voudrais dès à présent dire aux membres du cercle des utilisateurs toute la satisfaction que nous éprouvons devant le développement de leurs travaux, et leur présenter nos remerciements ; et ceci plus particulièrement à vous, Monsieur le Président, ainsi qu’aux membres du bureau, qui avez accepté d’ajouter cette charge importante à toutes celles de votre vie professionnelle. "

Enfin, M. Gest a rappelé les caractéristiques essentielles de l’organisation de la Compagnie, ainsi que les résultats de 1972 : " CII suit la trajectoire prévue par le plan directeur et connaît une expansion rapide ; ceci est un élément essentiel au moment où elle s’engage dans la voie d’une coopération avec d’autres constructeurs. "

Le thème choisi pour la table ronde, l’éveil des utilisateurs, a donné lieu à des interventions remarquées. Pour M. Jules Lepidi, directeur du GETI, les problèmes technologiques et de changement de génération sont dépassés et il est temps de s’attaquer aux véritables problèmes de l’entreprise.

M. Georges Elgozy, inspecteur général de l’Économie nationale, a stigmatisé avec humour la mauvaise utilisation de l’ordinateur (qui devient alors une " aide à l’indécision ") et donné quelques exemples d’applications incohérentes. Pour montrer ce qu’il ne faut pas faire.

M. Jean Carteron, président-directeur général de la STERIA, a parlé du " refus des vérités économiques " et insisté sur l’importance de la prise de conscience des coûts de l’informatique et de la rentabilité globale des installations.

Pour M. Jacques Pavard, directeur financier de la SNPA, président de l’organisation GUIDE (les utilisateurs IBM) pour l’Europe, l’important c’est l’éducation des utilisateurs, en particulier dans le domaine du software, et non pas l’innovation technologique à tout prix.

M. Jean Gaudfernau, directeur général adjoint de la CII, a souhaité que les produits aillent dans le sens d’une plus grande facilité pour l’utilisateur. La CII, a-t-il précisé, s’oriente précisément vers une analyse économique des besoins de sa clientèle.

Un " mélange d’espoir et de remords " a conduit les utilisateurs à modifier leur comportement dans la voie du progrès, a dit en substance M. André Danzin, directeur de l’IRIA, et leur a permis de parvenir à l’âge de la maturité.

Un certain nombre d’expressions percutantes ont suscité la réaction de l’assemblée, telles que : " les utilisateurs sont des drogués des constructeurs ", " on peut même leur vendre du virtuel "…

Ce qu’il faut aux PME, a déclaré M. Antoine Choteau, responsable du cercle dans le Nord, c’est une " informatique rustique ", si l’on veut éviter les échecs dus à la mise en place de systèmes trop importants dès le départ.

Une utilisation sage et saine de l’informatique : voilà bien un signe de maturité.

1er décembre 1972 : inauguration de l’IRIS 80 du GETI [Groupe Charbonages de France] (CII Informations n° 19)

" Le GETI est particulièrement heureux de vous accueillir ici pour l’anniversaire de la mise en place, à Verneuil, de l’IRIS 80.

Monsieur Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique, a bien voulu accorder son patronage à cette réunion. Pour cette visite dédiée à celle de nos activités qui dépend de lui, Monsieur Allègre, délégué à l’Informatique, a tenu à venir à Verneuil et nous lui en sommes très reconnaissant...

... Pour Monsieur Barré, Président de la CII, et ses excellents collaborateurs, on peut dire qu’ils sont ici presque chez eux. Car si l’immeuble est nôtre, les meubles viennent de leur maison. "

C’est en ces termes que Monsieur Desrousseaux, Président du Conseil de surveillance du GETI, accueillait ses invités pour l’inauguration de l’IRIS 80 du Groupe des Charbonnages, le 1er décembre 1972. A cette occasion, ont également pris la parole le Président Barré et Monsieur Allègre, délégué à l’Informatique, Monsieur Lepidi, Directeur du GETI, et ses proches collaborateurs, MM. Jacquet, Laugier et Ricaldies.

Ci-après, de larges extraits de l’allocution de M. Desrousseaux :

" Il convient de rappeler que le Groupe des Charbonnages, qui comportait plus de 200.000 personnes il y a dix ans, en a encore quelque 110.000. Le chiffre d’affaires annuel des Houillères dépasse 4,5 milliards de francs. En plus, la Société chimique contrôle environ 1,5 milliard. Les clients se chiffrent par milliers, l’activité de production est répartie sur une quinzaine de départements français, l’activité commerciale déborde les frontières, très largement d’ailleurs pour la chimie.

Les problèmes de gestion d’un tel ensemble sont évidemment d’une grande complexité ; on imagine la masse de paperasses et de chiffres qu’elle exige de manipuler et traiter. Ceci explique que notre Groupe ait toujours été à la pointe des techniques d’exploitation de l’information, dès l’apparition de la mécanographie classique, puis des ordinateurs, dont le premier usage, dans le Nord et la Lorraine, remonte à une quinzaine d’années.

Actuellement, trois centres principaux traitent l’information de notre groupe : le Nord, la Lorraine, le GETI à Verneuil. D’où vient la création du GETI ? De la convergence entre les besoins nouveaux du Groupe, et l’évolution des techniques informatiques...

... A ce point, je ne peux manquer de souligner que M. Allègre, responsable du Plan Calcul, nous a laissé l’entière responsabilité d’un choix dont l’importance était vitale pour notre entreprise. Dans le passé, pour des investissements très lourds, la puissance publique ne nous a pas toujours laissé cette liberté, et nombre de difficultés techniques coûteuses en ont résulté ensuite pour nos exploitations, ainsi qu’une amertume et un découragement dont ont souffert nos meilleurs spécialistes, ceux qui avaient mis au point la solution optimale, parfois fort différente.

Ici, je puis en témoigner, nous avons choisi librement, conscients de notre totale responsabilité, conscients des conséquences d’une erreur, n’ignorant en rien les risques d’adoption d’un matériel tout nouveau et la nécessité pour nous de faire face à toute difficulté qui se présenterait de ce fait, sachant bien aussi les sarcasmes qu’entraînerait un échec.

Mais l’expérience a montré qu’une décision collégiale libre et lourde de conséquences et de responsabilités galvanisait les énergies et que tous, du directeur du GETI à ses employés, ont travaillé au succès avec une foi, une énergie et un dévouement de tous les instants qui méritent un hommage particulier.

Grâce à la qualité du matériel CII, grâce aux efforts de son personnel propre, travaillant en symbiose étroite avec le nôtre, nous avons la satisfaction de dire maintenant que notre programme de travail était correct, et que tous les engagements pris par le GETI ont été respectés.

La qualité du travail, mené en liaison avec la CII, mérite d’être illustrée sur un exemple qui nous tenait à cœur, celui de la fabrication d’un " package " comme disent les spécialistes, en l’occurrence un programme général de comptabilité et de gestion, avec total intégration jusqu’au bilan de fin d’année, package maintenant appliqué aux travaux de nos membres.

Notre équipe a la maîtrise des lourds et multiples problèmes de l’informatique ; en bonne partie originaire des Houillères, après formation spéciale aux techniques évolutives de l’informatique, elle y a amené la si précieuse expérience industrielle. Elle a compris que l’auxiliaire de gestion qu’est l’informatique doit d’abord se soumettre lui-même à un contrôle de gestion strict et précis. Dans ce domaine, fondamental pour les responsables, notre équipe a mis au point un système de comptabilité élaborée des divers travaux informatiques, alors que le domaine était très nouveau et que l’adaptation des méthodes comptables classiques y est fort difficile. Je crois que notre équipe est maintenant à la pointe des équipes informatiques pour établir des prévisions analytiques de coût, de durée de préparation de programmes, de moyens en hommes et matériels, etc. En ce domaine, nombreuses sont les entreprises qui ont eu de graves déboires, on le sait.

Monsieur Lepidi a apporté ici la preuve de ses qualités de chef, de son action dynamique et intelligente, de son succès dans la création d’un esprit d’équipe. Je me dois de remercier tous ses collaborateurs qui, je vous l’assure, le méritent bien, car ils ont bien et beaucoup travaillé, pour avoir créé un GETI qui ne soit pas un service plus ou moins bureaucratique, mais une véritable industrie à productivité élevée et croissante.

Je dois aussi remercier la CII, d’abord de la qualité de son matériel, répondant et au-delà, à toutes les spécifications prévues, ensuite parce qu’elle nous a apporté une aide constante et efficace dans la mise en œuvre. Il est évident qu’un nouveau matériel ne peut pas ne pas nécessité certaines mises au point ; mais, dans une technique de pointe, ce n’est pas sans une haute conscience de la part du constructeur que l’on réussit à tenir les spécifications et les délais de la mise en service industriel, tous les exploitants de techniques modernes, par exemple d’usines de NH3 ou de steam-cracking le savent bien, et c’est un beau succès que d’arriver en peu de mois à une excellente fiabilité de l’outil de production. "

5 décembre 1972 :  Hongrie

Dans le cadre des accords avec VIDEOTON S.A., le Président Barré a reçu à Louveciennes M. le Ministre Janos Sebestyen, président de l’OMFB (Office du Développement Technique). Participaient également à ces entretiens, du côté hongrois, MM. Simon, conseiller scientifique près de l’OMFB, Binder, du SZKI, Redei, conseiller commercial auprès de l’Ambassade de Hongrie, et Molnar, représentant de VIDEOTON en France ; du côté français, M. Barré était entouré de MM. Gest, Toutain, Dubourg et Chaussedoux.
ette réunion a permis de définir certaines modalités concernant la mise en route des accords de coopération.

 

11 décembre 1972 : lettre de M. Barré à M. Allègre, Délégué à l’Informatique, pour faire le point sur les accords et indiquer les besoins supplémentaires en financement et capitaux.

Monsieur le Délégué,

Une étape importante dans la mise en application de l'accord préliminaire intervenu en janvier 1972 entre Siemens et CII est sur le point de se réaliser. Au cours de l'année qui s'achève, en effet, les modalités de mise en œuvre de cet accord préliminaire ont fait l'objet de réunions bipartites, alors que des réunions incluant la société néerlandaise Philips ont permis de préparer la rédaction d'un accord tripartite dont la signature peut être espérée dans des délais assez proches.

Bien entendu, ces négociations parallèles ont été menées de manière cohérente ; les mesures bilatérales prises avec Siemens s'inscrivent désormais dans la perspective de l'accord plus large prévu avec Philips.

On peut rappeler que l'accord préliminaire entre CII et Siemens de janvier 1972, prévoyait une coopération technique et commerciale réalisée en deux temps :

- Dans une période transitoire, on devait s'efforcer de coopérer sur le plan commercial en classant les zones géographiques en trois catégories :

· en France et en Allemagne, CII et Siemens prenaient en charge respectivement, la totalité des affaires communes,

· en Autriche, Italie et Belgique d'une part, et en Afrique francophone, Espagne et Brésil d'autre part, Siemens et CII prenaient respectivement un leadership basé sur le contrôle de la majorité du capital.

· les sociétés nouvelles à créer devaient l'être sur une base égalitaire.

- L'étape finale conduisait à rassembler les participations des deux compagnies dans toutes les filiales étrangères, à l'intérieur d'une holding commune dont le capital serait réparti par moitiés entre Siemens et CII.

Il est évident que le schéma précédent a très peu de chance de se réaliser dans son intégralité ; les négociations avec Philips d'abord, puis celles qui nous attendent vraisemblablement avec ICL, vont remettre en cause un certain nombre de ces dispositions.

L'importance du programme bilatéral qui sera réalisé dépend donc, pour une bonne part, de la durée des négociations tripartites. On peut cependant considérer que les choses se présentent aujourd'hui de la manière suivante : :

- Il est possible et nécessaire de réaliser rapidement la première mesure de la phase préliminaire concernant la France et l'Allemagne ; cette opération verrouille définitivement les accords entre Siemens et CII ; elle est en outre favorable à nos intérêts sur le plan commercial.

- Il est souhaitable de réaliser dans le courant de 1973 et 1974, aussi longtemps que les accords tripartites ne seront pas intervenus, les mesures indiquées ci-dessus en deuxième étape de la phase préliminaire, c'est-à-dire celles qui concernent les prises de majorité dans les six pays nommément désignés.

– Les opérations suivantes ont peu de chance de se réaliser sous la forme prévue ; elles ne présentent d'ailleurs pas le caractère fondamental des précédentes et la position de la CII dans le dispositif dépendra de l'importance des moyens qui pourront y être consacrés alors que les mesures initiales conditionnent pratiquement la participation même de la CII au dispositif.

Dans ces conditions, je vous demande de trouver ci-joint un tableau qui fixe avec plus de précision des besoins financiers supplémentaires auxquels la CII aura à faire face pour tenir le programme prévu ; trois points me paraissent à souligner :

– En première urgence, il y a lieu de prendre en considération les chiffres des années 1972, 1973 et 1974, concernant la France et l'Allemagne, et les pays de l'annexe 5. Il s'agit de sommes relativement modestes mais dont l'obtention est, comme je vous l'ai dit plus haut, fondamentalement nécessaire pour le succès de l'opération.

Je vous demande de bien vouloir noter que sur le plan des subventions destinées à couvrir les frais de lancement et le fonds de commerce, une somme de 21,6 MF est à prévoir, dont 6 MF pour l'étape France / Allemagne. Par ailleurs, les besoins supplémentaires en capitaux propres au niveau de la CII seront de l'ordre de 11 MF, dont 6 MF pour l'opération France / Allemagne.

– La Convention Plan Calcul de juillet 1971 comporte une clause en son article 7.5 dans lequel les Pouvoirs Publics s'engagent à veiller au financement des opérations d'implantation commerciale à l'étranger à hauteur de 60 MF. On peut considérer que les fonds de commerce et frais de lancement exposés plus haut sont bien de cette nature et doivent pouvoir entrer dans ce cadre.

Il est toutefois important de noter que les sommes en cause doivent avoir un caractère de subvention sous peine de faire peser sur les résultats de la CII une charge que la compagnie n'est pas en état de couvrir par autofinancement.

– Les chiffres indiqués dans le tableau joint au-delà du 1er janvier 1975 ont un caractère informatif ; ils donnent une idée de l'effort qui risque d'être à faire en tout état de cause, mais ne constituent pas aujourd'hui une base solide de discussion.

Dans le cadre de l'année 1973 cependant, on verra sans aucun doute se préciser les perspectives de cette période et les efforts financiers correspondants seront à prendre en considération lors de la mise ou point des engagements à prendre par les partenaires du Plan Calcul pour l'année 1975, engagements qui ont été laissés en blanc dans la présente Convention.

Enfin, au-delà du 1er janvier 1976, il sera sans nul doute indispensable qu'une troisième Convention Plan Calcul vienne achever "l'européanisation" de la CII.

En résumé, je me permets, Monsieur le Délégué, de rassembler ci-dessous les questions importantes qui ressortent de l'exposé précédent :

1. Est-il possible d'obtenir du Gouvernement français, dans le cadre de l'actuelle Convention ou en dehors de ce cadre, un montant de subventions égal à 21,6 MF dont 6 MF pour une étape imminente ?
Dans l'affirmative, à quelle date ces sommes pourraient-elles être versées à la CII ?

2. Est-il possible dans le courant de l'année 1973, et si possible avant la fin du premier semestre, de mettre au point les engagements réciproques des partenaires du Plan Calcul pour l'année 1975 que l'actuelle Convention a laissés en blanc ?
Sera-t-il possible de prendre en considération pour cet exercice les charges nouvelles provoquées par la coopération internationale sans altérer pour autant les crédits d'études nécessaires à la poursuite des activités techniques de la CII ?

3. Sera-t-il possible au cours de l'année 1973, et si possible avant la fin du premier semestre, d'obtenir des diverses parties intéressées un engagement concernant la poursuite du Plan Calcul au-delà du 1er janvier 1976 ?

Si les réponses à la première question sont aujourd'hui très urgentes, il n'est pas possible de sous-estimer l'importance des deux suivantes ; la CII, en effet, ne tirera guère bénéfice de la coopération européenne avant 1978 alors que, d'ici là, des dépenses supplémentaires considérables sont à consentir pour obtenir la convergence des produits et la mise à niveau de nos investissements commerciaux.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Délégué, l'assurance de ma haute considération.

M. BARRÉ

31 octobre 1972  : Conseil d’Administration de la CII

Au cours de ce Conseil, la CGE manifeste son désaccord avec le projet Unidata ; son argument principal réside dans le danger que fait courir à l’industrie française, et en particulier au groupe CGE, la constitution d’un bloc informatique européen dont les partenaires étrangers sont des groupes puissants, actifs dans des domaines voisins de l’informatique et qui risquent d’utiliser Unidata comme tremplin de leur action au détriment de leurs concurrents français.
Pour donner satisfaction à la CGE, il est introduit dans le projet d’accord Unidata une clause indiquant qu’en dehors du catalogue d’informatique lourde de la future association, aucun produit accessoire (transmission de données, périphériques, etc.) ne devra être adopté par Unidata sans une concertation à laquelle participeront directement les sociétés-mères de la CII. La CGE estime cette précaution insuffisante.

31 octobre : suite à ce Conseil d’Administration, M. Barré donne des consignes à M. Gaudfernau par la note suivante :

Au cours du Conseil d'Administration du 31 octobre, M. Pébereau a pris la parole au sujet des précautions qu'il suggérait d'observer en ce qui concerne Siemens et Philips à l'égard des Maisons-Mères.

Son intervention a été un peu acide car il semble que des remarques en ce sens avaient été faites dans le cadre de Fininfor, et M. Pébereau estimait qu'elles n'avaient pas été répercutées sur CII qui avait l'air de n'en tenir aucun compte.

J'ai vivement protesté, disant que M. Coulot était tenu strictement au courant de l'évolution, au même titre que M. Dorléac, mais M. Pébereau a fait valoir qu'il ne s'agissait pas seulement d'informer mais de mettre au point d'un commun accord une position commune des Maisons-Mères avec la CII avant que l'accord ne soit rédigé.

Il s'agit en fait des précautions à prendre dans les domaines suivants :
- la commutation téléphonique,
- les sociétés de services,
- la technologie,
- les transmissions de données,
- les terminaux légers,
- les périphériques lointains.

Je pense que l'attitude de M. Pébereau est motivée par plusieurs causes : politique CGE vis-à-vis du Gouvernement et vis-à-vis de Thomson, relations CGE avec Philips et Siemens ; il n'est pas exclu que CGE essaie de profiter de nos accords pour reprendre certaines activités à son compte, filialisation est le mot employé.

Il faut travailler à ce que la CII ne perde pas une once de son activité à l'occasion de son accord international. Il faut donc montrer aux Maisons-Mères que les accords que nous préparons tiennent le plus grand compte de leurs réserves et que leurs appréhensions sont vaines ; ils ne doivent pas trouver ici un terrain leur permettant de construire un raisonnement pouvant nous porter préjudice.

En conséquence, il a été décidé sur ma proposition qu'à partir de maintenant, des réunions communes avec M. Dorléac et M. Coulot ensemble se dérouleraient sous votre Présidence à intervalles rapprochés ; ces réunions donneront lieu à des comptes-rendus écrits et approuvés par les trois parties.

L'objet des réunions ne sera pas seulement d'informer, mais aussi d'enregistrer les réserves et les contraintes demandées par les Maisons-Mères, réserves et contraintes dont nous aurons à tenir compte dans nos réunions internationales.

Il est important que nous puissions montrer au cours de la présentation de l'accord que nous avons tenu compte des réserves qui nous ont été indiquées et que nous puissions nous opposer à des délais excessifs d'approbation pour cause de contraintes qui ne nous auraient pas été dûment formulées et qui n'auraient pas été enregistrées dans les comptes-rendus.

Cette procédure est lourde mais elle me parait inévitable ; il faudra la suivre avec rigueur.

M. BARRÉ

2 novembre 1972 : réunion, à Londres, des Ministres français, britannique et allemand chargés des questions scientifiques : J. Charbonnel, M. Chattaway et M. von Dohnanyi.

Communiqué publié à la suite de cette réunion

Monsieur Charbonnel, Ministre français du Développement Industriel et Scientifique, le Dr von Dohnanyi, Ministre allemand pour l’Éducation et les Sciences, et Monsieur Chattaway, Ministre britannique pour le Développement Industriel, qui ont chacun, au sein de leur Gouvernement, la responsabilité de l’informatique, se sont réunis à Londres, le 2 novembre 1972, pour discuter des perspectives de coopération entre les industries des trois pays.

Les Ministres ont noté les mesures déjà prises pour faciliter la coopération entre certaines firmes européennes et l’opportunité de la création, en Europe, d’une industrie vigoureuse. Ils se sont mis d’accord pour que soient étudiées, sans délai, les questions que celle-ci implique pour les industriels et pour les Gouvernements, de façon à créer la base d’une collaboration plus étendue.

8 au 11 novembre  1972 Roumanie

  la quatrième session du comité mixte franco-roumain de coopération dans le domaine de l’informatique s’est tenue du 8 au 11 novembre à Bucarest. Le procès-verbal de cette réunion, signé par M. Allègre, délégué à l’informatique, et M. Dinu Buznea, vice-président du conseil national pour la science et la technique, a porté sur l’échange d’informations dans le domaine de l’informatique, l’examen de la réalisation d’un certain nombre de thèmes de travail, et des actions à mener pour élargir cette coopération. La délégation CII, sous la conduite de M. Gest, a participé, auprès de la Délégation à l’Informatique, à l’ensemble des travaux et a été l’interlocuteur direct des Roumains dans la sous-commission industrielle ; le procès-verbal de cette sous-commission a été signé par M. Gest pour la CII et du côté roumain par M. Simulescu, représentant le directeur général de C.I.E.T.V. (centrale industrielle de l’électrotechnique). Dans le même temps, les pourparlers poursuivis par CII et les Roumains sur les contrats en cours, ont progressé favorablement.

21 décembre  1972 : suite aux demandes du Président Barré à M. Gaudfernau (voir note du 31 octobre ci-dessus), le document ci-après est envoyé à MM. Coulot (CGE) et Dorléac (Thomson). 

ACCORD CII-PHILIPS-SIEMENS
RÉSUMÉ DES CLAUSES INTERESSANT LES MAISONS-MÈRES
EN MATIÈRE DE BREVETS DE KNOW-HOW

1.- Dans le domaine de l'accord

a) CII a le droit de concéder des sous-licences gratuites, des brevets et du know-how dont CII peut disposer, même si ces brevets et ce know-how proviennent de ses maisons-mères.

b) Les maisons-mères doivent renoncer à toute action contre Siemens et Philips si ces dernières utilisent des brevets appartenant aux maisons-mères, obtenus de CII au titre de l'accord.

c) CII, Siemens et Philips pourront sous-licencier le know-how et les brevets concédés en licence.

Cette dernière clause s'applique uniquement dans le cadre des décisions de concession de licence ou de sous-traitance prises en commun par le standing council CII-Siemens-Philips.

2.- Hors du domaine de l'accord ( discussion en cours)

Siemens demande que le know-how et les brevets utilisés à propos des produits conçus dans le cadre de la coopération puissent être utilisés librement et gratuitement, hors de ce domaine. En retour, il concède les mêmes droits à CII et à ses maisons-mères en ce qui concerne son propre know-how et brevets.

Ce point concerne, à titre d'exemple, les applications des techniques "ordinateurs " nées de la coopération, au domaine de la commutation téléphonique.

Philips souhaite interdire toute utilisation gratuite hors du domaine.

3.- Clauses diverses

Les maisons- mères de CII devront garantir qu'elles ne prendront pas de décision qui soient contraires aux principes sur lesquels repose la collaboration de CII avec Siemens et Philips.

 

28 décembre 1972: Hubert Germain, ministre des P.T.T. dans le gouvernement P. Messmer, adresse une lettre à Paul Richard, où il lui assure que la porte des télécommunications lui sera ouverte, par un élargissement des " clubs " jusqu’alors très fermés des fournisseurs des P.T.T., où la CGE prospère au côté d’ITT. Ceci est une remise en cause pure et simple du " Yalta " de 1969 pour son groupe !
Cette ouverture ne fait pas l’affaire de la CGE. De feutrée, l’hostilité entre les deux PDG va devenir ouverte.

 

 

janvier 1973 Usine de Toulouse

M. Henri Grumel a quitté la Compagnie au terme de l’année 1972 pour prendre sa retraite.
M. Gosselin lui a succédé à la direction de l’usine de Toulouse le 1er janvier 1973. Le président Barré a remercié publiquement M. Grumel des services qu’il a rendu à notre Compagnie :
J’ai eu l’occasion de travailler avec M. Grumel depuis vingt ans, et j’ai toujours apprécié et admiré ses qualités d’organisateur, ses compétences et son autorité.
En 1970, alors que l’heure de la retraite venait de sonner, je lui ai demandé de me rendre le service de rester deux ans de plus dans la vie active pour prendre en charge l’usine de Toulouse et assurer la transition avec une nouvelle direction.
L’usine de Toulouse est aujourd’hui un bon organe de production dont l’efficacité peut être appréciée par tous les visiteurs. Ce ne sont donc pas de vaines paroles de circonstances que je prononce ici, mais le témoignage sincère de la reconnaissance de la Compagnie. "

janvier 1973 : dans le cadre de son expansion, la Compagnie a décidé l’achat de l’immeuble de Thomson/CSF de Rocquencourt. La Direction générale et les Directions centrales s’y sont installées au début de janvier. L’École de Formation y occupait déjà des locaux depuis plusieurs mois.

4 juillet 1973 : Signature formelle des Accords Unidata à Amsterdam

Signature des accords CII, Philips, Siemens, le 4 juillet 1973.
De gauche à droite, assis à la table de conférence : Dr Bernhard Plettner, (président du directoire de Siemens A.G.), Dr P.H. Le Clercq (vp de Philips) , H.A.C. Van Riemsdijk, (président de N.V. Philips Gloeilampenfabrieken), Dr. Ir. A.E. Pannenborg, (Philips), Jean Gaudfernau, (DGA de la CII), Michel Barré, (PDG de la CII), Robert Gest,( DG de la CII), Paul Richard, (PDG de Thomson.)


 

22 août 1973: Accords CII-Siemens sur la série X.

COVERING UNDERSTANDING FOR SUBAGREEMENTS OF X - LINE

NDLR : ce document, daté du 22 août 1972, signé par Siemens à cette date et par CII le 29 août 1972, est une introduction générale à la ligne X. Il comprend ensuite le Subagreement pour X3 puis le Subagreement pour X4.

1) In the frame of the realization of a common product line, in accordance with annex 2 of the Heads of Agreement, CII and Siemens agree to sign first Subagreements covering X3 and X4.
Each of these products corresponds to a Subagreement enclosed hereto. These two Subagreements are linked together.

2) These Subagreements will be followed by Subagreements concerning X1, X2 and. X5.

3) For all the X-line products, CII and Siemens commit to announce commercially a product as a product of the common line only under conditions to be agreed upon jointly.

4) It is agreed upon to begin within the next two months to study the conditions for a common convergence strategy regarding software systems, which are competitive to the virtual memory operating systems newly announced in the market and which solve the problem of input/output interfaces and controllers.

 

 

SUBAGREEMENT FOR X3 BETWEEN CII AND SIEMENS

 

NDLR : document daté du 21 août et signé par Siemens le 22 août et par CII le 29 août 1972.

Ce document est très important car :
a / on voit apparaître la définition de la CFCX, spécification commune à tous les produits de la gamme, ce qui garantit la compatibilité entre les différentes machines, [on rappelle que la série K est l'interior decor de Siemens (d'origine RCA)]
b / on voit apparaître les engagements Siemens sur les délais de livraison du système X3.

As a result of the discussions between CII and Siemens on :
- the functional specification of the processors of the common X-product line of electronic data processing equipment,
- the minimum requirements with regard to the characteristics of the X4-system,
- the times and preconditions of deliveries for X4-systems,
- the estimated requirements of Siemens of X4-systems,

the following agreement has been reached between CII and Siemens :

 

1) Specification of the processors of the common X-product line :

CII and Siemens agree to establish a document which shall describe the common functional characteristics of all processors of the X-product line, hereinafter referred to as Specification of "Common Functional Characteristics of X-line" (CFCX).

CFCX shall define the sets of functions on machine language level which are common to all processors of the X-product line.

To reach CFCX in an appropriate time the existing "Specification of the Functional Characteristics of the NSF-K-Processors on the Machine Language Level, Revision 1", issued May 2nd, 1972 shall be used.

CFCX shall constitute the functions of the processors of the X-product line as listed below :
- To handle nonprivileged instructions of K in K-format.
- To handle nonprivileged instructions of IRIS 60 in IRIS-format in accordance with the CII-document "IRIS Non Privileged Instruction Set", dated March 30 th 1972.
- To handle privileged instructions of K plus a few identified additional privileged instructions, both in K- and in IRIS-format.
- Program interrupt mechanism and privileged registers as defined for K, extended by some identified additional registers such as program timers.
- Memory addressing including the address translation mechanism based on the page size of 2048 Bytes (Being different to K).
- Input/output operations and programming as defined for K with associated privileged instructions.
- Initial program load and machine error recovery as individually defined for cash processor of the X-product line.
- The X-standard input/output-interface supported on all processors of the X-product line will be the NSF-K standard input/output-interface.

Beside the X-features, additions or extensions to individual processors of the X-product line may be provided for by mutual agreement to enable a migration from existing systems to X-systems during a transient period.
The availability of CFCX which shall describe the above mentioned sets of functions on a bit level, shall be achieved as soon as possible being, however, of no influence on the delivery dates according to paragraph 3.

2) Minimum requirements with regard to the characteristics of X3-system :

The X3-system to be developed by Siemens and to be delivered by Siemens to CII has to meet the functional specification of the processors of the common X-product line according to paragraph 1 above.

Siemens and CII will jointly study the conditions of technical and. economical feasibility of a CII input-/output-interface on X3. After receipt of the CII-input-/output-interface specification by Siemens, Siemens will within 4 weeks notify CII of the conditions under which Siemens will be able to realize the CII input-/output-interface to X 3 ; and Siemens will realize this upon request of CII under terms and conditions then mutually to be agreed upon.

The minimum requirements shall be :
- main storage capacity : 128 KB 2048 KB
- block multiplex channels : 4
        transfer rate per channel : 1.66 x 106 B/s
        2 Byte extension transfer rate : 3.33 x 106 B/s
- Byte multiplex channels : 1
        transfer rate per channel : 200 KB/s
        number of addressable peripherals per channel : 256
- total system throughput : 10 x 106 B/s
- performance (*) : 375 KOP/s

(*) measured by an instruction mix based on the composite mix to be agreed upon in detail separately between CII and Siemens.

 

3) Times and preconditions of deliveries for X3-systems :

a) The following dates for delivery of X3-systems by Siemens to CII are agreed upon by CII in case of a first K-serial production delivery to customer by Siemens in May, 1975 :
February 1975 :    ) preproduction system each with K
May 1975 :              )  instruction set only, later on
July 1975 :              ) to be equipped
September 1975 : )  with IRIS-instruction set
December 1975:    1 preproduction system with X-code

In addition Siemens offers to make available 1 shift of computing time on their X3 prototype for operating system testing by CII. This applies to the period of May 1975 through November 1975 in Munich. Siemens guarantees that the aforementioned preproduction systems of X3-systems will be suitable for delivery to customers.

b) CII and Siemens agree that Siemens' compliance with the delivery dates pursuant to lit. a) above will be subject to CII's fulfillment of the following preconditions :

- Indication of the configurations wanted in due time in advance.

- Peripherals to be attached for system test should be agreed upon by the two parties in due time in advance.

- Assistance by 4 CII engineers in Siemens' development of the IRIS-Microprogramming for the X3-system starting at April 1, 1973.

- IRIS appropriate programs for testing the X3-system, to be placed by CII at Siemens' disposal in due time in advance.

- Assistance by 4 CII test engineers starting as of October 1974.

 

4) Estimated requirements of CII of X3-systems :

CII estimates its requirements of X3-systems as follows :

1975 : )
1976 : )
1977 : ) figures to be given by CII
1978 : ) until July 1, 1973.
1979 : )

Siemens is prepared to meet the actual orders from CII in the framework of the estimations. CII will place the orders in due time.

5) The selling prices for X3-systems to be delivered to CII by Siemens (units of preproduction as well as units of serial production) shall not exceed 50 % of the prices effectively in force at customer level at the time of the respective deliveries.
In case such prices should not exist at the time of CII's orders of X3-systems then CII and Siemens will agree upon competitive market-prices for such X3-systems and the prices charged to CII shall not exceed 50 % of said competitive market prices.

6) Siemens and CII agree to conclude a corresponding Subagreement with regard to X4-systems of the common X-product line to be developed by CII and to be delivered by CII to Siemens.

All amendments or modifications to this Subagreement must be in writing to be valid.

The above accords with the understanding of the parties as signed below.

 

 

SUBAGREEMENT FOR X4 BETWEEN CII AND SIEMENS

NDLR : ce document, daté du 18 juillet 1972, sera signé le 27 juillet 1972 par Siemens et le 29 août 1972 par CII.

Ce document est très important car :
a / on voit apparaître la définition de la CFCX, spécification commune à tous les produits de la gamme, ce qui garantit une compatibilité totale entre les différentes machines. A noter que cette définition n’a pas été remise ici puisqu’elle est totalement identique à ce qui est dans le subagreement X3 ci-dessus. Nous commencerons donc ce subagreement au paragraphe 2.
b / on voit apparaître les engagements CII sur les délais de livraison du système X4, tant en prototypes qu’en matériel de série. Ces délais étaient intenables puisqu’ils supposaient le développement complet d’une machine en environ deux ans (août 1972 à septembre 1974 pour avoir un prototype construit ).

2) Minimum requirements with regard to the characteristics of X4-system :

The X4-system to be developed by CII and to be delivered by CII to Siemens has to meet the functional specification of the processors of the common X-product line according to paragraph 1 above.

The minimum requirements shall be :
- main storage capacity : 256 KB to 4096 KB
- block multiplex channels : 10
        transfer rate per channel : 1.66 x 106 B/s
        2 Byte extension transfer rate : 3.33 x 106 B/s
- Byte multiplex channels : 2
        transfer rate per channel : 400 KB/s
        number of addressable peripherals per channel : 256
- total System throughput : 10 x 106 B/s
- performance (*) : > 900 KOP/s   (*) measured by an instruction mix based on the composite mix to be agreed upon in detail separately between CII and Siemens.

CII declares that the aforesaid minimum requirements most probably will be exceeded in the realization of the X4-systems.

If necessary CII will provide the X-system with the possibility to add additional features which handle the IRIS 80 instruction set and which support the CII-Byte input/output-interface. CII will use its best efforts to minimize the costs which arise in connection with the provision of the possibility to add the aforesaid additional features with respect to such X4-systems which do not require such additional features.

3) Times and preconditions of deliveries for X4-systems :

a) CII and Siemens are aware that the timing for X4-systems deliveries is of crucial importance for Siemens' and CII'