Histoire de la CII

 
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1972-1975

Cette page est pour l'instant incomplète.  Les informations spécifiques de chaque ordinateur sont disponibles dans les pages appropriées relatives aux systèmes d'origine CII.

La période 1972-1975 a été celle du second plan calcul. Mais surtout celle d'une européanisation forcée par le gouvernement français d'une part et les difficultés du développement des ventes hors de France  (en dehors des pays socialistes). Cependant, la fusion qui semblait se dessiner avec les activités informatiques de Siemens et de Philips dans Unidata se trouva entravée par l'obstruction de l'actionnaire Compagnie Générale d'Electricité anxieuse de conserver le contrôle de la mini-informatique et des télécommunications en face de son rival allemand Siemens. CGE profita du changement politique intervenu en 1974 pour refaire entrer en lice la Compagnie Honeywell-Bull qui réussit finalement (en mai 1975) à absorber la CII, à retrouver la place de N°2 en Europe, et à reprendre une grande autonomie vis-à-vis de son actionnaire Honeywell.

 

 

janvier 1972 L’ensemble de la presse donne comme quasi certaine une association entre CII et Siemens.
Le Monde
, daté du 29 janvier (paru le 28), sous la signature de Nicolas Vichney, publie l’article suivant :

Siemens et CII se proposent de signer un accord pour la production en commun d’ordinateurs.

" Les représentants de la CII et ceux de la société ouest-allemande Siemens mettent, ce vendredi 28 janvier à Munich, la dernière main à l’accord-cadre que les deux firmes projettent de signer pour harmoniser leurs productions d’ordinateurs. Ainsi serait posée, si les difficultés de dernière heure qui paraissent avoir surgi peuvent être surmontées, la première pierre d’un rapprochement informatique franco-allemand dont il y a peu de temps encore rien ne laissait prévoir la possibilité.

La CII avait opté en juillet 1970 pour un rapprochement avec la firme britannique ICL et la société américaine CDC. Si les accords conclus entre la CII et CDC n’ont jamais paru devoir être remis en cause, il est en revanche apparu que la coopération franco-anglaise se heurtait à une certaine incompréhension. L’entente franco-allemande marquerait donc un revirement sensible de la politique d’accords internationaux suivie par la société française.

Mais il demeure qu’un autre constructeur européen d’ordinateurs, Philips, souhaite participer à un accord, et à Paris on a de bonnes raisons de craindre que Siemens ne soit tenté de s’entendre avec le constructeur hollandais de préférence à la firme française, ou encore que les conversations bilatérales franco-allemandes soient retardées par l’entrée en scène d’un nouveau partenaire.

C’est un simple accord-cadre que les représentants de Siemens et de CII projette de signer. En effet, et bien que les conversations entre Français et Allemands aient commencé à l’automne dernier, le temps a manqué pour préciser les modalités de la future coopération entre les deux sociétés. Leur première tâche serait donc de déterminer, sur le plan technique et sur le plan commercial, les actions à entreprendre en commun.

D’un point de vue technique, l’accord envisagé devrait permettre d’arrêter une même politique de produits. La CII et Siemens entreprendraient donc de réaliser une gamme unique d’ordinateurs. Elle pourrait comporter cinq machines, dont certaines seraient construites en France, les autres en Allemagne. Ce nouveau matériel, naturellement, devrait être conçu de manière à ne pas imposer des efforts d’adaptation trop importants aux utilisateurs actuels et futurs des ordinateurs de la CII – la série IRIS et le tandem formé par l’IRIS 80 et le 10070 – et à ceux des ordinateurs de Siemens – la série 4004 dérivée du matériel RCA. Ces machines, à construire en commun, devraient, d’autre part, être compatibles avec celles offertes sur le marché par IBM.

Les études françaises sur une future gamme – la série R selon la terminologie actuelle – étant sensiblement plus avancée que celles effectuées outre-Rhin, il faut prévoir que les techniciens de la CII joueraient un rôle prépondérant dans la définition des futurs ordinateurs. La situation, somme toute, serait à l’opposé de celle qui aurait résulté d’un accord entre la firme française et ICL, puisque cette dernière avait offert à la CII de réaliser en commun la nouvelle gamme de matériel qu’elle a défini.

Autre différence : avec les Anglais, les Français se seraient engagés encore plus avant dans la voie de la non-compatibilité avec le matériel IBM, tandis qu’avec les Allemands ils se trouveraient amenés à revoir leur position. C’est Siemens, en effet, qui a exigé et obtenu que la CII abandonne sa " philosophie " première et accepte de fabriquer des ordinateurs interchangeables avec ceux de la grande firme américaine...

...Mais le lancement d’une nouvelle gamme d’ordinateurs comporte une difficulté : celle de sa date. On pourrait en l’occurrence la fixer approximativement vers 1975, mais les Français, dont les ordinateurs IRIS viennent juste de faire leur apparition sur le marché ne sont pas désireux de donner rapidement des successeurs. Le matériel offert par Siemens, à l’inverse, commence à prendre de l’âge et les Allemands paraissent désireux d’avoir de nouveaux produits à offrir.

Reste à savoir qui vendrait ces futures machines et, en attendant, celles que fabriquent actuellement la CII et Siemens. On mettrait en place une société d’études communes dont la tâche serait de déterminer les meilleures stratégies commerciales et de définir les partages d’intérêts. "

 

NDLR : il existe aux archives, fonds 92HIST-DGE10 boîte 19, un document intitulé " Accord de principe pour un ACCORD CII – SIEMENS " ; ce document daté du 28 janvier 1972, classé SECRET, est une traduction approximative (sic) des textes en cours de négociations. Nous ne le reproduisons pas ici car ce n’est pas le texte final signé, sauf l’annexe 2 " Accord Technique ", qui donne la gamme des machines prévues à l’origine.

Le texte complet de l’accord, " Heads for a Siemens – CII agreement ", se trouve en page 407, annexe 13, du livre " Entre Plan Calcul et Unidata ".

ACCORD TECHNIQUE

1.- Les deux parties déclarent leur intention d’avoir une ligne de produits commune dès que possible. Les utilisateurs de systèmes Iris ou 4004 devraient pouvoir passer à la ligne commune avec le minimum de modifications.

a) La ligne de produits commune comprendra des unités centrales à cinq différents niveaux de performances : X1, X2, X3, X4 et X5. Les critères de conception de ces unités centrales devront être :
1.- capacité de manipuler aussi bien les jeux d’instructions non privilégiées K que R,
2.- mode maître permettant l’utilisation de PSB et BSR et, en changeant le noyau, l’utilisation de Siris 2, 3 et 8,
3.- adressage virtuel permettant l’emploi de pages de deux octets,
4.- possibilité de manipuler les périphériques Siemens et CII à travers leurs interfaces octets et programmes de gestion de canaux (la possibilité de la coexistence des deux types de canaux à l’intérieur d’un même système est à étudier).

b) X3 sera dérivé du projet existant K2, X4 et X5 des projets existants R1, R2.
Pour X1 ainsi que pour X2, il y aura également des unités centrales communes basées sur les développements en cours CII et Siemens. Au cas où ces objectifs ne pourraient être atteints à l’intérieur de limites de temps et de coût acceptables, les parties s’accorderont sue les méthodes à utiliser.

2.- Les deux parties sont conscients que l’obtention des critères ci-dessus se traduit par des coûts et des délais.

Elles décideront avant le 4 février 1972 de la possibilité de réaliser cette approche de la ligne commune en totalité, et si nécessaire, des modifications à apporter à cette approche.

 

Toujours dans Le Monde, daté du 30 janvier 1972:

Les négociations entre Siemens et la CII se poursuivent.

" Les conversations entre les représentants de la CII et de Siemens, qui auraient dû conduire à un accord le vendredi 28 janvier, vont devoir se poursuivre quelque temps encore.

Il semble, en effet, qu’il est apparu nécessaire de préciser le cadre dans lequel les deux producteurs d’ordinateurs pourraient harmoniser leurs politiques commerciales. L’idée est de laisser à chacune des firmes une position prépondérante sur son marché national. Ainsi la vente des ordinateurs Siemens en France deviendrait l’exclusivité du réseau commercial de la CII et réciproquement. Pour chacun des autres pays, on définirait à chaque fois la stratégie la plus propice.

Autre difficulté : les deux firmes conviendront-elles de partager à égalité le contrôle de chacune de leurs filiales ou chercheront-elles seulement à aboutir à une répartition d’ensemble équitable ? "

 

31 janvier 1972: Flash interne CII.

Coopération avec Siemens

Au terme de longues négociations, CII vient de parvenir à un accord de coopération avec la Compagnie allemande SIEMENS AG, dans le domaine des activités civiles de l’informatique, à l’exclusion des calculateurs ou matériels spécialisés.
Cet accord de principe, dont les modalités d’application restent à mettre au point, prévoit, sur une base égalitaire, l’élaboration d’une politique de produits commune, la création d’une organisation coordonnée pour les ventes dans laquelle chaque partenaire exercera dans son propre pays la commercialisation de certains produits actuels de l’autre.
Les activités de CII Gmbh et la division informatique de Siemens-France seront reprises respectivement par Siemens et par CII.
Cet accord, susceptible d’élargissement ultérieur, illustre la vigueur de CII qui voit son avenir se consolider dans une perspective de coopération européenne.

 

1er février 1972: Monsieur Michel Barré annonce officiellement à la presse la signature de l’accord entre sa société et Siemens.

 

2 février 1972 : dans Le Figaro, la candidature de Philips est évoquée.

" Trois jours ont suffi pour que Philips devienne officiellement candidat comme troisième partenaire de l’accord de coopération que viennent de signer Siemens et CII. Les négociations pour son entrée seront certainement encore longues. Mais déjà la trame d’une réelle coalition informatique européenne apparaît. "

3 février 1972 : Le Monde, article intitulé :
La CII et Siemens ont décidé de produire et de vendre en commun des ordinateurs
Philips envisage de se joindre à ces deux sociétés

Nous ne reproduisons pas cet article qui rappelle l’accord qui vient d’être signé, les accords antérieurs avec ICL et CDC, la société Multinational Data et l’attitude d’ICL.

 

8 février 1972 : note 72.1052 de Michel Barré, Président.

1 M. GEST est nommé Directeur Général de la Compagnie, sur décision du Conseil d'Administration, à compter du 8 février 1972.
2 M. JACQUEMIN prend à cette même date les fonctions de Directeur Central Industriel ; M. GEST reprendra avec lui les conditions d’organisation de cette Direction et en précisera les attributions dans une note particulière.

3 M. TOUTAIN est nommé Secrétaire Général de la CII en remplacement de M. JACQUEMIN.

Outre les fonctions correspondant à ce titre qui ont été définies par ma note 180.69 du 19 décembre 1969, M. TOUTAIN continuera d'assurer pour la Direction Générale un certain nombre de missions de caractère industriel et commercial au niveau de la politique générale de la Compagnie.

A ce titre, il poursuivra jusqu’à nouvel ordre les études qui lui ont été confiées et qui concernent la Roumanie, la Hongrie et la Belgique ; il transférera sans délai le dossier Brésil à la DAI.

4 Le Comité hebdomadaire de Présidence est désormais remplacé par un Comité de Direction Générale qui sera présidé par M. GEST.

 

 8 février 1972 : lettre de M. Barré au Professeur Gumin, suite à l’annonce des accords.

Cher Monsieur,

L'annonce de nos accords a soulevé, comme je m'y attendais, un très grand mouvement d'intérêt en France ; ici, tout le monde reconnaît qu'il s'agit de la nouvelle la plus importante qui soit jamais intervenue dans l'informatique européenne ; j'espère que l’événement a trouvé en Allemagne une résonance aussi enthousiaste.

Nous avons été contents de noter que la candidature de PHILIPS était généralement bien accueillie et je crois que l'extension de notre accord à un troisième partenaire ne fera pas de difficulté s'il s'avère que l'intérêt général y gagne comme nous l'imaginons.

Je pense qu'il convient maintenant de constituer rapidement les groupes de travail qui devront approfondir les termes de notre accord de principe pour le transformer en une série d'accords définitifs précis.

Vous trouverez, ci-joint, une note interne de la CII qui met en place le dispositif qui sera chargé de discuter ces questions en face des représentants de SIEMENS ; nous souhaiterions beaucoup avoir connaissance du dispositif que SIEMENS mettra en place du son côté.

Je suggère qu'une réunion intervienne rapidement entre nous pour mettre en route les travaux ; si vous êtes d'accord avec moi sur ce point, je pense souhaitable que MM. JANISCH et GAUDFERNAU organisent une telle réunion dans la deuxième quinzaine du mois de février.

Veuillez agréer, Cher Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

M. BARRÉ

 

17 février 1972: M. Paul Huvelin, président du C.N.P.F., devient vice-président de Thomson-Brandt.
Article du Monde, daté du 19 février et signé par Jacqueline Grapin
" La crise qui existait à la tête de Thomson-Brandt, premier groupe électronique français, a été dénouée jeudi 17 février. Le conseil d’administration a nommé l’un de ses membres, M. Paul Huvelin, par ailleurs président du Conseil national du patronat français (C.N.P.F.), à la vice-présidence du groupe. M. Huvelin pourrait être ultérieurement nommé président de Thomson-CSF, la filiale principale de Thomson-Brandt pour les matériels électroniques. Le même conseil a pris acte du départ de M. Roger Schulz, qui était depuis 1970 vice-président délégué de Thomson-Brandt.
M. Roger Schulz était en désaccord avec M. Paul Richard, président de Thomson-Brandt, patron de l’ensemble du groupe, sur l’orientation à donner à certaines fabrications coûteuses (composants, ordinateurs, etc.), et sur l’éventualité d’un rapprochement de leur entreprise avec la Compagnie générale d’électricité. Les difficultés du moment ont déjà provoqué la démission de M. André Danzin, vice-président-directeur-général de Thomson-CSF...
Dans ce contexte, la nomination de M. Paul Huvelin aux côtés de M. Paul Richard apparaît comme un moyen de préparer progressivement la solution d’un problème insoluble dans l’immédiat, tout en donnant publiquement le signe d’une fin de crise... "
 

février 1972 : la CGE n’est pas très " chaude " pour l’accord CII - Siemens. En effet, Siemens est un concurrent sérieux dans le téléphone, le nucléaire. L’arrivée de Philips ne ferait que compliquer les choses. Car la CGE lorgne également vers la péri et mini-informatique, secteur où Philips apparaît puissant.

22 février 1972 : François-Xavier Ortoli, au cours d’une réunion avec Maurice Allègre et Michel Barré, approuve l’accord CII – SIEMENS et ses dispositions.

mars 1972: Accord Siemens - CII (d'après  CII Informations n° 16)

Bien que notre accord avec Siemens ait déjà fait l’objet d’une large information interne, à la suite des exposés du Président Barré et des directions CII, et qu’il ait été abondamment relaté par toute la presse, nous pensons qu’il n’est pas inutile d’en rappeler les grandes lignes, en raison même de son importance.

Tout d’abord, cet accord de principe entrera progressivement en vigueur, et nécessitera, pour ce faire, tout un ensemble de dispositions d’application qui conduiront à l’accord définitif.

Pour l’essentiel, il est prévu :
– une coopération dans le domaine du traitement de l’information sur une base égalitaire et dans le maintien des personnalités juridiques et sociales indépendantes des compagnies,
– la mise au point d’une politique de produits commune tendant à harmoniser les produits existants et, à plus long terme, à définir et élaborer en commun une ligne de produits nouvelle assurant la continuité avec les deux lignes actuelles,
– la coordination des activités de vente des deux partenaires par la création d’organisations communes appropriées. En plus de ses produits, chacun des partenaires assumera de façon exclusive dans son propre pays la commercialisation de certains produits informatiques de l’autre. Les activités de CII Gmbh en Allemagne et la division informatique de Siemens-France seront reprises respectivement par Siemens et par CII.

Le champ d’application de l’accord englobe tous les ordinateurs des deux compagnies à l’exception des produits spécialisés, tels que les ordinateurs militaires, les calculateurs spécifiquement " process ", et d’autres équipements pour applications particulières. Bien entendu, les accords que nous avions conclus sur d’autres plans avec d’autres sociétés – en particulier pour la création de Multinational Data, société d’étude commune à CDC, ICL et CII – ne sont pas remis en cause.
Il est même possible que la coopération européenne annoncée par notre rapprochement avec Siemens-Informatique s’élargisse à d’autres partenaires, dans un esprit identique.
Il est essentiel que dans la constitution d’une informatique européenne qui se voudra aussi forte que possible, chaque partenaire, tout en acceptant les règles de la concertation, conserve sa personnalité propre.

17 mars 1972 : lettre de M. Barré à M. Mac COLOUGH, président de XEROX. Cette lettre parle d’une collaboration possible entre XEROX et l’association CII / Siemens.

Monsieur le Président,

La première réunion intervenue entre SIEMENS et CII depuis la visite que vous avez bien voulu nous faire a eu lieu le 15 mars.
Au cours de cette réunion, j'ai pu évoquer de manière confidentielle auprès de M. GUMIN, Directeur de la Branche Informatique de SIEMENS, les idées que nous avions échangées précédemment ; bien entendu, j'ai fortement insisté sur le caractère confidentiel de ces possibilités.
J'ai présenté à M. GUMIN la politique générale de XEROX telle que vous me l'avez expliquée ; je lui ai exposé comment votre compagnie se voyait dans la nécessité d'inscrire, dans le cadre de son action, des moyens informatiques adaptés aux problèmes du secrétariat, et d'une façon plus générale, de gestion de bureau ; j'ai également évoqué l'effort important que XEROX compte faire dans le domaine de certains périphériques.
M. GUMIN s'est montré intéressé par une perspective de collaboration permanente entre XEROX et notre association SIEMENS / CII ; il a convenu de l'intérêt qu'il y aurait à une rencontre pour approfondir les possibilités de collaboration, mais il pense, comme moi, qu'une telle réunion n'interviendrait pas utilement avant 2 ou 3 mois en raison des nombreux problèmes qui se posent à nous pour mettre en route la collaboration de nos 2 sociétés européennes.
Je me permets de vous proposer une rencontre dans le courant du mois de juin ; je vous serais reconnaissant de me dire si une telle période vous conviendrait ou bien si vous préféreriez remettre l'entretien au mois de septembre.
Je ne sais si vous aurez l'occasion de passer en Europe ; nous aurons probablement, M. GUMIN et moi, la possibilité de nous rendre aux États-Unis et je pense que le lieu de la rencontre ne posera pas de problème.
Dans l'attente de votre réponse,
Je vous demande de croire, Monsieur le Président, à l'expression de mes sentiments les plus distingués.
M. BARRÉ

 

avril 1972: négociations en vue d’élaborer des structures pour la constitution d’un ensemble tripartite CII-Siemens-Philips : UNIDATA, préservant la personnalité juridique et économique de chaque partenaire.

avril 1972: nouvelle approche d’ICL auprès de CII et SIEMENS. ICL émet l’idée d’étudier une sorte de semi-compatibilité entre matériels au niveau du software et de lancer une grande opération à l’échelle européenne sur les périphériques.

30 mai 1972 : lettre du ministre de l’industrie britannique, Christopher Chattaway, à ses homologues français et allemand, François-Xavier Ortoli et Klaus von Dohnanyi.

" …Le meilleur pour l’Europe serait la formation d’une industrie d’ordinateurs forte, intégrée et vraiment européenne. L’accord de CII et de Siemens est un pas bénéfique dans cette direction. Nous croyons qu’un effort élargi et unifié des Européens serait encore plus capable de soutenir l’ensemble des dépenses très importantes qui devront être consenties. Je connais les difficultés inhérentes à un tel projet, mais si nous exprimons une forte volonté politique pour former un puissant ensemble industriel européen, ces difficultés pourront être surmontées. "

mai 1972 : accord préliminaire avec la Hongrie pour une introduction de matériel de gestion CII dans ce pays.

19 mai 1972 : " La CII augmente son capital ".

Par décision de l’Assemblée Générale des actionnaires du 3 mai 1972, le capital de la société a été porté de 143.700.000 F à 166.700.000 F.
La nouvelle répartition du capital CII s’établit comme suit :
FININFOR : 64,24 % (holding TH-CSF : 52 % -CGE : 48%)
SCHNEIDER S.A. : 18,44 %
KALI SAINTE THÉRÈSE : 2,50 %
I.D.I. : 14,82 %
Rappelons que le chiffre d’affaires HT de la CII a atteint 655 MF en 1971, contre 509 MF en 1970, soit une progression de 28 %.
L’amortissement des études exclu, le cash flow a atteint 77 MF contre 55 MF en 1970.

1er juin 1972 : note de Maurice Allègre au Ministre du développement industriel et scientifique pour préparer la réunion du 6 juin.
Cette note a pour objet la coopération entre ICL et CII/Siemens.
La première partie est consacrée à l’historique des contacts franco-britanniques, depuis 1968 à mai 1972.
La deuxième partie donne des commentaires sur l’évolution passée et sur la situation présente des relations franco-britanniques.

Extraits :

a) Raisons de l’échec des négociations CII/ICL :

ICL et CII n’ont pu tomber d’accord sur la définition d’une ligne future commune de produits pour des raisons :

  • techniques : ICL défendait une structure de machine qui renforçait l’incompatibilité de ses systèmes vis à vis de ceux d’IBM, sans que des avantages très nets en ressortent par ailleurs. CII qui connaît bien maintenant les difficultés rencontrées pour entamer le marché d’IBM ne pouvait accepter de voir s’aggraver ce type de contraintes.

  • commerciales : les âges différents des séries ICL 1900 et systèmes 4, déjà obsolescentes et de la série Iris beaucoup plus récente rendaient déjà l’an dernier un compromis sur les dates de sortie des futures machines communes.

  • financières : le ralliement d’ICL aux thèses de la CII entraînait des pertes financières importantes en raison des dépenses déjà consacrées par ICL à sa nouvelle gamme.

b) Contraintes supplémentaires nées de l’accord CII/Siemens et des négociations avec Philips.
La mise en application des accords CII/Siemens exigera des négociations difficiles pendant au moins une année. Ces négociations impliquent des compromis délicats tant sur le plan technique (spécifications de la nouvelle ligne X, choix des dates de sortie des machines, etc.) que commercial surtout si l’on veut respecter le principe égalitaire qui est à la base de l’accord.

[…] La substitution d’ICL à Philips comme troisième partenaire poserait des problèmes beaucoup plus considérables car on ne saurait imaginer qu’ICL abandonne la moyenne et grande informatique. De plus, on voit mal comment ICL pourrait accepter aujourd’hui d’abandonner totalement sa nouvelle gamme dont les premières annonces doivent être faites en 1973.

[…] Toute tentative d’introduire ICL dans ce schéma tant par les problèmes techniques (compatibilité) que commerciaux soulevés ferait éclater les accords CII/Siemens.

CONCLUSIONS

Sur le fond :

La lettre du Ministre de l’industrie britannique est importante à plus d’un titre et doit être accueillie avec faveur :

- il doit être relevé l’identité de vue qui semble apparaître entre les positions gouvernementales britannique et française :

. nécessité de soutenir l’industrie informatique,
. aboutir à une construction européenne informatique véritable,
. considérer comme souhaitable la construction à terme d’un axe ICL-Siemens-CII.

Mais rappeler :

- que les industriels doivent régler eux-mêmes entre eux ce type de problème,
- qu’une réalisation immédiate de l’objectif souhaité s’avère impossible,
- qu’un certain nombre d’étapes peuvent être prévues pour réaliser progressivement ce rapprochement.

Sur la procédure :

- proposer à M. Chattaway et à M. Dohnanyi une rencontre à Paris en juillet,
- si le Ministre est d’accord avec ces propositions, deux projets de lettres à ces Ministres lui seront immédiatement soumis.

6 juin 1972 : réunion chez François-Xavier Ortoli, ministre du Développement industriel et scientifique, ayant pour objet la réponse à la lettre du ministre britannique Chattaway.

Les conclusions résumées sont :

- continuer à agir dans le cadre du schéma " multinational ", tout en explorant les limites qui devraient être respectées dans un schéma plus intégré pour que les intérêts fondamentaux de la politique informatique française puisse être sauvegardés.

- étudier un certain nombre d’étapes à remplir suivant un calendrier prévu, permettant une convergence progressive des efforts de CII – Siemens d’un côté et d’ICL de l’autre ; ces étapes pourraient comprendre la création de sociétés communes pour les matériels périphériques, le software de base et les composants.

juin 1972 : semaine informatique française à Moscou (CII Informations n° 18)....
Parallèlement à cette double manifestation, des pourparlers étaient engagés au plus haut niveau par M. Allègre et le Président Barré avec les Soviétiques. A l’issue de ces entretiens, les conditions d’une collaboration étendue entre CII et les organismes soviétiques intéressés ont fait l’objet de l’établissement d’un programme de travail.
Dans une première étape, un grand système informatique doit être mis en œuvre au ministère de l’Électronique. D’autre part, un système fondé sur deux Iris 80 pourrait être adopté par le Gosplan, et des négociations sont en cours pour une commande de deux Iris 50.

 

juin 1972 : annonce de deux nouveaux types de périphériques à support magnétique :

- les disques MD 50 qui apportent aux IRIS 50-60-80 et 10070 de nouvelles possibilités pour traiter efficacement les applications nécessitant des fichiers volumineux (capacité 150 à 800 millions d’octets, temps d’accès moyen à un enregistrement 35 millisecondes, débit 312 000 octets par seconde).

- les bandes magnétiques 72.317 (60 000 octets par seconde, 1600 bits par inch) qui viennent renforcer la compétitivité des systèmes IRIS 45 et 50 grâce à un rapport performances/prix intéressant.

 

4 juillet 1972 : entretien entre MM. Ortoli et von Dohnanyi à Bonn.

Tour d’horizon sur la situation actuelle et les objectifs à moyen terme. Pour la première fois, le ministre allemand évoque Nixdorf et Telefunken, qui devraient, à son avis, pouvoir participer à l’entreprise commune qui sera créée.
M. Ortoli estime que l’équilibre risque d’être détruit si les poids nationaux sont très différents. De plus, il y a l’accord en cours avec Philips et il faut organiser tout cela avec méthode. En agissant avec précipitation, on recommencera EUROPA II.

juillet  1972 : un important changement intervient dans le gouvernement. Georges Pompidou renonce à la " nouvelle société " de son premier Ministre, Jacques Chaban-Delmas, et le remplace par Pierre Messmer à la tête du gouvernement. Celui-ci forme un nouveau cabinet dans lequel Jean Charbonnel remplace François-Xavier Ortoli au ministère de l’Industrie. Le directeur de cabinet du Ministre est Bernard Rauline, pour qui l’informatique est un gouffre inutile. Ceci ne va pas facilité la tâche de la Délégation.

4 août 1972 : Heads for Subagreement X0.

 NDLR : ce document, daté du 4 août 1972, est signé par CII, Philips et Siemens. Il introduit l’arrivée de Philips, non encore officiellement, dans l’association et fait apparaître une sixième machine dans la ligne de produits X, la machine X0 (voir l’accord Technique CII Siemens du 28 janvier 1972 ci-dessus).

In the scope of a general agreement between CII, Philips and Siemens the following is confirmed :

1. Philips will be responsible for the development and supply of the X0 (instead of BL ) defined as follows :

2. X 0 will be upward compatible with X1, and thereby with X-line.

3. Since it is assumed that at the level of X0 and X1 the performance ratio of 1 to 2 suits the market requirement on a competitive level, the following should apply to X0 and X1 :

Performance of X0 roughly 40 K op/s (X1 being roughly 80 K op/s ).
That corresponds to a performance of 2.5 for X0 and 5 for X1 if 360-50 performance is taken as 10.

In the market as seen to day, X1 will compete with 370-125 and X0 will compete with 370-115 as expected.

The planned price-range will be approximately $2500 - $5000/month, with optimal configuration around $3500/ month, whereas X1 optimal configuration will be about $6000/month. These figures will be reviewed jointly.

The purpose of the above price-performance figures for X0 in relation to X1 is to define a proper distance between X0 and Xl meeting both market requirements and individual company interests.

Detailing of these specifications of X0 in relation to X1 will be made as soon as possible.

4. Device interfaces of the X will be the same as those of the X-line.

5. The X-line peripheral catalogue shall be extended with appropriate low cost peripherals for X0.

6. The operating systems of the X0 will be able to run on the X1, taking into account the memory size requirements.
Siemens is ready to provide PBS and later on the BSR as operating systems to be adapted by Philips according to the size of the systems. These resultant operating systems will be available for other X-models.

7. Philips is striving for delivery of the X0 to customers in the first half of 1974 ; this has to be verified by detailed planning.
Philips will investigate in co-operation with CII and Siemens the following possible implementations of X0 :
a) K + IRIS (complete X-mode
b) K or IRIS (two modes)
c ) K
If X0 does satisfy either a) or b), X0 will be considered as common product from the beginning.
If X0 only satisfies c) X0 will be considered as common product of the X-line only from the time of announcement of X-line products, in accordance with a marketing policy, decided in common.
Before this date this computer will be considered as a product compatible with the 4004 line, whatever its name, to be decided jointly, will be.
The announcement of the X-line including X0 shall be a joint marketing strategy to be evaluated.

8. Philips will not develop a version of X0 at the level of X1 and CII will not develop a version of X1 at the level of X0.

9. Philips will start immediately on the development of X0. Forecasts for quantities of X0 will be given by the three companies and the study-company, immediately after detailing of specifications mentioned in paragraph 3.

 

1er septembre 1972 nominations (CII Informations n° 18)

Direction Générale :

M. Robert Gest, directeur général, est assisté depuis le 1er septembre de deux directeurs généraux adjoints :

- M. Jean Gaudfernau, pour les problèmes de politique générale et la préparation du long terme ;

- M. Pierre Guichet, pour la conduite des affaires et de toutes les opérations à court et moyen terme.

Direction Commerciale :

M. Jean-François Dubourg, entré le 1er septembre à la Compagnie, a été nommé directeur commercial. Cette direction regroupe l'ensemble des activités commerciales pour l'informatique générale en France et à l'étranger.

Division Petits Ordinateurs et Applications Spécialisées :

M. Michel Chaussedoux, précédemment directeur des Plans et Programmes, après avoir été directeur de l'usine de Toulouse, a été nommé directeur de la Division Petits Ordinateurs et Applications Spécialisées, dont M. Henry Fady est directeur adjoint.

Division Commutation Téléphonique :

M. Bruno Gastine a été nommé directeur de la division commutation téléphonique.

13 septembre 1972 : le président Barré a tenu sa conférence de presse annuelle, précédant de quelques jours l’ouverture du Sicob. M. Barré était entouré de M. Gest, directeur général, et de M. Guichet, directeur général adjoint. Devant une soixantaine de journalistes, M. Barré a brossé un tableau général de la marche de la Compagnie, soulignant notamment les derniers développements dans le domaine des accords internationaux. Ensuite, M. Gest a fait un exposé sur l’activité de la CII en 1972 sous le triple aspect industriel, commercial et financier.

Ci-après, de larges extraits de cette conférence de presse (CII Informations n° 18).

M. Barré

L’expansion de la CII est conforme aux prévisions

Je vous disais il y a un an que la CII avait progressé conformément aux prévisions du Plan Calcul, et que j’espérais qu’il en serait de même pour l’année à venir. De fait, je peux annoncer aujourd’hui que nous avons réalisé en 1971 le chiffre d’affaires prévu, et que celui de cette année sera égal ou légèrement supérieur au chiffre auquel nous nous sommes engagés. Nous nous acheminons vers le milliard de chiffre d’affaires, que nous devrions atteindre en 1973.

Nous pensons cependant que ce résultat n’est pas tout à fait satisfaisant, dans la mesure où nos ventes ont progressé dans la même proportion dans le secteur public et dans le secteur privé. Si nous voulons en effet que la CII conserve son taux d’expansion, il est indispensable que nous connaissions une croissance plus rapide, je ne dirai peut-être pas dans le secteur privé, mais dans celui des grandes entreprises publiques et privées.

La CII entre dans le domaine de la commutation téléphonique

L’entrée de la CII dans le domaine de la commutation téléphonique est un élément nouveau dans nos activités. Avec la société CITEREL, filiale de la CGE, et qui compte aussi ERICSSON parmi ses actionnaires, notre compagnie participe, en liaison avec le CNET, à la réalisation de matériels qui constitueront l’autocommutateur téléphonique français de demain.

Dans le cadre de ces travaux très importants qui lui ont été confiés, CII développe un système dérivé d’IRIS 80, et mettra ensuite au point un matériel spécialisé. Activité naissante aujourd’hui, la commutation téléphonique devrait prendre dans un avenir assez proche une place importante dans les activités de la compagnie.

Un nouveau produit militaire au catalogue

Nous n’attendions pas, dans le secteur militaire, spatial et aéronautique, une expansion analogue à celle observée dans le secteur civil. Nous avons toutefois maintenu nos activités.

L’année 1972 voit en ce domaine la mise au catalogue d’un nouveau produit, IRIS 15 M, qui vient compléter la gamme des ordinateurs militaires, comprenant déjà IRIS 55 M et IRIS 35 M.

En résumé, si nous envisageons les différents domaines que je viens d’évoquer, nous pouvons considérer comme satisfaisant le développement de nos activités. Cela ne signifie pas que nous n’ayons pas rencontré de difficultés au cours de cette très rapide expansion. La mise au point de certains produits a été plus difficile que prévu, et certaines installations complexes nous ont conduits quelquefois à de trop longs délais de mise en route. Nous le savons, et nous y portons remède :

– nos moyens d’après-vente ont été renforcés ;

– nous avons créé une direction des opérations clients, chargée de tous les problèmes techniques ;

– nous avons renforcé notre direction commerciale ;

– l’organisation de la CII a été adaptée afin de décharger les responsables de l’informatique générale des soucis qu’apportent les activités spécialisées : activités militaires, spatiales et aéronautiques, commutation téléphonique, mini-ordinateurs.

Une année d’activité internationale

Les douze mois qui viennent de s’écouler ont été avant tout marqués par nos efforts dans le domaine international car nous sommes plus que jamais convaincus que l’avenir de l’informatique passe par une coopération internationale étroite. Les accords que nous avons cherché à conclure sont de différentes natures. Ce sont dans certains cas des accords définitifs, dans d’autres des accords préliminaires par entente sur certains points essentiels de politique. Il y a enfin un certain nombre d’accords d’intention.

Les accords avec Siemens et Philips

Nous avons donné cette année la plus haute priorité, en ce qui concerne nos négociations internationales, à la discussion et à la mise au point des accords avec Siemens et Philips. Vous savez qu’un accord de principe entre Siemens et notre Compagnie a été signé le 1er février 1972. Philips ayant manifesté son désir de participer à cet accord, les discussions se sont depuis déroulées avec ce troisième partenaire : nous avons cherché un accord tripartite, et des réunions de travail ont lieu régulièrement.

Sur le plan technique, CII, Siemens et Philips ont mis au point les accords concernant les caractéristiques des futurs produits communs. Des documents partiels sont approuvés et signés, précisant la nature de ces ordinateurs, les responsabilités effectives et les plannings.

Des groupes de travail étudient les mesures à prendre progressivement dans le domaine commercial, en particulier pour les filiales à l’étranger qui dépendront de la société commerciale commune. Il est difficile de donner de plus grandes précisions sur les résultats acquis, d’autant plus qu’aujourd’hui nous ne pourrions faire état que de résultats intermédiaires. Disons seulement qu’un travail considérable a été accompli.

Multinational Data et Control Data

A côté de ces accords de base, n’oublions pas les accords antérieurs qui nous lient à d’autres partenaires. C’est le cas de Multinational Data, comme de l’accord avec Control Data. Les travaux y ont atteint un stade que nous ne pouvons dépasser avant d’avoir réglé un certain nombre de problèmes qui découlent de nos négociations avec Siemens et Philips. Nos partenaires de Multinational Data se trouvent d’ailleurs dans des conditions voisines des nôtres, et ils doivent définir un certain nombre de positions de principe avant de pouvoir relancer les discussions. Ceci explique que les négociations soient ralenties actuellement.

Rapprochement avec Hitachi et Fujitsu

Un rapprochement est intervenu très récemment entre les constructeurs japonais et européens. Après des échanges de visites, et de correspondance, sur les possibilités d’une coopération, un récent voyage a permis de convenir avec Hitachi et Fujitsu du côté japonais, et du côté européen Siemens et CII, d’une étude de possibilité de coopération sur le plan des compatibilités de matériel, et de l’action commerciale. Il s’agit là d’un accord d’intention dont l’effet n’interviendra pas avant un certain temps.

Accord avec l’industrie hongroise

Par ailleurs, la CII a signé avec l’industrie hongroise un accord définitif faisant suite à l’accord provisoire signé en mai dernier. Nous avons ouvert le marché hongrois au matériel IRIS, en échange d’une coopération dans les domaines du hardware et du software. Cette coopération a commencé depuis plusieurs années puisque, rappelons-le, l’industrie hongroise a acquis la licence de deux de nos produits, dont l’un paraît avoir un grand avenir en Europe socialiste.

Coopération avec l’URSS

Je mentionne enfin l’URSS, où nous avons négocié un accord d’intention pour réaliser une installation pilote, dont l’objet serait de mettre au point certaines formes de gestion industrielle applicable à d’importants centres dépendant du ministère de l’Électrotechnique.

Il serait prématuré de parler d’autres négociations. Disons qu’elles procèdent du désir de la CII de quitter l’hexagone, de se faire connaître à l’étranger, et de jouer dans l’association que nous créons avec nos confrères allemand et hollandais un rôle à la mesure des efforts que nos maisons-mères et l’État ont consentis pour le Plan Calcul.

 

M. Gest

L’activité de la CII en 1972 se développe selon les prévisions du plan directeur qui a servi de base à la deuxième convention du Plan Calcul : ceci malgré le ralentissement économique qui est apparu fin 1971, et alors que la conjoncture propre du secteur informatique donnait elle-même des signes de fléchissement.

Le chiffre d’affaires en 1972 sera vraisemblablement supérieur à 800 millions de francs, en accroissement de plus de 25 % sur celui de 1971. Cette augmentation est essentiellement le fait de l’accroissement des ventes de matériels civils. Ce rythme de croissance se maintiendra, compte tenu du portefeuille de commandes dont nous disposons, pour atteindre un chiffre d’affaires de l’ordre du milliard de francs en 1973. Nous comptons en effet que l’année prochaine l’activité " matériels civils " progressera d’environ 35 %.

Cette année la croissance de nos ventes a été sensiblement la même pour le secteur privé et le secteur public. La répartition, pour la France, est la suivante en ce qui concerne la ligne des moyens et gros ordinateurs (IRIS 45 à IRIS 80) :

– la part des commandes en portefeuille qui proviennent des administrations et des organismes connexes représentent 60 %. Ce pourcentage est un peu plus faible pour les ordinateurs moyens, un peu plus élevé pour les gros systèmes ;

– la part du secteur privé est donc appréciable, soit près de 40 %. Elle a augmenté en valeur, mais il importe que sa croissance soit plus rapide dans l’avenir. Nos efforts vont porter sur ce point dans les mois qui viennent.

A l’exportation, la CII a maintenant une activité appréciable : de nouveaux marchés ont été prospectés, qui s’avèrent assez prometteurs. Des commandes importantes pourraient être prises dans les prochains mois. En 1972, le chiffre d’affaires à l’exportation représentera environ 20 % de celui de l’ensemble des matériels civils.

A la fin de 1972, la CII a produit et installé environ 900 systèmes et plus de 1.200 ordinateurs auront été commandés. Avec une augmentation de près de 30 % cette année, le parc informatique de la CII est donc désormais important et largement diversifié. Nous disposons maintenant malgré certaines difficultés de démarrage, dans certains secteurs, d’une expérience certaine dans tous les domaines, ceux de la gestion en particulier.

Cette année la CII a créé un certain nombre de produits originaux. Citons en particulier les travaux concernant la gestion de bases de données (produits Socrate et SCF), ceux concernant la gestion de transaction (Stratège, qui correspond à une extension du système d’exploitation SIRIS). Tout en continuant à améliorer la performance de ses ordinateurs, la CII s’est délibérément tournée vers les applications ; celles-ci seront le thème de notre présentation au Sicob.

Pour réaliser son expansion, la Compagnie a été amenée à accroître ses moyens, tant sur le plan des effectifs que des moyens industriels. Nos effectifs en 1972 progresseront de 10 % ; cette augmentation intéresse essentiellement les secteurs commerciaux et de production. A la fin de cette année, la CII comptera 7.500 personnes. Le renforcement du secteur commercial s’effectue surtout au bénéfice du réseau de délégations régionales.

Neuf agences sont actuellement en activité et d’autres seront créées au cours de l’année prochaine. Ce réseau décentralisé nous permet des contacts plus étroits avec notre clientèle, à qui nous offrons ainsi, dans les meilleures conditions, l’assistance qu’elle est en droit d’attendre de notre Compagnie. Ces délégations sont un appui précieux pour notre développement dans le secteur privé.

En ce qui concerne nos moyens de production, une troisième tranche de travaux a été lancée à l’usine de Toulouse dont la surface se trouve ainsi augmentée de 30 %. Les effectifs de l’usine dépasseront 1.300 personnes à la fin de cette année.

Sur le plan financier, la CII dégagera fin 1972 des résultats bénéficiaires d’un ordre de grandeur au moins égal à ceux de 1971. Je rappelle que l’exercice 1971 s’est traduit par un bénéfice de 5 millions de francs. Malgré l’importance croissance de son activité, la Compagnie a fortement consolidé sa structure financière, grâce aux augmentations de capital souscrites par les actionnaires, grâce aussi aux résultats bénéficiaires de l’année passée et enfin à la mise en place d’emprunts à long et moyen terme.

Les capitaux permanents dont dispose actuellement la CII couvrent non seulement les immobilisations, mais aussi les deux tiers des valeurs d’exploitation. Le ratio est satisfaisant, compte tenu de l’expansion rapide que nous connaissons.

Je dirai pour conclure que la CII suit la trajectoire prévue, au plan du développement de son activité, et de la mise en œuvre des moyens et capitaux nécessaires. Elle se présente en bonne santé face à ses partenaires, et riche surtout d’une expérience dans le domaine de la conception et de la réalisation des systèmes informatiques.

Fin des extraits

 

Réactions de la presse à cette conférence de presse.

- 01 Informatique du 18 septembre 1972:
" ... On ne peut s’empêcher d’être frappé par le ton de cette conférence de presse, qui tranchait sur celles qui l’ont précédée. Sans sous-estimer les difficultés – et elles sont nombreuses – qu’il lui reste à surmonter, la CII s’affirme désormais comme une entité fermement résolue à conquérir et à défendre la place qu’elle estime devoir lui revenir. "

- Électronique Actualités du 22 septembre 1972 :
·
Le groupe CGE construira des autocommutateurs autour d’IRIS 80.
·
M. Barré vient de le confirmer. Philips a rejoint CII et Siemens pour l’informatique européenne.

- Le Monde du 19 septembre :
la CII est satisfaite de l’évolution de ses négociations avec Siemens.

- Le Courrier de l’Informatique du 15 septembre :
CII : nouveaux produits au Sicob ; vers une compagnie moins " tricolore " et politique plus " business minded ".

 

Septembre 1972 : évolution du chiffre d’affaires de la CII (CII Informations n° 18).

Un tableau donne le CA de 1967 à 1971 et la prévision pour 1972, en millions de Francs HT :

1967 :  234
1968 : 285
1969 : 367
1970 : 509
1971 : 655
1972 : 800 (prévision)

Dans le numéro cité ci-dessus, il est aussi donné l’évolution des effectifs (chiffres arrondis) :

1967 : 3200
1968 : 4000
1969 : 4500
1970 : 5500
1971 : 7000
1972 : 7500 (prévision)

 

22 septembre 1972: M. Pierre Messmer a inauguré officiellement le Sicob le vendredi 22 septembre, accompagne de MM. Jean Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique, M. Hubert Germain, ministre des P. et T., et Maurice Allègre, délégué à l’informatique. Il a été accueilli sur le stand CII par le président Richard et par M. Barré qui lui a présenté quelques-unes des démonstrations CII.

 

 


Monsieur Paul RICHARD, Monsieur Pierre MESSMER, premier Ministre, Monsieur Maurice ALLÈGRE et M. BARRÉ.

Au cours de la réception qui a suivi l’inauguration, M. Messmer a prononcé une allocution, évoquant notamment le développement des sociétés d’informatique et les problèmes posés par l’introduction de l’informatique dans les administrations :
" Cette introduction exige une remise en cause des méthodes et des structures ; elle permet de progresser dans la connaissance des coûts et des rendements ; elle contribue à simplifier et à améliorer les rapports entre administrateurs et administrés. Et par là, elle assure plus de liberté. "

Constatant, sur le plan de l’informatique européenne, que l’accord CII-Siemens était la première construction " binationale " au vrai sens du mot, le Premier ministre a poursuivi :
" Il n’est pas interdit de penser qu’avant la fin de l’année cette construction sera devenue, sur le continent, un ensemble multinational. "

La CII au Sicob :

La CII a cherché au cours de ce Sicob à montrer sa capacité à résoudre les problèmes informatiques posés par la gestion moderne des entreprises : au-delà des ordinateurs, la CII apporte à ses clients un service informatique.

Les démonstrations moyens et gros systèmes :

· Socrate, système très évolué de gestion de bases de données.
· Oracle, produit-programme de gestion de production, exploité à l’aide du nouveau terminal lourd Mitra 15 T.
· Gestodis, ensemble de modules assurant la gestion commerciale de l’entreprise.
· Mistral, produit-programme de recherche documentaire.

Les démonstrations de mini-ordinateurs MITRA 15 : deux Mitra 15 fonctionnaient sur le stand, l’un avec une démonstration scientifique en temps partagé (utilisant le langage Basic), l’autre avec une démonstration d’identification et de commande de processus industriel.

 

28 septembre 1972 : M. Pierre Messmer, Premier Ministre, s’est rendu à Toulouse le 28 septembre. Il a visité deux entreprises au cours de ce voyage, la SNIAS et la CII. Le président Barré, entouré de ses principaux collaborateurs, l’a accueilli et accompagné dans la visite de l’usine.


Au cours de la visite, Monsieur P. Gosselin, directeur adjoint de l’usine, donne des explications à MM. Allègre et Messmer.

M. Messmer et les membres de son cabinet étaient accompagnés de M. Galley, ministre des Transports, de M. Comiti, secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, M. Allègre, délégué à l’Informatique, M. Chadeau, préfet de la région Midi-Pyrénées, ainsi que de nombreuses personnalités de l’administration.

Exposé de M. Barré (extraits) :

" Monsieur le Premier Ministre,

... le premier Plan Calcul signé au début de 1967 était très ambitieux, fixant la réalisation en moins de 5 ans d’un catalogue complet dans le domaine de l’informatique de gestion et une vitesse d’expansion de la CII, année par année, largement supérieure à la croissance de la profession. En effet :

– sur le plan des produits, 4 calculateurs civils et 2 calculateurs militaires devaient être mis au catalogue avec les accessoires hardware et software nécessaires à leur mise en œuvre.

– le chiffre d’affaires, inférieur à 200 millions en 1966, devait atteindre 554 millions en 1971. L’effort devait surtout porter sur l’activité relative au matériel de gestion.

En pratique, l’exécution de ce programme se montra très difficile, on peut même dire à la limite des choses possibles ; en effet, au-delà d’une certaine vitesse de croissance, les problèmes qui se posent ne sont plus seulement d’ordre financier, mais relèvent de la capacité d’embauche, de formation et d’organisation interne.

Malgré ces redoutables difficultés, le premier Plan Calcul a bien vu la mise au catalogue de 4 calculateurs civils : Iris 45 – Iris 50 – Iris 60 et Iris 80, et celles de 2 calculateurs militaires : Iris 35 M et Iris 55 M ; mais il était nécessaire, pour assurer la soudure avec les générations précédentes, de mettre au catalogue une génération intermédiaire : la série 10000 qui comportait 3 machines : 10070, 10020 et 10010, et de réaliser une machine moderne adaptée aux automatismes pour conserver le fonds de commerce des sociétés initiales : il s’agit du Mitra 15.

Au terme de la première Convention, à la fin de 1971, ce sont bien 10 calculateurs avec les accessoires correspondants que la CII a dû mettre à son catalogue ; à la suite de la décision favorable du Ministère de la Défense Nationale, un onzième est d’ailleurs venu s’ajouter récemment à la liste.

En ce qui concerne le chiffre d’affaires, le programme a été tenu malgré un départ difficile et 1971 voyait l’objectif du premier Plan Calcul assez nettement dépassé avec un chiffre d’affaires de 650 millions, dont nous pensons qu’il atteindra 825 millions en 1972 et qu’il dépassera peut-être le milliard en 1973...

...La compagnie comporte actuellement 7 500 personnes, et les surfaces industrielles sont d’environ 120 000 m². Les commandes reçues depuis l’origine approcheront 1 200 calculateurs en fin d’année, et 900 d’entre eux seront en place...

...L’usine que vous venez de visiter, M. le Premier Ministre, a été réalisée avec l’appui efficace des autorités régionales en moins d’un an, entre 1968 et 1969, plusieurs extensions importantes étant survenues depuis. Son effectif atteint 1 400 personnes qui ont toutes été recrutées et formées localement, si l’on excepte un noyau initial de l’ordre de 100 personnes. Elle réalise, comme vous avez pu le voir, la presque totalité des fabrications de série de la CII avec des méthodes très modernes où les automatismes jouent un grand rôle ; bien entendu, le contrôle de ces automatismes, comme la gestion administrative et industrielle, est assuré par des machines de notre compagnie.

L’usine de Toulouse est un établissement dont l’efficacité est très satisfaisante ; les nombreux visiteurs étrangers qui se sont succédé ici ont presque toujours été frappés par l’organisation et la productivité du centre...

La plus haute priorité est certes donnée à la constitution d’une force européenne avec nos confrères Siemens et Philips. Un premier accord important a été déjà signé entre CII et Siemens. Mais la CII n’a pas pour autant coupé les ponts avec les autres industriels du monde entier ; les contacts sont nombreux et fréquents et notre objectif est d’aboutir, autour du noyau européen, à la constitution d’un réseau d’alliances permettant de tirer le meilleur parti des ressources dispersées aujourd’hui dans un certain nombre d’entreprises qui seraient condamnées à végéter puis à dépérir à l’ombre de sociétés géantes.

Voici, M. le Premier Ministre, une rapide présentation de la CII, de son histoire et de sa position actuelle. Permettez-moi, en terminant, de vous remercier très sincèrement d’avoir voulu manifester par votre visite l’intérêt que le gouvernement continue à porter à une entreprise que nous, cadres de la CII, considérons comme une passionnante aventure industrielle, M. Galley, l’initiateur du Plan Calcul, et M. Allègre, notre actuel délégué à l’informatique, y ont joué un grand rôle, et j’espère que l’avenir leur apportera, comme à vous-même, la confirmation que la route choisie était bonne. "

NdlR : cet exposé est intéressant, car M. Barré indique bien, au début, la performance demandée dans le cadre de la première Convention, performance à la limite du raisonnable. A sa décharge, ce n’est pas lui qui a négocié et signé cette Convention, mais il fera souvent allusion à cette situation.

Exposé du Premier Ministre, M. Messmer (extraits) :

" Monsieur le Président,

nous venons de visiter une remarquable usine qui fait honneur à la technique française, à la ville de Toulouse et à votre Compagnie dont le développement m’apparaît à bien des égards comme exemplaire. Il montre d’abord comment peuvent aboutir en France la décision d’entreprendre et la volonté de réussir. Il était difficile, il y a un peu plus de cinq ans, de prédire avec assurance qu’une industrie nationale de l’informatique renaîtrait de ses cendres et jouerait un rôle sur la scène internationale : la foi de quelques-uns et le labeur de beaucoup y sont parvenus.

Le développement de la CII montre ensuite que l’État et l’industrie, dont on met parfois en doute les possibilités de coopération, peuvent ensemble se fixer des objectifs ambitieux et les atteindre. Le type de relations qui s’est établi entre la Délégation à l’Informatique et la CII est un exemple de bonne politique industrielle où la puissance de l’État et l’initiative privée se conjuguent pour redonner son indépendance à un secteur essentiel pour notre économie et pour notre indépendance véritable. L’appui des pouvoirs publics à leur industrie de l’informatique est une nécessité reconnue par tous les États modernes ; il faut rétablir des chances égales dans un domaine où la puissance d’une seule entreprise dominante à l’échelle mondiale aurait condamné ses concurrentes à une disparition certaine.

J’ajoute enfin que l’expression de la volonté nationale, concrétisée par ce que l’on a appelé le " Plan Calcul " n’entrave pas, bien au contraire, la construction européenne car un ensemble industriel européen ne peut être bâti qu’à partir d’entreprises nationales fortes et prospères.

L’Europe de l’informatique est maintenant lancée et la CII y joue un rôle de premier plan. Mais la route est encore longue et, pour y tenir son rang, la CII aura besoin de l’appui constant et actif de ses actionnaires, que pourra venir renforcer, le cas échéant, le soutien de l’État. Elle aura aussi besoin que se maintienne et se développe l’attitude positive des entreprises françaises, et notamment des plus grandes d’entre elles, du secteur privé comme du secteur public, qui doivent en France comme à l’étranger porter témoignage de la valeur de notre industrie de l’informatique...

Je connais les dangers qu’une utilisation abusive de l’informatique pourrait faire courir aux libertés publiques et il est normal qu’elle suscite des craintes. Je répondrai en premier lieu qu’il faut se garder de confondre l’outil avec l’usage qui en est fait. Avant même que les ordinateurs soient inventés, certains régimes politiques ont su – et avec quelle terrible efficacité – ficher les individus, les poursuivre, les traquer et finalement asservir la personne humaine et la dégrader. Inversement, un État respectueux de la liberté et des droits des citoyens ne fera pas un mauvais usage des informations qu’il possède avec ou sans l’aide de puissants moyens de calcul.

L’essentiel du problème réside en fait dans l’utilisation qui pourrait être faite de renseignements nominatifs contenus dans les fichiers des administrations. A cet égard, la modernisation des moyens de l’administration ne modifie en rien les obligations du secret et les pouvoirs publics ont donc le devoir de s’assurer de leur respect.

C’est ce que nous avons fait, et c’est ce que nous ferons. Je rappellerai ici les principales dispositions prises depuis 1969 :

· le Conseil d’État, saisi par le gouvernement, a déposé au début de 1971 un important rapport sur l’informatique et les libertés ;

· j’ai chargé la Chancellerie, en liaison avec la Délégation à l’Informatique, d’approfondir sous un angle technique certains points que cette Haute Assemblée n’a pu traiter. Un groupe de travail doit déposer très prochainement ses conclusions.

· parallèlement, des contacts étroits ont été noués, notamment par la Délégation à l’Informatique, tant avec d’autres États qu’avec les organisations qui, comme le Conseil de l’Europe, étudient ce problème sous l’angle international.

Le ministère de la Justice et la Délégation à l’Informatique poursuivent activement l’ensemble de ces études et consultations en vue notamment de bien traduire dans les faits l’obligation du secret, par une bonne adaptation des règles aux problèmes spécifiques de chaque administration et au secteur professionnel. En fonction du résultat de ces travaux, un projet de loi sera soumis au Parlement.

Les précautions sont donc prises, et les droits de chacun préservés. Car dans ce climat d’aujourd’hui, qu’altèrent et dégradent tant d’abus, d’indiscrétions et d’infidélités, parfois par le détournement de moyens modernes, nous sommes résolus à réagir avec vigueur et à fournir aux citoyens la protection légale de leur honneur et de la discrétion de leur vie. Les belles machines que nous admirons ici n’auront que l’usage que nous voudrons leur donner. Si perfectionnées soient-elles, presque miraculeuses, elles n’ont pas d’âme et il suffit que nous soyons résolus, et nous le sommes, à ce qu’elles ne soient que nos servantes. "

 

24 octobre 1972  : assemblée générale du Cercle des Utilisateurs (CII Informations n° 19)

Le Cercle des Utilisateurs de la CII a tenu son assemblée générale annuelle le 24 octobre, à Versailles, au " Trianon Palace ". Assistance nombreuse : près de 400 personnes, dialogue très ouvert entre représentants des constructeurs et des utilisateurs, dans une atmosphère sympathique.

Le Président Moch a souligné le bilan très positif de l’année 1972 : la vitalité du cercle s’est traduite par un accroissement de 20 % du nombre de ses membres au cours de l’an dernier. Les effectifs ont pratiquement doublé depuis le début de 1970 pour s’établir autour de 800 membres actifs ou sympathisants représentant plus de 300 utilisateurs. Le Président Moch a aussi mis l’accent sur l’effritement du mythe de l’informatique, la rentabilisation des machines et une utilisation de l’informatique dans l’intérêt des hommes et non pas d’une minorité de techniciens ou de technocrates.

Monsieur Robert Gest, directeur général de la CII, a rappelé ensuite le rôle du cercle dans l’expansion et la réussite de la CII : " Parmi les facteurs favorables qui ont permis à la CII de s’affirmer rapidement dans le monde informatique, l’existence dès les origines d’un cercle des utilisateurs dynamique n’a pas été l’un des moindres atouts. Et l’exposé que vous venez de faire, Monsieur le Président, sur l’activité du cercle au cours du dernier exercice montre à l’évidence que ce dynamisme ne s’est pas affaibli, que le cercle se porte bien, et qu’il est effectivement le cadre d’une coopération efficace entre utilisateurs et constructeurs. Aussi, anticipant sur les propos du Président Barré qui vous dira au cours du déjeuner tout l’intérêt que la CII attache à l’existence et à l’activité du cercle, je voudrais dès à présent dire aux membres du cercle des utilisateurs toute la satisfaction que nous éprouvons devant le développement de leurs travaux, et leur présenter nos remerciements ; et ceci plus particulièrement à vous, Monsieur le Président, ainsi qu’aux membres du bureau, qui avez accepté d’ajouter cette charge importante à toutes celles de votre vie professionnelle. "

Enfin, M. Gest a rappelé les caractéristiques essentielles de l’organisation de la Compagnie, ainsi que les résultats de 1972 : " CII suit la trajectoire prévue par le plan directeur et connaît une expansion rapide ; ceci est un élément essentiel au moment où elle s’engage dans la voie d’une coopération avec d’autres constructeurs. "

Le thème choisi pour la table ronde, l’éveil des utilisateurs, a donné lieu à des interventions remarquées. Pour M. Jules Lepidi, directeur du GETI, les problèmes technologiques et de changement de génération sont dépassés et il est temps de s’attaquer aux véritables problèmes de l’entreprise.

M. Georges Elgozy, inspecteur général de l’Économie nationale, a stigmatisé avec humour la mauvaise utilisation de l’ordinateur (qui devient alors une " aide à l’indécision ") et donné quelques exemples d’applications incohérentes. Pour montrer ce qu’il ne faut pas faire.

M. Jean Carteron, président-directeur général de la STERIA, a parlé du " refus des vérités économiques " et insisté sur l’importance de la prise de conscience des coûts de l’informatique et de la rentabilité globale des installations.

Pour M. Jacques Pavard, directeur financier de la SNPA, président de l’organisation GUIDE (les utilisateurs IBM) pour l’Europe, l’important c’est l’éducation des utilisateurs, en particulier dans le domaine du software, et non pas l’innovation technologique à tout prix.

M. Jean Gaudfernau, directeur général adjoint de la CII, a souhaité que les produits aillent dans le sens d’une plus grande facilité pour l’utilisateur. La CII, a-t-il précisé, s’oriente précisément vers une analyse économique des besoins de sa clientèle.

Un " mélange d’espoir et de remords " a conduit les utilisateurs à modifier leur comportement dans la voie du progrès, a dit en substance M. André Danzin, directeur de l’IRIA, et leur a permis de parvenir à l’âge de la maturité.

Un certain nombre d’expressions percutantes ont suscité la réaction de l’assemblée, telles que : " les utilisateurs sont des drogués des constructeurs ", " on peut même leur vendre du virtuel "…

Ce qu’il faut aux PME, a déclaré M. Antoine Choteau, responsable du cercle dans le Nord, c’est une " informatique rustique ", si l’on veut éviter les échecs dus à la mise en place de systèmes trop importants dès le départ.

Une utilisation sage et saine de l’informatique : voilà bien un signe de maturité.

1er décembre 1972 : inauguration de l’IRIS 80 du GETI [Groupe Charbonages de France] (CII Informations n° 19)

" Le GETI est particulièrement heureux de vous accueillir ici pour l’anniversaire de la mise en place, à Verneuil, de l’IRIS 80.

Monsieur Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique, a bien voulu accorder son patronage à cette réunion. Pour cette visite dédiée à celle de nos activités qui dépend de lui, Monsieur Allègre, délégué à l’Informatique, a tenu à venir à Verneuil et nous lui en sommes très reconnaissant...

... Pour Monsieur Barré, Président de la CII, et ses excellents collaborateurs, on peut dire qu’ils sont ici presque chez eux. Car si l’immeuble est nôtre, les meubles viennent de leur maison. "

C’est en ces termes que Monsieur Desrousseaux, Président du Conseil de surveillance du GETI, accueillait ses invités pour l’inauguration de l’IRIS 80 du Groupe des Charbonnages, le 1er décembre 1972. A cette occasion, ont également pris la parole le Président Barré et Monsieur Allègre, délégué à l’Informatique, Monsieur Lepidi, Directeur du GETI, et ses proches collaborateurs, MM. Jacquet, Laugier et Ricaldies.

Ci-après, de larges extraits de l’allocution de M. Desrousseaux :

" Il convient de rappeler que le Groupe des Charbonnages, qui comportait plus de 200.000 personnes il y a dix ans, en a encore quelque 110.000. Le chiffre d’affaires annuel des Houillères dépasse 4,5 milliards de francs. En plus, la Société chimique contrôle environ 1,5 milliard. Les clients se chiffrent par milliers, l’activité de production est répartie sur une quinzaine de départements français, l’activité commerciale déborde les frontières, très largement d’ailleurs pour la chimie.

Les problèmes de gestion d’un tel ensemble sont évidemment d’une grande complexité ; on imagine la masse de paperasses et de chiffres qu’elle exige de manipuler et traiter. Ceci explique que notre Groupe ait toujours été à la pointe des techniques d’exploitation de l’information, dès l’apparition de la mécanographie classique, puis des ordinateurs, dont le premier usage, dans le Nord et la Lorraine, remonte à une quinzaine d’années.

Actuellement, trois centres principaux traitent l’information de notre groupe : le Nord, la Lorraine, le GETI à Verneuil. D’où vient la création du GETI ? De la convergence entre les besoins nouveaux du Groupe, et l’évolution des techniques informatiques...

... A ce point, je ne peux manquer de souligner que M. Allègre, responsable du Plan Calcul, nous a laissé l’entière responsabilité d’un choix dont l’importance était vitale pour notre entreprise. Dans le passé, pour des investissements très lourds, la puissance publique ne nous a pas toujours laissé cette liberté, et nombre de difficultés techniques coûteuses en ont résulté ensuite pour nos exploitations, ainsi qu’une amertume et un découragement dont ont souffert nos meilleurs spécialistes, ceux qui avaient mis au point la solution optimale, parfois fort différente.

Ici, je puis en témoigner, nous avons choisi librement, conscients de notre totale responsabilité, conscients des conséquences d’une erreur, n’ignorant en rien les risques d’adoption d’un matériel tout nouveau et la nécessité pour nous de faire face à toute difficulté qui se présenterait de ce fait, sachant bien aussi les sarcasmes qu’entraînerait un échec.

Mais l’expérience a montré qu’une décision collégiale libre et lourde de conséquences et de responsabilités galvanisait les énergies et que tous, du directeur du GETI à ses employés, ont travaillé au succès avec une foi, une énergie et un dévouement de tous les instants qui méritent un hommage particulier.

Grâce à la qualité du matériel CII, grâce aux efforts de son personnel propre, travaillant en symbiose étroite avec le nôtre, nous avons la satisfaction de dire maintenant que notre programme de travail était correct, et que tous les engagements pris par le GETI ont été respectés.

La qualité du travail, mené en liaison avec la CII, mérite d’être illustrée sur un exemple qui nous tenait à cœur, celui de la fabrication d’un " package " comme disent les spécialistes, en l’occurrence un programme général de comptabilité et de gestion, avec total intégration jusqu’au bilan de fin d’année, package maintenant appliqué aux travaux de nos membres.

Notre équipe a la maîtrise des lourds et multiples problèmes de l’informatique ; en bonne partie originaire des Houillères, après formation spéciale aux techniques évolutives de l’informatique, elle y a amené la si précieuse expérience industrielle. Elle a compris que l’auxiliaire de gestion qu’est l’informatique doit d’abord se soumettre lui-même à un contrôle de gestion strict et précis. Dans ce domaine, fondamental pour les responsables, notre équipe a mis au point un système de comptabilité élaborée des divers travaux informatiques, alors que le domaine était très nouveau et que l’adaptation des méthodes comptables classiques y est fort difficile. Je crois que notre équipe est maintenant à la pointe des équipes informatiques pour établir des prévisions analytiques de coût, de durée de préparation de programmes, de moyens en hommes et matériels, etc. En ce domaine, nombreuses sont les entreprises qui ont eu de graves déboires, on le sait.

Monsieur Lepidi a apporté ici la preuve de ses qualités de chef, de son action dynamique et intelligente, de son succès dans la création d’un esprit d’équipe. Je me dois de remercier tous ses collaborateurs qui, je vous l’assure, le méritent bien, car ils ont bien et beaucoup travaillé, pour avoir créé un GETI qui ne soit pas un service plus ou moins bureaucratique, mais une véritable industrie à productivité élevée et croissante.

Je dois aussi remercier la CII, d’abord de la qualité de son matériel, répondant et au-delà, à toutes les spécifications prévues, ensuite parce qu’elle nous a apporté une aide constante et efficace dans la mise en œuvre. Il est évident qu’un nouveau matériel ne peut pas ne pas nécessité certaines mises au point ; mais, dans une technique de pointe, ce n’est pas sans une haute conscience de la part du constructeur que l’on réussit à tenir les spécifications et les délais de la mise en service industriel, tous les exploitants de techniques modernes, par exemple d’usines de NH3 ou de steam-cracking le savent bien, et c’est un beau succès que d’arriver en peu de mois à une excellente fiabilité de l’outil de production. "

5 décembre 1972 :  Hongrie

Dans le cadre des accords avec VIDEOTON S.A., le Président Barré a reçu à Louveciennes M. le Ministre Janos Sebestyen, président de l’OMFB (Office du Développement Technique). Participaient également à ces entretiens, du côté hongrois, MM. Simon, conseiller scientifique près de l’OMFB, Binder, du SZKI, Redei, conseiller commercial auprès de l’Ambassade de Hongrie, et Molnar, représentant de VIDEOTON en France ; du côté français, M. Barré était entouré de MM. Gest, Toutain, Dubourg et Chaussedoux.
ette réunion a permis de définir certaines modalités concernant la mise en route des accords de coopération.

 

11 décembre 1972 : lettre de M. Barré à M. Allègre, Délégué à l’Informatique, pour faire le point sur les accords et indiquer les besoins supplémentaires en financement et capitaux.

Monsieur le Délégué,

Une étape importante dans la mise en application de l'accord préliminaire intervenu en janvier 1972 entre Siemens et CII est sur le point de se réaliser. Au cours de l'année qui s'achève, en effet, les modalités de mise en œuvre de cet accord préliminaire ont fait l'objet de réunions bipartites, alors que des réunions incluant la société néerlandaise Philips ont permis de préparer la rédaction d'un accord tripartite dont la signature peut être espérée dans des délais assez proches.

Bien entendu, ces négociations parallèles ont été menées de manière cohérente ; les mesures bilatérales prises avec Siemens s'inscrivent désormais dans la perspective de l'accord plus large prévu avec Philips.

On peut rappeler que l'accord préliminaire entre CII et Siemens de janvier 1972, prévoyait une coopération technique et commerciale réalisée en deux temps :

- Dans une période transitoire, on devait s'efforcer de coopérer sur le plan commercial en classant les zones géographiques en trois catégories :

· en France et en Allemagne, CII et Siemens prenaient en charge respectivement, la totalité des affaires communes,

· en Autriche, Italie et Belgique d'une part, et en Afrique francophone, Espagne et Brésil d'autre part, Siemens et CII prenaient respectivement un leadership basé sur le contrôle de la majorité du capital.

· les sociétés nouvelles à créer devaient l'être sur une base égalitaire.

- L'étape finale conduisait à rassembler les participations des deux compagnies dans toutes les filiales étrangères, à l'intérieur d'une holding commune dont le capital serait réparti par moitiés entre Siemens et CII.

Il est évident que le schéma précédent a très peu de chance de se réaliser dans son intégralité ; les négociations avec Philips d'abord, puis celles qui nous attendent vraisemblablement avec ICL, vont remettre en cause un certain nombre de ces dispositions.

L'importance du programme bilatéral qui sera réalisé dépend donc, pour une bonne part, de la durée des négociations tripartites. On peut cependant considérer que les choses se présentent aujourd'hui de la manière suivante : :

- Il est possible et nécessaire de réaliser rapidement la première mesure de la phase préliminaire concernant la France et l'Allemagne ; cette opération verrouille définitivement les accords entre Siemens et CII ; elle est en outre favorable à nos intérêts sur le plan commercial.

- Il est souhaitable de réaliser dans le courant de 1973 et 1974, aussi longtemps que les accords tripartites ne seront pas intervenus, les mesures indiquées ci-dessus en deuxième étape de la phase préliminaire, c'est-à-dire celles qui concernent les prises de majorité dans les six pays nommément désignés.

– Les opérations suivantes ont peu de chance de se réaliser sous la forme prévue ; elles ne présentent d'ailleurs pas le caractère fondamental des précédentes et la position de la CII dans le dispositif dépendra de l'importance des moyens qui pourront y être consacrés alors que les mesures initiales conditionnent pratiquement la participation même de la CII au dispositif.

Dans ces conditions, je vous demande de trouver ci-joint un tableau qui fixe avec plus de précision des besoins financiers supplémentaires auxquels la CII aura à faire face pour tenir le programme prévu ; trois points me paraissent à souligner :

– En première urgence, il y a lieu de prendre en considération les chiffres des années 1972, 1973 et 1974, concernant la France et l'Allemagne, et les pays de l'annexe 5. Il s'agit de sommes relativement modestes mais dont l'obtention est, comme je vous l'ai dit plus haut, fondamentalement nécessaire pour le succès de l'opération.

Je vous demande de bien vouloir noter que sur le plan des subventions destinées à couvrir les frais de lancement et le fonds de commerce, une somme de 21,6 MF est à prévoir, dont 6 MF pour l'étape France / Allemagne. Par ailleurs, les besoins supplémentaires en capitaux propres au niveau de la CII seront de l'ordre de 11 MF, dont 6 MF pour l'opération France / Allemagne.

– La Convention Plan Calcul de juillet 1971 comporte une clause en son article 7.5 dans lequel les Pouvoirs Publics s'engagent à veiller au financement des opérations d'implantation commerciale à l'étranger à hauteur de 60 MF. On peut considérer que les fonds de commerce et frais de lancement exposés plus haut sont bien de cette nature et doivent pouvoir entrer dans ce cadre.

Il est toutefois important de noter que les sommes en cause doivent avoir un caractère de subvention sous peine de faire peser sur les résultats de la CII une charge que la compagnie n'est pas en état de couvrir par autofinancement.

– Les chiffres indiqués dans le tableau joint au-delà du 1er janvier 1975 ont un caractère informatif ; ils donnent une idée de l'effort qui risque d'être à faire en tout état de cause, mais ne constituent pas aujourd'hui une base solide de discussion.

Dans le cadre de l'année 1973 cependant, on verra sans aucun doute se préciser les perspectives de cette période et les efforts financiers correspondants seront à prendre en considération lors de la mise ou point des engagements à prendre par les partenaires du Plan Calcul pour l'année 1975, engagements qui ont été laissés en blanc dans la présente Convention.

Enfin, au-delà du 1er janvier 1976, il sera sans nul doute indispensable qu'une troisième Convention Plan Calcul vienne achever "l'européanisation" de la CII.

En résumé, je me permets, Monsieur le Délégué, de rassembler ci-dessous les questions importantes qui ressortent de l'exposé précédent :

1. Est-il possible d'obtenir du Gouvernement français, dans le cadre de l'actuelle Convention ou en dehors de ce cadre, un montant de subventions égal à 21,6 MF dont 6 MF pour une étape imminente ?
Dans l'affirmative, à quelle date ces sommes pourraient-elles être versées à la CII ?

2. Est-il possible dans le courant de l'année 1973, et si possible avant la fin du premier semestre, de mettre au point les engagements réciproques des partenaires du Plan Calcul pour l'année 1975 que l'actuelle Convention a laissés en blanc ?
Sera-t-il possible de prendre en considération pour cet exercice les charges nouvelles provoquées par la coopération internationale sans altérer pour autant les crédits d'études nécessaires à la poursuite des activités techniques de la CII ?

3. Sera-t-il possible au cours de l'année 1973, et si possible avant la fin du premier semestre, d'obtenir des diverses parties intéressées un engagement concernant la poursuite du Plan Calcul au-delà du 1er janvier 1976 ?

Si les réponses à la première question sont aujourd'hui très urgentes, il n'est pas possible de sous-estimer l'importance des deux suivantes ; la CII, en effet, ne tirera guère bénéfice de la coopération européenne avant 1978 alors que, d'ici là, des dépenses supplémentaires considérables sont à consentir pour obtenir la convergence des produits et la mise à niveau de nos investissements commerciaux.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Délégué, l'assurance de ma haute considération.

M. BARRÉ

31 octobre 1972  : Conseil d’Administration de la CII

Au cours de ce Conseil, la CGE manifeste son désaccord avec le projet Unidata ; son argument principal réside dans le danger que fait courir à l’industrie française, et en particulier au groupe CGE, la constitution d’un bloc informatique européen dont les partenaires étrangers sont des groupes puissants, actifs dans des domaines voisins de l’informatique et qui risquent d’utiliser Unidata comme tremplin de leur action au détriment de leurs concurrents français.
Pour donner satisfaction à la CGE, il est introduit dans le projet d’accord Unidata une clause indiquant qu’en dehors du catalogue d’informatique lourde de la future association, aucun produit accessoire (transmission de données, périphériques, etc.) ne devra être adopté par Unidata sans une concertation à laquelle participeront directement les sociétés-mères de la CII. La CGE estime cette précaution insuffisante.

31 octobre : suite à ce Conseil d’Administration, M. Barré donne des consignes à M. Gaudfernau par la note suivante :

Au cours du Conseil d'Administration du 31 octobre, M. Pébereau a pris la parole au sujet des précautions qu'il suggérait d'observer en ce qui concerne Siemens et Philips à l'égard des Maisons-Mères.

Son intervention a été un peu acide car il semble que des remarques en ce sens avaient été faites dans le cadre de Fininfor, et M. Pébereau estimait qu'elles n'avaient pas été répercutées sur CII qui avait l'air de n'en tenir aucun compte.

J'ai vivement protesté, disant que M. Coulot était tenu strictement au courant de l'évolution, au même titre que M. Dorléac, mais M. Pébereau a fait valoir qu'il ne s'agissait pas seulement d'informer mais de mettre au point d'un commun accord une position commune des Maisons-Mères avec la CII avant que l'accord ne soit rédigé.

Il s'agit en fait des précautions à prendre dans les domaines suivants :
- la commutation téléphonique,
- les sociétés de services,
- la technologie,
- les transmissions de données,
- les terminaux légers,
- les périphériques lointains.

Je pense que l'attitude de M. Pébereau est motivée par plusieurs causes : politique CGE vis-à-vis du Gouvernement et vis-à-vis de Thomson, relations CGE avec Philips et Siemens ; il n'est pas exclu que CGE essaie de profiter de nos accords pour reprendre certaines activités à son compte, filialisation est le mot employé.

Il faut travailler à ce que la CII ne perde pas une once de son activité à l'occasion de son accord international. Il faut donc montrer aux Maisons-Mères que les accords que nous préparons tiennent le plus grand compte de leurs réserves et que leurs appréhensions sont vaines ; ils ne doivent pas trouver ici un terrain leur permettant de construire un raisonnement pouvant nous porter préjudice.

En conséquence, il a été décidé sur ma proposition qu'à partir de maintenant, des réunions communes avec M. Dorléac et M. Coulot ensemble se dérouleraient sous votre Présidence à intervalles rapprochés ; ces réunions donneront lieu à des comptes-rendus écrits et approuvés par les trois parties.

L'objet des réunions ne sera pas seulement d'informer, mais aussi d'enregistrer les réserves et les contraintes demandées par les Maisons-Mères, réserves et contraintes dont nous aurons à tenir compte dans nos réunions internationales.

Il est important que nous puissions montrer au cours de la présentation de l'accord que nous avons tenu compte des réserves qui nous ont été indiquées et que nous puissions nous opposer à des délais excessifs d'approbation pour cause de contraintes qui ne nous auraient pas été dûment formulées et qui n'auraient pas été enregistrées dans les comptes-rendus.

Cette procédure est lourde mais elle me parait inévitable ; il faudra la suivre avec rigueur.

M. BARRÉ

2 novembre 1972 : réunion, à Londres, des Ministres français, britannique et allemand chargés des questions scientifiques : J. Charbonnel, M. Chattaway et M. von Dohnanyi.

Communiqué publié à la suite de cette réunion

Monsieur Charbonnel, Ministre français du Développement Industriel et Scientifique, le Dr von Dohnanyi, Ministre allemand pour l’Éducation et les Sciences, et Monsieur Chattaway, Ministre britannique pour le Développement Industriel, qui ont chacun, au sein de leur Gouvernement, la responsabilité de l’informatique, se sont réunis à Londres, le 2 novembre 1972, pour discuter des perspectives de coopération entre les industries des trois pays.

Les Ministres ont noté les mesures déjà prises pour faciliter la coopération entre certaines firmes européennes et l’opportunité de la création, en Europe, d’une industrie vigoureuse. Ils se sont mis d’accord pour que soient étudiées, sans délai, les questions que celle-ci implique pour les industriels et pour les Gouvernements, de façon à créer la base d’une collaboration plus étendue.

8 au 11 novembre  1972 Roumanie

  la quatrième session du comité mixte franco-roumain de coopération dans le domaine de l’informatique s’est tenue du 8 au 11 novembre à Bucarest. Le procès-verbal de cette réunion, signé par M. Allègre, délégué à l’informatique, et M. Dinu Buznea, vice-président du conseil national pour la science et la technique, a porté sur l’échange d’informations dans le domaine de l’informatique, l’examen de la réalisation d’un certain nombre de thèmes de travail, et des actions à mener pour élargir cette coopération. La délégation CII, sous la conduite de M. Gest, a participé, auprès de la Délégation à l’Informatique, à l’ensemble des travaux et a été l’interlocuteur direct des Roumains dans la sous-commission industrielle ; le procès-verbal de cette sous-commission a été signé par M. Gest pour la CII et du côté roumain par M. Simulescu, représentant le directeur général de C.I.E.T.V. (centrale industrielle de l’électrotechnique). Dans le même temps, les pourparlers poursuivis par CII et les Roumains sur les contrats en cours, ont progressé favorablement.

21 décembre  1972 : suite aux demandes du Président Barré à M. Gaudfernau (voir note du 31 octobre ci-dessus), le document ci-après est envoyé à MM. Coulot (CGE) et Dorléac (Thomson). 

ACCORD CII-PHILIPS-SIEMENS
RÉSUMÉ DES CLAUSES INTERESSANT LES MAISONS-MÈRES
EN MATIÈRE DE BREVETS DE KNOW-HOW

1.- Dans le domaine de l'accord

a) CII a le droit de concéder des sous-licences gratuites, des brevets et du know-how dont CII peut disposer, même si ces brevets et ce know-how proviennent de ses maisons-mères.

b) Les maisons-mères doivent renoncer à toute action contre Siemens et Philips si ces dernières utilisent des brevets appartenant aux maisons-mères, obtenus de CII au titre de l'accord.

c) CII, Siemens et Philips pourront sous-licencier le know-how et les brevets concédés en licence.

Cette dernière clause s'applique uniquement dans le cadre des décisions de concession de licence ou de sous-traitance prises en commun par le standing council CII-Siemens-Philips.

2.- Hors du domaine de l'accord ( discussion en cours)

Siemens demande que le know-how et les brevets utilisés à propos des produits conçus dans le cadre de la coopération puissent être utilisés librement et gratuitement, hors de ce domaine. En retour, il concède les mêmes droits à CII et à ses maisons-mères en ce qui concerne son propre know-how et brevets.

Ce point concerne, à titre d'exemple, les applications des techniques "ordinateurs " nées de la coopération, au domaine de la commutation téléphonique.

Philips souhaite interdire toute utilisation gratuite hors du domaine.

3.- Clauses diverses

Les maisons- mères de CII devront garantir qu'elles ne prendront pas de décision qui soient contraires aux principes sur lesquels repose la collaboration de CII avec Siemens et Philips.

 

28 décembre 1972: Hubert Germain, ministre des P.T.T. dans le gouvernement P. Messmer, adresse une lettre à Paul Richard, où il lui assure que la porte des télécommunications lui sera ouverte, par un élargissement des " clubs " jusqu’alors très fermés des fournisseurs des P.T.T., où la CGE prospère au côté d’ITT. Ceci est une remise en cause pure et simple du " Yalta " de 1969 pour son groupe !
Cette ouverture ne fait pas l’affaire de la CGE. De feutrée, l’hostilité entre les deux PDG va devenir ouverte.

 

 

janvier 1973 Usine de Toulouse

M. Henri Grumel a quitté la Compagnie au terme de l’année 1972 pour prendre sa retraite.
M. Gosselin lui a succédé à la direction de l’usine de Toulouse le 1er janvier 1973. Le président Barré a remercié publiquement M. Grumel des services qu’il a rendu à notre Compagnie :
J’ai eu l’occasion de travailler avec M. Grumel depuis vingt ans, et j’ai toujours apprécié et admiré ses qualités d’organisateur, ses compétences et son autorité.
En 1970, alors que l’heure de la retraite venait de sonner, je lui ai demandé de me rendre le service de rester deux ans de plus dans la vie active pour prendre en charge l’usine de Toulouse et assurer la transition avec une nouvelle direction.
L’usine de Toulouse est aujourd’hui un bon organe de production dont l’efficacité peut être appréciée par tous les visiteurs. Ce ne sont donc pas de vaines paroles de circonstances que je prononce ici, mais le témoignage sincère de la reconnaissance de la Compagnie. "

janvier 1973 : dans le cadre de son expansion, la Compagnie a décidé l’achat de l’immeuble de Thomson/CSF de Rocquencourt. La Direction générale et les Directions centrales s’y sont installées au début de janvier. L’École de Formation y occupait déjà des locaux depuis plusieurs mois.

4 juillet 1973 : Signature formelle des Accords Unidata à Amsterdam

Signature des accords CII, Philips, Siemens, le 4 juillet 1973.
De gauche à droite, assis à la table de conférence : Dr Bernhard Plettner, (président du directoire de Siemens A.G.), Dr P.H. Le Clercq (vp de Philips) , H.A.C. Van Riemsdijk, (président de N.V. Philips Gloeilampenfabrieken), Dr. Ir. A.E. Pannenborg, (Philips), Jean Gaudfernau, (DGA de la CII), Michel Barré, (PDG de la CII), Robert Gest,( DG de la CII), Paul Richard, (PDG de Thomson.)


 

22 août 1973: Accords CII-Siemens sur la série X.

COVERING UNDERSTANDING FOR SUBAGREEMENTS OF X - LINE

NDLR : ce document, daté du 22 août 1972, signé par Siemens à cette date et par CII le 29 août 1972, est une introduction générale à la ligne X. Il comprend ensuite le Subagreement pour X3 puis le Subagreement pour X4.

1) In the frame of the realization of a common product line, in accordance with annex 2 of the Heads of Agreement, CII and Siemens agree to sign first Subagreements covering X3 and X4.
Each of these products corresponds to a Subagreement enclosed hereto. These two Subagreements are linked together.

2) These Subagreements will be followed by Subagreements concerning X1, X2 and. X5.

3) For all the X-line products, CII and Siemens commit to announce commercially a product as a product of the common line only under conditions to be agreed upon jointly.

4) It is agreed upon to begin within the next two months to study the conditions for a common convergence strategy regarding software systems, which are competitive to the virtual memory operating systems newly announced in the market and which solve the problem of input/output interfaces and controllers.

 

 

SUBAGREEMENT FOR X3 BETWEEN CII AND SIEMENS

 

NDLR : document daté du 21 août et signé par Siemens le 22 août et par CII le 29 août 1972.

Ce document est très important car :
a / on voit apparaître la définition de la CFCX, spécification commune à tous les produits de la gamme, ce qui garantit la compatibilité entre les différentes machines, [on rappelle que la série K est l'interior decor de Siemens (d'origine RCA)]
b / on voit apparaître les engagements Siemens sur les délais de livraison du système X3.

As a result of the discussions between CII and Siemens on :
- the functional specification of the processors of the common X-product line of electronic data processing equipment,
- the minimum requirements with regard to the characteristics of the X4-system,
- the times and preconditions of deliveries for X4-systems,
- the estimated requirements of Siemens of X4-systems,

the following agreement has been reached between CII and Siemens :

 

1) Specification of the processors of the common X-product line :

CII and Siemens agree to establish a document which shall describe the common functional characteristics of all processors of the X-product line, hereinafter referred to as Specification of "Common Functional Characteristics of X-line" (CFCX).

CFCX shall define the sets of functions on machine language level which are common to all processors of the X-product line.

To reach CFCX in an appropriate time the existing "Specification of the Functional Characteristics of the NSF-K-Processors on the Machine Language Level, Revision 1", issued May 2nd, 1972 shall be used.

CFCX shall constitute the functions of the processors of the X-product line as listed below :
- To handle nonprivileged instructions of K in K-format.
- To handle nonprivileged instructions of IRIS 60 in IRIS-format in accordance with the CII-document "IRIS Non Privileged Instruction Set", dated March 30 th 1972.
- To handle privileged instructions of K plus a few identified additional privileged instructions, both in K- and in IRIS-format.
- Program interrupt mechanism and privileged registers as defined for K, extended by some identified additional registers such as program timers.
- Memory addressing including the address translation mechanism based on the page size of 2048 Bytes (Being different to K).
- Input/output operations and programming as defined for K with associated privileged instructions.
- Initial program load and machine error recovery as individually defined for cash processor of the X-product line.
- The X-standard input/output-interface supported on all processors of the X-product line will be the NSF-K standard input/output-interface.

Beside the X-features, additions or extensions to individual processors of the X-product line may be provided for by mutual agreement to enable a migration from existing systems to X-systems during a transient period.
The availability of CFCX which shall describe the above mentioned sets of functions on a bit level, shall be achieved as soon as possible being, however, of no influence on the delivery dates according to paragraph 3.

2) Minimum requirements with regard to the characteristics of X3-system :

The X3-system to be developed by Siemens and to be delivered by Siemens to CII has to meet the functional specification of the processors of the common X-product line according to paragraph 1 above.

Siemens and CII will jointly study the conditions of technical and. economical feasibility of a CII input-/output-interface on X3. After receipt of the CII-input-/output-interface specification by Siemens, Siemens will within 4 weeks notify CII of the conditions under which Siemens will be able to realize the CII input-/output-interface to X 3 ; and Siemens will realize this upon request of CII under terms and conditions then mutually to be agreed upon.

The minimum requirements shall be :
- main storage capacity : 128 KB 2048 KB
- block multiplex channels : 4
        transfer rate per channel : 1.66 x 106 B/s
        2 Byte extension transfer rate : 3.33 x 106 B/s
- Byte multiplex channels : 1
        transfer rate per channel : 200 KB/s
        number of addressable peripherals per channel : 256
- total system throughput : 10 x 106 B/s
- performance (*) : 375 KOP/s

(*) measured by an instruction mix based on the composite mix to be agreed upon in detail separately between CII and Siemens.

 

3) Times and preconditions of deliveries for X3-systems :

a) The following dates for delivery of X3-systems by Siemens to CII are agreed upon by CII in case of a first K-serial production delivery to customer by Siemens in May, 1975 :
February 1975 :    ) preproduction system each with K
May 1975 :              )  instruction set only, later on
July 1975 :              ) to be equipped
September 1975 : )  with IRIS-instruction set
December 1975:    1 preproduction system with X-code

In addition Siemens offers to make available 1 shift of computing time on their X3 prototype for operating system testing by CII. This applies to the period of May 1975 through November 1975 in Munich. Siemens guarantees that the aforementioned preproduction systems of X3-systems will be suitable for delivery to customers.

b) CII and Siemens agree that Siemens' compliance with the delivery dates pursuant to lit. a) above will be subject to CII's fulfillment of the following preconditions :

- Indication of the configurations wanted in due time in advance.

- Peripherals to be attached for system test should be agreed upon by the two parties in due time in advance.

- Assistance by 4 CII engineers in Siemens' development of the IRIS-Microprogramming for the X3-system starting at April 1, 1973.

- IRIS appropriate programs for testing the X3-system, to be placed by CII at Siemens' disposal in due time in advance.

- Assistance by 4 CII test engineers starting as of October 1974.

 

4) Estimated requirements of CII of X3-systems :

CII estimates its requirements of X3-systems as follows :

1975 : )
1976 : )
1977 : ) figures to be given by CII
1978 : ) until July 1, 1973.
1979 : )

Siemens is prepared to meet the actual orders from CII in the framework of the estimations. CII will place the orders in due time.

5) The selling prices for X3-systems to be delivered to CII by Siemens (units of preproduction as well as units of serial production) shall not exceed 50 % of the prices effectively in force at customer level at the time of the respective deliveries.
In case such prices should not exist at the time of CII's orders of X3-systems then CII and Siemens will agree upon competitive market-prices for such X3-systems and the prices charged to CII shall not exceed 50 % of said competitive market prices.

6) Siemens and CII agree to conclude a corresponding Subagreement with regard to X4-systems of the common X-product line to be developed by CII and to be delivered by CII to Siemens.

All amendments or modifications to this Subagreement must be in writing to be valid.

The above accords with the understanding of the parties as signed below.

 

 

SUBAGREEMENT FOR X4 BETWEEN CII AND SIEMENS

NDLR : ce document, daté du 18 juillet 1972, sera signé le 27 juillet 1972 par Siemens et le 29 août 1972 par CII.

Ce document est très important car :
a / on voit apparaître la définition de la CFCX, spécification commune à tous les produits de la gamme, ce qui garantit une compatibilité totale entre les différentes machines. A noter que cette définition n’a pas été remise ici puisqu’elle est totalement identique à ce qui est dans le subagreement X3 ci-dessus. Nous commencerons donc ce subagreement au paragraphe 2.
b / on voit apparaître les engagements CII sur les délais de livraison du système X4, tant en prototypes qu’en matériel de série. Ces délais étaient intenables puisqu’ils supposaient le développement complet d’une machine en environ deux ans (août 1972 à septembre 1974 pour avoir un prototype construit ).

2) Minimum requirements with regard to the characteristics of X4-system :

The X4-system to be developed by CII and to be delivered by CII to Siemens has to meet the functional specification of the processors of the common X-product line according to paragraph 1 above.

The minimum requirements shall be :
- main storage capacity : 256 KB to 4096 KB
- block multiplex channels : 10
        transfer rate per channel : 1.66 x 106 B/s
        2 Byte extension transfer rate : 3.33 x 106 B/s
- Byte multiplex channels : 2
        transfer rate per channel : 400 KB/s
        number of addressable peripherals per channel : 256
- total System throughput : 10 x 106 B/s
- performance (*) : > 900 KOP/s   (*) measured by an instruction mix based on the composite mix to be agreed upon in detail separately between CII and Siemens.

CII declares that the aforesaid minimum requirements most probably will be exceeded in the realization of the X4-systems.

If necessary CII will provide the X-system with the possibility to add additional features which handle the IRIS 80 instruction set and which support the CII-Byte input/output-interface. CII will use its best efforts to minimize the costs which arise in connection with the provision of the possibility to add the aforesaid additional features with respect to such X4-systems which do not require such additional features.

3) Times and preconditions of deliveries for X4-systems :

a) CII and Siemens are aware that the timing for X4-systems deliveries is of crucial importance for Siemens' and CII's EDP business.

The following dates for delivery of X4-systems by CII to Siemens are agreed upon as the utmost agreeable by Siemens :
              September 1974 : 1 prototype (to be operated at CII as long as Siemens and CII consider this necessary)

February 1975 : 1 prototype

April 1975 : 1 prototype

September1975 : 1 preproduction system

November 1975 : 1 preproduction system

December 1975 : 2 preproduction systems

January 1976 two systems, February 1976 three systems and as of March 1976 two systems per month in accordance with paragraph 4 below. In case of impossibility to deliver two systems in December 1975 but only one system, one more system will be delivered in January 1976.

CII guarantees that the aforementioned preproduction system of X4-systems will be suitable for delivery to customers.
Furthermore CII declares that it will investigate the possibilities for and, using its best efforts, try to achieve an earlier delivery of the second prototype.

b) CII and Siemens agree that CII's compliance with the delivery dates pursuant to lit. a) above will be subject to Siemens' fulfillment of the following preconditions :
- Indication of the configurations wanted in due time in advance.
- Delivery to CII of peripherals to be attached in due time in advance.
- Assistance by 5 Siemens engineers in CII's development of the X4-system starting at the latest at the end of 1972.
- PBS together with appropriate programs for testing the X4-system, to be placed by Siemens at CII's disposal in due time in advance.
- Assistance by 5 Siemens test engineers starting as of March 1974.

4) Estimated requirements of Siemens of X4-systems :

Siemens estimates its requirements of X4-systems as follows :

1974 / 75 : 7 X4-systems including prototypes
1976        : 20 X4-systems
1977        : 20 X4-sytems
1978        : 25 X4-systems
1979        : 15 X4-systems

CII is prepared to meet the actual orders from Siemens, in the framework of these above estimations. Siemens will place the orders in due time.

5) The selling prices for X4-systems to be delivered to Siemens by CII (units of preproduction as well as units of serial production) shall not exceed 50 % of the prices effectively in force at customer level at the time of the respective deliveries.

In case such prices should not exist at the time of Siemens' orders of X4-systems then CII and Siemens will agree upon competitive market prices for such X4-systems and the prices charged to Siemens shall not exceed 30 % of said competitive market prices.

The prices of the three prototypes defined as per paragraph 5 will be agreed upon later.

6) Siemens and CII agree to conclude a corresponding Subagreement with regard to X3-systems of the common X-product line to be developed by Siemens and to be delivered by Siemens to CII.

All amendments or modifications to this Subagreement must be in writing to be valid.

The above accords with the understanding of the parties as signed below.

6 septembre 1973 : premier accord entre CII, Philips et Siemens, dont le texte intégral est donné ci-après.

Final Stage of the first Common Agreement between CII, Philips and Siemens

1. Engineering and manufacturing will remain a part of the mother companies CII, Philips and Siemens.

2. The partners agree upon the special situation concerning the sales organisations in France and Germany.

3. Outside of France and Germany, a Common Holding Company will own the sales companies by 100 %, except special cases. A direct participation of one of the partners in sales companies outside of France and Germany has to be agreed upon by all partners. The total participation of each partner in countries outside of France and Germany should have the same value as if there were no direct participations of the partners in these countries.

4. In France and Germany 80 % of the respective sales companies will be owned by CII, resp. Siemens, whereas 20% will be owned by the Common Holding Company.

5. The three partners will fix supervisory rules for all local sales organisations including France and Germany.

6. No shareholder of the Common Holding Company shall have 50 % or more than 50 % of its shares. Any shareholder is entitled to own one third of the Common Holding Company.

7. The date to reach this goal will be before 1. 1. 197X (CII proposes as the limit date 1. 1. 1977. X will be determined in the tripartite Heads of Agreement).

Trois signatures, CII, Philips et Siemens

10 septembre 1973 : note de François Sallé, Directeur Technique de la CII.

Objet : prise de fonctions de monsieur Georges Lepicard.

M. Georges Lepicard est entré à la CII le 27 août 1973 et assure, depuis cette date, la fonction de Directeur Technique Adjoint. Dans le cadre de cette fonction, il est responsable vis à vis du Directeur Technique des missions suivantes :
- coordonner l’établissement, l’approbation, la mise à jour des spécifications techniques des produits hardware (systèmes centraux et coupleurs) et représenter la Direction Technique pour faire approuver la conformité des spécifications techniques par rapport aux objectifs,
- assurer la liaison avec les autres Directions pour le règlement des questions de définition technique des produits,
- contrôler la conformité des spécifications de définition aux spécifications techniques,
- assurer la synthèse au niveau système des orientations formulées par la Sous-Direction Orientation Technique et la Sous-Direction Orientation Software.

 
 

12 janvier 1973 : conférence du Président Barré et du Directeur Général M. Gest aux cadres CII
(CII Informations n° 19).

M. Barré a réuni les cadres supérieurs de la Compagnie pour leur donner un certain nombre d'informations sur la marche de la Société. L'exposé du Président a porté essentiellement sur :

Le bilan de l’année 1972

Après avoir donné un certain nombre de chiffres significatifs :

· C.A. 1972 : 815 millions de francs HT,
·
Prises de commandes 1972 (équivalent vente) : 925 millions de francs,
·
C.A. 1973 prévu : supérieur à 1 milliard de francs, ce qui représente un taux d’accroissement de 23 % (conforme au plan directeur),
·
Effectifs au 1er janvier 1973 : 7 600 personnes,
·
Surfaces : 140 000 m² (avec le Centre de Rocquencourt qui vient d’être acquis par CII),

M. Barré a indiqué que l’activité de la CII sur le plan commercial a été conforme aux prévisions du plan directeur, mais qu’il est nécessaire d’intensifier nos efforts dans le secteur privé. Par ailleurs, nos exportations sont insuffisantes, ceci étant dû en partie à l’incertitude qui règne quant aux développements de nos accords internationaux.

 

Les accords internationaux

Après avoir fait rapidement le point sur MULTINATIONAL DATA, l’accord avec CONTROL DATA, l’accord d’intention avec les Japonais et nos discussions avec ICL, le Président en est arrivé à l’accord CII / SIEMENS / PHILIPS.

" Si, sur le plan de la nouvelle gamme de produits, l’essentiel est fixé, il reste toutefois un certain nombre de points de détails à résoudre, tels que la disponibilité des brevets détenus par les Sociétés mères, le financement des études communes, les dispositions fiscales liées à la création d’un holding à qui seraient apportées toutes les activités à l’étranger, etc.

Compte tenu cependant de la volonté d’aboutir des trois partenaires, ces dernières difficultés devraient être levées rapidement. "

M. Barré a ensuite passé la parole à M. Gest qui a exposé les modalités d’absorption de SIEMENS France par CII et de CII GmbH par SIEMENS, conformément à l’accord passé l’an dernier avec SIEMENS.

15 janvier 1973: annonce de l’Iris 55.

Le 15 janvier, la Compagnie a annoncé simultanément une augmentation de 25 % de la puissance de l’ordinateur Iris 60 et un nouveau modèle de la gamme Iris : l’ordinateur IRIS 55 de puissance intermédiaire entre Iris 50 et Iris 60.
L’évolution du marché montre en effet qu’il est souhaitable de combler l’écart devenu plus important entre ces deux dernières machines ; là en effet se situent de nombreuses applications de gestion mettant en œuvre de gros fichiers et pouvant faire appel à d’importants réseaux téléinformatiques.
La CII confirme ainsi l’évolution qu’elle a prise ces derniers mois en annonçant des produits téléinformatiques hardware (Mitra 15 T, Visus, etc.) axés sur la gestion de transaction et de bases de données.

 

18 janvier 1973 : lettre de A. Roux à P. Richard concernant la signature imminente de l’accord entre CII et Siemens.
 Le Président Roux rappelle les conditions de sa signature future à l’accord tripartite, il " prend date " ; c’est le début d’une longue guerre entre les deux Présidents, qui va se prolonger durant toute l’année 1973 pour se terminer par l’introduction, par CGE, d’une demande en référé au Tribunal de Commerce (décembre 1973). CII sera bien involontairement un pion dans cette lutte, via Fininfor dont Thomson a la majorité.

Mon cher Président,

Par votre lettre du 16 janvier, vous appelez mon attention sur l'urgence que revêt la signature des accords en cours de négociation entre CII et SIEMENS compte tenu des perspectives de coopération avec PHILIPS et vous précisez que ces accords s'inscrivent dans le cadre d'engagements antérieurement pris par la CII.

Vous proposez donc que la CII signe le 19 janvier les accords réglant les transferts de SIEMENS France et de CII Allemagne, étant entendu que les questions mentionnées dans ma lettre du 11.janvier seront immédiatement examinées au sein de FININFOR et devront trouver leur solution avant la conclusion de l'accord tripartite.

Je partage votre sentiment sur la nécessité de consolider la position de la CII dans une négociation internationale difficile. Je vous donne donc mon accord sur le schéma proposé.

Il est entendu que les problèmes en suspens depuis plusieurs semaines et rappelés par ma lettre précitée devront être réglés avant que les négociations tripartites entrent dans une phase conclusive. Je ne saurais en particulier accepter des engagements financiers excédant ceux déjà pris dans le cadre de la convention Plan Calcul en dehors d'un programme à court et moyen termes fixant les objectifs de la CII et la contribution de ses sociétés-mères, compte tenu du concours attendu des autres partenaires et notamment de l’État. Un tel programme est d'ailleurs indispensable pour permettre à la CII de s'engager sans contraintes excessives dans la collaboration internationale qui s'ouvre à elle.

Enfin, je vous rappelle que je considère comme un préalable absolu à tout développement de la coopération avec SIEMENS et PHILIPS, qui figurent parmi nos principaux concurrents sur le marché mondial, la filialisation de la Division Commutation Téléphonique de la CII, dans le sens, d'un rapprochement avec SLE-CITEREL auprès de laquelle elle est engagée dans un vaste programme à long terme.

Je vous prie de croire, mon cher Président, à mes sentiments les meilleurs.

 

19 janvier 1973 : accord CII – SIEMENS.

Le 19 janvier 1973 a été signé à Munich, entre la Compagnie Internationale pour l'Informatique (C.I.I.) et la société SIEMENS A.G., un accord d'application de l'agrément préliminaire signé en janvier 1972.

Cet accord concerne la prise en charge des activités informatiques de gestion et de calcul scientifique de SIEMENS en France par la CII et des activités informatiques de même nature de CII en Allemagne par SIEMENS.

Cet accord s'inscrit dans le cadre de la préparation de l'accord tripartite en cours de négociation entre PHILIPS, SIEMENS et CII.

 

22 janvier 1973: première réunion du groupe de travail CGE/THOMSON concernant le projet d’association CII/SIEMENS/PHILIPS. L’objectif de ce groupe est donné ci-après :

Le projet d'accord tripartite CII/SIEMENS/PHILIPS dans le domaine de l'informatique de gestion, calcul scientifique et technique ("EDP Field"), et dont la conclusion signifiera un élargissement des accords déjà signés dans le domaine entre CII et SIEMENS ("HEADS" SIEMENS/CII du 28 janvier 1972, accords particuliers concernant SIEMENS France et CII GmbH signés le 19 janvier 1973) est à examiner sous un triple aspect :

a. - la filialisation de la division commutation téléphonique de CII.

b. - les engagements financiers pour la mise en œuvre de l'accord tripartite en plus de ceux déjà pris au titre de la 2ème Convention Plan Calcul.

c. - le contenu et la forme de l'accord tripartite, et dans chaque cas, en tenant compte à la fois 
    i ) - des préoccupations propres à CII,
    ii ) - de la protection des Sociétés-mères vis-à-vis de PHILIPS et de SIEMENS.

Le point a. - est à examiner hors CII.
Le point b. - est à traiter en présence de CII.
Le point c.- est à examiner, d'abord entre CGE et THOMSON, puis en présence de CII.

Autant que possible, le Groupe de travail traitera les 3 points indépendamment, étant entendu qu'une position définitive CGE (ou THOMSON) ne pourra être exprimée que globalement, au niveau du Conseil FINlNFOR, après les échanges de vues indispensables sur les différents problèmes.

La dixième réunion de ce groupe aura lieu le 5 mars ; le résultat fera l’objet d’une déclaration commune en date du 8 mars (voir ci-après).
Les participants à ces réunions ont été en général :
CGE             Gal Gobin, MM. Coulot et Gandin
Thomson MM. Guigonis, Dorléac et de Maubeuge
CII             MM. Gaudfernau et, une fois, MM. Barré et Verholle

 

février 1973  Vœux du président (CII Informations n° 19)

L'année 1972 aura été surtout caractérisée par d'importantes négociations internationales.

Le mois de janvier a vu la conclusion des discussions préliminaires entreprises en août 1971 entre Siemens et notre Compagnie. Partant du principe qu'il importe de maintenir l'individualité des deux entreprises, l'accord prévoyait la réalisation d'une ligne future de produits, communs aux deux partenaires et compatibles avec leur catalogue actuel.

Dans le domaine commercial, la combinaison des efforts devait aboutir à une meilleure utilisation des moyens des deux compagnies, en faisant disparaître la duplication des organismes de vente dans les pays étrangers.

Dès la signature de cet accord, Philips exprimait son désir le plus ferme de se joindre à Siemens et à CII, et la discussion des termes de cette coopération élargie a été menée tout au long de l'année avec persévérance.

L'accord entre les trois partenaires est fait aujourd'hui sur la majorité des points et il y a tout lieu de croire que nous assistons aujourd'hui à la naissance d'une véritable Europe informatique.

Le bloc ainsi constitué prendra sur le marché mondial une dimension qu'aucun des trois partenaires ne pouvait espérer atteindre dans un avenir proche ; la combinaison des moyens d'études et de développement, la combinaison des ressources des uns et des autres permettra d'assurer l'avenir d'une production dont les matériels, de plus en plus performants et de plus en plus compliqués, sont, de ce fait, de plus en plus lourds à créer.

L'effet psychologique provoqué dans le monde a été important et favorable ; la position de la CII s'en est trouvée consolidée aux yeux de beaucoup. En outre, il n'est pas impossible que la nouvelle forme de coopération que nous venons de mettre au point en Europe n'attire d'autres partenaires, et les chances de l'informatique européenne nous paraissent aujourd'hui beaucoup mieux assurées.

Préparant ainsi le long terme, la CII n'a pas pour autant négligé le présent et l'avenir proche.

Poursuivant des travaux de normalisation dans le cadre de Multinational Data, la CII conserve les liens qu'elle avait établis précédemment avec les partenaires correspondants. De même, un premier rapprochement a été esquissé avec les industriels japonais. Elle s'est efforcée d'ouvrir de nouveaux marchés et de consolider ceux où elle s'était introduite : un accord avec la Hongrie a été signé qui devrait nous permettre de placer la ligne Iris dans ce pays ; un accord préliminaire a été de même établi avec le ministère de l'Électrotechnique de l'URSS qui vient de nous commander une première machine. Des négociations sont en cours avec d'autres pays.

L'expansion de la CII s'est poursuivie à l'étranger, de nouveaux succès ont été obtenus, en particulier en Espagne. L'action internationale de la CII est une conséquence de l'affermissement de sa position en France ; l'année s'achève dans le cadre des dispositions du Plan Calcul, conformément à des prévisions établies au début de 1970.

Le chiffre d'affaires dépasse 800 millions de francs en 1972 ; nous devrions atteindre le milliard l'an prochain. Avec ses 8.000 personnes réparties entre cinq établissements représentant plus de 130.000 m², la CII n'est plus la compagnie fragile de ses débuts ; elle occupe sur l'échiquier industriel français une place à la mesure du rôle de l'informatique.

Il ne faudrait pas pour autant considérer que la partie est jouée et que l'heure d'une béate satisfaction est arrivée ; bien des choses restent à faire pour consolider définitivement la position prise ; nos efforts doivent tendre, en particulier, à introduire l'informatique française dans le domaine des grandes entreprise, marché important entièrement occupé aujourd'hui par des produits étrangers déjà en place.

Le succès de cet effort dépendra pour une large part de la réputation de nos produits, de leur fiabilité, du niveau de leur prix de revient, de la qualité de notre service après-vente et du dynamisme de nos cadres commerciaux.

Convaincu que les efforts remarquables qui ont été développés par tous au cours de l'année ne se relâcheront pas l'an prochain, je formule donc le vœu que le succès continue à nous accompagner. En adressant ce vœu collectif, je voudrais y joindre mes souhaits particuliers pour vous et vos familles, afin que l'année 1973 vous apporte les satisfactions personnelles, familiales que vous pouvez espérer.

12 février 1973 : conférence de presse de J. Charbonnel, Ministre du Développement Industriel et Scientifique.


" La première étape a été franchie, avec l’accord entre Siemens et CII, conclue sur des bases strictement paritaires qui sauvegardaient la nationalité de chaque partenaire au sein d’un ensemble tendant vers la multinationalité. Très récemment, la première manifestation concrète de cet accord a conduit la CII à reprendre les actifs informatiques de Siemens en France, tandis que Siemens reprenait les actifs de la CII en République Fédérale d’Allemagne. Ce premier pas accompli, il reste à réorganiser le déploiement du groupe dans les autres pays.

Dès la signature de l’accord cadre, une collaboration technique très étroite s’est instaurée entre les deux sociétés pour la mise au point de la prochaine gamme commune d’ordinateurs. Actuellement, cet accord est en voie d’extension à un autre partenaire européen, Philips. La négociation a pris tout récemment un tour très actif, et les Présidents des directoires de Siemens et Philips doivent se réunir avec M. Barré, Président de la CII, pour faire progresser la mise au point des accords qui devront donner naissance à un grand groupe européen de l’Informatique.

Le 2 novembre dernier, j’ai rencontré à Londres M. von Dohnanyi, Ministre de la Science de la République Fédérale d’Allemagne, et M. Chattaway, Ministre du Développement Industriel du Royaume Uni, pour discuter ensemble des perspectives de coopération entre nos industries de l’informatique, à un moment où la grande firme britannique ICL ne dissimulait pas qu’elle était fortement tentée par ‘l’appel du grand large ". En conclusion de cette rencontre, nous avons pris acte des étapes franchies pour faciliter la coopération entre certains firmes européennes et une volonté commune de créer une industrie puissante en Europe. Nous sommes tombés d’accord pour que soient étudiés d’urgence les questions d’ordre industriel et d’ordre administratif que la réalisation de cet objectif impliquait afin de jeter les bases d’une plus large coopération entre les industries des trois pays. C’est dans cet esprit, je peux aujourd’hui le révéler, que M. von Dohnanyi et moi-même avons adressé, fin novembre, aux Présidents de Siemens et de CII, une lettre commune, leur demandant d’examiner si de leur point de vue l’objectif d’un regroupement plus étendu des industries européennes était souhaitable et pouvait être rapidement atteint. Nous leur avons demandé d’entreprendre d’urgence et de concert avec les autres firmes européennes d’informatique, en particulier avec ICL et Telefunken, une série d’études destinées à jeter les bases d’une coopération élargie. Simultanément, M. Chattaway a envoyé une lettre identique à ICL. Très prochainement, le groupe CII, Siemens d’une part et ICL d’autre part, doivent se rencontrer pour donner suite à cette démarche commune. Enfin, les fonctionnaires, homologues en Angleterre et en République Fédérale d’Allemagne de notre Délégué à l’Informatique, sont venus, il y a quelques jours à Paris, pour discuter avec leurs collègues français de problèmes concrets de l’informatique sur lesquels une coopération entre les trois gouvernements pourrait aboutir à un résultat positif et précis. Notre pays joue donc un rôle très actif dans la constitution d’un ensemble européen de l’informatique. "

19 février 1973 : lettre de R. Gest à M. Ohmann, son homologue chez Siemens.
Cette lettre est intéressante car elle justifie ( ?) l’acceptation par CII du mode maître de Siemens (mode K) et de l’interface des canaux E/S : interface NSFK. En contre partie, CII demande que le TI (trunk interface, support des gros disques, qui permet un débit de 3 Mo/s) soit pris en compte par Siemens.

Cher Monsieur,

En réponse à votre lettre sur la stratégie de convergence vers la ligne X des utilisateurs SIRIS, je crois utile de rappeler tout d'abord que l'adoption par CII, tant du mode maître K que de l'interface NSFK, n'a eu d'autre motivation que de permettre l'accélération de la convergence entre nos lignes de produits respectives vers une ligne commune. CII a en effet considéré à l'époque que l'intérêt de cet objectif essentiel l'emportait sur les inconvénients très sérieux qu'engendrait un tel choix, à la fois dans la situation future de son parc de périphériques et dans le déroulement de son programme d'études en raison des modifications profondes à y introduire.

Nous avons également pris en compte les assurances que vous nous aviez données quant aux facilités techniques que vos services nous offriraient pour rendre supportable cette transition et trouver des solutions effectives aux difficultés inhérentes à ce choix. Je tiens à vous remercier de vos interventions personnelles en ce sens.

La proposition concernant le couplage des disques, exposée par votre lettre du 9 février 1973, apporte effectivement une solution à ce problème, mais ne s'avère pas cependant totalement satisfaisante.

II importe en effet d'être conscient de part et d'autre que la validité de la solution coupleur PST2 modifiée, dite PST2x, n'est pas encore démontrée […] Enfin, la date de mise à disposition du PST2x prototype est extrêmement tardive, d'autant plus que nous avons à développer des travaux software spécifiques au-delà.

Aussi, ne pouvant avoir actuellement la certitude que le PST2x apporte une solution viable, nous sommes en conséquence obligés de prévoir l'utilisation du trunk interface (TI) sur les matériels dont l'étude nous appartient, à savoir X2, X4 et X5. Nous restons persuadés que ce dispositif présente intrinsèquement des avantages certains ; il a de plus l'intérêt pour notre clientèle de permettre la coexistence sur une même "data base" de calculateurs appartenant à la ligne IRIS ou à la ligne X. Enfin, en vous proposant d'introduire le TI sur le CCU construit par SIEMENS et destiné à équiper à la fois X3, X4 et X5, nous estimions faire un pas très positif vers une rationalisation industrielle souhaitable. Les minutes de la réunion du 2 février laissaient espérer d'ailleurs une prise de position favorable à ce projet. Aussi regrettons-nous que SIEMENS ne puisse envisager d'apporter une solution globale au problème du couplage des disques en acceptant de mettre le TI sur le CCU destiné au haut de gamme, tout en développant le PST2x qui constitue indubitablement une solution d'avenir si sa validité technique est démontrée.

Devant cet état de fait, nous vous proposons donc la solution de compromis suivante :

- SIEMENS réalise le PST2x, CII fournissant les informations techniques nécessaires, mais ne pouvant prendre une part substantielle à l'étude en raison de la charge supplémentaire que lui causera l'adjonction du TI sur X4.
Le PST2x sera considéré comme un sous-ensemble constituant de la ligne X.

- CII réalise le TI qui équipera les matériels X2, X4 et X5.

Je vous propose que ces différents points fassent l'objet d'un sous-accord qui préciserait, par ailleurs, les conditions de fourniture du CCU.

Je vous prie de croire, Cher Monsieur, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.

8 mars 1973: déclarations CGE et THOMSON concernant les points qui conditionnent la prise de position de chacune des maisons-mères sur l’accord tripartite CII/SIEMENS/PHILIPS.

Ce document reproduit ci-après est un " Projet ". Nota : nous n’avons pas trouvé dans les archives le document final, qui ne doit pas être très éloigné de ce projet.

1 - Pour le Général GOBIN (CGE), les sept points suivants doivent être éclaircis ou acquis avant que CCE puisse donner son approbation à un paraphe ou signature :

1°) – DOMAINE :

- l'Accord tripartite doit définir d'une manière précise et en des termes acceptables pour les Sociétés-mères

… le domaine privilégié de la coopération technique et industrielle à instaurer entre les 3 partenaires (Technical EDP Field).

… la courbe enveloppe de l'ensemble des activités de toutes sortes des 3 partenaires au sein de leur association (Sales EDP Field) englobant le domaine privilégié ci-dessus ainsi que certains secteurs d'un domaine commun aux 3 partenaires et aux Sociétés-mères de CII.

- PHILIPS et SIEMENS doivent être conscients de l'importance des intérêts de chacune des Sociétés-mères dans le domaine commun et accepter d'amorcer le principe d'une négociation avec CII, CGE et THOMSON pour définir les termes d'une collaboration dans ce domaine commun. Il serait souhaitable qu'une première réunion à cinq ait lieu sur ce sujet avant signature de l'accord tripartite.

- Le texte définitif de l'Accord tripartite ne doit comporter aucune clause restreignant d'une manière quelconque la liberté d'action des Sociétés-mères en ce qui concerne ce domaine commun.

- CGE a pris note de ce que les activités "Service Bureau" se situent dorénavant, et sauf exception que les Sociétés-mères pourraient admettre ultérieurement, hors du champ de l'Accord tripartite.

 

2°) – FILIALISATION DE CERTAINES ACTIVITÉS CII

En vue de protéger les activités correspondantes, filialisation, d'une part du secteur commutation téléphonique et, d'autre part, du secteur applications militaires de CII.

3°) – PRÉVISIONS CII concernant le développement de ses activités à moyen et long terme dans le cadre de l'Accord tripartite et projection de ses besoins financiers correspondants jusqu'à fin 1978.

4°) - AIDE DES POUVOIRS PUBLICS

Engagement préalable des Pouvoirs Publics concernant l'aide à court et à moyen terme à apporter à CII pour le développement de ses activités dans le cadre de l'Accord tripartite.

Intentions des Pouvoirs Publics en ce qui concerne la mise à exécution d'un deuxième Plan Calcul, postérieurement à 1975.

5°) - EFFORT FINANCIER SUPPLÉMENTAIRE DES SOCIÉTÉS-MÈRES EN FAVEUR DE CII

Problème à examiner par CGE et THOMSON-CSF en fonction des points 3 et 4 ci-dessus.

6°) - ENGAGEMENTS PRIS PAR CII, AU NOM DE SES SOCIÉTÉS-MÈRES, DANS LE CADRE DE L'ACCORD TRIPARTITE

Adoption d'une clause précise et acceptable (quant à sa durée et à sa portée).

7° - DÉLAI DE RÉFLEXION :

Afin de pouvoir exprimer globalement un avis motivé sur 1’extension à PHILIPS de l'association CII-SIEMENS en cours de réalisation, CGE demande à disposer suffisamment à l'avance des textes complets et définitifs de l'Accord tripartite.

 

2.- M. GUIGONIS (Thomson) indique que, d'une manière générale, il partage tout à fait les préoccupations exprimées par le Général GOBIN et confirme qu'un effort soutenu doit être continué pour rechercher les éclaircissements nécessaires.

Il fait cependant observer que, compte tenu du rythme prévu des négociations en cours, il sera vraisemblablement impossible d'obtenir une lumière complète de chacun des points évoqués par le Général GOBIN. Il conviendra donc, le moment venu, de procéder à une appréciation d'ensemble de la situation et de se décider en fonction des éléments qui auront pu être rassemblés.

Il apporte de plus les précisions suivantes concernant chacun des points 1° à 7° ci-dessus.

POINT 1°)

La définition des domaines de l'Accord tripartite (Technical EDP Field et Sales EDP Field) a déjà fait l'objet d'un examen très attentif de la part des Sociétés-mères dont les intérêts en la matière ne devraient pas être divergents. La réunion interne organisée entre des spécialistes des Sociétés-mères et de CII doit permettre de préciser encore, si besoin en est, les aménagements à apporter à cette définition.

En ce qui concerne la préparation d'une négociation à 5 sur les activités du domaine commun, la démarche préliminaire correspondante auprès de PHILIPS et de SIEMENS est à faire par CII qui sera du reste partie à ce futur accord. L'ouverture effective d'une telle négociation ne doit pas être considérée comme un préalable à la signature par CII de l'Accord tripartite.

POINT 2°)

THOMSON est d'accord pour la filialisation globale des activités de CII non comprises dans l'Accord à trois. Une telle opération ne doit cependant être déclenchée qu'au moment opportun, après signature de l'Accord tripartite (de manière à ce que CII bénéficie pendant tout le temps nécessaire d'un poids suffisant vis-à-vis de PHILIPS et de SIEMENS).

Quant à la création ultérieure de filiales séparées, notamment pour la commutation, THOMSON n'en rejette pas par principe la possibilité mais souligne qu'une telle opération ne pourrait être envisagée que dans la perspective de négociations générales entre Groupes CGE et THOMSON, dépassant très largement le seul cadre et le calendrier de la négociation à 3.

POINT 3°)

Les documents souhaités sont attendus de CII qui travaille activement à leur établissement. Il y aura évidemment lieu de tenir compte des difficultés rencontrées par CII dans l'établissement de telles prévisions pour interpréter au mieux les informations ainsi fournies.

POINT 4°)

Le Délégué à l'Informatique a déjà fait savoir, en commentant sa lettre du 18 janvier 1973 à CII, qu'il était prêt à prendre, dès que les chiffres correspondants lui seront communiqués par CII, les dispositions nécessaires pour couvrir les besoins financiers supplémentaires jusqu'à fin 1975.

Il est cependant peu probable que satisfaction formelle puisse être donnée sur ce point avant le moment où une décision devra être prise.

En ce qui concerne les engagements des Pouvoirs Publics pour la période postérieure à 1975, la mise en place du nouveau Gouvernement permettra d'aborder ce point mais il est peu probable que nous obtentions dans les délais souhaités des assurances formelles sur ce sujet.

POINT 5°)

La connaissance de l'effort financier supplémentaire effectivement demandé à chacune des Sociétés-mères constitue en effet un préalable à toute prise de position à l'égard du projet tripartite.

POINT 6°)

Ce point a déjà fait l'objet d'un examen approfondi en commun et des propositions de textes satisfaisantes ont été dégagées à cette occasion.

POINT 7°)

THOMSON s'associe pleinement à la demande de CGE. Afin d'être en mesure de prendre leur décision dans des conditions admissibles, les Sociétés-mères doivent pouvoir disposer des textes complets et définitifs retenus par les partenaires, au moins 8 jours avant la date prévue pour le paraphe ou la signature.

27 mars 1973 : conférence de presse de Jean-Pierre Brulé (Honeywell-Bull) qui déclare que " d’une façon ou d’une autre un regroupement réaliste passe par Honeywell Bull… Une industrie européenne ne pourra vivre éternellement à l’ombre des subventions et marchés publics et les problèmes posés pourront un jour atteindre la dimension de ceux auxquels doit faire face l’industrie aéronautique européenne ".

28 mars 1973: lettre de M. Barré à M. Mac Colough, Président de XEROX.

Cher Monsieur,

Je m'excuse d'avoir tardé à répondre à votre lettre du 27 février mais nous sommes très occupés par nos négociations tripartites avec SIEMENS et PHILIPS, et je voulais attendre leur conclusion avant de reprendre contact avec vous.

J'ai reçu le 22 mars, en votre absence, une lettre de M. FLAVIN qui nous indique une position favorable en ce qui concerne la commercialisation de notre IRIS 80 dans les pays de l'Est ; je pense que ceci achèvera le règlement des points secondaires que nous avions à traiter.

J'ai appris que M. de FOUCHIER, Président de la Banque de Paris et des Pays Bas, devenait Administrateur au Conseil de XEROX ; je me réjouis de cette nouvelle qui nous rapprochera encore puisque la Banque de Paris et des Pays Bas, à travers le Groupe THOMSON, a quelques liens avec nous.

Au cours de mes derniers contacts avec M. GUMIN, j'ai pu m'assurer que SIEMENS voyait toujours d'un œil très favorable les perspectives de coopération que nous envisagions. J'espère que la mission de M. PENDERY a conclu d'une façon favorable, après l'examen approfondi auquel il s'est livré concernant notre future ligne de produits commune.

Je souhaite donc avoir l'occasion de vous rencontrer dès la conclusion définitive de nos accords européens.
Mon voyage pourrait intervenir en mai ou en juin, et je pense qu'il sera possible, à ce moment, d'établir les bases d'un accord intéressant pour les compagnies.

Dans cette attente,
Je vous demande de croire, Cher Monsieur, à l'expression de mes sentiments les plus distingués.

Note : cette lettre est le dernier contact officiel avec Xerox trouvé dans les archives.

mars 1973 : document " confidentiel ", sans date, mais établi probablement vers fin mars, intitulé :

Projet d’avenant à la deuxième Convention Plan Calcul

Ce document est cité par M. Barré, dans sa conférence aux cadres de la CII du 4 janvier 1974, où il dit : " Un projet d’avenant à la Convention Plan Calcul a été transmis aux maisons-mères et à la Délégation le 12 avril 1973, pour la première fois ; c’est un document très complet, faisant l’historique … "

Voir cette conférence à cette date en 1974.

Nous reproduisons ce document dans son intégralité, car il est important

I – Évolution de la CII dans le cadre des conventions Plan Calcul

 1. La première Convention Plan Calcul a été signée le 13 avril 1967.

Cette Convention prévoyait sur 5 années des engagements de l'État et des Sociétés-Mères de la CII ; elle imposait à la CII le programme de développement suivant :

- L'étude et la mise au catalogue d'une gamme de quatre ordinateurs nouveaux de conception nationale accompagnés de leurs softwares et de leurs périphériques principaux.

- L'étude et la mise au catalogue de deux ordinateurs militaires.

- Une cadence d'expansion matérialisée par une évolution du chiffre d'affaires.

2. En 1970, compte-tenu d'une part des premiers résultats obtenus et de l'absorption par la CII de la société SPERAC, titulaire d'une Convention "Périphériques", une deuxième Convention était préparée.

Elle devait être signée en juillet 1971.

Couvrant la période 1971 - 1975, elle fixait un nouveau cadre financier à la CII et un nouveau programme d'expansion du chiffre d'affaires.

Cette nouvelle Convention exprimait clairement, enfin, la nécessité pour la CII d'appuyer son action sur des accords internationaux.

3. Les objectifs fixés à la CII par les deux Conventions ont été tenus de la manière suivante :

3.1 Chiffre d'affaires HT (hors études Plan Calcul) -

  Prévu Réalisé
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1974
192 MF
253 MF
316 MF
424 MF
541 MF
684 MF
918 MF
1170 MF
167 MF
190 MF
263 MF
408 MF
530 MF
679 MF
962 MF (budget)
 

3.2.Programme industriel

Les quatre ordinateurs civils et les deux ordinateurs militaires prévus à la première Convention ont été mis sur le marché (IRIS 45, IRIS 50, IRIS 60, IRIS 80, IRIS 35 M, IRIS 55 M), mais la CII a dû faire précéder cette génération de produits par une gamme civile de transition nécessaire à la conservation de sa clientèle (10070, 10020, 10010) ; elle l'a complétée récemment de deux ordinateurs civils (IRIS 55, MITRA 15) et d'un ordinateur militaire (IRIS 15 M).

En six ans, la compagnie a donc développé 12 ordinateurs avec les résultats suivants :

 

Nombre de Systèmes

 

Installés

En commande ou

Total

   

lettre d'intention

 

10010

349

5

354

10020

144

18

162

10070

60

4

64

IRIS 45

25

28

53

IRIS 50

107

31

138

IRIS 55

-

-

-

IRIS 60

2

7

9

IRIS 80

10

13

23

MITRA 15

67

266

333

 

4. Les engagements financiers de l'État ont été tenus de la manière suivante :

4.1 Marchés d'Etudes Plan Calcul (HT) de l'origine à fin 1972

prévu    obtenu
550 MF 608 MF

L'excédent provient des marchés obtenus "hors enveloppe" pour des études particulières.

4.2 Subventions d'équilibre pour frais de lancement de l'origine à fin 1972

prévu       obtenu
88,4 MF 88,4 MF

4.3 Aide à l'exportation

La deuxième Convention prévoyait que l’État veillerait au financement du programme d'implantation à l'étranger, à hauteur de 60 M de francs.

Dans le cadre de l'assurance prospection, la CII a obtenu à ce jour un contrat susceptible de lui assurer sur la période 1971 - 1976, un financement maximum de 30 M.

4.4 Aide au développement

Les deux Conventions prévoyaient un total de 57 M de subventions remboursables dont 23 M ont été obtenus à ce jour, et 14 M sont sur le point de l'être.

4.5 Prêts FDES

Un programme global de 279,5 M a été prévu et réalisé jusqu'ici conformément à l'échéancier des deux Conventions.

 

5. Les engagements financiers des Maisons-Mères ont été tenus.

Le Capital actuel de la CII est de 166.726.400 francs, réparti de la manière suivante :

FININFOR 64,2 % (THOMSON 52 % - CGE 48 %)
SCHNEIDER 18,5 %
I.D.I. 14, 8 %
KALI Ste Thérèse 2,5 %

 

 II – Situation actuelle de la CII

 

1. Le chapitre précédent a donné une énumération des produits développés par la CII.

Nous n'évoquerons ici que le catalogue civil qui comporte essentiellement aujourd'hui la famille des machines IRIS et MITRA 15.

Le MITRA 15 est un mini-ordinateur moderne dont les applications principales se trouvent dans le contrôle des processus de toutes natures et dont l'emploi est également possible pour gérer les terminaux lourds rattachés à des grands ordinateurs de gestion. Le MITRA 15 n'est pas un calculateur de gestion autonome.

La famille IRIS couvre de l'IRIS 45 à l'IRIS 80 une large gamme de l'informatique moyenne. Cependant, cette gamme ne comprend pas les très grosses machines d'usage surtout scientifique et les petits ordinateurs destinés aux systèmes de gestion autonome.

Le catalogue CII a nécessité le développement d'un software de base complet qui a représenté un effort considérable du fait de la non-compatibilité de l'IRIS 80 avec les autres machines IRIS.

Cette décision, prise dès la naissance du Plan Calcul, était motivée par le désir d'accélérer la sortie de la gamme en utilisant au maximum l'acquit technique antérieur. Outre les conséquences financières d'une duplication du software de base, cet état de choses n'est pas satisfaisant sur le plan commercial.

La CII a pratiqué une politique très pragmatique en matière de périphériques ; poursuivant les études de la SPERAC, elle a développé et continue de développer des périphériques entièrement originaux (terminaux lourds, bandes magnétiques). Elle réalise également certains périphériques sous licence (disques magnétiques) en comptant leur donner suite par des modèles plus évolués entièrement nationaux. Enfin, elle constitue le reste de son catalogue en achetant des éléments, plus ou moins complets de périphériques qu'elle adapte à ses besoins,

En ce qui concerne les périphériques légers, elle utilise, en priorité, ceux qui sont développés sur le marché national et, en particulier, par ses Maisons-Mères.

La CII a abordé au cours des années précédentes, un très grand nombre de domaines d'application et réalisé des systèmes d'importances variables qui lui ont permis de mettre à son catalogue un nombre croissant de software standards d'application.

Enfin, dans le domaine des recherches avancées, la CII s'appuie sur les laboratoires publics et sur les centres de recherches des Groupes THOMSON et CGE.

 

2. Le chapitre précédent a montré l'évolution du chiffre d'affaires qui a suivi de très près les prévisions de la Convention. On peut noter que ce chiffre d'affaires est pour une large part obtenu auprès des Administrations françaises. Cette part est aujourd'hui de l'ordre de 55 % du chiffre d'affaires des matériels civils en France.

Cet état de choses est dû au fait que la pénétration de la CII a été plus facile dans un domaine où les perspectives d'expansion de l'informatique étaient particulièrement importantes et aux efforts de la Délégation à l'Informatique dans le sens des engagements pris par l'État dans la Convention Plan Calcul.

Le chiffre d'affaires effectué à l'étranger représente plus de 20 % du chiffre d'affaires civil de la CII.

 

3. Les moyens de la compagnie ont progressé en six ans de 1500 à près de 8000 personnes dont 2000 ingénieurs et cadres. Les effectifs sont répartis sensiblement de la manière suivante :

- Direction Générale et Directions Centrales  750 personnes
- Direction Technique                                               1000 p
- Direction Production                                              2500 p
- Direction Commerciale                                          2300 p
- Divisions Opérationnelles                                      1100 p

La CII occupe 140.000 m² industriels comportant les établissements principaux suivants :

- Rocquencourt (Siège - Formation)
- Louveciennes (Direction Commerciale)
- Clayes s/ Bois (Direction Technique)
- Vélizy (Divisions Opérationnelles - Maintenance)
- Toulouse (Direction Production).

4. Depuis 1971, la CII a développé son réseau d'agences en France pour lui permettre de toucher plus facilement la clientèle privée. Des agences ont été créées à Grenoble, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Lille, Rennes, Tours, Metz, Dijon et Strasbourg.

Une quarantaine de points de maintenance a également été implantée en province, pour réduire au maximum les délais d'intervention.

A l'étranger, quatre filiales ont été créées : Allemagne, Italie, Espagne et Brésil, mais de nombreuses affaires se sont faites dans d'autres pays par action directe. Les machines CII ont été ainsi vendues dans un grand nombre de Pays de l'Est, en Egypte, au Chili, en Algérie, en Afrique Noire, en Suisse, à Cuba, etc.

Des opérations de coopération industrielle ont été négociées et mises en route en Roumanie, en Hongrie ; d'autres sont en cours de négociation.

 

III – Difficultés rencontrées par la CII ; nécessité d’un accord international

 

La situation de la CII apparaît donc aujourd'hui sensiblement conforme aux prévisions du Plan Calcul ; cependant, un certain nombre de problèmes doivent être explicités car leur solution implique des décisions importantes au niveau de la politique générale de la CII.

1. Les spécifications du matériel CII sont originales et diffèrent, en particulier, de façon notable, de celles de son principal concurrent.

Les grandes entreprises françaises ont commencé leur équipement informatique avant la naissance du Plan Calcul et le développement de leurs installations se fait, par une pente inévitable, avec des produits compatibles avec leurs équipements. Il s'en suit qu'un secteur très important du marché français est pratiquement fermé à la CII, secteur particulièrement intéressant et qui commande, à travers les filiales étrangères des grands groupes français, l'introduction des produits informatiques dans les pays où ces groupes sont implantés.

La CII se trouve donc devant la nécessité de procéder à un effort technique important pour résoudre ce problème à l'occasion de la sortie d'une génération nouvelle, sans pour autant nuire à ses clients actuels, à qui doit être garantie la continuité de leur programme.

 

2. On a indiqué au chapitre précédent que la gamme IRIS, comportant pourtant cinq ordinateurs de taille croissante, ne pouvait couvrir en totalité les besoins de l'informatique de gestion.

Cet inconvénient est surtout sensible en bas de gamme où l'IRIS 45 fait figure d'une machine trop grosse pour les besoins des petites entreprises.

Il s'en suit que celles-ci, lors de leur premier équipement, s'adresse, à des concurrents étrangers qui, par le jeu de la compatibilité mentionnée au paragraphe précédent, se trouvent en excellente position pour les "coloniser".

La CII, si elle veut continuer à croître, ne peut pas esquiver ce problème fondamental ; la nouvelle gamme doit comporter des produits de petite puissance.

Or, il ne peut être question de renoncer, à l'autre extrémité de la gamme, à des produits puissants, sous peine de perdre la clientèle de l'IRIS 80, domaine dans lequel la CII semble avoir particulièrement réussi. Bien au contraire, la conservation de cette clientèle exigera qu'elle puisse trouver, dans quelques années, des produits de remplacement plus puissants capables d'accompagner leur propre développement.

On voit que la CII se trouve devant le problème rencontré par tous ses concurrents : le caractère inéluctable d'un élargissement des créneaux choisis au départ.

 

3. L'évolution précédente ne s'accompagne pas d'une amélioration des possibilités de financement.

Une première constatation s'impose : le prix des études des produits augmente considérablement d'une génération à l'autre. Les technologies nouvelles, plus économiques au niveau de la fabrication, entraînent des études de base plus onéreuses.

Le développement du software représente une charge qui l'emporte dès maintenant sur celui du hardware.

Dans le cadre des ressources annuelles dont la CII bénéficie, au titre de la deuxième Convention, un examen du programme technique montre que la compagnie ne serait pas en mesure de mettre à son catalogue plus de trois machines de la génération nouvelle alors que la gamme devrait en comporter au moins cinq.

Or, le renouvellement du catalogue est imposé de façon irrémédiable, non pas par l'amélioration des performances, mais par la réduction régulière des prix de vente.

Ce phénomène est parfaitement perceptible sur la génération actuelle dont la compétitivité était excellente en 1969 et qui voit ses marges se réduire progressivement, alors que les prix de revient ont été abaissés au-delà des prévisions par un effort industriel de rationalisation.

La compression régulière des prix est provoquée par une politique habile et progressive de notre principal concurrent qui bénéficie, du fait de l'étendue de son marché, de marges beaucoup plus grandes que ses concurrents.

Une action brutale pourrait certainement être faite aisément par cet industriel qui mettrait en quelques mois tous ses confrères hors d'état de le suivre ; des raisons politiques motivent probablement cette action lente et efficace qui laisse les autres industriels à la limite continuelle de la rentabilité, rendant ainsi de plus en plus difficiles les renouvellements du catalogue, limitant les chances d'expansion et amenuisant même leurs possibilités de survie.

 

4. Tous les éléments précédents militent en faveur d'une rationalisation de l'industrie européenne telle qu'elle avait été envisagée lors de la deuxième Convention.

La CII a entrepris dès 1970 des négociations actives avec ses confrères européens. En 1971, dans le cadre d'une société d'études MULTINATIONAL DATA, créée avec ICL et CDC, la recherche d'un accord étroit a été faite sur les bases suivantes :

                           . définition de spécifications communes acceptables pour les parties,

. définition d'une nouvelle ligne de produits compatible et complémentaire faisant disparaître toute concurrence sur le plan du catalogue,

. rationalisation de l'action commerciale pour éviter toute concurrence dans le monde entier.

Ces négociations ont échoué en juillet 1971 du fait de l'éloignement des conceptions anglaises et françaises en matière d'architecture de machines.

Des négociations ont été reprises immédiatement avec SIEMENS et ont abouti en janvier 1972 à la signature d'un accord préliminaire respectant les conditions ci-dessus. Au même moment, la société PHILIPS décidait de se joindre au nouveau groupe.

Cette candidature devait introduire de nombreuses difficultés nouvelles du fait de la gamme couverte par PHILIPS qui se situe beaucoup plus bas que les gammes SIEMENS et CII, incluant même les calculateurs de bureau.

En outre, PHILIPS ne disposant pas d'un territoire national appréciable la symétrie de l'accord bilatéral initial ne pouvait être respectée et la création d'organes communs de contrôle et de gestion devait demander de nombreux mois de négociations.

La signature de l'accord tripartite est aujourd'hui imminente et devrait permettre d'apporter un début de solution aux difficultés exposées ci-dessus.

Il n'est pas exclu que d'autres industriels européens ne viennent ultérieurement se joindre au noyau tripartite ainsi constitué.

 

IV – Conséquences de l’accord tripartite sur l’exploitation de la CII

 

1. L'adoption de dispositions communes à SIEMENS, PHILIPS et CII devait tenir compte inévitablement de la situation des trois partenaires et implique de nombreuses opérations de transition pendant une période intermédiaire qui s'étendra sur plusieurs années.

La nature et l'âge des produits actuels des trois partenaires ont fait qu'une série de compromis a dû être acceptée, aussi bien dans le domaine technique que dans le domaine commercial.

Ces compromis exigent des trois sociétés, des sacrifices dont l'acceptation est justifiée par l'obtention du résultat final. Ils introduisent chez chacun des partenaires d'importantes perturbations à leur programme de travail et à leur exploitation.

 

2. Sans reprendre en détail les modalités de l'accord tripartite, il est bon de rappeler ci-dessous ses lignes fondamentales :

- Adoption de normes communes à l'association, impliquant une gamme de produits compatibles pour la grande et la moyenne informatique d'une part, et pour l'informatique de bureau d'autre part, les deux familles étant telles que le passage de l'une à l'autre se fasse dans les meilleures conditions.

- Compatibilité de ces spécifications communes avec les spécifications actuelles de CII, de SIEMENS et de PHILIPS.

Les spécifications SIEMENS étant, du fait de leur origine RCA, voisines de celles d'IBM, les spécifications communes ainsi retenues doivent être, au niveau des utilisateurs, compatibles avec celles d'IBM, avec celles des Pays Socialistes (RIAD) et avec celles des principaux industriels japonais (FUJITSU-HITACHI).

- Exécution rapide des travaux de développement permettant de mettre au catalogue une nouvelle génération de produits conformes aux spécifications précédentes avec répartition de la charge d'étude entre les trois partenaires, compte-tenu des développements en cours chez chacun d'entre eux.

- Création d'une société holding commerciale regroupant les participations des partenaires dans tous les pays étrangers et possédant 20 % des unités commerciales en France, Allemagne et Hollande.

- Création d'une société de pilotage commercial chargée de définir et contrôler l'action commerciale dans le monde entier.

- Création d'une société chargée de coordonner l'action technique et industrielle des trois partenaires, d'établir les programmes et de contrôler la gestion d'ensemble.

 

3. Les principes ci-dessus ont été rapidement acceptés par SIEMENS, PHILIPS et CII ; les difficultés sont venues de la période transitoire au cours de laquelle il est difficile de promouvoir des politiques nationales indépendantes sans nuire aux intérêts ultérieurs de la communauté.

- La CII a été obligée d'accepter des dates d'annonces plus rapides que celles qui lui étaient nécessaires pour la prochaine génération ; il s'en suit un renouvellement de certains produits dans des conditions qui ne sont pas optimales les possibilités de vente n'étant pas entièrement exploitées.

- La CII a dû modifier assez profondément son programme technique sur le plan du hardware pour achever les deux produits qu'elle avait en étude, conformément aux nouvelles spécifications communes.

- La CII, pour assurer la convergence de ses softwares avec ceux de SIEMENS, est obligée, en deux étapes, de développer un nouveau software de base qui se substituera à ceux qui sont actuellement au catalogue.

- La CII verra revenir de location certains systèmes dont les périphériques ne pourront être replacés du fait du changement d'interface provoqué par la définition d'une interface commun aux trois partenaires.

- La CII verra ses programmes industriels perturbés du fait de l'apparition de produits communs fabriqués par ses partenaires et remplaçant certains de ses produits actuels, alors qu'un autre produit commun fabriqué par CII à l'usage de l'association tout entière n'apparaîtra que plus tard. Si la situation doit être satisfaisante à terme, il y aura inévitablement une période de sous charge entre ces deux dates.

- La CII, en liaison avec l'industrie des composants français est conduite à engager dès maintenant, en liaison avec ses partenaires, des travaux de technologie destinés à préparer une coopération ultérieure plus étroite pour une deuxième génération d'ordinateurs.

La première génération commune présentera, en effet, un caractère d'homogénéité satisfaisant pour le client ; elle ne permettra pas encore aux industriels de tirer le meilleur parti de leur coopération.

 

4. Le rattachement de toutes les filiales étrangères des trois partenaires à la holding commune passe par une étape intermédiaire de regroupements des moyens locaux. Ces regroupements nécessiteront, cas par cas, des opérations d'apport qui tiendront compte des efforts de promotion commerciale effectués dans le passé.

Certaines de ces opérations, comme la prise en charge en France des activités informatiques de SIEMENS, exigeront un effort financier non prévu dans la Convention.

Enfin, la CII se devra de participer au programme d'expansion du réseau international conformément aux accords passés avec ses deux partenaires.

 

5. Il apparaît donc que le cadre de la Convention de juillet 1971 ne correspond plus aux perspectives de développement et d'exploitation de la CII. Cette Convention avait mentionné cette possibilité en laissant d'ailleurs l'exercice 1975 libre de tout engagement. Un examen de la situation de la compagnie devait intervenir en 1973 pour fixer ces éléments.

Il apparaît aujourd'hui que les évènements se sont déroulés de manière plus rapide qu'il n'était espéré en 1971 ; fin 1972, la CII a réalisé une première opération en prenant en charge l'informatique de SIEMENS en France et en confiant à cette société ses intérêts allemands. Sur le plan commercial, d'autres mesures interviendront en 1973 et 1974 qui exigeront des disponibilités non prévues par la Convention.

Enfin, les travaux techniques relatifs à la nouvelle génération ne pouvaient attendre la signature de l'accord tripartite en raison de l'urgence des mesures à prendre et des délais d'étude et de fabrication. Les éléments techniques étant pratiquement définis en septembre 1972, les trois partenaires travaillent depuis cette date dans le nouveau cadre et ont été amenés à engager des dépenses excédant les prévisions de leur Plan à long terme.

La révision de la Convention Plan Calcul de 1971 est donc nécessaire et urgente car elle affecte l'exercice en cours pour une part appréciable. Le présent document trace la nouvelle orientation de la CII dans le cadre de cette Convention en proposant des éléments correctifs pour les exercices 1973 et 1974, et en indiquant les chiffres nécessaires qu'il convient de prévoir dans les diverses rubriques de l'exercice 1975.

 

6. Au-delà du 1er janvier 1976, l'association achèvera la mise en place des structures communes et la commercialisation du catalogue commun. Ce n'est pas avant 1977 que l'association opérera comme un corps homogène unique.

La période 1975/1980 correspondra donc à la mise en place des structures définitives et au démarrage de la véritable action commune. Il n'est pas possible aujourd'hui de présenter un Plan Directeur pour cette période avec une approximation raisonnable.

Il ne sera plus possible, en effet, de partir du cadre national et d'un programme CII pour bâtir un Plan Directeur fixant les besoins financiers. L'origine de toute étude se situera au niveau de la collectivité, et les trois partenaires comptent que la première tâche de l'organisme de planification et de gestion, lors de sa mise en place, sera de l'aborder.

Il semble donc raisonnable de penser que le Plan Directeur de la CII pour les années 1975/1980 pourra être mis au point à la fin de l'année 1974.

On peut cependant faire dès maintenant les remarques suivantes :

- L'amélioration de la productivité accompagnant l'allongement des séries de fabrication devrait limiter les investissements de nature industrielle.

- L'effort technique, en particulier dans le domaine du software, restera probablement très élevé jusqu'en 1977, compte-tenu de la date des mises en œuvre des nouveaux systèmes d'exploitation.

- Les investissements commerciaux comporteront une charge inévitable du fait de l'équipement de tous les Centres de Calcul avec la nouvelle gamme dans des délais rapides, étant donné la volonté d'extinction des catalogues nationaux.

- Les investissements commerciaux, attachés à la création des filiales étrangères nouvelles et à leur promotion, feront l'objet de discussions entre les trois partenaires pour qu'ils se maintiennent dans les limites des moyens dont ils disposent. La CII devra, dans des limites raisonnables, pouvoir "suivre" ses partenaires, sous peine de laisser tomber sa participation à la holding commerciale à un niveau qui ne serait plus compatible avec l'égalité des droits.

Le principe d'une Convention Plan Calcul 1975/1980 parait à retenir dès maintenant.

C'est au terme de cette période que la force européenne, en cours de constitution, aura vraiment atteint l'âge d'une exploitation rationnelle et qu'elle pourra vivre comme une société unique dont le chiffre d'affaires avoisinera probablement les 7 milliards de francs actuels.

Il est possible, toutefois, que les opérations de concentration ne se limitent pas aux trois industriels signataires de l'accord tripartite et les perspectives ci-dessus sont encore susceptibles d'altération, de ce fait.

 

V – Problèmes particuliers

Deux questions particulières de grande importance apparaissent en outre :

1. Les activités de la CII comportent aujourd'hui plusieurs aspects qui ne se trouvent pas mêlés à la politique d'accords internationaux concernant le domaine de la gestion. Ces activités étroitement liées au Plan Calcul, pour bénéficier au mieux de ses retombées, sont rassemblées aujourd'hui, à l'intérieur de la société dans le cadre de Divisions Opérationnelles :

- La Division des Applications Militaires, Spatiales et Aéronautiques - a la charge des études, des fabrications et des systèmes destinés aux emplois particuliers des ordinateurs qui sont attachés à ces domaines.

Partant des technologies, des structures et des softwares de base qui sont développés dans le Plan Calcul civil, la Division Militaire, Spatiale et Aéronautique réalise des calculateurs spécialisés beaucoup plus compacts et aptes à résoudre les problèmes spécifiques.

Elle étudie en outre, des softwares de systèmes qui lui sont demandés pour l'utilisation des calculateurs civils standards dans les applications qui s'écartent du domaine de la gestion.

C'est ainsi que cette Division est responsable des séries militaires d'ordinateurs et de leur emploi dans les divers systèmes d'armes réalisés par les forces années françaises ou par certains industriels spécialisés comme le Groupe THOMSON. De même, cette Division est chargée des applications des ordinateurs standards dans le domaine du contrôle du trafic aérien.

- La Division de la Commutation - créée récemment dans le cadre des projets PTT concernant la commutation électronique future, travaille en liaison étroite avec la société CITEREL, en lui fournissant à partir de la technologie, des matériels standards du Plan Calcul et de leur software de base des équipements qui constitueront le cœur des autocommutateurs futurs.

- La Division des Petits Ordinateurs et Systèmes - a la charge de développer à partir des technologies et des structures des ordinateurs de gestion, des ordinateurs comme le MITRA 15, particulièrement adaptés aux opérations de process et de transaction en temps réel.

Ces matériels et leurs périphériques spécialisés ont un marché étranger à celui de l'accord européen avec SIEMENS et PHILIPS, bien que leur emploi soit normalement prévu dans le cadre des terminaux lourds des grands ordinateurs de gestion.

Il conviendra donc d'isoler les trois activités précédentes de telle manière qu'elles continuent à bénéficier des travaux de la communauté tripartite sans qu'une intégration trop grande risque de conduire, en sens inverse, à une diffusion vers la communauté de ses activités nationales spécifiques.

Cet objectif semble pouvoir être tenu par la mise dans une filiale unique des Divisions Opérationnelles ci-dessus, de telle sorte que la CII en conserve le contrôle et puisse veiller à la nature et à la qualité des échanges entre cette filiale et le reste du dispositif.

 

2. Enfin, un problème très important doit également être pris en considération : il s'agit de celui qui concerne la location du matériel de gestion de l'association.

La Convention de 1971 a résolu ce problème par la création d'une société de leasing spécialisée, la CILOMI, dont le Capital appartient pour 50 % à la CII et pour 50 % à son pool bancaire, et qui pratique avec notre compagnie un système de lease-back qui laisse à la CII les risques des retours prématurés de matériels en garantissant donc aux actionnaires des conditions de rentabilité satisfaisantes.

Les perspectives de développement de l'association conduisent à envisager des chiffres d'affaires très élevés avant la fin de la présente décennie et posent le problème des capitaux nécessaires pour la mise en leasing des appareils.

Il semble qu'il soit nécessaire d'envisager, dès maintenant, des solutions communautaires à un tel problème qui dépasse le cadre des frontières françaises, non seulement dans les pays des associés de la CII mais aussi dans leurs applications étrangères.

Une telle organisation internationale paraîtrait devoir disposer d'une assiette suffisamment large et suffisamment solide pour faire appel à l'épargne publique.

Il semblerait que l'intérêt des organismes français participants à la CILOMI puisse les pousser à rechercher la solution de ce problème sur le plan européen.

 

Il conviendra donc d'isoler les trois activités précédentes de telle manière qu'elles continuent à bénéficier des travaux de la communauté tripartite sans qu'une intégration trop grande risque de conduire, en sens inverse, à une diffusion vers la communauté de ses activités nationales spécifiques.

Cet objectif semble pouvoir être tenu par la mise dans une filiale unique des Divisions Opérationnelles ci-dessus, de telle sorte que la CII en conserve le contrôle et puisse veiller à la nature et à la qualité des échanges entre cette filiale et le reste du dispositif.

2. Enfin, un problème très important doit également être pris en considération : il s'agit de celui qui concerne la location du matériel de gestion de l'association.

La Convention de 1971 a résolu ce problème par la création d'une société de leasing spécialisée, la CILOMI, dont le Capital appartient pour 50 % à la CII et pour 50 % à son pool bancaire, et qui pratique avec notre compagnie un système de lease-back qui laisse à la CII les risques des retours prématurés de matériels en garantissant donc aux actionnaires des conditions de rentabilité satisfaisantes.

Les perspectives de développement de l'association conduisent à envisager des chiffres d'affaires très élevés avant la fin de la présente décennie et posent le problème des capitaux nécessaires pour la mise en leasing des appareils.

Il semble qu'il soit nécessaire d'envisager, dès maintenant, des solutions communautaires à un tel problème qui dépasse le cadre des frontières françaises, non seulement dans les pays des associés de la CII mais aussi dans leurs applications étrangères.

Une telle organisation internationale paraîtrait devoir disposer d'une assiette suffisamment large et suffisamment solide pour faire appel à l'épargne publique.

Il semblerait que l'intérêt des organismes français participants à la CILOMI puisse les pousser à rechercher la solution de ce problème sur le plan européen.

 

VI – Besoins CII en capitaux propres, subventions et crédits d’études jusqu’au 1/1/76

 

Nous ne donnons, par simplification, que la conclusion de ce chapitre.

En résumé, le tableau suivant rassemble les besoins de la CII en capitaux propres, subventions et crédits d'études pour les exercices 1973 - 1974 et 1975 :

 

1973 1974 1975
Capitaux Propres 40 M  45 M 55 M
Subventions   10 M  25 M 35 M
Crédits d'Etudes  155 M 200 M 230 M

     Les montants suivants peuvent être considérés comme inclus dans la Convention actuelle :

Capitaux Propres 30 M 35 M -
Subventions  10 M 10 M 10 M
Crédits d'Etudes 140 M  126 M

-

  Les sommes nécessaires qu'il convient de dégager sont donc les suivantes :

Capitaux Propres (1)       10 M     10 M 55 M
Subventions (2) - 15 M 25 M
Crédits d'Etudes (3) 15 M 74 M 230 M

  Compléments aux chiffres de l' Année non chiffrée -Convention dans la Convention-

Nota :
(1) Les Capitaux Propres ci-dessus ont été calculés en considérant que l'IDI accepterait la conversion de ses obligations.
Leur montant correspond ainsi au maintien d'une proportion convenable des capitaux propres aux emprunts dans le Bilan de la Compagnie.

(2) Les Subventions à dégager sont calculées en admettant que les crédits d'aide à l'exportation prévus à la Convention sont transformés en subvention non remboursable pour le solde actuellement non couvert par l'assurance prospection.

(3) Aucune révision de prix sur les marchés d'études de la Délégation depuis 1970 n'a été introduite dans les comparaisons ; or, il est bon de tenir compte, dans l'appréciation des nouveaux besoins, des estimations suivantes :

Révisions en 1971-1972 30 M (base 7,50 % l'an)
Révisions en 1973 31 M
Révisions en 1974 43 M
Montant révisé en 1975 184 M
------------
Total 288 M

à comparer avec les 319 M de la dernière ligne du dernier tableau (15 + 74 + 230).

On voit que les crédits demandés restent, à francs constants, d'un montant analogue à ceux qui ont constitué la base du Plan Calcul 1971.

19 avril 1973 : mémorandum interne CII faisant le point sur l’organisation de l’association CII / SIEMENS / PHILIPS.

1. Au cours des longues négociations qui se déroulent depuis 15 mois, la structure de l'association future a été mise au point. Si un accord est intervenu à ce sujet, il s'avère très difficile de régler les modalités et l'échéancier de la période transitoire qui doit y conduire.

Les difficultés majeures proviennent de PHILIPS pour les raisons suivantes :

- PHILIPS estime que la holding ne doit pas être considérée comme une société dépendant du "Standing Council" au même titre que la société commerciale et la société de programme et gestion commune.

Le Conseil de cette société doit, à ses yeux, constituer la Supervisory Board auquel participent les autorités suprêmes des compagnies-mères SIEMENS, PHILIPS et CII.

- La génération d'ordinateurs moyens P 1000 actuelle de PHILIPS ne doit pas être poursuivie, le catalogue X n'étant pas compatible avec elle. Pour des raisons commerciales et pour des raisons de charges industrielles, PHILIPS déclare être obligée de poursuivre sa commercialisation aussi longtemps que possible et ceci en concurrence avec ses deux partenaires, ce qui bloque la constitution d'une véritable action commerciale commune jusqu'en 1975.

- Pour des raisons sociales ou pour des raisons de prestige, PHILIPS ne peut accepter de transférer son personnel commercial à une société qui ne serait pas une société commune.

Une opération dans le genre de celle qui a été organisée entre SIEMENS et CII en janvier n'est donc pas possible.

 

2. Nous avions pensé que ces difficultés pourraient être tournées et que la réunion du 25 avril entre les Présidents des trois compagnies les réglerait.

Or, SIEMENS vient de présenter hier un nouveau projet d'organisation accompagné d'un échéancier de mesures.

On peut se demander les raisons qui poussent SIEMENS à reprendre complètement les termes d'un accord dont les seules modalités d'application étaient en cause.

Il semble qu'il faille chercher l'explication de ce changement d'attitude dans les travaux récemment faits chez SIEMENS comme à la CII sur les conséquences de l'application de l'accord tripartite sur les affaires de la compagnie :

- L'obsolescence de la série 4004 actuelle accompagnée de retours de clientèle beaucoup plus élevés que prévu.

- L'absence de produits de la ligne X avant 1975 malgré des efforts considérables pour hâter la sortie du nouveau catalogue.

- La nécessité de prolonger la vie de la ligne 4004 par une génération intermédiaire et le désir de conserver intégralement la conduite commerciale des affaires correspondantes.

Par ailleurs, d'autres motifs peuvent expliquer le changement proposé :

- Le sentiment que le découpage des fonctions communautaires en trois sociétés venant s'ajouter aux centres de décisions nationaux conduit à une structure très compliquée où les risques de conflit sont importants.

- L'éloignement des organismes communautaires provoquant des difficultés de liaisons qu'il faudra régler en tout état de cause par des réunions au sommet qui rassembleront finalement les autorités responsables des compagnies nationales.

- Enfin, la conviction que l'association aboutira, tôt ou tard, à une fusion générale et qu'il vaut mieux en faire clairement l'objectif final.

3. Le projet de SIEMENS se décompose en quatre étapes :

– En 1973/1974, la structure de chacune des compagnies participantes reste la même ; celles-ci conservent leur autonomie et leur pleine autorité sur les filiales étrangères.

Les accords techniques et industriels passés restent valables ; des accords commerciaux locaux interviennent chaque fois qu'il est possible.

En France, en Allemagne et en Hollande, une société Unidata est réalisée ; ces trois sociétés restent vides, elles reçoivent chacune les mêmes trois Directeurs représentant les compagnies-mères et servent de lieu de concertation.

– En 1975/1976/1977, est créée une Société Internationale de Ventes à l'Étranger, à laquelle sont apportées toutes les filiales étrangères des compagnies et toutes les agences, sauf celles qui concernent l'informatique de bureau. La Société de Commerce International devient donc propriétaire de tous les moyens commerciaux de l'association, sauf en France, en Allemagne et en Hollande et sauf en ce qui concerne l'informatique de bureau.

Par ailleurs, sur leurs territoires nationaux, CII, SIEMENS et PHILIPS, filialisent leur action commerciale dans des sociétés portant les noms ; Unidata CII, Unidata SIEMENS et Unidata PHILIPS, en prenant des participations réciproques les unes chez les autres.

– En 1978/1979, les trois compagnies-mères apportent à leur société Unidata nationale, leurs moyens techniques et industriels. Il existe alors en France une seule société Unidata France CII, comme en Allemagne, Unidata Allemagne SIEMENS et en Hollande, Unidata Hollande PHILIPS.

A la même période, PHILIPS apporte à la Société de Commerce International toutes ses filiales et agences étrangères concernant l'informatique de bureau.

– En 1980, les quatre compagnies Unidata, française, allemande, hollandaise et internationale, sont fusionnées dans UNIDATA CORPORATION.

4. Ce schéma va faire l'objet d'une étude sérieuse à la CII.

A première vue, il a le mérite d'être clair, progressif et réaliste. Toutefois, il laisse dans l'ombre les problèmes que poseront pendant la période transitoire la coordination technique et la coordination industrielle, ainsi que l'organisation de la planification et du contrôle de gestion d'ensemble.

Le schéma proposé devrait donc être complété au moins d'un Secrétariat Général du Standing Group créé dès la phase 1, et rassemblant les fonctions de la société PPG/EFG du projet actuel.

L'existence d'un tel Secrétariat Général et sa localisation à Paris vont probablement constituer un test des intentions de SIEMENS ; en cas de refus, on pourra penser que le mobile allemand est surtout de faire disparaître cet organisme dont l'importance n'était pas apparue à l'origine aux yeux de SIEMENS qui avait seulement revendiqué le centre de l'action commerciale internationale à Munich.

Par ailleurs, il faut aussi mentionner que le nouveau projet fait disparaître la distinction entre la holding financière recevant les participations des trois partenaires et la société de management commerciale, responsable opérationnel. Ce schéma permettait d'accepter des participations inégales dans la holding (personne ne devant cependant avoir plus de 50 %), la société de management commerciale étant créée sur la base de 33 % pour chaque partenaire.

Cet élément était très important car l'organisation proposée était considérée comme devant se prolonger d'une manière indéterminée ; le nouveau projet aboutissant à une fusion générale, cet élément perd de son importance à condition que la période transitoire ne soit pas trop longue.

Finalement, à condition que l'existence, les fonctions et la localisation d'un Secrétariat Général soient admises, on peut dire que le seul problème fondamental que pose le nouveau projet est la détermination clairement affichée d'aboutir à une véritable fusion avant la fin de la présente décennie.

avril 1973 : rencontre entre le Dr Bernhard Plettner, président de Siemens, et Ambroise Roux au siège de la CII à Rocquencourt. But de la réunion : détendre l’atmosphère. C’est un échec.

1er mai 1973 : date d’application de la " Note procédures et circuits numéro 018 " qui vient d’être publiée le 20 avril sous la signature de P. Guichet, Directeur Général adjoint, C. Lhemann étant le responsable de sa mise en service.

Sommaire de cette NPC :

Mise en vigueur d’une nouvelle procédure et de nouveaux circuits pour la gestion des produits sur toute leur durée de vie.

Définition des phases de vie d’un produit. Description des actions à entreprendre et des documents à produire pour chaque phase. Définition de la procédure de revue.

Nota : il s’agit bien évidemment de la procédure " Cycle de vie d’un produit ", qui est introduite à CII sous l’impulsion d’anciens d’Honeywell Bull.

9 mai 1973 : nouveau mémorandum interne CII sur la situation des négociations.

Depuis la réunion intervenue le 2 mai à Paris, au niveau des Présidents, le Groupe de travail s'est réuni pour rédiger le texte de l'accord définitif, conformément aux dispositions adoptées d'un commun accord.

Ce groupe de travail s'est séparé hier, 8 mai, après avoir constaté des divergences fondamentales qui ne peuvent relever d'un simple malentendu.

Les deux points en cause montrent que nos partenaires ont réfléchi et sont revenus sur les positions prises :

1 En ce qui concerne l'organisation future, SIEMENS revient à l'existence de trois Sociétés Unidata, en France, en Allemagne et en Hollande, comportant trois Directeurs Généraux appartenant à chacune des firmes, ces trois mêmes Directeurs Généraux étant co-responsables des trois Sociétés.

Dans chaque Société, une autorité serait en charge de chacun des problèmes commerciaux, techniques, économiques et financiers.

Chacune des Sociétés ne pourrait donc agir qu'en association avec les deux autres ; seule concession à l'homogénéité : la Présidence d'un Directeur Général pour chacune des fonctions énumérées ci-dessus.

Chaque Directeur Général ayant un droit de veto, on retrouve la règle de l'unanimité.

Ce schéma diffère de celui qui avait été présenté par PHILIPS, commenté par moi et clairement accepté par SIEMENS en ce sens que les Directeurs Généraux ne pouvant disposer du don d'ubiquité, se verront chacun en ce qui les concerne chargés en pratique de préparer et de traiter les questions d'une même famille : en France, le Directeur Général français se voyait présider aux questions techniques et industrielles et aux problèmes de planification et de gestion ; pour ce faire, il disposait dans le cadre d'Unidata France de moyens plus lourds que les autres chargés de rassembler les informations et de préparer les rapports et les décisions.

Manifestement, SIEMENS et PHILIPS, qui ont commencé par revendiquer la conduite du commerce et des finances, découvrent tardivement, que le poids du reste, laissé à la France, risque de prendre un caractère prédominant. Ils cherchent donc à diffuser chacune des fonctions au travers des trois Sociétés Unidata.

SIEMENS se prête d'autant plus volontiers au jeu que la conduite des filiales commerciales ne pourra se passer d'un état-major central ; PHILIPS de son côté pense que la conduite des affaires financières l'amènera progressivement à contrôler les affaires économiques, c'est-à-dire la gestion de l'association.

C'est bien Unidata France qui souffrirait le plus de ce nouveau projet, par affaiblissement et quasi-disparition des notions qui avaient conduit à créer PPGEFG.

Nous estimons inacceptable la nouvelle position de SIEMENS, mais nous serons peu soutenus par PHILIPS, qui y voit, comme je l'ai indiqué plus haut, la possibilité de renforcer son influence.

 

2. Le deuxième point concerne l'annexe relative aux domaines de l'association.

Le texte initial, conforme à notre politique, prévoyait l'exclusivité de la ligne commune de produits pour les trois partenaires ; ainsi cette exclusivité était attachée aux machines de bureau, domaine réservé à PHILIPS. Cette disposition est combattue par CGE qui voudrait pouvoir bénéficier de droits équivalents à PHILIPS au cas où elle déciderait de s'introduire dans le domaine des petits calculateurs autonomes de gestion.

Cette demande de la CGE est impossible à satisfaire sans rompre les négociations, car elle revient à exclure PHILIPS de l'accord.

Par contre, le texte que nous avons approuvé prévoit que les terminaux utilisés par l'association ne feront pas partie d'une liste exclusive ; ceux-ci pourraient être choisis indifféremment parmi les petits ordinateurs de la ligne de produits et parmi les équipements des autres divisions des partenaires ou des Maisons-Mères de la CII.

Cette Position, défendue par SIEMENS et CII, était attaquée depuis quelque temps par PHILIPS qui estimait anormal qu'une association disposant d'un catalogue ne cherche pas en priorité à l'utiliser dans toutes ses applications possibles. SIEMENS et CII ayant l'une et l'autre des petits ordinateurs d'automatisme, extérieurs au domaine de l'association, avaient maintenu jusqu'à présent une parfaite cohésion.

Sur les demandes instantes de la CGE et malgré mes réserves, le problème des terminaux a fait l'objet de deux réunions des Maisons-Mères avec les représentants de PHILIPS et de SIEMENS ; à cette occasion, nos deux partenaires ont pris une meilleure conscience de l'importance du problème et du rôle que les Maisons-Mères estimaient devoir jouer.

Au cours de la réunion du 8 mai, pour la première fois, nous avons vu SIEMENS et PHILIPS aligner leurs positions sans ambiguïté de la manière suivante :

" Les Maisons-Mères de la CII ne sont pas signataires de l'accord tripartite envisagé. Il n'est pas possible de leur accorder le même statut qu'à SIEMENS, PHILIPS et CII, qui prennent dans cet accord de multiples engagements et acceptent de nombreuses contraintes.

Les produits à retenir comme terminaux par l'association doivent entrer dans le cadre de l'activité supply centers. "

Cette formulation permet probablement d'inclure dans le catalogue des terminaux autorisés des machines comme le Mitra 15 qu'on peut présenter comme faisant partie des activités des supply centers français.

Il en est de même pour des produits analogues de PHILIPS et SIEMENS mais il devient impossible de prendre en compte les terminaux de la Maison-Mère de CII.

Cette prise de position de nos deux partenaires est grave car elle exprime clairement une évidence que la CII s'était efforcée de dissimuler depuis de nombreux mois.

Nous avions réussi, dans le texte mis au point en décembre à faire passer les exigences françaises sans attirer l'attention de nos partenaires ; la prolongation des débats a permis à PHILIPS tout d'abord, puis à SIEMENS de mesurer l'importance de l'enjeu pour l'association, l'importance des ambitions françaises et l'anomalie que constituait l'existence de ces ambitions en l'absence d'une participation des Maisons-Mères de la CII à la totalité de l'accord tripartite.

On peut d'ailleurs se demander si cette participation, dont il n'a jamais été question jusqu'à présent, pourrait être jugée acceptable par nos partenaires.

15 mai 1973 : augmentation du capital.

La capital de la CII qui était de 166 726 400 francs a été porté, le 15 mai, à 187 026 400 francs.

La nouvelle répartition du capital est la suivante :
- Fininfor :                                 62,1 %
- Schneider SA :                      16,5 %
- IDI :                                          19,2 %
- Mines de Kali Ste Thérèse : 2,2 %

 

17 mai 1973 : en l’absence de J.P. Brulé, en voyage, Maxime Bonnet est reçu au ministère de l’industrie, suite à un appel du directeur de cabinet du ministre demandant à rencontrer Bull.

Un conseiller technique lui déclare que " le ministre estime qu’il ne convient pas de continuer la construction de l’informatique européenne sans écouter ce que CHB a à dire, ni envisager même comment elle pourrait en faire partie ".

Il pose quatre questions qui témoignent de la préparation approfondie de l’entretien et d’un intérêt réel :

- Honeywell accepterait-il une prise de participation de CMB dans son propre capital ?

- Honeywell accepterait-il de regrouper l’Italie et l’Angleterre sous la tutelle de Bull ?

- Honeywell accepterait-il de devenir minoritaire chez Bull, par suite de l’entrée d’autres constructeurs nationaux ou européens ?

- enfin, quel schéma Bull propose-t-elle pour l’avenir de l’informatique nationale, et quelles sont ses motivations propres ?

Un conseiller technique insiste pour que J.P. Brulé voit à son retour son directeur. L’entrevue a lieu en juin et le directeur de cabinet y prend une position plus dure, se demandant notamment comment Bull pourrait s’associer à Unidata et posant en préambule qu’Honeywell devait devenir minoritaire.

9 juin 1973: article paru dans Le Monde (signé Nicolas Vichney).

L'industrie européenne prend forme
La C.I.I., Siemens et Philips s'apprêtent à signer un accord pour produire en commun des ordinateurs.

Les négociations entreprises par la Compagnie Internationale pour l'Informatique (C.I.I.), Siemens et Philips pour constituer en commun une industrie européenne des ordinateurs sont sur le point d'aboutir, après bien des difficultés… Un accord définitif entre les trois firmes ne saurait cependant être annoncé avant le début de juillet. La longueur de ces négociations tient pour une bonne part au désir des trois partenaires d'étudier dans tous leurs détails les modalités de leur future coopération. Mais d'autres facteurs sont intervenus, par exemple des divergences de vues au sein des entreprises ou entre leurs actionnaires.

Lorsqu'elles envisagèrent de mettre en commun leur production et leur vente d'ordinateurs, la CII et Siemens eurent pour objectif d'établir un catalogue commun et de fusionner leurs réseaux commerciaux. Les difficultés purent donc être surmontées sans trop de mal. Il n'en fut pas de même pour l'introduction d'un troisième partenaire, Philips.

En effet, les situations de la CII et de Siemens présentaient quelques analogies : toutes deux disposaient pour leur production d'ordinateurs d'une assise nationale assez solide. En revanche, leur implantation à l'étranger n'était pas satisfaisante. Enfin, elles bénéficiaient du soutien de leurs gouvernements respectifs. La position de Philips était toute différente : la firme hollandaise ne disposait pas, dans son propre pays, d'une audience particulière, mais la puissance de son réseau à l'étranger n'était plus à démontrer.

Neuf machines différentes

L'accord " technique " a été relativement facile. La CII et Siemens étaient déjà convenus de se partager la réalisation des cinq ordinateurs de la future gamme qu’ils se proposaient de construire et de vendre en commun ; Philips s’orientant plutôt vers des machines " de bas de gamme " – des petits ordinateurs – il trouva sa place sans trop de mal. Il est acquis que les trois partenaires proposeraient à la clientèle neuf machines. La gamme proprement dite en comprendrait six : dans l’ordre des puissance croissantes, X 0 (Philips), X 1 (Siemens), X 2 (CII), X 3 (Siemens), X 4 et X 5 (CII). S’y ajouteraient, réalisés par Philips, l’équivalent d’un système 3 d’IBM et deux ordinateurs de bureau.

Le choix de la date à laquelle ces divers ordinateurs seraient mis sur le marché a été plus difficile. La divergence tenait à l’âge des matériels dont les trois firmes disposent actuellement. La série Iris de la CII étant relativement nouvelle, la firme française désirait en prolonger la vie, et, donc, retarder le moment où la nouvelle gamme ferait son apparition. La situation des Allemands était toute différente : leur série 4004 date et ils se montraient désireux de la remplacer rapidement. Même préoccupation de la part des Hollandais dont les ordinateurs de la série P 1000 n’avaient réussi, en dépit de leur mérite, qu’à faire une bien discrète apparition sur le marché.

La négociation sur la mise en place d’un réseau commercial commun fut autrement laborieuse. Il fallait, en effet, définir la part que chacun détiendrait dans les firmes qui auraient, dans chaque pays, à commercialiser les matériels. L’accord CII – Siemens stipulait que chacun des deux partenaires prendrait en main, avec une participation majoritaire, l’organisation de vente dans son propre pays. Le cas des autres pays se discuterait en fonction de l’importance respective de l’implantation des deux partenaires. Une telle formule devenait pratiquement inapplicable avec un troisième partenaire bénéficiant partout d’une forte assise commerciale.

On s’est donc orienté vers la recherche d‘une solution d’ensemble. Diverses formules ont été examinées. Celles qui furent plus particulièrement étudiées conduisent à des structures originales visant à préserver les apports de chacun des partenaires et à harmoniser leurs activités techniques et commerciales.

L’accord n’a pu se faire qu’après bien des discussions. Certaines des difficultés résultaient du désir de Philips de conserver à ses filiales à l’étranger des situations particulières. D’autres ont été posées par le partenaire allemand, qui a été l’objet de certaines propositions d’un groupe américain, celui-là même qui a repris une partie des activités de la firme RCA, dont Siemens avait la licence. Quelque désireux qu’ils aient été d’aboutir rapidement, les représentants de la grande firme de Munich eurent donc, et parfois inopinément, à infléchir leur attitude.

Une affaire de téléphone

La CII aussi a posé des problèmes. Là, des divergences de vues ont été cette fois le fait des deux principaux actionnaires du holding, la FININFOR dont elle relève.

Le groupe Thomson et la CGE avaient réparti leurs zones d’influence respective : au premier, par exemple, le leadership en matière d’ordinateurs, au second la direction des opérations pour tout ce qui concerne le téléphone… Mais la CGE craint que le groupe Thomson ne s’intéresse maintenant au téléphone.

Or la CII se trouve directement mêlée à certains aspects des développements à venir de l’industrie téléphonique française. Car elle fabrique un calculateur spécialisé qui est la pièce maîtresse du nouveau système de commutation électronique dans lequel la CGE met ses espoirs. Puisque la CII tend à se rapprocher d’autres firmes, puisque ces autres firmes, Siemens notamment, s’intéressent au téléphone, ne faudrait-il pas craindre que le calculateur spécialisé ne franchisse les frontières pour se retourner ensuite contre celui qui en avait passé la commande le premier ?

D’autres facteurs ont encore joué un rôle du côté français : récemment, le groupe Honeywell-Bull avait fait savoir qu’il était intéressé par l’idée de jouer les fédérateurs et de regrouper les divers constructeurs européens d’ordinateurs. Cette démarche n’avait de chance d’aboutir qu’avant la conclusion d’un accord entre la CII, Siemens et Philips. Il aurait été étonnant, dans ces conditions, que l’initiative du groupe Honeywell-Bull ne trouve pas un soutien chez ceux qui pouvaient, pour d’autres raisons, redouter le rapprochement franco-germano-hollandais. Mais les conversations entre les trois firmes étaient déjà trop avancées pour que l’on puisse envisager de faire machine arrière et, à Paris, l’idée de la coopération européenne était suffisamment ancrée dans les esprits pour l’emporter.

26 juin 1973 : réunion chez Jean Charbonnel, nouveau ministre de l’Industrie.

Michel Barré accompagne Paul Richard pour présenter à Jean Charbonnel l’accord Unidata en passe de signature.

Le président de Thomson précise à cette occasion que la CGE faisait des réserves sur cet accord. Jean Charbonnel approuve oralement l’accord qui lui est présenté, il ne fait aucune réserve et en autorise la signature.

 

26 juin 1973: réunion du conseil de Fininfor.

Ce conseil est orageux. La CGE enregistre la position du ministre de l’Industrie et ajoute : " le gouvernement a son opinion ; mais nous, nous sommes une société à capitaux privés. Aussi tenons-nous à déclarer que nous sommes opposés au schéma. Libre à Thomson, qui est majoritaire au sein de Fininfor, de penser différemment ".

Déclaration faite par M. Barré au Conseil FININFOR du 26 juin 1973.

Le texte de l'accord tripartite et documents associés qui a été négocié par la CII tient compte des intérêts des Sociétés-Mères de la manière suivante :

1. Le texte de l'accord ne mentionne en aucun point les Maisons-Mères de la CII, leur laissant ainsi, du fait qu'elles ne sont pas signataires de l'accord, leur entière liberté d'action dans le cadre de la Convention Plan Calcul qui les unit.

2. L'annexe I définit le domaine informatique de l'accord sous son aspect technique et sous son aspect commer-
cial :

- Sous son aspect technique, elle précise qu'il concerne la ligne de produits commune lorsqu'ils sont utilisés dans les applications de gestion et/ou de calcul scientifique.

Tous les ordinateurs universels utilisés à d'autres fins sont donc exclus de l'accord, ce qui réserve en particulier les machines destinées aux automatismes.

Ce domaine technique définit la ligne de produits commune dont l'usage par les partenaires sera exclusif ; cette ligne comporte un catalogue d'ordinateurs et de périphériques lourds spécifiquement désignés ; il est indiqué que les ordinateurs de cette ligne commune n'entrent dans le domaine technique qu'au titre de leur fonction principale, c'est-à-dire dans le cadre de systèmes de gestion autonomes.

Cette réserve indique clairement que l'utilisation des plus petits de ces ordinateurs comme terminaux n'est pas considérée comme incluse dans la ligne commune de produits.

Il est enfin mentionné que le domaine technique informatique ne couvre ni les machines à calculer, ni les calculateurs hybrides et analogiques, ni les composants, ni les sous-ensembles, ni les produits informatiques spécialisés. L'énumération est complète et protège sans ambiguïté les intérêts des Sociétés-Mères dans l'usage des ordinateurs à des fins extérieures à la gestion et au calcul scientifique.

– Sous son aspect commercial, elle précise que le domaine comporte d'abord les produits du domaine technique (catalogue de vente de base), auquel viennent s'ajouter des produits extérieurs pour lesquels n'existe aucune obligation d'emploi.

Les trois partenaires restent donc libres d'employer pour ces produits de péri-informatique, qui comportent

3. L'annexe IV est réservée à l'échange de licences de brevets et d'informations techniques. Cette annexe, constitue un accord en lui-même et il est dûment précisé en son début que le terme accord utilisé dans cette annexe s'attache uniquement, sauf mention particulière, à l'annexe IV elle-même.

Cette annexe mentionne les Maisons-Mères de la CII qui se trouvent donc engagées de ce fait dans des dispositions limitées à l'utilisation de leurs brevets ou de leur savoir-faire par l'Association.

4. La lettre d'accompagnement jointe à l'accord prévoit que l'Association recherchera là mise au point d'une politique commune dans le domaine des produits et systèmes extérieurs au domaine technique informatique au cours de groupes de travail où seront invités les Maisons-Mères de la CII.

Cette disposition donne donc aux Compagnies-Mères la garantie qu'une politique commune dans le domaine des terminaux ne pourra être mise au point en dehors d'elles.

CONCLUSIONS

Dans l'état actuel des choses, si l'on excepte l'annexe IV réservée aux problèmes de licences de brevets et de savoir-faire, l'accord tripartite laisse aux Maisons-Mères de la CII une totale liberté d'action dans le cadre de la Convention Plan Calcul.

La mise au point ultérieure d'une politique commune à l'Association, en matière de péri-informatique, ne pourra intervenir qu'avec leur participation.

Les décisions de l’Association devant être prises à l'unanimité, les intérêts d'une des Maisons-Mères ne pourraient donc être contrariés qu'au cas où les participants français ne tomberaient pas d'accord sur une position commune.

28 juin 1973 : conférence de presse annonçant la création du Club de la Péri-Informatique française.

Au cours de cette conférence, Maurice Allègre, délégué à l’Informatique, en réponse à un journaliste, déclare qu’il n’y a aucune raison de supposer que la péri-informatique française puisse subir une concurrence déloyale de la part de l’accord en préparation CII, Philips, Siemens.

- Un nouveau président au cercle des utilisateurs

M. Jean-Paul Gravot, directeur adjoint à EDF-GDF, chef du service de traitement de l’information, a été élu président du Cercle des Utilisateurs de la CII. Il succède à M. Raymond Moch qui devient président d’honneur du Cercle des Utilisateurs.

 

M. Gaudfernau représente la CII au SFIB et à la COTTI

M. Gaudfernau a été nommé vice-président du SFIB, Syndicat national des fabricants d’ensembles d’informatique et de bureau. Il était déjà président de la COTTI (Commission du traitement et de la transmission d’information). La COTTI est une commission intersyndicale qui fonctionne au profit du SFIB et du SPER (Syndicat des industries de matériel professionnel électronique et radioélectrique). L’activité de ces deux syndicats porte sur l’économie des différents secteurs professionnels, l’orientation des marchés, la politique des prix, les relations avec la COPEP (Commission permanente de l’électronique au Plan), etc. La COTTI a notamment pour mission de procéder aux études de définition de nomenclature ainsi qu’aux analyses statistiques et prévisionnelles des marchés intéressant la profession. Elle effectue chaque année une enquête officielle sur la situation du parc d’ordinateurs au 1er janvier et les perspectives d’évolution du marché.

2 juillet 1973 : communication de M. Michel Barré, PDG de la CII, aux cadres supérieurs.

Nous donnons ci-après de larges extraits de cette communication :

Bonjour Mesdames, Bonjour Messieurs.

Après dix-sept mois de négociations, nous touchons au but : nous sommes arrivés à un accord satisfaisant avec nos confrères étrangers Siemens et Philips ; et la signature de l'accord qui est attendue par tout le monde, et par la presse en particulier, est maintenant imminente. Je suis venu vous parler de cet accord, vous l'expliquer et vous en montrer les mécanismes.

Tout d'abord je voudrais vous rappeler que la CII est née dans le cadre d'un Plan Calcul signé en avril 1967, renouvelé en 1971, repartant d'ailleurs du 1er janvier 1970.

Le premier objectif du Plan Calcul était évidemment de créer en France une industrie française de l'informatique, qui soit sous contrôle français et qui donne au pays, au gouvernement, la garantie qu'il resterait sur son sol une activité complète et homogène.

Ce Plan Calcul nous fixait la mission de réaliser un catalogue complet d'informatique moyenne et grande, et nous imposait un chiffre d'affaires croissant avec les années dans une proportion annuelle que certains ministres avaient d'ailleurs trouvée un peu juste, et que nous avons toujours eu tendance à trouver assez difficile à suivre.

Jusqu'à présent ces conditions ont été tenues. La CII existe, c'est une société française, toutes ses activités cohérentes sont sur le territoire français, elle a un catalogue complet conforme à ce qui avait été demandé, et le chiffre d'affaires a suivi avec une grande précision le chiffre d'affaires qui était prévu à la convention.

Un dernier point de cette convention plan calcul est à retenir : il avait été prévu dès 1970 que la Direction Générale de la CII devait s'efforcer d'insérer celle-ci dans une alliance internationale destinée à consolider sa position, en particulier hors du marché français. Pourquoi cette clause, qui en 1970, quand elle a été négociée, n'était peut-être pas encore dans l'esprit de beaucoup de gens, au gouvernement et ailleurs ? Parce qu'il était déjà sensible qu'une CII construite strictement sur un modèle national, ne s'appuyant sur rien d'autre comme base de départ que le pays, risquait fort de ne pas atteindre le niveau mondial d'une grande entreprise d'informatique.

[…] Par conséquent, une alliance internationale permettant d'élargir le marché était absolument indispensable et était déjà perceptible il y a plusieurs années. Il faut ajouter, en plus, que les caractéristiques de notre métier vont dans le même sens : d’une génération à l'autre, nous constatons que les études, les développements, les outillages sont de plus en plus chers, alors que la fabrication est de plus en plus modeste. Par conséquent, le prix de revient final de nos produits est d’autant plus élevé que nos séries sont courtes, puisqu'il s'agit d'amortir des dépenses de préparation sur la sur la production. On a beau faire des efforts de productivité, redoubler sur la production, on a tout de même peu de chances d'arriver à compenser l'augmentation des dépenses qu'on peut qualifier de préparatoires. Vous voyez que tout conspire a ce que les gros soient favorisés par rapport aux petits.

Et faire croître la CII dans cette ambiance à partir de zéro était une chose difficile. Ce n'est pas encore une chose plus facile aujourd'hui que ce l'était il y a quelques années. Si on ne faisait rien, si on ne cherchait pas une solution sous forme d'un accord international, il faut le dire franchement, nous serions partis pour vivre avec un plan calcul pour toujours.

[…] Nous avons donc, dès la signature de la convention en juillet 1971, cherché des partenaires possibles. Il y en avait en Europe, aux Etats-Unis, au Japon. Nous avons fait le tour.

En Europe, on peut énumérer ICL, Siemens, Philips, Nixdorf, Telefunken, etc.

- Nixdorf a été éliminé tout de suite car il ne travaille pas dans le domaine de l'informatique moyenne et grande. C'était là ou se trouvait le grave problème que nous avions; par conséquent il a été écarté.

– Telefunken : des contacts ont été pris avec Telefunken qui travaille surtout dans le domaine des gros ordinateurs temps réel, process, calculs scientifiques... Aucun réseau de vente international, ce n'était pas non plus un partenaire qui vraiment nous apportait ce que nous cherchions.

- Les trois qui apportaient quelque chose étaient : ICL, Siemens, et Philips.

Aux États-Unis, des contacts ont été pris avec pas mal d'entreprises :

- La première à laquelle nous avons pensé est XDS. La CII est née d'une licence avec SDS ; il y avait donc en ce cas un patrimoine commun avec eux. Vous savez que les affaires de SDS étaient devenues très mauvaises et la société qui était une grosse société par rapport à la CII il y a cinq-six ans est devenue une petite société par rapport à nous, et elle n’était pas de nature à nous aider beaucoup ; de plus, c'est une société qui ne travaillait pas dans le domaine de la gestion, et qui ne nous apportait rien en matière de clientèle. Aujourd'hui, vous savez que SDS. a été absorbé par Xerox ; il est possible que nous fassions quelque chose ensemble, mais ce n'est pas dans le cadre de ce que je vais vous indiquer, à savoir une répartition des tâches et de l'action commerciale.

- Nous avons examiné également la possibilité de travailler avec Univac. Cela n'a pas été très loin ; la forme envisagée était une forme assez lâche, assez vague, essentiellement une collaboration de software. Nous avons interrompu.

- On ne peut pas ne pas mentionner Honeywell-Bull : il y a eu des contacts avec Honeywell-Bull également, au cours de l’année 1970, au moment où Honeywell a pris le contrôle de Bull. On a cherché à ce moment-là à réaliser une opération de fusion CII-Bull, avec une société américaine peut-être, mais à majorité française. Malheureusement, c'est une proposition dont les Américains n'ont pas voulu entendre parler. Et même si des déclarations sont faites qui font penser qu'on aurait pu l'envisager, nous dirons que nous étions d'accord, mais qu'il faut être deux pour un accord, et ce n'est pas à cause de nous qu'un rapprochement n'a pu avoir lieu. Donc, devant ce non, on a bien été obligé d'aller chercher ailleurs.

- Nous avons pensé également à Control Data, et nous avons essayé de faire quelque chose avec Control Data. J'y reviendrai tout-à-l'heure.

Du côté du Japon, des contacts ont été pris, vous le savez, avec Fujitsu et Hitachi, mais cela demandait un très long délai, il y a tellement de problème à régler chacun de notre côté, dans nos hémisphères respectifs. Une coopération interviendra peut-être, mais quand nous aurons mis de l'ordre dans nos maisons, en France d'un côté, et au Japon de l'autre.

Comme je vous l'ai dit c'est avec Control Data Corporation qu'une coopération nous a paru plus facile peut-être à mettre en route, parce que nous étions de gros clients de Control Data et parce que le Président de Control Data est extrêmement désireux d'avoir une politique internationale en Europe et une coopération qui ne soit pas purement commerciale.

Comme les Anglais étaient eux aussi en liaison étroite avec Control Data, nous avons créé en novembre 1970 Multinational Data, société d’études chargée de développer la coopération entre les trois partenaires, l'Américain, l'Anglais et le Français, ce qui était satisfaisant du point de vue européen car l'addition d'ICL et de CII faisait que le partenaire américain n'avait pas une puissance écrasante dans l'association. Malheureusement, Multinational Data n'a pas été très loin, comme vous le savez : il n'a pas été très loin essentiellement parce que nos amis anglais d'ICL étaient très avancés dans leurs études, absolument convaincus qu'ils détenaient la vérité, que les autres n'étaient que des enfants et qu'il n'y avait qu'une bonne solution, celle de nous aligner purement et simplement sur leurs conceptions. Même en faisant preuve de beaucoup d'humilité, il était impossible que la CII tire un trait sur sa clientèle, clientèle qui avait pris le risque de s'équiper en matériel CII au moment de la naissance de la société. […] C’était un risque que nous ne voulions pas prendre, et finalement nous n’avons pas été beaucoup plus loin dans les négociations avec les Anglais.

C'est alors que RCA a fait la culbute que vous savez et que Siemens avec qui nous avions eu des contacts mais qui était très contents de sa combinaison avec RCA, s'est brusquement trouvé isolé et très inquiet, puisqu'ayant construit une force commerciale importante, ils avaient tablé, sur le plan technique, entièrement sur l'accès au matériel RCA. Plus de RCA, ils étaient dans la nécessité de trouver une solution de remplacement au plus vite. Et ce sont les gens de Siemens qui, en août 1971, sont venus nous demander si nous voulions faire quelque chose ensemble. Cela tombait bien : depuis un mois, nous ne savions plus comment sortir de ces négociations avec ICL. Nous avons donc travaillé avec Siemens depuis le mois d'août jusqu'à janvier 1972, et en janvier nous avons pu signer un premier accord que je vous ai exposé, qui était un accord relativement facile à faire et qu'on peut résumer de la façon suivante : nous, en France, nous nous occuperons des affaires communes, vous, en Allemagne, ferez de même, et, dans le reste du monde, nous mettrons notre action commerciale en commun. C'est aussi simple que cela. Sur le plan technique, nous sortirons un catalogue commun de produits dans lequel il n'y aura plus de duplication ; ce catalogue devra être à la fois compatible avec nos matériels actuels et, évidemment, compatible en lui-même.

Dans les derniers jours des négociations, en décembre 1971, Philips, tenu depuis longtemps au courant régulièrement de nos efforts, s'est brusquement réveillé et a dit . "J'ai bien réfléchi, je veux marcher avec vous maintenant." On a examiné l'intérêt que pouvait représenter la candidature Philips et nous avons considéré, Siemens et nous, que cet intérêt était grand. Il était grand d'abord parce que Philips avait fait des efforts, constitué des équipes valables dans le domaine technique et, par conséquent, si Philips ne se joignait pas à nous, il y avait des chances de voir Philips s'associer avec un autre confrère, ICL par exemple, et par conséquent de le voir constituer un groupe européen concurrent.

[…] Et c'est ainsi que nous avons repris en février 1972 les négociations avec Philips. Ces négociations devaient être plus difficiles, pour beaucoup de raisons – je crois que je vous les ai. déjà énumérées. Philips n'a pas de Plan Calcul, d'abord, ce qui fait qu'il n'a pas de liens avec son gouvernement de même nature que ceux que nous pouvons avoir, ou que les Allemands peuvent avoir. Il n'a pas de territoire national, c'est très important aussi : la Hollande est un petit pays et, par conséquent, pour Philips, la Hollande est un pays comme les autres. Et le poids commercial de Philips n'est pas du tout centré sur son pays national, alors que pour Siemens et pour nous, le plus clair de notre marché c'est quand même notre marché national. Il y avait donc une conception de l'organisation qui ne pouvait pas être la même. Enfin, on introduisait les petits calculateurs de bureau, et, la aussi, cela posait un certain nombre de problèmes.

C'est la raison pour laquelle les négociations ont été longues : il a fallu 17 mois pour y arriver, d'autant plus qu'il y a entre le moment où nous signerons cet accord et le moment où il sera cent pour cent appliqué une période transitoire qu'il est très difficile de mettre au point car les matériels n'ont pas le même âge, les conceptions des sociétés en matière d'organisation ne sont pas les mêmes. Il y a d'inévitables problèmes sociaux qui se posent, et tout cela doit être regardé.

 

Quelles sont maintenant les conditions de l'accord ? Comme je vous l'ai dit, les conditions de départ indiquées tout-à-l'heure ont été et sont strictement respectées.

D'abord, le maintien de la personnalité française pour nous ; c'est une chose certaine. Il s'agit d'une association, il ne s'agit pas d'une fusion, chacun des partenaires reste juridiquement isolé et responsable de ses affaires. C'est une association.

En plus, cette association, s'engage à maintenir sur le territoire de chacun des activités cohérentes ; autrement dit, cette association ne doit pas aboutir à ce qu'en France on ne fasse plus que des imprimantes, ou que des disques par exemple. Il s'agit d'avoir une activité cohérente, au moins pour les éléments principaux des systèmes informatiques.

Cet accord prévoit, bien entendu, la compatibilité du nouveau catalogue, quand celui-ci sortira. On passera d'une machine à la suivante, sans avoir à récrire des programmes. Il s'agit d'un catalogue entièrement compatible. Cette compatibilité est également assurée avec les machines précédentes des constructeurs. En ce qui nous concerne, les futures machines reprendront les programmes des machines IRIS, sans modification.

Cet accord prévoit un catalogue commun unique, sans duplication, et il prévoit effectivement un commerce unifié dans lequel il n'y a plus de concurrence entre les trois partenaires dans aucun pays.

[…] Seul. changement important pour nous, il y aura un nouvel interface périphérique commun qui interviendra ultérieurement, ce qui ne nous gênera pas pour transférer des programmes mais peut nous amener à gérer pendant un certain temps des parcs de périphériques avec des caractéristiques légèrement différentes.

Sans entrer dans le détail, nous dirons qu'il y a un programme de software considérable, que des modèles de SIRIS 2,3 et SIRIS 7,8 modifiés interviendront ; ils s’appelleront SIRIS 2 X, SIRIS 3 X, SIRIS 7 X, etc. Ces produits-là seront tels qu'on prendra les programmes écrits par exemple en SIRIS 2, marchant sur SIRIS 2, mais qu'ils seront adaptés au nouvel interface périphérique. Ultérieurement, il est prévu la sortie d'un nouveau système d'exploitation, qui sera alors un système d'exploitation unique, capable de reprendre les programmes de toutes les familles de produits.

Le catalogue lui-même comportera neuf machines ; ce chiffre, en principe, n'est pas officiel, ne sera pas annoncé dans la presse . Mais il y a eu une fuite, déjà, ce qui fait que ce chiffre est connu. Il y aura neuf machines ; sur ces neuf machines, il y a deux machines de bureau dans le bas de la gamme; puis un petit système dans le genre du système 3 d’IBM, puis six machines d'informatique moyenne qui seront entièrement compatibles.

Les machines de bureau et le petit système 3 relèveront de la compétence de Philips en matière de fabrication. Quant aux machines compatibles, les deux plus grosses machines incomberont à la CII, celle qui est juste en dessous à Siemens, celle qui est en dessous encore à CII, puis Siemens, puis Philips. Voilà la répartition des tâches. Nous aurons donc, dans cette gamme, à sortir trois machines. Trois sur neuf, c'est un pourcentage parfaitement équitable, mais, en réalité, comme vous pouvez le voir, c'est un pourcentage essentiellement avec des grosses machines et nous avons donc une tâche lourde. Il était assez normal que ce soit nous qui assumions cette tâche, puisque avec l’IRIS 80 c'est nous qui avons la plus grosse machine de l'association aujourd'hui, et, par conséquent, nous serons amenés, dans l'avenir, à utiliser l'expérience que nous avons de cette grosse machine et aussi à avoir de plus grands impacts sur la clientèle correspondante.

A côté de ce catalogue de neuf machines, unités centrales, il y a d'abord des périphériques lourds : bandes, disques, imprimantes, matériels de cartes, pour lesquels des dispositions identiques seront prises.

[…] En ce qui concerne ces périphériques lourds et les neuf machines du catalogue, il s'agit d'un catalogue de vente de base, c'est-à-dire d'un catalogue exclusif. Les trois partenaires, lorsqu'ils auront à utiliser des machines et des périphériques lourds, seront tenus d'utiliser ce catalogue, et seulement ce catalogue de base.

[…] Par contre, à côté de ces unités centrales et des périphériques lourds ,il y a beaucoup de matériel d'informatique qu'on appelle maintenant – c'est le nom à la mode – la péri-informatique, et qui touche les terminaux légers, les terminaux lourds, qui touche le matériel de transmission de données, les visualisations etc. Pour ces produits-là il n'y a pas de règle d'exclusivité. C'est un point important, car c'est un sujet qui a fait naître, et fait naître encore aujourd'hui, un certain nombre d'inquiétudes chez nos confrères français. Je le dis avec beaucoup d'honnêteté, chacun des partenaires reste libre d'utiliser les produits de péri-informatique qu'il désire, pour la réalisation de ses systèmes. […] Et ceci nous laisse en particulier une totale liberté d'utiliser nos Mitra 15 ; nous avons bien entendu l'intention de nous en servir.

Il s'agit d'un point important, comme je vous le disais, parce que les industriels français qui travaillent dans le domaine de la péri-informatique, quand ils ont su que Philips participait à l’accord, on ont tout de suite craint que la CII, avec l'appui du Plan Calcul, ne se tourne dorénavant rigoureusement que vers Philips pour tous les produits de péri-informatique, ou que l'association se fixe une règle d'utilisation exclusive de ses produits. Sur ce point, je vous le dis avec beaucoup d'honnêteté, ces craintes ne sont pas fondées. Il est prévu, bien entendu, que dans l'avenir nous chercherons à avoir une politique concertée, mais ces concertations interviendront plus tard, et dans les négociations correspondantes, nous serons amenés (je suis tranquille, le gouvernement y veillera) à sauvegarder les intérêts des petits industriels (ils ne sont pas tous petits, disons les industriels de la péri-informatique). C'est un point important.

Les dates d'annonce ont été fixées. Je ne vous les donnerai pas, évidemment, mais je vous dirai que ces dates d'annonce ne sont pas extrêmement lointaines.

[…] Il est bon de dire à cette occasion que, dès maintenant, nous commencerons à penser à la ligne d'après. Cette ligne de produits est homogène sur le plan du software, comme je vous l'ai dit, homogène sur le plan de la carrosserie, de la peinture de la marque, mais pas homogène sur le plan de la. technologie ; car chacun continuera à utiliser les études qu'il avait en cours pour les adapter au catalogue commun. Évidemment, on n'est pas reparti à zéro, par conséquent, les matériels ont des technologies différentes. Par contre, pour la, ligne d'après, celle qui sortira à la fin de la présente décennie, nous chercherons à avoir un catalogue construit a partir de technologies semblables. Dès à présent les technologues des trois compagnies, ainsi que les spécialistes des composants français, allemands et hollandais, ont pris contact et cherchent à prendre, si vous voulez, des lignes communes.

Il est entendu que les recherches et les technologies sont mises en commun, en particulier il y a un pool de brevets qui est constitué, et qui fait que nous pourrons utiliser librement dans nos machines les brevets de Philips et Siemens, et inversement. Cette licence étant évidemment exclusive et non transférable, c'est-à-dire que nous n'aurons pas le droit de passer une licence à quelqu'un d'autre d'un brevet de Siemens que nous utiliserons et inversement également. Cela parait évident.

Je vous ai rapidement parlé du problème de la compatibilité, du problème du catalogue. Je veux dire deux mots de la question de l’action commerciale.

Comme je vous l'ai dit, le principe c'est un seul organe de vente par pays, sauf cas particuliers. […] Quand l'organisation sera en place, il existera en France une société de vente chargée de vendre la moyenne et grande informatique et une société de vente chargée de la vente de l'informatique de bureau. Même chose en Allemagne ; en Hollande, par contre, aucune difficulté ne se présente et une société unique sera chargée de vendre les deux.

[…] Mais, en dehors de ces cas particuliers, la règle est très simple : tous les moyens commerciaux à l'étranger doivent être mis en commun dans une holding financière commune, de telle sorte que le réseau commercial international apparaisse non pas comme plutôt Siemens ou plutôt Philips, ou plutôt CII ; il apparaîtra commun. Il appartiendra à une holding. Cette holding commune aura en outre 20 % du capital des sociétés de vente en Allemagne, en Hollande et en France, pour marquer la communauté de politique des trois partenaires, et chacun des trois partenaires conservera, dans ces trois pays, sa responsabilité […].

J'en arrive à la question de l'organisation du commandement. En ce qui concerne le commandement, l'autorité suprême de l'association sera assurée par le conseil de l'association, qui rassemblera neuf personnes comprenant le Président de Siemens lui-même avec deux adjoints, le Président de Philips et deux de ses adjoints, et, en France, le Président de la CII – mais il est probable que l'un des adjoints sera peut-être représenté par le président du groupe Thomson, bien que ceci ne soit pas certain. Nous serons donc trois fois trois.

Ce conseil de l'association se réunira très peu souvent, probablement trois fois par an, peut-être, pour traiter des problèmes généraux de politique de l'association et pour trancher les litiges ou les questions de fond qui n'auraient pas pu trouver un règlement dans l'exécutif de l'association, dont nous allons parler après. Je précise que les décisions du conseil de l'association doivent être prises à l'unanimité, c'est un point très important, et il est également prévu dans l'accord, que tous les membres s'engagent, au cas où l'unanimité ne se ferait pas, à ne prendre aucune disposition qui serait contraire aux intérêts vitaux de l'un de ses deux partenaires. On ne peut pas aller plus loin : cela aboutirait à fusionner les sociétés. On ne fusionne pas, on a une association des trois parties ; on dit : " Vous travaillerez à l'unanimité, et si vous n'arrivez pas à l'unanimité, vous ferez ce que vous pourrez, mais vous n'aurez pas le droit de faire des choses qui seront considérées par autrui comme une atteinte à ses intérêts vitaux ".

Ceci est donc l'autorité suprême de l'association. Mais cette autorité suprême ne sera pas celle qui fera effectivement marcher les affaires. Nous nous sommes trouvés devant une difficulté politique stupide, mais l'Europe n'étant pas faite, il n'y a pas moyen de faire autrement. L'idéal aurait été de créer une société européenne et de lui, confier la responsabilité de la conduite de l'association. Mais où mettre cette société européenne ? La mettre en Allemagne, en France et en Hollande, c'était tout de suite donner au public une idée fausse, lui laisser entendre que cela devrait se terminer un jour par l'absorption ou des choses comme celle-là. Il fallait éviter de colorer cette société de commandement avec l'un ou l'autre des participants. […] Il a donc été décidé, en fait, non pas d'avoir une société mais d'en avoir trois identiques, une à Munich, une à Paris, une à Eindhoven. Ces trois sociétés sont en réalité une société unique, car elles ont les mêmes trois directeurs généraux : chacune de ces sociétés a trois directeurs généraux, et ce sont les mêmes dans chacune des sociétés. Ces trois directeurs généraux seront les trois directeurs généraux des trois entreprises, de telle sorte qu'il soit visé à la fois la responsabilité du sort de l'association et, en même temps, la responsabilité de la gestion de leur entreprise nationale. Pour la France, c'est Monsieur GEST qui sera le Directeur Général de ces trois sociétés ; ses partenaires seront, je crois, Monsieur OHMAN pour l'Allemagne et Monsieur EGNELL pour la Hollande. […] Dans chacune de ces trois sociétés, qui, comme je vous l'ai. dit, sont en fait la même société éclatée en trois points, on trouve quatre activités qui sont représentées dans chacune des trois sociétés. Ces quatre activités sont :

- une activité commerciale,

- une activité financière,

- une activité plans et programmes techniques et industriels,

- une activité contrôle de gestion.

 

[…] Mais il est bien évident qu'il est tout de même nécessaire d'avoir des états-majors permanents. Chacune de ces sociétés, sans pour autant avoir la responsabilité d'une nature d'activité, sera. le centre de gravité et rassemblera, préparera les décisions, fera les analyses, les enquêtes, distribuera les décisions qui auront été prises par l'association. C'est ainsi que les répartitions ont été faites : les Allemands, à Munich, seront détenteurs du centre de gravité commercial ; nous serons détenteurs ici de deux centres de gravité, celui des plans et programmes techniques et industriels et celui du contrôle de gestion ; les Hollandais, eux, auront le centre de gravité des questions financières.

 

[…] J'ai oublié de vous dire, et je pense que vous le savez tous, que le nom générique sous lequel se développera l'association est UNIDATA. Nous avons consacré un grand nombre d'heures à chercher un nom. Tous les noms sont déposés partout, et pour réussir à avoir UNIDATA, l'association a été obligée d'indemniser un nombre incroyable de sociétés au Canada, en Suisse, en Italie, en France, en Belgique, etc. Cela nous a coûté déjà assez cher. D'autres noms que nous avions trouvés nous auraient coûté encore beaucoup plus cher, probablement. Et ce n'était pas très facile à trouver, parce qu'il fallait un nom qui se prononce de la même façon, à peu près, dans toutes les langues et qui corresponde à des mots utilisés couramment partout. Ce qui est le cas d'UNIDATA qui est un nom latin.

Voilà l'organisation. En bref : vous avez, pour le commandement, un conseil suprême d'association, qui se réunira deux-trois fois par an pour les grands arbitrages et décider des grandes lignes politiques. Vous avez un trio de directeurs généraux qui se déplacera continuellement entre la France, la Hollande et l'Allemagne dans le cadre de sociétés communes qu'on appellera les Sociétés UNIDATA Management, qui seront dans les trois pays, et où ils auront à étudier les questions de détail et à prendre les décisions concernant la politique commune ; ils devront les prendre à l'unanimité. Ils seront aidés pour cela par un état-major qui existera dans chacune des sociétés, état-major qui, dans chacune de ces sociétés, est plus particulièrement chargé de traiter un certain nombre de problèmes : la finance en Hollande, le commerce en Allemagne, les plans et programmes et le contrôle de gestion en France. A côté de cela, des sociétés-mères, CII, Philips, Siemens qui conservent la totalité de leurs activités techniques et industrielles et qui, donneront naissance, un jour, en France, en Allemagne et en Hollande à des sociétés filiales qui commercialiseront des produits communs et dont elles conserveront la majorité de 80 %. Puis, dans les autres pays, les sociétés filiales appartiendront à cent pour cent à une holding commune qui sera une société tirelire. Voilà à peu près comment se résume le schéma.

 

[…] Je voudrais dire quelques mots de la période transitoire : la période transitoire est une période difficile, comme je vous l'ai dit. Elle est difficile parce que les trois sociétés n'ont ni les mêmes habitudes, ni le même catalogue. Mais les objectifs techniques fixés sont très difficiles à tenir et nous allons dépenser beaucoup d'argent pour arriver à le faire, ce qui est très ennuyeux. Et nous avons déposé, il y a déjà un certain temps, auprès de nos maisons-mères et auprès du gouvernement un livre blanc, en disant : " Voilà vers quoi nous allons ; voilà, ce que cela devrait représenter ", étant entendu que nul ne sait, à un centime près, ce que cela va représenter, mais il était bon d'avoir un ordre de grandeur des efforts qui sont à faire. Bien entendu, je n'ai pas de réponse aujourd'hui, car cela va représenter six mois de négociations (et je suis optimiste !) très âpres, avec le Ministère des Finances, le Crédit National, etc. Nous ne sommes pas " sortis de l'auberge " ; mais ce que je peux vous dire, c'est que le gouvernement a accueilli le plan d'une façon favorable et que la délégation à l'informatique comprend parfaitement qu'il faut avoir les moyens de ces objectifs. J'aurai l'occasion de vous en reparler, je l'espère, d'une façon favorable.

[…] Un dernier point qu'il est nécessaire de mentionner est celui qui touche les activités CII qui ne sont pas engagées dans les opérations européennes. En effet, l’accord européen ne touche que les activités de gestion ou de calcul scientifique, c'est-à-dire le domaine d’informatique générale, tandis que les activités des divisions opérationnelles (militaires, spatiales, aéronautiques, la commutation...) n'en font pas partie. Seules les affaires de gestion du domaine militaire seront rattachées à la direction commerciale, un de ces jours, puisqu'elles sont rattachées à un matériel de l'association. C'est une question qui sera mise en œuvre seulement lorsque nous aurons pu en parler à nos clients de façon à ce qu'ils soient au courant. Je pense que ce ne sera pas difficile, puisque cela paraît conforme à la logique.

[…] J'ai terminé pour la présentation de cet accord et des modalités qui y sont jointes. J'ai le sentiment. qu'après dix-sept mois de négociations c'est très clair. Je ne suis pas absolument sûr que ce soit aussi clair pour tout le monde, car ce n'est pas très facile à exprimer. J'ai essayé de le faire d'une façon logique. Je crois que nous allons voir, par la mise en œuvre, les annonces de presse, un certain nombre de questions se poser. Le mieux serait que je sois informé par le canal des directions des questions qui se posent, qui n'ont pas été vues clairement, de ce qui paraît ambigu. Et lorsqu'on aura fait un peu le regroupement de toutes ces questions, il sera possible, après les vacances, en septembre-octobre, de faire une autre réunion, où nous répondrons d'une façon plus spécifique, quitte à faire des petits dessins au tableau pour être encore plus clair.

Je conclurai en vous rappelant ce qu'était la CII il y a quatre ans, et par sa taille, et par l'opinion qu'on avait d'elle à l'extérieur. Je m'empresse de dire que, dès que je suis arrivé, je me suis aperçu très rapidement que cette opinion était relative, qu'elle était due à la malveillance générale du français moyen pour tout ce qui est une œuvre délibérément réalisée. Il y avait à la CII, en promesses, en pouvoir, en potentiel, la possibilité de faire ce qu'on nous avait demandé de faire, mais il fallait le faire et il fallait le faire savoir. Eh bien, aujourd'hui, si cet accord est signé, comme je le pense d'une façon imminente, on peut dire que c'est une manière de consécration pour la CII. Que le Président de la CII soit assis entre le Président de Philips et celui de Siemens pour signer un accord de cette importance, c'est une reconnaissance par des concurrents qui sont des monstres industriels du fait que nous valons quelque chose, que nous représentons quelque chose, et qu'il faut nous prendre an sérieux.

Cette consécration a d'abord de l'importance pour nous parce que c'est un peu une récompense du devoir accompli. Elle est aussi très importante sur le plan de l'image de marque à l'extérieur ; vous n'avez pas idée à quel point la signature de l'accord avec Siemens l'an dernier a pu changer l'attitude des interlocuteurs que je peux avoir dans les milieux industriels, dans les milieux bancaires, ou dans le gouvernement. Le seul fait qu'un groupe étranger reconnaisse que la CII vaut quelque chose a amené les gens à se dire : " Eh bien, c'est qu'alors ça vaut quelque chose ". C'est un peu triste qu'on soit obligé de compter sur l'opinion des étrangers, mais c'est tout de même ce qui est arrivé. Mais le fait que cet accord soit étendu à Philips ne fera qu'augmenter probablement l’impression que, finalement, la CII y est arrivé.

C'est ce que je voulais vous dire en terminant : elle y est arrivé grâce aux efforts de tous. Ce n'est pas du paternalisme que de dire cela. Elle y est arrivé grâce aux efforts des commerçants qui ont réussi à prendre, d'année en année, 30 % de plus de commandes, ce qui est assez formidable. Nous avons actuellement pas très loin de 20 % des livraisons neuves du marché français, alors que le principal concurrent américain, parti aux environs de 70 %, se trouve aux environs de 45 %. Ces résultats sont dus à une action commerciale soutenue et, obstinée, aux efforts de la direction des opérations clients qui a réussi. à faire fonctionner des ordinateurs dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils ne marchaient pas très bien au début, qui a réussi à les faire marcher, et qui continue, au point que, maintenant, on me téléphone pour me dire : " C'est extraordinaire, mon IRIS 45 a été monté il y a trois ans ; il a marché du premier coup ; c'est parfait. " J’ai toujours envie de dire " Pourvu que cela dure ! ... " Mais je dois reconnaître que cela a l'air de durer. C'est valable aussi pour les techniciens qui ont réussi, à partir de pas grand chose, à sortir des produits qui étaient beaucoup plus gros et plus évolués que tout ce qui avait été fait à la CII avant. C'est vrai pour les industriels qui ont réussi en 2 ans à construire une usine à partir de l'herbe à Toulouse. C'est une usine dont nos confrères reconnaissent que c'est une des meilleure, une des plus productives qu'ils aient visitées. Et puis c'est dû aussi à tous les services, toutes les directions qui entourent ces axes principaux. Et puis c'est dû, pour finir, à l'équipe de négociations et à ses dirigeants, en particulier Monsieur GAUDFERNAU, qui a vraiment déployé des prodiges d'obstination, de persuasion pour arriver à faire prévaloir les avis de la CII dans un milieu qui ne nous était certes pas hostile, mais où nous étions tout de même le petit frère.

Merci beaucoup, Mesdames et Messieurs.

3 juillet 1973: réunion du conseil d’administration de la CII consacré à l’accord Unidata.

Tout le monde approuve, à une exception près : les trois représentants de la CGE qui s’abstiennent.

4 juillet 1973 : signature des accords CII, Philips et Siemens à Amsterdam.


De gauche à droite, assis à la table de conférence :
Dr Bernhard Plettner, président du directoire de Siemens A.G. ; Dr P.H. Le Clercq, vice-président de N.V. Philips Glœilampenfabrie
ken, H.A.C. Van Riemsdijk, président de N.V. Philips Glœilampenfabrieken ; Dr Ir. A.E. Pannenborg, membre du conseil de direction de N.V. Philips Glœilampenfabrieken ; Jean Gaudfernau, directeur général adjoint de la CII, Michel Barré, président directeur général de la CII, Robert Gest, directeur général de la CII, Paul Richard, président directeur général de Thomson.

Assistaient également pour la CII, MM. François Toutain, secrétaire général, Emmanuel de Robien, attaché à la DG, Roger Gallois, chef des services de la propriété industrielle et des accords, René-Claude Jouannet, chef du service juridique et fiscal.

Documents signés lors de cet accord :

1.

CII PHILIPS SIEMENS AGREEMENT

CONTENTS

PREAMBLE 5

Chapter 1 : Organization of the Cooperation 7

Chapter 2 : Technical and Industrial Policy 19

Chapter 3 : Commercial Dispositions 23

Chapter 4 : Economic Policy 28

Chapter 5 : General Terms and Conditions 34

ANNEX 1 : Definition of the Electronic Data Processing-Field 38

ANNEX 2 : Bodies of the CPS Cooperation 46

ANNEX 3 : Survey of Major EDP-Products of the Common Product Line 48

ANNEX 4 : Agreement on the Exchange of Patent Licences and Technical
Information 50

ANNEX 5 : Guideline for the Evaluation of EDP Activities and/or of Shares
of Local Sales Companies 81

ANNEX 6 : Guidelines for Transfer Prices 90

ANNEX 7 : Agreement of Arbitration 93

 Nous ne reproduirons pas ici cet " Agreement " qui représente au total 95 pages.
Ce document est disponible aux archives, fonds 92HIST-DGE13, boîte n° 1.

Quelques informations toutefois :

- le chapitre n° 1 définit l’organisation de la Coopération :

- Shareholders’ Council, soit le Conseil de l’Association,

- CPS Management Companies ; 3, une en France, une en Hollande et une en Allemagne,

- Central Company ; c’est cette compagnie qui doit être localisée à Amsterdam,

- Local Sales Companies

- Name of the Common Activities ; use of the Common Name.

- le chapitre n° 2 traite de la technique et de l’industriel ; objectif, un catalogue commun et cohérent le plus vite possible, avec une image unique.

- le chapitre n° 3 traite de l’organisation commerciale et du catalogue, en France, en Allemagne, en Hollande, en Belgique et au Luxembourg et enfin dans les autres contrées.

- le chapitre n° 4 traite du prix, des prix de transfert entre Supply Centres et des coûts de R&D.

- le chapitre n° 5 traite de données générales : relations avec les Gouvernements, autre partenaire ,etc.

En fin du chapitre n° 5, trois signatures, CII, Philips et Siemens, en date du 4 juillet 1973, à La Haye.

Les annexes :

- annexe n° 1 : des définitions.

- annexe n° 2 : le schéma de l’organisation.

- annexe n° 3 : les produits majeurs de la ligne commune ;

Computer Systems Small Computer Keyboard-oriented

Of the X-Line Systems Computer Systems

X0 Philips P 460 Philips P 300 Philips

X1 Siemens P 400 Philips

X2 CII

X3 Siemens

X4 CII

X5 CII

- annexe n° 4 : échange de licences de brevets et d’information technique.

C’est cette annexe qui déclenchera le refus de la CGE de reconnaître l’accord Unidata : voir ci-après, en date du 15 septembre, la lettre d’Ambroise Roux à Michel Barré. A noter que cette annexe est signée par les trois partenaires, toujours à la date du 4 juillet 1973, La Haye ; c’est la seule annexe signée.

- annexe n° 5 : des règles applicables à l’évaluation des activités d’EDP.

- annexe n° 6 : règles pour les prix de transfert.

- annexe n° 7 : accord d’arbitrage.

 

Annexe n° 2

Comme dit ci-dessus, cette annexe donne le schéma de l’organisation.

Celui-ci est donné ci-dessous:

 

2.

The Hague, July 4, 1973.

 

MEMORANDUM OF UNDERSTANDING

 

With reference to the Agreement concluded today between Compagnie Internationale pour l'Informatique, Louveciennes (CII), N.V. Philips' Gloeilampenfabrieken, Eindhoven (Philips) and Siemens Aktiengesellschaft, Berlin and Munich (Siemens) it is hereby confirmed that the following additional agreement has been made between these three parties which agreement enters into force at the same date as the above mentioned .Agreement and will remain in force for the same period.

 

1. CC SCHEDULES

The parties will realize the final objective indicated in paragraph 1.5.2 of the Agreement as soon as this is justified from a legal and fiscal point of view. In the event the final objective cannot be reached before 1.1.1977, the provisions concerning the participations in the CC as indicated in paragraph 1.4.1 of the Agreement will be correspondingly applicable to direct participations of the parties in the LSCs.

The parties will inform each other of any case to be considered as special.

The five years plan to be established in accordance the provisions of Chapter 4 of the Agreement will contain the list of the countries to which these rules will apply with the corresponding time schedule leading to the final stage.

 

2. SCHEDULES FOR CPS MANAGEMENT COMPANIES

Parties agree to make available before 1.l.1974 sufficient qualified people for performance of at least those functions which are essential during the first two years after signature of the Agreement. The CPS management companies shall be fully operational not later than 1.1.1975.

The functions of the CPS management companies include the field of the office and small computers ; they shall take into account the special character of this business and the need for coordination with respect to the field of medium/large computers.

Paragraph 1.4.3 b and c of the Agreement provide for the transfer of shareholders rights connected with the participations in the LSCs to the CPS management companies as soon as among others the Common Product Line has become an essential part of the business activities of that LSC. The parties are in agreement, that this latter condition shall be considered as fulfilled as soon as the incoming orders, received on the Common Product Line form a substantial part (approx. 50%) of the total of incoming orders received by that LSC.

 

3. COUNTRIES

3.1 FRANCE

3.1.1. Two CPS Sales companies, one for medium and large and one for office and small computers, will be in due time before the announcement of the Common Product Line. These companies will become active only after decision of the Boards of Management of' the three CPS management companies. Details to be worked out. (See, however, point 3.1.4 and 3.1.5 below)

3.1.2. CII and Philips Data Systems Division Ordinateurs will continue to sell their present product lines and will coordinate their marketing activities according to the recommendations of the Boards of Management of the three CPS management companies.

3.1.3. CII will market the products of the X-line in France, Philips Data Systems, Division Machines et Equipement de Bureau will market P 300, P 400, P 460 lines in France. Philips Data Systems Division Ordinateurs personnel will be engaged in X-line marketing according to conditions to be established by the CPS management companies, in any case, however, under the guidance of the CII Sales Organization. In principle P 1000 and P 880 customers will remain to be served by Philips Data Systems Division Ordinateurs personnel for continuity purposes until Philips and CII decide that a proposal for a X-line product should be made. Further details of the Sales Organization regarding customer base and the personnel of Philips Data Systems Division Ordinateurs will be worked out by the Boards of Management of the three CPS management companies.

3.1.4. CII and Philips Data Systems Division Ordinateurs will transfer assets and liabilities to CPS medium and large computer sales company France.

Philips Data Systems, Division Machines et Equipement de Bureau will transfer assets and liabilities to CPS office and small computer sales company France.

The above transfers of assets and liabilities will take place simultaneously not later than 1.10.1975 provided agreements concerning countries mentioned in paragraph 3.5 of the Agreement will be concluded before that date.

3.1.5. CPS medium and large computer sales company France will take full responsibility for all medium and large computer sales personnel and activities in France at the date of the transfer of assets and liabilities.

CPS office and small computer sales company France will take full responsibility for all office and small computer sales personnel and activities in France at the date of the transfer of assets and liabilities.

3.1.6. Managements of both CPS sales companies France referred to in 3.1.5 above will coordinate the commercial policy of their activities.

3.1.7. For former French Colonies and Protectorates the rules set out above will be applicable up to 1980.

 

3.2 GERMANY

3.2.1. Two CPS sales companies, one for medium and large and one for office and small computers, will be formed in due time before the announcement of the Common Product Line. These companies will become active only after decision of the Boards of Management of three CPS management companies. Details to be worked out. (See, however, point 3.2.4 and 3.2.5 below.)

3.2.2. Siemens and Philips Electrologica Düsseldorf will continue to sell their present product lines and will coordinate their marketing activities according to the recommendations of the Boards of Management of the three CPS management companies.

3.2.3. Siemens will market the products of the X-line in Germany ; Philips Electrologica Eiserfeld will market P 300, P 400, P 460 lines in Germany. Philips Electrologica Düsseldorf personnel will be engaged in X-line marketing according to conditions to be established by the CPS management companies, in any case, however, under the guidance of the Siemens Sales Organization. In principle P 1000 and P 880 customers will remain to be served by Philips Electrologica Düsseldorf personnel for continuity purposes until Philips and Siemens decide that a proposal for a X-line product should be made. Further details of the Sales Organization regarding customer base and the personnel of Philips Electrologica Düsseldorf will be worked out by the Boards of Management of the three CPS management companies.

3.2.4. Siemens and Philips Electrologica Düsseldorf will transfer assets and liabilities to CPS medium and large computer sales company Germany.

Philips Electrologica Eiserfeld (Sales) will transfer assets and liabilities to CPS office and small computer sales company Germany.

The above transfers of assets and liabilities will take place simultaneously not later than 1.10.1975.

3.2.5. CPS medium, and large computer sales company Germany will take full responsibility for all medium and large computer sales personnel and activities in Germany. CPS office and small computer sales company Germany will take full responsibility for all office and small computer sales personnel and activities in Germany. The above responsibilities will be assumed simultaneously not later than 1.10.1977.

3.2.6. Managements of both CPS sales companies Germany referred to in 3.2.5 above will coordinate the commercial policy of their activities.

 

3.3. THE NETHERLANDS

The share capital of the LSC to be established for The Netherlands in accordance with the provisions of paragraph. 3.3.1 of the Agreement will be divided as follows :

Philips 66 2/3 %

Siemens 13 1/3 %

CC 20 %

As long as the CC is not yet in a position to take over the 20% participation that participation shall be held by a first class Netherlands Bank in the name of the three parties.

The managing director shall be nominated by Philips. The parties shall do their best endeavours to finalize the preparatory work, connected with the merging of their sales activities and the establishment of the LSC before 1.10.1973.

 

3.4 BELGIUM/LUXEMBURG

The share capital of the LSC to be established for Belgium/Luxemburg in accordance with the provisions of paragraph 3.4.1 of the Agreement will be divided as follows :

Siemens Germany 20 %

Siernens Belgium 22 %

Philips Holland 20 %

Philips Belgium 22 %

CII 5 %

A first class Swiss bank to be designated in common agreement between the three parties shall hold the remaining 11% in the name of Siemens. This latter participation will appear to the outside worId as a neutral participation.

The "Président du Conseil d'Administration" of the LSC shall be nominated by Siemens. The "Administrateur Délégué" shall be nominated by Philips. A member of the Conseil d'Administration shall be nominated by CII.

The parties shall do their best endeavours to finalize the preparatory work connected with the merger of their sales activities and the establishment of the LSC before 1.10.1973.

 

4. PRODUCTS

4.1 Future Products

The major EDP-products of the Common Product Line listed in Annex 3 of the Agreement will be subject to specific agreements.

4.2 Present Products

4.2.1. General

Users of the present product lines will get full support during the entire lifetime of these products

4.2.2. IRIS

IRIS line means in the Agreement :

Germany IRIS-80 according to subagreement Germany

The Netherlands IRIS-80

Belgium / IRIS-80

Luxemburg (other IRIS-products : present and expected orders will be followed up under the responsibility of CII. The maintenance will be ensured by CII. Upon establishment of the LSC marketing of IRIS-products other than IRIS-8O shall cease).

Concerning IRIS-80, parties agree to include it in the catalogues of their EDP subsidiaries or division for medium/large computers (in the main market for this size of computers) being understood that technical and commercial support will be given by CII according to modalities to be agreed upon.

4.2.3. P 1000-line

Germany and France : P 1000 will be sold by Philips in accordance with paragraph 3 of this Memorandum.

4.2.4. 4004-line

4004-line means in the Agreement :

France : 4004 according to Subagreement on France.

 

5. TRANSFER PRICE FOR DELIVERIES TO LSCs

Referring to the provisions of paragraph 4.2.3 of the Agreement the parties confirm hereby that the application of this paragraph should enable a well managed LSC to have reasonable positive results on the basis of the accounting methods to be established by the CPS management companies after such LSC has been fully set up. The transfer prices will be established taking into account any applicable tax regulation or other applicable laws.

 

6. ORGANIZATION

The parties are in agreement that the organization of their cooperation shall provide for an efficient management structure. In the event the present structure as laid down in the Agreement and this Memorandum would not fulfil that condition, the parties shall review the present set up.

 

7. EXECUTION 0F MERGER

In executing any merger of the sales activities of the three parties, as provided for in the Agreement and in this Memorandum, the parties are in agreement that the optimal tripartite solution from a legal and fiscal of view should be followed.

 

8. ANNOUNCEMENT POLICY

The principles of the announcement of the products of the Common Product Line will be defined by the Boards of Management of the three CPS management companies.

The parties are in agreement that the times of announcement of the main EDP-products will be as follows :

- for the X-line :

X0 October 1973

X1 )

X2 ) May-June 1974

X3 )

X4 ) October 1974

X5 )

- for the office and small computer systems :

P 300 April/May 1974

P 400 April/May 1975

P 46o September/October 1974.

 

9. THE HEADS FOR A SIEMENS CII AGREEMENT

The Heads for a Siemens CII Agreement signed on January 28, 1972 shall be replaced by the CII PHILIPS SIEMENS as of its signature.

 

10. PRODUCTS OUTSIDE THE TECHNICAL EDP-FIELD

For the establishment of the common policy in the EDP-field, questions relating to products and systems outside the Technical EDP-field (e.g. other EDP-products, data communications) will be discussed in working groups set up by the three management companies to which representative of the sister-divisions of the Supply Centres of the parties and the Parent Companies of CII will be invited.

 

11. COMMON NAME

Siemens confirms that the acquisition of the name and trademark CPS has been executed on behalf of and for the common account of the three parties consequently the registration of the trademark CPS in the different countries in the name of Siemens does not constitute any prejudice as to the above as well as to the establishment of the LSCs accordance with the Agreement. Siemens will transfer all rights concerning CPS as soon as possible to the CPS management companies, CC or their designees. Modalities regarding the use of CPS by the LSCs will be subject to further agreement.

 

12. CHECKLIST OF SUBAGREEMANTS concluded or to be concluded within 6 months after entering into force of the Agreement (Signed subagreements so far are still bipartite)

- Technical agreements :

. covering understanding for subagreement of X-line signed (29.8.1972)

. X0
. X
1
. X
2
. X3 signed (29.8.1972)
. X4 signed (29.8.1972)
. X
5
. P 46o
. P 300-400

. Peripherals of the Common Product Line

- General agreements, such as :

. Subagreement on France (CII/Siemens) signed (19.1.1973)

. Subagreement on Germany (CII/Siemens) ... signed (19.1.1973)

. Articles of Association of CC,

CPS management companies to be signed within 3, resp. 6 months after entering into force of the Agreement

. Subagreement on the financing of research and development (see 4.3.3 of the Agreement)

. Agreements mentioned in 1.2.5 of the Agreement vis-à-vis Supply Centres and LSCs

. Subagreements such as merger of sales activities in Belgium and in The Netherlands.

 

Chaque page a été paraphée et en final, les trois signatures, CII, Philips et Siemens.

 

 

5 juillet  1973 : FLASH CII.

1 - Communiqué de presse diffusé simultanément ce jour par CII, PHILIPS et SIEMENS, à toute la presse internationale :

 

CII, PHILIPS et SIEMENS signent un accord dans le domaine de l’informatique

L’association nouvelle porte le nom : UNIDATA

 

Le 4 juillet 1973, la Compagnie Internationale pour l’Informatique : CII (France), N.V. Philips Gloeilampenfabrieken (Pays-Bas) et Siemens A.G. (Allemagne) ont signé un accord de coopération dans le domaine de l’informatique.

Ce nouvel accord, signé par CII, PHILIPS et SIEMENS, constitue une étape décisive dans la construction d’une industrie informatique européenne. L’effet le plus immédiat sera le renforcement des positions de chaque compagnie sur le marché international.

 

Le 1er février 1972, les trois compagnies avaient annoncé pour la première fois leur intention de coopérer. Depuis lors, de hauts dirigeants et de nombreux groupes de travail se sont consacrés activement à la préparation de cette coopération. Avant l’agrément final, différentes questions ont dû être résolues concernant les domaines commerciaux, programmes de produits, fabrications, financiers, organisations, juridiques, et beaucoup d’autres impliquant les trois compagnies dans différents pays.

Chaque compagnie, pour élargir ses gammes de produits et pour étendre son réseau de vents, avait besoin d’une part plus grande du marché. Il était donc apparu évident que seule une coopération pouvait conduire économiquement à l’accroissement rapide des activités sur une échelle mondiale.

 

La nouvelle association s’appelle UNIDATA.

UNIDATA est l’un des plus grands ensembles existant en informatique, en dehors des USA. Son implantation en clientèle est mondiale ; elle comprend plus de 20.000 installations, s’étendant des ordinateurs de bureaux aux grands ordinateurs, et elle peut être évaluée à plus de 8 milliards de francs français. La combinaison globale des moyens représente 35 000 personnes, 14 centres de développement et de fabrication dans 6 pays et des organismes de vente dans plus de 30 pays.

Les clients actuels se trouvent dans toutes les applications possibles relevant du commerce, de l’industrie, des administrations publiques et des organismes scientifiques.

UNIDATA rassemble les activités et les intérêts des trois compagnies dans le domaine de l’informatique de gestion et scientifique. Les calculateurs de contrôle de processus, les systèmes de télécommunications et de commutation, et les autres équipements spécialisés restent en dehors du domaine de l’accord.

Une organisation commerciale commune sera mise en place et les organismes industriels seront coordonnés.

Le CONSEIL DE L’ASSOCIATION, composé des Présidents des trois compagnies CII – PHILIPS – SIEMENS et d’un nombre égal de hauts représentants des trois partenaires aura l’entière responsabilité de la politique commune de la coopération.

Trois Compagnies UNIDATA – MANAGEMENT, appartenant à parts égales aux trois partenaires, seront créées par CII, PHILIPS et SIEMENS, à Paris, Apeldoorn et Munich, afin de coordonner et contrôler tous les aspects du domaine UNIDATA. Le Conseil de Direction de chacune de ces trois compagnies sera constitué des trois Directeurs Généraux de l’informatique des trois partenaires.

Toutes les activités commerciales, distribution et canaux de vente, seront unifiées. Dans chaque pays, des Sociétés de Vente UNIDATA, installées progressivement en fonction des circonstances commerciales locales, seront chargées d’appliquer la politique commerciale commune. Ces organisations offriront une gamme complète de services et de produits. L’objectif est de présenter une nouvelle gamme commune de produits compatibles. La continuité des systèmes informatiques actuels IRIS de CII, P 1000 et P 350 de Philips, 4004 de Siemens, ainsi que des autres équipements et services associés, sera assurée. Une COMPAGNIE établie à Amsterdam détiendra pour le compte des partenaires les participations dans les Sociétés de Vente UNIDATA.

Trois Centres d’Activité seront responsables des recherches, du développement et des fabrications. Bien qu’opérant dans les cadres respectifs de CII, PHILIPS et SIEMENS, leurs activités seront coordonnées et contrôlées par UNIDATA MANAGEMENT.

Cette association, dans les domaines commerciaux, de la recherche et du développement, de la fabrication, de la formation et de l’assistance aux clients, mettra en commun des compétences complémentaires, une large gamme d’applications, et enfin l’expérience mondiale des sociétés-mères.

L’accord de coopération est aujourd’hui signé ; il reste ouvert, dans l’avenir, à d’autres partenaires.

2 – Communiqué de presse diffusé par CII, le même jour, à la presse française :

 

CRÉATION PROCHAINE D’UNE FILIALE CII QUI GROUPERA 3 DIVISIONS DE LA COMPAGNIE :

– Division Militaire, Spatiale et Aéronautique

– Division Commutation

– Division Petits Ordinateurs et Applications spécialisées

Le communiqué commun CII – PHILIPS – SIEMENS diffusé ce jour expose les grandes lignes de l’accord intervenu dans les domaines de l’informatique de gestion et de l’informatique scientifique entre les trois compagnies.
Cet accord, présenté actuellement aux pouvoirs publics pour approbation, ne concerne donc pas certaines activités de la CII, qui seront isolées et conduites indépendamment dans une filiale de la CII, créée à cet effet.
Les activités de cette filiale concerneront les applications et les produits spécialisés dans les domaines militaires, spatiaux et aéronautiques, les produits et systèmes informatiques intéressant la commutation électronique, ainsi que les mini-ordinateurs et leurs produits associés.

La nouvelle filiale assurera la commercialisation directe de ses mini-ordinateurs dans tous les secteurs et en particulier dans celui des automatismes. Elle ne les commercialisera pas dans le domaine de la gestion en tant que machines autonomes, mais seulement dans le cadre de la péri-informatique pour lequel l’accord tripartite ne prévoit pas de catalogue exclusif.

Dans le cadre UNIDATA, la CII poursuit la seule commercialisation de son catalogue IRIS. En France, elle présente également en complément de son catalogue la ligne SIEMENS 4004.

3 – L’ensemble des dispositions prévues sera progressivement mis en place.

Il faut remarquer toutefois que l’organisation actuelle de la CII permet dans ses grandes lignes d’isoler aisément, sous forme de filiale, les activités des divisions opérationnelles : DMSA, D.COMM et DPOAS.

4 – L’accord qui vient d’être signé constitue un événement international. L’alliance réalisée entre des groupes industriels qui sont parmi les premiers du monde dans leurs spécialités comme l’appui des pouvoirs publics nationaux et des autorités de la communauté européenne permettront de soutenir d’une façon plus équilibrée notre position industrielle dans le domaine de l’informatique. Car celui-ci est actuellement dominé et influencé par des groupes qui détiennent à l’échelle mondiale un quasi-monopole.

Notre renforcement européen permettra à la CII d’assurer dans de meilleures conditions de sécurité le développement continu de ses activités techniques, industrielles et commerciales.

Nota : la revue d’information interne CII Informations, dans le numéro 21, apporte les précisions suivantes sur la société filiale de CII : M. Pierre Guichet, directeur général adjoint de CII, exerce une autorité hiérarchique sur les trois divisions opérationnelles qui constitueront cette filiale :
- Division militaire spatiale et aéronautique (DMSA), directeur M. Jean Malvault ;
- Division commutation (D. COMM.), directeur M. Bruno Gastine.
Les activités de cette division concernent les produits et systèmes attachés à la commutation électronique appliquée aux télécommunications.
- Division petits ordinateurs et applications spécialisées (DPOAS), directeur M. Michel Chaussedoux.

5 juillet 1973 : note à diffusion générale de M. Barré, sur l’organisation de la Compagnie.

 Après la signature de l’accord tripartite, il est indispensable d’adapter l’organisation de la compagnie aux dispositions de cet accord et à l’effort exceptionnel demandé par la mise en place des institutions communes et la mise au point des accords d’application dans tous les domaines.

1. M.PEYROLES, Directeur, sera attaché à la Direction Générale pour participer à ces négociations, dans le domaine de l’organisation commerciale internationale.

2. M. MALVAULT remplacera M. PEYROLES à la Direction de la Division Militaire, Spatiale et Aéronautique.

La commercialisation des matériels de gestion militaire sera reprise ultérieurement par la Direction Commerciale, lorsque les autorités intéressées dans la clientèle en auront été informées par la Direction Générale.

3. M. GUICHET, Directeur Général Adjoint, aura désormais une autorité hiérarchique sur les trois Divisions Opérationnelles : DMSA, DPOAS et D.COMM.

Il sera assisté sur le plan de la gestion, dans cette tâche, par M. MARIANI qui lui sera directement attaché.

 

5 juillet 1973 : commentaires de la presse à l’annonce d’Unidata.

Des réserves étonnamment nombreuses et variées ont été enregistrées, à la suite du faire-part de naissance d'UNIDATA. Voici les principales que nous avons regroupées à la date du 5 juillet, même si elles s’échelonnent sur le mois de juillet.

1. COMPLEXITÉ de la STRUCTURE de MANAGEMENT

(décisions à l'unanimité, 3 compagnies de management sans rôle de centre de profit, participations dans la Holding non définies).

. L'Usine Nouvelle du 13 Juillet 1973 titre :

" Unidata = structure complexe " et ajoute :

" Le nouvel et premier enfant de l'Informatique Européenne aura fort besoin de surveillance ".

. Le Monde du 5 Juillet 1973 écrit :

" Une telle structure met immédiatement en évidence deux problèmes. Comment peut-on concevoir que les apports faits par les trois sociétés mères au holding les amènent à s'y retrouver à égalité ? En fait, une estimation complète des apports n'a pu encore être faite, et le solde, si solde il y a, devrait être versé en argent. Mais cette égalité ne constitue pas une obligation : il est seulement exclu que 1'un des trois partenaires puisse détenir plus de 49 % du holding.

L'autre problème est celui que soulèverait une trop grande inégalité dans les ventes des matériels construits par les trois firmes : aucun quota, en effet, n'a été fixé, car on souhaite que ce soit le marché qui commande. Mais il faudra alors trouver des compensations...

Reste encore - et peut-être surtout ! - à savoir dans quelle mesure une telle architecture donnera satisfaction. Ses promoteurs l'ont voulu " opérationnelle ", mais elle demeure lourde... Son succès, bien évidemment, dépendra pour une large part des hommes que l’on placera au sommet de la hiérarchie et de leur bonne entente. Mais, l'encre de l'accord à peine sèche, certains estiment déjà qu'il faudra un jour aller plus loin et mettre en place une organisation plus intégrée. "

2. DIFFICULTÉS de la NÉGOCIATION

(laissant douter que les problèmes de fond soient résolus).

. L’AGEFI du 13 Juillet 1973, dans son article général sur SIEMENS, publie sous le sous-titre " Un mariage difficile " le commentaire suivant du Président de SIEMENS :

M Plettner a révélé que jamais encore SIEMENS n'avait rencontré autant de difficultés en matière de coopération que dans le domaine des ordinateurs. A propos de la création d'Unidata (SIEMENS CII PHILIPS), M. Plettner a dit :

" Chacun traîne derrière lui sa technique. D'autre part des questions de prestige, de préjugés et de fierté entre nations sont encore plus fortes qu'entre entreprises d'un seul pays. Unidata est le résultat de très difficiles négociations. "

3. DIFFICULTÉS de l'INTÉGRATION des GAMMES CII, SIEMENS et PHILIPS (d'où conflits internes)

. La Vie Française du 19 Juillet 1973, précise un aspect capital de ces difficultés, qui doit continuer à affecter le fonctionnement d'Unidata, avec les lignes suivantes :

Interrogé sur Unidata (formée avec la CII française et PHILIPS), le Docteur Plettner a dît :

" Chacun y a apporté sa technique. Mais la nôtre est la plus compatible des trois avec I.B.M. "

Outre l'aspect du degré de compatibilité IBM mentionné ci-dessus, les différences d'âge des lignes actuelles créent un problème majeur.

. Les Echos du 6 Juillet 1973, écrivent sous le titre " Un pas de franchi, mais il reste beaucoup à faire pour cimenter une informatique européenne " le commentaire suivant :

" L'élaboration de la gamme commune n'est pas non plus chose facile. SIEMENS, dont les produits sont issus d'une licence RCA assez ancienne, ne risque pas d'être gêné par cette nouvelle série. Mais ce n'est peut-être pas le cas de la CII dont les matériels sont récents et qui n'a rien à gagner d'un renouvellement trop rapide. "

 

4. LIMITES de l'ACCORD (et conflits de frontière prévisibles en résultant)

. Entreprise du 13 Juillet 1973, écrit :

" La savante construction des trois constructeurs ne doit cependant pas faire oublier les limites de leur association. D'abord, et c'est dommage, l'accord ne concerne pas les ordinateurs industriels et scientifiques, lesquels demeurent de la stricte compétence des sociétés nationales. "

. Outre les calculateurs industriels et scientifiques, sont exclus de 1'accord :

- les ordinateurs de bureau (qui restent sous direction PHILIPS)

- la téléinformatique (terminaux, concentrateurs, multiplexeurs, modems).

- les services divers associés à la fourniture du hardware.

Compte-tenu de l'évolution incessante des frontières de l'informatique, il y a là la source de conflits majeurs à venir. Ajoutons que les maisons-mères (SIEMENS et CGE surtout, PHILIPS et THOMSON ensuite) sont en concurrence sur le marché des transmissions téléphoniques et autres.

. L’Usine Nouvelle du 9 juillet souligne à ce propos :

" Les télécommunications en France sont devenues sur le plan industriel un problème épineux. Les deux principaux actionnaires de Fininfor (holding ayant la majorité des actions de la CII), qui ne sont autres que la Thomson et la CGE, se livrent sur ce terrain une bataille des plus sévères. Siemens de son côté a des aspirations non déguisées dans ce même domaine. "

5. FAIBLE POIDS d'UNIDATA et CHANCES de SURVIE LIMITÉES

Malgré les chiffres publiés par UNIDATA (gonflés par les ordinateurs de bureau PHILIPS P 350 entre autres), la réalité est modeste.

. Les Echos du 6 Juillet publient d'ailleurs une interview du Ministre français de l'industrie, M. CHARBONNEL qui déclare :

" Pour affronter avec quelques chances de réussite la concurrence mondiale, je crois en effet que le "mariage" CII-SIEMENS-PHILIPS devra être suivi d'autres étapes. "

et :

" Les contacts périodiques avec mon homologue allemand n'ont pas abordé de façon précise la question que vous évoquez (celle de subventions publiques équilibrées) même si nous sommes bien conscients l'un et l'autre qu'il ne faudrait pas se laisser entrainer dans une stérile escalade mutuelle qui ne manquerait pas d'être dommageable pour les finances publiques des États. "

 

6 juillet 1973: interview de Jean Charbonnel dans Les Échos.

" J’ai fait savoir à la CII que le gouvernement n’avait pas d’objection de principe à la conclusion de l’accord Unidata. Il n’en reste pas moins que l’accord lui-même devra être soumis à l’approbation du gouvernement. En effet, certaines de ses modalités ne sont pas encore complètement arrêtées et vont faire l’objet de nouvelles discussions entre les partenaires. C’est à la lumière de toutes les conséquences ultérieures de l’accord que le gouvernement sera appelé à se prononcer définitivement. "

 

9 juillet 1973 : le président du Club de la Péri-Informatique adresse une lettre à Maurice Allègre, lui faisant part des craintes du Club au sujet de la distribution des petits matériels d’informatique Philips par une société portant le nom d’Unidata.

Cette lettre fait suite à une déclaration de Maurice Allègre faite au conseil du Club du 4 juillet par laquelle le délégué donnait l’assurance que :

1 – les matériels Philips seraient vendus en France par Philips.

2 – la filiale de péri-informatique de la CII (qui fabrique en particulier le Mitra 15) ne ferait pas partie du dispositif bénéficiant du Plan Calcul.

 

20 juillet 1973: conclusions de la réunion interministérielle tenue à Matignon au sujet de l’approbation par le Gouvernement de l’accord UNIDATA

Il est en définitive convenu :

– de reprendre avec la CII des conversations et réflexions sur les conséquences de l’accord concernant son propre développement et ses charges financières : il est rappelé que le ministre du développement industriel et scientifique et le ministre de l’économie et des finances subordonnent l’approbation définitive de l’accord à la communication d'ordres de grandeur plus précis à cet égard ;

– d'insister auprès de la CII pour qu'elle tente de faire revenir ses partenaires sur le choix d’Amsterdam comme siège de la nouvelle association ; le délégué à l’informatique fait valoir que cette démarche risque de conduire Philips et Siemens à remettre en cause les bases mêmes de l’accord ; du moins est-il nécessaire, de l'avis du cabinet du Premier ministre, de mesurer, grâce à la démarche demandée, le degré d’importance que les partenaires de la CII attachent à la localisation du siège de l’association ; rien ne s’oppose à ce que la CII fasse connaître à ses deux partenaires qu’elle agit sur instructions de son Gouvernement.

Les ministères du développement industriel et scientifique et de l’économie et des finances examineront conjointement les résultats de ces démarches et les conséquences à en tirer.

Une nouvelle réunion interministérielle sera ensuite organisée à l'hôtel Matignon, courant septembre.

NDLR : ce document, confidentiel, a été remis à un membre de la Direction de la CII à titre personnel le 10 septembre 1973. La date de cette réunion interministérielle est probablement le 20 juillet 1973, mais sans certitude, car la date n’apparaît nulle part.

 

1er août 1973: rencontre entre Jean-Pierre Brulé et Ambroise Roux.

Le groupe CGE ne fait pas mystère de son opposition totale aux accords Unidata. Il s’implique plus directement dans la recherche d’une solution avec Bull et Honeywell. Le 1er août, Ambroise Roux, son patron, rencontre Jean-Pierre Brulé et lui donne son analyse des accords Unidata : domination germano-hollandaise de fait, aggravée par l’inclinaison supposée de Paul Richard, président de Thomson, à leur passer la main discrètement.

Ambroise Roux ajoute que le ministre de l’Industrie lui fait le reproche de ne pas avoir creusé personnellement la solution Bull. Il faut mettre à profit les trois mois dont le gouvernement dispose encore pour approuver les accords Unidata et obtenir de Jim Bringer (le président d’Honeywell) une proposition attrayante. Pour lui, cela signifie minorité Honeywell en Europe, ou au moins dans les territoires Bull.

 

10 août 1973: note de Christopher Layton, Bruxelles,
 intitulée " note en vue de la réunion des hauts fonctionnaires concernant la politique des ordinateurs (7.9.1973) ".

Cette note propose les points essentiels à aborder.

Objectifs

A / Aider les usagers de l’informatique à réaliser des économies et à atteindre une plus grande efficacité grâce à une collaboration et des achats coordonnés.

B / Supporter et encourager le développement et la consolidation de la partie de l’industrie des ordinateurs qui a ses bases en Europe.

Phase I, période 1974-75 :

A – Entamer une coordination des achats publics et l’identification des besoins communs à satisfaire par des commandes groupées.

B – Établir des standards communs, en particulier des interfaces communes entre ordinateurs et périphériques, des langages à haut niveau communs et des packages de software transférables.

C – Collaborer au développement de certaines applications nouvelles.

D – Promouvoir en collaboration le développement de produits nouveaux dans le secteur de périphériques, du software et peut-être des composants…

Phase II, 1976-1980 :

A – Aider les utilisateurs à collaborer pour une application plus efficace de l’informatique.

B – Mettre en place une industrie forte couvrant les unités centrales, les périphériques, les composants et le software. L’objectif central serait l’existence, au début de 1980, d’une industrie européenne des ordinateurs viable, et capable d’affronter seule son propre futur.

 

août 1973 : éléments de réponse à la note de Bruxelles par la délégation à l’Informatique.

Globalement, accord sur les propositions.

La mise au point d’un plan calcul global pour l’Europe paraît nécessaire, mais il ne pourra avoir des chances de succès que si la décision est prise de n’avoir qu’un groupe en Europe à horizon 80. Le fait de savoir s’il consistera en la coordination de plans calculs nationaux ou en la mise sur pied d’un plan intégré peut être discuté. Mais la première optique semble la plus réaliste. "

 

14 septembre 1973 : lettre de M. Barré au Délégué à l'Informatique, avec un mémorandum relatif aux conclusions du Comité de juillet.

Monsieur le Délégué,

J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint, un mémorandum relatif aux conclusions du Comité Interministériel qui a débattu en juillet de l'accord tripartite.

Les termes de ce mémorandum ont été exposés à M. de Combret, au Ministère des Finances, qui en a jugé les conceptions acceptables.

Je me permets d’insister sur l'urgence d'une approbation de l'accord par le Gouvernement français, tant vis-à-vis de nos partenaires qu'en raison de la nécessité d'entreprendre, sans tarder, les discussions relatives à l'Avenant demandé à la Convention Plan Calcul.

Comme j'ai eu l'occasion de vous l'indiquer, la tenue du budget 1973 est largement conditionnée par la signature de Avenant.

Veuillez agréer, Monsieur le Délégué, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Un mémorandum en date du 13 septembre est joint à cette lettre.

MÉMORANDUM

 

CONCLUSIONS DE LA RÉUNION INTERMINISTÉRIELLE RELATIVE
A L’APPROBATION DE L’ACCORD UNIDATA

 

1. La réunion interministérielle tenue à Matignon on juillet pour examiner l'accord CII/Philips/Siemens, soumis à l'approbation du Gouvernement français, a abouti. aux deux conclusions suivantes :

– Examen des conséquences financières, en fonction des perspectives de développement de l'association et du rôle que la CII sera amenée à y jouer.

– Examen des possibilités d'une démarche auprès des partenaires de la CII pour obtenir que le Siège de la holding commerciale soit Paris et non pas Amsterdam.

 

2. En ce qui concerne la première conclusion, la CII a déjà présenté dans son "Rapport en vue de l'établissement d'un Avenant à la Convention Plan Calcul", les conséquences financières de l'accord pour les trois dernières années de la présente Convention.

Ces chiffres sont définitifs et peuvent faire l'objet, dès maintenant, d'un examen par les services publics intéressés.

Par ailleurs, sur demande du Ministère du Développement Industriel et Scientifique, la CII a procédé à une évaluation de l'effort financier qui serait nécessaire pour conduire la CII à disposer d'une participation de 33 % dans la holding financière, en fonction de la situation présente des participants.

Cette analyse du 28 août 1973, donne la mesure de l'effort très important qui serait nécessaire pour atteindre l'objectif recherché ; bien que cet objectif puisse être considéré comme souhaitable, il ne correspond pas à une nécessité du fait que l'accord fait une distinction entre les participations financières et les participations opérationnelles ; les secondes, en effet, sont réparties par tiers, quels que soient les montants respectifs des premières.

En ce qui concerne la période 1975/ 1980, il paraît impossible aujourd’hui d'établir rapidement un plan de développement d’Unidata en dehors de nos partenaires ; ce plan est considéré comme prioritaire par l’association et les travaux correspondants ont été lancés par le Comité de Direction Générale d'Unidata dès la signature de l'accord. Plusieurs mois seront nécessaires pour qu'un rapport soit établi sur le sujet, permettant de mesurer l'effort global souhaitable, et par suite, de débattre de l’importance de la participation annuelle de la CII.

On peut cependant s'attendre à ce que l'effort financier prévu ne constitue pas une aggravation par rapport à celui actuellement fait par les participants ; en effet, la charge actuelle de nos deux partenaires est très lourde, surtout pour Philips qui ne dispose d'aucun appui gouvernemental et même pour Siemens qui se voit obligée de consacrer des sommes plus importantes que la CII à ses efforts techniques et industriels, du fait de sa rupture avec RCA ; nos partenaires ont, à plusieurs reprises, clairement mentionné que l'objectif d'Unidata ne devait en aucun cas venir alourdir les pertes d'exploitation des partenaires.

 

3. La deuxième conclusion pose un problème très délicat.

Il convient tout d'abord de souligner que la holding commerciale située à Amsterdam par l'accord a un rôle strictement limité :

– Elle ne joue aucun rôle opérationnel ; tous ses droits sont transférés aux sociétés Unidata Management comportant les trois Directeurs Généraux des trois partenaires qui doivent prendre toutes décisions à l'unanimité.

– Elle est attachée essentiellement aux filiales étrangères situées hors des territoires nationaux et ne possédera qu'une participation symbolique de 20 % dans les filiales commerciales françaises, allemandes et hollandaise. Son action se limitera donc aux problèmes et aux mouvements financiers des filiales étrangères car il est bien évident que CII, Philips et Siemens assumeront des responsabilités totales pour les sociétés commerciales nationales.

Cette société holding a donc une vue très partielle des problèmes financiers de l'association et ne doit pas avoir de rôle propre.

Par ailleurs, le fonctionnement de l’association nécessite que sous les ordres des trois Directeurs Généraux, des groupes de travail centralisent les tâches communautaires ; ces tâches sont de quatre natures :

. politique

. planification technique et industrielle,

. contrôle de gestion,

. questions financières.

Il ne pouvait être question de disputer à Siemens le pilotage de la coordination commerciale du fait de l'importance de son réseau et de son chiffre d'affaires.

Les problèmes de planification technique et industrielle ne pouvaient, dans ces conditions, aller qu'à la CII. En effet, Philips ayant une très modeste participation dans l'informatique moyenne, il n'était pas concevable de confier la coordination technique et industrielle de cette part complexe à la Hollande.

Les Hollandais ont cherché, par la suite à obtenir la charge de centraliser les questions financières et économiques, y compris le contrôle de gestion.

Cette répartition ne nous a pas paru acceptable car elle aurait donné à la CII un rôle insuffisant ; il convenait donc de négocier avec les Hollandais la reprise d'une des deux fonctions financière et économique par notre compagnie.

Il était évident qu'il était plus intéressant et plus logique de revendiquer le contrôle de gestion ; en effet, le contrôle de gestion associé à la planification est, en lui-même, le fondement de la conduite d'une affaire et, de plus, le contrôle de gestion d'Unidata s'appliquera à la totalité de l'association, alors que la holding financière a un rôle limité comme il est dit au paragraphe précédent.

Arguant de l'impossibilité de couper la planification du contrôle de gestion, nous avons réussi à obtenir satisfaction, avec l'appui de Siemens.

Demander aujourd'hui une modification à l'accord pour localiser la holding financière à Paris revient à proposer aux Hollandais de permuter les fonctions de coordination entre Philips et CII ; comme il est dit plus haut, il n'est pas possible de confier aux Hollandais la planification technique et industrielle, et il faudrait donc échanger seulement le contrôle gestion contre le management financier et la holding.

La présentation de cette demande est difficile :

– Elle va à l'encontre des positions longuement défendues par la CII sur l’impossibilité d'isoler la planification du contrôle de gestion.

– Elle nous semble aller à l'encontre de nos intérêts, le contrôle de gestion nous paraissant devoir donner un moyen d'action beaucoup plus efficace sur l'association, que la responsabilité financière des filiales.

- Elle sera difficilement admise par Philips qui n'admettra pas l'échange des fonctions hollandaises de l'accord contre une partie des fonctions françaises.

On ne voit pas d'autre compensation qui puisse être offerte à Philips pour obtenir le retour de la holding dans l'orbe française. C'est la raison pour laquelle la négociation suggérée à toutes chances d'être infructueuse ou de remettre en cause l'accord lui-même.

Il nous semble que les avantages recherchés par le Gouvernement sur le plan financier puissent être négociés par une autre voie.

L'accord tripartite mentionne que les parcs des matériels en location dans les pays étrangers seront normalement financés par des sociétés de leasing ; par ailleurs, la CII est seule à avoir établi, et à utiliser systématiquement, un dispositif particulier pour le leasing de ses produits ; sur leurs territoires nationaux, Siemens et Philips paraissent utiliser rarement le leasing et portent généralement eux-mêmes le poids des parcs en location.

Les conditions semblent donc assez favorables pour proposer à nos partenaires une extension du rôle de la Cilomi ; il serait assez facile de mettre la question en avant en faisant valoir que le Gouvernement français, initiateur de la Cilomi, s'est étonné que l'accord tripartite n'ait pas tenu compte de son existence.

Nous pourrions essayer d'intéresser nos partenaires à la société en leur suggérant éventuellement que la holding financière prenne une participation dans celle-ci, ou dans une filiale spécialisée dans les opérations hors de France, à créer. Notre politique tendrait, à ce moment, à faire de cette société un outil, sinon exclusif, tout au moins préférentiel entre les mains d'Unidata pour traiter les questions financières attachées au leasing, au-delà des frontières françaises.

La Cilomi, directement ou par sa filiale éventuelle située à Paris, serait donc le siège de mouvements de capitaux importants et, du fait de son caractère international, pourrait plus aisément être mise en Bourse.

En plus de ces dispositions destinées à favoriser la place financière de Paris, il serait entendu que la CII s'opposerait à toute extension du rôle de la holding tel qu'il est actuellement défini. En particulier, au cas où de nouvelles activités seraient mises en commun, nous nous opposerions à ce que la holding actuelle reçoive la charge de rassembler les participations.

Il nous semble certain, d'ailleurs, que dans un tel cas la CII serait appuyée par Siemens qui ne tient certainement pas à voir l'association passer progressivement dans l'orbe de Philips.

4. Si les dispositions précédentes paraissent acceptables aux Pouvoirs Publics, il conviendrait que l'approbation de l'accord tripartite ne soit pas subordonnée à l’achèvement de la négociation concernant la Cilomi ; en effet, nos partenaires sont très anxieux de ne pas avoir reçu confirmation de cette approbation, et nous ne pensons pas que le fait de subordonner cette approbation à la mise au point de l'utilisation de la Cilomi soit politiquement favorable.

Par ailleurs, la mise au point de modalités de fonctionnement de ce nouveau secteur de crédit-bail qui lui permettent de se comparer avantageusement aux organismes implantés à l'Étranger, nécessite certains délais d'étude, notamment auprès des services compétents du Ministère de l'Économie et des Finances et de la Banque de France.

Il nous semble, en conséquence, que la lettre d'approbation des Pouvoirs Publics devrait simplement mentionner, avec beaucoup de fermeté, l'importance que le Gouvernement français attache aux opérations de leasing et à l'emploi de la Cilomi, outil spécialement développé par lui pour servir l'informatique française en France et à l'Étranger.

 

15 septembre 1973 : lettre de A. Roux à M. Barré, pour signifier son refus de s’associer à la signature de l’accord Unidata.

Monsieur le Président,

Il vous a été clairement précisé, par ma lettre du 26 juin au Président RICHARD qui vous a été communiquée par celui-ci, comme par mes représentants aux Conseils FININFOR des 19 et 26 juin dernier, que le Groupe CGE refuserait de s'associer à la signature de l'accord CII/SIEMENS/PHILIPS dans la forme qui lui était soumise et ne se considèrerait pas comme engagé par l'accord ni par ses prolongements ultérieurs.

Vous avez cependant jugé bon, le 4 juillet, de signer ce document sans tenir aucun compte de la position de notre Groupe. Le texte de l'accord fait notamment apparaître, à l'annexe IV, des engagements explicites de la CGE, en qualité de société-mère, à l'égard de PHILIPS et SIEMENS, engagements auxquels vous saviez que je ne suis pas disposé à souscrire.

Je ne peux que prendre acte de la situation ainsi créée, dont il m'appartiendra de tirer ultérieurement toutes les conséquences. D'ores et déjà, je vous confirme que le Groupe CCE rejette tout engagement de quelque nature qu'il soit, lié directement ou indirectement à l'accord en cause et n'apportera pas son soutien aux opérations en découlant.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression, de mes sentiments distingués.

Suite à cette lettre, M. Barré rendra visite à M. Pébereau pour examiner les mesures à prendre en ce qui concerne la rédaction de l’Annexe 4 de l’accord Unidata, dans laquelle la CGE est mentionnée comme Compagnie-Mère, avec les engagements que cela suppose. Après explications, M. Pébereau a souhaité un délai pour prendre une position définitive. Tout n’est pas perdu ?

 

17 septembre 1973: conférence de presse CII à l’occasion du SICOB.

Au cours de cette conférence, le président Barré, M. Gest, directeur général, et MM. Gaudfernau et Guichet, directeurs généraux adjoints, ont présenté le bilan des douze derniers mois de l‘activité de la CII devant une cinquantaine de journalistes de la grande presse et de la presse technique.

Nous reproduisons ci-après de larges extraits des exposés et des réponses faites aux questions des journalistes.

M. Barré

La CII parmi les cent premières entreprises françaises

1973 marque donc la fin d’une première période de la vie de la CII. Notre Compagnie a crû avec rapidité ; les chiffres d’affaires de 1967 à 1972 le montrent : 234, 285, 367, 509, 655, 820 millions de France, et cette année nous espérons dépasser le milliard. Cette croissance permet à la CII de se placer parmi les cent premières entreprises françaises au point de vue dimension. Elle a atteint le seuil de rentabilité. Ses confrères étrangers la considèrent manifestement comme un interlocuteur valable. Les objectifs des créateurs du plan calcul ont donc été atteints. Les sarcasmes du début se sont affaiblis faisant place aux critiques justifiées parfois, parfois aussi constructives. Aussi pouvons-nous nous en féliciter.

Poursuivre l’expansion de la CII

Mais il n’est pas question que satisfaits du devoir accompli nous nous laissions porter à une vitesse de croisière ; la situation requiert autant de dynamisme que dans le passé. Il est en effet nécessaire de poursuivre l’expansion de la CII. Du fait de l’amélioration continuelle du rapport performances/prix des matériels sur le marché, le volume d’activité doit augmenter. La complication croissante des matériels et des softwares exige des dépenses préparatoires de plus en plus longues pour les amortir.

La cadence de l’expansion de la CII sur le marché français ne peut se poursuivre indéfiniment, et les entrées sur les marchés étrangers sont difficiles, en raison des investissements humains et matériels que cela entraîne. Aussi est-il impossible de faire un tel effort simultanément en beaucoup de pays du monde. Il était donc évident qu’une union était nécessaire. D’autres constructeurs se heurtant aux mêmes problèmes et impératifs ont abouti aux mêmes conclusions : c’est cela qui a fait naître UNIDATA.

Trois objectifs pour la CII

A partir de maintenant la CII va avoir une action et des objectifs qui s’inscrivent dans un cadre qui contient UNIDATA.

Assurer la réussite d’UNIDATA

Le premier objectif est d’assurer la réussite d’UNIDATA. C’est une opération difficile sur le plan technique – il s’agit de rapprocher des produits différents –, sur le plan commercial – nos organisations doivent être amenées à coopérer alors qu’elles étaient concurrentes pendant des années –, et sur le plan humain, avec des différences de langues et d’habitudes. Ces problèmes rencontrés par les entreprises qui fusionnent ne pourront être réglés autoritairement car nous appartenons à un système de communauté où les décisions sont prises à l’unanimité. Même si certains pensent que pour ces raisons UNIDATA risque d’être un échec, nous sommes quant à nous persuadés que pour UNIDATA le succès est possible, car nous sommes condamnés à réussir.

Assurer les positions françaises dans UNIDATA

La CII en second lieu va devoir défendre les positions françaises à l’intérieur d’UNIDATA. Non pas sous l’aspect d’une concurrence interne qui n’est pas de mise, mais en faisant en sorte que les capacités techniques et industrielles françaises puissent trouver leur plein emploi dans UNIDATA. Ceci suppose que CII puisse être soutenue par un entourage industriel cohérent qui l’assiste dans cette mission. Cet appui industriel trouvera sa récompense dans les avantages que retirera l’industrie française de la présence de la CII à l’intérieur de UNIDATA.

Développer l’informatique spécialisée et la péri-informatique hors UNIDATA

La CII enfin devra promouvoir dans les meilleures conditions l’informatique spécialisée et la péri-informatique qui ne sont pas compris dans les accords UNIDATA. Ces domaines qui vont être rassemblés prochainement dans une société filiale, disposent d’une force appréciable sur le marché français, et nous pensons qu’il convient de faire le maximum pour les développer et les renforcer.

Voilà nos objectifs actuels. J’espère qu’en 1974 nous pourrons vous apporter des témoignages de la réussite de nos intentions. Il serait en effet très satisfaisant que nous aboutissions à une véritable coopération européenne dans laquelle la France aura un rôle de partenaire à part entière et où elle pourra tirer le bénéfice de tous les efforts de la CII et de ses créateurs.

 

M. GEST

La CII a connu cette année une période d’expansion soutenue

L’année qui s’est écoulée depuis le dernier Sicob a été pour la CII une période d’expansion soutenue, malgré un contexte de concurrence sévère, un marché perturbé par les fluctuations monétaires et des conditions d’exploitation marquées par l’inflation.

Expansion en continuité avec les années précédentes : 820 millions de chiffre d’affaires en 1972, soit 25 % de plus qu’en 1971 ; et plus d’un milliard de francs prévu pour 1973, en augmentation de plus de 25 % sur le chiffre d’affaires 1972. L’activité attachée à la ligne 4004 de Siemens que nous avons reprise au début de 1973 majorera ce chiffre de quelques dizaines de millions de francs. Cette expansion est due essentiellement aux matériels civils, qui constituent 90 % de l’activité industrielle de la CII. Elle se traduit par une augmentation rapide du parc : plus de 900 ordinateurs installés en France et à l’étranger fin 1972, environ 1 500 fin 1973. En ajoutant les matériels en portefeuille, c’est à un total de plus de 2 000 ordinateurs livrés ou en commande que l’on aboutit à la fin 1973.

En 1973, progression de 40 % pour le parc CII des moyens et grands systèmes

En ce qui concerne les systèmes moyens et grands de la gamme IRIS, le parc informatique de la CII aura progressé de plus de 40 % en 1973. Nous avons en effet assuré en France plus de 20 % des livraisons des moyens et grands ordinateurs en 1972. En ce qui concerne notre part du parc français, il faut remarquer que nos livraisons sont devenues significatives que depuis 1969. Malgré ce caractère très récent de notre parc, la progression n’en est pas moins très sensible : pour 10 % du parc français à la fin 1972, nous prévoyons pour fin 1973 plus de 15 %, en tenant compte du parc des matériels 4004 de Siemens dont nous avons désormais la responsabilité.

Pénétration importante dans le secteur privé et développement de la téléinformatique

Le champ des applications s’est largement accru, et des efforts particuliers ont été faits suivant deux axes, celui des entreprises privées d’une part, celui des réseaux de téléinformatique d’autre part. En ce qui concerne le secteur privé, notre pénétration s’y est largement diversifiée, bien que seule une part de ce marché nous soit accessible étant donné la puissance relativement élevée de nos ordinateurs. Nous avons ainsi touché des domaines aussi variés que la sidérurgie, l’alimentation, les industries mécaniques, l’électronique professionnelle… sans oublier les sociétés de services.

Présence commerciale de la CII dans 40 pays

A l’étranger, après un début d’année rendu difficile à cause du fléchissement du dollar, la situation s’est améliorée et le chiffre d’affaires, supérieur à celui de 1972, restera proche de 20 % du total de l’activité civile.

L’action commerciale se développe actuellement dans une quarantaine de pays ; en dehors des pays de l’Europe de l’ouest et de l’est , d’Afrique noire et d’Amérique du sud où nous menons une action commerciale depuis plusieurs années, de nouveaux marchés se sont ouverts. Je citerai en particulier :

- la Pologne, pays dans lequel nous avons signé avec l’Union Mera un contrat de coopération industrielle ; ce groupe nous apportera son assistance pour promouvoir en Pologne les systèmes Iris.

- la Hongrie. Dans le cadre de notre contrat de coopération signé l’an passé avec l’industrie hongroise, nous avons reçu commande de plusieurs Iris 50, ce qui ouvre le marché hongrois de l’informatique de gestion à nos matériels, notre pénétration commerciale importante en Hongrie s’étant limitée jusqu’à présent aux petits ordinateurs.

- l’Afrique et le Moyen-Orient. Nous avons mené une prospection active et prometteuse au Moyen-Orient. Nous avons enregistré des commandes en Égypte et en Syrie, ainsi qu’en Tunisie et en Algérie. Dans ce dernier pays nous créons une agence CII. Cette pénétration commerciale s’effectue pour une part dans des pays où ne sont pas encore implantés les partenaires d’UNIDATA.

La grande compétitivité des matériels Iris est l’un des éléments moteurs de l’expansion de la CII

Un des éléments moteurs les plus importants de notre expansion réside dans la grande compétitivité de notre gamme Iris. L’architecture, la technologie, le software de cette gamme étaient très en avance au moment de leur introduction sur le marché.

Ces produits disposent d’un potentiel d’améliorations important dont nous avons profité déjà dans le passé, et dont nous profiterons encore dans l’avenir. C’est ainsi qu’après une importante amélioration des performances de l’iris 60, après la mise au catalogue de l’Iris 55, nous allons présenter un dispositif d’accélération de l’Iris 80 ; par l’introduction d’instructions spécifiques, notamment dans le domaine de la gestion, nous obtiendrons une plus grande vitesse de traitement. Sur le plan du software, d’importants travaux d’amélioration ont été réalisés, et les démonstrations présentées au Sicob montrent que les produits dernièrement annoncés, gestion de bases de données et téléinformatique en particulier, sont opérationnels.

De nouveaux périphériques magnétiques au catalogue

Nous construisons en série des périphériques magnétiques : unités de disques MD 100 d’une capacité de 100 millions d’octets, et dérouleurs de bandes magnétiques PEN 21. Ces matériels équipent dès à présent les systèmes livrés en clientèle.

A partir de cette compétence industrielle que nous avons acquise, d’autres développements dans ce domaine suivront.

Des moyens humains et industriels accrus

Pour réaliser notre expansion, nous avons dû accroître nos moyens industriels. Une nouvelle tranche de construction lancée en 1973 à Toulouse est en voie d’achèvement, portant la surface industrielle de l’usine à plus de 40 000 m². Nous pourrons ainsi y transférer totalement la production en série des Iris 80 qui jusqu’à présent était assurée en grande partie en région parisienne. Nous allons aussi installer au Vaudreuil – ville nouvelle près de Rouen – notre école de maintenance.

Ces opérations de décentralisation nous permettent de dégager sur Paris les surfaces qui nous sont nécessaires pour permettre l’accroissement de nos effectifs en région parisienne : commerciaux, technico-commerciaux et effectifs d’après-vente.

Les effectifs de la CII – 7 500 personnes fin 1972 – atteindront 8 400 à 8 500 personnes fin 1973. Sans compter l’apport des effectifs de la division informatique de Siemens, l’augmentation des effectifs correspond en fait à une augmentation de 8 %, chiffre raisonnable en regard de l’expansion de la société.

Une structure financière satisfaisante

Les résultats de la CII ont été bénéficiaires en 1972, de même que ceux de la CILOMI – société de financement de nos matériels en location – dont c’était le premier exercice social.

L’important effort d’investissements fait en 1972 est maintenu en 1973, laissant cependant une structure financière satisfaisante : le fonds de roulement net – c’est-à-dire capitaux permanents diminués des immobilisations – couvre actuellement environ 60 % de nos valeurs d’exploitation.

Ceci ne doit pas faire perdre de vue les problèmes que doit maîtriser toute entreprise informatique : l’effort de renouvellement technologique suffisamment rapide et le maintien de la compétitivité de nos produits exigent en effet une production suffisamment importante pour amortir les dépenses d’études, de développement et d’industrialisation ; d’autre part nous devons améliorer sans cesse la productivité grâce en particulier à l’allongement des séries de production. Cela implique que l’entreprise accède rapidement à une certaine dimension, ce qui exige d’importants investissements notamment pour pénétrer sur les marchés extérieurs, seuls garants à terme de notre expansion.

L’association UNIDATA par la mise en commun des moyens et la rationalisation des efforts, par le volume qu’elle représente dès à présent, nous permettra d’accéder plus rapidement à ce stade.

 

M. Gaudfernau

UNIDATA est une réalité commerciale, technique et industrielle

… UNIDATA n’est pas seulement un ensemble de projets et d’objectifs à long terme, mais une réalité commerciale, technique et industrielle ; aussi les négociations entre les trois partenaires avaient-elles pour but non seulement d’établir certains principes, mais avant tout de préciser des modalités de fonctionnement en partant des données actuelles. Sur le plan commercial, UNIDATA aura installé fin 1973 quelque 20 000 petits ordinateurs et 3 000 systèmes informatiques moyens.

UNIDATA est au 3ème rang en Europe de l’ouest pour les ordinateurs installés (près de 9 % du parc), derrière IBM et CHB, et sensiblement au même niveau qu’ICL. Avec toutefois 12 % des livraisons en 1972, UNIDATA arrive en deuxième position et cette pénétration se confirme cette année, puisque les livraisons UNIDATA augmentent plus vite que ne croît le marché. En 1973, UNIDATA représente environ deux milliards et demi de francs de livraison d’ordinateurs pour le seul domaine de la gestion et du calcul scientifique, soit une progression de plus de 25 % sur 1972.

35 000 personnes sont affectées à ces activités, dont 8 500 pour les études et le développement. L’action commerciale couvre aujourd’hui une quarantaine de pays, dont une tentaine avec des implantations permanentes. Par ailleurs, 14 installations industrielles sont réparties en Europe, et plus particulièrement en France, Allemagne, Hollande et Belgique.

La mise en place des structures communes sera progressive

Dès à présent, sans attendre la création des " Compagnies de Direction UNIDATA ", des groupes permanents sont constitués qui prennent en charge les fonctions nécessaires en matière de politique des produits, études, commerce et gestion.

Dans cette mise en place, il importe en tout premier lieu de développer au maximum les lignes de produits actuelles qui continuent à évoluer techniquement et pour lesquelles il est essentiel de poursuivre et d’étendre nos efforts commerciaux.

Un catalogue commun

Les partenaires n’ont pas attendu la signature des accords – et ceci confirme la confiance dans l’aboutissement des négociations – pour mettre au point les principes et lancer les études nécessaires à la constitution d’un catalogue commun d’ordinateurs. La phase de conception de ces produits est achevée et celle du développement et de l’industrialisation est en cours.

En matière de software, nous assurons la compatibilité avec les produits actuels ; ainsi pour les matériels CII, les softwares des futurs ordinateurs seront élaborés par filiation à partir des produits actuels, apportant aux utilisateurs la continuité dans les programmes d’applications.

Un réseau commercial unifié

Pour tenir compte des situations particulières à chaque pays, il n’y aura pas de solution globale mais une mise au point pays par pays. Cela demandera dans certains cas plusieurs étapes, et l’ensemble des organisations commerciales de UNIDATA ne se stabilisera – selon les principes directeurs de l’accord – que dans plusieurs années.

Péri-informatique

Pour les systèmes vendus dans son réseau commercial unifié, UNIDATA fera appel non seulement au catalogue commercial qui couvrira unités centrales, périphériques et software, mais aussi à des matériels de péri-informatique : périphériques lointains, terminaux spécialisés, équipements de transmission de données… Nous espérons qu’UNIDATA fera appel aux équipements de péri-informatique de la CII au même titre qu’à ceux d’autres industriels français ; tous devraient ainsi bénéficier de la création d’UNIDATA, premier pas de l’informatique européenne.

 

M. Guichet

L’informatique spécialisée et la péri-informatique, qui restent en dehors de l’accord UNIDATA, correspondent à trois domaines : les petits ordinateurs, le domaine militaire, spatial et aéronautique, et la commutation téléphonique.

 

Les petits ordinateurs

Nos objectifs sont atteints aujourd’hui : nous avons actuellement 400 Mitra 15 qui fonctionnent en clientèle, nous en avons 400 en commande ou engagés. Les délais de livraisons ont été ramenés à quatre mois pour les petites configurations, à six pour les configurations importantes.

Le chiffre d’affaires réalisé en 1973 par la division des petits ordinateurs sera de 130 millions de francs (dont 30 millions provenant de la commercialisation par les autres organisations commerciales de la CII). Nous comptons à peu près 40 % de ventes en OEM, c’est-à-dire aux sociétés d’engineering et de services, et 60 % de ventes directes.

L’année a cependant été troublée par la baisse du dollar, favorisant nos concurrents américains sur le marché français. La politique de réduction continue de nos prix industriels s’est traduite en particulier par des baisses sur les mémoires à tores et les périphériques. Jointe à une amélioration de productivité, elle nous a notamment permis d’annoncer une baisse de 25 % sur les mémoires du Mitra et de 5 à 10 % sur l’unité centrale et les principaux périphériques.

L’action commerciale s’est maintenue dans le domaine traditionnel des automatismes techniques et industriels (45 % du chiffre d’affaires de la division). Nous avons continué notre effort dans le domaine téléinformatique (terminaux multifonctions, concentrateurs de données) qui représente 35 % de nos ventes Mitra 15. Nous avons réalisé cette année des connexions de Mitra 15 aux matériels CII, Siemens, IBM, Univac, CDC. Aussi, avec Mitra 15, sommes-nous candidats pour être fournisseurs d’UNIDATA au même titre que les autres constructeurs français de péri-informatique.

Le domaine du traitement de transactions que nous avons abordé cette année (10 % du CA) nous paraît promis à un développement important.

Le domaine militaire, spatial et aéronautique

Cette activité, menée depuis les débuts de la CII, a deux facettes : le développement du matériel informatique militaire et celui de systèmes informatiques spécialisés utilisant du matériel civil ou militaire. Ceci représente en 1973 un chiffre d’affaires de 130 millions de francs, dont 100 millions pour le matériel militaire.

Les matériels militaires commercialisés sont l’Iris 35 M qui a été adopté par l’Armée de Terre et la Marine, l’IRIS 55 M, produit militaire de même niveau que l’Iris 55 et retenu cette année par la Marine pour le programme naval, et enfin le 15 M. Annoncé cette année, le 15 M est la militarisation du Mitra 15 avec lequel il est entièrement compatible ; de très nombreux débouchés existent pour ce matériel au niveau des trois armes. La CII est actuellement le seul constructeur européen disposant d’une ligne de produits militaires compatibles avec des matériels civils. Aussi allons-nous intensifier notre action à l’exportation.

Pour les systèmes informatiques, la CII suit un certain nombre de filières : l’acquisition de mesures et les simulateurs, le contrôle du trafic aérien, les systèmes d’aide au commandement. Quelques exemples : la CII a réalisé l’automatisation des fonctions de contrôle du trafic aérien en France avec sept ordinateurs 10070, et au Danemark ; elle a obtenu cette année, derrière Thomson maître d’œuvre, la partie informatique du système de contrôle aérien au Brésil, et d’autres perspectives très intéressantes s’ouvrent dans d’autres pays européens.

 

La commutation téléphonique

Nous avons indiqué au cours de la conférence de presse de l’année dernière que, dans le cadre du projet du système de commutation téléphonique E 12, la CII s’était vu confier par sa maison mère CGE la réalisation du système informatique.

Nous avons avancé de façon très satisfaisante les études et développements, et nous livrerons à la fin de cette année les premières versions fonctionnelles de l’ordinateur spécialisé réalisé pour ce système. En 1974, nous livrerons les premiers prototypes et le software spécifique. Cette opération ouvre à la CII un secteur très prometteur dans lequel la Compagnie pense pouvoir se développer dans le sens de la politique des PTT.

Ces trois domaines d’activité correspondent en 1973 à un chiffre d’affaires global supérieur à 250 millions de francs et à une force technique et commerciale de 1 200 personnes, l’activité " fabrication " restant assurée par la division de production de la CII.

 

Réponses aux questions des journalistes (extraits)

M. Aboaf (Associated Press) : le schéma d’UNIDATA ne serait-il pas rendu encore plus complexe par l’entrée éventuelle d’ICL ?

C’est une question qui n’est pas d’actualité. Je pense que rien n’est définitif, et que l’introduction d’un quatrième ou d’un cinquième partenaire conduira à la révision d’un certain nombre de dispositions, mais sans modification profonde du dispositif mis en place.

Jacques Jublin (Les Échos) : vous avez dit que la CII a franchi le seuil de la rentabilité en 1970. Pouvez-vous nous dire sur quelles bases est calculée votre rentabilité, et si vous tenez compte dans son évaluation des crédits d’études qui vous sont accordés ?

Il s’agit bien entendu d’un seuil de rentabilité qui tient compte des marchés d’études du gouvernement. Compte tenu de la situation actuelle de la plupart des entreprises européennes dans la même profession, ce genre d’assistance est nécessaire. Il existe un Plan Calcul allemand et vous avez pu voir dans les journaux il y a quelques jours que nos confrères anglais avaient reçu de leur côté une assistance qui est loin d’être négligeable.

Gérard Pasturel (L’Usine Nouvelle) : quelles sont les raisons qui retardent aujourd’hui la création effective de la société qui prendra en compte les produits hors UNIDATA ?

Il n’y a pas de retard et il n’y a pas d’urgence ; rien ne s’oppose à sa création. Il est probable que toutes les opérations juridiques seront terminées à la fin du dernier trimestre.

Jean-Michel Sauvage (Les Informations) : pouvez-vous nous donner des précisions sur les raisons pour lesquelles les petits ordinateurs CII n’ont pas été inclus dans l’association UNIDATA ?

Parce que le Mitra 15 est un produit qui n’a pas été développé pour l’informatique de gestion. Il n’est pas vendu comme ordinateur de bureau. C’est la raison pour laquelle le Mitra 15 reste en dehors de l’association UNIDATA et continuera d’être largement utilisé pour les automatismes, les transactions et toutes les applications qui sont étrangères à la gestion et le calcul scientifique. En revanche, il peut être utilisé comme un terminal lourd. UNIDATA pourra donc placer des Mitra 15 comme terminaux mais seulement dans la mesure où ils seront compétitifs par rapport aux autres terminaux français ou même étrangers.

Pierre Schaeffer (Électronique Actualités) : quelle est actuellement la valeur du parc installé pour l’ensemble UNIDATA si l’on enlève les petits ordinateurs de bureau ?

Cela fait environ 3 000 systèmes. Mais je me permets d’insister sur le fait que les livraisons de cette année donneront un chiffre de 2,5 milliards de francs. Il est bien évident que le parc est le reflet d’une activité qui s’est étendue sur de longues années. Les sociétés anciennes ont donc des parcs importants. Les livraisons de l’année sont beaucoup plus significatives de l’effort instantané. C’est pourquoi nous nous attachons à vous donner les deux chiffres : le parc installé où nous avons une position faible étant donné la jeunesse de la CII, et les livraisons de l’année où nous avons une position qui commence à devenir assez importante.

 21 septembre 1973 : article de Michel Jobert, Ministre des Affaires Étrangères, paru dans l’Agence Nouvelle.

" Le rôle capital qui est déjà celui de l’informatique dans les sociétés modernes conduit les États à dresser la structure même de cette branche industrielle pour corriger, autant que possible, les inégalités que l’histoire et la technologie ont développées bénéfice d’un pays, voire même d’une entreprise. Nombre de gouvernements, tant en Europe qu’au Japon, ont ainsi réagi et soutenu vigoureusement leurs industries nationales. Mais il est évident qu’en dépit de leur réussite des politiques purement nationales ne permettraient pas d’atteindre l’objectif poursuivi : les conditions particulières de la concurrence sur ce marché, l’immensité des moyens techniques, industriels et financiers nécessaires exigent des principales sociétés européennes la réunion de leurs efforts pour que puisse être constitué un groupe industriel ayant une véritable dimension internationale. Ceci a été fait cette année. En créant récemment UNIDATA avec l’encouragement des gouvernements, les firmes CII, Siemens et Philips ont esquissé le premier groupe européen d’informatique. "

 

24 septembre 1973: réponse de Jim Binger aux propositions françaises, au cours d’une réunion où se trouvent le ministre, ses principaux collaborateurs, Jean-Pierre Brulé et Ambroise Roux.

J. Binger propose une formule où Bull aurait trois actionnaires : un américain (Honeywell), un français (CMB + éventuellement les actionnaires de la CII qui le désireraient) et un autre européen (une banque allemande par exemple). Aucun des trois ne serait majoritaire seul ; le troisième aurait une petite participation, suffisante pour éviter aux deux autres les risques connus d’un actionnariat à 50/50.

Le ministre déclare qu’il lui paraît politiquement indispensable que l’actionnaire français soit majoritaire. Ce qui entraîne une réponse indirectement négative de J. Binger. Pour lui, il faut organiser l’association franco-américaine non pas à partir de critères politiques, mais sur une base d’entreprise efficace et compétitive pour de longues années.

 

8 octobre 1973 : Cercle des Utilisateurs (Actualités CII n° 2)

Le Cercle des Utilisateurs communique la création du premier groupe décentralisé à l’échelle d’une région, le groupe Rhône Alpes, constitué officiellement à Lyon le 8 octobre.

Sa présidence a été confiée à M. Gérard Bassi, chef du service calcul et automatisme au CNRS de Grenoble, et la vice-présidence à M. Michel Legorgeu, directeur délégué d’Eurinfor.

La séance inaugurale s’est déroulée au Novotel de Bron en présence de M. Gravot, président du Cercle des utilisateurs, de M. Corge, vice-président, de M. Gest, directeur général de CII et de nombreuses personnalités locales. D’autres groupes régionaux seront prochainement mis en place dans d’autres régions. Cette décentralisation répond au désir des utilisateurs de province qui souhaitent une concertation de caractère régional.

 

15 octobre 1973: lettre introductive de Christopher Layton, directeur pour les affaires industriels et technologiques des Communautés européennes à Maurice Allègre et projet de résolution.

Cher Monsieur Allègre,

En attendant notre rencontre le 25 octobre, je vous envoie un projet de Résolution du Conseil que j’aimerais bien discuter avec vous. Ce texte confidentiel est évidemment communiqué à titre personnel.

PROJET DE RÉSOLUTION DU CONSEIL

CONCERNANT UN EPOLITIQUE COMMUNAUTAIRE DE L’INFORMATIQUE

Le Conseil des Communautés européennes,

Conscient de l’importance que revêt l’informatique pour le développement de la Communauté et sa position dans le monde ;

Constatant que pour s’épanouir, une industrie européenne de l’informatique doit reposer sur l’existence de puissantes sociétés indigènes dans le double domaine du hardware et du software, pour réaliser l’équilibre concurrentiel par rapport aux importantes sociétés contrôlées depuis l’extérieur de l’Europe et que les unes comme les autres peuvent prospérer dans le cadre d’un marché en expansion ;

Convaincu qu’il est possible à la fois de renforcer l’industrie et de faire un usage plus efficace et plus économique des ressources publiques, par la coordination des achats publics et la coopération, ou l’action commune dans le domaine des applications d’intérêt commun ;

Soulignant les efforts déployés jusqu’ici pour renforcer la partie indigène de l’industrie grâce à des associations entre grands producteurs et entendant fournir tous les encouragements nécessaires aux actions ultérieures de ces sociétés en vue de la combinaison de leurs efforts ;

a convient que la Communauté entreprendra et financera en commun un nombre restreint de grands projets de développement de caractère international dans les domaines des applications, ces projets étant suivis par d’autres projets à mesure que les besoins se feront jour ;

b prendra en considération des propositions sélectives appropriées présentées par la Commission en vue d’une aide financière commune destinée à soutenir des développements industriels menés en collaboration dans des domaines clés, à commencer par les composants électroniques, les périphériques et le software, et par la suite, au moment approprié, dans le domaine des unités centrales ;

c prend acte du fait que la Commission, après consultation des instances appropriées, présentera en 1974 ses premières propositions détaillées de programme pour les actions citées aux points a et b en vue d’une décision du Conseil avant la fin de cette même année ;

d entend promouvoir une coordination des politiques nationales, notamment dans les domaines des achats publics, des normes et des applications, et charge la Commission de mettre en œuvre les procédures les plus appropriées en vue de la réalisation de ces objectifs ;

e considère enfin qu’il est souhaitable que ces premières mesures débouchent sur un programme pluriannuel plus systématique pour le développement et l’application de l’informatique, en particulier dès que l’évolution des structures industrielles le permettront, un objectif central étant de créer, pour le début de l’année 1980, une industrie indigène viable indépendante des aides publiques.

Note : voir ci-après, en date du 9 novembre, le télégramme reçu de l’Ambassade des Etats-Unis sur ce sujet.

 

19 octobre 1973: lettre d’Ambroise Roux (pdt de la CGE)  à Paul Richard (pdt de Thomson-CSF)

" Par ma lettre du 26 juin dernier vous confirmant l’état de mes lettres antérieures, je vous avais clairement indiqué de la manière la plus nette mon opposition à la signature de l’accord projeté entre CII, Siemens et Philips tout en marquant clairement que si Thomson passait outre à cette opération, la CGE ne pourrait en aucun cas se considérer comme engagée par un tel accord ni par ses prolongements ultérieurs et qu'elle se réserverait d'en tirer toutes les conséquences. Cette position a été confirmée par les représentants de la CGE au conseil de Fininfor où, le 26 juin 1973, ils ont refusé d'approuver la signature de l'accord envisagé en explicitant leur vote négatif.

Il n'a été tenu aucun compte des mises en garde et l'accord a été signé le 4 juillet dernier. Cet accord s'étend à des domaines où la CGE, comme Thomson, jouit d'une bonne liberté d'initiative et pour lesquels par conséquent le leadership qui a été reconnu à Thomson par les conventions entre lui et les deux groupes ne peut s'exercer. En outre, non seulement cet accord a été conclu sans qu'au préalable aient été prises les précautions élémentaires indispensables à la protection des intérêts de la CGE mais les dispositions mêmes qui ont été retenues ont pour effet de causer à notre groupe un lourd préjudice industriel et commercial et de compromettre le développement de la politique qu'il avait légitimement engagée, notamment sur le plan international.

Il place la CGE devant la situation paradoxale de voir les fonds importants qu'elle a consacrés au développement de la CII servir directement ou indirectement au financement d'activités concurrentes des siennes au bénéfice de ses principaux concurrents européens.

Je suis persuadé que, dans ces conditions, vous serez d'accord avec moi pour estimer que nos accords en matière d'informatique ont été délibérément méconnus. Ils n'ont plus de raison d'être et doivent être résiliés avec, pour conséquence, la dissolution de Fininfor et la fixation équitable des compensations pécuniaires qui sont dues à la CGE.

Je suis prêt à vous rencontrer pour traiter d’égal avec vous cette affaire sur ces bases. Au cas où vous estimeriez impossible de vous prêter à une telle négociation, je me verrai contraint d’utiliser l’ultime et seul recours dont je dispose et de saisir en arbitrage le président Huvelin. "

24 octobre 1973: lettre de Michel Barré à Paul Richard.

Objet : Approbation de l'Accord du 4 juillet entre SIEMENS, PHILIPS et CII

1. Je vous demande de bien vouloir trouver ci-joint une copie d'une lettre du Ministre de l'Économie et des Finances qui indique qu'il autorisera les investissements étrangers prévus par l'accord, sous trois conditions. Ces conditions sont soit conformes aux prescriptions générales du contrôle des changes, soit conformes à nos intentions.

Cette lettre ne constitue pas une approbation de l'accord du 4 juillet mais rentre dans le cadre des dispositions générales de la réglementation des investissements français à l'étranger.

2. La CII n'a reçu à cette date, aucune autre lettre émanant du Gouvernement approuvant l'accord du 4 juillet.

La Convention Plan Calcul précise dans son article 11 :

" La CII devra obtenir l'autorisation préalable du Délégué à l'Informatique pour conclure un accord quelle qu'en soit la nature, avec toute société ou groupe et en particulier avec une société étrangère...  "

Cette autorisation préalable aurait dû être obtenue avant la signature de l'accord ; elle vous a été donnée verbalement, ainsi qu'à moi-même, au cours de la visite que nous avons effectuée à M. CHARBONNEL le mercredi 26 juin. Elle n'a pas été confirmée par lettre.

3. Nous avons eu connaissance officieusement au cours du mois d'août, d'une lettre du 3 juillet, envoyée par M. CHARBONNEL à M. ALLÈGRE dans laquelle le Ministre déclare qu'il n'a pas " d'objection à voir donner à la CII l'autorisation préalable à la conclusion de l'accord ".

Toutefois, le Ministre ajoute :

" Il est entendu que cette autorisation ne vaut pas approbation du Gouvernement français au sens de l'article 5.7 de l'accord tripartite. Cette approbation devra être donnée en fonction de l'examen des conséquences ultérieures de l'accord… "

Enfin, M. CHARBONNEL termine sa lettre en disant que cet accord préalable ne saurait entraîner d'obligation de la part de l'État, concernant son éventuelle contribution financière à la CII.

M. ALLÈGRE ne nous a pas transmis l'autorisation préalable suggérée par le Ministre, et nous ne pouvons faire état de cette lettre.

4. L'accord tripartite du 4 juillet mentionne dans son article 5.7 que la mise en œuvre de l'accord sera suspendue en attente des approbations gouvernementales ou Communautaires, dans la mesure où celles-ci sont nécessaires.

En l'absence de l'accord préalable de la Délégation, nous ne pouvons donc mettre en œuvre l'accord tripartite.

5. En conclusion, la situation est la suivante :

- La CII aurait dû recevoir l'accord préalable suggéré par le Ministre au Délégué. Elle ne l'a pas reçu et on peut penser que ce sont les réserves que portait cette lettre qui ont paru à M. ALLÈGRE justifier son abstention.

- En l'absence de l'accord préalable, la CII n'est pas autorisée à mettre en œuvre l'accord tripartite.

- Il serait dangereux de pousser le Délégué à nous envoyer maintenant cet accord préalable alors que nous connaissons officieusement les réserves avec lesquelles le Ministre pouvait y souscrire.

– Etant donné le temps perdu et la gravité des décisions qui sont à prendre, il me paraît indispensable que l'autorisation préalable soit maintenant remplacée par une véritable approbation dans laquelle le Gouvernement s'engagerait à faire face, au côté des actionnaires de la CII, aux implications financières de l'accord tripartite.

– Lorsque cette véritable approbation aura été obtenue, l'accord du Ministère de l’Économie et des Finances prendra tout son sens en permettant l'exécution des clauses touchant aux investissements étrangers.

 

26 octobre 1973: Cercle des Utilisateurs (Actualités CII n° 3)

L’assemblée générale du Cercle des Utilisateurs s’est tenue à Versailles le 26 octobre au Trianon Palace. Dans le rapport présenté au nom du bureau, M. Jean-Paul Gravot, Président du Cercle, a dressé le bilan de l’action du Cercle au cours des derniers mois. Il a mis l’accent sur le développement du Cercle – lié à l’expansion de la CII – et sur l’indépendance de Cercle tant à l’égard de la CII que des pouvoirs publics.

Depuis l’assemblée générale de 1972, 28 réunions de groupes spécialisés ont eu lieu, auxquelles il faut ajouter 17 réunions de commissions. L’assemblée statutaire a été suivie d’un face à face animé sur le thème " la téléinformatique ", auquel ont participé des personnalités des domaines informatique, littéraire, bancaire et des télécommunications.

A l’issue de la séance statutaire, les membres du Cercle ont élu pour les représenter au Bureau : MM. Corge, Gravot, Lepidi, Meinadier et Roghe.

 

30 octobre 1973: lettre du ministre Jean Charbonnel à Paul Richard 

" Le 4 juillet dernier, la C.I.I., Philips et Siemens ont signé un accord d'association dans le domaine de l'informatique de gestion ( ... ). J'avais fait savoir par lettre du 3 juillet 1973 au Délégué à l'Informatique que je n'avais pas d'objection à ce qu'il donne à la C.I.I. l'autorisation préalable à la conclusion de cet accord. Par cette lettre, j'ai, bien entendu, précisé que cette acceptation ne constituait l'approbation gouvernementale prévue par les trois signataires (…), une telle approbation ne pouvant être donnée qu'après examen de l'ensemble, notamment sur les points suivants :

- solution à apporter aux questions concernant les produits et systèmes en dehors du domaine technique informatique ;

- modalités d'évaluation des actifs, en particulier des parcs en location des compagnies de vente locales;

- localisation du siège de la compagnie centrale.

J'ai par ailleurs souligné que cet accord ne saurait entraîner d'obligations de la part de l'État concernant son éventuelle contribution financière à la CII (…). Les premières indications fournies par la Délégation à l'Informatique et les éléments du rapport de la CII en vue de l'établissement d'un avenant à la convention mettent d'ores et déjà en lumière les besoins financiers considérables nécessaires dans les années à venir pour que la CII tienne son rôle au sein de l'association. Il s'agirait, d'une part, d'investir plus de 400 millions de francs pour que la CII dispose d'un potentiel commercial équivalant à celui de chacun de ses partenaires, ce qui impliquerait un apport de capitaux propres de l'ordre de 150 millions de francs. D'autre part, de consacrer près de 1 300 millions de francs entre 1975 et 1978 au développement technique des produits incombant à la CII (…) l'autofinancement couvrant à peine 20 % de ses dépenses, plus de 300 millions de francs par an autour de 1980 seraient alors à la charge des actionnaires et de l'État.

Or, face à ces perspectives, je constate que les actionnaires sont profondément divisés et je viens de prendre connaissance de la prise de position de M. Ambroise Roux qui, confirmant l'opposition de la CGE à la signature de l'accord du 4 juillet, souhaite résilier vos accords de 1969 relatifs à l'informatique et procéder à la dissolution de Fininfor. L'assise financière et industrielle de la CII se trouve donc remise en question. Au moment même où l'État, face à l'ampleur des moyens financiers à réunir, s'apprête à demander aux actionnaires l'effort qu'ils comptent apporter quant à eux. Vous comprendrez dans ces conditions que je ne sois pas en mesure de proposer au gouvernement de procéder à l'approbation de l'accord sollicité par la CII avant d'avoir pu préciser à nouveau les perspectives industrielles et financières de l'opération. Aussi, souhaiterais-je avoir le plus rapidement possible des précisions concernant votre position à l'égard de vos accords industriels en informatique avec la CGE et connaître la contribution financière que vous comptez apporter à la C.I.I. dans le cadre de l'accord passé avec Siemens et Philips ".

Paul Richard, Michel Barré, la Délégation à l’Informatique sont obligés d’informer Siemens et Philips de leur différent avec la CGE et le ministère. Officiellement, il n’y aura pas de commentaires. Mais le résultat sera désastreux. La confiance dans la CII est ébranlée.

octobre 1973 : Suite à la réunion du 24 septembre, Jean-Pierre Brulé fait étudier les conditions économiques à respecter pour tout accord éventuel entre Honeywell-Bull et CII :

En résumé :

- apport de personnel CII correspondant au ratio Bull CA/employé, reprise du reste du personnel par les actionnaires de CII sans licenciements.

- pas d’apport de l’usine de Toulouse.

- poursuite des subventions sur deux ans pour couvrir les divers coûts d’une fusion.

- apport en capital pour améliorer le bilan de Bull.

- réorientation de la délégation vers un rôle plus stratégique de promotion de l’informatique française.

Ces propositions sont transmises à la CGE, qui se dit mandatée par le ministère et qui les accepte pour la plupart.

Fin octobre, le ministère pose deux conditions précises : prendre l’usine de Toulouse avec le reste de la CII, et avoir une majorité française immédiate sur l’ensemble Bull. Honeywell, informé, refuse tout net.

 

octobre 1973: la quatrième tranche de travaux d’extension, représentant 12 000 m², vient de se terminer au centre de Toulouse.
C’est une surface de plus de 5 000 m² qui est ainsi mise à la disposition des moyens physico-chimiques pour la fabrication des circuits imprimés et la chaîne de dépôt automatique de cuivre ; elle permet aussi l’extension du hall de fabrication Mitra 15 et des magasins.

Au total, le centre de Toulouse représente maintenant 45 000 m² de surfaces industrielles et emploie 1 600 personnes.

 

 

novembre 1973: annonce du terminal TL 15.

Destiné au traitement par lots à distance, le TL 15 permet l’introduction de données et de fichiers à partir d’un lecteur de cartes, et la restitution des résultats sur l’imprimante du terminal, les traitements ayant lieu sur l’ordinateur central.

Ce terminal programmé est composé des éléments suivants :
- un organe de contrôle de 4 K mots de 16 bits muni d’un pupitre de commande et d’un coupleur de transmission,
- un lecteur de cartes à 300 cartes/mn,
- une imprimante 132 colonnes à 400 lignes/mn.

Travaillant en transmission synchrone semi-duplex, il est destiné à être utilisé sur lignes téléphoniques à 4 800 ou 9 600 bauds.
Le TL 15 est géré par le software RB 1 déjà utilisé sur la gamme des terminaux Mitra 15 T.

 

novembre 1973 : un bureau de coopération technique Videoton-CII fonctionne depuis ce mois à Budapest, avec M. Georges Ivanoff comme délégué permanent de la CII.

 

9 novembre 1973 : démarche américaine. Diffusion par le Service de Coopération du Ministère des Affaires Étrangères d’un télégramme reçu de l’Ambassade des Etats-Unis à Paris, daté du 5 novembre.

" L’Ambassade des Etats-Unis a fait part au département, sur instructions, des préoccupations que suscite à Washington l’existence d’un projet de mémorandum de la Commission relatif à l’industrie des ordinateurs. Les autorités américaines s’inquiètent en particulier des intentions qui seraient exprimées dans ce document en ce qui concerne la possibilité d’apporter aux sociétés véritablement européennes, à l’exclusion des filiales de société étrangères, une assistance financière et d’imposer aux administrations publiques des états membres l’acquisition de matériels produits par ces sociétés européennes. "

13 novembre 1973: la querelle entre Thomson et CGE bat son plein.

Ambroise Roux fait alors appel à l’arbitre prévu pour régler les litiges entre les deux groupes, Paul Huvelin. Pour CGE, Thomson a commis un abus de pouvoir dans l’exercice de son leadership en informatique. Il faut donc dissoudre Fininfor. Voir à la date du 28 novembre l’argumentation de la C.G.E.

 

14 novembre  1973: assemblée plénière du Club de la Péri-Informatique.

Le président prend acte de la constitution d’Unidata mais interpelle le délégué à l’Informatique sur les règles à suivre dans les appels d’offres publics : " Fixez donc la règle que, dans tous les cas, les fournisseurs français de périphériques doivent être consultés lorsqu’il s’agit de gros systèmes, même si les produits des constructeurs français en cause ne figurent pas au catalogue Unidata ".

Le délégué à l’Informatique répond :

1 ) qu’il chercherait à faire figurer au catalogue d’Unidata le maximum de produits de la péri-infor-
matique française,

2 ) que le Club avait tort de s’affirmer dans un mouvement négatif contre Unidata ; " à long terme, dit-il, je ne donnerai pas cher des chance de la péri-informatique s’il n’existait pas une industrie européenne de la grosse informatique ".

 

18 novembre 1973 : Paul Richard, par une lettre à la CGE, dénonce officiellement les accords du 5 juin 1969, résiliation motivée par l’attitude de la CGE sur le téléphone.

Dans le même temps, Thomson entame une procédure d’augmentation du capital de Fininfor.

 

28 novembre 1973: note exposant l’argumentation de la C.G.E. à l’appui de sa demande d’arbitrage du 13 novembre.

OBSERVATIONS

La présente note constitue un exposé synthétique liminaire. La C.G.E. se tient, bien entendu, à la disposition de l'Arbitre pour lui apporter tous les éclaircissements et suppléments d'explications qu'il pourra souhaiter ou qui paraîtront nécessaires au vu des arguments qui seront produits par la Compagnie THOMSON. Il en est de même du dossier joint qui sera complété après production du dossier adverse et par toute pièce dont l'Arbitre désirerait avoir connaissance,

I – LES ACCORDS C.C.E./ THOMSON EN MATIÈRE D'INFORMATIQUE ET LEUR APPLICATION.

A. Les accords

1.Lors de la signature de leurs accords, le Groupe THOMSON et le Groupe C.G.E. se trouvaient: parallèlement engagés dans le domaine de l'Informatique par leur adhésion au Plan Calcul du 13 avril 1967 où il avait été décidé de confier à la COMPAGNIE INTERNATIONALE POUR L’INFORMATIQUE, par la réunion d'efforts jusque-là dispersés, la constitution d'une industrie nationale du calcul.. Les deux Groupes décidèrent en 1969, par les accords qui furent alors conclus, de confier à la Compagnie THOMSON le leadership dans I'Informatique – dont une définition limitative était donnée - pour la mise en œuvre du Plan Calcul. Le leadership de THOMSON devait s'exercer par l'entremise de FININFOR, Société où la Compagnie THOMSON était majoritaire et qui recevait la participation des deux Groupes dans CII (extrait des accords G.G.E./THOMSON, pages 13, 14 et 39).

2. Ce leadership en Informatique connaissait une restriction pour les calculateurs qui ne seraient pas traités par la CII et pour lesquels, si une filiale commune à C.G.E. et THOMSON ne pouvait être créée avant fin 1969, ce qui fut effectivement le cas, "chacune des parties jouirait d'une liberté analogue en la matière". (extrait des accords, p. 13).

3. Une nouvelle et importante restriction était apportée au début de 1970 au domaine soumis au leadership, C.G.E. et THOMSON renonçant à mettre en commun leurs activités dans le secteur des transmissions de données (P.V. Conseil SPERAC du 7 avril 1970).

4. Si le Plan Calcul avait attribué à CII une vocation générale en Informatique, il ne lui avait cependant assigné, en priorité, qu'un domaine d'action limité. En dehors de celui-ci, notamment en péri-informatique, la Compagnie THOMSON et le Groupe C.G.E. développèrent différentes actions industrielles et commerciales. Cette situation se trouva reconnue par la seconde Convention Plan Calcul du 2 août 1971 qui fit obligation à CII d'éviter toute concurrence à ses sociétés-mères, en dehors des ordinateurs universels, périphériques proches et terminaux lourds, financés par les Pouvoirs Publics, pour lesquels CII se voyait reconnaître une vocation exclusive (article 3, 1 b)

B. Leur application

1. CII poursuivit ainsi son développement sous le leadership de THOMSON exercé dans le cadre de FININFOR. THOMSON et C.G.E., de manière autonome, développèrent l'un et l'autre. des initiatives industrielles et commerciales dans les domaines non traités par CII, à la connaissance et sans objection de la part de CII, ni de FININFOR. C'est ainsi, à titre d’exemple, que les entreprises des deux Groupes commercialisèrent librement et souvent en concurrence des équipements de transmission de données ainsi. que des terminaux de visualisation à logique programmée (série TVT pour THOMSON, série SPD-TRANSAC pour C.G.E.). La C. G. E., notamment au cours de ces dernières années, a, pour sa part, mené une action vigoureuse qui a déjà produit des fruits importants et: ouvert des perspectives d'accroissement rapide du chiffre d'affaires et des résultats.

2. Lorsque, conformément à la mission qui lui était reconnue, CII prit l'initiative de rapprochements internationaux avec SIEMENS et PHILIPS, l'attention de THOMSON fut attirée sur les dangers d'une négociation menée entre des partenaires de poids très inégal et couvrant un domaine excédant largement celui de CII.

C'est pourquoi la C.G.E. insista sur la nécessité absolue de préserver les droits des deux sociétés-mères dans les secteurs où elles s'étaient mutuellement reconnu des positions privilégiées et dans le secteur de la péri-informatique où la forte position de SIEMENS et PHILIPS pouvait menacer les actions des sociétés-mères qui s'étaient jusqu'alors développées sans concurrence de la CII.

En conséquence la C.C.E. proposa notamment à THOMSON, dans l'intérêt conjoint de la CII et de ses sociétés-mères, d'être associée aux négociations, spécialement en ce qu’elles excédaient le domaine spécifique de CII, d'être ainsi partie à l'accord et, par voie de conséquence, d'être liée par les engagements financiers correspondants (correspondance pièces n°s 7, 8, 11, 12, 16 page 2, § 4, procès-verbaux FININFOR des 24 février 1972 page 4, 8 mars 1973 page 2 - point 1, 10 avril 1973 page 4 § 3 et 5, 19 juin 1973 page 2 et du 26 juin 1973, page 5, § 3).

Enfin la C.G.E. demanda qu'avant toute signature des accords soient levés entre les sociétés mères un certain nombre de préalables (procès-verbal FININFOR du 8 mars 19173) dont deux étaient majeurs, s’agissant d’une part de l’évaluation financière des besoins de la CII dans l’association UNIDATA et celle des mises de fond auxquelles les sociétés-mères seraient conduites à souscrire.

3. Ces propositions et ces demandes ne furent pas retenues. Malgré l'opposition constante et les mises en garde répétées de la C.G.E., jalonnées par une abondante correspondance échangée avec le Groupe THOMSON, ce dernier n’a cependant cessé d'encourager et d'assister la CII dans la négociation avec SIEMENS et PHILIPS d'un accord incluant la péri-informatique, ne s'est opposé ni à la politique conduite par la CII, ni à l'élaboration de clauses atteignant directement les intérêts de la C.G.E., n'a proposé aucun plan de financement, a finalement autorisé la présentation de cet accord au Conseil de CII et y a voté son approbation.

4. Ainsi THOMSON a soutenu et approuvé un accord dont l'importance n'est pas à souligner sans avoir obtenu un accord quelconque sur son financement à court terme et dans une totale, absence de prévisions de ses conséquences financières et des mesures correspondantes à prendre à moyen et long terme (procès-verbal FININFOR du 8 mars 1973). Il était cependant évident que les montants en jeu seraient considérables, qu'ils impliquent de la part des actionnaires un effort financier important, à défaut duquel l'équilibre de trésorerie ou d'exploitation de la CII risque de se trouver gravement altéré comme, par voie de conséquence, le rôle imparti à CII dans l'accord international envisagé.

Dans l'exercice même de son leadership THOMSON a commis ainsi une faute de gestion d'autant plus grave que, bien que l'accord UNIDATA ne soit pas encore approuvé par le Gouvernement, il apparaît que la CII est en fait déjà liée à ses partenaires par les travaux entrepris en commun. Si l’on se réfère au domaine d'activité de l'association UNIDATA, on constate que THOMSON a permis qu’y figurent les petits calculateurs qui ne relevaient pas de l'exercice de son leadership ainsi que la péri-informatique où la CII devait veiller à ne pas concurrencer les libres activités de ses sociétés-mères et où la C.G.E. détient des positions importantes. C’est ainsi que l’accord approuvé par THOMSON va permettre à UNIDATA de concurrencer directement en France, avec des matériels étrangers, les produits de la C.G.E.

 

Outre les éléments majeurs explicités ci-dessus, il apparaît également :

a - que si des garanties ont été promises, aucune n’a été stipulée au préalable pour préserver l'acquis technique de la C.G.E. en matière de commutation électronique et que,

b - l'accord peut être interprété comme interdisant à la C.G.E. de faire concurrence à UNIDATA pour la totalité de la gamme technique commune qui recouvre un domaine plus large que celui réservé à titre exclusif à la CII par le Plan Calcul.

En plaçant la C.G.E. devant le fait accompli de la signature, le 4 juillet 1973, de l'accord UNIDATA, THOMSON a mis en péril l'avenir même de la CII dont la C.G.E. est un actionnaire important et a compromis gravement le sort de la politique industrielle et commerciale que cette dernière avait très légitimement élaborée et, pour une part non négligeable, déjà réalisée (voir passim la correspondance jointe, l'accord UNIDATA également joint).

5. Aussi la C.G.E., qui a tenu informés les Pouvoirs Publics, a-t-elle d'ores et déjà pris position au sein des Conseils de FININFOR et CII et indiqué qu'elle ne se considérait pas comme liée par l'accord signé, qu'elle confirmait son rejet de tout engagement de quelque nature qu'il soit, lié directement ou indirectement à l'accord en cause, n'apporterait pas son soutien aux opérations notamment financières en découlant, et se réservait d'en tirer toutes les conséquences.

II – L’ABUS PAR THOMSON DE SON LEADERSHIP

1. La C.G.E. estime que l'exposé des faits qui précèdent met à la charge de THOMSON un triple abus du leadership qui lui a été reconnu par la C.G.E. :

- pour en avoir utilisé les prérogatives en dehors du cadre où elle est habilitée à le faire, dans des domaines où les sociétés-mères exerçaient librement leurs activités,

- pour avoir, dans les domaines où elle usait d'un pouvoir qui ne lui appartenait pas, comme dans ceux où elle avait en charge les intérêts de la C.G.E., volontairement omis d’exiger dans la négociation UNIDATA les garanties préalables indispensables, se bornant à faire état de promesses de concertation ultérieure dépourvues de toute efficacité,

- pour avoir autorisé CII à s’engager dans un programme de développement important impliqué par la signature de l'accord UNIDATA alors que THOMSON n'avait obtenu aucun engagement financier ferme ni des Pouvoirs Publics, ni des sociétés-mères de CII commettant ainsi une grave faute de gestion dont les conséquences - qui mettent en jeu la responsabilité financière de THOMSON - devront être précisées par des investigations comptables,

QU'EN OUTRE et plus généralement, s'agissant de problèmes majeurs intéressant les structures sociales et financières comme l'activité d'ensemble de FININFOR et de CII, THOMSON non seulement a omis de s'assurer de l'accord de C.G.E. mais plus encore a passé outre à son opposition expresse et réitérée.

2. Sur les trois premiers points, il n’est guère besoin d'autre démonstration que celle qui figure au § B 4. ci-dessus confortée par le dossier joint.

3. Sur le dernier point, on peut constater que la Compagnie THOMSON s'est comportée constamment comme si le leadership dont elle se prévaut l'autorisait à décider souverainement en toute manière, avec seulement une obligation de consultation de la G.G.E., alors que rien dans les accords de 1969 et leurs annexes n’autorisait une telle interprétation qu'ils démentent au contraire entièrement.

4. Les accords de 1969 ne contiennent pas de définition explicite du leadership de la Compagnie THOMSON mais la lecture des différents passages où la question est abordée (extrait des Accords : pages 11, 21 § 1, 3° a, 22 b, 30 § 3 alinéas 2, 39 § 2 et 3 et nota, 41 § 1 à 3) fait ressortir clairement que si la "responsabilité" (page 30) de THOMSON à raison de sa position "prépondérante" (page 41) ou "dominante" (page 21.) lui confère des prérogatives importantes et notamment l'autorité sur les filiales de FININFOR (page 41), la concertation constante lui est imposée et l'accord de C.G.E. demeure indispensable sur tout ce qui est fondamental.

Le leadership est une responsabilité de gestion des intérêts communs assortie des pouvoirs nécessaires, non un blanc seing.

5. Cette interprétation de la volonté des parties est confirmée par le mode d'exercice qu'elles ont choisi pour ce leadership de THOMSON qui l'assure par une société, FININFOR, où la Compagnie THOMSON aura "au maximum" 52 %, C.G.E. disposant de 48 % (page 39). THOMSON et C.G.E. n'ont donc pas seulement entendu que C.G.E, soit protégée d'abus éventuels du gestionnaire commun par les droits que la loi reconnaît à tout actionnaire minoritaire. L'accord explicite de C.G.E. a été prévu pour toutes décisions relevant de l'Assemblée générale extraordinaire ou qui impliquent nécessairement des modifications structurelles qui requerront un vote de celle-ci.

6. A la lecture de l'ensemble du dossier joint il est évident que la signature de l'accord UNIDATA, par ses conséquences industrielles, commerciales et financières, requérait l'accord de C.G.E.

 

III – LES DEMANDES DE LA C.G.E.

1. La situation dans laquelle se trouve ainsi placée la C.G.E. ne peut recevoir seulement solution par un refus d’approbation de l'accord UNIDATA comme toute nouvelle contribution financière à FININFOR. Les accords que la C.G.E. a signés, non respectés par la Compagnie THOMSON, demeurent et obèrent l'avenir ; elle doit d'abord en être déliée. En outre, le préjudice considérable qu'elle subit doit être réparé.

2. Indépendamment des contacts qui ont été parallèlement pris avec les Pouvoirs Publics pour mettre au point les modalités d'application du Plan Calcul compte tenu de la présente action, la C.G.E. demande, dans le cadre spécifique des accords qui la lient au Groupe THOMSON :

- de déclarer résolues aux torts et griefs exclusifs de la Compagnie THOMSON à compter du 4 juillet 1973 l'Annexe IV Informatique des accords du 5 juin 1969 ainsi que ses additions et modifications en ce que cette annexe et ses modifications établissent un leadership au profit de la Compagnie THOMSON et en prévoient l’exercice par l'intermédiaire de FININFOR, société financière dont la dissolution doit être ordonnée à compter de la même date,

- de dire que la Compagnie THOMSON sera tenue d'indemniser la C.G.E. du préjudice subi par celle-ci du fait :

1) que les fonds importants, destinés à CII, qu'elle a versés au titre du second Plan Calcul à FININFOR se trouvent, du fait de THOMSON, devoir être utilisés pour renforcer les structures et l’action de concurrents directs

2) que par la faute de THOMSON-BRANDT elle subit et est: appelée à subir, de la part de CII, une concurrence indue et, de la part des partenaires étrangers de CII, une concurrence accrue, sous le couvert de l'association UNIDATA.

- de condamner à titre de réparation en conséquence THOMSON à verser à la C.G.E. des dommages-intérêts équivalant aux 2 chefs susvisés de préjudice et dont le montant sera ultérieurement précisé.

 

4 décembre 1973 : lettre de M. Barré au Président du Conseil de Fininfor.

Monsieur le Président,

Comme suite au Conseil FININFOR du 30 novembre, vous trouverez ci-joint le texte de la déclaration que je souhaite voir inscrite au procès-verbal de la séance.

Je vous demande de bien vouloir en tenir copie aux représentants de CGE et de THOMSON.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

M. Barré

DÉCLARATION DE M.BARRÉ, PRÉSIDENT DE LA CII

Situation de la CII

 

1. GÉNÉRALITÉS

A l'approche du terme de l’exercice 1973, il me paraît indispensable d'attirer l'attention du Conseil de FININFOR sur la situation critique dans laquelle la CII se trouve, et sur l'urgence de certaines mesures.

L'accord UNIDATA, signé le 4 juillet 973, fait suite à un accord bilatéral signé le 28 janvier 1972 entre SIEMENS et CII et reprend la plupart des dispositions de ce dernier dans le domaine de l'informatique moyenne. Les mesures spécifiques de l'accord UNIDATA, en court de mise au point, n'ont pas encore donné lieu en attendant l'approbation définitive du Gouvernement, à des engagements significatifs de la part de la CII.

L'accord entre SIEMENS et CII du 28 janvier 1972 fut approuvé sans aucune réserve par tous les signataires du Plan Calcul français.

Cet accord était, en effet, conforme aux stipulations de l'article 3.6. de la Convention Plan Calcul de juillet 1971, prévoyant que la CII devrait, avant 1973, obtenir des conclusions significatives en matière de coopération internationale.

L'accord SIEMENS/CII marque une égalité complète des droits et devoirs des partenaires, et il était apparent dès l'origine, que la CII aurait à assumer un effort particulier pour se hisser au niveau des engagements prévus.

Par ailleurs, les principes techniques adoptés dès l'accord bilatéral de janvier 1972, principes destinés à assurer la compatibilité future des produits de la gamme commune, exigeaient des modifications profondes au programme de la CII et devaient entraîner des dépenses supplémentaires appréciables.

La Délégation à l'informatique et les Maisons-Mères de la CII ont été informées, dès qu'il a été possible, des conséquences prévisibles de l'accord ; celles-ci ont fait l'objet de nombreuses actions, lettres et mémorandums depuis le début de 1972.

 

2. EXERCICE 1973

Si l'exercice 1972 a pu encore s’achever dans le cadre de la Convention Plan Calcul de juillet 1972, l’exercice 1973 ne pourra être équilibré sans une révision qui n’a pas encore eu lieu.

Il s’en suit qu’en l’absence de toute prise de position des signataires du Plan Calcul et, en particulier, de l’État, le bilan de l’année en cours porterait une perte importante.

- Subvention demandée 10

- Intérêts sur cette subvention (6 mois à 12 %) 0,6

- Marchés d’études HT supplémentaires 15

- Intérêts sur ces marchés (6 mois à 12 %) 0,9

- Intérêts sur les capitaux propres non versés 0,5

- Intérêts sur les subventions remboursables FDES versées en retard 0,84

Perte prévisible : 28

 

3. BUDGET 1974

Plus graves encore seraient les conséquences sur l’exercice 1974 qui verrait dans les mêmes conditions, une perte impossible à envisager par la Direction Générale de la CII sans un accord formel du Conseil d'Administration de CII.

La situation se présente, en effet, de la manière suivante :

- Les besoins présentés à la Délégation à l’Informatique en avril 1973 sont les suivants :

- Subvention industrielle 15 MF

- Subvention commerciale 10 MF

- Marchés d’études complémentaires 74 MF

(Sans qu'aucune certitude n'existe actuellement sur le sujet, la Délégation a indiqué à plusieurs reprises que son budget 1974 lui permettait de dégager certains marchés complémentaires).

- L’absence de ces ressources et celle des 20 MF de capitaux propres supplémentaires demandés aux Sociétés-Mères pour la période 1973 - 1974, conduiraient e en outre à des frais financiers en aggravation de 5 MF.

 

4. MESURES A PRENDRE

La perte de l’exercice 1974 resterait considérable en l’absence des ressources nouvelles demandées et la Direction Générale de la CII ne saurait engager la société dans l’exploitation correspondante sans l’approbation formelle de son Conseil d’Administration.

Une analyse a été faite des mesures à prendre au cas où cette approbation ne serait pas obtenue. Les conséquences de ces mesures ont été appréciées :

- Rupture des accords

- Négociation d'un accord limité aux points suivants :

a) Fourniture des X4 et X5 à SIEMENS

b) Achat du X3 à SIEMENS

c) Abandon des systèmes d'exploitation communs et développement de versions adaptées des SIRIS actuels

d) Adoption d'une part du catalogue SIEMENS pour les périphériques en complément des nôtres,

e) Économies draconiennes dans le domaine des softwares d'applications,

f) Indépendance commerciale maintenue, impliquant la restitution à SIEMENS de son action en France,

- Réduction très stricte de personnel et concentration des moyens provoquant le départ d'environ 800 personnes.

Un tel schéma suppose une certaine bonne volonté de SIEMENS. Un refus de sa part mènerait beaucoup plus loin pour les raisons suivantes :

Un retour aux spécifications de la série R (série nouvelle IRIS prévue initialement) introduirait un an de retard par rapport aux dates prévues pour X2 et X4.

Si, sur le plan commercial ce délai supplémentaire est à la rigueur supportable pour le remplaçant de X2, il ne le serait pas pour le remplaçant de X4 qui tomberait vraisemblablement en face de produits concurrents plus performants, (nouvelle ligne IBM).

Sur le plan industriel, ce délai supplémentaire aurait des conséquences graves pour la charge des usines.

En outre, il manquerait au catalogue de la CII l’équivalent de X3 qui serait à étudier complètement ; enfin, sur le plan des périphériques, d'importantes études seraient à reprendre pour revenir aux interfaces nationales.

Les conséquences financières de ces hypothèses ne peuvent être que désastreuses ; elles ont toutes chances de peser aussi lourd que la poursuite de lit coopération, sans apporter des perspectives satisfaisantes à l'avenir de la CII.

 

5. CONCLUSIONS

En terminant ce rapport, il me parait indispensable d’attirer l'attention du Conseil de FININFOR sur la gravité de la situation et sur la nécessité absolue de prendre une position claire vis-à-vis de la Direction générale de la CII.

Au moment où toutes les informations dont nous disposons convergent pour montrer l’extrême difficulté de la tâche qui attend l'informatique mondiale, il n'est pas concevable que la CI 1 s'engage dans l'avenir sans un appui complet de FININFOR et du Gouvernement.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas possible à la Direction Générale de la CII de s’engager sur un exercice 1974 comportant la possibilité de tels déficits sans un accord formel de son Conseil.

J'ai donc l'intention de réunir entre le 15 et le 20 décembre, un Conseil d'Administration de la CII pour lui demander, compte tenu des dernières informations connues à cette date, de choisir entre le budget correspondant à la poursuite de l'effort engagé et un budget de restriction sévère correspondant notamment aux mesures mentionnées au Paragraphe 4 ci-dessus.

19 décembre 1973 : diffusion du rapport final du groupe d’experts ICL – UNIDATA sur la ligne Y (rapport en date du 14 décembre, Grenoble).

Participants à ce groupe :
CII : E. de Robien, JP Renault et L. Bolliet.
ICL : JK Iliffe et BMM Hardisty.
Philips : CS Scholten et CPJ Alewijnse.
Siemens : W. Heimann, H. Wever et P. Muller-Stoy.

Ce rapport en anglais, de 40 pages, n’est pas reproduit ici. Il est consultable aux archives, en 92HIST-DGE09, boîte 8.

 

décembre 1973 : la CGE introduit une action en référé au Tribunal de Commerce, assignant Thomson en désignation d’un administrateur provisoire pour Fininfor.

 

4 janvier 1974 : conférence du président Michel Barré aux cadres de la CII.

Nous reproduisons intégralement cette conférence qui " va être assez longue ", comme le dit le président, mais elle est intéressante car elle retrace l’historique de la situation, des relations avec le Gouvernement et les maisons mères.

Le document ci-après est la mise au propre de la sténographie prise au cours de la conférence, avec les redites ou raccourcis que l’on ne trouverait pas dans un texte écrit, relu et retravaillé.

L'année 1973 s'achève et, en apparence, elle s'achève d'une façon assez satisfaisante ; le chiffre d'affaires prévu dans la convention Plan Calcul est sensiblement conforme aux engagements qu'on nous avait demandés de prendre, comme il l'avait été en 1972, comme il l'avait été en 1971, comme il l'a été en 1970. Sur le plan des prises de commande, grâce à de très gros efforts, à la fin de l'année le budget a également été atteint, et même légèrement dépassé. On pourrait par conséquent penser que la situation est normale et que la CII suit sa trajectoire sans souci et sans problème. En réalité ça n'est pas le cas. La CII est actuellement en train de traverser une crise, une crise grave, qui est, je pense, la crise la plus grave de son histoire et qu'elle ne reconnaîtra pas plus tard je l'espère. Cette crise est due à de nombreux facteurs extérieurs à la Compagnie, et en particulier à l'absence de cohésion de l'environnement de la CII. Cette absence de cohésion, qui remonte loin, et qui est à l'origine de tous les petits problèmes qu'a connus notre société depuis sa création, cette absence de cohésion a éclaté d'une façon évidente, aveuglante à l'occasion de l'accord UNIDATA. Il m'apparaît nécessaire de vous parler de la façon la plus complète qui soit de la situation, qui est assez grave, de façon que vous puissiez l'apprécier vous-mêmes et que vous puissiez répondre à l'extérieur aux questions qui peuvent vous être posées et que vous puissiez interpréter correctement ce qui peut apparaître dans la presse et qui est toujours le fruit d'une pression, d'une tendance qui ne sont pas forcément très impartiales.

Je voudrais tout d'abord, pour vous faire cet exposé qui va être assez long, remonter assez loin. Je remonte à la convention Plan Calcul qui a été signée en juillet 1971, après 18 mois de négociations. Cette convention, qui fixait la carrière de la CII pour les années 1971 à 1975, comportait un paragraphe 3.6 concernant les accords internationaux qui est très important.

Paragraphe 3.6 :

" La nature internationale du marché de l'informatique et l'immensité des moyens à mettre en œuvre pour prendre une part significative de ce marché, exigent que la CII obtienne dès que possible, et en tout cas avant 1973, des conclusions significatives en matière de coopération internationale. Cette coopération doit viser à augmenter la gamme des produits, les débouchés et la rentabilité des participants, sans pour autant faire perdre à la CII son caractère national ainsi qu'il est précisé dans les paragraphes suivants. Les négociations doivent être menées en priorité avec des sociétés européennes, etc. La CII devra en tout état de cause, rester maîtresse de la conception, la production et la commercialisation d’un ensemble de produits suffisamment représentatifs de la totalité de la gamme pour que notre pays soit doté d'une véritable entreprise nationale d'informatique. "

Vous voyez que nous nous trouvions devant un engagement très précis : accords internationaux, européens, avant 1973. Il n'y avait pas une minute à perdre quand on songe que ce papier a été signé en juillet 1971, nous avions 18 mois devant nous pour réaliser cette partie des engagements que nous avions signés. Comme vous le savez, nous n'avons pas perdu une minute pour commencer à discuter, puisque les négociations avec ICL ont pratiquement commencé trois mois après la signature de ce document et qu'au début de 1972 nous signions un accord avec Siemens. Cette même convention portait un paragraphe que je vais vous lire également et qu’il est important de connaître car il justifie l'attitude que nous avons prise plus tard. C'est l'article 18. Il y est dit :

" Au cours du premier semestre 1973, les signataires de la Convention procéderont à un examen d'ensemble des résultats obtenus par la CII, notamment sur le plan de la coopération internationale et de la situation générale, cet examen pouvant conduire à une révision d'un commun accord de certains engagements financiers. " Cette convention a été signée de trois ministres, le ministre du Développement Industriel, le ministre des Finances, le ministre de la Défense nationale, par le président du groupe Thomson le président de la CGE, la président de Fininfor et par moi-même.

Les accords internationaux ont commencé à se manifester, conformément à la ligne directrice qui nous était donnée par la Convention, en janvier 1972, par un accord bilatéral entre Siemens et CII, que j'ai déjà eu l'occasion de vous détailler. Je vous rappelle que cet accord bilatéral avait deux volets, un volet technique produits, un volet commercial. Sur le volet technique produits, nous décidions avec Siemens de mettre rapidement au catalogue une ligne commune de produits complémentaires, sans duplication ni concurrence ; ces produits devaient être compatibles entre eux, et ces produits devaient également assurer la compatibilité avec les lignes antérieures des catalogues des deux signataires de l'accord. Il est important de noter que cet accord avec Siemens n’a pas été remis en cause ultérieurement ou très peu et qu'en conséquence Philips, lorsqu'il est entré dans la combinaison, y a apporté un complément en bas de gamme qui ne remettait pas en cause les dispositions qui ont été associées à l'accord bilatéral Siemens-CII, et par conséquent il y a deux ans que ce volet technique est actuellement signé, en vigueur et qu'il a reçu une approbation générale tant du conseil d'administration que du pouvoir public. Et en deux ans, on parcourt, évidemment, beaucoup de chemin.

Le volet commercial, lui, était différent du volet qui devait être adopté plus tard dans l'accord UNIDATA. En France, CII s'occupait des intérêts français et allemands ; en Allemagne c'était Siemens. Dans tous les autres pays on mettait les moyens commerciaux ensemble et on les rattachait à une holding que possédaient par moitié Siemens et CII. Bien entendu, toujours dans le cadre de cet accord bilatéral, les opérations techniques ou les opérations commerciales devaient demander beaucoup d'argent supplémentaire par rapport au train de vie normal de la CII. Bien entendu la convention que nous avions signée évoquait ces problèmes de coopération internationale mais ne pouvait pas en tenir compte dans la construction des chiffres des comptes, et ce document était basé sur la poursuite des activités de la CII dans le cadre national. La signature d'un accord international était d'ailleurs, comme vous venez de le voir, mentionnée comme un événement tout à fait spécifique qui nécessiterait une intervention, une étude particulière sur le plan financier. C'était valable sur le plan technique et produits, puisqu'il fallut arrêter des études internes que nous avions lancées sur la gamme R, pour repartir sur une nouvelle gamme, ce qui évidemment a conduit à abandonner pas mal de travaux déjà faits, dépenses déjà exécutées, et puis également nous nous trouvions devant un programme de software beaucoup plus ambitieux que le programme de software auquel nous aurions eu à faire face dans la simple prolongation de notre ligne Iris, sans recherche de compatibilité avec un confrère étranger.

La première personne extérieure à la CII qui a perçu l'importance de ce problème est M. Ortoli, le Ministre du Développement industriel, qui, moins d'un mois après la signature de l'accord Siemens-CII, à la fin du mois de février, m'a dit : " Faites attention, vous allez avoir besoin de crédits supplémentaires, il est nécessaire que nous soyons prévenus le plus tôt possible de façon à pouvoir prendre nos dispositions en temps utile. " J'ai tenu le plus grand compte de cette recommandation de M. Ortoli, et à partir du mois d'avril, j'ai régulièrement rédigé des lettres, des mémorandums qui ont été adressés d'une part aux groupes actionnaires de la CII, les maisons mères, et d'autre part à la Délégation à l'informatique. Bien entendu, outre ces lettres, il y a eu de multiples réunions, conférences, visites, déjeuners, conseils d'administration au cours desquels tout ceci a été dit et redit.

Par conséquent, les conséquences de la signature de ces accords européens, bilatéraux, sont des choses qui sont parfaitement connues depuis pratiquement deux ans. Le premier document, 19 avril 1972, évaluation des moyens nécessaires à l'effort de la CII dans l'action conjointe CII-Siemens ; une première évaluation des besoins financiers supplémentaires est établie, le document rappelle l'infériorité commerciale de la CII et la nécessité d'un effort particulier pour tenir l'objectif désirable d'un équilibre des deux partenaires. 27 septembre 1972 : lettre accompagnée de six notes faisant le point des négociations un cours, rappelant les besoins financiers déjà exprimés et attirant l'attention pour la première fois sur l'urgence de certaines dispositions financières ; il est indiqué en particulier que le bénéfice de la coopération internationale ne se fera pas sentir avant 1978, ce qui signifie que le Plan Calcul ne pourra pas s'interrompre brutalement en 1975.

17 octobre 1972: reprise de l'analyse des besoins financiers attachés à la politique commune ; urgence des décisions à prendre et rappelées.

20 novembre 1972 : l'analyse des charges techniques imposées par le programme commun fait apparaître sur le plan technique des besoins complémentaires importants qui sont détaillée pour l'exercice 1973 et évoqués pour les exercices suivants.

Par conséquent, cet accord bilatéral, approuvé sans aucune réserve par tout le monde, a fait l'objet d'une liste d'informations tant sur les problèmes de structure, que sur les problèmes de besoins financiers qu'ils engageaient. Tout au long de l'année 1972, les choses ont été de l'avant, comme je vous l'ai dit, sur le plan technique, les techniciens des deux sociétés ont beaucoup travaillé, ont fixé les caractéristiques des produits nouveaux et se sont embarqués dans des études nouvelles. Sur le plan commercial, certaines mesures sont entrées en vigueur ; la plus visible a été, à la fin de l'année 1972, ou plutôt en janvier 1973, l'absorption par CII de l'informatique de Siemens-France et l'opération symétrique en Allemagne, décision qui a été ratifiée par le conseil d'administration de la CII en décembre 1972, et opération qui a été exécutée, comme je viens de le dire, en janvier 1973. Je précise ces dates, car vous verrez tout à l'heure que cette décision du conseil n'a pas été encore exécutée, disons, sur le plan financier, pour des raisons que je vais vous exposer.

En juillet 1973, le 4 juillet, les négociations avec Philips étant arrivées à leur terme, l'accord UNIDATA a été signé. C'était un accord triangulaire qui apportait peu de choses sur le plan technique produits, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, mais qui, par contre, modifiait profondément les données relatives à l'organisation commerciale et ceci à cause de la nature un peu particulière du nouveau partenaire de l'association. Bien entendu une information préalable, avant la signature, avait été faite à tous les partenaires du Plan Calcul français. Dès décembre 1972, les pouvoirs publics, les maisons-mères, avaient eu entre les mains le premier projet d'accord qui, certes, n'était pas le projet définitif sur lequel il y avait encore un certain nombre de points à discuter, à mettre au point, mais qui préfigurait assez bien le texte définitif que nous devions signer en juillet suivant. A cette même date, le 11 décembre 1972, nous faisions parvenir aux mêmes destinataires une lettre qui remettait à jour les besoins financiers supplémentaires impliqués par la coopération dans le domaine commercial et dans le domaine technique ; la lettre posait en outre les questions suivantes : est-ce qu'il est possible au cours de l'année 1973 et si possible avant la fin du premier semestre de mettre au point les engagements réciproques des partenaires du Plan Calcul pour l'année 1975 ? Pourra-t-on prendre en considération les charges nouvelles provoquées par la coopération internationale, sans altérer pour autant les crédits destinés à la poursuite des activités normales de la CII ? Sera-t-il possible au cours de l'année 1973, et si possible avant la fin du premier semestre, d'obtenir des diverses parties intéressées un engagement formel concernant la poursuite du Plan Calcul au-delà du 1er janvier 1976 ?

Le 18 janvier 1973, la Délégation à l'Informatique nous répondait, d’abord en approuvant les opérations Siemens-France, ensuite elle enregistrait le fait que le plan de financement de la CII annexé à la convention de 1971 devait être revu, et elle se déclarait prête à examiner les perspectives d'évolution à long terme de la Compagnie dès que les éléments nécessaires auraient pu être établis. Il s'agissait donc de remettre à la Délégation à l'Informatique le plus vite possible un document complet et cohérent qui permette l'étude prévue au paragraphe 18 de la convention sur les modifications à apporter au Plan calcul pour tenir compte de la coopération internationale, Nous nous sommes mis au travail et les chiffres définitifs ont été rassemblés dans un document qui s'appelle " Projet d'avenant à la Convention Plan Calcul ", transmis aux maisons-mères d'une part et à la Délégation d'autre part le 12 avril pour la première fois ; c'est un document très complet, faisant l'historique de la CII, montrant le chemin parcouru, présentant l'état de la société à ce moment-là, montrant tous les mécanismes mis en cause par la coopération et donnant, d'une façon assez détaillée, tous les chiffres nécessaires pour la poursuite de nos affaires, tant sur le plan des marchés d'étude, que sur le plan des subventions, sur le plan des capitaux propres et des emprunte à long terme. A cette occasion-là il a été rappelé, et c'est un point important, que l'exercice 1973 était grevé de charges non prévues à l'actuelle convention, qu'on était déjà le 12 avril et qu'il était indispensable que certaines décisions soient prises au plus tôt pour que l’exercice 1973 ne souffre pas d'une certaine discordance entre les ressources accordées par le Plan Calcul et les dépenses que nous étions réellement amenées à faire. Le document dont je vous parle couvrait les années 1973-74 et 75 ; il nous paraissait en effet possible, à partir des renseignements que nous avions, de faire une évaluation sérieuse de ce que seraient les années 1973-74-75 ; au-delà de 1975, et même déjà pour 1975, ça commençait à devenir délicat car il est bien certain que les besoins financiers dépendront dans une très large mesure du programme d'UNIDATA, association dans laquelle nous avons un rang à tenir. Et tant que UNIDATA n'a pas réalisé ce programme d'ensemble, comportant si vous voulez un échéancier d'investissements, un échéancier de pertes, un échéancier de charges techniques, etc., il était vraiment difficile à la CII de jouer les prophètes, les devins et puis de mettre des chiffres sur le papier qui risquaient de se trouver faux du simple au double et nous mettre dans une situation très difficile. Par conséquent nous avions dit, nous pouvons le faire pour 1973-74 et 75, pour le reste il faudra attendre qu'UNIDATA ait fait son plan d'ensemble. Je vous signale d'ailleurs que nous n'étions pas du tout tenus d'aller au-delà de l’année 1975. Je vous rappelle l'article 18 qui prévoit bien un aménagement de la " présente convention ", qui elle va jusqu'en 1975 et pas plus.

Si nous avons mis entre les mains de nos maisons-mères, en décembre 1972, et entre les mains de l'État pour la première fois, un document faisant le point de... non... un avant-projet de l'accord UNIDATA, il se trouve qu'au même moment, et sans qu'il y ait la moindre corrélation entre les deux phénomènes, les relations entre nos deux principales maisons-mères ont commencé à s’aigrir. Il est important que je vous rappelle, ou je vous apprenne, comment ces deux maisons-mères se sont trouvées liées à la suite d'un accord qui est intervenu entre elles au cours du premier semestre 1969. A cette date les deux groupes, constatant qu'ils étaient concurrents dans un très grand nombre de domaines et qu'ils se faisaient beaucoup de mal pour le bénéfice peut-être des clients mais certainement pas le leur, ont décidé de rectifier la frontière. C'est ce qu'on a appelé le " Yalta de l'électronique " à l'époque, bien qu'il ne concerne pas que l'électronique. En gros on peut dire que certaines opérations ont mis de l’ordre dans les deux domaines ; c'est ainsi que par exemple la CGE a récupéré le contrôle d'Alsthom Électrotechnique ; inversement le groupe Thomson a récupéré tout ce qui était radioélectricité à la CIT, et a récupéré également l'exclusivité du domaine des réfrigérateurs, machines à laver, téléviseurs etc., matériel grand public. Il y avait deux domaines particulièrement sensibles pour lesquels une solution claire et nette n'avait pas été prise et qui impliquaient une coopération étroite des deux maisons, des deux groupes. L'une, c'était le domaine des télécommunications fil, plus exactement du téléphone et l'autre le domaine de l'informatique. Dans le domaine des télécommunications fil, il avait été décidé qu’une société commune serait créée, baptisée " COMECTRON ", cette société COMECTRON était à majorité CGE et à minorité Thomson, et elle devait piloter l'action commune dans le domaine du téléphone étant entendu que ce pilotage revenait donc à la majorité CGE, qui était chef de file, qui elle se chargerait des problèmes système, que le groupe Thomson, en particulier, fournirait les composants, et que la CII fournirait les calculateurs. Malheureusement peu de temps après la création de cette société COMECTRON, la politique générale du groupe CGE l'a amené à faire une alliance avec ERICSON dans le domaine du téléphone en France, et à créer une société qui s'appelle CITEREL ; et les marchés d'étude que les PTT adressaient... devaient adresser dans le schéma initial à Comectron, c'est finalement Citerel qui les a eus. Sur le plan de la CII nous n'en avons pas souffert, car les PTT tenaient n'importe comment à ce que l'acquis apporté à la CII par le Plan Calcul soit utilisé dans le téléphone ; et par conséquent nous avons reçu notre part de marché de Citerel au lieu de la recevoir de Comectron, mais nous avons bien reçu ce que nous devions recevoir. Par contre le groupe Thomson, lui, a estimé qu'il était lésé dans l'opération, qu'il était le dindon de la farce, puisqu'il restait tout seul pratiquement dans un Comectron qui se desséchait sur pied et qui effectivement était devenu simplement un lieu de concertation sans aucun travail effectif et la coopération envisagée dans le domaine des télécommunications fil, entre les deux groupes Thomson et CGE, il faut reconnaître qu'elle a été totalement inexistante. C'est pourquoi, lorsque, à la fin de l'année 1972, M. Hubert Germain, ministre des PTT a brusquement décidé d'élargir l'éventail des fournisseurs des PTT dans le domine du téléphone en faisant appel à d'autres industriels dont la Thomson, la Thomson a estimé qu'elle pouvait bénéficier de cette excellente occasion puisqu'elle n'avait pas bénéficié de l'avantage contractuel que lui avait donné l'opération Comectron. La CGE, bien entendu, ne l'entendait pas de cette oreille et ceci est le premier signe du conflit pointu qui s'est développé entre les deux groupes. Il faut dire que... bon, nous reviendrons à ça après.

Du côté de l'informatique, une situation différente mais tout de même assez symétrique avait été envisagée. Une société commune avait été créée également, qui s'appelle Fininfor ; dans cette société commune, c'était Thomson à son tour qui était majoritaire, de très peu, 52 % du capital à la Thomson contre 48 % à la CGE. Et cette société Fininfor reçut toutes les participations de Thomson et de CGE dans la CII. Or dans la CII, en gros, on peut dire que le groupe Thomson avait 31 %, la CGE 30 %, les autres c'est 20 % à Schneider, 10 % à l'époque à l'IDI, etc. enfin l'IDI n'y était pas enfin disons aujourd'hui c'est à peu près comme ça que ça se présente et par conséquent personne n'était majoritaire et la CII n'avait pas une autorité tutélaire. Grâce à la création de Fininfor, cumulant les participations des groupes CGE et Thomson, Fininfor se trouvait avoir un peu plus de 60 % du capital de la CII et se trouvait donc majoritaire absolue ; et à l'intérieur de Fininfor, Thomson avec son 52 % était le patron de Fininfor et donc à travers Fininfor était le patron de la CII. C'est une construction juridique et sociale tout à fait valable ; disons que lorsqu'il s'agit de groupes de la taille du groupe Thomson et du groupe CGE, ce genre de majorité est quand même assez fragile, et l'expérience est d'ailleurs en train de le montrer d'une façon éclatante. Quand le conflit a éclaté entre les deux maisons, l’année dernière, pratiquement je crois que c'est aux environs de novembre 1972, ceci a coïncidé justement avec le démarrage des discussions sur le texte définitif de l'accord d’Unidata, et là, la CGE a trouvé dans cet accord l'objet d'une nouvelle contestation du rôle de la Thomson. En effet la CII est titulaire d'un domaine exclusif dans lequel ses maisons-mères ne doivent pas intervenir ; c’est le domaine des unités centrales et celui des périphériques lourds. Ni CGE ni Thomson n'ont le droit - et je pense ni l’envie - de mettre au catalogue un ordinateur de milieu de gamme, des mémoires à disques de grande capacité etc., ils n'ont pas le droit de le faire. Par contre, dans le domaine de la péri-informatique, les transmissions de données, les terminaux ou les visus, etc. dans ces domaines-là il n'y a pas d'exclusivité à la CII, et chacun reste libre. La CII peut en faire, mais le groupe Thomson peut en faire et la CGE aussi. La CGE, lisant, l'accord que nous allions signer avec Philips et Siemens, a fait remarquer que l'application de cet accord couvrirait inévitablement un domaine beaucoup plus large que le domaine de l'informatique lourde et qu'en fait il s'agissait de vendre des systèmes, des systèmes qui comporteraient des transmissions de données, des terminaux lointains etc., et que par conséquent la politique d'UNIDATA risquait de porter du tort aux politiques des maisons-mères de la CII, disant tant qu'il s'agissait de la CII, ce n'était pas très grave, parce que la CII n'était encore qu'une petite société, mais au niveau d'UNIDATA qui a l'ambition de devenir une espèce d'IBM européen c'est très différent, et d'autant plus que dans cet UNIDATA il y a justement Philips qui est spécialisé dans les petits matériels, et qui sera bien placé pour pouvoir faire des terminaux le cas échéant, par conséquent nous trouvons qu'il est extrêmement dangereux que UNIDATA puisse pratiquer, sans contrôle de notre part, une politique dans le domaine des terminaux, enfin, disons, dans le domine de la péri-informatique. Et ils ont ajouté " s’il y a des décisions à prendre à la CII pour défendre les intérêts français, si les intérêts de Thomson et de CGE ne sont pas cohérents, qu'est-ce qui pourra arbitrer, c'est Fininfor " ; Fininfor est une majorité Thomson et ceci donne donc par conséquent à la Thomson la possibilité d'imposer à la CII une politique en matière de péri-informatique qui est favorable à la Thomson et hostile à la CGE. Or Fininfor n'a jamais été fait pour ça ; Fininfor est un organisme de commandement et de gestion de l’informatique lourde ; il n’a pas à s’occuper de périphériques. C'était très subtil évidemment, mais disons que ça nécessite une exégèse d'un très grand nombre de textes, de lettres, de documents anciens, de traités d'apport, de la SPERAC en particulier, de la création ... pour y voir tout à fait clair. Bien entendu le groupe Thomson considère que cette interprétation de la CGE est totalement erronée, mais la CGE tient mordicus à sa position. Dès le début de l'année 1973, au mois de mars, la CGE a demandé que la négociation concernant la péri-informatique avec Siemens et Philips se fasse non plus à trois, Philips, Siemens et CII, mais à cinq, Siemens, Philips, CII, CGE et Thomson, de façon à ce que il puisse se discuter de tous les problèmes de péri-informatique en tenant compte des intérêts des deux maisons-mères. Après réflexion, je m'y suis opposé, en disant que de deux choses l'une : ou bien les trois partenaires français étaient d'accord sur une politique commune, et à ce moment là ce n'était pas la peine d'y aller à trois, il suffisait que les Allemands et les Hollandais aient un interlocuteur, c'est à dire nous, et que nous défendrions la position commune – je ne voyais pas d'ailleurs d'inconvénients à être accompagné par un représentant des maisons-mères – mais qu'il n'y avait pas lieu de venir en bande en disant nous sommes trois parties prenantes. Je leur ai dit, et c'était vrai, que l'accord était déjà suffisamment difficile à négocier pour ne pas venir y rajouter des interlocuteurs supplémentaires si ce n'était pas indispensable. Je leur ai dit : " si par contre nous ne sommes pas d'accord sur la politique commune, alors je suis encore bien plus opposé à une réunion à 5, qui montrera en face de partenaires monolithiques, qui ont une politique unique et cohérente dans tous les domaines d'informatique, péri-informatique, téléphone, transmission de données, de mettre en face trois intérêts français divergents, qui montreront de la façon la plus éclatante à nos partenaires que nous ne nous entendons pas. " Les réunions à 5 n’ont donc pas eu lieu et nous avons simplement introduit dans le texte de l'accord, avec l'accord de nos partenaires, que, ultérieurement, après la signature, le jour où on en viendrait à parler de péri-informatique, pourraient participer, sur invitation à ces réunions, les maisons-mères de la CII et même les divisions sœurs des divisions informatiques de Siemens et Philips. C'était tout à fait cohérent. Cette solution n'a pas satisfait la CGE. Que s'est-il passé ? Avant la signature de l'accord UNIDATA j'ai été voir M. Charbonnel avec M. Richard et M. Charbonnel nous a donné de la façon la plus claire qui soit son accord préalable, tel qu'il est prévu d'ailleurs et réclamé dans la convention Plan Calcul, pour la signature de l'accord. Puis nous avons réuni le conseil de Fininfor, et à ce conseil le groupe Thomson a voté pour la signature, la C.G.E. a voté contre. Comme le groupe Thomson est majoritaire, Fininfor a décidé qu'on signerait. Quelques jours après, il y a eu le conseil de la CII, qui s’est tenu je crois le 3 juillet, ou le 2 juillet, la veille ou l'avant-veille de la signature. Au cours du conseil les administrateurs de Thomson, de Schneider et de l'IDI ont voté pour la signature de l'accord d'UNIDATA, et les administrateurs originaires de la CGE se sont abstenus. Ils n'ont pas voté contre, mais se sont abstenus. Par conséquent la décision prise par le conseil de la CII a été une décision prise à une large majorité sans aucun vote contraire. Mais la CGE n'a pas pour autant renoncé à ses positions, bien au contraire, et depuis elle a évidemment fait campagne contre l'accord UNIDATA, faisant valoir que c'était très dangereux pour ses intérêts. La CGE a demandé au groupe Thomson l'intervention d'un arbitre, M. Huvelin, ancien président du patronat français, et il y a quelques jours, vient d'introduire un référé contre le groupe Thomson en demandant que Fininfor soit dissous, paralysé jusqu'à nouvel ordre pour en quelque sorte abus de majorité. Ceci fait que depuis six mois notre majoritaire Fininfor est un partenaire muet puisqu'il est pratiquement paralysé par le pugilat qui sépare nos deux maisons-mères. C'est une chose tout à fait regrettable, mais pas tout à fait étonnante, car même à une époque où les deux groupes s'entendaient bien, leurs intérêts n'étaient pas forcément tout à fait cohérents et des difficultés apparaissaient régulièrement pour traiter certains problèmes du fait de tendances contradictoires. Là, il était inévitable que ce soit à l'occasion d'UNIDATA ou une autre occasion qu’un pareil conflit se développe, car pour qu'il n'y ait pas eu de conflit entre les trois partenaires, les deux mères et la fille, il aurait fallu qu'une politique cohérente et coordonnée soit maintenue entre les trois, dans le domaine informatique. Or ce n’est absolument pas le cas ; la CGE pratique une politique informatique totalement indépendante de la CII, et le groupe Thomson lui-même mène une politique qui est plus couplée avec nous, mais qui est également assez largement indépendante. Il était donc tout à fait naturel que les intérêts des deux maisons-mères sur la coopération avec la CII ne convergent pas.

Je vous ai parlé des événements du côté des maisons-mères. Maintenant, du côté du gouvernement les choses n'ont pas été plus simples. En effet, M. Ortoli quitta son poste au début de lannée 1973, fut remplacé par M. Charbonnel, qui ne connaissait absolument pas le dossier, et qui s'est trouvé rapidement confronté avec des problèmes d'horlogerie qui l'ont beaucoup occupé... ce qui fait qu'il n'a pas eu beaucoup le temps de s'occuper du dossier informatique. En plus de ça, il a été, alors qu'il n'était pas du tout au courant, soumis à des influences contradictoires, évidemment en provenance, je suppose, des deux maisons-mères, et il a fait montre d'une très grande perplexité. Quand nous sommes venus le voir avec M. Richard à la fin du mois de juin lui demander son accord sur l'accord UNIDATA il nous l'a donné de la façon la plus claire oralement. Mais nous ne l'avons reçu par écrit qu'au mois de novembre et au mois de novembre il était assorti de tout un ensemble de réserves qu'il n'avait pas émises oralement au mois de juin, et qui, disons, en atténuaient singulièrement la portée. Cela n'était pas en soi-même extrêmement grave car, comme je vous l'ai dit, sur le plan technique et industriel, les mesures en cours d'application relèvent pratiquement toutes de l'accord initial qui lui a été approuvé avec Siemens seul.

En ce qui concerne les mesures nouvelles, relevant véritablement de l'accord UNIDATA, ces mesures-là ne sont pas encore entrées en vigueur ; au cours de ce dernier trimestre 1973, elles ont fait l'objet d'études, de mises au point, de discussions, mais pas de mise en œuvre, ce qui fait que, dans le fond, nous avions préparé la mise en œuvre d'UNIDATA, mais nous ne l'avions pas effectivement mis en œuvre.

Au reçu de la lettre de M. Charbonnel, notre première réaction a donc été de dire " faites attention, certes nous travaillons avec Siemens depuis janvier 1972 dans le domaine technique, avec l'approbation générale, et nous n'avons pas encore mis en œuvre l'accord UNIDATA, spécifiquement sur le plan commercial. Mais ça ne va pas durer, et à partir de la fin de l'armée 1973 nous allons nous trouver devant des décisions à prendre; il va falloir marcher, par conséquent il faut que vous nous disiez, du côté du gouvernement, si oui ou non nous pouvons y aller. " Et c'est là où il s'est fait une espèce de cercle vicieux, entre des maisons-mères qui ne s'entendaient pas et qui disaient " moi, je regrette, mais la suite des opérations est une lourde responsabilité, nous voulons être absolument sûrs que le gouvernement sait où il va et a bien l'intention de faire face aux engagements supplémentaires que ça demandera " et où de son côté le gouvernement disait " je ne peux pas m’embarquer dans cette aventure en y engouffrant des sommes d'argent considérables, sans être certain d'un environnement industriel autour de la CII qui y croit et qui mène une politique volontariste. " C'est vous dire qu'il n'était pas facile de sortir de ce cercle vicieux.

Je suis bien entendu intervenu un peu partout et le 4 décembre 1973 nous avons mis au point, sur le plan intérieur, ici, un mode d’action qui nous paraissait de nature à faire sortir le char de l'ornière, essayer de décomposer le problème en plusieurs étapes. Premier problème, le plus urgent, c'est celui qui consiste à dire " réglons les exercices 1973 et 1974. Au cours des exercices 1973 et 1974, au cours de 1973 pour le passé, et les engagements pour 1974, correspondent des décisions qui relèvent pratiquement toutes de l'accord Siemens-CII qui a été approuvé il y a deux ans. Il faut régulariser ça, appliquer la deuxième convention Plan Calcul, et faire une révision. " Nous avons remis deux dossiers à cette occasion, l'un pour l'année 1973, l'un pour l’année 1974, justifiant les crédits complémentaires qui sont nécessaires pour rééquilibrer ces deux exercices. Nous avons dit, ça c'est la chose la plus urgente, parce que pour 1973 il est trop tard, et pour 1974 si nous n'avons pas cette promesse de rééquilibrage, il n'est pas possible au président de la CII de s'embarquer dans un exercice 1974 qui apportera un certain nombre de dizaines de millions de perte. Ou bien nous sommes sûrs qu'un avenant à la convention tiendra compte de toutes les dépenses supplémentaires que nous engageons, ou bien nous sommes obligés d'arrêter pile pour essayer de ne pas dépenser tout cet argent. Et nous ne pourrons pas faire ça au mois de mai, ça sera trop tard. C'est en janvier qu'il faut le faire. Par conséquent une prise de position sur les régularisations de 1973 et 1974, nous l'avons demandée d'extrême urgence et ça c'est la première étape. Deuxième étapes nous avons dit " on ne peut pas demander à nos partenaires hollandais et allemands de bien vouloir suspendre la mise en œuvre de l'accord UNIDATA jusqu'à ce que le gouvernement voie clairement ce qu'il désire faire, et par conséquent si nous nous arrêtons, si nous suspendons notre coopération en la mise en place d'UNIDATA, nos partenaires continueront sans nous et le jour où nous déciderons de rejoindre, si même nous ne rejoignons pas dans des conditions ayant pris des retards tels par exemple que ça ne soit plus applicable pour eux, je dis même si nous pouvons réintégrer sans problème, nous nous trouverons évidemment devant des dispositions qui auront été prises sans nous et je ne pense pas que ce soit extrêmement heureux pour les intérêts français. Troisièmement, nous allons faire avec nos confrères hollandais et allemands un plan à 5 ans d'UNIDATA, plan qui nous permettra dans quelque temps de dégager l'enveloppe de l'effort financier nécessaire du côté français pour tenir notre rang au sein d'UNIDATA d’une façon convenable, et par conséquent pour rédiger et signer une nouvelle convention Plan Calcul pour les années 1975-1980 plus tard. C'est donc les propositions que nous avons faites au ministre. Ces propositions ont été assez bien accueillies en ce qui concerne la régularisation des années 1973 et 1974. Par contre en ce qui concerne le caractère inéluctable d'une approbation immédiate, définitive et sans retour de l'accord UNIDATA, il s’est avéré que le ministre était quelque peu traumatisé par des bruits qui avaient couru concernant les pertes enregistrées par nos partenaires.

Comme vous le savez, nous sommes un métier dans lequel on peut suivant la façon dont on comptabilise, faire apparaître des pertes, des bénéfices, une situation équilibrée, ça dépend du degré de risques qu'on peut accepter. Je pense que si vous prenez la CII, si elle vendait tous ses produits, au tarif catalogue, il est probable qu’elle ferait peut-être une cinquantaine de millions de bénéfices annuels. Si elle les louait, complètement, sans faire aucun lease-back, rien du tout, sans société de leasing, elle perdrait probablement 70 millions par an. Et toute combinaison comptable permet pratiquement de situer une perte entre les deux, la seule chose c'est qu'on doit décider d'un système comptable et qu'on doit s'y tenir. En ce qui nous concerne, je vous rappelle rapidement que nous utilisons une société de lease-back, qui s'appelle la CILOMI, que nous lui vendons nos produits, qu'elle nous les loue, et que nous les relouons à nos clients, ce qui fait que nos clients ne connaissent que nous, mais qu'en fait l'argent que nos clients nous donnent, leurs loyers, nous le renvoyons à la CILOMI, société de leasing, puisque c'est elle qui est propriétaire du matériel. La seule chose c'est que nous ne pouvons pas vendre à la CILOMI le matériel à son prix de catalogue parce qu’on n'est jamais sûr qu'un produit en location ne vous reviendra pas avant la fin de son amortissement. Il est donc nécessaire de constituer, en quelque sorte, des provisions pour retour, et ces provisions pour retour sont matérialisées par le fait que le prix de vente à la société CILOMI est un prix inférieur au prix catalogue ; actuellement ce rabais est de l'ordre de 20 %. Comme vous pensez bien que nous n'avons pas 20 % de bénéfice, ça signifie par conséquent que le système n'est pas mauvais, mais qu'il n'est tout de même pas l'idéal pour faire apparaître des bénéfices à la CII. Il se trouve que le dispositif ainsi mis en place nous permet, en exploitation normale, et avec l'expansion que nous avons connue jusqu'à présent, d'obtenir un résultat sensiblement nul. Mais nos confrères allemands et hollandais ne pratiquent pas ou pratiquent très peu le lease-back, et par conséquent supportent la totalité du poids du mécanisme de la location. A ceci on peut ajouter évidemment des méthodes de conservation à l'actif des produits, en fonction de la longueur des contrats qu’on a en portefeuille, ça peut conduire à des amortissements plus ou moins grands suivant qu'on est plus ou moins riche. Disons que ça soit pour une raison, ou que ce soit pour une autre raison, les chiffres qui avaient couru avaient effectivement traumatisé le ministre et les maisons-mères qui se sont dit " mais si les partenaires de la CII font des investissements de cette dimension là, c'est tout à fait déraisonnable, on ne peut pas s'embarquer là-dedans " et ça a été une raison supplémentaire pour accroître la perplexité du ministre, et l'empêcher de prendre une décision claire et nette. Bien entendu cette histoire de résultat d'exploitation fait l'objet actuellement d'une étude entre nous trois et de ce que j'ai pu moi-même regarder avec un crayon et un papier, je vois bien qu'il y a une part artificielle très importante là-dedans, et que finalement les écarts seront probablement d'un ordre beaucoup, beaucoup plus acceptable que ce qu'il avait paru au premier abord.

M. Charbonnel, néanmoins, sous le coup de cette impression, a donc répondu au dossier, à la lettre que je lui avais envoyée le 21 novembre, en certes laissant entendre qu'il envisageait très favorablement la régularisation des années 1973 et 1974, mais en maintenant toutes ses réserves concernant la progression de l'accord UNIDATA, demandant en quelque sorte que nous voulions bien suspendre un peu la mise en œuvre de l'accord UNIDATA jusqu'à ce qu'on y voie clairement les chiffres, en nous disant " amenez-moi d'abord un plan à 5 ans, et puis à ce moment-là nous verrons bien. " Alors c'était un peu une conversation de sourds, et le 20 décembre j'ai été rendre visite à M. Charbonnel avec M. Richard, et nous avons expliqué M. Charbonnel que sa position n'était pas très réaliste et qu'en réalité il ne s'agit pas de savoir si on mettrait en œuvre ou pas les accords UNIDATA, mais que déjà sur le plan technique et industriel la roue tournait depuis deux ans et que par conséquent un chemin considérable avait déjà été parcouru et que l’idée de suspendre ça pendant 6 mois n'avait littéralement aucun sens, et que du côté commercial ne pas agir pouvait effectivement aussi avoir des conséquences très graves sur le plan de la position de la CII à l'intérieur d'UNIDATA. Il s'est rendu à ces arguments et il nous a dit " eh bien écoutez, alors je suis d'accord, continuez la mise en œuvre à l'intérieur d'UNIDATA, nous régulariserons très vite, puisque c'est en cours de discussion, les années 1973 et 1974, seulement il doit être entendu que, avant le mois de mai j'aurai sur mon bureau une esquisse des perspectives d'avenir d'UNIDATA, d'où il sera possible de tirer les besoins financiers nécessaires à la CII pour tenir son rang dans l'association. " Cette prise de position du ministre est tout à fait cohérente avec la prise de position du groupe Thomson, et par conséquent si les choses se déroulent comme ça, eh bien, disons que le problème sera réglé et nous en serons sortis. Mais j'attends une confirmation écrite de ce papier. Cette confirmation écrite, tant que je ne l'aurai pas, je n'y croirai pas, et par conséquent... et c'est ça si vous voulez, en ça que la situation est grave, c’est que j'estime que nous avons été aussi loin que nous pouvions aller dans une situation ambiguë. A partir de maintenant, tout le monde, et pas seulement la CII, doit pouvoir prendre ses responsabilités. Ou bien ces responsabilités seront prises clairement, et nous irons de l'avant, et ça se passera bien, ou bien elles ne seront pas prises clairement, et à ce moment-là il y aura certainement une crise très grave. Il ne faudrait pas croire que les problèmes avec les maisons-mères, le gouvernement et l'accord d'UNIDATA sont les seules difficultés que la CII a connues pendant cet exercice, et qu'elle connaît actuellement. Tout d'abord il y a eu à faire face à l'augmentation inattendue et brusque du loyer de l’argent, 3 %, intervenue au mois de juin dernier. Ceci a des conséquences graves pour nous, parce que la CII vit dans un système entièrement cohérent, qui est la convention Plan Calcul dans lequel tout a été prévu. Tant qu'on se tient à l'intérieur des hypothèses de la convention Plan Calcul, la CII est la plus heureuse des sociétés car elle n'a pas tellement à ne soucier de l'origine des capitaux d'emprunt dont elle peut avoir besoin, tout est prévu. Mais si par hasard elle sort, s'il y a un des paramètres qui sort, à ce moment-là c'est le système des vases communicants, le système se dérègle, et en l'occurrence cette augmentation du taux se répercute évidemment directement sur les résultats, mais ils se répercutent également d'une double façon parce qu’une partie importante des capitaux d'emprunt est destinée à la CILOMI qui porte tout le poids de notre parc en location, et qui est obligée de répercuter sur nous, au travers de nos prix de cession, ses frais financiers, ce qui fait que nous supportons en quelque sorte non seulement le supplément de frais financiers apportés par notre exploitation, mais également le supplément de frais financiers apporté par l'application des 3 % au parc, et ceci constitue une charge énorme qui détériore beaucoup les résultats. Cela aussi est tout à fait imprévu et pas du tout conforme à ce que les ministres ont signé dans la convention et nous basant sur le fait que dans l'article 18 il est écrit que non seulement c'est la situation internationale mais aussi la situation générale qui peut justifier certains rajustements financiers, je vous signale que nous avons introduit, à l'intérieur des dossiers que nous avons réclamés à l'État, nous avons introduit une rectification de cette perte.

Quoiqu'il en soit, pour l'avenir, notre direction financière est en train d'examiner les possibilités d'obtenir de l’argent à des taux un peu plus comestibles ; avant la crise du pétrole le bruit courait qu'on reviendrait à des taux plus décents aux environs du mois de février-mars, mais maintenant, avec la crise du pétrole, on ne sait plus du tout où on va. Deuxième cause de soucis : c’est l'attitude de notre confrère IBM, qui évidemment a supporté un recul désagréable en France et d'ailleurs dans l'Europe entière entre 1971 et 1973 puisqu'il est passé de plus de 60 % à moins de 50 % des livraisons annuelles, et qui a réagi avec efficacité et vigueur, avec une politique de prix qui finalement se traduit par une réduction progressive de nos marges. Certes on ne peut pas dire que la CII est un organisme budgétivore et improductif, ou tout au moins si elle l'est, elle l'était encore beaucoup plus autrefois qu’elle ne l'est aujourd'hui, puisque si on regarde les trois dernières années on s'aperçoit que le chiffre d'affaires a augmenté de plus de 150 % alors que les effectifs ont monté de moins de 60 % ; cela prouve tout de même que les gens travaillent plus et que les gens travaillent d'une façon plus efficace qu'ils ne travaillaient il y à plusieurs années. Je ne pense pas qu’un gain comme celui-là puisse se répéter indéfiniment et je ne crois pas que dans trois ans le chiffre d'affaires aura pu monter encore de 150 %, avec un effectif qui augmente de 60 %. Il est vraisemblable, si vous voulez, qu’arrivés à un certain stade les pour-cent deviennent plus difficiles à atteindre. J'ai un peu l'impression que nous en sommes là. Et le passage d'un régime de rentabilité à un autre régime de rentabilité a peu de chance de s'effectuer uniquement à partir de l'amélioration de la productivité des hommes, mais surtout à partir de l'amélioration de la productivité des produits, c'est-à-dire l'amélioration des technologies. Et cela représente l’introduction de technologies nouvelles qui sont des choses que, sauf IBM, on ne peut pas avoir en réserve tout le temps pour pouvoir sortir au bon moment ; nous les sortons quand nous pouvons les sortir à intervalles réguliers. En attendant nous sommes là dans une situation difficile, qui est particulièrement sensible par exemple dans le domine des mini-calculateurs aujourd'hui, mais qui est également valable dans les autres domaines, il faut le reconnaître, en particulier sur nos calculateurs de gestion du catalogue qui sont les moins récents.

J'ajouterai à ça que la crise de l'énergie qui est en train de se développer n'a pas l'air de nous toucher sur le plan industriel, mais qu'il est bien probable qu'elle nous touchera sur le plan commercial parce que les investissements informatiques sont peut-être plus faciles à sacrifier que d'autres en clientèle et il y a probablement un certain nombre de directeurs généraux qui diront, bon, eh bien le remplacement de l'ordinateur par la taille au-dessus, ça marchera bien encore un an comme ça... Et par conséquent je pense que nos directeurs commerciaux vont avoir des mois difficiles peut-être devant eux.

En bref, je crois que nous allons passer d'un régime d'expansion ultra rapide à un régime de stabilisation. Ce n'est pas une mauvaise chose, car ça nous permettra probablement de mettre de l'ordre dans nos affaires, dans notre façon de travailler, mais ça doit nous obliger également à pratiquer certaines économies. Il y a un certain nombre de dépenses qui ont un caractère d'investissement pour l'avenir et qui ne sont justifiées que parce qu'ils préparent des chiffres d'affaires plus élevés. A première vue le chiffre d'affaires de l'année 1974 ne sera guère supérieur à celui de l'année 1973 ; il faut s'adapter à cette nouvelle situation. La meilleure façon de s'y adapter sera de faire des économies strictes; les économies habituelles comme vous le savez se font sur le plan du personnel, dans le domaine des indirects. Je souhaite très vivement que la CII n'ait pas à faire des économies de cette nature, et le meilleur moyen de les prévenir c'est de faire des économies sur les frais. Je demanderai à la direction centrale industrielle, dans le mois qui vient, de bien vouloir établir une série de notes concernant des économies de frais qui seront extrêmement strictes et auxquelles je vous demande de bien vouloir vous tenir.

Ceci étant, et malgré toutes les difficultés que nous rencontrons, je continue à penser que l'avenir nous conduira vers une association UNIDATA qui grandira et qui finira par être un des grands de l'informatique mondiale. Il est nécessaire que nous nous préparions et que nous nous adaptions à cette situation. En effet, d'une part les négociations UNIDATA sont extrêmement absorbantes et occupent une part trop importante du temps d'un certain nombre de directeurs et d'ingénieurs de la Compagnie. Par ailleurs il faut également que nous préparions notre organisation pour pouvoir passer à l'organisation future d'UNIDATA dans les conditions les plus faciles. Je vous rappelle... ou plutôt je ne vous rappelle pas... je vous informe que lorsque nous serons en régime opérationnel de croisière UNIDATA, il est probable que la CII soit transformée en une société holding, société holding et en même temps une société de direction politique qui possédera trois grandes sociétés filiales : une grande société filiale rassemblera les activités hors UNIDATA, c'est à dire les activités militaires, spatiales, aéronautiques, les divisions opérationnelles ; une deuxième société rassemblera toutes les activités techniques et industrielles, le supply center de l'accord UNIDATA. Ces deux premières sociétés seront à capitaux 100 % de la société holding. La troisième société sera la société UNIDATA France, qui sera la société chargée du commerce en France qui sera à 80 % de capitaux de la holding centrale CII et 20 % de la société commune Siemens, Philips et CII

Voilà, si vous voulez, quelle serait la structure générale d'ensemble du groupe CII pour travailler dans le cadre UNIDATA. Mais nous n'en sommes pas là et il est nécessaire en attendant, d'instaurer une étape provisoire ; et je vais vous lire rapidement une note d'organisation que nous publierons probablement d'ici une semaine car je viens, selon la loi, de consulter le comité central d'entreprise et il faut lui laisser, c’est normal, le temps de faire des commentaires s'il l'estime nécessaire.

" Les mesures suivantes interviendront à partir de janvier 1974 selon les dispositions d'application qui seront établies par la Direction générale. Ces mesures sont destinées d'une part à tenir compte des charges supplémentaires très lourdes qu'entraîne la mise au point des modalités et décisions relatives aux accords internationaux, et d'autre part à la préparation de l'organisation finale entraînée par ces accords.

Au niveau de la Direction générale et nous l'autorité de M. Gest, les directeurs généraux adjoints se répartiront les tâches de la manière suivante : M. Gaudfernau, domaine Informatique générale, M. Guichet, domaine informatique spécialisée. Une direction centrale nouvelle sera créée pour prendre en charge les responsabilités de gestion commerciale tant sur le plan interne que sur le plan UNIDATA. De ce fait les responsabilités de gestion seront réparties de la manière suivante : la direction centrale de gestion commerciale, DCGC, confiée à M. Jacquemin, prendra en charge le contrôle de la gestion des activités commerciales informatique générale de la Compagnie, telles qu'elles seront assemblées dans un groupement informatique générale mentionné ci-après ; elle assurera par ailleurs la responsabilité de toutes les liaisons avec UNIDATA mettant en cause les problèmes de gestion commerciale, opérations de fusion des filiales étrangères, plan, budget et contrôle de tous les organismes commerciaux UNIDATA dans lesquels la CII est impliquée, consolidation de leur gestion au niveau de la Compagnie centrale. La direction centrale industrielle, DCI, sous l'autorité de M. Chambolle, conservera en charge l'ensemble des questions de gestion concernant les activités techniques et industrielles de la CII et assurera la globalisation de tous les éléments concourant à la gestion d'ensemble de la Compagnie. A ce titre la DCI aura la responsabilité des relations avec UNIDATA pour les questions économiques générales, plan d'ensemble, budget et résultats consolidés. Aucune modification n'intervient par ailleurs au rôle des autres directions centrales.

Deux groupements seront créés. Ces groupements seront constitués au départ par le rapprochement sous une autorité commune de directions aujourd'hui indépendantes. Ces groupements préfigureront les sociétés filiales indépendantes qui seront créées en temps utile, conformément au plan de mise en œuvre de nos accords internationaux. Ils devront n’entraîner aucune charge administrative nouvelle pour la Compagnie au cours de l'exercice 1974, et leur accession à une responsabilité de gestion autonome devra se faire progressivement en fonction de dispositions à établir par la Direction générale.

Un groupement informatique spécialisée, sous l'autorité de M. Guichet, rassemblera les divisions DMSA, DPOAS et DCOMM ; un groupement informatique générale sous l’autorité de M. Dubourg, rassemblera la direction commerciale, la direction de l'après-vente et les services technico-commerciaux.

En dehors de ces deux groupements, les directions suivantes resteront rattachées à la Direction commerciale : la direction technique, sous l'autorité de M. Sallé, la direction production sous l'autorité de M. Royer, la direction de la coopération industrielle, sous l'autorité de M. Métivier, comportera d'une part la direction de la coopération à l'étranger et d'autre part la division périphériques qui regroupera les moyens d’études, de développement et de production des périphériques de la Compagnie.

En attendant qu’il soit procédé au sein d'UNIDATA à une normalisation des dispositions organiques relatives au software d’application et au support technique des produits et systèmes, la direction et les services de ce domaine seront regroupés en une même unité, la direction de l’Assistance technique et du software d'application. Cette unité dirigée par M. Setton et placée sous l'autorité de M. Royer regroupera en particulier DA projets spéciaux, DA produits programmes, DA Assistance spécialisée, et les services de maintenabilité et support produits de DAV. Le centre de calcul sera également rattaché à cette unité La direction de la fiabilité / qualité, DFQ, reste rattachée à M. Royer. "

Voici donc une note d'organisation qui paraîtra, et dont la mise en pratique interviendra le 15 janvier. Cette organisation, comme je vous l'ai dit, est une organisation transitoire et il n’est pas possible aujourd’hui de donner une idée des dates auxquelles interviendront les autres étapes. En ce qui concerne la filialisation indépendante, par exemple de la filiale chargée des affaires non-UNIDATA, nous avions envisagé sa création au mois de janvier. Le mauvais état de santé de Fininfor me prive actuellement de possibilités de mise au point de cette question avec les maisons-mères, et par conséquent c'est une décision qui risque d'être retardée. Mais je ne pense pas qu'elle risque d'être retardée bien loin; ça peut être une question de quelques mois. En ce qui concerne la filialisation de l'autre groupement, celui de l'informatique générale, nous avons une date limite que nous avons acceptée, qui doit être le 1er octobre 1975. Nous ne nous sommes pas opposés à faire cette filialisation plus tôt ; nous y avons mis comme condition que nous tenions à savoir quelle serait l'organisation du reste du monde d'UNIDATA et que nous pensions que la filialisation de l'action commerciale française, qui est tout de même de très loin la plus importante de notre action commerciale, nous pensions qu'elle devait intervenir la dernière et non pas servir de cobaye pendant que nous aurions dans d'autres pays des petites équipes commerciales qui risquaient encore d'avoir des difficultés d'intégration. Voilà. Il faut s'attendre également, dans les mois qui viennent, à ce que des notes d'organisation particulières paraissent, qui instituent des " hauts fonctionnaires UNIDATA ", c'est-à-dire que nous allons nous trouver probablement devant la nécessité de créer des cellules opérationnelles au niveau UNIDATA pour traiter un certain nombre de problèmes très difficiles, problèmes de gestion en particulier, l'établissement par exemple du plan à 5 ans dont nous parlions tout à l'heure ; je pense qu’on n'en sortira pas sans la constitution d'une équipe. Nous aurons donc comme nos confrères allemands et hollandais, à commencer à placer sur l'échiquier UNIDATA, qui est vide actuellement, un certain nombre de " rois "... pas de pions...

J'ai terminé sensiblement cet exposé. Je vais vous dire maintenant si vous voulez ce que je pense de l’avenir. J'ai bon espoir que nous allons dans les jours qui viennent, ce n'est pas une question de semaines… c’est une question de jours, voir une position claire des pouvoirs, publics et du groupe Thomson concernant les régularisations des années 1973, 1974, que nous pourrons réaliser avec nos confrères d'ici fin avril l'esquisse de ce que sera la trajectoire d’UNIDATA jusqu'en 1979-1980 et que nous pourrons en dégager une espèce de projet de plan calcul pour la partie française ; nous ne cherchons pas à prendre le contrôle d'UNIDATA, mais nous ne voulons pas non plus qu'à l'intérieur de cette société la partie française décroisse. C'est une chose extrêmement importante ; nous avons une certaine force, un certain volume, cette force et ce volume doivent croître avec UNIDATA, proportionnellement avec UNIDATA ; il n'est pas question, après les efforts que le contribuable français a faits et que nous avons fait, il n'est pas question que la CII se dessèche sur pied. Ceci étant, nous suivons les programmes que nous nous sommes fixés en commun ; il y a le programme des produits ; prochainement nous verrons annoncer le premier des produits communs X ; les autres suivront après avec un certain intervalle. Nous commençons à travailler sérieusement au niveau de la ligne Y, pour le choix des technologies, des architectures, au niveau des périphériques ; en ce qui concerne le programme commercial, des décisions importantes vont être prises dans un délai très, très court. Nous serons pratiquement obligés d'adopter deux étapes, une étape provisoire, avant l'étape définitive. Dans l'étape provisoire, en fonction des pays, des solutions différentes risquent d’intervenir et il ne faudra pas s'en étonner. En France et en Allemagne, par exemple, pendant la période transitoire où on aura à vendre des matériels X, et avant que soit créée la société dont nous parlions tout à l'heure, UNIDATA-France, c'est le directeur commercial de la CII qui sera le patron de la commercialisation et de la vente de ces matériels communs. Et il lui appartiendra de mettre en œuvre et de coordonner l'équipe de la CII et les équipes de Philips, les équipes de Siemens étant déjà dans la maison, ça ne pose pas de problème. Une solution analogue, tout à fait symétrique, est adoptée pour l’Allemagne. Dans d'autres pays, il est probable qu'on adoptera une autre solution qui consistera à créer une société UNIDATA, vide, sans aucun apport matériel, dans laquelle on mettra en commun simplement les équipes commerciales, et les équipes commerciales commercialiseront les produits X. Cela se produira probablement dans certains pays. Dans certains autres pays, on confiera à une des sociétés filiales, celle qui a le plus de poids sur le marché, le soin de commercialiser ce produit X nouveau, étant entendu qu'il s’agira d'une centralisation d'une action commerciale menée par les trois partenaires. Il n'y en aura qu’un, ce sera celui qui aura été désigné, qui assurera la prise de commandes et la facturation, et la prospection, l'action en clientèle sera coordonnée par le patron de cette filiale. Ce sont, si vous voulez, des solutions transitoires, qui sont rendues nécessaires par la nature très différente et les volumes très différents des installations que nous pouvons avoir les uns et les autres à l'étranger. N'importe comment nous tendons vers la deuxième étape, qui sera l'étape définitive, dans laquelle toutes nos représentations à l'étranger se trouveront fusionnées. Il s'agit là d'une opération qu’on pourrait faire peut-être demain si on décidait de le faire sans précautions, mais c'est justement des points sur lesquels nous, Français, nous sommes assez " regardants ", si on peut dire, c'est qu’il ne s'agit pas seulement, pour pouvoir faire la fusion, de comparer les apports, les valeurs instantanées de chacune des filiales qui sont en cause ; pour cela des règles ont été prévues à l'intérieur de l'accord UNIDATA, qui sont fort bien faites et qui permettraient de faire ce calcul très vite. Mais il y a aussi à comparer les trains de vie des filiales en cause car il est évidemment souhaitable de fusionner des sociétés qui ont des trains de vie comparables, et pas une société qui fait des pertes considérables avec une autre qui n'en fait pas ; on aboutirait à des résultats absurdes, qui consistent en quelque sorte à répartir les pertes instantanées locales, instantanément, sans que ça corresponde à aucune opération industrielle ou commerciale pratique. Nous pensons donc que, avant de procéder à la fusion des sociétés commerciales, il faut non seulement mesurer avec soin les apports de chacun des partenaires, mais aussi établir un budget de plusieurs années, qui permette de voir, depuis la situation de départ, quel est le degré d’investissement annuel que les trois partenaires acceptent de faire. N'importe comment, et c'est un point important, il n'est pas question que l'influence française disparaisse du réseau commercial, comme certains ont paru le penser sous prétexte que la société de management UNIDATA, où se trouve le centre de gravité commercial, est celui de Munich. Cela n'est pas le cas. Certes, à terme, lorsque nous aurons tout centralisé, toutes les participations dans ces sociétés européennes à l'intérieur de la holding commune, l'argent, je dirai le propriétaire n'aura pas de nationalité, ça sera la holding commune ; mais il n'empêche que dans chaque société, en fonction de son origine, en fonction de son commandement, il y aura une tendance un peu plus allemande, une tendance un peu plus hollandaise, une tendance un peu plus française. Je peux vous dire que la tendance un peu plus française restera présente et qu'il est hors de question qu'elle disparaisse, point qui n'est d'ailleurs contesté par aucun de nos deux partenaires. En fait, il y a dès aujourd'hui un certain nombre de pays qui font que nous pouvons être assurés que le rayonnement de l'informatique française est quelque chose qui ne risque pas de disparaître et d’être envahi par le flot de nos puissants voisins. Voilà, j'ai terminé mon exposé aujourd'hui. Je voudrais que vous n'en tiriez ni une conclusion exagérément pessimiste, ni une conclusion exagérément optimiste. Il est certain que nous nous promenons pour le moment sur l'arrête d'un toit. Je suis raisonnablement optimiste parce qu'il me parait incroyable qu'après avoir investi régulièrement et soigneusement dans la constitution d'une industrie informatique française, après lui avoir fixé des objectifs que cette industrie a tenu, après lui avoir indiqué qu'elle devait s'orienter vers des accords internationaux sur la base d'une parfaite égalité avec des confrères européens, chose qui a été exécutée point par point, ça soit juste à ce moment-là qu'on se découvre fatigué et qu'on ne veuille pas aller plus loin. Je suis pour ma part convaincu, comme d'habitude on ira jusqu'à minuit moins une, et qu'à minuit moins une cela se débouchera. Mais nous sommes à minuit moins cinq ; par conséquent nous n'avons pas à attendre très longtemps. Mais n'importe comment, il y a quand même une chance pour que, à minuit, il ne se soit rien passé ; et je tiens à ce que vous le sachiez parce que nous nous trouverons probablement ce jour-là devant un problème de première grandeur, problème de première grandeur qui ne sera pas seulement un problème interne CII, vous pouvez en être assurés. Merci beaucoup.

 

8 janvier 1974 : verdict du Tribunal de Commerce sur l’action en référé introduite par la CGE (voir déc. 73).

Le Tribunal estime qu’il n’y a pas urgence car l’augmentation de capital envisagée par Thomson est liée à l’attitude des pouvoirs publics. Or ceux-ci n’ont toujours pas fait connaître leur position sur Unidata. En attendant, il n’y a donc pas lieu de désigner un administrateur provisoire.

10 janvier 1974 : nombreuses réactions de la presse suite au verdict du juge du Tribunal de Commerce.

Quelques titres :

- l’usine nouvelle : " CII, des parents terribles "

- Le Monde : " le conflit entre Thomson et CGE rejaillit sur le développement de la CII "

- Le Courrier de l’Informatique : " Le financement du développement de CII en panne "

- Titre non connu : " Pour sérieux qu’il soit, cet intermède n’est qu’une péripétie, mais il a mis en évidence un fait autrement grave : les accords Unidata risquent d’être remis en cause parce que le financement de leur mise en œuvre n’est pas assuré au niveau français. "

- Les Échos : " La CII en panne si elle ne trouve pas d’argent. La querelle CGE-Thomson entrave la CII dans sa marche en avant "

Ci-dessous, l’article de J. Jublin dans Les Échos.

Tandis que la fille va de l'avant, les parents se battent. C'est la situation que connaît actuellement la CII au sein de la grande querelle CGE-Thomson. Dernier épisode en date, le président du tribunal de commerce vient de rendre une décision concernant une action déclenchée par le groupe de M. Ambroise Roux.

La CGE, considérant que Thomson abuse de sa majorité dans la gestion de la CII, avait en effet demandé en référé la nomination d'un administrateur provisoire à Fininfor (52 % Thomson, 48 % CGE) qui détient 62,1 % du capital de la CII avec à ses côtés Schneider (16,5 %), l’IDI (19,2 %) et Kali Sainte Thérèse (2,2 %). Mais le président du tribunal de commerce, après étude du dossier, a estimé qu’il n’y avait pas urgence, et donc pas matière à référé.

Les choses en sont là. A la CGE de se pourvoir au fond si elle le juge nécessaire. Autre aspect du problème, cette dernière a saisi M. Paul Huvelin, qui fait office de médiateur dans le cadre des accords CGE-Thomson. Pour l’instant, celui-ci consulte et n’a pas encore accepté de prendre en charge l’arbitrage.

L’opposition de CGE vis-à-vis de la politique menée par Thomson n’est pas nouvelle puisque, dès le mois de juillet, M. Ambroise Roux faisait savoir qu’il désirait que l’accord CII-Siemens-Philips réunies au sein d’Unidata, soit négocié au niveau des maisons mères, donc de Thomson et CGE, plutôt que par la seule CII. Cela n’a pas été le cas. Et depuis la CGE rechigne pour ouvrir les cordons de sa bourse. C’est que la CII a besoin de beaucoup d’argent, d’autant plus que Siemens et Philips sont résolus à aller très vite pour prendre pied sur le marché mondial à haut niveau, seule façon de survivre face aux leaders américains.

Philips, Siemens et la CII auraient ainsi besoin de 2 milliards de francs rien que pour développer leur future gamme commune comprenant neuf ordinateurs. Chez Siemens et Philips on est prêt à verser les sommes nécessaires. Mais en France tout patine. Sans que les positions des parties concernées soit formelles, le temps est au " oui mais ". En fait, même le gouvernement n’a pas ratifié l’accord Unidata, car il attend les résultats et les perspectives financières de la CII pour donner son approbation définitive. Un plan à cinq ans devrait lui être communiqué dans les mois à venir.

Mais là où le bât blesse le plus, c’est pour 1974 et 1975. Cette année, les besoins globaux en financement de la CII dans le cadre d’Unidata s’élèveront à 300 millions de francs. Elle est d’ores et déjà assurée de 230 millions de francs de crédits d’études de l’État. Pour trouver le reste, une augmentation de capital avait été prévue au début de l’année dans le cadre de la convention Plan Calcul qui prend fin en 1975. Le chiffre fixé est de 23 millions de francs.

Mais la CII veut plus encore, expliquant que l’accord Unidata nécessite un changement d’échelle. Elle a donc demandé une seconde augmentation de capital inférieure à 20 millions de francs. Depuis lors, rien ne va plus et chacun de se faire tirer l’oreille. Pourtant, la CII avait prévenu dès le mois de juin les intéressés qu’elle devrait faire appel à leur large soutien. Ceux-ci n’ont donné que des réponses évasives et aujourd’hui c’est tout l’horizon de l’informatique française qui s’obscurcit.

Au gouvernement, confronté à un problème de politique industriel majeur, de désormais orienter les discussions et de trouver des points de rapprochement, voire des solutions de remplacement, lui qui n’a pas hésité à dépenser plus de 2 milliards de francs pour que la CII devienne une réalité.

15 janvier 1974 : communiqué de presse : Unidata annonce son premier ordinateur : Unidata 7.720

Six mois après sa création, l'association européenne UNIDATA annonce son premier ordinateur, résultat de la coopération entre les divisions informatiques de CII, PHILIPS et SIEMENS.

Le nom de cet ordinateur est "UNIDATA 7.720".

Unidata 7.720, intéresse un secteur de marché en expansion rapide correspondant aux utilisateurs qui recherchent la souplesse offerte par les grands systèmes informatiques tout en ne désirant que des systèmes de coûts modestes.

Unidata 7.720 leur permet de faire évoluer progressivement leurs systèmes informatiques dans les meilleures conditions de prix. En outre, la continuité avec les lignes existantes de produits des partenaires Unidata est assurée. Grâce à l'expérience hardware et software des trois partenaires et aux avantages résultant d'innovations dans l'architecture et la technologie des systèmes, Unidata 7.720 se caractérise par une grande fiabilité et une extrême facilité d'exploitation.

Unidata 7.720 possède une structure très modulaire : processeur central, adaptateurs de périphériques, périphériques et software s'ajustent en permanence aux besoins de l'utilisateur. Sa mémoire principale (temps de cycle : 720 nanosecondes pour 4 octets) peut croître progressivement de 48 à 160 K par étape de 16 K ou 32 K octets.

Unidata 7.720 bénéficie d'une technologie avancée (MOS/LSI), d'un fonctionnement sous conduite de microprogrammes, d'une protection de données en mémoire réelle et virtuelle (jusqu'à 16 millions d'octets) et d'un processeur d'exploitation indépendant. Ses jeux d'instructions assurent la compatibilité avec les lignes 4004, IRIS et P 1000.

15 janvier 1974: communiqué de presse : organisation UNIDATA.

- Nomination des membres du Conseil de Direction

Les trois membres du Conseil de Direction d’Unidata sont : le Directeur Général de CII, Monsieur Robert GEST, le Directeur Général de la division informatique de Philips, Monsieur Heinrich EGNELL, et le Directeur Général de la division informatique de Siemens, Monsieur Friedrich OHMANN.

Le Conseil de Direction Unidata exerce ses responsabilités par l’intermédiaire de trois compagnies Unidata Management dont les sièges sont à Paris, Apeldoorn et Munich. Des directeurs sont désignés pour les domaines commerciaux, techniques, économiques et financiers.

Le Conseil d’administration des compagnies Unidata Management sera constitué par les membres des Conseils d’administration de CII, Philips et Siemens.

- Organisation commerciale internationale

Unidata va concentrer les moyens commerciaux actuels des partenaires en une organisation internationale unifiée. L’objectif final est de constituer une organisation locale Unidata dans chaque pays représentant un marché significatif […]

18 janvier 1974: texte de 10 pages élaboré par le cabinet de Jean Charbonnel, intitulé " L’avenir de la CII ".

Après un historique du Plan Calcul, ses auteurs se livrent à une critique des accords Unidata, s’inquiètent du poids de la CII face à Siemens et Philips. En fin du document, il est abordé " Les autres perspectives internationales ouvertes à la CII : Honeywell-Bull ".

Ce document est adressé aux conseillers de Georges Pompidou et de Pierre Messmer. Il parvient aussi à la Délégation à l’Informatique qui va réagir, d’autant que la situation de la CII est critique et que la querelle CGE-Thomson est sur la place publique.

janvier 1974 : note de la Délégation intitulée : " Aide-mémoire sur la situation du Plan Calcul et l’avenir de la construction des industries européennes ".

Quelques extraits :

" Le problème ne peut être abordé sous l’angle rétréci des positions financières du groupe Thomson et de la protection des intérêts du groupe CGE ou, à plus forte raison, de ceux d’Honeywell-Bull […] La question aujourd’hui posée au gouvernement est la suivante : " La France peut-elle jouer un rôle majeur au sein de l’industrie informatique ? " […] Malgré l’immense scepticisme, puis l’hostilité, la politique engagée par le gouvernement français depuis 1966 est une des réussites éclatantes du régime. Par une espèce d’aveuglement et de masochisme incompréhensible, les personnalités politiques dominantes ne semblent pas s’en rendre compte. Alors que l’opposition, si critique dans d’autres domaines, n’a jamais rien trouvé contre le Plan Calcul.

Depuis un an, le ministre du Développement industriel n’a pris aucune décision sur cette affaire. Il n’a pas répondu aux demandes de besoins financiers supplémentaires de la CII. Il a refusé d’approuver définitivement les accords Unidata signés le 4 juillet 1973. Cette abstention des pouvoirs publics, en face d’une situation qui nécessitait au contraire des choix politiques clairs et affirmés, a permis aux groupes privés (CGE et Thomson) de choisir la CII comme terrain d’affrontement. La situation est telle que le 31 janvier les dirigeants de la CII risquent d’être mis en minorité, et de démissionner, créant une crise grave au sein de CII et donc d’Unidata. Le gouvernement apparaît ainsi comme sabotant la construction européenne que les plus hautes autorités de l’État ont publiquement et à maintes reprises appelée de leurs vœux. "

 

janvier 1974: quelques titres de la presse du moment :

- Les accords Unidata risquent d’être remis en cause.

- Comment financer les investissements (300 MF) prévus en 1974 par la CII dans le cadre d’Unidata.

- L’avenir de la CII dépend du développement du Plan Calcul et aussi des relations CGE-Thomson.

- La CII en panne si elle ne trouve pas d’argent.

- La CII : des parents terribles.

- Le conflit Thomson-CGE rejaillit sur le développement de la CII.

- Les investissements prévus par la CII en 1974 dans le cadre d’Unidata posent le problème des relations CGE/Thomson et de la décision des pouvoirs publics.

- Avec la rupture CGE/Thomson, quel est l’avenir de la CII ?

- Etats-Unis ou Europe : l’informatique française devra choisir entre deux stratégies (Le Monde du 30 janvier).

31 janvier 1974 : mémorandum interne CII, de M. Barré, sur l’organisation Unidata.

1 Au cours de la du Comité Restreint du 28 janvier à Amsterdam, les deux partenaires de la CII ont abordé le problème de l’évolution de l’organisation d’Unidata.

Ils ont fait montre, au cours de la discussion, d'une complète identité de vues qui peut me faire penser qu'une concertation préalable a eu lieu entre eux, hors de la CII.

Si le sujet avait abordé au cours de réunions précédentes, les mesures envisagées restaient strictement dans le cadre et dans l’esprit de l'accord Unidata, alors que les positions prises par Siemens ou Philips au cours de la dernière réunion apportent des novations importantes qui mettent en jeu la politique générale de l'informatique française.

 

2. Siemens et Philips ont déclaré qu'il leur paraissait indispensable de renforcer rapidement l'autorité de la Direction d'Unidata en constituant un état-major permanent dégagé de toutes tâches dans les Compagnies Mères, et susceptible de développer un "esprit Unidata" s'élevant au-dessus des intérêts particuliers.

Cette prise de position a été appuyée par nos partenaires sur l'argument d'une préparation nécessaire à la fusion qu'ils envisagent et dont ils pensent qu'elle interviendra entre 1976 et 1978.

3. Siemens a présenté un projet d'organisation dans laquelle la structure de commandement est calquée sur celle d'une société : nomination d'un Directeur Général, nomination de grandes Directions Fonctionnelles (technique, commerciale, industrielle, financière, sociale, etc.)

J'ai refusé de discuter une telle organisation qui bouleverse l'esprit et la forme de l'accord Unidata ; nos deux partenaires n'ont pas insisté et ont repris la discussion sur un deuxième projet comportant plusieurs étapes :

- En première étape, affectation à chacun des Directeurs Généraux du BoM d’une fonction précise :

. M. Ohmann Direction Commerciale

. M. Gest Direction Plans et Gestion,

. M. Egnell Direction Financière, Juridique et Relations Publiques.

- En deuxième étape, nomination d'un Président permanent pour le Comité de Direction Générale ; ce Président quitterait toutes fonctions dans sa compagnie d'origine et serait choisi parmi les trois Directeus Généraux précédents.

Philips a immédiatement proposé M. Ohmann pour ce rôle.

- En troisième étape (susceptible d’intervenir avant la fin de l’année), détachement définitif à Unidata des trois Directeurs Généraux avec les fonctions définies en première étape.

- Nomination d'un "Président Directeur Général" d'Unidata choisi parmi les membres du Comité Restreint :

M. Pannenborg a immédiatement décliné toute candidature à ce poste.

M. Gumin a déclaré que sur demande de M. Plettner, il accepterait, le cas échéant, cette situation.

4. J'ai demandé à réfléchir à ces propositions en faisant les commentaires suivants :

- Seule la première étape ne présente aucune difficulté ; elle est dans l'esprit de l'accord Unidata et rejoint même les demandes faites depuis longtemps par la CII.

- L'accord Unidata créé une association tripartite ; la CII ne s'est pas engagée à une fusion et le respect des intérêts des Compagnies-Mères ne peut guère s'accommoder d'un commandement centralisé d'Unidata.

- Même si l'on admet que la direction des affaires courantes est susceptible de nécessiter une centralisation de l'autorité, les problèmes actuels sont attachés à la mise au point de l'organisation, à la détermination des rapports entre les divers organes d'Unidata et au choix des dispositions comptables.

L’adoption des mesures correspondantes ne peut se faire autrement que par des négociations tripartites ; la création d'une Direction forte et centralisée n'est pas adaptée au règlement de ces problèmes.

- En ce qui concerne la "Présidence" d'Unidata, j'ai rappelé que M. Plettner me l'avait proposée au cours du Conseil de l’Association du 31 octobre 1973 et que je l’avais jugée prématurée.

J'ai ajouté qu'il ne me paraissait pas impossible de remplir cette fonction si celle-ci m'était proposée.

5 J'ai tiré l'impression de cette longue discussion que les incertitudes de la position française depuis trois mois avaient conduit nos partenaires à chercher ensemble un moyen de consolider l'association en mettant celle-ci à l'abri des fluctuations éventuelles de la politique de la CII.

- La perspective de fusion des partenaires d'Unidata est remise en avant, alors qu'il n'en avait plus été fait mention depuis juillet dernier.

- L'adoption d'une Direction personnalisée, envisagée comme une nécessité ultérieure devient immédiate.

- Siemens fait acte de candidature, avec l'approbation apparente de Philips, aussi bien pour la Direction Générale que pour la Présidence de l'association.

Il me paraît évident que Siemens et Philips voient dans l'opération l'intérêt de mettre la CII au pied du mur, en l'obligeant à choisir entre un engagement croissant et irréversible dans Unidata, engagement conduisant à la fusion, et un maintien strict sur les termes de l'accord de juillet 1973 isolant progressivement la CII de ses deux partenaires et conduisant ceux-ci à faire une distinction entre la communauté de leurs intérêts et les nôtres.

6. Il est certainement possible à la CII de s'en tenir à la position développée ci-dessus au paragraphe 4, mais on doit réfléchir aux conséquences qu'aurait le maintien de cette position par la suite.

La fusion de Siemens et Philips donnerait à la CII un partenaire unique puissant sur tous les plans, transformant l'accord tripartite Unidata en une association bilatérale très déséquilibrée.

Par ailleurs, il convient de rappeler que les conversations avec ICL ne sont pas interrompues et que les perspectives d'un rapprochement de cette société avec Unidata sont dans le domaine des choses possibles et même probables ; une association quadripartite paraît très difficile à conduire et il y a lieu de craindre que ce rapprochement ne puisse se faire lui aussi que dans la perspective d'une fusion à terme.

Pour toutes ces raisons, je pense qu'un examen sérieux des conditions dans lesquelles une fusion des informatiques serait acceptable par la France, doit être fait sans tarder.

J'estime qu'il sera désormais rapidement nécessaire de déterminer une position française sur ce problème.

1er février 1974: note  du Délégué à l’Informatique pour le Ministre, objet Plan Calcul.

" En vue de son prochain entretien avec le Premier Ministre, je prie le Ministre de trouver ci-dessous un résumé succinct de la situation :

1 – L’affrontement des deux maisons-mères, complaisamment étalé au grand jour grâce aux déclarations à la presse d’au moins l’une d’entre elles, la position d’attente adoptée par les pouvoirs publics, ont, comme on pouvait le craindre, fortement dégradé la situation de la CII aussi bien sur le plan interne qu’externe.

En particulier, les signes se multiplient du côté des partenaires de la CII dans Unidata. Il paraît clair que Siemens et Philips se concertent sur les dispositions à prendre en vue de parer à une éventuelle défaillance de la CII […].

2 – Sur le problème à court terme, une double négociation doit être conduite d’extrême urgence :

- avec les finances pour gager la somme versée à la CII,

- avec Fininfor afin d’obtenir l’engagement formel de verser les deux fois 10 MF de fonds propres. M. Richard m’a confirmé qu’étant en position difficile à son Conseil d’Administration, il ne pourrait en aucun cas aller au-delà de 6 MF par an […].

3 – A propos des pertes des différents partenaires d’Unidata, une comparaison plus exacte fait apparaître que :

- Siemens bénéficie d’avantages fiscaux exorbitants de la part du Gouvernement allemand […],

- correction faite du phénomène Cilomi dont seule la CII bénéficie,[…] les pertes de Siemens seraient de l’ordre de 230 MF contre 90 MF pour la CII,

- dans les mêmes conditions, les pertes de Philips seraient de l’ordre de 300 MF mais Philips ne bénéficie d’aucun soutien de son Gouvernement.

4 – La difficulté fondamentale dont souffre le Plan Calcul depuis l’origine est de ne pas être appuyé sur un groupe industriel français dont le poids et la détermination à s’engager dans l’informatique soient comparables à ceux d’un groupe comme Siemens.

A l’heure actuelle :

- la CGE, oubliant tout à la fois qu’elle avait pris le prétexte de la péri-informatique pour protester contre l’arrivée de Philips et qu’elle avait auparavant approuvé les accords CII-Siemens, critique les accords Unidata principalement en raison du risque de position dominante de Siemens dans l’association. Elle préférerait une négociation directe et immédiate avec un Américain dans des conditions qui équivaudraient à un abandon des objectifs essentiels du Plan Calcul. Elle critique l’attitude du groupe Thomson sans pour autant proposer réellement de se substituer à lui.

- Thomson est de plus en plus en recul à la suite des évènements de ces derniers jours. Thomson accepterait de continuer dans la CII :

- en y mettant des sommes nettement inférieures aux besoins en fonds propres de la Compagnie, ce qui impliquerait une participation directe de capitaux publics,

- à condition qu’il soit clairement dit que Thomson n’assume plus la " responsabilité " véritable de la CII.

5 – La CGE recommande la tactique consistant à se rapprocher rapidement d’un Américain (de préférence Honeywell à cause de l’existence en France de sa filiale Honeywell-Bull) et à se retourner ensuite contre Siemens pour renégocier les accords Unidata. […]

Une telle tactique :
- équivaudrait sans nul doute à l’abandon des objectifs fondamentaux du Plan Calcul […],
- entraînerait un déclin rapide du potentiel technique de la CII,
- méconnaît les difficultés pratiques considérables d’une telle solution (convergence de gammes),
- ferait sans nul doute éclater Unidata et ruinerait toute possibilité ultérieure de jeu européen pour la CII,
- mésestime le travail déjà accompli depuis deux ans avec Siemens, qu’il faudrait certainement dédommager,
- donnerait à Siemens toutes les raisons de s’entendre au plus vite à son tour avec un Américain alors que pour l’instant les trois partenaires se sont engagés à ne pas négocier de tels accords séparés.

6 – D’autre part, les bruits actuels de rapprochement entre Honeywell et Univac seraient dans la logique de la situation présente des constructeurs autres qu’IBM.

(…) Il convient de noter qu’ICL évolue en ce moment assez rapidement vers un rapprochement avec Unidata […].

7 – La réussite du Plan Calcul français ne se mesure pas seulement sur le plan des faits mais aussi sur le plan des idées, la Commission de Bruxelles vient d’adopter un projet de résolution soumise au Conseil qui est en tous points conforme aux thèses françaises.

La dernière réunion qui vient de s’y tenir a fait ressortir l’émoi considérable qui agite actuellement nos partenaires européens au vu des rumeurs alarmantes qui emplissent la presse, contrastant avec le silence des pouvoirs publics […].

En conclusion, il apparaît donc fondamental que le prochain Comité Interministériel confirme solennellement que la politique gouvernementale menée avec constance depuis sept ans est poursuivie et que les objectifs européens définis par les trois Ministres responsables à Londres, en novembre 1972, ne sont pas remis en cause. […] Dans ces conditions, le Comité devrait prendre et annoncer à l’extérieur sans ambiguïtés les décisions suivantes :

a ) soutien, en l’amplifiant, de la politique Plan Calcul poursuivie jusqu’à maintenant. […] Les conséquences financières, humaines et politiques d’une rupture de l’Europe informatique sont trop graves pour être envisagées maintenant.

b ) approbation des accords Unidata.

c ) adoption des mesures à court terme (1973 et 1974) de soutien à la CII.

d ) non-ouverture de négociations avec les Américains […].

e ) le principe d’une éventuelle fusion à long terme d’Unidata, surtout au moment de l’arrivée d’ICL, n’est pas à rejeter […].

f ) maintien par CII dans une filiale spécialisée […] d’activités spécialisées.

g ) ouverture officielle des négociations pour une troisième Convention dès la fourniture par la CII de son plan de développement à 5 ans dans le cadre d’Unidata.

La CII a le besoin indispensable d’un appui industriel valable qui équilibrerait les poids respectifs de Siemens et Philips. Compte tenu de son attitude passée et présente, il est peu probable que la CGE puisse constituer le point d’ancrage nécessaire. Le groupe Thomson tout seul n’en a ni la volonté ni même totalement la capacité. Il faudrait alors se résoudre à l’entrée au capital de la CII d’un organisme d’État à vocation industrielle plutôt que financière qui pourrait pendant quelques années apporter son soutien à la CII en même temps que Thomson. […]

Au vu de l’évolution du groupe Thomson, une solution définitive devra être choisie d’ici trois à quatre ans. "

8 février 1974 : présentation du réseau CYCLADES.

Une présentation du réseau CYCLADES, première réalisation de ce type en Europe, a été faite ce jour à l’IRIA en présence de MM. Jean Charbonnel, ministre du Développement industriel et scientifique, Hubert Germain, ministre des Postes et Télécommunications et Maurice Allègre, Délégué à l’Informa-tique, et de nombreux représentants de la presse et du monde scientifique.

Le réseau Cyclades permet d’associer plusieurs ordinateurs éloignés et hétérogènes ; ce sont actuellement ceux de divers centres de recherches et de laboratoires publics, la météorologie nationale, l’IRT, les universités de Rennes et de Toulouse. Fin 1974, une quinzaine de centres de calcul équipés d’ordinateurs CII (10070, IRIS 80 et IRIS 50), IBM et Philips seront reliés entre eux.

La réalisation pilote qui a été présentée à l’IRIA permet en particulier l’accès à des bases de données réparties en des points géographiquement distincts. Des fichiers ou des travaux sont transférés de l’un à l’autre pour consultation ou exécution. La totalité des 16 ordinateurs prévus sera raccordée vers fi 1974. Les communications entre ordinateurs seront assurées au moyen d’un réseau de commutation de paquets formé de mini-ordinateurs CII Mitra 15.

 

12 février 1974 : Conseil interministériel sur l’informatique.

Jean Charbonnel, Valéry Giscard d’Estaing et Hubert Germain se retrouvent à l’Hôtel Matignon sous la présidence de Pierre Messmer. Le résultat ne sera connu que le 14 février.

Nous donnons ici le relevé de décision complet, document secret qui n’a pas été diffusé.

1 – Le gouvernement confirme sa volonté de poursuivre la mise en œuvre du plan calcul pour que la France dispose d’une industrie capable de maîtriser les éléments essentiels des systèmes de traitement de l’information.

2 – Le gouvernement approuve l’accord UNIDATA signé le 4 juillet 1973 par la CII, SIEMENS et PHILIPS. Tout changement éventuel dans le contenu de l’accord ou l’équilibre actuel entre partenaires devrait lui être à nouveau soumis.

3 – Aucun élargissement de l’accord UNIDATA à de nouveaux partenaires européens et, à fortiori, américains ne doit être envisagé avant que cet accord ait été mis en œuvre pendant un temps suffisant pour prouver son efficacité et sa solidité.

4 – Le Ministre du Développement Industriel et Scientifique fera connaître dans les plus brefs délais ces décisions aux Ministres allemands et néerlandais compétents. Il saisira cette occasion pour les interroger sur leurs intentions concernant le soutien qu’ils envisagent d’apporter à l’industrie de l’informatique et, en particulier, aux partenaires d’UNIDATA.

Dans le cas où le Ministre allemand évoquerait la question d’un rapprochement des activités informatiques de TELEFUNKEN et de SIEMENS, le Ministre du Développement Industriel et Scientifique indiquerait à son collègue que le Gouvernement français serait amené à réexaminer l’accord UNIDATA en fonction de la situation ainsi créée.

5 – Pour la fin du mois de mars 1974, le Ministre du Développement Industriel et Scientifique et le Ministre de l’Économie et des Finances présenteront au Premier Ministre des propositions en vue d’assurer de façon durable la conduite industrielle et l’assise financière de la CII.

6 – Les modalités financières du plan calcul au delà de 1974 et, notamment les dotations budgétaires pour 1975, seront fixées au vu du plan de développement à moyen terme d’UNIDATA qui doit être remis aux pouvoirs publics en avril 1974.

7 – Pour les années 1973 et 1974, il est décidé d’accorder à la CII une aide complémentaire d’un montant de 60 MF. Cette aide sera versée sur les crédits du Ministère du Développement Industriel et Scientifique pour accompagner l’augmentation de capital de 20 MF que les sociétés mères de CII devront assurer en complément de leurs obligations prévues par le plan calcul. Le Premier Ministre décidera, dans le cadre des procédures budgétaires, si le budget de ce Ministère doit être adapté en conséquence.

14 février 1974 : communiqué de l’Hôtel Matignon. Il est beaucoup plus bref que le relevé de décision.

" Un comité interministériel réuni le 12 février sous la présidence du Premier ministre a confirmé la volonté du gouvernement de poursuivre la mise en œuvre du Plan Calcul et la politique de coopération européenne précédemment engagée pour l’informatique de gestion. Le comité, en particulier, a approuvé l’accord Unidata tel qu’il a été signé le 4 juillet 1973 par la Compagnie Internationale pour l’Informatique avec Siemens et Philips. "

Ce même jour, Ambroise Roux, informé par Pierre Messmer des résultats du comité, fait savoir que la position de la CGE sur les problèmes informatiques n’est pas modifiée. La société tiendra ses engagements financiers relatifs à la convention du Plan Calcul, par contre en ce qui concerne Unidata, elle maintient sa position de ne pas s’y associer au sein de la CII. Ambroise Roux dira qu’il " n’a rien à faire de la ratification. La position du gouvernement est une chose. Celle de la CGE en est une autre ".

19 février 1974: dans une interview au journal Le Monde, Jean Charbonnel indique qu’il ne croit pas que l’on puisse dire que le gouvernement ait repoussé la voie américaine passant par Honeywell-Bull.

19 février 1974 réunion avec la presse, au siège de la CII à Rocquencourt.

La séance est ouverte par M. Toutain qui présente les différents participants (MM. Dubourg, Directeur du Groupement d’Informatique Générale, Chaussedoux, Directeur de la Division Petits Ordinateurs et systèmes spécialisés, Gastine, Directeur de la Division Commutation et Malvault, Directeur de la Division Militaire, Spatiale et Aéronautique) et fait ensuite un exposé général sur la situation de CII.

Après des exposés spécifiques de MM. Dubourg, Chaussedoux, Gastine et Malvault, M. Barré fait l’exposé ci-après :

1973 marque donc la fin d'une première période de la vie de la CII. Notre Compagnie a cru avec rapidité ; les chiffres d'affaires de 1967 à 1972 le montrent : 234, 285, 367, 509, 655, 820 millions de francs, et cette année nous espérons dépasser le milliard. Cette croissance permet à la CII de se placer parmi les cent premières entreprises françaises au point de vue dimension. Elle a atteint le seuil de rentabilité. Ses confrères étrangers la considèrent manifestement comme un interlocuteur valable. Les objectifs des créateurs du plan calcul ont donc été atteints. Les sarcasmes du début se sont affaiblis faisant place aux critiques justifiées parfois, parfois aussi constructives. Aussi pouvons-nous nous en féliciter.

 

Mais il n'est pas question que satisfaits du devoir accompli nous nous laissions porter à une vitesse de croisière ; la situation requiert autant de dynamisme que dans le passé. Il est en effet nécessaire de poursuivre l'expansion de la CII. Du fait de l'amélioration continuelle du rapport performances/prix des matériels sur le marché, le volume d'activité doit augmenter. La complication croissante des matériels et des softwares exige des dépenses préparatoires de plus en plus lourdes, et par conséquent des séries de plus en plus longues pour les amortir.

La cadence de l'expansion de la CII sur le marché français ne peut se poursuivre indéfiniment, et les entrées sur les marchés étrangers sont difficiles, en raison des investissements humains et matériels que cela entraîne. Aussi est-il impossible de faire un tel effort simultanément en beaucoup de pays du monde.

Il était donc évident qu'une union était nécessaire. D'autres constructeurs se heurtant aux mêmes problèmes et impératifs ont abouti aux mêmes conclusions : c'est cela qui a fait naître UNIDATA.

A partir de maintenant la CII va avoir une action et des objectifs qui s'inscrivent dans un cadre qui contient UNIDATA.

- Le premier objectif est d'assurer la réussite d'UNIDATA. C'est une opération difficile sur le plan technique - il s'agit de rapprocher des produits différents -, sur le plan commercial - nos organisations doivent être amenées à coopérer alors qu'elles étaient concurrentes pendant des années -, et sur le plan humain, avec des différences de langues et d'habitudes. Ces problèmes rencontrés par les entreprises qui fusionnent ne pourront être réglés autoritairement car nous appartenons à un système de communauté où les décisions sont prises à l'unanimité. Même si certains pensent que pour ces raisons UNIDATA risque d'être un échec, nous sommes quant à nous persuadés que pour UNIDATA le succès est possible, car nous sommes condamnés à réussir.

- Assurer les positions françaises dans UNIDATA. La CII en second lieu va devoir défendre les positions françaises à l'intérieur d'UNIDATA. Non pas sous l'aspect d'une concurrence interne qui n'est pas de mise, mais en faisant en sorte que les capacités techniques et industrielles françaises puissent trouver leur plein emploi dans UNIDATA. Ceci suppose que CII puisse être soutenue par un entourage industriel cohérent qui l'assiste dans cette mission. Cet appui industriel trouvera sa récompense dans les avantages que retirera l'industrie française de la présence de la CII à l'intérieur de UNIDATA.

- Développer l'informatique spécialisée et la péri-informatique. La CII enfin devra promouvoir dans les meilleures conditions l'informatique spécialisée et la péri-informatique qui ne sont pas compris dans les accords UNIDATA. Ces domaines qui vont être rassemblés prochainement dans une société filiale, disposent d'une force appréciable sur le marché français, et nous pensons qu'il convient de faire le maximum pour les développer et les renforcer.

Voilà nos objectifs actuels. J'espère qu'en 1974 nous pourrons vous apporter des témoignages de la réussite de nos intentions. Il serait en effet très satisfaisant que nous aboutissions à une véritable coopération européenne dans laquelle la France aura un rôle de partenaire à part entière et où elle pourra tirer le bénéfice de tous les efforts de la CII et de ses créateurs.

Au cours du déjeuner de presse qui a suivi, M. Barré a répondu aux questions des journalistes. Quelques questions / réponses :

Q. – Il semble que vous soyez d’accord avec la position de la CGE, c’est-à-dire une discussion sur le fond ?

R. – Compte tenu de l’importance des sommes mises en jeu, et du poids de nos partenaires, il est évident qu’une discussion sur le fond est nécessaire. Il est peut-être dommage que cette discussion profonde n’ait pas eu lieu avant la négociation des accords UNIDATA. Elle était difficilement réalisable au terme de ces négociations qui avaient duré 18 mois.

 

Q. – Dans le cas où CGE se retirerait, Thomson aurait-elle le poids industriel suffisant pour faire face à Philips et Siemens ? Les différents entre Thomson et CGE n’ont-ils pas affaibli la position de la CII vis-à-vis de ses partenaires ?

R. – Le poids du parrainage est important, mais ce qui l’est plus, c’est le poids du marché. L’important est que la CII bénéficie d’un partenaire industriel solide. Il faut un patron à la CII, car effectivement, dans le cadre de notre coopération avec Siemens et Philips, il est nécessaire que notre société ne soit pas un enfant perdu.

Le problème de la structure de commandement de la CII, par ses actionnaires, ne pourra être véritablement résolu que lorsque Unidata présentera son plan de développement à 5 ans.

Il s’agit là d’options importantes à prendre, et il est normal que certains actionnaires prennent le temps de la réflexion. De toute façon, il leur est difficile de se prononcer avant que toutes les études soient terminées. Dans ces conditions, préjuger actuellement de l’attitude finale de tel ou tel actionnaire est hasardeux.

En revanche, il est évident que l’ensemble des différents qui opposent depuis plusieurs mois CGE et Thomson n’ont pas été de nature à renforcer la position de la CII vis-à-vis de ses partenaires.

 

Q. – Y a-t-il un projet sérieux d’alliance entre CII et Honeywell ? CII et Univac ?

R. – Informés d’une façon très tardive en 1971 des intentions de General Electric qui avait approché plusieurs sociétés américaines et européennes, nous étions intervenus à l’époque pour examiner un rapprochement Bull et CII. Ce rapprochement n’avait pas été admis par les dirigeants américains, et Honeywell a donc pris le contrôle de Bull.

En avril-mai 1973, nous avons appris par la presse les intentions européennes de Honeywell Bull. Ces déclarations publiques n’ont pas été suivies d’informations précises, de démarches ou de négociations. Tôt ou tard, Unidata aura sans doute un ou plusieurs amis américains, ne serait-ce que pour mieux pénétrer le marché US.

De tels accords ne peuvent être intéressants que dans un contexte où les partenaires éventuels seraient en position favorable à Unidata. Il n’est d’autre part pas possible d’envisager cette éventualité avant qu’Unidata soit bien consolidée et installée. C’est le sens de la réponse qui a été faite à Univac, à la suite d’une démarche claire, entreprise par cette firme auprès des associés dans Unidata.

19 février 1974 : lettre de M. Barré à A. Roux ; réponse à la lettre de A. Roux du 15 septembre 1973.

Monsieur le Président,

Vous m'avez adressé le 15 septembre 1973 une lettre dans laquelle vous preniez acte de la signature de l'accord UNIDATA malgré la position de votre Groupe ; vous m’indiquiez que dans ces conditions, le Groupe CGE rejetait tout engagement de quelque nature qu'il soit, lié directement ou indirectement à l'accord en cause.

A la suite de cette lettre, je vous ai écrit à mon tour le 24 septembre une lettre personnelle, attirant votre attention sur le fait que l'accord UNIDATA ne mettait en cause la CGE que dans le cadre de l'accord de brevets et je pris contact avec M. PEBEREAU, comme nous en étions convenus par téléphone, pour définir les mesures à prendre.

Au cours de cette entrevue, M. PEBEREAU m'a demandé de suspendre, jusqu'à nouvel ordre, toute action auprès de nos partenaires pour modifier l'accord.

Le 5 novembre 1973, M. RICHARD écrivait à M. PLETTNER, Président du Directoire de Siemens, pour lui dire que la COMPAGNIE GÉNÉRALE D'ÉLECTRICITÉ lui avait fait connaître qu’elle ne souhaitait pas être considérée comme engagée par l’accord signé le 4 juillet entre CII, SIEMENS et PHILIPS, ni par ses prolongements u1térieurs.

Il concluait en demandant à M. PLETTNER d’admettre que l’application de l’accord en ce qui concerne CGE soit pour le moment suspendue.

M. PLETTNER vient de me faire parvenir la lettre dont la copie est ci-jointe ; dans cette lettre, M. PLETTNER demande que CII lui dise clairement si notre compagnie est en mesure de garantir les dispositions incluses dans l'accord UNIDATA en ce qui concernent l’engagement de la CGE.

Je vous serai donc reconnaissant de bien vouloir m'indiquer votre position et la réponse que je dois faire à M. PLETTNER.

Au cas où vous confirmeriez votre lettre du 15 septembre 1973, nous entreprendrions immédiatement les négociations nécessaires à la modification de l’accord UNIDATA.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

M. Barré

20 février 1974: dans une déclaration à la presse, Michel Barré indique que " peu importe de savoir qui est le patron de la CII, mais il en faut un, car, dans le cadre de notre coopération avec Siemens et Philips, il est nécessaire que notre société ne soit pas un enfant perdu ".

21 février 1974: conseil d’administration de la CII. La CGE maintient son refus pour Unidata.

25 février 1974 : conférence du président Barré aux cadres de la CII.

Là encore, nous reproduisons cette conférence intégralement.

Il n'y a pas longtemps, moins de deux mois, nous nous sommes réunis et je vous avais fait part des moments critiques que nous traversions, des problèmes qui se posaient et je vous avais indiqué la façon dont j'espérais que nous sortirions de ce mauvais pas. Je vous avais indiqué en particulier que je prévoyais trois étapes ; une première, qui consistait à obtenir du gouvernement une confirmation de l’approbation formelle du gouvernement en ce qui concerne la politique de coopération européenne de la CII dans le cadre d'UNIDATA. La deuxième étape, aussi urgente d'ailleurs, c'était l'obtention de la part du gouvernement des capitaux de régularisation des exercices 1773 et 1974 pour nous permettre de continuer sur la voie entreprise ; et enfin, une troisième étape, qui était l'établissement d'un nouveau Plan calcul pour prendre la suite de la convention actuelle pour la période de 1975 à 1979.

Les choses se sont passées finalement un peu comme je le prévoyais et les deux premières étapes sont, soit obtenues, soit en voie de l'être. La première étape concernait l'approbation formelle par le gouvernement de la politique européenne choisie. Un comité interministériel s'est tenu le 12 février à l’hôtel Matignon et, à la suite de cette réunion, un communiqué a été émis, que vous avez dû voir dans les journaux. Je vais vous le relire parce que les journaux l'ont accompagné de commentaires et rien ne vaut sa lecture car il est parfaitement précis: " Un comité interministériel, réuni le 12 février 1974 sous la présidence du Premier Ministre, a confirmé la volonté du gouvernement de poursuivre la mise en œuvre du Plan calcul et la politique de coopération européenne précédemment engagée pour l'informatique de gestion. Le comité a, en particulier, approuvé l'accord UNIDATA tel qu'il a été signé le 4 juillet 1973 par la Compagnie Internationale pour l'Informatique avec Siemens et Philips. "

Cette prise de position du gouvernement était urgente, en effet. Je vous l’ai dit, je crois, cette approbation n'était pas légalement nécessaire. Les accords internationaux d'une entreprise actuellement ne demandent normalement du gouvernement que l'accord concernant les dispositions relatives au contrôle des changes et ça nous les avions depuis le mois d'octobre dernier. Dans le cas de la CII, en raison de l'existence du Plan calcul, il est simplement prévu que la CII doit obtenir l'accord préalable des pouvoirs publics avant de signer un accord de coopération, avec qui que ce soit d'ailleurs. Cet accord préalable a été obtenu – je crois bien que c'est le 26 juin - et, en toute rigueur, aucune autre mesure, aucune autre déclaration n'était véritablement nécessaire. Malheureusement il s'est répandu, sous l'influence de gens qui étaient hostiles à l'opération, il s'est produit une campagne de presse, une campagne d'opinion, laissant entendre que d'autres solutions étaient possibles, qu'elles n'avaient pas été sérieusement étudiées, qu'on ferait bien de réfléchir, qu'après tout le gouvernement avait donné un accord préalable et qui dit préalable signifie bien qu'après ça il doit y avoir une confirmation de l'approbation. Cette campagne a eu beaucoup de résonance dans la presse, et personne ne s'est arrêté au fait qu'il n'y avait pas lieu à une confirmation de l’accord préalable.

Mais on en est arrivé à un tel point qu'effectivement cette approbation est devenue nécessaire pour faire cesser cette campagne qui portait le plus grand tort évidemment à nos intérêts et à notre position. Le comité interministériel dont il est question ici était présidé bien entendu par M. Messmer, comportait M.Giscard d'Estaing - dont il ne vous échappera pas que la position est assez importante, étant donné qu'il s'agit pour une bonne part d'engagements financiers - il y avait évidemment M. Charbonnel, ministre du Développement industriel ; il y avait M. Hubert Germain, Ministre des PTT, et M. Galley, Ministre de la Défense Nationale. Autrement dit tous les ministères qui sont directement ou indirectement connectés avec le Plan calcul étaient présents. Vous avez pu noter que le texte du communiqué est extrêmement court, ferme, ne laisse place à aucune ambiguïté. Je crois savoir que le comité a été de même bref, que la durée du comité a été également très brève, et que les positions y ont été prises facilement et énergiquement. C'est une bonne chose sur laquelle je pense qu'il n'y aura plus lieu de revenir. C'est une bonne chose parce qu'il règne, il continue à courir dans les couloirs de la CII comme de ceux d'autres sociétés, essentiellement Honeywell-Bull, le bruit que des conversations sont en cours, que nous approchons de, peut-être, une entente... qu'on va voir ce qu’on va voir... Je vais vous dire, c'est extrêmement simple, si ça continue comme ça, on ne va rien voir du tout ! Parce que pour qu'il y ait une entente, un accord, une fusion n'importe laquelle, il faudrait quand même qu'on se parle. Or actuellement on ne se parle pas du tout. C'est une idée qui court dans les couloirs ; ces illusions sont entretenues je ne sais pas par qui, mais je suis bien obligé de vous dire, avec regret d'ailleurs, qu'il n’y a rien actuellement en train de cuire dans la marmite de ce côté-là. Je voudrais vous rappeler qu'en 1971 la société General Electric a décidé de vendre son activité Informatique à Honeywell. La France a été prévenue la dernière de cette opération et j'ai pu constater a priori que nos concurrents anglais ou américains, par exemple, voire allemands, avaient été informés du fait que General Electric cherchait à se défaire de son activité Informatique depuis de nombreux mois ; mais des précautions avaient été prises et en France c'était une chose qui était ignorée jusqu'au jour où officiellement General Electric et Honeywell ont demandé au gouvernement français l'autorisation de faire ce transfert. Le gouvernement je crois avait un délai légal de deux mois pour donner son avis et sa réaction immédiate a été d'essayer effectivement de rapprocher CII et Bull. M. Richard, président du groupe Thomson, a rencontré les présidents d'Honeywell et de General Electric et a essayé de les convaincre de l'intérêt de l'opération ; il s'est heurté à un refus formel. J'ai participé moi-même à une réunion, accompagné de M. Danzin et de M. Schultz, où j'ai rencontré M. Desbruères et M. Brulé et où nous avons essayé de convaincre nos interlocuteurs de l'intérêt qu'il y aurait à essayer de reconstituer une informatique nationale. La CII de 1971 n'était pas la CII de 1974, c'est bien évident, et disons que nos interlocuteurs n'avaient pas l'air de beaucoup croire à la possibilité pour la CII d'atteindre les objectifs que le Plan calcul venait de lui assigner puisque ça se passait à peu près au moment de la signature de la deuxième convention. Nous nous sommes heurtés également à un refus formel. Depuis cette date, il n'y a eu aucun contact, ni au niveau du groupe Thomson, ni au niveau de la CII, pour essayer de reprendre cette alliance, qui, disons le tout de suite, aurait été très souhaitable pour l'informatique française.

Vous voyez que contrairement à ce qui est répandu dans la presse, les partenaires du côté CII et du côté de ses maisons-mères ne sont pas du tout... n'étaient pas et n'ont jamais été opposés à un rapprochement d'Honeywell-Bull. La seule chose c'est que ce n'est pas possible du fait de l'attitude de l'autre partie quels que soient les bruits qu'on fait courir ! La seule possibilité qui a paru s'ouvrir est celle qui est née d'une conférence de presse survenue je crois au mois de mai dernier et au cours de laquelle M. Brulé a émis la possibilité d'une opération en commun. Nous avons évidemment été un peu surpris que ça soit par voie de journalistes qu'une tentative de rapprochement s'effectue ; il y a eu un contact unique pour dire " et alors, si vous voulez faire quelque chose, mais nous sommes prêts à le faire "... nous n'en avons plus jamais entendu reparler. Il est bien certain que le gouvernement français ne veut pas admettre, et n'a jamais voulu admettre jusqu'à présent, de répéter avec la CII l'affaire Bull, c'est-à-dire de vendre la majorité de la CII à un groupe américain. La seule construction qui aurait été possible aurait été l'inverse, c'est à dire qu’Honeywell apporte Bull à une société française et qu'en joignant les capitaux français de Bull avec les nôtres, on récupère une société commune franco-américaine à majorité française. Eh bien cette solution qui aurait été très bonne pour le poids de l'informatique française dans le monde, pour le poids de l'informatique française dans nos négociations avec UNIDATA, cette solution n'a jamais été prise en considération par nos interlocuteurs.

Je tenais à préciser cela de façon à ce que vous connaissiez la réalité des choses. Il ne se passe pas de jour actuellement où j'entende dire qu'on s'attend incessamment à une annonce - et je crois d'ailleurs que chez nos confrères de Bull c'est un bruit qui court fréquemment – je ne vois pas d'où ces bruits peuvent venir. Qu’il y ait eu des conversations avec Honeywell-Bull au niveau d'une de nos maisons-mères, que les choses aient été évoquées avec le gouvernement, c'est bien possible, mais il n'est pas très concevable qu’une opération comme ça ait une grande vraisemblance sans que le majoritaire de la CII, qui est le groupe Thomson, et la CII elle-même n’en ait jamais entendu parler. Par conséquent, jusqu'à nouvel ordre, considérez ce genre de bruit avec beaucoup de scepticisme. On peut d'ailleurs se demander si nous étions à la tête d'une grande société franco-américaine, ou américaine pure, car, comme vous le verrez, il n'y a pas qu'Honeywell-Bull qui pourrait se trouver dans ce cas, s'il y a vraiment intérêt pour elle à chercher une association ou une intégration au niveau français, au moment où notre compagnie procède elle-même à une forme de coopération à l'échelon européen ; il est vraisemblable qu'aux yeux des grands industriels étrangers il est plus intéressant de viser directement une coopération au niveau d'UNIDATA, plutôt qu'une coopération au niveau de CII. Je vous le dis parce que c'est une chose dont je peux vous informer ; nous avons reçu des visites, nous avons reçu des lettres de la part d'UNIVAC, qui sur ce plan a été plus ouvert, plus direct disons que peuvent l'avoir été d'autres industriels étrangers. UNIVAC a très clairement proposé de participer à UNIDATA et nous lui avons répondu que nous n’en étions pas là, qu'on était en train de fabriquer UNIDATA, qu'UNIDATA était une affaire européenne, que certainement un jour ou l'autre nous aurions des amis américains, ce qui peut servir soit pour accéder plus facilement à la technologie, dans un sens, soit pour accéder plus facilement au marché américain dans l'autre, mais que dans la situation actuelle il n'y avait pas lieu de se hâter et qu'on en reparlerait le jour où le moment serait venu. Voilà où on en est donc sur le plan de la coopération avec les Américains et le compte-rendu du comité interministériel plus ce que je viens de vous dire, doivent, je pense, suffire à couper les ailes à un canard qui vole beaucoup pour le moment.

La deuxième étape, c'est celle de la régularisation sur le plan financier des exercices 1973 et 1974. Pour cela nous avons reçu une autre lettre, qui est une lettre conjointe, signée de M. Valéry Giscard d'Estaing et de M. Jean Charbonnel et cette lettre déclare que pour manifester le désir du gouvernement de confirmer l'engagement de la CII dans la voie UNIDATA, il est d'accord pour procéder à une augmentation du financement prévu par le Plan calcul de 1971. Dans la lettre il commence par nous indiquer qu'il donnera des marchés d'études en supplément par rapport à ce Plan calcul ; ceci ne nous apporte absolument rien, car nous savons déjà depuis plusieurs mois que M. Allègre a obtenu, dans le cadre de son budget, des crédits supplémentaires dont nous connaissons le montant et il n'y a rien de nouveau là-dedans.

Par contre l'élément nouveau c'est une subvention de 60 millions de francs qui est subordonnée simplement à l'augmentation de capital prévue, demandée par la CII auprès de Thomson et CGE pour les dépenses supplémentaires, pour le capital supplémentaire nécessité par l'opération UNIDATA. Je précise ; le Plan calcul prévoit bien entendu des augmentations de capital annuelles. Je n'en ai pas le montant exact dans la mémoire, il doit être de l'ordre de 40 millions à peu près. Ces augmentations de capital correspondent tout simplement au fait que la CII grandit, grandit beaucoup, grandit vite et qu'elle a un fonds de roulement qui augmente, des investissements nouveaux pour chaque année, qui sont plus gros que les amortissements qu'on peut tirer du passé, et l'accroissement rapide de la CII nécessite des augmentations de capital annuelles. La convention a planifié la croissance de chiffre d'affaires que nous devions assurer ; elle a planifié aussi les augmentations de capital que doivent faire les sociétés-mères, à savoir exclusivement Thomson, CGE et l'IDI. Comme nous avons suivi rigoureusement nos augmentations de chiffre d'affaires, et même je crois que nous avons un peu d’avance cette année, les augmentations de capital doivent tomber automatiquement et c'est le cas ; il ne se pose pas de problème pour ces augmentations de capital que je pourrais appeler traditionnelles car elles sont conventionnelles puisqu'elles sont dans la convention.

Le problème touche le supplément nécessité par les opérations UNIDATA qui engagent des dépenses supplémentaires, un train de vie supplémentaire, des investissements supplémentaires qui nous obligent d'une part à demander des emprunts bancaires et qui, pour conserver l'équilibre du bilan, exigent aussi une augmentation de capital supplémentaire exceptionnelle. Cette augmentation de capital, que nous avons indiquée déjà depuis fort longtemps, et qui a été répétée officiellement, je me rappelle, en avril 1973, c'est-à-dire il y a près d'un an, est de 10 millions pour l'année 1973 et de 10 millions pour l'année 1974. Compte tenu des divergences publiques entre nos deux maisons-mères, cette question a été bloquée jusqu'à maintenant ; or le gouvernement précise bien que les 60 millions de subvention qu'il nous accorde sont soumis au fait que les maisons-mères remplissent de leur côté leur devoir, si on peut dire, en fournissant à la CII les capitaux propres dont elle a besoin. Dès que nous avons reçu cette lettre nous avons réuni un conseil d'administration de la CII pour en informer les administrateurs, et, après les avoir informés, le groupe Thomson a pris immédiatement une attitude positive en disant " je ferai ma part ", la CGE nous a dit " ceci n'est pas conforme à ce que j'ai demandé et mon intention n'est pas de participer à cette augmentation de capital ", et nous nous sommes donnés rendez-vous dans une quinzaine de jours, dans un conseil de préparation de l'assemblée générale extraordinaire qui fera cette augmentation de capital, probablement à la fin du mois de mars. C'est donc dans une quinzaine de jours que nous saurons quel est le montant exact de l'augmentation de capital, qui la fait, et par quel mécanisme elle rentre dans la CII car j'ignore si c'est FININFOR qui le fera ou si ce sont les maisons-mères qui pourront le faire directement.

On entre là dans un problème qui ne nous concerne plus directement, qui sont les mécanismes des accorde entre Thomson et CGE, mécanismes dont le moins qu'on puisse dire c'est qu'ils sont un peu grippés pour le moment. Je pense, si vous voulez, que nous aurons peut-être du mal à avoir la totalité de l'augmentation de capital prévue, mais dès à présent nous sommes assurés d'en avoir la moitié, et je ne suis pas très inquiet sur un déroulement, un aboutissement satisfaisant de ce problème d'augmentation de capital en quantité suffisante pour permettre le déblocage de la subvention du gouvernement.

Mais, et c'est ça un point très important, cette subvention est insuffisante en quantité. Le gouvernement le sait parfaitement, les besoins de l'exercice s'élevaient pour les deux exercices, à un petit peu plus de 90 millions ; avec 60, comme vous pouvez voir, il en manque une trentaine. Le gouvernement pour une raison ou pour une autre a tenu à limiter à 60; on peut penser qu'il l'a fait avec le désir d'obliger indirectement les actionnaires de la CII à participer un peu plus à l'opération. Que ce soit ce motif là ou que ce soit un autre, n'importe comment il reste par rapport à notre budget actuel un déficit qui est important. Au cours du prochain Conseil, ce budget sera présenté en détail aux maisons-mères et en même temps nous leur présenterons un budget le plus proche possible de l'équilibre, ce qui impliquerait évidemment des économies importantes. En première analyse, il nous parait impossible de faire un budget avec des économies importantes par rapport à ce que nous avons prévu sans mettre en cause formellement la coopération UNIDATA. Nous avons un certain nombre d'engagements techniques, commerciaux ; on peut évidemment ne pas les tenir, mais à ce moment-là on ne sait pas très bien où on va et les conséquences peuvent en être très graves. Je ne sais pas ce qui va en découler, mais enfin il me paraît probable que nos maisons-mères souhaiteront que nous fassions le plus grand nombre d'économies possibles et que l'État s'opposera à ce que ces économies aillent au-delà de la rupture de nos engagements sur le plan UNIDATA. Donc vous voyez que ce problème de financement 1973-74, si en apparence il a reçu une solution agréable, n’est pas en réalité réglé ; il reste les modalités de l'augmentation de capital qui le conditionnent et il y a les modalités d'exécution de l’année 1974, compte tenu de l'insuffisance des crédits que nous obtenons par rapport à nos besoins.

Vous comprendrez que les perspectives d’évolution de la CII dans le cadre d’UNIDATA n'aboutissent pas à une stabilisation. En fait, les premières analyses auxquelles nous procédons sur les années qui viennent montrent que le chiffre de la CII se développera d'une façon assez importante d'ici les années 1980, un chiffre d'affaires qui doublera et même probablement plus que doublera. Par conséquent nous aurons besoin d'hommes et il serait évidemment malheureux qu'en 1974, à cause d'une conjoncture due à l'articulation entre l'ancienne convention et la nouvelle, nous soyons amenés à faire des économies au niveau des personnes, car faire des licenciements serait une opération, outre socialement désagréable, c'est bien évident, ça serait en plus une opération pas très justifiée par le fait que l’année d’après, ou deux ans après, nous aurons besoin des mêmes hommes puisque la société va continuer à grandir. Il importe donc de passer l'année 1974 dans les meilleures conditions possibles. Et ceci m'amène à vous dire que cela implique des économies aussi importantes que possibles sur le plan matériel. Cela signifie des économies dans tous les domaines. Je passerai la parole tout à l'heure à M. Gest qui vous en parlera, des économies sur le chauffage, sur les frais de déplacements, sur les frais de représentation, sur les véhicules, sur le gardiennage, sur l'électricité ; il y a beaucoup à faire. Ne croyez pas qu'il s'agit de récupérer des miettes ; la CII est une société qui a un train de vie confortable et l'examen des frais montre qu'on vit bien. Il y a vraiment beaucoup d'argent à récupérer là et avant de penser à faire des économies massives en se séparant d'un personnel dont nous aurons sûrement besoin un jour, il faudrait commencer, socialement c'est même je dirai un devoir, commencer par faire des économies sur notre propre train de vie.

Après cela, nous arrivons à la troisième étape, qui elle n'est pas encore abordée, qui est celle du futur plan calcul. Il y a une chose favorable dont il faut tenir compte, c'est que le gouvernement donne tous les signes d'une très grande détermination sur ce plan là. Aujourd'hui il est hors de doute qu'il est tacitement admis par tous mes interlocuteurs qu'il doit y avoir un plan calcul 1974-1979, que ce plan calcul doit permettre à la CII de tenir son rang au milieu de ses confrères, et de ne pas voir s'amoindrir sa position du fait d'un manque de ressources. Mes interlocuteurs ont compris également que la soudure entre CII seule et CII dans UNIDATA implique pendant deux trois ans une période de très lourdes dépenses, aussi bien sur le plan commercial que technique et industriel et s'attendent par conséquent à avoir un alourdissement très net des besoins de la CII pour les années 1975-76. Tout ceci est très favorable. Par contre, il y a un problème qui reste complètement ouvert et qui va être à traiter pour l'année 1974, c'est la structure de capital et la structure de commandement de la CII.

La question se pose effectivement car la CII n'est plus la petite filiale d'importance secondaire par rapport aux groupes qui la possédaient comme c'était en 1967-68-69. Aujourd'hui la CII a des dimensions telles qu'elle représente, par rapport à ses groupes-mères, des effectifs, mais surtout des besoins financiers qui sont loin d'être négligeables, et par conséquent des risques très importants. L'informatique est une … science, j’allais dire... c'est une profession qui consomme énormément d'argent, à cause du mécanisme de la location, à cause des études qui sont extrêmement longues et extrêmement onéreuses, à cause de la durée des cycles de fabrication, et par conséquent, non seulement la CII est devenue grosse mais en plus de ça, comme c’est une société d'informatique elle a des besoins en investissement financier, en emprunt, beaucoup plus lourds qu'une activité qui fabrique, par exemple, des frigidaires ou des machines à laver.

Et ceci pèse beaucoup sur la trésorerie et sur les besoins de financement propre de nos sociétés-rnères. Il faut le dire, en France, les groupes industriels comme Thomson et CGE représentent un tiers, un quart de sociétés comme Siemens, qui sont elles-mêmes plus petites qu'une société comme Philips, et au stade où nous en sommes, on ne peut pas demander à un de ces industriels d'assumer tout seul le risque financier de l'avenir de la CII. Il y a donc une nécessité, sous une forme ou sous une autre, de l'aide de l'État. Il y a bien entendu en plus une nécessité de clarification des relations entre Thomson et CGE pour que la politique industrielle suivie en informatique française ne soit pas soumise à des tiraillements entre des intérêts contradictoires. Quoiqu'il en soit, le gouvernement va donc se trouver obligé certainement de jouer un rôle croissant, mais il est important que la CII conserve un environnement et un appui d'industriels. En effet, dans nos discussions avec nos partenaires, il est très apparent que l'existence de grands blocs industriels cohérents, comme Siemens, Philips, qui disposent non seulement de l'informatique lourde mais de toute la péri-informatique, des services, qui disposent aussi de tous les moyens de transmission de données, qui disposent des composants, qui disposent également d'une activité de téléphone avec les PTT, tout ceci forme un tout qu'il est vraiment très difficile de trancher complètement ; c'est comme les fils des tailleurs, quand on commence à tirer, finalement tout vient. Et il est certain que si, comme je le pense, nous devons croître et nous développer dans le cadre d'UNIDATA, il est nécessaire que la CII ne soit pas, comme je l'ai dit à la presse l'autre jour, " un enfant perdu ". Il est nécessaire qu'elle soit appuyée sur un groupe industriel puissant. A ce sujet, c'est aussi un canard auquel il faudrait couper les ailes, on peut lire dans le journal que le futur actionnaire de la CII, s'appelle le CEA ; ça s'appelle le CEA, ça s'appelle la Caisse des Dépôts et Consignations, ça s'appelle le Crédit National, ça s'appelle n’importe quoi… ; aujourd'hui je vous signale que j'ai rencontré M. Giraud le patron du CEA, avant-hier à un cocktail pour la première fois depuis 18 mois, et qu'il n'y a absolument rien sur le feu de ce côté-là non plus. Disons qu’il y a eu des conversations de couloir, que des gens se sont dit " ce n'est pas tout ça... il va falloir un nombre respectable de milliards d’anciens francs dans les 5 ans à la CII... si Thomson et CGE ne sont pas en état de le fournir qui est-ce qui pourrait bien le donner ? Pourquoi pas le CEA ? Pourquoi pas ? ... ". Cela n'est absolument pas plus loin actuellement et la discussion n'est pas entreprise. La discussion sur le sujet va probablement commencer sérieusement à débuter maintenant ; je ne sais pas avec qui d'ailleurs, et elle ne sera vraiment à l'ordre du jour que lorsque nous serons en mesure de donner au gouvernement et à nos maisons-mères un premier projet, une première ébauche de ce plan calcul 1975-1979. Ce plan calcul, cette première ébauche, j'espère que nous allons pouvoir en faire état à partir de la fin du mois d'avril, si vous voulez. Nous pouvons difficilement le faire tout seul, il est bien évident que nous avons besoin des informations globales UNIDATA pour pouvoir en tirer la part qui nous appartient, en déduire les charges financières que nous aurons à assurer. Un gros travail a été fait par nous pour aborder le problème dans les meilleures conditions possibles ; nous y avons introduit beaucoup d'hypothèses et au fil des semaines, des mois, nous pouvons remplacer des chiffres imaginés par nous par des chiffres réels provenant de la communauté. Nous espérons actuellement que dans le courant du mois d’avril nous aurons des données suffisamment sérieuses pour pouvoir, à la fin du mois d'avril, remettre une première ébauche de ce qui nous parait être l'enveloppe des besoins de la CII. C'est à ce moment-là que le problème de la structure de capital se posera. Quand nous disons... les parties prenantes du plan calcul auront le bébé sur les genoux... Pour le moment elles ne l'ont pas, et par conséquent ce sont encore des phrases... Il n'y a encore que des conversations.

J'ai à peu près terminé l'exposé sur la situation. Comme vous voyez, les choses se présentent beaucoup mieux qu'il y a un mois ; la route qui mène vers la solution du problème est prise. Elle est bien prise, et je suis maintenant raisonnablement optimiste sur la façon dont nous allons en sortir. Il ne faut pas penser qu'il n'y a plus aucun problème; il y a encore des problèmes et je suis convaincu que ça n’est pas avant la fin de l'année 1974 que nous naviguerons sur des eaux calmes. Il y a encore bien des difficultés à vaincre, bien des problèmes à régler dans les mois qui viennent. Mais enfin nous sommes dans la bonne direction et nous savons ce que nous avons à faire, c'est déjà beaucoup. Pour finir je voudrais vous dire que cette période qui est en train de s'achever n'a fait aucun bien à la CII. Je n'ai pas besoin de vous dire, car vous-mêmes avez dû le ressentir un peu, à l'intérieur de la CII, il y a certainement eu quelque inquiétude, parmi le personnel de la Compagnie, en se disant " où est-ce que l’on va ? Je suis entré à la CII, j'y croyais, mais finalement ça recommence ; personne ne sait ce qu'il veut en France, enfin voilà... " Je l'ai très bien senti ; j'espère si vous voulez que compte-tenu de la prise de position du gouvernement et de ce que je viens de vous dire, cette inquiétude se dissipera progressivement et que nous reviendrons à la confiance que normalement un cadre porte à son entreprise.

Vis-à-vis de l'extérieur, sur le plan du marché, j'espère que Messieurs les commerçants ne souffriront pas trop de ce qui a été peut-être un peu une détérioration de l'image de marque, avec des clients qui se sont peut-être eux aussi dit " mais qu'est-ce qui se passe ? qu'est-ce que ces gens-là vont devenir ? On parle d'eux dans les journaux tous les jours, personne n'a l'air de savoir vers quoi ils vont aller... " Cela n'a pas dû faire beaucoup de bien à notre image de marque dans la clientèle. Mais enfin l'expérience montre que la clientèle est souvent très fidèle à ses fournisseurs au milieu des pires vicissitudes ; un de nos confrères a connu des vicissitudes aussi grandes que les nôtres et il a fort bien survécu ; je ne suis pas très inquiet non plus, finalement ça n'a pas duré longtemps et si réellement maintenant nous sommes sûrs de nous, les choses devraient revenir à leur place normale.

Le dernier point, et qui n'est pas négligeable, c'est celui de nos confrères, vis-à-vis d'UNIDATA. Il est bien certain que ces deux ou trois mois de campagne de presse n'ont pas fait de bien à notre image aux yeux de nos confrères de Siemens et de Philips, qui ont, à mon avis, conçu quelque inquiétude sur la capacité de la CII à tenir une ligne politique ferme, à tenir ses engagements, etc. J'ai fait le maximum, et la Direction générale, et tous ceux qui participent aux négociations avec eux, pour leur donner l'impression que pas du tout, qu’on savait ce qu'on voulait, qu'il n'y avait aucun risque, que tout ce qui était dans les journaux était un bla-bla sans importance ; enfin, ça ne fait rien, disons le, à leur place nous aurions probablement aussi réfléchi à quelques précautions à prendre. C'est certain. Et nous allons avoir là aussi une certaine pente à remonter et il va falloir se montrer énergiques, montrer que nous sommes toujours bel et bien vivants, que nous avons pris des engagements et que nous les tiendrons, et que les autres ont pris des engagements et qu'ils sont priés de les tenir ; que UNIDATA n'est pas mort, et nous non plus. Je ne croyais pas que la situation soit grave et critique, non ; il y a un certain nombre d'indices qui me font penser que nos partenaires ont manifesté à l'égard de la CII une certaine inquiétude dans les difficultés que nous avons traversées et qu'ils ont réfléchi aux précautions qu'il y avait lieu de prendre à ce sujet. Il faut leur montrer que ces précautions sont tout à fait inutiles et superfétatoires et il faut progresser maintenant avec énergie en oubliant ce qui aura été, j'espère, un cauchemar sans conséquence. Voilà, je vous remercie beaucoup. Je vais passer la parole maintenant à M. Gest, qui va vous parler d'économie, un bon sujet après les repas, et je vais vous demander de m'excuser car malheureusement j'ai beaucoup de travail cet après-midi, je ne peux pas assister à cette intéressante démonstration.

 

Monsieur GEST

 

Des problèmes financiers se posent actuellement à la Compagnie, pour assurer son développement, pour atteindre les objectifs qui lui sont assignés ; ses ressources n'ont pas le niveau suffisant. En effet, comme vient de vous le dire Monsieur Barré, l'aide octroyée par les pouvoirs publics est à un niveau inférieur à ce que nous avons demandé et d'autre part l’autofinancement de la CII est loin de progresser comme il le devrait. Et sur ce point je ferai quelques commentaires. L’autofinancement ne progresse pas tout d'abord parce que les prix du marché sont en baisse depuis plusieurs années du fait de la compétition extrêmement sévère qui règne sur le marché. Par ailleurs en 1974, contrairement aux autres années, les prix de revient industriels ne baissent pas du fait de l'augmentation des prix des composants, du fait également de l'augmentation des salaires. Et l'amélioration de la productivité, qui normalement devrait compenser ces deux facteurs, n'est pas suffisante pour nous permettre d'avoir une rentabilité constante. L'accroissement substantiel de la marge la brute, qui au cours des exercices antérieurs, résultait de la forte augmentation du chiffre d'affaires, ne se produit pas en 1974 où les facturations ne font que progresser extrêmement faiblement. Et à cette marge brute, par conséquent, sensiblement constante, sur cette marge brute s'imputent des charges générales qui elles sont en forte augmentation. Une politique d'économie est donc absolument nécessaire, Et je vais vous en donner les grandes composantes.

Tout d'abord, stricte limitation des embauches aux moyens nécessités d'une part par l'accroissement de notre parc, d'autre part par les objectifs essentiels, essentiellement des objectifs d'étude. Dans les autres secteurs de la Compagnie, stabilisation globale des effectifs, ce qui est en accord, je vous ferai remarquer, avec le fait que le chiffre d'affaires ne progresse pas. Nous savons certes, que malgré cette stagnation du chiffre d'affaires, les charges augmentent dans certains secteurs de la Compagnie. L'informatique est en effet une industrie où le passé a tendance à peser assez lourdement sur le présent. Mais c'est dans une amélioration de la productivité des services qu'il faut trouver les ressources nécessaires pour faire face à cet accroissement de charges qui peut apparaître ici ou là. Et ceci c'est votre mission.

Un deuxième champ d'application des mesures d'économie, des efforts d'économie, sera dans tout ce qui concourt à engendrer des charges financières. Malgré la vigilance et le savoir-faire de la Direction financière de la Compagnie, les frais financiers de la CII atteignent un niveau anormalement élevé. Anormalement élevé par rapport au chiffre d'affaires. Actuellement, les frais financiers absorbent entre 15 et 20 % de la marge brute. Ce qui est considérable. Ceci est le résultat, certes, en partie, de l'augmentation du loyer de l'argent, mais c'est surtout le résultat de la masse énorme de crédits que la Compagnie est obligée de mettre en œuvre pour assurer son activité. La CII, comme vous l'a dit M. Barré, est une dévoreuse de capitaux. Certes l'informatique veut cela mais je ne pense pas que la CII soit particulièrement économe de ses capitaux et là il y a des efforts à faire. Le cycle de rotation des capitaux, en effet, n’est pas satisfaisant et nous considérons qu’il y a un certain nombre de mesures qui doivent être prises, un certain nombre d'efforts qui doivent être opérés. Tout d'abord diminution des cycles de production. Je vous en ai souvent parlé ; il y a eu quelques améliorations mais elles sont insuffisantes. Et cette diminution du cycle de production implique bien entendu que les mises au point soient plus efficientes, mais aussi que diminuent fortement les modifications techniques, ou les changements de configuration qui interviennent au dernier moment. Également dans les mesures à prendre pour limiter nos charges financières intervient la limitation du niveau des approvisionnements, approvisionnements qui ne doivent entrer qu’au moment où ils sont absolument nécessaires. Des dispositions très strictes ont été prises cette année, ont été prévues dans le budget et elles devront être respectées. Mais pour cela il est indispensable que les programme commerciaux, puis les programmes industriels qui leur font suite, ne soient pas constamment modifiés ; là encore il y a un effort faire. Enfin pour diminuer nos charges financières, il y a lieu d'accélérer la facturation. J'ai pu constater en fin d'année 1973 des négligences véritablement inadmissibles. Et ceci ne doit pas se reproduire. D'autre part, il est certain que nous pouvons faire tous preuve de plus de fermeté vis-à-vis de la clientèle dans le recouvrement de certaines créances.

Dernier domaine d'application des mesures d'économie, et non le moindre, celui des frais. M. Barré vient de vous en parler, en fait ce sont de véritables mesures d'austérité qu'il va y avoir lieu de prendre. En effet, la Compagnie a tendance à avoir un train de vie assez largement supérieur à celui qu'elle peut soutenir. M. Barré vous l’a dit. Et des économies importantes sont possibles, sont nécessaires. Et ceci se situe dans un certain contexte. En effet, l'accroissement du prix des matières premières, l'accroissement du coût de l'énergie, joint à une inflation quelque peu inquiétante, tout cela a créé un climat de restrictions assez généralement partagé, que ce soit par les économies nationales, ou par la plupart des entreprises. Nous allons donc, au sein des entreprises, la plupart des entreprises, vers un climat d'austérité. Quelles vont être ces mesures ? Elles concerneront un certain nombre de frais sur lesquels on peut faire des réductions très importantes. Et les mesures qui ont été décidées dans le cadre du budget ont fait l'objet d’une note d'application qui va être diffusée dès demain. Cette note sera adressée par la Direction Centrale Industrielle à chacune des directions de la Compagnie, et je me contenterai de vous en donner les grandes orientations.

Tout d'abord il va sans dire que les dépenses dites de prestige sont supprimées. D'autre part une analyse détaillée des différentes natures de frais de la Compagnie nous a permis de déterminer un certain nombre de directions suivant lesquelles il fallait faire porter les efforts, un certain nombre d'axes. Quels sont ces axes principaux ?

En premier lieu les frais de transport et de déplacement pour lesquels l'utilisation de moyens coûteux, utilisation de moyens surabondants, est chose courante. Nous avons constaté assez fréquemment des locations de voiture de très forte cylindrée, aucun souci de groupage entre membres d'une même mission, tout ceci doit disparaître et désormais les locations de voiture seront réglementées, quant à leurs cas d'emploi et quant à la nature des véhicules qui pourront être utilisés. Des moyens de transport groupés devront être utilisés, notamment pour les liaisons régulières comme par exemple les liaisons entre l'aéroport de Toulouse et l'usine de Toulouse. Les moyens seront mis en place. Également les utilisations tout à fait injustifiées d’avions seront supprimées. Il est préférable et plus sûr bien souvent de prendre le train pour faire un voyage de quelques centaines de kilomètres plutôt que de prendre l'avion. Comme ça se produit trop souvent.

Le deuxième axe d'application sera celui des frais de réception et des frais de représentation. Depuis le retour de vacances plusieurs sondages ont été effectués et notamment une étude a été faite il y a quelques semaines à l'occasion de l'établissement des déclarations fiscales. C'était un bon sujet d'étude. Nous avons d'abord constaté des abus inadmissibles ; ils vont donner lieu à des enquêtes, des enquêtes de vérification pour être bien sûr de ne pas se tromper ; s'il y a véritablement abus inadmissible il y aura avertissement et en cas de récidive il y aura sanction. Mais abus mis à part, il est certain que d'une façon générale la CII est réputée pour avoir la réception facile, assez large, et même parfois assez fastueuse. Il ne faut pas croire que cela contribue à améliorer l'image de marque de la Compagnie et que cela soit déterminant dans les relations que nous pouvons avoir avec notre clientèle. Là encore les engagements de frais seront réglementés, et en particulier nous vous demanderons d'utiliser de façon systématique les moyens d'accueil et de réception qui se trouvent dans les différents établissements de la Compagnie. Il est anormal de louer des salles de conférence à l'extérieur, il est anormal de généraliser les repas dans les restaurants extérieurs dont certains parfois sont distants de quelques centaines de mètres des restaurants de la Compagnie.

Troisième axe sur lequel il faudra faire porter les efforts, les dépenses de secrétariat et j'entends par-là non seulement les fournitures mais également le tirage, les éditions, la documentation etc. Là encore il y a de gros efforts à faire. Et ces efforts ne relèvent pas de nos seules secrétaires qui n'y sont pour rien et qui bien souvent ne font qu'exécuter les instructions qui leur sont données. Donc je vous demande de faire attention à ce point-là. Le budget qui a été établi pour 1974 et qui je pense sera adopté par le prochain conseil, a pris en compte toutes ces mesures, a pris en compte les effets de ces mesures. Aussi doivent-elles être impérativement respectées. Je ne voudrais pas que vous pensiez qu’il s'agit de mesures superficielles n'ayant aucune incidence, ou qu’une incidence réduite sur le résultat de la Compagnie. Les sommes mises en cause ne sont pas négligeables. L'ensemble des frais dont je viens de parler, c'est à dire les frais de transport, les frais de représentation, réception, les frais de secrétariat, de tirage etc., l'ensemble de ces frais représente actuellement 75 millions de francs actuels. 10 % d'économie sur cette somme représente 7 millions et demi. Il vous suffit de rapprocher ce chiffre de ce qu'ont été les résultats de la Compagnie au cours des dernières années pour voir qu'une politique d'économie peut véritablement porter ses fruits quant au résultat de la CII. J'ai demandé à la Direction Centrale Industrielle de faire régulièrement, à partir des fiches de contrôle budgétaire, des sondages et de me rendre compte du résultat de ces sondages au cours des comités de direction générale. Il s'agit là de mesures a posteriori ; j'espère qu'elles ne feront que constater que les efforts nécessaires ont été faits.

En fait ce que nous vous demandons c'est non seulement de faire vous-même, de faire personnellement cet effort qui vous est demandé, mais surtout d'avoir la vigilance et l'autorité nécessaire pour que ces mesures soient effectivement appliquées au sein des services dont vous avez la responsabilité. C'est sur ce point précisément que nous comptons sur vous.

Messieurs, je vous remercie de votre attention.

 

26 février 1974 : Jean Charbonnel, contraint et forcé, approuve les accords Unidata, comme en témoigne la lettre ci-après adressée à Paul Richard.

Monsieur le Président,

Vous m'avez à diverses reprises exprimé votre souci de voir le Gouvernement formuler de façon explicite sa position en ce qui concerne l'avenir de la CII et tout spécialement son orientation vers une association européenne dans le cadre d'UNIDATA. Ces questions ayant été récemment évoquées sur le plan interministériel, je suis aujourd'hui en mesure de vous donner à leur sujet les indications qui suivent.

Le Gouvernement confirme sa volonté de poursuivre la mise en œuvre du Plan Calcul pour que la France dispose d'une industrie capable de maîtriser les éléments essentiels des systèmes de traitement de l'information.

Il donne son approbation à l'accord UNIDATA, tel qu'il a été signé le 4 juillet 1973 par CII, SIEMENS et PHILIPS.

En ce qui concerne cet accord, j'attire votre attention sur le fait que tout changement éventuel dans son contenu ou de l’équilibre actuel entre partenaires devrait être soumis au préalable à l'approbation du Gouvernement Français.

Aucun élargissement d'UNIDATA à de nouveaux partenaires internationaux (et en particulier américains) ne doit être envisagé avant que la construction de l’ensemble UNIDATA n’ait prouvé sa solidité dans les faits. Les industriels en cause ne doivent engager pour le moment aucune négociation dans cette voie.

Je vous demande, dans les entretiens que vous aurez avec PHILIPS et SIEMENS, de tenir compte de ces orientations. Vous pourrez les informer que, compte tenu de certains aspects d'UNIDATA qui relèvent de la politique des Gouvernements intéressés, je me préoccupe de maintenir les contacts nécessaires avec les Ministres Allemand et Néerlandais compétents.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l'assurance de ma considération distinguée.

 

28 février 1974 : Pierre Messmer remplace Jean Charbonnel par Yves Guéna à la tête du ministère du Développement Industriel et Scientifique.

 

6 mars 1974: lettre du Président de la CGE au Président de Siemens.

Cher Docteur Plettner,

Le Président de la CII m’a transmis votre lettre du 13 février par laquelle vous lui demandez des précisions sur la position de la Compagnie Générale d’Électricité vis-à-vis des accords conclu le 4 juillet 1973 entre Siemens, Philips et CII. Vous souhaiteriez en particulier avoir confirmation de la part de CII que les engagements souscrits par elle au titre de l’accord du 4 juillet, pour le compte de la CGE, sont garantis par des accords antérieurs avec celle-ci, et que la CII est, en droit et en fait, capable de garantir le respect de ces engagements.

Je pense, comme vous, nécessaire de clarifier la situation – dont je vous croyais mieux informé – et de vous confirmer la position de mon Groupe vis-à-vis des accords Unidata et, d’une façon plus générale, de la coopération avec Siemens et Philips dans le domaine de l’informatique.

La CGE a toujours été favorable à la recherche d’une coopération internationale dans le secteur de l’informatique ; elle a, dans cette optique, encouragé l’ouverture et le développement des négociations avec Philips et Siemens, qui lui paraissaient devoir être des partenaires privilégiés en vue de la création d’une large communauté européenne de moyens et d’intérêts dans ce secteur.

J’attachais personnellement la plus grande importance à ce projet en raison, d’une part de l’étendue du domaine technique et commercial couvert directement et indirectement par l’accord envisagé, d’autre part, du poids des efforts financiers à consentir pour assurer à la future association son plein développement au cours des prochaines années, compte tenu du maintien nécessaire de l’équilibre des pouvoirs prévus entre les associés.

C’est pourquoi, dès le début de l’année 1973, nous avons demandé à Thomson et à CII :

- que CGE et Thomson soient directement parties à l’accord auprès de leurs partenaires hollandais et allemands, de façon à bâtir une véritable coopération européenne, engageant réellement les groupes pour l’ensemble de leurs activités informatiques,

- que soit établi un business plan définissant les objectifs à moyen terme de la coopération envisagée et les moyens à mettre en œuvre par chacune des parties.

Ainsi que vous le savez, la Compagnie Thomson-Brandt n’a tenu aucun compte de nos demandes et a finalement autorisé la signature de l’accord par la CII en utilisant la voix prépondérante du Président de Fininfor, société holding de nos participations dans CII dont le capital est réparti à raison de 52 % pour Thomson et 48 % pour la CGE. Nous avons ainsi été conduits à refuser par lettres adressées tant au Gouvernement français qu’à Thomson notre approbation à la signature de l’accord du 4 juillet et à indiquer que nous ne saurions être engagés d’aucune façon par cet accord.

La CII ne disposait donc, en l’occurrence, d’aucun mandat – bien au contraire – lui permettant d’engager la CGE notamment en ce qui concerne les clauses de propriété industrielle.

Les circonstances très regrettables dans lesquelles s’est déroulée cette affaire nous ont amenés à récuser le leadership de Thomson dans la CII qui s’était indiscutablement traduit, en l’occurrence, par un abus de pouvoir et, pour ce faire, à demander au Président Paul Huvelin, arbitre statutaire du contrat qui nous lie à Thomson, de procéder à la résiliation des dispositions de ce contrat relatives au secteur " informatique " et en particulier d’abroger le leadership confié à Thomson vis-à-vis de la CII.

Dans la perspective de cet arbitrage, qui sera rendu très prochainement, je souhaite que puissent rapidement s’établir des rapports nouveaux entre mon Groupe et la CII, et qu’après examen approfondi du Plan de Développement de l’association Unidata, puissent être dégagées les conditions de la participation de la CGE à un large accord avec Siemens et Philips dans le domaine de l’informatique.

Je pense donc qu’il serait sage d’attendre cette échéance pour trouver une solution au problème que vous avez posé à la CII.

Je vous prie d’agréer, Cher Docteur Plettner, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Ambroise ROUX

15 mars 1974: Conseil du Club de la Péri-Informatique.

Au cours de ce Conseil, Maurice Allègre :

1) confirme que Philips vendra ses petits ordinateurs au nom de Philips,

2) précise que la scission prévue dans la CII entre grosse informatique et la petite informatique n’avait pas lieu non pas en raison d’un changement de principe mais en raison des difficultés de fait,

3) précise également les conditions dans lesquelles le catalogue d’Unidata sera établi.

mars 1974: le gouvernement allemand demande à Siemens de reprendre la division informatique de Telefunken.

En reprenant Telefunken, son parc d’ordinateurs, ses chercheurs, et son déficit, Siemens rompt l’équilibre au sein d’Unidata.

2 avril 1974: décès de Georges Pompidou.

Ceci est une catastrophe pour la Délégation car le Président Pompidou l’a toujours soutenue. Tout est bloqué au moment où il faudrait mettre un terme à la bataille entre CGE et Thomson.

5 avril 1974 : Flash : augmentation de capital.

L’Assemblée Générale Extraordinaire des actionnaires de la CII, convoquée par son Président, s’est réunie le 5 avril à 15h30 au siège de la compagnie. Au cours de cette assemblée, il a été décidé d’effectuer une augmentation de capital de 23 millions de francs complétée par l’émission d’obligations convertibles pour un montant de 12 millions de francs, soit au total 35 millions de francs ; ces opérations étaient prévues par la Convention Plan Calcul.

Le capital de la CII se trouve ainsi porté à 210 026 400 F avec la répartition suivante :

Fininfor : 59,6 %

IDI : 23,8 %

Schneider SA : 14,6 %

Kali Ste Thérèse : 2 %

Par ailleurs, l’Assemblée Générale Extraordinaire a autorisé également une augmentation de capital de 20 millions de francs destinée à couvrir les besoins supplémentaires entraînés par les accords européens de la compagnie. Cette augmentation a été souscrite par Thomson-CSF et CGE sous forme d’obligations convertibles. Les modalités et l’échéancier de cette augmentation de capital devront être définis par le Conseil d’Administration de la CII.

 

15 avril 1974 : Monsieur Henri Albert entre à la CII comme Directeur Général adjoint de la Compagnie.

 

13 mai 1974: réunion du Shareholders Council de Unidata, faisant l’objet d’un compte rendu sommaire, daté du 14 mai, de M. Barré à MM. Gest et Gaudfernau.

1. Approbation du compte rendu de la précédente séance :

Les modifications demandées par la CII sont acceptées sans discussion : SIEMENS admet donc que la totalité du catalogue actuel des partenaires UNIDATA n'est pas périmée.

Par ailleurs, SIEMENS reconnaît que l'absence de compatibilité IRIS du X1 est de sa faute et s'engage à y porter remède (solution UNOS 2).

2. Plan à 5 ans d'UNIDATA

Le BoM présente la dernière version du Plan UNIDATA qui peut être résumée de la manière suivante :

 

Années

En millions de DM

Chiffre d’affaires global EV brut

Résultat global

Résultat CII

Résultat Siemens

Résultat Philips

(compte tenu des aides gouvernementales envisagées)

1974

1975

1976

1977

1978

1 630

1 890

2 310

2 610

2 150

-442

-591

-491

-438

-603

-39

-141

-111

-50

-43

-208

-247

-173

-190

-345

-195

-195

-207

-198

-215

Les résultats ci-dessus sont obtenus :

1. en admettant une dérive économique de plus de 10 % par an et une compression annuelle des prix de vente de 3 à 8 %,

2. sans utilisation d’un mécanisme de lease-back,

3. en introduisant des aides gouvernementales annuelles identiques à celles que chacun des partenaires a indiquées pour l’année 1974.

 

Le BoM expose que ces résultats sont inacceptables, que des mesures d'économie sont urgentes et que seule la création d'un commandement centralisé peut permettre de réaliser cette dernière.

PHILIPS et surtout SIEMENS insistent lourdement sur ce point ; SIEMENS, en particulier, déclare être dans l'impossibilité de faire face à des déficits aussi gigantesques et son Président indique qu'il compte consacrer les deux prochains mois à une étude interne sur la situation dont il ne comprend pas la détérioration rapide.

Il n'écarte pas la possibilité de l'abandon de l'informatique par SIEMENS et confirme, en tout état de cause, que SIEMENS ne voit pas de solution au problème dans un autre cadre que celui d'UNIDATA.

 

La CII développe les points suivants :

- Ce plan a été basé sur des hypothèses exagérément strictes il est évident que l'on ne peut admettre une dérive des salaires annuelle de 15 % en introduisant une réduction de 3 à 8 % des tarifs pendant 5 ans.

Même en tenant compte de la pression d'IBM sur les prix, il faut admettre une majoration des tarifs raisonnable.

- PHILIPS et SIEMENS n'utilisent pas le lease-back et activent le parc en location à un prix voisin du prix de revient de fabrication.

Cette méthode comptable introduit des pertes considérables que les deux compagnies font entrer dans leurs résultats d'ensemble, afin de bénéficier de l'avantage fiscal correspondant.

SIEMENS et PHILIPS doivent choisir :

- ou bien ils sont assez riches pour tenir à ce bénéfice fiscal et ils maintiennent de lourds déficits,

- ou bien ils veulent avoir une vue réaliste des résultats d'UNIDATA et ils doivent pratiquer le lease-back avec un mécanisme prudent dans le genre de celui qu'utilise CII.

- CII a présenté à ses actionnaires et aux Pouvoirs Publics un Plan à 5 ans dont les résultats paraissent meilleurs que ceux que fait apparaître le Plan UNIDATA. Cependant, si l'on tient compte des deux remarques précédentes, les résultats des deux Plans sont assez voisins les uns des autres.

La justification de ces résultats paraît assez claire à la CII :

- les trois partenaires font un effort technique considérable pour sortir rapidement un catalogue compatible, chose que de grands confrères comme ICL ou HONEYWELL n'ont pas eu le courage de réaliser,

- l'harmonisation des productions industrielles introduit inévitablement des perturbations dans les charges.

- La CII est bien d'accord pour pratiquer le maximum d'économies possibles et reconnaît que la constitution d'un commandement centralisé ne peut que faciliter ces économies. Toutefois, elle insiste sur le fait que ces économies seront très loin de permettre l'équilibre des budgets ; les pertes du Plan UNIDATA qui resteraient après reprise des hypothèses économiques et interprétation du lease-back sont constituées, pour une très large part, par des dépenses ayant le caractère d'investissements.

- La question est donc de savoir si les partenaires d'UNIDATA ont les moyens de faire ces investissements.

Pour sa part, la CII pense qu'ils sont nécessaires pour assurer la survie de l'association ; le projet de Plan Calcul français est donc rédigé en ce sens et la CII n'a pas l'intention de réduire ses ambitions si elle obtient l'appui demandé du Gouvernement français.

- En conclusion, la CII suggère qu'un nouveau Plan UNIDATA soit réalisé, tenant compte des éléments précédents, mais partant des sommes maximales que chaque partenaire estime pouvoir couvrir dans les années à venir.

 

Il a paru nécessaire de défendre ces derniers points avec netteté ; la présentation faite par SIEMENS du Plan UNIDATA tend en effet à démontrer que les trois partenaires sont dans la même situation et que l'effort de compression des dépenses doit être fait simultanément.

Accepter cette présentation reviendrait à calibrer l'effort de la CII en proportion de celui de SIEMENS et par conséquent, à consacrer le rapport des forces aujourd'hui favorable à la société allemande.

3. Organisation du Commandement de l'Association :

Conformément à la demande du dernier Shareholders Council, le Standing Committee présente le rapport concernant la création d'un commandement centralisé, suivant trois schémas donnés ci-après.

I pres. : CII

Ops. : SIE adm. + fin. : PH


Com. :PH tech. : CII adm. : CII fin. : SIE

II pres. : SIE

Ops. : CII adm. + fin. : PH


Com. :SIE tech. : PH adm. : CII fin. : SIE

III pres. : SIE

Ops. : PH adm. + fin. : CII


Com. :SIE tech. : CII adm. : PH fin. : SIE

 

Au cours de la discussion, les points suivants sont apparus :

- PHILIPS est très désireux de voir la mise en place de l'organisation centralisée le plus rapidement possible. Le premier organigramme lui parait très satisfaisant car il attribue à un Hollandais la Direction Commerciale de l'ensemble.

Toutefois, PHILIPS très attaché à la division des responsabilités, voudrait que le commandement commercial ne soit pas dans les mêmes mains que le commandement industriel et technique. Ceci revient à admettre un troisième Directeur Général et à confier au Président d'UNIDATA le soin d'harmoniser les politiques technique et commerciale.

Par ailleurs, PHILIPS évoque le problème de la petite informatique et propose que son chef soit directement rattaché au Directeur Général des Opérations, ce qui revient à rajouter un cinquième Directeur au niveau des Directeurs Centraux.

- SIEMENS est également satisfait du premier organigramme, mais est manifestement très chagriné par le fait que le Directeur Commercial serait hollandais. A plusieurs reprises, SIEMENS fait remarquer qu'UNIDATA dispose de très peu d'hommes compétents et que la règle de l'alternance hiérarchique doit pouvoir souffrir des exceptions.

- PHILIPS ne veut pas entendre parler d'un Directeur Commercial allemand sous les ordres d'un Directeur Général Opérations allemand.

- Les participants français insistent sur le fait qu'il s'agit d'un "exercice" qui n'engage personne aujourd'hui. L'acceptation de la Présidence par M. BARRÉ est soumise à des considérations qui ne peuvent être éclaircies avant plusieurs mois :

- Sur le plan UNIDATA, l'acceptation d'un Plan à 5 ans manifestant clairement l'accord des trois partenaires sur une politique commune et sur les investissements globaux.

- L'accord des trois partenaires sur un plan d'évolution des structures UNIDATA.

- Dans le cadre français, la mise au point de la nouvelle Convention Plan Calcul et la détermination des structures d'environnement de la CII.

- Une telle décision constitue une novation par rapport au présent accord UNIDATA ; il est donc nécessaire de rédiger un avenant mettant au point, non seulement la structure de commandement mais aussi les résultats contractuels entre ce commandement et chacun des partenaires.

Il est improbable qu'une réponse soit donnée aux points précédents avant le mois d'octobre et c'est la raison pour laquelle il est proposé de reporter à cette date les décisions définitives.

 

- PHILIPS estime cette date beaucoup trop tardive et déclare que des mesures devraient être prises beaucoup plus rapidement. Le Standing Committee fait remarquer que ce projet conduit à proposer la désignation immédiate comme Président Area Managers de l'un des membres actuels de ces Comités, en dégageant ceux-ci d'une grande part de leurs responsabilités internes de manière à ce qu'ils puissent se consacrer à la promotion des affaires UNIDATA.

On se heurte alors au problème du choix du Président du Commercial Area Manager ; SIEMENS souhaite M. WAGNER ; PHILIPS pensant au premier organigramme examiné ci-dessus, demande que ce soit M. KRIEGSMANN.

 

Aucune décision n'est prise ; le problème est reporté au prochain Shareholders Council qui se tiendra le 11 juillet à Munich.

 

4. Création de la Central Company :

Il est décidé de créer la Central Company au capital de 15 millions de florins ; le minimum sera appelé, soit 300.000 florins, lors de la création. Les participations des partenaires dans le capital initial seront 1/3, 1/3, l/3.

Les partenaires sont d'accord pour accepter un objet social plus large que celui qui est défini dans l'accord UNIDATA ; un échange de lettres entre les trois partenaires confirmera bien que cet objet social est une simple précaution mais que les intentions d'UNIDATA sont d'utiliser la CC dans le cadre strict des dispositions de l'accord de juillet 1973.

Il est décidé, enfin, de s'en tenir strictement aux règles prévues dans l'accord UNIDATA pour les conditions de vote à l'intérieur de la CC : pour les affaires courantes, la règle de la majorité simple est appliquée.

Les questions importantes, dont une liste sera mise au point rapidement, exigent la majorité absolue (il a été rappelé qu'aucun des partenaires ne devait avoir plus de 49 % du capital de la CC).

 

5. Affaire TELEFUNKEN :

Les participants français ont fait état de la correspondance entre les Gouvernements français et allemand ; ils ont souligné que l'opinion de la Délégation à l'Informatique était la suivante :

- Tout renforcement d'UNIDATA est favorable à la politique informatique européenne.

- La reprise de TELEFUNKEN dans le cadre d'UNIDATA ne peut se faire qu'avec l'accord unanime des participants dans le cadre d'une solution montrant que l'opération est favorable aux membres de l'association et qu'elle ne lèse aucun des intérêts de ses partenaires.

SIEMENS se plaint du temps qui passe et de l'absence de réponse ferme de la part de ses partenaires.

La CII déclare qu'elle peut dès maintenant indiquer à SIEMENS sa position :

- Le TR 440 est au même niveau que l’IRIS 80. La CII ne peut admettre la prise en charge du TR 440 sans un engagement formel de vente par SIEMENS d'un nombre équivalent d'IRIS 80.

- La CII n'a aucun renseignement technique sur le TR 540 qui lui paraît :

. d'une puissance très voisine du futur X5,

incompatible avec la ligne IRIS,

. devoir entraîner de lourdes dépenses de commercialisation.

Il est décidé que CII fera parvenir à SIEMENS la liste des conditions qui devraient être remplies par son partenaire allemand pour qu'elle puisse soutenir la proposition SIEMENS auprès du Gouvernement français.

Un groupe de travail auquel participera PHILIPS sera créé ensuite pour examiner la possibilité de satisfaire aux exigences demandées.

 

Nota : A plusieurs reprises au cours de la réunion, M. PLETTNER a évoqué la nécessité pour lui d'un certain temps de réflexion ; ce temps de réflexion, deux ou trois mois, doit être mis à profit pour analyser en détail la situation de l'informatique à l'intérieur de SIEMENS, réfléchir au Plan UNIDATA et décider des mesures à prendre.

Bien que M. PLETTNER ait déclaré avec force qu'il ne voyait pas d'avenir à l'informatique allemande en dehors du cadre UNIDATA, on peut se demander si SIEMENS n'a pas en tête la possibilité d'un accord avec un partenaire américain (le quatrième partenaire évoqué dans le rapport du BoM).

Il y aura lieu d'être très vigilant sur ce point car il reste chez SIEMENS une certaine nostalgie de l'organisation antérieure avec RCA dont UNIVAC a pris la suite.

Un rapprochement de SIEMENS et d'UNIVAC, même dans le cadre d'UNIDATA, serait susceptible d'apporter à la société allemande des avantages considérables sans aucun bénéfice pour la CII.

Nota : Lors du colloque sur Unidata, le 7 juin 1995, M. Barré dans son intervention fait mention de cette date du 13 mai et indique :

Le plan Unidata est établi : les pertes cumulées prévisibles pour CII sont de 1 milliard 130 millions de DM, pour Philips de 1 milliard de DM et pour Siemens de 1 milliard 450 millions de DM.

La charge de CII est conforme aux données que nous avions prévues et communiquées à la délégation ; Philips ne fait aucun commentaire ; Bernhard Plettner, le président de Siemens, n’est pas d’accord avec sa part et demande à revoir les choses de plus près. A cette occasion, il exprime son vœu de voir resserrer le commandement d’Unidata et d’aboutir assez rapidement à une autorité centrale pour l’association. "

 

 

17 mai 1974: document CII intitulé " Réflexions concernant le plan Unidata ", probablement rédigé par M. Barré. Cette note reprend en partie le compte rendu sommaire du 14 mai.

Le Plan Unidata présenté au Shareholders Council du 13 mai a donné lieu à de vives réactions de la part de Siemens et de Philips qui considèrent les résultats comme désastreux et susceptibles de remettre en cause leur volonté de réaliser une informatique européenne si des mesures immédiates ne sont pas prises pour y porter remède.

La CII n’a pas partagé la stupéfaction feinte ou réelle de ses partenaires car le Plan Unidata lui paraît dans l’ordre des évènements prévisibles, compte tenu des hypothèses adoptées.

Il a paru utile de rassembler ci-dessous des réflexions qui justifient la position de la CII :

  1. On trouvera ci-joint deux graphiques montrant l’évolution des résultats d’Unidata au cours des prochaines années ; chacun de ces graphiques indique, en outre, le résultat propre de chacun des trois partenaires pendant la même période.

     

    - Le graphique A donne l’évolution des résultats :

    . sans aide gouvernementale,

    . sans utilisation du leasing.

    - Le graphique B donne les résultats obtenus en introduisant les aides gouvernementales prises en compte par le groupe de travail économique à l’origine de son travail, c’est-à-dire avant la mise au point des besoins qu’exprime la CII dans son Plan Directeur.

     

    Nous avons remplacé ces deux graphiques par les deux tableaux ci-après, pour des facilités de mise en page.

    Tableau A, Unidata five years Plan, P/L by Partners (without Grants), en millions de DM.

     

    1973

    1974

    1975

    1976

    1977

    1978

    CII

    -120

    -160

    -290

    -270

    -210

    -220

    Philips

    -180

    -190

    -195

    -205

    -195

    -215

    Siemens

    -180

    -260

    -305

    -230

    -250

    -405

    Unidata

    -480

    -620

    -790

    -710

    -665

    -840

    Tableau B, Unidata five years Plan, P/L by Partners (with Grants), en millions de DM.

     

    1973

    1974

    1975

    1976

    1977

    1978

    CII

    Voir note a

    -35

    -40

    -150

    -80

    -110

    -60

    -50

    -40

    -45

    -35

    Philips

    -180

    -190

    -195

    -205

    -195

    -215

    Siemens

    -115

    -210

    -245

    -170

    -240

    -345

    Unidata

    -330

    -440

    -590

    -485

    -485

    -605

    Note a : résultats avec une aide gouvernementale supplémentaire.

     

     

  2. Le graphique (tableau) A est utilisé par Siemens pour montrer que les résultats des trois partenaires sont aussi mauvais les uns que les autres et qu’il convient, par conséquent, de procéder à une réforme simultanée des méthodes et des structures ainsi que des économies parallèles.
    1. Cette présentation des choses est déjà quelque peu tendancieuse :

      - D’abord parce que le cumul des pertes obtenues par les trois compagnies au cours des cinq années (1974 à 1978) n’est pas du tout équivalent :

      . CII 1 150

      . Philips 1 000

      . Siemens 1 450

      La perte Siemens, malgré l’importance plus grande de son volume d’activité, est donc très supérieure à celle de ses partenaires.

      - Ensuite parce que l’étude qui a été faite en admettant une hypothèse excessive sur l’évolution des tarifs ; après avoir envisagé une dérive économique de plus de 10 %, le groupe de travail a supposé que les prix de trafic baisseraient annuellement de 3 à 8 %.

      Il est évident qu’avec une inflation persistante, une révision des tarifs sera inévitable. Or, si l’on admet une très faible révision des tarifs, voire même la stabilité des tarifs malgré l’inflation, on introduit dans ces courbes un léger basculement qui montre une amélioration progressive et régulière des résultats de CII, une amélioration plus lente de ceux de Philips, alors que les résultats de Siemens continuent à plonger en fin de période, après une brève amélioration au cours des années 1976 et 1977.

       

      On notera à l’occasion de l’examen du graphique (tableau) A que les pertes indiquées par Siemens ne sont pas obtenues par le mécanisme qui a été utilisé pour établir le résultat fiscal de son activité informatique ; en 1973, ce dernier a été chiffré officiellement à un déficit de 298 millions de DM alors que le chiffre indiqué dans le Plan Unidata pour la même année se place au niveau de 180 millions de pertes.

      Il y a là un écart mal expliqué qui peut faire penser qu’en réalité, les chiffres comptables de Siemens sont encore pires que ceux que fait apparaître le Plan Unidata et l’on conçoit, dans ces conditions, que l’aggravation de ces derniers amène le niveau des premiers à des hauteurs inacceptables.

       

       

    2. Le graphique (tableau) B fait intervenir les aides gouvernementales ; la courbe de Philips est donc inchangée.

      Les aides introduites dans la courbe CII proviennent d’une estimation faite en fin d’année, qui ne tenait pas compte d’un certain nombre d’éléments introduits dans le Plan Directeur et, en particulier, de la totalité des subventions exceptionnelles commerciales et industrielles nécessaires en 1975 et 1976.

      La courbe de Siemens tient compte d’une aide du Gouvernement allemand beaucoup plus faible que celle dont nous avons connaissance par les informations recueillies auprès de la Délégation à l’Informatique. Cet état de choses avait déjà été remarqué pour l’exercice 1973 et Siemens a toujours insisté sur le fait que cette aide gouvernementale modeste était la seule dont il disposait.

      Il y a donc lieu de penser que le Gouvernement allemand, dans ses statistiques, tient compte d’une importante aide indirecte aux efforts de Siemens, aide introduite sous d’autres formes que des marchés d’études ou des subventions, et que Siemens ne souhaite pas faire apparaître. L’écart paraît important puisque le Plan Unidata fait état d’un soutien de l’ordre de 60 millions de DM, alors que nos renseignements évaluent l’aide gouvernementale allemande à Siemens à une centaine de millions.

      Si cette aide occulte est déjà introduite, la courbe Siemens du graphique (tableau) A est encore plus basse qu’il n’est indiqué. Si ce n’est pas le cas, sur le graphique (tableau) B, la courbe Siemens remonte alors quelque peu sans que son allure soit changée, tout en restant toujours nettement en dessous de la courbe CII qui, pourtant, ne tient pas compte de toutes les aides supplémentaires demandées au Gouvernement ; si celles-ci sont introduites, on constate alors que la courbe CII oscille, pendant la période considérée, entre un déficit de 40 à 80 millions de DM, alors que celle de Siemens baisse, de 1974 à 1978, de 180 à 300 millions de DM.

      Les remarques faites au cours du paragraphe 2 sur le graphique (tableau) A sont valables pour le graphique (tableau) B en ce qui concerne l’évolution des prix de tarifs ; comme dans le cas précédent, l’introduction d’une correction raisonnable dans ce domaine accuse l’amélioration de la situation de la CII mais ne modifie pas sensiblement l’aggravation de celle de Siemens.

       

    3. On notera que les deux graphiques (cf tableaux) A et B sont établis sans tenir compte des possibilités de lease-back qui s’ouvrent à Unidata.

      Il s’agit là d’un point très important car il est évident que la location directe accompagnée d’une activation du parc au coût de réalisation (65 % du tarif) ne donne pas une vue réaliste de l’exploitation d’une société.

      La CII a mis au point avec l’accord de ses Maisons-Mères, des Pouvoirs Publics et de ses Banquiers, un mécanisme de lease-back qui tient compte des risques de retour et qui équivaut à une activation d’environ 85 %.

      Ce procédé permet de couvrir une part importante de frais généraux et les deux partenaires de la CII n’y ont pas recours de manière à dégager des pertes aussi importantes que possible, afin de bénéficier de l’avantage fiscal correspondant.

      Bien que le Plan Unidata et le Plan Directeur CII ne soient pas construits sur des bases rigoureusement identiques, les résultats deviennent très proches les uns des autres lorsque l’on tient compte, sur le graphique (tableau) B, du leasing pratiqué par la société française.

       

    4. En résumé, on peut dire que les résultats du Plan Unidata sont conformes aux prévisions de la CII.

      Philips peut regretter que sa situation ne s’améliore pas rapidement ; il est évident cependant que son exploitation dans le domaine de l’informatique moyenne ne peut s’améliorer du seul fait des ventes du petit ordinateur 7.720 par ses partenaires. Il est non moins évident que les moyens techniques et industriels de Philips en informatique moyenne sont surabondants vis-à-vis de son activité actuelle et que des économies importantes sont d’ores et déjà possibles.

      On peut penser, sans grand risque de se tromper, que le maintien du résultat de Philips au niveau actuel correspond à son désir de conserver son potentiel technique en l’attachant à la préparation de l’avenir.

      S’il en est ainsi, on peut considérer que c’est l’affaire de la société hollandaise et on ne voit pas pourquoi ses partenaires procéderaient à des compressions de leurs activités pour compenser le déficit de Philips.

      En ce qui concerne Siemens, la question est beaucoup plus délicate :

      - Siemens disposait d’un appareil commercial important et ses résultats s’amélioraient progressivement, au temps de l’accord RCA, ce qui semble montrer que le mal dont souffre la société allemande ne se situe pas au niveau de l’organisation commerciale.

      - Les forces techniques de Siemens étant par contre modestes et l’expérience de celles-ci très limitée, une politique raisonnable aurait été d’exploiter au maximum le catalogue CII et la compétence du partenaire français.

      Il n’en a pas été ainsi et dès 1972, Siemens a bâti à toute allure une force technique de dimensions et de puissance croissantes ; alors qu’une ligne de produits limitée à 4 ordinateurs aurait probablement suffi pour couvrir la gamme, la société allemande a tenu à développer deux produits.

      Bien plus, arguant probablement de l’incertitude sans laquelle se trouvait la CII depuis l’été dernier, les techniciens de Siemens paraissent avoir obtenu de leur Direction Générale une extension de leur programme vers des versions intermédiaires de leurs ordinateurs et des développements nouveaux en matière de périphériques.

      On trouve là, à notre avis, l’origine d’un alourdissement très important des dépenses de Siemens.

      - La CII connaît en 1975 et, à un moindre degré en 1976, une période de sous-charge industrielle provoquée par la disparition rapide des machines Iris de bas de gamme, alors que la production de X2 et de X4 ne peut en reprendre une relève immédiate. La situation se rétablit ensuite et retrouve des conditions d’exploitation normales.

      Pour Siemens, le phénomène est inverse ; le X1 et le X3 fournissent à la société allemande une bonne activité en 1975 et 1976, qui devrait se traduire par une amélioration très sensible des résultats.

      Malheureusement, le programme technique de Siemens tel qu’il a été indiqué ci-dessus nous paraît avoir dévoré tout le bénéfice qui pouvait être tiré de cette période favorable qui s’achève en 1977, au moment où les produits X1 et X3 commencent à s’essouffler et où la CII bénéficie d’une bonne charge industrielle.

      On peut penser qu’une politique moins ambitieuse dans le domaine des produits aurait permis à Siemens de relever ses résultats entre 1975 et 1978, dans des conditions sinon satisfaisantes, tout au moins n’indiquant pas une dégradation grave.

       

    5. Il faudra veiller à l’exploitation faite par Siemens du Plan Unidata.

    La position de la CII est la suivante :

    - Unidata est une association et chacun des partenaires doit y participer à la hauteur de ses forces ; si Philips et CII sont capables de tenir le Plan proposé, il n’y a pas lieu de leur demander des sacrifices pour compenser la dégradation de Siemens.

    - Si Siemens trouve inacceptables les pertes financières qui découlent du Plan Unidata, il lui appartient d’ajuster ses dépenses aux moyens de financement dont il dispose et pour cela, de faire les économies nécessaires.

 

19 mai 1974: Valéry Giscard d’Estaing est élu Président de la République.

27 mai 1974: premier gouvernement de la présidence Giscard. Jacques Chirac est nommé Premier ministre, Michel d’Ornano ministre de l’Industrie et de la Recherche ; le directeur de son cabinet est Jacques Darmon.

28 mai 1974: nouvelle organisation de la CII : trois groupements opérationnels.

Les activités de la CII sont désormais réparties en trois groupements opérationnels :

- Le Groupement Informatique Générale GIG) dirigé par M. Jean-François Dubourg ;

Ce groupement couvre les activités commerciales et d’après-vente concernant le domaine de l’informatique de gestion et scientifique (domaine Unidata).

- Le Groupement Industriel et Technique (GIT) dirigé par M. Robert Chambolle.

Ce groupement rassemble toutes les unités de la CII chargées de l’étude, du développement et de la réalisation des produits de l’informatique générale, matériel et logiciel. Ce groupement assure également la production des matériels de série relevant du Groupement de l’Informatique Spécialisée (GIS) et lui apporte, si besoin est, son concours dans le domaine des études.

La Direction Technique est placée sous l’autorité de M. Georges Lepicard.

- Le Groupement Informatique Spécialisée (GIS) dirigé par M. Henri Albert, Directeur Général adjoint.

Ce groupement couvre les activités techniques et commerciales concernant les domaines hors de l’accord Unidata : Division Militaire Spatiale et Aéronautique, Division petits ordinateurs et Division Commutation Téléphonique.

Plusieurs notes du Président Barré complète cette organisation :

- Création d’une Direction des Affaires Unidata (DAU), afin de prendre en charge et de coordonner toutes las activités CII reliées à l’association Unidata. Cette direction est placée sous l’autorité de M. Jean Gaudfernau.

- M. François Toutain est nommé Directeur Délégué afin de centraliser les questions économiques au niveau CII et d’assurer les fonctions d’Economic Area Manager au niveau d’Unidata.

- Il est remplacé à la Direction du Secrétariat Général de la CII par M. Pierre Ponty qui continuera en outre à assurer les relations internationales.

- M. François Sallé est nommé Directeur Central Scientifique et Technique pour l’ensemble de la CII.

- M. Jean Verholle est nommé Directeur du Contrôle et du Plan.

31 mai 1974: Paul Huvelin, après plusieurs mois d'étude, rend sa sentence.

Il préconise que les deux groupes prennent directement leurs responsabilités dans la gestion de la CII. Il propose donc la dissolution de Fininfor à compter du 1er juin. La CGE détiendrait alors 29,8 % de la Compagnie, Thomson 32,3 % et l’IDI 23 %. De plus, Paul Huvelin indique qu’il peut y avoir matière à renégociation de l’accord Unidata.

juin 1974: en septembre, la CII installera à Incarville près de Louviers, dans la zone de la ville nouvelle du Vaudreuil, son centre de formation du personnel de maintenance.

Un terrain de 750 m² y a été choisi pour l’édification de l’école qui accueillera en permanence plus de 200 stagiaires de toutes nationalités – les futurs inspecteurs de maintenance pour la France et l’étranger – pour des périodes allant de deux semaines à plusieurs mois.

juin 1974: étude par la Délégation d’un changement de structure juridique de la CII.

Différentes solutions sont envisagées, dont l’une est l’entrée du CEA dans le capital de CII à hauteur de 17 %, ce qui, avec les 23 % que possède l’IDI, donnerait aux capitaux d’origine publique 40 % du capital. Cette solution ne sera pas retenue par l’Élysée.

3 juin 1974: note de H. Mulin à J.P. Brulé.

Cette correspondance intérieure Honeywell Bull a été versée au dossier du colloque Unidata du 7 juin 1995 par J.P. Brulé.

Objet : CII

J.F. Dubourg m’a téléphoné durant le week-end, à la suite d’un entretien avec M. Barré. Celui-ci souhaiterait vous inviter.

Il pense qu’il n’aurait pas été réaliste d’organiser une nouvelle rencontre avant que le nouveau Président ne soit élu. Il redoutait une solution politiquement imposée. Il est préférable qu’elle soit fondée sur une convergence d’intérêts. Mais à terme, le danger politique subsiste ; c’est une raison complémentaire pour reprendre le dialogue. Avant de vous proposer directement un rendez-vous, M. Barré aimerait cependant savoir s’il vous paraît opportun. Au message de M. Barré, J.F. Dubourg a ajouté les informations suivantes, qu’il m’a demandé de vous soumettre à titre confidentiel :

- contre l’avis de CII, Siemens a obtenu que de nouveaux produits soient annoncés en septembre. Cela pourrait contraindre la CII à lancer des fabrications qu’elle essaye encore éviter, et créer une situation irréversible.

- le climat de méfiance s’aggrave entre Siemens et CII, qui conteste le professionnalisme informatique de son associé allemand, et redoute sa puissance financière.

- M. Barré n’a les mains libres ni vis-à-vis de la délégation, ni vis-à-vis du gouvernement, dont la politique de rapprochement franco-allemand pourrait favoriser Siemens au détriment de CII.

- un accord éventuel ne pourra être conclu sans intervention de la délégation, trop sectaire pour être coopérative. Ne faut-il pas alors prévoir,

- d’abord une étude secrètement menée par les intéressés, par un groupe restreint (2 ou 3 hommes de chaque compagnie) chargé d’analyser les risques, les fortunes, les forces, les points de convergence, et de vous soumettre une proposition.

- ensuite, des contacts officieux, au niveau des ministres, pour avis favorable.

- après seulement, la présentation d’un projet à la délégation ?

Il serait sans doute utile de mettre M. Barré en garde contre le danger de conversations prématurées avec la délégation.

 

13 juin 1974: M. Barré adresse un mémorandum à M. Allègre dans lequel il l’informe du désir de Philips et Siemens de voir les activités informatiques des trois sociétés fusionner dans une société unique. Ce vœu des partenaires de la CII correspond évidemment à leur crainte de voir la partie française de l’association ne pas respecter les engagements pris dans le cadre de l’association.

ANALYSE DE LA SITUATION D’UNIDATA ET RECHERCHE D’UNE POLITIQUE CII.

1. Principes de base de l’accord Unidata.

- Maintien de l’indépendance des partenaires mais recherche de modalités de coopération apportant à l’Association des avantages aussi voisins que possible de ceux que peut procurer une fusion.

- Réalisation rapide d’un catalogue commun sans duplication impliquant une compatibilité intégrale des produits de ce catalogue les uns avec les autres et vis-à-vis des lignes antérieures de produits partenaires.

Maîtrise commerciale pour le compte de l’Association de chacun des partenaires sur son territoire national ; mise en commun des moyens commerciaux dans le reste du monde.

- Commandement tripartite de l’Association basé sur le principe de l’unanimité.

- Possession du patrimoine commun réparti entre les partenaires à parts égales si leurs moyens le leur permettent. Aucun partenaire ne doit disposer à lui seul de la majorité.

 

2. Éléments concourant à une évolution de l’accord.

- Décision manifestée par Siemens et Philips, dès juillet 1973, de fusionner un jour leurs informatiques ; non seulement l’exécution de cette décision rendra inévitable, du fait du déséquilibre qu’elle introduit, la reprise des termes de l’accord Unidata, mais cette perspective donne aux deux partenaires de la CII des motivations qui s’écartent de l’esprit dans lequel la CII a signé l’accord.

- Incertitude concernant l’avenir de la CII du fait des divergences entre ses Sociétés-Mères, des hésitations manifestées par les Pouvoirs Publics et de la campagne de presse intervenue à la fin de l’année 1973 ; cette situation a fait naître de graves inquiétudes chez les partenaires de la CII qui ont été amenés à prendre des mesures de précaution dont l’existence constitue aujourd’hui un point de faiblesse pour les intérêts de la compagnie française.

- Attitude réservée de Philips qui paraît avoir renoncé à jouer un rôle notable dans le domaine de l’informatique moyenne en concentrant sa participation sur la fabrication du plus petit ordinateur de la gamme. Cette attitude déséquilibre les négociations concernant le réseau commercial et, dans une large mesure, la politique des produits, laissant Siemens et CII face à face devant un Philips indifférent.

- Les premières ébauches du Plan Unidata font apparaître une dégradation relative importante de l’informatique allemande.

La Direction de Siemens a tendance à faire porter la responsabilité de cette dégradation par les contraintes que lui impose l’Association ; elle a donc tendance à s’en affranchir et à prendre des décisions satisfaisant son seul intérêt.

3. Politiques possibles.

- Une alternative fondamentale se présente devant la CII :

. Elle considère que l’accord Unidata est viable sous sa forme actuelle, qu’il doit être appliqué tel qu’il est et qu’aucune perspective de fusion ne doit être prise en considération jusqu’à nouvel ordre.

. Elle considère que l’Association Unidata doit évoluer progressivement vers une intégration complète ; cette intégration connaîtra plusieurs étapes dont le dernière correspondra à une fusion générale. Un tel programme ne peut que se dérouler en harmonie avec les perspectives d’intégration décidées par Philips et Siemens.

- Dans le premier cas, il convient de conserver la relative autonomie de la CII telle qu’elle s’inscrit dans l’accord Unidata ; il est nécessaire de réfléchir à la mise en œuvre de l’accord dans un esprit moins ambitieux du fait du déséquilibre introduit dans l’Association par la fusion probable des partenaires CII.

Certains objectifs du premier accord devront être abandonnés. Les liens entre CII et Siemens/Philips se limiteront probablement au catalogue avec vente réciproque de produits, sans qu’une structure commerciale commune soit généralisée au monde entier ; seuls quelques pays verront se créer des filiales Unidata, partout ailleurs, l’action commerciale restera indépendante.

- L’autre option conduit à admettre que l’intérêt commun d’Unidata est d’aboutir le plus rapidement possible à une force cohérente, en admettant que la participation de la CII dans la société future sera matérialisée par la possession de 25 à 30 % de son capital ; la défense des intérêts français devra être assurée par une rédaction soigneuse des statuts garantissant ces intérêts sur les plans commerciaux, techniques et sociaux.

- Un choix entre ces deux options ne peut plus être retardé.

4. Maintien de l’individualité de CII.

- Cette solution permet de conserver une relative autonomie de la société française, aussi bien dans les options techniques que pour la politique des produits et que l’action commerciale.

La CII, en particulier, peut conserver son identité française dans les opérations de coopération internationale avec certaines informatiques étrangères.

Enfin, elle reste maîtresse de ses investissements qui sont conservés ainsi plus certainement dans la cadre de la politique et des moyens nationaux.

- Par contre, elle présente des inconvénients sérieux qui réduisent beaucoup la valeur des avantages précédents :

. Tributaire du catalogue Siemens/Philips plus que ceux-ci ne le seront du sien, la CII n’aura guère d’indépendance technique en matière d’architecture, de logiciel et de technologie.

. La vente de mêmes produits " Unidata " par CII et par Siemens/Philips se fera, dans la plupart des pays étrangers, au bénéfice des seconds du fait de leur poids et de leur notoriété.

. Cette solution ne laisse pas espérer à terme une issue satisfaisante à la CII qui devra poursuivre sa carrière dans le cadre national.

5. Fusion d’Unidata.

Il est hors de doute sur le plan industriel que seule l’intégration complète des moyens de toute nature des trois partenaires d’Unidata dans une société européenne unique permettrait de tirer le parti maximum de la concentration des forces de Siemens, Philips et CII ; on ne peut espérer en effet d’une association, si unie et si bien organisée qu’elle soit, une efficacité comparable à celle d’une société unique normalement structurée.

Cependant, si l’on admet le principe de la fusion, il faut en bien comprendre certains aspects :

- Alors que l’Association permet de maintenir, malgré la différence des tailles, une structure équilibrée, la fusion, quelles que soient les précautions prises au niveau des statuts de la société, fera apparaître le poids relatif de chacun des partenaires.

- L’informatique de Siemens dégage des pertes importantes, que confirme le Plan Unidata et qui paraissent devoir s’aggraver. La fusion apporterait une prise en charge partielle de ces pertes par CII si des meures ne sont pas préalablement prises.

- L’avenir de la société commune dépend dans une large mesure de la volonté politique des Gouvernements en cause. Une défaillance du Gouvernement allemand risquerait d’avoir des conséquences sur les actionnaires français.

  1. Conclusion.

Amener l’informatique européenne au niveau d’une entité économiquement valable sur le plan mondial passe très probablement par la véritable intégration d’Unidata.

Le maintien d’une CII associée à ses deux grands partenaires, s’ils doivent fusionner, aboutit en effet à sa progressive stagnation dans des conditions de taille insuffisante et très probablement à une baisse sensible de son autonomie technique et de son efficacité commerciale à ‘étranger.

La fusion procure, par contre, les avantages d’un commandement centralisé capable de mettre en place des structures économiques et de tracer une politique homogène.

L’accepter implique des précautions sérieuses pour la protection des intérêts français :

. Structure de commandement,

. Conditions d’utilisation des moyens techniques français,

. Garanties sur la répartition des charges industrielles et la politique sociale,

. Conservation du principe de l’unanimité pour certaines décisions fondamentales :

a) plans à long et moyens termes,

b) politique financière,

c) politique de coopération internationale,

d) intégration de nouveaux partenaires.

. Enfin, modalités d’intervention des Gouvernements participant au financement.

Avant toutes choses, il convient cependant d’éclairer deux points fondamentaux qui concernent essentiellement notre partenaire allemand :

- La volonté de Siemens de redresser sa situation et de poursuivre avec détermination l’œuvre entreprise ;

- La volonté du Gouvernement allemand de soutenir Siemens et l’informatique européenne selon une politique concertée avec le Gouvernement français.

L’absence de ces conditions de départ serait de nature à remettre en cause une décision de fusion ; en fait, elle permettrait de douter d’Unidata, même en tant qu’association.

 

 

14 juin 1974: première rencontre entre M. Barré et J.P. Brulé.

Extrait du livre sur le colloque Unidata du 7 juin 1995, document 4 de J.P. Brulé, pages 272 et suivantes.

"  Le 14 juin, nous inaugurons avec Michel Barré une série de rencontres discrètes à nos domiciles respectifs, car CII ne souhaite pas que la délégation soit, à ce stade, tenue au courant. Michel Barré m’apparaît, dès le premier contact comme un interlocuteur courtois, intelligent et ouvert. Je donne crédit à cet ancien officier de marine, passé chez Thomson, des succès techniques incontestables de la CII. Je suis plus réservé sur le peu de cas qu’il semble faire des facteurs économiques. Comme le général de Gaulle, dont il estime d’ailleurs avoir reçu une mission purement technique et sans contraintes financières, Michel Barré pense apparemment que l’intendance suivra… Le débat n’a rien d’académique ; dès que nous parlons produits futurs, notre dialogue s’en ressent. Pour moi, les marges des produits sont le facteur premier de décision ; pour Michel Barré, c’est surtout la continuité des concepts d’origine CII qui s’impose.

Nous progressons tout de même… en laissant un peu de côté cette question des produits futurs. "

 

25 juin 1974: le Conseil des Communautés Européennes adopte une résolution concernant une politique communautaire de l’informatique débutant comme suit :

" Conscient de l’importance que revêt l’informatique pour tous les aspects de la société moderne et par-là pour la Communauté et sa position économique et technologique dans le monde ; conscient que la structure de l’industrie informatique dans le monde est déséquilibrée et que les applications de l’informatique dans la Communauté ne sont pas encore satisfaisantes ; convaicu dès lors que ceci doit conduire la Communauté à contribuer à la conception, au développement et à la production des différents éléments de systèmes informatiques, grâce à des sociétés concurrentielles de souche européenne à côté des importantes sociétés contrôlées depuis l’extérieur de la Communauté, conscient qu’une concurrence effective est souhaitable et que la situation actuelle rend nécessaires des mesures appropriées en vue d’inciter les sociétés de souche européenne à renforcer leur compétitivité, conscient que des associations entre producteurs peuvent contribuer à rendre compétitives les entreprises de souche européenne et entendant faciliter les initiatives des sociétés en ce sens… "

 

25 juin 1974: l’assemblée du Club de la Péri-Informatique vote une résolution approuvant l’exposé du Président à M. Allègre.

Les membres du Club considéreraient comme un péril mortel pour la péri-informatique française le fait que les activités péri-informatique de la CII continuent à bénéficier, d’une manière permanente, directement ou indirectement, des crédits du Plan Calcul prévus pour la grosse informatique. "

La réponse de M. Allègre, vise à apaiser les craintes du Club, à encourager une collaboration avec la CII mais ne fournit pas d’engagements explicites, comme auparavant, tant sur la scission de la CII que sur la vente par Unidata des petits ordinateurs Philips.

 

juillet 1974: annonces d' extensions sur IRIS 80.

De nouveaux produits destinés à augmenter les performances de l'IRIS 80 et de son système d'exploitation SIRIS 8 ont été annoncés récemment :

* Matériel : nouveaux disques MD 200 à grande capacité (200 mill ions d'octets) et un commutateur destiné à permettre le partage de disques entre systèmes indépendants.

* Logiciel : nouvelle version de SIRIS 8, avec extension des possibilités du FORTRAN, et lancement de REGATE, nouveau système de régulation de travaux actuellement sans équivalent sur le marché.

REGATE apporte une nouvelle dimension à la planification des travaux : l'ordinateur prend à sa charge et assure automatiquement la planification de la prise en compte des chaînes d'exploitation à partir d'un langage de haut niveau utilisé par les concepteurs et les analystes eux-mêmes.

TRANSIRIS, système intégré de gestion de transmissions autorise l'exploitation tridimensionnelle du système IRIS 80 : traitement par lots local ou à distance, temps partagé. Ce système est conçu pour l'utilisation généralisée des mini-ordinateurs MITRA 15 de la CII, exploités en terminaux lourds et concentrateurs-diffuseurs.

En connexion sur l'IRIS 80, il faut noter enfin le système graphique IMAGE qui comprend une console de visualisation et un MITRA 15. Livré avec un logiciel qui se présente sous la forme d'une bibliothèque de sous-programmes très complète, ce "périphérique graphique'' apporte une aide puissante à la conception assistée par ordinateur dans différents domaines tels que les travaux publics, la construction aéronautique, l'automobile, etc.

11 juillet 1974 : le Conseil du Club de la Péri-Informatique note que :
" M. Allègre a assuré au Club que Philips vendrait, en France, ses petits ordinateurs sous le nom de Philips. Une publicité pour des petits ordinateurs indique que cette société fait partie du groupe Unidata.
Au nom du Club, Monsieur Maillet écrira, officiellement, à Monsieur Allègre, à ce sujet, attirant son attention sur le caractère tendancieux de cette publicité et ses dangers pour les industriels français. "

11 juillet 1974 : entretien Unidata concernant l’affaire Telefunken Computers, position de Siemens et de CII.

  1. Siemens expose à nouveau l’obligation dans laquelle il se trouve de répondre positivement à la demande du Gouvernement allemand concernant la reprise de Telefunken Computers Gmbh.  
  2. CII rappelle que cette opération est susceptible de porter un tort important à ses intérêts propres en l’absence des garanties demandées ; en outre, elle aggrave les difficultés à résoudre par Unidata.  
  3. Siemens déclare être dans l’obligation de donner suite à l’opération sans plus attendre.  
  4. CII déclare faire les réserves les plus formelles à ce sujet.  
  5. Siemens prend note de ces réserves et confirme qu’il maintient sa position.  
  6. CII prend acte et réitère ses réserves pour la suite.

Constat signé par MM. Richard et Plettner.

17 juillet 1974: annonce officielle de l’absorption de Telefunken par Siemens. Suite à cette annonce, la querelle franco-allemande va éclater au grand jour !

19 juillet 1974: lettre confidentielle de M. Barré à M. Allègre, Délégué à l’Informatique.

Monsieur le Délégué,

SIEMENS m'a fait parvenir hier après-midi le texte du communiqué de presse que la société allemande a décidé de diffuser pour annoncer sa prise de contrôle sur les activités informatiques de TELEFUNKEN ; je vous ai fait parvenir ce texte par téléphone immédiatement.

Ce communiqué officialise donc la décision de SIEMENS d'exécuter cette opération sans l'agrément de ses partenaires et sans donner à la CII les garanties qui lui ont été demandées à de nombreuses reprises.

Au cours de la réunion du Conseil de l'Association du jeudi 11 juillet, le désaccord entre les compagnies française et allemande a fait l'objet d'un constat que je vous ai communiqué et dont vous trouverez copie ci-jointe ; dans ce constat, la CII prend acte de la décision de SIEMENS et formule les plus expresses réserves sur la suite de cette décision unilatérale.

 

Il me parait nécessaire de décider aujourd'hui l'attitude qu'il convient de prendre après l'annonce officielle de cette opération ; il peut paraître, en effet, insuffisant de laisser comme seule trace de la position française, le court constat de désaccord de la réunion du 11 juillet, mais la forme à donner à une éventuelle prise de position de la CII est susceptible d'engager notre compagnie dans une voie dont il serait difficile de s'écarter ultérieurement.

Je vous serais donc reconnaissant de bien vouloir m'indiquer s'il vous paraît opportun de compléter le constat du 11 juillet par une lettre exprimant plus clairement les réserves de notre compagnie et d'indiquer l'esprit dans lequel la Délégation souhaiterait voir une telle lettre rédigée.

 

Par ailleurs, je me permets d'attirer votre attention sur la prochaine réunion du Conseil de l'Association (Shareholders Council) qui doit se tenir le 13 août sur la demande expresse de nos partenaires, alors que le rendez-vous initialement prévu ne devait pas intervenir avant la deuxième quinzaine de septembre.

L'objet de cette réunion supplémentaire concerne l'adoption d'un nouveau schéma de commandement de l'association UNIDATA ; PHILIPS et SIEMENS poussent énergiquement depuis trois mois à la création d'un commandement centralisé installé à Bruxelles, destiné à remplacer les structures tripartites des sociétés UMC allemande, hollandaise et française.

Un tel changement constitue une modification profonde de l'accord UNIDATA qui nécessite, sans aucun doute, l'accord du Gouvernement français ; par ailleurs, il m'apparaît qu'un tel commandement centralisé ne serait susceptible d'apporter une véritable amélioration des conditions de commandement de l'association que dans la mesure où cette création ne constituerait qu'une étape en direction de la fusion des activités informatiques des trois partenaires.

Il me semble donc qu'au cours du Conseil de l’Association du 13 août, l'acceptation des thèses de nos partenaires est de nature à engager l'avenir de la CII.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir me faire connaître également la position de la Délégation sur cette question fondamentale avant la réunion du 13 août.

 

Il est de plus en plus évident que nous devrons très rapidement, maintenant, fixer nos intentions sur l'évolution future de la CII ; les deux questions précédentes ne sont que des exemples des problèmes qui se posent au partenaire français au sein d'UNIDATA.

Dans tous les domaines, nous sommes pressés de prendre des positions qui engagent notre avenir ; suivant que nous devions considérer celui-ci dans le cadre d'une fusion ou dans celui d'une association, les décisions que nous avons à prendre sont très différentes.

Nos partenaires comprennent mal les atermoiements de la position française dont ils sont les témoins depuis la signature de l'accord UNIDATA ; leur attitude à notre égard s'en ressent et la continuation de notre incertitude aurait, à brève échéance, de graves conséquences

 

Veuillez agréer, Monsieur le Délégué, l'expression de mes sentiments distingués.

29 juillet : première étape de la réorganisation du ministère de l’Industrie, par M. d’Ornano.

 Un décret institue une direction générale de l’Industrie et réorganise les directions. Il est créé une direction des industries électroniques et de l’informatique (D.I.E.L.I.) ; celle-ci est placée sous la double autorité du directeur général de l’Industrie (non encore désigné) et du délégué à l’Informatique.

30 juillet : lettre de Michel d’Ornano, ministre français de l’Industrie à son homologue allemand, Hans Matthöfer, lui demandant de préciser les engagements que le gouvernement allemand est prêt à prendre en faveur d’UNIDATA. Par ailleurs, il s’oppose à tout discussion sur un projet de commandement centralisé.

Monsieur le ministre,

Lors de notre dernière rencontre, j’ai eu l’occasion de vous dire que je ne croyais pas possible le développement et le succès d’UNIDATA sans qu’un certain nombre de conditions soient auparavant réunies. Parmi celles-ci, deux d’entre elles me paraissent tout à fait nécessaires.

La première est qu’un équilibre véritable existe entre les partenaires d’UNIDATA, dans le respect de leurs intérêts légitimes. A ce sujet, vous connaissez les craintes très vives que font naître de notre part l’absorption de TELEFUNKEN par SIEMENS, qui a été officiellement annoncée il y a quelques jours.

Une autre condition essentielle est qu’UNIDATA puisse compter sur un appui efficace et permanent des Gouvernements Européens au premier rang desquels se placent évidemment les Gouvernements allemand et français.

La CII nous a soumis de son côté un plan à 5 ans détaillé, et exprimé des besoins financiers précis. Sous réserve du résultat de l’examen actuellement en cours, nous sommes prêts, comme nous l’avons fait par le passé, à prendre pour plusieurs années un engagement chiffré et à long terme.

Je souhaiterais pour ma part savoir si le Gouvernement allemand est prêt à prendre de son côté un engagement de même nature, et sous quelle forme. C’est dans ce contexte qu’il conviendrait à mon sens de placer la lettre conjointe à CII et à SIEMENS, dont le projet a été mis au point par nos services.

D’autre part, le Président de CII m’informe qu’une réunion de Conseil de l’Association UNIDATA doit se tenir le 13 août prochain, au cours de laquelle doit être examiné un projet de commandement centralisé de l’association. Il s’agit là d’une véritable novation de l’accord UNIDATA. Sans préjuger des décisions que nous pourrions par la suite être amenés à prendre à cet égard, des discussions sur un tel sujet m’apparaîtraient aujourd’hui comme prématurées. Je n’estime donc pas possible qu’une décision engageant à ce point l’avenir soit prise par les industriels le 13 août prochain, et j’ai fait part à M. Barré de cette position.

Dans l’immédiat, il serait à mon sens plus urgent et important que les deux Gouvernements examinent les engagements précis et à long terme qu’ils seraient prêts à prendre à l’égard d’UNIDATA.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

Michel d’ORNANO

 août 1974 : J.P. Brulé présente au ministre de l’Industrie le point de vue de Bull.

Extrait du livre sur le colloque Unidata du 7 juin 1995, document 4 de J.P. Brulé, pages 272 et suivantes.

" Début août, je présente longuement le point de vue de Bull au nouveau ministre de l’Industrie, Michel d’Ornano. Cette fois, je vais plus loin que dans notre Livre blanc de 1973 et je critique les positions françaises officielles passées sur plusieurs points : d’abord, sur la formule des plans quadriennaux qui masquent la réalité d’un besoin structurel d’aide permanente et croissante à la CII. Ensuite, sur la conception des accords Unidata. Enfin, sur leur issue probable : il en sortira un groupe fusionné où les intérêts français seront très minoritaires, et ceci d’autant plus que les partenaires de CII parlent maintenant d’une indispensable alliance américaine.

Comme le ministre m’écoute avec attention, j’avance d’un pas plus loin, et je fais remarquer que ce jour-là, on verra que le contribuable français aura dépensé beaucoup pour aboutir, une fois de plus, à une position minoritaire dans un groupe mondial. Personne ne sera alors à féliciter. Comment ne pas penser à réunir les forces de Bull et de CII pour en faire un partenaire à part entière dans une association d’envergure mondial ? La réaction du ministre est positive, ma démarche, dit-il, arrive à point alors qu’on réévalue les accords Unidata et que le gouvernement doit arrêter ses positions sur l’informatique en septembre prochain. Il serait, quant à lui, prêt à soutenir longtemps l’effort en faveur de l’informatique, mais seulement avec une construction présentant de vraies chances de succès. Deux éventualités lui paraissent exclues : que la société qui sera formée ne soit pas sous une majorité française claire ; et qu’elle prenne une participation notable dans une firme américaine. "

5 août 1974 : réunion entre MM. Spangle (Honeywell), Brulé et Barré.

Cette réunion fait l’objet d’un compte rendu sous forme d’un mémorandum, probablement écrit par M. Barré.

Mémorandum

1. POSITION HONEYWELL

- Crainte d’une nationalisation de Honeywell Bull entraînant la nationalisation des filiales Honeywell Bull à l’étranger qui constituent un élément fondamental du réseau international de Honeywell.

Donc : Honeywell envisagerait la coupure de Honeywell Bull en deux sociétés, l’une pour association à CII, l’autre pour transformation en holding (belge, par exemple), détenant les participations dans les filiales étrangères.

- Désir de profiter de l’occasion pour accéder à un accord avec l’informatique européenne, consolidant la position mondiale n° 2 d’Honeywell.

- Volonté de conserver, au travers d’un accord avec CII, les avantages actuels de l’organisation du Groupe Honeywell, sur le plan de la politique des produits et de l’organisation commerciales, avec une optique de rentabilité à court terme.

  1. POSITION CII

    - Volonté de conserver une majorité française ou européenne aux activités futures de CII .

    - Deux hypothèses possibles pour l’avenir de CII :

    Fusion d’Unidata en une société unique, si certaines conditions sont remplies,

    Maitien d’un statut d’association pour Unidata, en l’absence de ces garanties. Possibilités dans ce deuxième cas d’un rapprochement avec Honeywell Bull.

    - Maitien dans ce deuxième cas de l’association Unidata, sous une forme plus souple, le concept d’une " Informatique européenne " étant très généralement reconnu comme désirable.

    - Recherche d’un équilibre dans les relations d’une société CII/Bull associée à Unidata d’une part et Honeywell d’autre part.

    - Conservation des intérêts nationaux découlant du passé de la CII : compatibilité des produits IRIS, action commerciale dans certains pays où la société s’est implantée.

    - Respect des intérêts du Gouvernement français dans le cadre de dispositions conditionnant la pousuite d’un PlanCalcul.

     

  2. SOLUTION PARAISSANT ENVISAGEABLE PAR HONEYWELL

- Accord Unidata se limite aux produits. Dans la limite des intérêts réciproques, des développements complémentaires sont réalisés, les produits s’échangent sur une base OEM selon des programmes planifiés.

CII conserve son indépendance commerciale vis-à-vis de Siemens et Philips.

- Honeywell divisé en deux sociétés (X et Y) :

· X couvre la totalité des moyens de Bull sur le territoire français et ses moyens commerciaux dans un nombre réduit de pays :

    1. Afrique francophone,
    2. Certains pays socialistes,
    3. Certains pays du Moyen Orient.

Note : en Europe occidentale, attitude très réservée de Honeywell, même pour l’Espagne et l’Italie où CII s’est bien implantée.

· Y devient une holding possédant toutes les filiales de Honeywell Bull non incluses au paragraphe précédent (holding de droit non français).

- CII et X fusionnent pour donner CII/Bull qui conserve les liens Unidata lâches indiqués ci-dessus et qui pratique avec Honeywell et Y une concertation étroite dans le domaine de la politique des produits et dans l’action commerciale.

CII/Bull a une majorité française (51 %), Honeywell ayant une minorité de 49 %.

- Y, ayant à sa création une minorité française de 34 %, verrait celle-ci augmentée à 49 % par apport de CII pour obtenir une répartition du capital inverse de celle de CII/Bull.

51 % pour Honeywell,
49 % pour les capitaux français.

- Après l’exécution de ces opérations, recherche d’un rapprochement avec Siemens et Philips. :

· En première analyse, création d’une filiale commune pour les périphériques.

· Par la suite, si possible, retour à une complémentarité des catalogues, à la compatibilité des produits et à la concertation commerciale.

8 août 1974 : réunion entre la délégation à l’Informatique et J. Darmon, directeur du cabinet du ministre à l’Industrie.
 Maurice allègre, Pierre Audoin et Jacques Darmon se retrouvent en fin d’après-midi pour une réunion de travail. Elle sera orageuse. Jacques Darmon expose ses vues sur le dossier (CII). Il faut agir dans deux directions, dit-il : d’une part, rapprocher CII et Honeywell Bull, s ‘entendre avec le groupe américain et casser Unidata. D’autre part, il faut que l’État prenne le contrôle de l’industrie française de l’informatique. Si ce second point de vue correspond aux vues du délégué adjoint (P. Audoin), la seule évocation d’une alliance avec Honeywell, contraire à toute la politique qu’il a appliquée jusqu’à présent, déchaîne son courroux.

 

9 août 1974: Jacques Darmon et Pierre Audoin, accompagnés de Maurice Allègre, se retrouvent dans le bureau de Michel d’Ornano pour un petit déjeuner qui… ne durera pas moins de trois heures.

Quelle n’est pas la surprise du duo de la Délégation d’entendre une vigoureuse profession de foi européenne du ministre. Celui-ci développe une argumentation à l’opposé de celle de son directeur de cabinet. " Le danger primordial demeure le monopole américain, dit-il en substance, il faut donner la priorité à l’Europe. Mais l’industrie privée doit avoir réellement la responsabilité de l’affaire. "

A l’issue de l’entretien, il est convenu que les intéressés se retrouveront rapidement avec le ministre pour mettre un point final au dossier, qui pourra alors être présenté à l’Élysée.

Il n’en sera rien, le ministère indiquant, fin août, que la priorité est donné au dossier spatial !

Il est clair que l’avenir de la CII est particulièrement préoccupant et que la rentrée sera décisive pour la suite du Plan Calcul.

 

septembre 1974 : l’école de maintenance CII d’Incarville, près de Louviers, dans l’Eure, a accueilli ses 180 premiers élèves.

Elle pourra recevoir en permanence 300 stagiaires de toutes nationalités pour des périodes allant de deux semaines à six mois. Plusieurs systèmes complets (ordinateurs et périphériques) sont utilisés par les futurs inspecteurs de maintenance : 2 Iris 50, un Iris 60, un 10 070, un système 4004, 2 Mitra 15, en attendant les matériels de la série 7.000.

9 septembre 1974 : les membres du Conseil du Club de la Péri-Informatique Française expriment leur émotion devant les informations de presse indiquant que des petits ordinateurs de gestion Philips, série 300, seront commercialisés sous le nom d’Unidata. Ceci paraît contraire aux assurances données par Monsieur le Délégué à l’Informatique sur les accords Unidata. Il y aurait là la matérialisation d’un danger dénoncé sans relâche par le Club, que le fonds de commerce Unidata, financé par le contribuable français soit utilisé pour commercialiser des produits étrangers concurrents de produits français.

Il est décidé que "Monsieur Maillet écrira à Monsieur le Ministre d’Ornano en lui demandant une audience et lui faisant part de l’émotion du Club. Monsieur Maillet écrira également à Monsieur Allègre".

17 septembre 1974: conférence CII devant une soixantaine de journalistes de la grande presse et de la presse technique ; tradition en effet maintenant bien établie que la présentation, juste avant l'ouverture du Sicob, du bilan de l'activité de la Compagnie et de ses perspectives de développement.

 Au cours de cette conférence de presse, le président Barré a retracé les grandes lignes du développement de la CII et les réalisations au sein de l'association Unidata. M. Gest, directeur général, a présenté le bilan financier et l'action commerciale de la CII, notamment à l'étranger. L'activité du Groupement Informatique Spécialisée a été développée par M. Albert, et M. Gaudfernau a annoncé la sortie des nouveaux modèles de la ligne Unidata 7.000, après avoir rappelé les améliorations apportées aux ordinateurs de la gamme Iris.

Nous reproduisons ici de larges extraits de ces différents exposés qui mettent en évidence, malgré certaines difficultés, l'expansion de la Compagnie.

Maintien d'un taux d'expansion élevé en 1974

Le chiffre d'affaires comptable de la CII a été en 1973 de 1 milliard 204 millions de francs contre 820 millions en 1972, ce qui représente une augmentation de 47 %. L'année 1973 a vu la reprise des activités de Siemens France par la CII, notre filiale allemande étant dans le même temps absorbée par Siemens. Cette opération a eu pour effet de majorer le chiffre d'affaires. Néanmoins, hors activités attachées aux matériels Siemens, l'accroissement du chiffre d'affaires comptable reste substantiel (de l'ordre de 33 % entre 1972 et 1973 pour la seule activité correspondant aux matériels CII).

Pour 1974, le chiffre d'affaires comptable sera de l'ordre de 1 milliard 400 millions, en accroissement d'environ 16 % sur celui de 1973, et le chiffre d'affaires équivalent vente de la CII sera probablement supérieur à 1 milliard 200 millions de francs, en augmentation de 25 % sur celui de l'année précédente.

A l'intérieur de ce chiffre d'affaires, le poids des matériels civils est largement prépondérant, puisqu'il représente 90 % de l'activité système.

Vers un parc de 2.600 ordinateurs

Les matériels militaires mis à part, le parc d'ordinateurs d'origine CII comprenait à fin 1973 tant en France qu'à l'étranger plus de 1 500 systèmes auxquels nous pouvons ajouter un peu plus de 70 ordinateurs d'origine Siemens, dont nous avions la charge en France. Ce parc va s'accroître en 1974 de plus de 400 unités, portant ainsi le parc installé à environ 2 000 ordinateurs. Si on y ajoute les matériels en portefeuille à fin 1974, la CII atteindra un total d'ordinateurs installés ou en commande qui se situera entre 2 500 et 2 600 systèmes. Cette croissance importante du parc est le fait aussi bien des petits ordinateurs, comme le Mitra 15, que des ordinateurs moyens et gros de la série Iris.

Le parc des ordinateurs moyens et gros (de l'Iris 45 à l'Iris 80) a progressé de 30 % en nombre au cours de l'année 1974, taux d'augmentation important qui a permis d'accroître notre part relative dans le parc français. A fin 1973, le parc dont la CII avait la charge représentait en valeur environ 15 % du parc total français de moyens et gros ordinateurs. Sa répartition entre le secteur des administrations et organismes connexes d'une part, et le secteur privé d'autre part, était sensiblement la même que celle des années précédentes, c'est-à-dire avec un poids quelque peu plus important dans le secteur administration. L'année 1974 a vu s'amorcer une évolution sensible qui devrait se confirmer au cours des années suivantes : le pourcentage, en nombre, des commandes en carnet intéressant le secteur privé ou le secteur para-public assimilable au secteur privé est désormais prépondérant vis-à-vis de celui correspondant aux administrations. La répartition en nombre est devenue sur l'ensemble des lignes de produits environ 1/3 pour les administrations, 2/3 pour le privé, le poids du secteur privé étant comme on pouvait s'y attendre d'autant plus important que la taille de l'ordinateur est plus faible. De ce fait, la répartition en valeur reste encore quelque peu à l'avantage du secteur administration - notamment en raison de l'influence des Iris8O qui, bien que commençant à être introduits dans le secteur privé, voient encore leur débouché principal auprès des administrations.

Exportation : 1974 sera une bonne année

L'exportation a toujours été un des soucis majeurs de notre Compagnie, consciente que le développement des ventes dépendrait inévitablement un jour de sa position commerciale à l'étranger. Que ce soit à travers la création de filiales et d'implantations permanentes à l'étranger ou à travers la conclusion de contrats de coopération avec des pays dont l'informatique était en phase de création ou de développement, la CII a considérablement investi dans ce domaine depuis plusieurs années.

Début 1973, du fait des désordres monétaires, un certain ralentissement de l'exportation s'est fait sentir, mais la situation se présentait sous des auspices beaucoup plus favorables fin 1973. Ce redressement de tendance s'est confirmé, et 1974 sera une bonne année pour l'exportation de la CIl, notamment dans le domaine des moyens et gros ordinateurs où le chiffre d'affaires exportation représentera près du quart de l'activité. L'exportation sera en 1974, pour l'ensemble de la Compagnie, en augmentation de l'ordre de 50 % par rapport à l'année 1973.

L'action commerciale s'est renforcée dans la plupart des pays où la Cil est implantée depuis plusieurs années. Parmi les développements les plus marquants :

· En Afrique, une filiale a été créée en Algérie où la Compagnie a procédé à l'installation de systèmes importants pour le compte de l'administration algérienne. En Tunisie, plusieurs commandes ont été enregistrées auprès des ministères et offices publics. Des ordres ont également été pris dans différents pays de l'Afrique Noire.

· Le Moyen Orient, Égypte, Syrie et Liban en particulier, a donné lieu à plusieurs notifications de marchés en 1974. Il existe de sérieuses raisons d'espérer l'ouverture à brève échéance de nouveaux marchés dans cette partie du monde.

· L'action commerciale dans l'ensemble des pays de l'Est s'est renforcée, notamment en Pologne où le contrat de coopération conclu l'année dernière a connu de nouveaux prolongements. Des propositions très importantes sont actuellement en cours de discussion avec deux autres pays de l'Europe de l'Est.

De nouveaux marchés se sont aussi ouverts en 1974 :

· En premier lieu la Chine où nous avons vendu un système important à l'occasion de l'exposition française de Pékin.

· La Corée du Nord a passé commande de plusieurs systèmes Iris dont deux sont déjà en cours de livraison.

· L'Inde, où un premier Iris 60 a été commandé.

Le développement de l'activité commerciale, et par voie de conséquence de l'activité industrielle, n'a donné lieu qu'à une progression très modérée des moyens correspondants. Pratiquement, seules les forces technico-commerciales et les forces de maintenance ont été accrues au prorata de l'activité, de façon à garantir une assistance convenable à la clientèle.

Aspects financiers et conjoncture

L'effort important dans le domaine des études et du développement industriel s'est traduit par un alourdissement très sensible des dépenses correspondantes, alors que l'aide complémentaire demandée fin 1972 aux Pouvoirs Publics n'a été accordée que partiellement à fin 1973. Cette insuffisance de financement, conjuguée avec l'effort d'investissements que la CII a effectué à l'étranger pour fortifier ses positions, a conduit à un résultat déficitaire pour l'exercice 1973, déficit cependant réduit puisque nettement inférieur à 1 % du chiffre d'affaires.

Au plan de la structure financière, le total général du bilan de la CIl s'est accru de 27,3 % en 1973, valeur en harmonie avec l'accroissement d'activité constaté au cours de cet exercice et avec celui prévu pour 1974. La capacité d'autofinancement net a augmenté en 1973 de 30,5 %. Le fonds de roulement net, c'est-à-dire le montant des capitaux permanents diminués des immobilisations, couvrait à fin 1973 plus de 60 % des valeurs d'exploitation. La structure financière est donc restée satisfaisante.

Le point essentiel pour la CIl, en supposant bien entendu qu'elle dispose des moyens nécessaires pour atteindre les objectifs assignés dans le cadre Unidata, reste le comportement futur du marché français et du marché de l'Europe occidentale. Le marché ne s'est pas encore trop ressenti des mesures anti-inflationnistes ; on pourrait craindre que l'encadrement du crédit, s'il se prolonge, conjugué avec la baisse générale de rentabilité des entreprises, ne conduise un certain nombre de celles-ci à renoncer à un investissement informatique. Mais dans une économie où il importe plus que jamais d'avoir une gestion rigoureuse décelant rapidement les variations de tendance, et minimisant le plus possible les capitaux à mettre en œuvre, il est souhaitable que les chefs d'entreprise sachent voir tout le parti qu'ils peuvent tirer d'une informatique véritablement adaptée à leur besoin. C'est cette informatique qu'Unidata s'efforce de concevoir et de mettre en application.

Les produits CII : améliorations sur la ligne Iris

Des améliorations ont été apportées aux ordinateurs de la ligne Iris :

· sur les unités centrales : extension de la mémoire Iris 55 jusqu'à 1 million d'octets, et accélération de la vitesse de l'Iris 80.

· sur les périphériques : disques à grande vitesse d'une capacité de 200 Mo, bandes magnétiques à haute performance, imprimante à chaîne, système de visualisation graphique (IMAGE), nouveau terminal de télétraitement TL 15.

· sur le plan du logiciel :

- Le système d'exploitation SIRIS 8 de l'Iris 80 vient de recevoir une nouvelle version apportant des améliorations importantes dans la sécurité, la maintenabilité et le niveau de service rendu aux utilisateurs.

Le SIRIS 8 constitue et constituera avec les nouvelles versions en étude l'un des systèmes d'exploitation les plus avancés au monde et l'un des seuls de ce niveau.

- En ce qui concerne les banques de données, le système SOCRATE a été complété pour les ordinateurs plus petits par un nouveau système plus simple et d'encombrement plus réduit SOPHOCLE.

- En téléinformatique de nouvelles améliorations ont été apportées à TRANSIRIS.

En logiciel d'application, la bibliothèque Cil se complète notamment par des softwares d'origine Siemens qui seront utilisables sur la ligne Iris et d'autre part par des améliorations importantes de certains logiciels tels que ORACLE (gestion de production) MISTRAL (recherche documentaire) etc.

Un effort considérable dans le domaine des applications

La pénétration de la Cil dans le secteur privé est le fruit de la mise au catalogue de matériels de puissance moindre ayant un marché plus large dans le secteur privé, mais aussi d'un effort considérable, dans le domaine des applications. S'appuyant sur un logiciel de base aux larges possibilités, notamment dans le domaine de la gestion des fichiers, les équipes spécialisées ont développé un certain nombre d'ensembles cohérents de logiciels d'application qui permettent d'apporter des solutions très efficaces aux problèmes qui se posent dans certains secteurs du marché. A une attaque tous azimuts, nous avons préféré une attaque sectorielle le long de certaines filières dont le développement semblait prometteur et qui était de plus adapté à nos produits. C'est par exemple la gestion de production où, de l'avis des spécialistes, les produits CII sont capables de rivaliser sur le plan des performances avec les meilleurs produits mondiaux et qui, par leur conception modulaire et leur souplesse d'emploi, conviennent particulièrement aux industries européennes dont l'organisation n'a pas ainsi à s'aligner sur la structure du produit. C'est également le cas de la composition des textes d'imprimerie, en particulier à l'usage de la presse, où la CII apporte un produit efficace déjà adopté par plusieurs journaux.

Unidata

Les produits

La CII traverse une période transitoire au cours de laquelle le fond de son activité reste attaché à sa ligne Iris actuelle, les produits Unidata venant dans un premier temps en complément de cette ligne.

Le 7.720 a été annoncé en début d'année comme première machine de la gamme Unidata sous la responsabilité de Philips.

Le 7.730 et le 7.750 annoncés le 16 septembre sont sous la responsabilité de Siemens, et le 7.740 sous celle de la CII.

L'objectif Unidata

Il faut rappeler la durée des études, du choix des technologies à la réalisation des prototypes, l'effort important que constitue le développement industriel, la longue et nécessaire période de validation, pour comprendre qu'en réalité il est humainement impossible d'aller plus vite que n'a été Unidata dans la réalisation de ses nouveaux produits.

Seul le fait que les trois compagnies ont accepté de s'engager sur la voie communautaire en matière de travaux techniques, bien avant la signature de l'accord Unidata de juillet 1973, explique que nous puissions aujourd'hui annoncer à l'extérieur près des deux tiers du catalogue définitif de l'association.

Bien d'autres dispositions moins visibles aujourd'hui sont entrées en vigueur conformément aux prévisions : la structure de commandement, constituée des trois sociétés de Management Unidata, a été mise en place à Paris, Munich et Amsterdam.

La Compagnie Holding commune destinée à rassembler les participations des partenaires dans le réseau international a été créée.

Dans de nombreux pays des fusions ont conduit à créer des filiales communes ; des opérations analogues sont en cours dans d'autres pays et l'unification de l'action commerciale progresse.

Tout ceci ne signifie pas que l'opération Unidata se déroule avec la plus grande facilité ; seule l'importance de l'objectif permet de surmonter les problèmes sérieux que provoque l'absence d'une véritable économie européenne globale (le problème des changes, par exemple, ou bien encore les problèmes fiscaux).

Par ailleurs, les trois partenaires s'attendaient à ce que les premières années soient des années particulièrement difficiles ; pendant cette période transitoire, ils sont à la fois alliés et concurrents puisque leurs lignes de produits actuelles doivent survivre et assurer leur exploitation jusqu'au jour où le catalogue commun pourra seul faire face à tous les besoins du marché dans les conditions prévues.

On doit cependant espérer que l'idée de l'informatique européenne sera plus forte que les obstacles qui se dressent sur notre route. Cette idée prend plus de force de jour en jour et l'attitude de la Commission de Bruxelles est symptomatique à cet égard.

Groupement Informatique Spécialisée

Les activités d'informatique spécialisée ont représenté en 1974 un chiffre d'affaires supérieur à 270 millions de francs.

· Division Militaire, Spatiale et Aéronautique

- Le développement et la réalisation du matériel d'informatique militaire. Après l'Iris 35 M, largement utilisé par l'Armée de Terre et la Marine, l'Iris 55 M adopté en 1973 pour l'équipement des grands bâtiments de combat de la Marine, la Division a sorti cette année les premiers exemplaires du 15 M. Déjà adopté pour plusieurs systèmes de l'Armée de Terre et de la Marine, le 15 M est envisagé pour d'autres applications dans les trois armes ; il est en cours d'évaluation pour l'équipement de certaines armées étrangères.

- L'étude et la réalisation de systèmes d'informatique spécialisés fonctionnant en temps réel et utilisant soit les ordinateurs militaires développés par la Division, soit les ordinateurs civils CII ou Unidata. L'activité système de la Division se développe vers un certain nombre de filières, informatique militaire, acquisition de mesures, contrôle de trafic aérien. Dans ce dernier domaine, une activité exportation est menée activement, souvent en collaboration avec le Groupe Thomson-CSF et spécialement sa filiale T–VT.

En 1973, l'activité militaire proprement dite représentait 77 % de l'activité de la division, elle en représentera 64 % en 1974.

· Division Petits Ordinateurs et Applications Spécialisées

La CII livre chaque mois une quarantaine de Mitra 15, dont 20 % destinés à l'exportation. Le millième Mitra sortira de Toulouse avant la fin de l'année.

Deux nouveaux systèmes ont été mis au point en 1974 :

- un système de saisie de données avec télétransmission ;

- un système de traitement de transactions.

Sur le plan matériel, nous avons sorti le Mitra 15 S, destiné aux applications dans des conditions d'environnement sévère. Le logiciel du Mitra 15 S est compatible avec celui du Mitra 15.

D'autre part, l'évolution des technologies nous amènera à introduire progressivement de nouveaux modèles plus performants et/ou moins onéreux, qui seront compatibles avec les modèles précédents de manière à profiter du logiciel très important qui existe et continue d'être développé sur ce type de matériel.

· Division Commutation

Le projet CS 40 d'ordinateurs destinés à la commande de centraux téléphoniques électroniques E 12 se déroule dans le cadre des accords avec SLE-Citerel, société du groupe CGE. Quatre maquettes fonctionnelles et le système d'exploitation SIRIS 7 CT ont été recettés en 1974 en présence du CNET, et cinq prototypes CS 40 sont en cours de mise au point. La première maquette du central E 12 sera présentée à l'administration des P&T dans le courant de 1975.

 

.

16 septembre 1974 : dans le cadre du Sicob, annonce de trois nouveaux modèles de la série 7.000.

Unidata a présenté trois nouveaux modèles dans la série 7.000 : le 7.730, le 7.740 et le 7.750, qui viennent s’ajouter au 7.720 annoncé au début de 1974 :

- mémoire centrale : la série Unidata 7.000 offre 38 configurations de mémoire centrale, de 48 à 2048 Koctets, disposant de systèmes d’entrées/sorties dont le débit total s’échelonne de 1,4 Mo/s à 6 Mo/s.

- technologie : la série Unidata 7.000 fait appel à la technologie la plus avancée : circuits intégrés à logique TTL, processeurs microprogrammés, etc. Tous les systèmes sont dotés d’une mémoire virtuelle de 16 millions d’octets.

- fiabilité : l’accent a été mis sur la fiabilité des systèmes : qualité du matériel, conception modulaire facilitant les opérations d’entretien, ré-essai automatique des instructions, correction d’erreurs et nombreux contrôles de parité, diagnostics microprogrammés très complets et tests des périphériques sous systèmes d’exploitation.

- systèmes d’exploitation : la série Unidata 7.000 bénéficie d’un système d’exploitation éprouvé, le BS 1000. Une version appropriée du système d’exploitation de la gamme IRIS sera également disponible.

- compatibilité : tous les systèmes de la série Unidata 7.000 sont compatibles entre eux ; la compatibilité est également assurée avec la gamme Iris, la série P 1000 et le système 4004, et avec un grand nombre de systèmes provenant d’autres constructeurs.

- caractéristiques :

· 7.730 : ce système offre les mêmes possibilités que des systèmes de plus grande capacité, y compris la gestion de bases de données et le télétraitement.
- capacité de la mémoire centrale : 96 – 256 Ko
- temps d’accès mémoire (ns) : 615/8 octets
- débit total E/S : 3 Mo/s
L’ordinateur 7.730 est fabriqué en Allemagne par Siemens.

· 7.740 : se situe à la frontière des moyens et grands systèmes ; il est conçu pour une exploitation simultanée selon plusieurs modes d’utilisation. Sa puissance d’exploitation lui permet de prendre en charge d’importants travaux par lots tout en restant disponible pour le développement d’applications en télétraitement.
- capacité de la mémoire centrale : 96 – 512 Ko
- temps d’accès mémoire (ns) : 615/8 octets
- débit total E/S : 4,5 Mo/s
Ce modèle est fabriqué par la CII à l’usine de Toulouse.

· 7.750 : est actuellement le plus puissant système annoncé de la série Unidata 7.000 ; il a pour vocation le traitement simultané en mode par lots, local et à distance et en gestion par transaction. Il reprend, avec une puissance supérieure, toutes les aptitudes d’Unidata 7.740 dans les domaines de la gestion de bases de données et de réseaux téléinformatique.
- capacité de la mémoire centrale : 128 – 2048 Ko
- temps d’accès mémoire (ns) : 615/8 ou 16 octets
- débit total E/S : 6 Mo/s
L’ordinateur 7.750 est fabriqué par Siemens en Allemagne.

20 septembre 1974 : note du Délégué à l’Informatique.
Cette note est extraite du livre sur le colloque Unidata, annexe 22 page 471. Il n’est pas indiqué la diffusion faite de cette note. Elle est intéressante car elle fait le point complet de la situation, qui est grave en particulier à cause des conflits entre CII et Siemens, et esquisse les différentes solutions possibles pour l’avenir.

Stratégie européenne dans le domaine de l’informatique

 

Le 25 juin 1974, le Conseil des Communautés Européennes adopte une résolution concernant une politique communautaire de l’informatique débutant comme suit :

" Conscient de l’importance que revêt l’informatique pour tous les aspects de la société moderne et par-là pour la Communauté et sa position économique et technologique dans le monde ; conscient que la structure de l’industrie informatique dans le monde est déséquilibrée et que les applications de l’informatique dans la Communauté ne sont pas encore satisfaisantes ; convaincu dès lors que ceci doit conduire la Communauté à contribuer à la conception, au développement et à la production des différents éléments de systèmes informatiques, grâce à des sociétés concurrentielles de souche européenne à côté des importantes sociétés contrôlées depuis l’extérieur de la Communauté… "

Ainsi était affirmé la nécessité pour l’Europe d’assurer son autonomie, notamment par rapport aux États-Unis dans un des domaines clefs du développement futur des nations.

Il s’agit là d’une volonté politique dont la réalisation ne peut être abandonnée au libre jeu des mécanismes économiques. En effet, ces derniers sont définitivement faussés par la position monopolistique d’IBM. En extrapolant la puissance technologique et financière de cette entreprise dans un monde idéal on peut prévoir la disparition de tous ses concurrents à horizon 1980. Mais ces extrapolations sont le plus sûr moyen de démontrer mathématiquement un futur qui ne se réalisera jamais.

 

Pour des raisons faciles à imaginer, il se passera quelque chose avant une telle issue, en particulier l'application rigoureuse de la loi antitrust par la justice américaine. L'objectif d'une stratégie européenne informatique doit donc être d'exister en tant que force autonome majeure et organisée à la date où l'on devra négocier avec le Gouvernement américain les conditions du découpage d'I.B.M.

Or, d'ici là, la position relative des concurrents américains d'I.B.M. ne fera que se détériorer non seulement par rapport à I.B.M., ma aussi par rapport au groupe européen. Dans l'hypothèse d'un groupe informatique européen soutenu par leurs gouvernements, ce dernier pourra dans un délai de deux à trois ans (1976-1977) être en situation de prendre le contrôle total d'une firme américaine prenant pied ainsi sur le marché américain.

Aucune stratégie de rapprochement bilatéral entre une firme européenne et une firme américaine ne peut aujourd'hui permettre d'obtenir un tel résultat. (sauf à réunir des moyens financiers si considérables qu'une telle perspective n'est pas crédible).

 

I - ÉVOLUTION PASSÉE ET PROBLÈMES ACTUELS DE L'INDUSTRIE EUROPÉENNE DE L'INFOPMATIQUE

 

Il y a deux ans, on comptait quatre firmes européennes engagées dans le domaine de la " grande informatique " : I.C.L., PHILIPS, SIEMENS et C.I.I.

Après des négociations poussées fort loin avec I.C.L. et qui échouèrent, la C.I.I. signait en janvier 1972 un accord avec SIEMENS. Peu après PHILIPS faisait savoir qu'il était candidat pour rejoindre C.I.I. et SIEMENS ; en juillet 1973, étaient signés les accords UNIDATA consacrant l'entrée de PHILIPS au côté de C.I.I. et de SIEMENS.

La situation était donc singulièrement clarifiée sur le plan européen puisque seuls demeuraient deux concurrents européens I.C.L. et UNIDATA.

 

1. La situation d'I.C.L.

 

La situation isolée d'I.C.L. apparaît comme de plus en plus préoccupante ; cette entreprise ne vit que parce qu'elle détient une part importante de son marché national (35 %).

Si les deux produits de haut de gamme I.C.L. (P 3 et P 4) vont être annoncés ces jours-ci, il semble bien qu'I.C.L. n'ait pas de solution pour le bas de sa gamme, ce qui le condamne à signer des accords au minimum commerciaux, avec un partenaire dans des délais assez brefs.

 

La complémentarité d'I.C.L. avec UNIDATA est importante :

- zone d'implantation géographique distincte,

- besoin en petites et moyennes machines,

- parc d'anciens systèmes R.C.A., compatibles avec la ligne X.

 

Le Président actuel CROSS semble avoir une préférence personnelle pour un accord avec une firme américaine (BURROUGHS).

Cependant un groupe de travail I.C.L.-UNIDATA a mis au point un projet jetant les grandes lignes d'une gamme commune à horizon 1980 (ce projet demandé par les trois Ministres responsables devrait être l'objet d'une réponse officielle).

I.C.L. serait prête à créer immédiatement une société commune avec UNIDATA dans le domaine des périphériques.

Au niveau du Gouvernement britannique la dernière position officielle connue est celle de novembre 1972 où les trois Ministres Anglais, Allemand et Français ont réaffirmé : l'objectif d'avoir un groupe unique en 1980 réunissant I.C.L. et les membres d'UNIDATA, leur refus d'autoriser des accords avec des firmes américaines susceptibles de remettre en cause cet objectif.

Le potentiel technique d'I.C.L. et le contrôle d'une part substantielle du marché britannique sont des éléments fondamentaux pour le succès du développement de l'industrie européenne.

Une initiative des gouvernements français et allemand à l'égard du gouvernement britannique devrait suivre d'assez peu la relance d'UNIDATA.

 

2. L'évolution d'UNIDATA (cf. Annexe)

 

a) les principes de base de l'accord UNIDATA :

 

Les principes sur lesquels repose l'accord UNIDATA sont les suivants :

- Maintien de l'indépendance des partenaires, mais recherche de modalités de coopération apportant à l'Association des avantages aussi voisins que possible de ceux que peut procurer une fusion.

- Réalisation rapide d'un catalogue commun sans duplication impliquant une compatibilité intégrale des produits de ce catalogue les uns avec les autres et vis à vis des lignes antérieures de produits des partenaires.

- Maîtrise commerciale pour le compte de l'Association de chacun des partenaires sur son territoire national ; mise en commun des moyens commerciaux dans le reste du monde.

- Commandement tripartite de l'association basé sur le principe de l'unanimité.

- Possession du patrimoine commun réparti entre les partenaires, à parts égales si leurs moyens le leur permettent. Aucun partenaire ne doit disposer à lui seul de la majorité.

 

b) Premier bilan d'UNIDATA :

 

- UNIDATA : une réalité irréversible :

Après un an et demi d'application, il convient de faire un premier bilan d'UNIDATA ; les difficiles problèmes posés par l'évolution de l'association ne doivent pas faire oublier l'importance du travail accompli. L'application des accords UNIDATA est suffisamment substantielle pour qu'on doive considérer ces derniers comme irréversibles.

Sur le plan de la politique des produits : 4 des 6 ordinateurs de 1a gamme X sont déjà annoncés et seront tous réellement commercialisé en 1975 (il s'agit du 7720 (X 0) 7730 (X 1) 7740 (X 2) 7750 (X 3).

Sur le plan commercial, les trois territoires nationaux (qui représentent plus de 80 % des débouchés d'UNIDATA) sont passés sous le contrôle total d'un des partenaires. UNIDATA est donc devenu dans un temps record une réalité qui interdit toute improvisation nouvelle en matière de structure, susceptible de remettre en cause de façon sensible la politique produit où l'intérêt commercial d'un des partenaires.

- UNIDATA : un lieu de conflits :

Si des objectifs fondamentaux sont d'ores et déjà atteints, l'évolution d'UNIDATA connaît des difficultés qui vont en s'aggravant.

Ces difficultés mettent aux prises essentiellement Siemens et C.I.I. et très rarement Philips. Cette situation ne fait que traduire la position marginale qu'occupe cette firme dans le domaine de la grande informatique.

Les difficultés principales sont les suivantes :

-.sur le plan de l'organisation : non création d'organismes prévus par les accords (groupes permanents, holding commerciale) et demande pressante de changements contraires à l'esprit de l'accord (commandement centralisé en vue d'une fusion ultérieure).

- sur le plan financier : impossibilité de se mettre d'accord sur les modalités de fixation des prix de transfert ou sur l'établissement d'un mécanisme compensant les variations de taux de change.

- sur le plan commercial : refus de vendre IRIS 80 en Allemagne, absorption de TELEFUNKEN, mésentente dans la constitution de filiales communes à l'étranger.

- sur le plan de la politique de produits :

. développement de systèmes supplémentaires par SIEMENS non prévu par les accords (X 3 dégradé et X 3 biprocesseur, X 6 ?)

. retards dans les développements de logiciel de base de la gamme X (UNOS 2 par SIEMENS, ce qui remet en cause la compatibilité avec la gamme IRIS et UNOS 3 par C.I.I. ce qui laisse X 3 trop longtemps sans logiciel évolué)

. refus de SIEMENS de prendre des engagements d'achats fermes de MD 200, de développer les interfaces permettant la connexion de périphériques lents.

 

La plus grande partie de ces difficultés apparaissent normales et étaient en filigrane dans l'accord :

En effet, il s'agissait de faire converger deux politiques Produits totalement indépendantes dans des délais très courts ; une telle action met en cause les intérêts fondamentaux des associés.

Or SIEMENS et C.I.I. restent deux centres de " risque " et de " profit " autonomes.

Les deux parties ont donc essayé en permanence de mener deux politiques contradictoires : atteindre les objectifs communs fixés par l'accord et sauvegarder leur intérêt de firme indépendante.

Les décisions prises Par SIEMENS pour pallier l'absence de grand système à son catalogue, ou d'un logiciel évolué, sont des décisions conservatoires nécessaires pour préserver son fonds de commerce. En sens contraire, les décisions prises par C.I.I. pour optimiser la gamme IRIS et prolonger aussi longtemps que possible IRIS 80 sont aussi naturelles.

 

Ces difficultés auraient été transitoires si le climat général avait renforcé la crédibilité d'UNIDATA :

Pour que les précautions prises par chacun des partenaires en vue de protéger ses intérêts en cas de rupture de l'accord cèdent le pas aux exigences de l'association considérée comme un ensemble commun, il aurait fallu utiliser la dynamique des accords qui était au départ très forte.

Or, cette dynamique a été cassée avant même la signature des accords :

- par l'attitude des maisons-mères de C.I.I. :

. Déclaration hostile d'Ambroise ROUX aux accords UNIDATA et déclenchement d'une procédure d'arbitrage visant à faire retirer à THOMSON son leadership.

. Incapacité de RICHARD d'utiliser son leadership pour soutenir la C.I.I. et soutenir le développement d'UNIDATA.

- par l'attitude du Ministre de l'Industrie de l’époque, qui dès la signature des accords déclarait à la fois qu'une approbation gouvernementale serait nécessaire, tout en repoussant à une date indéterminée l'octroi de cette approbation.

Un tel climat empêchait une application positive des accords.

Du côté allemand, la situation n'était pas parfaite. Si au niveau du Gouvernement allemand et de la présidence de SIEMENS existait la volonté de créer une entité européenne informatique dans un esprit de parité avec la France, il y avait une sous-estimation des coûts et des difficultés de l'opération. La découverte du déficit " informatique " de SIEMENS (aggravé par la politique de précaution menée par cette firme) a été mise en partie au passif des accords UNIDATA, alors qu'elle ne fait que refléter une réalité antérieure et malheureusement durable. Une partie des équipes internes de SIEMENS réticente vis à vis d'un partage des responsabilités avec C.I.I. a profité de cette situation pour faire passer systématiquement l'intérêt de SIEMENS avant celui de l'association.

Aujourd'hui, la gravité de la situation ne peut être masquée et des initiatives importantes doivent être prises par les parties, faute de quoi le cours naturel des choses provoquerait l'effondrement d'UNIDATA. En effet, l'absorption récente de TELEFUNKEN par SIEMENS augmente encore son poids propre au sein de l'ensemble UNIDATA.

 

II - L'AVENIR DE LA CONSTRUCTION D'UNE INDUSTRIE EUROPÉENNE DE L'INFORMATIQUE :

Les accorde UNIDATA, tels qu'ils ont été signés le 4 juillet 1973 et approuvés par le Gouvernement français le 12 février 1974 ne sont plus applicables en l'état.

Nous nous trouvons donc devant un choix décisif qui doit être pris très rapidement :

. ou renoncer à la stratégie européenne ; en laissant aller le cours naturel des choses, on aboutit à une divergence de plus en plus grande entre C.I.I. et SIEMENS, donc à un éclatement d'UNIDATA que l'on pourra difficilement masquer sous l'appellation " 'relâchement de liens d'UNIDATA dans une formule de club " ;

. ou relancer la stratégie UNIDATA, mais en tirant les leçons de la crise actuelle, c'est à dire en modifiant de façon radicale les structures de l'environnement d'UNIDATA.

1. Rappel du "pari européen" :

Le pari informatique européen consiste à avoir à horizon 1980, un groupe européen unique, offrant sur le marché une gamme homogène de produits et approchent de la zone des 50 % du parc européen de système informatiques.

Un tel groupe n'atteindrait pas encore la rentabilité compte tenu des coûts inhérents à l'important effort de restructuration et de convergence des politiques techniques que cela suppose, et des effets accrus de domination d'I.B.M. sur le marché.

Mais toutes les conditions seraient réunies pour un développement rentable, dès lors que serait réglé le problème I.B.M. sur un plan politique.

Bien entendu, il doit être implicitement admis que nous aurons su préserver un poids spécifique suffisant à la France dans ce groupe pour qu'elle puisse préserver ses intérêts fondamentaux.

Un calendrier rigoureux doit être respecté, un ensemble UNIDATA homogène, ayant réalisé son unité doit signer un accord avec I.C.L. avant 1976, en vue de développer une gamme commune de systèmes après 1980.

 

2. La stratégie du renoncement : Relâchement des liens à l'intérieur d'UNIDATA.

Celle-ci devient inévitable si l'on s'en tient à la structure de l'association ; en effet les " contraintes " inhérentes aux accords ne seraient acceptables que dans la perspective d'une fusion ; en l'absence d'une telle issue un relâchement des liens de l'association sera inéluctable :

- les partenaires de C.I.I. dans UNIDATA placeront leurs rapports avec C.I.I. sur la base d'échanges de matériels non exclusifs ; des produits étrangers pourront être introduits en concurrence avec les produits UNIDATA ; le catalogue de remplacement développé par SIEMENS lui permettra d'opter entre ses produits et ceux de ses partenaires.

- PHILIPS et SIEMENS fusionneront et représenteront ainsi au sein de l'association une société trois fois plus grosse que la société française.

Il en résultera trois issues possibles pour la C.I.I.

- La poursuite du développement en solitaire de la C.I.I. Un tel choix nécessiterait des investissements considérables (constitution d’une gamme homogène de produits, investissements commerciaux à l'extérieur (cf. tableau annexe) avec des chances de succès aléatoires. La dégradation de l'image de marque et du potentiel futur de la C.I.I. stoppera en réalité les ventes et précipitera la société vers l'une ou 1 'autre des solutions suivantes :

. l'extinction des activités " Grande Informatique " et le repli vers une stratégie de créneau ou de péri-informatique ;

Dans ce cas, il conviendrait de trouver un acquéreur du potentiel " Grande Informatique " et d'organiser le repliement vers une solution plus modeste. Le coût d'une telle opération resterait de toute manière élevé (pertes d'exploitation, retours de parc)

. un renversement stratégique des alliances : Pour ne pas disparaître, la C.I.I. est alors condamnée à chercher un accord avec un partenaire américain, HONEYWELL paraissait le seul prêt à accepter une telle proposition.

 

Nous décrivons par ailleurs les conditions qui permettraient que cette opération ne soit pas considérée comme une simple absorption par HONEYVELL ; et c'est en se plaçant dans l'hypothèse la plus favorable : contrôle par des capitaux français majoritaires d'une compagnie C.I.I. /BULL couvrant un domaine géographique suffisant que l'on fait ressortir les inconvénients et avantages d'une telle solution.

 

Inconvénients :

- Rupture de la solidarité européenne et séparation rapide d'avec UNIDATA (incompatibilité de la politique produit entre la ligne X et la ligne HONEYWELL) : SIEMENS et PHILIPS rechercheraient un accord rapide avec UNIVAC.

- Solution financièrement plus coûteuse qu'une solution UNIDATA.

- Surcapacité des moyens de production sous contrôle français.

- Intégration inévitable de la société française à la politique technologique d'HONEYWELL.

- Risque très grave d'américanisation ultérieure de la société.

- Remise de l'avenir de la politique informatique française entre les mains d'une firme capitaliste étrangère dont tous les observateurs sérieux soulignent la fragilité.

 

Avantages :

- Maintien d'un pavillon français sur une société contrôlant près de 35 % du marché français (situation équivalente à celle d'I.C.L. en Grande-Bretagne).

- Riposte à la tentative de " germanisation " d'UNIDATA par SIEMENS.

 

3. La stratégie de relance d'UNIDATA :

Cette stratégie de relance n'est possible que si on élimine la plus rapidement possible les causes profondes des difficultés rencontrées par UNIDATA : celles-ci sont essentiellement au nombre de trois :

- le manque de crédibilité

- l'inadaptation des structures

- la mauvaise adaptation des moyens aux objectifs.

a) le manque de crédibilité

- Au niveau des Etats ; les utilisateurs européens d'informatique, et à un moindre degré les industriels, doivent croire au caractère irréversible de la politique européenne dans le domaine informatique pour prendre le " risque " de jouer la carte UNIDATA.

La résolution du Conseil des Ministres des 9 est à ce titre positive mais insuffisante.

La relance d'UNIDATA exige une déclaration commune de MM Valéry GISCARD D'ESTAING et Helmut SCMIDT sur leur volonté politique de maintenir en Europe une industrie informatique majeure.

 

- Au niveau des Industriels : les utilisateurs européens doivent croire à la volonté des partenaires d'UNIDATA de soutenir une stratégie informatique avec les moyens suffisants ; ceci exige :

- une remise en ordre sérieuse à l'intérieur de SIEMENS

- la prise de contrôle de la C.I.I. par un actionnaire public.

 

b) inadaptation des structures :

- Au niveau des États :

Les États doivent pouvoir apporter des garanties aux industriels (financement, marchés, etc.) mais étant donné les responsabilités qu'ils assument, ils doivent pouvoir leur imposer des contraintes (engagement sur des objectifs, prise de contrôle par l'étranger, etc.) et exercer un contrôle.

En face d'un ensemble industriel européen, seuls les pouvoirs publics français avaient l'outil (Délégation à l'Informatique, Convention " Plan Calcul ") permettant de remplir ces objectifs.

Il est impératif de mettre en place, au niveau franco-allemand un tel outil (cf. plus loin) si l'on veut que les industriels respectent les règles du jeu en contrepartie de l'importante aide qu'ils reçoivent des États.

 

- Au niveau des entreprises :

UNIDATA doit se transformer le plus rapidement possible en société intégrée.

Inconvénients de la fusion :

- Difficulté de mise au point de statuts de la société UNIDATA,

- Délais nécessaires pour évaluer les apports,

Voir Annexe : Mémorandum sur UNIDATA,

- Risque d'être en retard au rendez-vous de la ligne Y (succédant à ligne X),

- Risque de germanisation de la société UNIDATA.

 

Avantages :

- Première construction concrète européenne dans un secteur qui conditionne l'autonomie de l'Europe à terme,

- Possibilité d'étendre ultérieurement cette construction dans des secteurs fondamentaux (composants, télécommunications) du développement de l'industrie européenne,

- Mise en difficulté rapide de HONEYWELL, ce qui permettra sa prise de contrôle par UNIDATA au coût minimum.

- Suppression de la plupart des sources de difficultés actuelles d'UNIDATA : la lourdeur des instances d'études et de décisions, les querelles techniques (développement de produits en parallèle) financières (fixation des prix de transferts) commerciales (poids respectifs dans les filiales étrangères) seront rapidement supprimées dès lors que ces conflits seront arbitrés par une autorité unique au sein d'une société intégrée n'ayant qu'un centre de risque et de profit.

 

c) mauvaise adaptation des moyens aux objectifs :

L'association UNIDATA a été la source de gaspillages financiers dus en partie aux difficultés évoquées ci-dessus. Un réajustement des moyens aux objectifs devra être rapidement entrepris.

La fusion ne permettra pas de diminuer de façon sensible les dépenses au cours des prochaines années, mais elle permettra un meilleur emploi de ces dernières augmentant ainsi l'efficacité de l'ensemble.

Une intervention plus harmonieuse des pouvoirs publics français et allemand sur le marché de l'informatique pourra plus facilement être menée, facilitant ainsi l'expansion des produits UNIDATA.

Il faut noter enfin que si un certain nombre de changements profonds étaient apportés notamment au sein de la politique d'équipement du secteur public (substitution de la location-vente au leasing) les moyens financiers exigés pour le développement de la C.I.I. (ou d'UNIDATA FRANCE) pourraient être réduits de façon substantielle.

 

ANNEXE

CONSÉQUENCES FINANCIÈRES DU RELACHEMENT DES LIENS DANS L'ASSOCIATION UNIDATA

(Repliement de C.I.I. vers une solution nationale)

1 - FINANCEMENT DE LA R.D. PAR LES POUVOIRS PUBLICS

Dans la mesure où C.I.I. souhaiterait maintenir sa place dans la grande Informatique sur les marchés couverts, il serait nécessaire de prévoir des études supplémentaires afin d'adapter les produits C.I.I. aux créneaux occupés actuellement par SIEMENS dans la ligne X. Cet accroissement de dépenses pourrait être compensé par des réductions dues à l'absence de certains problème de convergence des lignes. Par contre, la ligne Y de l'horizon 80 devrait être dans cette hypothèse supportée entièrement par C.I.I.

Les sommes nécessaires pour la R.D. paraissent donc devoir être équivalentes, sinon supérieures aux prévisions du Plan Directeur (1300 MF)

2 - SUBVENTIONS NÉCESSAIRES

L'équilibre financier de la C.I.I. au cours de la période serait très accentué dans cette hypothèse (sans charge industrielle, retours, etc.) On évalue à plus de 800 MF les pertes d'exploitation supplémentaires à supporter par le plan de financement.

3 - BESOINS EN CAPITAUX PROPRES

Ces besoins seraient probablement légèrement inférieurs à ceux de l'hypothèse du Plan Directeur (500 MF).

CONSÉQUENCES FINANCIÈRES DU RESSEREMENT DES LIENS DE L'ASSOCIATION

Les conséquences financières d'une évolution vers la fusion n'ont pas été chiffrées de manière précise, toutefois, on peut dire que :

- Les besoins en R.D. ne devront pas être très différents des prévisions du Plan Directeur C.I.I. (1300 MF).

- Les besoins en capitaux propres comprendraient les augmentations de capital nécessaires à la partie française (500 MF) et les sommes nécessaires à l'obtention de la parité dans UNIDATA (400 MF)

- Les subventions seraient de l'ordre de grandeur des prévisions du Plan Directeur (200 MF).

 

24 septembre 1974 : lettre du Ministre allemand Hans MATTHÖFER à son homologue français, en réponse à sa lettre du 30 juillet (voir ci-dessus). Le Ministre allemand répond aux demandes de M. d’Ornano, il s’engage sur des crédits à long terme de financement de Unidata.

Monsieur le Ministre,

Comme je l'ai appris, votre appel téléphonique prévu pour début septembre n'a pas pu avoir lieu à cause des vacances. Je voudrais donc vous remercier de votre lettre du 30 juillet et confirmer que le Gouvernement Fédéral lui aussi désire résolument et soutiendra la mise en place d'une industrie européenne de l'informatique qui soit compétitive, sur la base de la coopération UNIDATA de CII, PHILIPS et SIEMENS.

Malgré les limites étroites que la conjoncture impose à la croissance du budget fédéral, je suis intervenu avec succès pour que les fonds prévus pour la promotion de l'informatique dans le programme financier de la République Fédérale passent d'environ 430 millions de DM en 1974 à presque 580 millions de DM en 1978. Sur l'ensemble des fonds destinés à l'informatique et qui comprend aussi la promotion des applications informatiques, des activités informatiques dans les universités et la Société de Mathématiques et d'Informatique, SIEMENS et TELEFUNKEN-COMPUTER GMBH ont reçu 37% en 1973. Pour la Société SIEMENS AG, on pourrait, dans les années suivantes, affecter une part constante de ces fonds " informatiques " ou, si cela était absolument nécessaire au développement d'UNIDATA, même une part plus élevée.

 

La loi budgétaire allemande permet d'octroyer des crédits sur plusieurs années dans le cadre des autorisations budgétaires. Face à des projets dignes d'appui, je n'hésiterai pas à utiliser cette possibilité pour promouvoir les travaux de développement de SIEMENS AG dans le cadre de ses tâches UNIDATA. Les autorisations budgétaires pour la Société SIEMENS AG ont été aussi décidées chaque fois pour plusieurs années.

Je pense qu'il est utile d'accorder entre nous les mesures promotionnelles de nos deux gouvernements pour UNIDATA. Le document de travail pour des entretiens correspondants pourrait être un programme cadre commun de recherche et de développement pour plusieurs années et concernant les 3 sociétés UNIDATA, programme qui serait mis à jour tous les ans. Autant que je sache, le Gouvernement français a passé des accords avec CII qui imposent à cette société, au-delà du niveau du projet, des obligations générales et en particulier une obligation d'autorisation pour des décisions très importantes, comme des accords de coopération avec des sociétés extra-européennes. Je vous serais très reconnaissant de me donner informations sur cet accord, parce qu'il pourrait être bon de régler de la même façon les rapports du Gouvernement fédéral avec SIEMENS ou d'en arriver à un accord commun des deux Gouvernements avec les partenaires d'UNIDATA.

Sur la base du plan de vente UNIDATA, j’ai pu constater que, jusqu'à la disponibilité des X4 et X5 et d’une nouvelle mémoire à disques de la CII comme successeur de la PS 580 CDC, il y a en fait une certaine prédominance du " supply-center " allemand au point de vue du volume de vente. Ce plan de vente a été mis sur pied par les partenaires d'UNIDATA dans l'intention de pouvoir offrir le plus vite possible sur 1e marché une large gamme de produits, qui soit compatible et concurrentielle.

J'ai une pleine compréhension pour votre désir d'en arriver non seulement de jure, mais aussi de facto, à un véritable équilibre entre les partenaires d'UNIDATA. Moi aussi, je pars du principe que le volume de vente prédominant du " supply-center " allemand n'est que provisoire et j'espère beaucoup que les nouveaux produits CII seront très bientôt disponibles et trouveront de larges débouchés.

Dans des milieux spécialisés on pense qu'IBM, pour sa nouvelle gamme de produits venant sur le marché à partir de 1976, lancera, comme successeur de l'IBM 370/168, un calculateur ayant une puissance de 6 à 10 mégaopérations/sec. Ce décalage de la gamme vers des performances plus hautes augmentera les chances de vente des X4 et X5, mais imposera aussi à UNIDATA de disposer également d’un modèle à l'extrémité supérieure de cette gamme de puissance. Je suis donc persuadé que la prise en main de TELEFUNKEN COMPUTER GMBH par SIEMENS et le développement d'un X6 ayant une puissance d'environ 4 à 5 mégaopérations par seconde sert UNIDATA dans son ensemble et, d'un point de vue d'ensemble aussi, améliorera les chances commerciales concernant les produits prévus pour la CII.

Si vous êtes d'accord sur le concept d'ensemble, il serait très bon que la concrétisation de la procédure commune aux Gouvernements français et allemand, telle qu'elle vient d'être esquissée, soit préparée par nos collaborateurs dans les semaines et mois qui viennent. Je pourrais imaginer qu'ensuite nous nous entretenions encore une fois personnellement des plans proposés par vous.

Amicalement

votre HANS MATTHÖFER

 

24 septembre 1974: lettre de M. Barré au Docteur Plettner, Président de Siemens.

Monsieur le Président,

Au cours du précédent Shareholders Council, nous avons examiné la possibilité d'introduire dans l'association Unidata une importante modification de structure en créant à Bruxelles un commandement centralisé.

L'idée d'une telle autorité est venue de la constatation après un an d'efforts, de la relative inefficacité de la structure de commandement d'Unidata ; les conditions peu satisfaisantes dans lesquelles le Plan Unidata a été établi expliquent ainsi dans une bonne mesure les résultats déplorables dont il fait état.

Un commandement centralisé devrait donc disposer d’une grande autorité vis-à-vis de l'ensemble des moyens informatiques des trois partenaires afin de pouvoir prendre rapidement les décisions nécessaires en faisant des choix entre les solutions préconisées par les uns et par les autres, en ne tenant compte pour ce faire, que de l’intérêt économique communautaire.

Nous avons beaucoup réfléchi à cette proposition et nous sommes arrivés à la conclusion qu'un tel dispositif ne pouvait pas être considéré comme une solution permanente ; en effet, si l'on admet que l'autorité centrale est assez forte pour faire prévaloir l’intérêt communautaire sur les intérêts particuliers de chacun des partenaires, il faut bien reconnaître que certaines des décisions qui seront ainsi prises apporteront des charges supplémentaires dont la répartition n'a aucune raison d'être équilibrée entre nos compagnies.

Nous pensons donc que l'existence d'un commandement centralisé fort ne peut se concevoir que dans l'optique d'une fusion prochaine des moyens des trois partenaires, de telle sorte que les conséquences des décisions de cette autorité centrale soient supportées en commun par les trois futurs actionnaires de la société.

La création d'un commandement centralisé pose donc la question de la fusion d'Unidata en une société européenne unique.

Nous vous rappelons qu'une telle opération n'est nullement prévue dans l'accord Unidata du 4 juillet 1973 ; mais vous aviez bien voulu nous informer, dès cette époque, de votre désir d'aboutir à une telle fusion sans qu'une date ait été mentionnée.

Si Siemens et Philips ont conjointement pris une telle position, la CII n'a pris aucun engagement à cet égard en raison des implications politiques importantes qu'elle entraîne du fait de l'existence d'un Plan Calcul français.

Du fait de la création envisagée du commandement centralisé, nous avons été cependant amenés à étudier le problème et nous sommes arrivés à la conclusion qu'une telle décision était subordonnée à la mise au point de nombreuses questions.

En effet, des dispositions particulières sont à prévoir, nous semble-t-il, dans trois directions : vis-à-vis du Gouvernement français, vis-à-vis des actionnaires de la CII et vis-à-vis de son personnel.

- En ce qui concerne les précautions à prendre vis-à-vis du Gouvernement, on doit penser, par exemple, à plusieurs points importants :

. En créant le Plan Calcul en 1967, le Gouvernement français n'a pas voulu seulement créer une société d'informatique, il a mis en place un dispositif chargé de coordonner et promouvoir l'ensemble des activités concourant à l'informatique française.

C'est ainsi que la Délégation à l'Informatique coordonne l'action de la CII avec une politique d'équipement des Administrations françaises, qu'elle oriente les recherches dans les laboratoires et les instituts, qu'elle organise la formation du personnel informatique, qu'elle oriente la politique française dans le domaine de la péri-informatique et les transmissions de données.

L'ensemble du dispositif était parfaitement cohérent tant que la CII restait indépendante ; en cas de fusion d'Unidata, il conviendrait, bien évidemment, de prévoir dans les statuts de la nouvelle société des liens privilégiés entre Unidata et le Gouvernement français, permettant de garantir à ce dernier que la politique de la société d'informatique européenne ne deviendra pas progressivement incompatible avec les dispositions prises en France sur un plan plus général.

. Dans un même ordre d'idées, la fusion d'Unidata ne ferait pas disparaître aux yeux du Gouvernement français, la nécessité de respecter un certain nombre de principes qui sont à l'origine même du Plan Calcul ; on peut citer par exemple, la présence sur le territoire français de moyens d'étude et de développement attachés à une large plage de produits et permettant de garantir l'existence de moyens compétents dans l'ensemble des domaines commandant l'industrie informatique.

. Il découle des observations précédentes que la pérennité d'Unidata est d'une grande importance pour le Gouvernement français ; envisageant d'apporter à la société européenne un soutien analogue à celui qu'il apporte à la CII actuellement, il voudrait très probablement être assuré que les programmes, ou même l'existence d'Unidata, ne peuvent être remis en cause pour des raisons économiques sans qu'il puisse s'y opposer.

C'est la raison pour laquelle le Gouvernement français attacherait une grande importance à ce que les deux autres Gouvernements intéressés, et particulièrement le Gouvernement allemand, apportent une garantie et un soutien identiques à ceux qu'il compte apporter.

- D'autres points sont à considérer en ce qui concerne les actionnaires :

. Les trois partenaires d'Unidata ont aujourd'hui des méthodes comptables différentes, et de ce fait, des résultats d'exploitation très différents ; les actionnaires français ne peuvent admettre que la fusion d'Unidata se traduise par un brusque changement dans la rentabilité de leurs actions.

Contrairement à Siemens et Philips qui sont très attachés à la récupération des pertes de l'activité informatique pour des raisons fiscales, CII emploie systématiquement le mécanisme du lease-back alors que ses deux partenaires assurent directement la location de leurs produits. Un mécanisme est à mettre au point pour résoudre cette divergence fondamentale.

 

. Les pertes actuelles des trois partenaires ne sont pas identiques, Philips dispose même pour son activité en informatique de bureau de résultats bénéficiaires ; il est peu probable que le calcul des apports des trois partenaires à la future société commune corresponde exactement au rapport actuel des pertes de ceux-ci ; il ne faut donc pas que l'opération de fusion ait pour premier effet de transférer des pertes d'une société à une autre ; une période transitoire comportant des règles particulières est à définir.

 

. Les actionnaires de la CII entretiennent des activités informatiques importantes associées aujourd'hui aux activités de la CII ; ces activités concernent essentiellement les composants, la péri-informatique, les transmissions de données et les services.

Il est nécessaire, avant que la CII puisse s'engager dans la fusion, de mettre au point les conditions de la coopération de la future société Unidata avec les actionnaires ci-dessus, et ceci d'autant plus que les perspectives du marché indiquent clairement une interpénétration toujours plus grande de ces problèmes avec ceux de l'informatique lourde.

 

- Enfin, la perspective d'une fusion doit légalement être débattue avec le Comité Central d'Entreprise de la CII ; son adhésion est indispensable. Cette adhésion ne sera évidemment obtenue que dans la mesure où les avantages sociaux du personnel français seront garantis et dans la mesure où tous apaisements pourront lui être donnés sur le développement des activités sur le territoire français.

De même, en cas de difficultés économiques conduisant à des licenciements, le Comité Central demandera sans aucun doute qu'une charte lui garantisse que les sacrifices soient toujours distribués d'une façon équilibrée entre les personnels des trois nationalités.

 

Nous estimons donc qu'un important travail est à faire au niveau de l'association Unidata pour mettre au point des dispositions répondant aux questions précédentes avant qu'il puisse être possible d'envisager une fusion des trois partenaires.

Aucune certitude n'existe aujourd'hui sur la possibilité d'arriver à des dispositions satisfaisantes et nous jugeons prématurée, en conséquence, la création du commandement centralisé tel qu'il a été envisagé.

Bien des évènements survenus au cours des derniers mois nous poussent d'ailleurs à avancer avec prudence dans cette voie :

- L'accord tripartite a prévu la création des groupes permanents associés aux quatre Areas Managers Committees. Ces groupes permanents qui auraient constitué des éléments de commandement centralisé susceptibles d'assister les comités tripartites dans l'étude et l'application de leurs décisions n'ont jamais été mis en place, malgré nos demandes répétées.

- Le rassemblement des moyens commerciaux dans tous les pays ne s'exécute pas de manière satisfaisante ; la coopération CII/Philips en France n'est pas encore mise au point ; nous ne voyons aucun signe montrant la préparation de la société Unidata/Allemagne ; les dispositions envisagées en Espagne ont conduit à un blocage complet de la situation ; aucune discussion n'a été possible pour organiser l'action dans les Pays de l'Est ; le transfert de la totalité des participations à la CC que CII considère comme fondamental pour marquer l'homogénéité d'Unidata est repoussé à une date incertaine, ce qui conduit à la généralisation du système des participations directes, système contraire à l'esprit de l'accord Unidata.

- Des entorses graves ont été, faites aux principes de base autour desquels Unidata a conçu sa politique de produits ; Siemens a développé ou envisage de développer une gamme complète de produits hardware et software ; les dispositions envisagées à l'origine pour fixer les prix de transfert font progressivement place à la mise au point de prix OEM ramenant les rapports entre les partenaires à ceux d'un client et d'un fournisseur ; aucune politique commune n'a pu être fixée sur le problème des changes.

- L'absorption de Telefunken par Siemens a été exécutée malgré les réserves françaises et sans qu'aucun engagement écrit n'ait été pris pour protéger les intérêts des autres partenaires d'Unidata.

 

L'ensemble des constatations précédentes montre bien qu'au cours des derniers mois, les intérêts particuliers ont pris le pas sur l'intérêt communautaire.

Les raisons précédentes pèsent certainement d'un grand poids dans la prudence avec laquelle la CII envisage le projet d'une fusion des trois partenaires ; un retour rapide à une situation plus saine nous parait être un préalable indispensable.

Nous suggérons donc qu'en première analyse, les trois partenaires procèdent au redressement de la politique des produits de l'association et à l'achèvement de la mise en place du réseau commercial commun dans des conditions équitables.

Ensuite, des groupes de travail se pencheront sur les questions soulevées plus haut dans le domaine des garanties vis-à-vis des Gouvernements, des actionnaires et du personnel.

C'est seulement à l'achèvement des travaux précédents que notre compagnie sera en mesure de donner une réponse définitive à la création d'un commandement centralisé conduisant inéluctablement, à court terme, à la fusion de nos activités.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

M. Barré

 

27 septembre 1974: réunion entre MM. Jean-Pierre Brulé, Clarence Spangle, président de HIS, et Michel Barré.

Bien qu’il existe un mémorandum " secret " de cette réunion, daté du 30 septembre, nous n’avons pu le trouver dans les archives Bull. Nous reproduisons donc ci-après ce qui en est dit dans le livre French Ordinateurs, qui précise que M. Barré et C. Clarence -sic- s’affrontent sur presque tous les points.

C. Spangle fait la proposition suivante : la CII serait apportée à Honeywell Bull, dépouillée de l’usine de Toulouse qui serait fermée avant apport. Il serait alors constitué deux sociétés. L’une couvrant la zone européenne (à l’exception de la France et de quelques pays d’influence française) dans laquelle Honeywell détiendrait 51 % et les capitaux français 49 %. L’autre exercerait ses activités en France, Espagne, Portugal, Afrique francophone et certains pays de l’EST. Elle serait contrôlée à 51 % par les intérêts français, Honeywell détenant 49 %. En outre, le groupe américain réclame 500 millions de francs en espèces pour réaliser un tel schéma qui implique l’achat par la France d’une partie des actions d’Honeywell Bull.

Honeywell veut conserver la responsabilité du grand ordinateur " 66 " et demande à la future société le maintien d’une aide publique de 900 millions de francs sur trois ans. Le groupe se montre hostile, a priori, à la réalisation d’une gamme commune d’ordinateurs dans le cadre d’Unidata.

 

2 octobre 1974 : Conseil des Ministres ; approbation des réformes de structure du ministère de l’Industrie, nomination de Hugues de l’Estoile au poste de directeur général de l’Industrie et nomination des trois nouveaux directeurs techniques. La Direction des industries électroniques et de l’informatique est confiée à Jean-Claude Pélissolo.

En seconde partie du communiqué, il est dit : " compte tenu de cette nouvelle réorganisation, il a paru opportun de supprimer la Délégation à l’Informatique et de transférer ses attributions à la Direction générale de l’Industrie. Les services de la Délégation seront, soit rattachés au Directeur général de l’Industrie, soit intégrés au sein de la D.I.E.L.I. Cette mesure porte uniquement sur l’organisation administrative des services ; les objectifs poursuivis par le gouvernement dans le secteur informatique et notamment la réalisation du Plan Calcul sont maintenus sans aucune modification. "

 

3 octobre 1974 : réactions de la presse.

Le Figaro du 3 octobre 1974:

" c’est juste le moment où l’informatique est en crise que le gouvernement choisit pour modifier l’organisation ministérielle de ce secteur… Le maintien de cet organisme (la Délégation) aurait pu permettre à la France de prendre une position de leader sur le plan politique pour la réalisation d’une informatique européenne telle que la définit la Communauté. L’informatique à l’envers est à la mode avec l’apparition des micro-ordinateurs. Souhaitons que l’avenir nous prouve qu’aujourd’hui le gouvernement n’a pas pris le problème informatique à l’envers. "

Le Monde du 5 octobre 1974 :

" La suppression de la Délégation à l’Informatique accroît les inquiétudes sur l’avenir de la CII et Unidata. "

 

4 octobre 1974: compte rendu du Shareholders Council du 3 octobre 1974.

1. M. PLETTNER remet aux participants une copie de la lettre du Ministre allemand de l'Industrie à son collègue français.

Après traduction de cette lettre, il apparaît que la réponse allemande est très positive ; elle s'engage à appuyer l'informatique européenne à partir d'UNIDATA, elle indique les chiffres élevés que le Gouvernement allemand compte consacrer à l’informatique jusqu’en 1978, elle propose l'établissement d'un programme commun de recherche et de développement sur plusieurs années et envisage d'appliquer en Allemagne, dans ses relations avec SIEMENS, des dispositions analogues à celles que le Gouvernement français a mises en place pour ses relations avec la CII.

Enfin, cette lettre reconnaît qu'un meilleur équilibre des partenaires à l'intérieur de l'association est souhaitable. Les membres du Conseil reconnaissent la grande importance de cette lettre qui montre que le Gouvernement allemand admet, comme le Gouvernement français, la nécessité d'un ferme appui politique et d'une importante assistance financière pour la réussite d'Unidata.

 

2. M. PLETTNER ajoute quelques commentaires à cette lettre au nom de Siemens :

SIEMENS est maintenant convaincu qu'une entente étroite entre les deux Gouvernements est nécessaire au suc de l'opération et admet la nécessité d'un Plan Calcul similaire au Plan Calcul français ; l'isolement des activités informatiques de SIEMENS est en cours et facilitera la négociation d’un Plan Calcul.

M. PLETTNER se déclare prêt à tirer les conséquences de cet état de choses ; SIEMENS ne s'opposera pas à ce que les Publics prennent des participations directes dans le capital s’ils le désirent et soient représentés aux Conseils des sociétés en cause.

Il confirme par ailleurs que l'intention de SIEMENS n'est pas de prendre la majorité d'une future société UNIDATA fusionnée ; si ses partenaires le souhaitent, il est prêt à leur concéder 33 % à chacun d'entre eux.

 

3. M. VAN RIEMSDIJK aborde ensuite l'ordre du jour en prenant comme base de discussion la lettre que CII a fait parvenir à SIEMENS et à PHILIPS.

Cette lettre expose que, du fait de la détérioration interne de l'association UNIDATA due à la dominance des intérêts particuliers sur les intérêts communautaires, il est indispensable, soit de s'engager vers une fusion rapide, soit d'admettre un relâchement des liens de l'association.

Seule la première solution est envisagée par le Conseil.

PHILIPS est d'accord pour une fusion rapide, fin 1975 - début 1976, mais estime indispensable qu'un commandement centralisé commun intervienne immédiatement pour redresser les errements actuels. SIEMENS est d'accord avec cette position, bien qu'il déclare difficile de fusionner rapidement.

La CII maintient son refus de toute autorité centralisée tant que la route vers une fusion ne sera pas parfaitement dégagée ; PHILIPS se joint à CII pour maintenir la date de début 1976 pour la fusion sous peine de voir les politiques des partenaires diverger. Après discussion, SIEMENS et PHILIPS se rangent à l'avis de la CII.

Les deux partenaires hollandais et allemand reconnaissent que les problèmes posés par la partie française dans la lettre de M. Barré doivent faire l'objet d'une étude sérieuse et d'un projet d'accord avant que l'on puisse aller plus loin.

M. RICHARD insiste sur la nécessité de disposer en même temps des prévisions financières sérieuses sans quoi les Pouvoirs Publics et les actionnaires de la CII ne pourront envisager la fusion souhaitée.

 

4. Un accord est rédigé au terme de la discussion précédente. Cet accord, sur lequel les trois partenaires doivent réfléchir rapidement, devrait être signé dans les jours qui suivent.

Le Standing Committee se réunira le 15 octobre pour rédiger un "ordre de mission" au futur personnel du bureau central de Bruxelles où les travaux doivent commencer au plus tard le 1er novembre 1974.

Deux mois ont été prévus pour mettre au point les questions préalables fixées par le Shareholders Council ; on peut penser que ce délai sera trop court pour l'établissement du plan financier mais la date a été maintenue pour donner au bureau central un sentiment d'urgence.

Quoi qu'il en soit, la date de fin mars 1975 a été retenue pour la décision définitive concernant la fusion qui pourrait ainsi intervenir à la fin de l'exercice.

9 octobre 1974 : lettre de M. Barré à Jacques Darmon, directeur du Cabinet du Ministre de l’Industrie et de la Recherche.

Monsieur le Directeur,

 

Monsieur d'Ornano m'a dit l'autre jour devant vous qu'une décision finale serait prise rapidement au sujet de notre dossier.

Comme je vous l'ai dit, les deux problèmes les plus urgents concernent, l'un la construction financière de l'exercice 1975, et l'autre le choix de la politique étrangère de la CII.

Je me permets de vous adresser ci-joint un mémorandum concernant ce deuxième point ; la décision à prendre est d'une importance capitale et je ne voudrais pas qu'elle soit prise sans que j'aie pu donner aux Pouvoirs Publics les éléments de jugement dont certains ne sont pas évidents.

Je reste, bien entendu, à votre disposition pour les commenter le cas échéant.

 

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma considération distinguée.

 

Le 9 octobre 1974

M E M 0 R A N D U M

 

COMPARAISON DES SOLUTIONS UNIDATA ET HONEYWELL POUR L'AVENIR DE LA CII

 

Au moment où il semble que l'option initiale prise en direction d'Unidata puisse être remise en cause, il est nécessaire de bien réfléchir aux avantages et aux inconvénients de chaque branche de l'alternative qui nous est offerte.

 

1. COMPATIBILITÉ DES DEUX SOLUTIONS

 

L'espoir d'une compatibilité entre l'opération Unidata et un rapprochement CII-Bull peut difficilement être entretenu plus longtemps si l'on part des considérations industrielles.

A ce niveau, il aurait fallu encourager les tendances apparentes de Siemens à une distension des liens Unidata pour permettre une opération CII-Bull qui est en contradiction avec les termes de l'accord signé en juillet 1973 ; la lettre du Ministre allemand de l'Industrie et la position très ferme de Philips s'opposant à tout relâchement de l'accord Unidata, rendent extrêmement improbable le succès d'une telle manœuvre.

 

2. RAPPEL DES DEUX SOLUTIONS

 

- La solution Unidata correspond à la réalisation d'une société Unidata par fusion des moyens informatiques des trois associés dans des conditions rapides, c'est-à-dire avant 18 mois.

L'accord Unidata initial n'est, en effet, pas satisfaisant : structure trop lourde, commandement trop faible pour des contraintes fortes, conflits continuels entre les intérêts nationaux et l'intérêt communautaire.

 

- Solution Honeywell Bull : coupure de la société Honeywell Bull en deux compagnies, l'une destinée à fusionner avec la CII comprendrait les moyens existant sur le territoire français et le contrôle d'une zone couvrant essentiellement l’Afrique francophone, l'Espagne, le Portugal, les Pays Socialistes et certains pays du Moyen Orient (l'Italie fait l'objet d'une contestation) ; l'autre société transformée en holding étrangère (probablement belge) contrôlerait l'action dans tous les autres pays européens.

Honeywell contrôlerait de son côté le reste du monde, c'est-à-dire principalement le Continent américain et le Pacifique.

 

En l'absence d'une possibilité de compatibilité entre ces deux solutions, nous examinerons ci-dessous les divers aspects de ces opérations.

 

3. ASPECT POLITIQUE

 

Il est inutile de s'étendre sur ce problème présent à l'esprit de tous les intéressés :

- La solution Unidata est dans la ligne de la politique voulue par le Gouvernement français depuis 1971 (stipulation de la Convention Plan Calcul qui voulait intégrer la CII dans une structure européenne) ; l'orientation a été confirmée par une décision du Gouvernement français en février 1974 ; elle correspond à l'attitude affichée en matière de politique étrangère, tendant à renforcer la cohésion européenne.

- La solution CII-Bull aurait un impact certain sur l'opinion restée sensibilisée par l'affaire Bull de 1964. La reprise d'une majorité française prendrait l'aspect d'un rétablissement d'une souveraineté perdue par erreur. On peut cependant penser que la satisfaction serait tempérée devant l’amoindrissement du domaine commercial de CII-Bull.

 

4. CONSIDERATIONS TECHNIQUES ET PRODUITS

 

Dans ce domaine, les choses ne se présentent pas de manière équilibrée car c'est en janvier 1972 que fut signé le premier accord Siemens/CII entraînant un programme technique commun ; les travaux effectués depuis cette date sont donc cohérents avec la politique produits d'Unidata ; ils ont déjà conduit à l'annonce de quatre ordinateurs nouveaux dont certains sont en production. La cohérence du programme s'étend au logiciel et aux périphériques dont l'interface a été standardisée.

Aucune compatibilité n'existe, par contre, entre les machines Iris et Unidata d'une part, et les machines Honeywell de l'autre.

 

On se trouverait donc dans le cas de l'adoption de la solution Honeywell devant un grave problème de produits :

 

- L'abandon des spécifications Iris, dont la continuité est assurée par les produits Unidata, conduirait à des dépenses de conversion énormes et à des réactions commerciales dangereuses. Ce point est particulièrement important du fait du parc CII considérable existant dans les Administrations françaises ; les Pouvoirs Publics, du fait de la politique cohérente pratiquée depuis plusieurs années vis-à-vis de la CII, doivent être considérés comme un client unique. Il est impossible de lui imposer brutalement la conversion de ses programmes.

Une société CII-Bull se trouverait donc devant l'obligation de poursuivre la commercialisation de la ligne Unidata, reportant à la génération suivante (1980) le soin de mettre au point des dispositifs garantissant une certaine compatibilité.

 

- Cette situation est aggravée par l'interdépendance des trois partenaires d'Unidata en matière de produits :

. Sur le plan des unités centrales, la situation n'est pas trop grave car la CII pourrait dériver de ses machines X2 (7.740), X4 et X5, des machines intermédiaires permettant de se passer des ordinateurs Siemens et Philips.

. Sur le plan des logiciels, par contre, la situation est déjà plus grave car le système d'exploitation de milieu de gamme est en cours de réalisation par Siemens ; la CII ne disposerait que d'une version adaptée de son Siris 2 dont les performances seraient rapidement jugées insuffisantes.

. Enfin, en matière de périphériques, l'interface Honeywell, très différent de l'interface Unidata, ne permettrait pas avant un long délai de se passer d'une part importante des produits Siemens ou Philips.

 

La rupture d'Unidata, en cas de rapprochement CII-Bull, exigerait donc le maintien de certains liens privilégiés de la CII avec ses partenaires dans Unidata ; l'acceptation de tels liens n'est pas évidente de leur part car il leur serait plus facile de se passer de la CII à la suite des précautions prises par Siemens au cours des 10 derniers mois.

Il est probable que cette acceptation dépendra en particulier des possibilités d'entente sur le plan commercial qui sont exposées ci-dessous.

 

5. ASPECT COMMERCIAL

- Aucun problème particulier ne se pose sur le plan commercial dans le cas de la solution Unidata ; les modalités de la conduite des affaires donneront probablement lieu à des conflits de personnes, mais la structure mise en place correspondra à une volonté centralisée dont les conséquences seront supportées par les actionnaires, au prorata de leurs participations. Aucune restriction géographique n'existe dans cette solution.

- Dans la solution CII-Bull, par contre, plusieurs problèmes sont à considérer :

. Il risque d'être évident aux yeux de la clientèle actuelle de CII, que la CII inscrira sa politique produits futurs dans celle du Groupe Honeywell ; des retours importants de matériels Iris et 4004 seront à craindre, surtout de la part de la clientèle privée.

. Honeywell conserve ses plus importantes implantations étrangères, et CII couvre un domaine restreint qui entraîne un volume d'affaires faible par rapport aux moyens industriels rassemblés sur le territoire français.

L'exploitation de CII-Bull dépendra donc, dans une très large mesure, de l'action commerciale effectuée dans le reste du monde, sous majorité Honeywell. Etant donné l'intention d'Honeywell de réaliser dans ses usines américaines certains produits sous licence de CII-Bull, on se trouve indirectement sous une dépendance américaine en matière de développement.

Il serait évidemment contraire au bon sens économique de poursuivre la promotion des lignes Iris et Unidata par les voies commerciales Honeywell ; c'est seulement dans la zone française subordonnée à CII-Bull qu'une telle action serait possible pour garantir la continuité de certaines opérations importantes, comme l'affaire polonaise ou l'affaire roumaine ; un conflit parait inévitable dans tous ces pays entre CII-Bull et Siemens-Philips, assurant la promotion concurrente de matériels identiques.

Comme il est indiqué au paragraphe précédent, la nécessaire coopération technique entre CII-Bull et Siemens devra passer par des concessions sur le plan commercial.

Cet accord ne sera pas facilité par le fait que CII-Bull commercialisera dans les zones contrôlées par Honeywell ses produits de la ligne Honeywell, dans des pays où l'action Unidata est déjà importante (Allemagne, Europe du nord, en particulier).

 

En résumé, la solution Honeywell ne dispensera pas CII-Bull de conserver certains liens techniques avec Siemens. Siemens aura la possibilité de contraindre la société française à de lourdes concessions commerciales en échange de ces liens.

 

6. CONSEQUENCES SUR LES INDUSTRIES FRANCAISES D'ENVIRONNEMENT

 

- L'informatique joue dans tous les pays un rôle croissant dans le développement d'activités qui lui sont étrangères ; l'automatisation généralisée et l'intercommunication grandissante des systèmes, établissent des liens entre l'informatique, les télécommunications, la péri-informatique, l'industrie des composants et celle des services.

Les partenaires de la CII dans Unidata, contrairement à la CII, disposent des fonds de commerce attachés à ces activités et s'efforceront inévitablement de les promouvoir à travers la société commune. Une structure est à mettre en place en France pour équilibrer les forces et éviter qu'Unidata ne se fasse le fourrier de produits non français.

 

- Dans la solution Honeywell Bull, les choses se présentent de manière plus favorable ; le Groupe américain ne dispose pas lui-même des fonds de commerce environnant l'informatique qui ont été mentionnés plus haut ; aucune pression ne devrait être à craindre de sa part dans ce domaine, on peut même espérer trouver dans le Groupe américain un débouché pour les produits français.

7. CONSIDÉRATIONS ÉCONOMIQUES

- La solution Honeywell Bull prévoit une majorité française de 51 % dans CII-Bull et une minorité française de 49 % dans la holding européenne. Des chiffres ont été avancés par Honeywell pour ces deux opérations ; ils paraissent élevés mais une discussion sérieuse n'a pas eu lieu.

La prise de majorité de 51 % est impérative ; la prise d'une minorité de 49 % dans la zone européenne est d'un intérêt moins évident pour les actionnaires français qui ne verront pas un accroissement des affaires faites à partir de leur production d'ici quelques années.

Ce point est jugé très important par Honeywell qui tient à la symétrie des participations dans la zone française et la zone européenne.

On peut penser que cette volonté correspond au désir d'Honeywell de traiter l'affaire comme une "common venture", la séparation des deux zones nécessitée par des raisons politiques devant avoir aussi peu de conséquences que possible sur la conduite des affaires du Groupe américain.

La solution Unidata conduira probablement aussi à des dépenses non planifiées aujourd'hui. En effet, si l'on veut que la société future ait vraiment un caractère européen, il conviendra qu'aucun partenaire n'ait la majorité absolue ; or, du fait de l'absorption de Telefunken, il est possible que Siemens détienne actuellement cette majorité et un apport de capital sera nécessaire de la part de CII et de Philips pour retirer à la société allemande une prééminence que celle-ci déclare d'ailleurs refuser.

Il serait même souhaitable que l'apport en capital soit suffisant pour ramener les trois sociétés fondatrices à un niveau d'apport égal. Dans un tel cas, une somme importante est à prévoir.

- Les deux solutions vont dans le sens de la Constitution de blocs industriels puissants mieux capables de lutter contre la concurrence IBM qu'une CII isolée. Nous savons que la solution Unidata ne donne pas un ensemble suffisamment puissant en 1980 pour que l'on puisse espérer le voir se développer sans appui gouvernemental.

Il est hors de doute qu'Unidata devra chercher un nouveau partenaire avant cette date ; un rapprochement avec ICL confirmera l'identité de l'informatique européenne mais nécessitera encore un effort de plusieurs années pour aboutir à un bloc vraiment homogène ; si l'on ajoute à cela la nécessité de suivre la nouvelle génération d'IBM qui marquera probablement un progrès très sensible sur le plan des produits, on voit qu'il serait déraisonnable d'escompter d'Unidata la capacité à vivre seul avant l'époque 1983/1985.

 

La solution Honeywell Bul1, sous ce rapport, peut demander un effort de moins longue haleine si l'état de santé du Groupe Honeywell est celui que l'on peut espérer du deuxième industriel de la profession.

Logiquement, la taille d'Honeywell devrait lui permettre de se défendre sans appui financier extérieur, et l'arrivée de la CII, après une période de transition de trois à cinq ans, ne devrait qu'améliorer sa situation. On devrait donc pouvoir espérer que le tandem Honeywell/CII-Bull soit capable de vivre par lui-même à la fin des années 1970. Cependant, certains bruits courent dans la profession qui semblent indiquer qu'Honeywell, malgré sa situation sur le marché mondial, connaît quelques difficultés. Si ces bruits devaient se vérifier, la solution Honeywell perdrait l'avantage que nous venons d'évoquer.

 

- On ne peut terminer cette analyse sans attirer l'attention sur le fait que la solution Honeywell constitue une solution plus exigeante que l'autre sur le plan des efforts français ; la majorité française dans CII-Bull sera très modeste et toute faiblesse dans l'accompagnement financier de la société se traduira par la répétition de l'opération Bull de 1964, la majorité repassant entre les mains du Groupe américain.

La solution Unidata, sous ce rapport, est plus souple dans la mesure où aucun des trois partenaires n'accède à la majorité absolue, quelques modifications du pourcentage relatif des trois actionnaires ne seraient pas de nature à modifier sensiblement le poids des intérêts français dans la société européenne.

8. ÉCUEIL A ÉVITER

Les deux solutions exposées ci-dessus paraissent aujourd'hui les deux seules qui s'ouvrent à la CII.

L'adoption d'une solution intermédiaire qui refuserait la fusion Unidata sans engager immédiatement la compagnie française dans une association étroite avec un autre partenaire, conduit à des conséquences financières qu'il suffit de mesurer pour comprendre qu'elle n'est pas acceptable.

En effet, Siemens, en prévision d'une telle décision française, a progressivement pris ses précautions pour ne pas dépendre de la CII dans les produits-clés des systèmes.'

Du fait des mécanismes comptables intérieurs aux trois partenaires d'Unidata et des règles de transferts mises en place, il apparaît fréquemment plus rentable de vendre un produit que l'on a réalisé soi-même plutôt qu'un produit acquis chez un partenaire, même si ce produit est réellement d'un rapport performances/prix meilleur.

Ce phénomène, perceptible dès aujourd'hui, disparaîtrait en cas de fusion, mais le maintien du statut de l'association conduira inévitablement Siemens à utiliser largement les produits de substitution qu'il a développés.

Cette démarche conduira la CII à perdre une partie des marchés qu'elle attend et à rechercher une compensation sur son propre marché en développant à son tour des produits de substitution à ceux de Siemens ; ne pas pratiquer cette politique reviendrait à faire de la société française un satellite de la société allemande et ferait disparaître dans la pratique toute indépendance.

 

Une analyse financière de la politique à mener dans un tel cas a été faite ; les résultats de CII, en attente de toute aide financière du Gouvernement, seraient les suivants :

En MF

1975

1976

1977

1978

- Plan directeur remis aux

Pouvoirs Publics le

2 mai 1974

- Cas du maintien de la CII

dans le cadre d’une association avec ses partenaires d’Unidata

 

 

375

 

 

430

 

 

348

 

 

567

 

 

272

 

 

573

 

 

306

 

 

565

Des possibilités d'économies ont été recherchées ; elles s'avèrent très décevantes et ne paraissent pas pouvoir être retenues sans risques de conséquences graves.

En conclusion, on doit être persuadé qu'un refus de la fusion Unidata exige l'acceptation de la solution Honeywell. Bull, la pire des situations serait de refuser la fusion Unidata et de ne pas parvenir à une solution acceptable avec Honeywell.

Il est évident qu'un refus de la fusion Unidata conduirait à une forte réaction de nos partenaires, connue rapidement à l'extérieur ; la négociation avec Honeywell n'en serait pas facilitée.

Au cas où nous devrions nous engager dans cette voie, il est de la plus haute importance qu'une négociation très rapide intervienne avec Honeywell et que le refus définitif de la fusion conduisant à l'éclatement d'Unidata, ne soit exprimé qu'après l'obtention d'un accord avec le Groupe américain.

 

 

octobre 1974 : le gouvernement, en l’occurrence Michel d’Ornano, interdit formellement à Michel Barré et Paul Richard de ratifier le texte élaboré à Bruxelles (voir § 4 du compte rendu du Shareholders Council du 3 octobre 1974).

Toujours en octobre, la situation de la CII devient critique. Le débat sur son avenir a été porté sur la place publique. Certes, les premiers contacts avec Honeywell ne sont encore connus que d’un petit nombre d’initiés. Mais les hésitations du gouvernement amènent beaucoup de monde à se poser des questions. La clientèle devient méfiante et les achats sont repoussés dans le temps… pour le jour où on y verra plus clair. L’effet sur la CII est immédiat, les commandes piquent du nez.

Devant cette situation, au cours d’une rencontre avec le cabinet de Michel d’Ornano, Michel Barré tient le raisonnement suivant : " Ou on fusionne tout de suite avec Siemens et Philips, ou bien il faut se tourner vers la solution Honeywell-Bull. Si l’on attend encore, si l’on ne bouge pas dans un sens ou dans l’autre, nos positions au sein d’Unidata vont s’affaiblir un peu plus. On va être plumés ! "

 

29 octobre 1974 : Cercle des Utilisateurs, assemblée annuelle.

L’assemblée annuelle du Cercle des Utilisateurs s’est tenue le 29 octobre, au Trianon Palace à Versailles. Le bilan de l’activité du cercle au cours des derniers mois a été présenté par le président, M. Gravot, et M. Gorge, vice-président, et le rapport d’activité des groupes par M. Lepidi, vice-président.

Un face à face sur l’architecture des systèmes, mené par M. Sallé, directeur scientifique à la CII, a été animé par M. Pouzin, responsable du réseau Cyclades à l’IRIA, M. Lussato, professeur au CNAM, M. Davies, directeur des services informatiques de l’ARRCO, M. Henry, directeur-adjoint à EDF et M. Donio, chef de projet à l’Agence national pour l’emploi.

M. Caillot, représentant le directeur général de l’Industrie, a mis l’accent sur le rôle déterminant de la CII – et du Cercle des Utilisateurs – dans l’informatique française.

Après s’être félicité de l’ampleur de la participation à l’assemblée générale du Cercle, le président Barré a prononcé l’allocution suivante :

 

Mesdames, Messieurs,

Conformément à la tradition, M. Gravot m'a demandé de prononcer quelques mots aujourd'hui à l'occasion de l'assemblée générale du Cercle. Je l'en remercie beaucoup parce que c'est toujours avec plaisir que je me retrouve dans l'ambiance du Cercle qui est une ambiance dynamique, vivante, non exempte de critiques parfois, mais dont l'attitude en tous cas, est toujours constructive. C'est probablement cela qui marque d'une part son originalité, par rapport à des organismes du même ordre, mais d'autre part son succès, matérialisé par le nombre croissant de participants à ses réunions. Je pense que bientôt nous serons obligés de quitter Versailles et que nous serons invités par M. Gravot au CNIT ; en tous cas c'est la grâce que je souhaite à la CII.

Je voudrais profiter de l'occasion qui m'est donnée pour faire un petit retour en arrière sur les années écoulées. En effet vous savez que 1974 marque le terme de la deuxième convention plan calcul, la première est née en 1967, la deuxième est née au début 1971 et il est intéressant de se retourner pour voir ce qui s'est passé au cours des cinq dernières années. J'ai choisi comme date de référence le premier janvier 1970 puisque nous arrivons au 1er janvier 1975. Le chiffre d'affaires est passé de 367 millions à 1 milliard 400 millions. A l'intérieur de ce chiffre d'affaires le rapport entre les affaires de l'Administration et les affaires du privé, question qui intéresse toujours énormément mes interlocuteurs, a évolué de la manière suivante : en 1969, 90 % pour l'Administration, 10 % pour le privé - en 1974, 56 % pour l'Administration, 44 % pour le privé. L'exportation aussi, qui intéresse beaucoup M. Caillot : 14,6 % à l'exportation en 1969, 85,4 % en France ; en 1974, 18% à l'exportation, 82% en France. Ce qui est assez remarquable si l'on songe à la croissance formidable qu'a eue la CII sur le territoire français ; on s'aperçoit que l'exportation non seulement a tenu la cadence, mais est montée plus vite que n'est montée l'activité commerciale en France. Il est intéressant également de regarder les pourcentages entre l'informatique spécialisée et l'informatique de gestion, parce que je vous rappelle que la CII à l'origine est née d'un fonds de commerce qui est partiellement celui de la SEA gestion et partiellement celui de la CEA qui n'était pas un fonds de commerce de gestion. En 1964, 82 % à l'informatique spécialisée, 18 % à la gestion. En 1974, 22% à l'informatique spécialisée et 78% à la gestion. Le matériel en parc est passé du 1er janvier 1970 au 1er janvier 1974 de 478 millions à 2 347 millions. Les effectifs, eux, sont passés de 4 757 personnes à 8 528 ; j'attire votre attention sur le fait que les effectifs n'ont pas doublé alors que le chiffre d'affaires a pratiquement quadruplé. Enfin, pour bien marquer l'effort que nous faisons, au bénéfice de notre clientèle, je vous dirai qu'en 1969 il y a eu 10.000 journées d'élèves à la CII et que, cette année-ci, il y en aura 80 000, donc un rapport de 8.

Tout ceci peut paraître assez satisfaisant ; cela marque en tout cas une très rapide expansion de la CII, celle que voulaient les pouvoirs publics quand ils ont signé le Plan calcul. La CII a pris beaucoup de poids en France au cours de ces cinq années ; elle est devenue le troisième industriel français en matière de parc ; le deuxième industriel français de l'informatique en matière de livraison annuelle. A l'étranger elle a réussi également à prendre place sur des marchés nombreux et variés. Il ne faudrait pas croire, parce qu'on parle souvent du succès de telle ou telle opération, qu'il s'agit d'affaires réduites à un nombre très limité de pays. Rien que cette année, je dis ça au hasard, il y en a eu beaucoup, dans des pays aussi variés que la Chine, la Pologne, l'Égypte, la Corée du Nord, vous voyez que la CII essaime un peu partout.

Tout ceci ne s'est pas fait tout seul. Nous avons rencontré beaucoup de difficultés : des difficultés passées, qui étaient dues, pour une bonne part, à la crédibilité ou plutôt l'incrédibilité de la CII. Rappelez-vous, 1970, 1969, le nombre de gens qui disaient " ce n'est pas raisonnable de démarrer une entreprise d'informatique actuellement, c'est trop tard, ils n'arriveront pas à sortir des matériels de la troisième génération et surtout une machine aussi lourde et aussi compliquée que l'Iris 80... " Les machines sont sorties à peu près dans les temps, les Iris 80 - entre ceux qui sont installés et ceux qui sont en commande - sont au nombre de la cinquantaine.

Ensuite on a dit " Oui, c'est toujours facile d'étudier. Les techniciens français sont bons, mais il s'agira après de construire ". En trois ans on a fait une usine ; on n'en entend pas beaucoup parler ; elle sort des produits d'une façon régulière, ne pose pas beaucoup de problèmes techniques à la CII, ni de problèmes industriels.

Après ça il y a eu la critique " mais oui, tout ça, c'est encore assez facile, mais vous verrez, ils ne s'en sortiront pas du côté du software ". C'était certainement la tâche la plus difficile, le logiciel. Mais enfin on a réussi avec le temps à sortir, à améliorer et à perfectionner nos systèmes d'exploitation, on a réussi à se constituer maintenant un catalogue de produits logiciels standard, qui n'est peut-être pas aussi complet que certains pourraient le souhaiter mais qui est l'équivalent de celui de pas mal de nos confrères.

 

Je passe sur les obstacles qu'il a fallu vaincre et qui s'étendent également à la maintenance, à la formation et à beaucoup d'autres choses. Ce sont là des difficultés nées dans le passé et qui ne sont pas toujours vaincues à 100%.

Les difficultés que nous connaissance aujourd'hui sont celles que connaissent tous les industriels et il y en a beaucoup dans cette salle, ce sont celles qui ont trait à la dérive économique, qui ont trait au loyer de l'argent, qui ont trait à l'encadrement du crédit. Oui, l'encadrement du crédit même pour une CII qui a une convention Plan calcul signée de trois ministres, qui prévoit absolument toutes les rubriques possibles pour les emprunts. Eh bien, non, nous sommes priés de continuer à nous dépasser et à grandir à toute vitesse et nous sommes encadrés comme les autres, ce qui ne rend pas la vie très facile au Directeur financier de la CII. Enfin, il y a les difficultés futures qui nous attendent et là, il faudrait être très optimiste pour penser que nous sommes au bout de nos peines.

Le grand concurrent de notre profession ne donne aucun signe d’essoufflement, bien au contraire, et je pense que dans les années qui viennent il ne nous rendra pas la vie plus facile qu'il nous l'a rendue dans le passé, ça risque même d'être plutôt le contraire.

L'effort de la poursuite de la CII vers une taille plus grande et des moyens renforcés est donc plus nécessaire que jamais ; le regroupement des forces des petits pour plus d'efficacité contre le grand me parait également tout à fait indispensable. Vous savez que nous avons signé en 1973 l'accord UNIDATA dans ce sens ; cet accord a porté ses fruits dès cette année puisque, sur une gamme de produits dont tout le monde sait qu'elle devrait comporter six produits, il y en a déjà 4 qui ont été annoncés au cours de cette année. Certains d'entre vous ont pu s'étonner que ces produits donnent lieu à des délais de livraison un peu longs ; nous n'étions pas, à dire vrai, très pressés nous-mêmes d'annoncer cette ligne 7000. La série Iris se porte très bien, mais dans une association on est obligé de faire des compromis pour l'intérêt moyen de tout le monde.

Cette mise en place d'Unidata, comme vous l'imaginez bien, n'est pas toujours facile. Nous nous heurtons à deux familles de problèmes ; l'une de ces familles tient au fait que l'économie européenne n'existe pas vraiment. Dans beaucoup de cas, les principaux sont les problèmes de change, les problèmes fiscaux ; on se heurte vraiment à des difficultés beaucoup plus dures à surmonter que nous ne le pensions. Je ne sais pas si vous imaginez comme il est facile de faire des budgets ou des plans à long terme entre des grandes entreprises étrangères qui ont des échanges de produits considérables à faire tous les ans, alors que les taux de change peuvent varier du jour au lendemain, sous l'effet de la spéculation, de quelque 5 ou 10 %. Il est certain que, vu l'échelle des marges que nous avons, les conséquences sont extrêmement graves. Nous avons également des problèmes pendant cette période transitoire où nous avons nos propres produits qui sont concurrents les uns des autres et qui sont même, dans une certaine mesure concurrents des produits que nous mettons sur le marché maintenant. Tout ceci ne rend pas les choses faciles et comme vous l'imaginez bien il faut beaucoup de bonne volonté pour aboutir.

Enfin je terminerai en disant que le principal, à mes yeux, et certainement aux vôtres, c'est que la continuité sera assurée. Je remercie M. Caillot qui vient de l'exprimer très clairement tout à l'heure. C'est évident aux yeux de beaucoup de gens, mais je pense que le fait de l'avoir dit avec fermeté tout à l'heure est une chose utile. Nous nous trouvons en 1974 comme nous nous sommes trouvés en 1969/1970, c'est à dire dans une période de préparation d'un nouveau Plan calcul. Beaucoup de gens qui ne s'occupent pas du tout d'informatique en cours de Plan calcul sont amenés à s'y intéresser à ce moment-là ; des avis divers courent, divergent souvent ; des bruits se répandent partout, qui sont repris par la presse, quelquefois dans un sens conforme à la réalité, quelquefois moins... Nous vivons donc une période que nous avons déjà connue en 1969/1970, une période d'incertitude où les déclarations et les articles de journaux sont de nature à jeter la perturbation dans les esprits. Je pense, et je vous demande de penser comme moi, qu'il faut conserver la foi dans la CII et montrer un front d'airain en face de tous les bavardages qui peuvent porter du tort à notre entreprise. Le 31 juillet 1971, on a signé la convention et les problèmes ont disparu brutalement ; le n du X mois 1975 nous signerons une nouvelle convention et tout sera terminé, la CII continuera et, je l'espère, prospérera. Je vous remercie.

<Mettre la photo AG cercle.jpg de Jean-Paul Gravot, Michel Barré, Jean Caillot et R. Gest.>

 

30 octobre 1974: projet de lettre des présidents de la CGE et de Thomson au Ministre, M. d’Ornano.

Monsieur le Ministre,

Depuis plus d’un an, les Groupes Thomson et CGE, sociétés mères de la CII et cosignataires de la deuxième Convention Plan Calcul, ont à plusieurs reprises fait connaître à votre Administration les préoccupations que leur inspirait l’évolution de la CII. Il est aujourd’hui de notre devoir d’appeler votre attention sur une situation devenue alarmante et qui pourrait être sans issue si les mesures nécessaires n’étaient pas rapidement prises.

Dès la mi-1973, il est apparu que du fait de la politique internationale souhaitée par les Pouvoirs Publics les besoins financiers de la CII dépassaient largement les montants inscrits dans la Convention et les engagements corrélatifs de l’État et des actionnaires. Dans l’attente de l’adoption d’un plan définitif pour la stratégie internationale, les Pouvoirs Publics et les sociétés mères ont accordé à la CII dans les premiers mois de 1974 un soutien intérimaire dont il était par ailleurs reconnu dès ce moment qu’il ne résoudrait que partiellement le problème de l’équilibre de l’exercice 1974.

Le climat d’incertitude qui continue à peser sur les orientations de la CII a pour conséquence une dégradation accélérée de la situation.

Cette dégradation est manifeste au plan commercial ; plusieurs clients importants refusent de s’engager tant que les hypothèses pesant sur l’avenir de la CII et sur sa gamme de produits n’auront pas été levées ; la CII estime d’ores et déjà à plus de cent millions de francs les pertes de commandes qu’elle subira de ce fait d’ici la fin de l’année en cours.

Cette dégradation se traduit également au niveau des résultats : les pertes prévisionnelles de l’exercice estimées au début de 1974 à 22,7 MF, portées à 50 MF au début de l’été, ne peuvent plus aujourd’hui faire l’objet d’aucune prévision sérieuse.

Par ailleurs, le climat social créé au sein de la compagnie par les incertitudes actuelles provoque un risque sérieux de défaillances individuelles au sein des équipes de direction et des troubles sociaux graves dont les premiers signes sont apparus.

Enfin, aucune disposition financière n’étant prévue par la deuxième Convention Plan Calcul pour l’exercice 1975, l’existence même de la CII ne se trouve plus assurée au-delà de la fin de l’année.

Le Président de la CII vous a récemment adressé un document relatif au financement de l’exercice 1975. Il s’agit en fait d’un simple rappel des demandes présentées antérieurement dans le cadre du Plan Directeur au titre de 1975. Nécessaire compte tenu de la situation de cessation de paiements au 1er janvier, ce document est doublement insuffisant, d’abord parce qu’il ne tient pas compte de la dégradation accélérée de la situation au cours des deniers mois, ensuite parce que si la CII entamait un nouvel exercice en l’absence de toute stratégie à long terme elle devrait abandonner tout espoir d’enrayer le processus en cours.

La question fondamentale qui domine la grave crise que traverse la CII reste l’option concernant son ouverture internationale et la mise en place des moyens financiers correspondants.

Si l’on exclut comme non réaliste une solution purement nationale, deux voies s’ouvrent aujourd’hui à la CII :

- la première consiste à s’engager plus avant dans l’accord Unidata – dont le CGE s’est désolidarisée dès le début 1973 – ce qui implique pratiquement la fusion des activités informatiques concernées chez chacun des trois partenaires. Cette solution dont les perspectives se sont beaucoup détériorées depuis un an du fait notamment de l’accord Telefunken et des hésitations françaises sera fortement onéreuse et ceci sur une période d’au moins dix ans, mais son caractère européen en facilite la présentation. Elle débouche sur un dégagement des responsabilités des industriels français en raison de ses implications politiques, de la position dominante de Siemens et des liens qui l’unissent à Philips, avec un risque de renversements des objectifs du Plan Calcul au profit de deux groupes européens fortement engagés dans les différentes applications de l’informatique (industrie, péri-informatique, logiciel).

Le Gouvernement français est, par ailleurs, pleinement informé de la situation actuelle du dossier Unidata, notamment par les contacts et la correspondance qu’il entretient, à ce sujet, avec le Gouvernement allemand.

- la deuxième passe par un accord avec le Groupe Honeywell :

· cette solution paraît en première analyse séduisante : le schéma envisagé au cours de conversations entre MM. Barré et Brulé, basé sur la constitution d’une société d’informatique nettement plus puissante à majorité française associée à un partenaire américain de premier plan, ouvre en effet un espoir de rentabilité à moyen terme pour les gros et moyens ordinateurs en respectant les objectifs du Plan Calcul concernant les applications de l’informatique.

· l’option Honeywell offre en particulier une large gamme de possibilités, tout en conservant la capacité d’initiative française.

· cette solution a toutefois besoin d’être encore précisée. En particulier, la convergence de la politique produits – pour laquelle le maintien d'une liaison souple avec Siemens et Philips serait souhaitable si elle est possible – nécessitera un soutien important pendant la période intermédiaire ; par ailleurs, il n’est pas certain que la mise au point du schéma industriel et financier ne fasse pas apparaître de très lourdes difficultés.

La stratégie proposée par nos deux Groupes est la suivante :

· vis-à-vis d’Unidata, ne pas rompre – ce qui n’implique bien entendu aucune modification de la position de fond de la CGE – mais ne pas s’engager dans le processus de fusion dont il convient cependant d’étudier les éventuelles modalités financières. Tel est le sens de la lettre adressée le 21 octobre par M. Barré à MM.Van Riemsdijk et Plettner et qui a provoqué de la part des associés de la CII, comme M. Barré vous l’a fait savoir par ailleurs, une réaction significative à la fois des liens privilégiés qui les unissent et de leur souci de laisser la porte ouverte à une collaboration avec la CII.

· vis-à-vis d’Honeywell, engager immédiatement une négociation permettant de fixer les bases précises d’un accord éventuel après un examen approfondi des différents aspects techniques, commerciaux, industriels et financiers.

· quel que soit celui des cas de figures qui sera finalement adopté, il faudra de toute façon séparer les activités de la CII situées hors de l’informatique moyenne et lourde. Il y a donc intérêt à procéder sans attendre à cette opération indispensable pour éviter de compromettre les positions de l’industrie française en matière de téléphonie et de systèmes d’armes.

Pour permettre une telle négociation, il convient que les Pouvoirs Publics précisent les objectifs fondamentaux qu’ils assignent à la politique informatique française.

Persuadés que la stratégie proposée ci-dessus est seule susceptible d’ouvrir à la CII une perspective de solution acceptable par les différentes parties, les Groupes CGE et Thomson sont prêts à s’engager sans délai dans la négociation avec Honeywell de façon à être en mesure de vous soumettre une proposition précise avant la fin de l’année, compte tenu de l’urgence attachée à la levée des incertitudes pesant sur l’avenir de la CII et des risques de détérioration rapide des relations avec Philips et Siemens.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’assurance de notre haute considération.

30 octobre : diffusion du document " Perspectives financières de la CII " au ministère de l’Industrie, à la Thomson et à la CGE.

PERSPECTIVES FINANCIÈRES DE LA CII

 

1. L'EXERCICE 1975

– La CII à remis à ses actionnaires et aux Pouvoirs Publics un projet de Plan Directeur le 2 mai 1974.

Ce projet de Plan Directeur, conçu dans la ligne de la politique européenne définie dans la Convention Plan Calcul, est construit des éléments prévisionnels de l'association UNIDATA.

L'action de la société au cours de l'année 1974 s'étant faite dans l'axe de cette politique, nous nous trouvons à l'aube de l’exercice 1975 dans des conditions qui ne permettent guère de modifier le visage du budget correspondant.

Dans le schéma UNIDATA, qu'il s'agisse du maintien de l’association ou d'une fusion en 1976, la CII a, vis-à-vis de ses partenaires, des engagements à remplir, pratiquement équivalents dans les deux cas.

Dans le cas d'une rupture d'UNIDATA, la nécessité d’offrir une continuité aux produits CII actuellement en clientèle exige que les matériels IRIS actuels trouvent des successeurs qui ne peuvent être qu'issus de la ligne X UNIDATA. Peu d'économies immédiates peuvent attendues ; en contrepartie, des dépenses supplémentaires seront nécessaires pour remplacer certaines fournitures de SIEMENS ou de PHILIPS qui risquent de ne plus être disponibles.

Les besoins de la CII pour l'année 1975 sont donc relativement peu dépendants de l’option prise pour la politique étrangère de la CII.

Rappelons que les besoins exprimés en mai 1974 pour cet exercice sont les suivants après actualisation :

Marchés d'études 295 MF HT
Subventions 100 MF
Capitaux propres 80 MF
Crédits FDES CII 40 MF

CILOMI 320 MF

 

– L’examen auquel il a été procédé montre que toute réduction des crédits se traduit par l'impossibilité pour la CII de tenir l’intégralité des engagements pris vis-à-vis de ses partenaires dans le cadre d’UNIDATA ou la continuité complète de ses lignes dans un autre cas.

En effet, les économies ne sont possibles que dans le domaine des marchés d'études et se répartissent de la manière suivante :

Abandon des produits X4-X5                                                                                 75 MF

Abandon de toutes recherches pour la préparation du long terme      25 MF

Abandon de tous efforts dans la direction de la téléinformatique         12 MF

L'abandon du long terme comme celui des moyens de téléinformatique serait lourd de conséquence pour l'avenir.

L'abandon des X4-X5 serait mal accueilli par SIEMENS et PHILIPS qui attachent une importance particulière à ces produits. Cependant, des solutions de remplacement médiocres pourraient être envisagées. Dans le cas d'une option HONEYWELL BULL, cet abandon serait plus facile bien que la solution de remplacement ne puisse être pleinement satisfaisante.

Dans les deux cas, il implique des conséquences sociales.

 

2. LES ANNÉES 1976, 1977, 1978

Le maintien d'une CII solitaire n'est pas concevable ; le refus d’une fusion UNIDATA conduit inévitablement à une distension des liens de l'association et la CII aura de plus en plus de mal à conserver une véritable indépendance à moins de dépenses très importantes puisqu'il lui faudra se constituer progressivement l'équivalent de la charge de SIEMENS et PHILIPS dans le domaine de l’informatique moyenne et préparer seule l'avenir à long terme.

Les programmes techniques de SIEMENS et PHILIPS consacrés à l’informatique sont de l'ordre de 500 MF par an ; on voit que cette hypothèse conduit à un Plan Calcul d'un niveau extrêmement élevé.

Deux hypothèses sont donc envisagées ci-dessous : dans l’une, la fusion d'UNIDATA est exécutée le 1er janvier 1976 ; dans l’autre, on admet que l'opération HONEYWELL BULL est réalisée à la même date dans des conditions qui ont été exposées par ailleurs.

2.1 Hypothèse de la fusion d’UNIDATA :

- Un principe établi dès l'origine veut qu'aucun des trois partenaires d'UNIDATA ne dispose à lui seul de la majorité absolue en un point quelconque de l'association ; ce principe est toujours valable et il a été rappelé récemment au Conseil de l'association lorsque la fusion d'UNIDATA a été envisagée.

SIEMENS dont le poids avoisinait 50 % avant l’absorption de TELEFUNKEN, a bien des chances de se situer maintenant au-delà de cette limite, mais son Président, M. PLETTNER, a tenu à préciser qu'il ne souhaitait pas disposer de cette majorité absolue et qu'il était même prêt à laisser aux autres une part de 33 % s'ils voulaient investir les sommes correspondantes.

L'effort financier qui serait à faire pour ramener SIEMENS en deçà de la limite des 50 % serait pour la partie française de l'ordre de 300 MF.

Mais on peut considérer que le déséquilibre des participations à l'intérieur d'UNIDATA demeurerait encore trop grand pour que la société apparaisse véritablement comme un outil européen où les droits et les devoirs sont équivalents.

Dans un tel cas, il faudrait admettre que la France fait l'effort nécessaire pour porter la participation de la CII à l'intérieur d'UNIDATA au niveau de SIEMENS ; l'investissement en capitaux correspondant à cette majoration peut être évalué à 2.500 MF.

Les évaluations précédentes ont un caractère très hasardeux ; le patrimoine informatique de SIEMENS et PHILIPS est aujourd'hui imbriqué dans celui de l'ensemble de leurs activités ; on ne dispose d'aucun élément chiffré sérieux permettant de faire un calcul solide et les chiffres précédents proviennent d'approximations basées sur les effectifs, les chiffres d'affaires et le parc. Des erreurs considérables sont donc possibles. En outre, la comparaison du passif de SIEMENS avec celui de la CII met en valeur une grande dissymétrie en capitaux propres et réserves. La fusion est donc susceptible d'entraîner la nécessité, pour la CII, du remplacement d'importants capitaux d'emprunts par des capitaux propres venant alourdir largement ces évaluations.

 

- Par contre, le programme des besoins financiers nécessaires à l’activité d'UNIDATA au cours des trois exercices est plus facile à évaluer.

On peut considérer à priori que le Plan Directeur de la CII reste valable bien que l’intégration des moyens des trois partenaires soit de nature à apporter de sensibles économies.

Ces économies sont difficiles à apprécier aujourd'hui ; elles sont essentiellement de deux natures : encadrement et administration, dépenses techniques. Il est peu vraisemblable qu'elles se fassent sentir de façon appréciable dès 1976, mais elles risquent d'être sensibles en 1977 et 1978.

Rappelons que le Plan Directeur de la CII à prévu l’évolution suivante pour les trois exercices en cause :

    Valeur en MF HT  

Rubriques

1976

1977

1978

Marchés d’études

Subventions

Capitaux propres CII

Crédits FDES CII

CILOMI

294,3

80

70

50

130

314,9

 

50

60

130

336,9

 

50

60

110


 

L'abandon de la charge des X4-X5 envisagé au paragraphe 1 apporterait des économies dans les marchés d’études de l'ordre de 60 à 80 MF par an.

 

2.2 Hypothèse HONEYWELL BULL :

- Dans cette hypothèse, on doit tout d'abord évoquer les dépenses correspondant aux prises de participation prévues.

Le schéma envisagé comprend trois sociétés dont deux comporteront une participation française :
 -l'une, que l’on peut baptiser CII/BULL, couvre les moyens et le domaine commerciaux de la France et d'un certain nombre de pays étrangers (Afrique francophone, Pays Socialistes, Moyen Orient, Espagne, Portugal et peut-être Italie) ;
- l’autre couvre les moyens et le domaine commercial de tous les autres pays européens.

Dans la première, les capitaux français doivent détenir une participation de 51 %, dans la seconde, une participation de 49 %.
La demande actuelle d'HONEYWELL pour atteindre cette répartition se situe globalement à 500 MF, en plus de l'apport de la CII.

 

- Sur le plan de l'exploitation, il est difficile aujourd'hui de déterminer les besoins de CII/BULL pour les trois exercices en cause.

On peut supposer que les développements de la ligne de produits actuelle d'HONEYWELL BULL seront couverts par les ressources normales de la société, dans le cadre de la politique du groupe américain ; dans ces conditions, l'appui demandé aux Pouvoirs Publics français et aux actionnaires actuels de la CII est mesuré par rapport à l'effort entraîné par la poursuite des activités Plan Calcul.

Dans ces conditions, la pérennité du parc actuel de la CII ne peut être obtenue que par deux voies :

. Si des liens préférentiels peuvent être maintenus avec SIEMENS et PHILIPS, CII/BULL pourra fournir à l'ancienne clientèle de CII les mêmes produits que ceux dont elle assurerait la commercialisation si elle était restée dans le cadre d'UNIDATA.

Hypothèse peu probable, tout au moins dans son intégralité ; dans un tel cas, les besoins financiers de la CII restent en première analyse très voisins de ceux qui ont été envisagés pour la combinaison UNIDATA.

. Si par contre, les liens avec SIEMENS et PHILIPS se réduisent à peu de choses, CII/BULL devra, tout en renonçant à certains objectifs d'UNIDATA, compléter sa panoplie avec certains produits dont SIEMENS et PHILIPS avaient la charge.

Une telle évolution paraît probable et, par conséquent on doit admettre au départ que la solution HONEYWELL BULL exigera par rapport à la solution UNIDATA, des dépenses supplémentaires de l'ordre de 300 à 400 MF.

Comme dans la solution UNIDATA, on peut envisager des contreparties :

. Tout d'abord sur le plan des programmes, on peut admettre l'abandon de la continuité des grosses machines IRIS 80 et la mise au point pour les clients importants de la CII de moyens de conversion sur les grosses machines HONEYWELL. Alors que la suppression du X4 et du X5 ne peut qu'entraîner une réaction défavorable de la part des partenaires UNIDATA de la CII, une décision symétrique sera au contraire facile à faire admettre par le partenaire américain dans la présente solution.

 

. Par ailleurs, on doit admettre que la fusion CII/BULL est de nature à permettre des économies sensibles sur le plan industriel (abandon d'un centre de production), sur le plan du réseau commercial (intégration des deux réseaux) et sur le plan de gestion et de l'encadrement.

 

2.3 En résumé, pour cette période 1976-1978, les deux solutions se présentent de la manière suivante :

- Sur le plan des prises de participation, la solution HONEYWELL BULL demande une participation de 500 MF ; la solution UNIDATA coûte moins cher si l'on se contente du minimum nécessaire pour éviter une majorité absolue de SIEMENS (évaluation : 300 MF) ; elle coûte par contre plus cher que la solution HONEYWELL BULL si la France tient à disposer de 33 % d'UNIDATA (évaluation : 2.500 MF).

- Sur le plan de l'exploitation, les besoins en marchés d'études et subventions représentent 1.026 MF dans la solution UNIDATA alors que la solution HONEYWELL BULL exigerait vraisemblablement 1.376 MF, soit 350 MF de plus.

L'abandon de la famille X4-X5 est beaucoup plus aisé dans la solution HONEYWELL BULL que dans la solution UNIDATA car, dans cette dernière solution, la CII aura à rompre un engagement formel sur lequel ses partenaires comptent. Une économie analogue peut être espérée dans les deux cas.

Enfin dans les deux cas également, les économies de structures seront possibles et pourront réduire les chiffres précédents ; ces économies de structures seront peut-être plus facilement réalisées dans le cadre national de CII/BULL que dans le cadre international d'UNIDATA.

 

3. A PARTIR DE 1979

- En 1979, la totalité du catalogue UNIDATA sera sur le marché, catalogue complet et cohérent sur tous les plans du matériel et du logiciel.

Le chiffre d'affaires Equivalent Vente de la société UNIDATA devrait être de l'ordre de 7.000 MF, ce qui risque de représenter environ 7 % du marché mondial.

Même dans des conditions normales d'exploitation, un tel pourcentage paraît trop faible pour que la société UNIDATA puisse espérer vivre sans appui extérieur, mais l'industrie informatique se trouvera face à la nouvelle famille de produits IBM qui représentera sans aucun doute un tournant important en matière d'architecture, de technologie et de logiciel.

Il serait donc déraisonnable d'espérer voir UNIDATA poursuivre sa croissance par ses propres moyens. Deux conclusions s'imposent :

. L'appui des Gouvernements devra être poursuivi au moins jusqu'à la mise sur le marché de la deuxième génération UNIDATA, c'est-à-dire jusqu'en 1983-1984.

. UNIDATA devra rechercher un nouveau partenaire permettant de hisser sa part du marché au voisinage de la dizaine de %.

Cette deuxième conclusion peut donner quelques soucis ; le nouveau partenaire d'UNIDATA risque d'être Américain si la compagnie anglaise ICL devait renoncer à la politique européenne ; les conditions du rapprochement d'UNIDATA avec un partenaire américain seront à surveiller si l'on veut éviter que l'effort des Plans Calculs français et allemand ne vienne in fine enrichir l'informatique américaine.

- Dans l'hypothèse HONEYWELL BULL, on peut penser que les choses se présentent différemment. HONEYWELL, numéro deux mondial de l'industrie informatique, paraît pouvoir vivre sans soutien politique ; la création d'une société CII/BULL rapprochant le groupe américain des moyens et du marché de la CII, ne devrait pas être de nature à l'affaiblir.

On peut donc admettre qu'au terme des années précédentes, le Groupe HONEYWELL sera en mesure d'apporter à CII/BULL l'environnement nécessaire pour que cette société vive sans l'appui d'un Plan Calcul de la même façon que la société HONEYWELL BULL existe aujourd'hui.

On ne doit cependant pas accepter cette hypothèse comme un fait acquis ; certains bruits courent dans la profession sur des difficultés que rencontrerait HONEYWELL, société dont les dimensions sont relativement modestes et dans laquelle l'informatique occupe une place considérable.

Une défaillance d'HONEYWELL retirerait aux perspectives ci-dessus une bonne part de leur intérêt ; cependant, elle pourrait ouvrir, au cas où les Pouvoirs Publics souhaiteraient pousser l'informatique avec dynamisme, la possibilité de renforcer la position française.

octobre 1974 : Roumanie

- Foire Internationale de Bucarest : le stand de la CII à la Foire Internationale de Bucarest, du 13 au 22 octobre, traduisait la coopération qui s’est établie depuis cinq ans entre la Roumanie et la France. En effet, le terminal TL 15 installé sur le stand était relié, par l’intermédiaire d’une ligne téléphonique, à un ordinateur Félix C 256 du centre de calcul de l’Institut Central pour la Gestion de l’Informatique (ICI) de Bucarest. Les démonstrations en télétraitement, présentées par les roumains eux-mêmes, étaient tirées d’applications de gestion des entreprises mises au point par les spécialistes de l’ICI. Parmi les délégations reçues sur le stand, il y a eu une mission de la République démocratique allemande et une délégation polonaise de l’Union Mera.

L’accord de coopération que la CII a conclu avec la Roumanie a permis à celle-ci d’acquérir la licence Iris 50 ; cet ordinateur est maintenant fabriqué en série à Bucarest sous le nom de Félix C 256, et une quarantaine de systèmes sont installés.

 

novembre 1974: rencontre CGE / Honeywell. .

" Ed Spencer, nouveau président d’Honeywell, en visite à Paris, propose à CGE que l’ensemble de Bull (et non plus seulement la zone française) passe sous contrôle français. Une majorité française à 51 % serait obtenu par apport de la majeure partie de la CII et par le rachat à Honeywell de 17 % de Bull pour 50 millions de dollars. Mais il y met plusieurs conditions, à savoir : une aide publique pour la transition et, surtout, un contrat de management à Honeywell pour l’ensemble mondial. " 
Extrait du livre sur le colloque Unidata du 7 juin 1995, document 4 de J.P. Brulé, page 277

 

14 novembre 1974: conseil interministériel à l’Élysée. Ordre du jour : l’avenir de l’informatique française.

Pour bon nombre de ministres, notamment pour Jacques Chirac, ce conseil doit mettre un point final à cette " affaire ", donner l’imprimatur giscardienne à Unidata et relancer la coopération européenne.
Tel ne sera pas le scénario. A la sortie du conseil, Jacques Chirac dira : " " Le problème de l’informatique met en cause des intérêts considérables. C’est un problème complexe et tout commentaire serait actuellement prématuré. "

 

14 novembre 1974: télégramme de l’ambassadeur de France à Washington demandant des éclaircissements sur les contacts avec la société Honeywell.

Objet : participation éventuelle de la société Honeywell au Plan Calcul.

Depuis quelques jours parviennent à la mission scientifique de cette ambassade de nombreuses demandes de renseignements concernant une éventuelle participation de la société Honeywell au Plan Calcul, par l’intermédiaire de sa filiale française Honeywell-Bull. Elles sont formulées par des services du " Department of commerce " et par des firmes de l’industrie américaine de l’informatique.

Je serai reconnaissant au département de m’indiquer si un tel projet est effectivement envisagé, et de me mettre en mesure, le cas échéant, de répondre à mes interlocuteurs.

Je crois utile de signaler, à ce propos, que la majorité des experts financiers et techniques portent sur la situation d’Honeywell un jugement pessimiste. Leur opinion s’appuie sur les derniers résultats obtenus par cette société aux Etats-Unis (8,9 % du marché actuel, en diminution constante depuis la reprise des activités de General Electric dans le domaine de l’informatique) et sur sa rentabilité (2,5 % de marge bénéficiaire pour la branche informatique, inférieure à celle de tous les grands constructeurs de systèmes). L’acquisition, il y a cinq ans, du parc d’ordinateurs de General Electric, a amené Honeywell à louer et à vendre une gamme peu homogène. Depuis lors, cette société ne cesse d’éprouver des difficultés à affirmer son image de marque et à remettre en ordre une organisation disparate. Certains observateurs américains pensent qu’elle pourrait, à terme, abandonner comme l’ont fait General Electric et RCA ses activités en matière d’informatique.

KOSCIUSKO-MORIZET

 

21 novembre 1974 : message du ministre français, M. d’Ornano, à son homologue allemand, H. Matthöfer.

Cher Collègue,

Je vous remercie de l'invitation que vous m'avez adressée de me rendre à BONN prochainement pour reprendre nos entretiens sur un certain nombre de sujets d'intérêt commun.
Je partage avec vous le souhait de poursuivre ces échanges de vues qui favorisent une utile et nécessaire concertation dans les secteurs dont nous avons la charge.

Parmi les diverses questions que vous avez évoquées, je crois particulièrement opportun que nous retenions pour notre prochaine réunion les questions relatives à la coopération spatiale européenne et à l'informatique.
S'agissant de la politique spatiale le Gouvernement français a pris récemment d'importantes décisions qui concernent également aspects nationaux et internationaux. […]

En ce qui concerne l'informatique, j'ai pris connaissance, avec intérêt, des indications que vous n'avez communiquées par votre lettre du 24 septembre 1974 sur le niveau du soutien que le Gouvernement de la République Fédérale pourrait apporter à l'industrie de l’informatique.

Le Gouvernement français, pour sa part, attache toujours la même importance au développement d'une industrie informatique européenne.

Lors de notre précédente rencontre, je vous avais indiqué les raisons pour lesquelles je considérais que le fonctionnement des accords UNIDATA n'était pas satisfaisant.

Je demeure préoccupé par les conditions dans lesquelles est envisagé le rapprochement entre les trois associés ; il convient de définir soigneusement les principes qui devront être appliqués de façon à assurer un équilibre entre les activités qui seront exercées par chacun des partenaires, et à établir des procédures de décision permettant de respecter leurs intérêts.

L'octroi de l'aide du Gouvernement français suppose d’autre part la définition précise des perspectives financières d'UNIDATA, faisant apparaître, notamment, les moyens nécessaires pour réaliser une autre gamme commune de produits.

J'ai demandé à M. de l'ESTOILE, Directeur Général de l'Industrie à mon Ministère, qui a directement la charge du secteur de l'informatique, de prendre contact avec vos collaborateurs pour examiner toutes ces questions de manière approfondie avant notre prochain entretien.

Si votre emploi du temps vous le permettait, je serais heureux de vous rendre visite à BONN le 12 ou 13 décembre, mais il peut évidemment être convenu rapidement d’une autre date, selon votre convenance.

Je vous prie d’agréer, Cher Collègue, l’expression de ma considération distinguée.

 

26 novembre 1974: déclaration de Monsieur Barré, Président, aux représentants des principaux actionnaires de la CII au cours de la réunion du 26 novembre 1974. Cette déclaration est un véritable cri d’alarme sur la situation de la CII ; elle a fait, par ailleurs, l’objet d’une lettre personnelle au président du Groupe Thomson, M. P. Richard, en date du 21 novembre 1974.

Vous m'avez fait l'honneur de me confier en 1969 la charge de diriger la CII.

Ma nomination à la Présidence de cette société s'était faite à l'époque dans une atmosphère constructive ; les deux principaux actionnaires venaient de convenir d'un accord garantissant une politique informatique coordonnée ; les Pouvoirs Publics manifestaient leur détermination par l'établissement d'une Convention Plan Calcul fixant à la société des objectifs précis en lui donnant les moyens de les atteindre.

Dans ce cadre, la CII s'est développée selon le plan prévu ; l’expansion du chiffre d'affaires a été supérieure aux prévisions ; seule la dérive économique a pesé sur les résultats obtenus.

Cependant, l'application des directives de la Convention relatives à l'intégration de la CII à l'intérieur d'une structure européenne, a provoqué une détérioration continue de la situation de la société depuis deux ans.

Les hésitations des Pouvoirs Publics sur la politique à suivre ont porté de grands dommages à l'image de la CII dans sa clientèle, au moral de son personnel et à la confiance que lui portaient ses partenaires européens.

Six mois après la remise d'un Plan détaillé concernant les cinq ans à venir, les Pouvoirs Publics n'ont pas encore fait connaître leur position sur certains problèmes essentiels ; la CII, lancée sur une voie formellement confirmée par le Gouvernement en février 1974, s'engage chaque jour plus profondément dans des dépenses importantes, sans garantie d'obtenir les ressources correspondantes.

Au terme de l'exercice 1974, aucune disposition contractuelle n'existe plus entre l'État, les actionnaires de la CII et son pool bancaire ; l’importance des sommes en cause rend très incertaine la mise au point de telles dispositions avant la fin de l'exercice.

A ces graves soucis d'ordre financier, s'ajoute l'absence d'un choix sur l'évolution future de la CII, l'opportunité d'une fusion avec ses partenaires Unidata, ou le maintien d'une initiative nationale dans le cadre d’un rapprochement avec le Groupe Honeywell.

Bien plus, les positions que nous avons dû prendre sous la pression du Gouvernement au cours du dernier mois, nous placent dans une situation de faiblesse vis-à-vis de nos interlocuteurs dans l'une ou l'autre solution

La disparition de la Délégation à l'Informatique est intervenue au moment où un interlocuteur responsable était plus que jamais indispensable pour traiter des différents aspects du Plan Calcul.

Enfin, nous assistons à une rapide détérioration de la position commerciale de la CII ; de plus en plus nombreux sont les clients qui reportent la signature de leur commande en raison des inquiétudes que leur donne l'avenir de la CII.

La critique publique faite à la Chambre par le Ministre de l'Industrie et de la Recherche sur la qualité de l'après-vente de la compagnie n'est pas de nature à rétablir un climat de confiance. La CII a aujourd'hui plus de 2000 ordinateurs en clientèle et on ne voit pas sur quelles bases un jugement d'ensemble aussi préjudiciable a pu être établi alors que le Président du Cercle des Utilisateurs CII déclare ne pas avoir été consulté et ne pas partager cet avis.

 

La gravité de la situation est maintenant telle que j'estime devoir dégager ma responsabilité dans les évènements qui se préparent :

- L'exercice 1974 verra un déficit de l'ordre de 70 MF. Le budget 1975, à reprendre entièrement, sera sans nul doute déplorable. Dès maintenant il apparaît que, du fait des chutes de prises de commandes, le chiffre d'affaires en sera inférieur de près de 15 % à l'objectif du Plan Directeur.

- Siemens et Philips vont de l'avant sans la CII, prenant des dispositions favorables à leurs seuls intérêts. On ne doit pas se cacher que ces mesures seront irréversibles.

- Assistant ainsi à la dégradation profonde de la position française dans Unidata, nous n'avons même pas pu étudier avec Honeywell l'autre possibilité qui s'est offerte.

Le propre de l'industrie informatique, du fait des problèmes de continuité des logiciels, est de ne pouvoir subir de brusques altérations dans la politique de produits. La situation actuelle de la CII est le résultat direct de la politique voulue par les Pouvoirs Publics. Un changement de direction aurait nécessité des mesures aussi précoces que possible, des précautions préalables et des investissements particuliers. J'avais attiré l'attention sur le risque qu'encourrait la CII au cas où des décisions rapides et claires tarderaient.

Le mal est maintenant fait ; les décisions attendues, quelles qu'elles soient, déboucheront sur des perspectives très difficiles. Il est nécessaire que toutes les parties intéressées au Plan Calcul en aient conscience.

Dans cette grave situation, j'estime ne pas pouvoir apporter aux actionnaires de la CII les garanties qu'en d'autres circonstances ils seraient en droit d'attendre de moi sur la conduite et les résultats futurs de la société.

Michel BARRÉ

28 novembre 1974: note de M. Barré à MM. Gaudfernau et Dubourg sur UNIDATA.

Le télex du 20 novembre de M. GASTAMBIDE apporte une nouvelle preuve des conséquences commerciales des délais apportés par le Gouvernement français à prendre une position officielle et de la façon dont SIEMENS exploite la situation à son profit.

Je tiens à vous exprimer très fermement la position suivante qu'il vous appartient d'expliciter vis-à-vis des ingénieurs commerciaux et des Directeurs de nos filiales :

Le Gouvernement attache une importance prioritaire au développement de l'informatique française ; les discussions actuelles accompagnent la construction d'une nouvelle Convention Plan Calcul qui pose de nombreux problèmes de structure et de financement ; contrairement à ce qui peut être lu dans les journaux, l'existence de la CII, sa vocation et son développement n'ont jamais été mis en cause.

Le problème posé depuis six mois aux Pouvoirs Publics concerne l'opportunité d'une fusion des moyens UNIDATA dans une société commune, formule souhaitée par nos partenaires mais dont les implications politiques évidentes nous empêchent de répondre sans une prise de position officielle des Pouvoirs Publics. Les débats touchant cette question de fond interviennent au moment où la construction d'une nouvelle Convention soulève des questions de structure de capital qui mettent en jeu de nombreux intérêts.

Quelles que soient les solutions qui seront finalement retenues, on peut être assuré, sans aucune hésitation, que l'informatique française restera soutenue avec détermination par les Pouvoirs Publics, qu'elle recevra les aides nécessaires et qu'elle devra continuer à se développer énergiquement.

On ne doit pas admettre de la part de nos partenaires des infractions manifestes à la lettre ou à l'esprit de l'accord UNIDATA sous prétexte que nous paraissons vouloir nous en écarter.

Aucun geste, aucune démarche de la CII ne permet à nos partenaires depuis juillet 1973 de reprocher à la CII une opération contraire à l'accord UNIDATA ; il n'en est pas de même de leur part, tout-au-moins de SIEMENS.

En conséquence, les responsables commerciaux de la CII comme d'ailleurs les autorités de la société qui participent aux Comités doivent lutter avec énergie contre les empiétements de SIEMENS ou de PHILIPS.

M. GAUDFERNAU, Directeur des Affaires UNIDATA de la CII devra, à partir de maintenant souligner toute manœuvre contraire à nos intérêts sous la forme d'une lettre rédigée en accord avec la Direction Financière et Juridique qui devra entretenir un dossier à jour de tous les éléments touchant ces évènements.

 

29 novembre 1974: nouvelle réunion à l’Élysée.

Ce conseil répond à deux objectifs : rassurer la clientèle et le personnel de la CII légitimement inquiet. Donner à Michel d’Ornano le feu vert pour mener une double négociation : l’une avec Unidata, l’autre avec Honeywell. En outre, on insiste pour qu’une éventuelle fusion CII-HB soit compatible avec la poursuite d’Unidata.

Sur ces deux points, le communiqué officiel reste muet. Il se contente d’indiquer que " le président de la République a décidé ce matin que la France poursuivrait l’effort industriel entrepris dans le domaine de l’informatique et y consacrerait les moyens. Il a marqué l’importance particulière qu’il attachait au développement des applications de l’informatique dans la société française. Il a demandé à M. d’Ornano de mener les actions nécessaires dans ces deux directions. Un nouveau comité interministériel aura lieu avant la fin de l’année. "

 

décembre 1974: éditorial du Président Barré dans actualités CII de décembre.

Au cours de l'année 1974, on a beaucoup parlé de CII dans ta presse, dans l'Administration, dans le monde des affaires, dans le public. On a pu trouver bien des choses dans cette actualité permanente : beaucoup de nouvelles à sensation, de prophéties fantaisistes, de jugements politiques, mais aussi beaucoup de commentaires encourageants.

Pour nous, l'actualité de tous les jours, est l'immense travail technique, industriel et commercial qui se poursuit sans relâche dans les laboratoires, les usines et les bureaux de la Compagnie. C’est l'installation chez nos clients de systèmes éprouvés et utiles.

CII a la santé nécessaire pour résister à des climats difficiles. Que nos amis et clients nous fassent donc confiance pour 1975. Nous leur offrons bien sûr tous nos vœux, mais nous les assurons aussi de la poursuite déterminée de notre effort à leurs côtés, du développement constant de nos activités pour des produits et un service toujours meilleurs. Notre Compagnie a tout ce qu'il faut pour cela, les hommes, le potentiel technique et industriel, et l'appui de la politique des Pouvoirs Publics, dont ceux-ci viennent à nouveau de confirmer la pérennité.

Michel BARRÉ

 

3 décembre 1974 : lettre de M. Barré à Monsieur de l’Estoile, Directeur Général de l’Industrie.

Monsieur le Directeur Général,

Il m'a paru nécessaire, avant votre prochaine rencontre avec M. GUNTSCH, de rassembler dans le document joint les points principaux qui séparent actuellement SIEMENS et CII.

Dans un premier mémorandum, vous trouverez la liste des griefs que la CII peut adresser à son partenaire allemand dans les domaines techniques, commerciaux et économiques.

Dans un deuxième mémorandum, nous nous sommes efforcés de rechercher les griefs que SIEMENS était susceptible de nous adresser et nous y avons joint les commentaires expliquant l'origine des faits qui pourraient nous être reprochés et ramenant ceux-ci à leur véritable dimension.

Nous avons pu constater au cours du premier semestre, à l'occasion des négociations concernant l'intégration de TELEFUNKEN dans UNIDATA, l'importance des points de vue de SIEMENS dans l'attitude de M. GUNTSCH ; il est à craindre que celui-ci se fasse l'avocat inconditionnel de la société allemande et s'efforce de démontrer que les torts sont également répartis.

Même si le dossier ci-joint ne suffisait à vous convaincre du contraire, il est un élément susceptible de faire apparaître clairement la détérioration de la position française provoquée par les dispositions prises par SIEMENS : il s'agit du Plan UNIDATA.

Ce Plan a été établi en début d'exercice sur les bases de l'accord de juillet 1973 ; la CII en a tiré un Plan Directeur soumis aux Pouvoirs Publics en mai et juin 1974.

SIEMENS a récusé ce Plan estimant qu'il faisait montre de résultats trop défavorables et son Président a demandé deux mois pour procéder à une enquête interne et aux économies nécessaires.

Nous ignorons si la société allemande a procédé aux économies annoncées mais il est certain que les mesures prises se traduiraient aujourd'hui par un profond changement des résultats du Plan UNIDATA, ceux de la CII se trouvant détériorés au bénéfice de ceux de SIEMENS.

Du fait du refus de nos partenaires de mettre en chantier un nouveau plan financier avant la création d'un commandement centralisé, nous ne sommes pas en mesure de calculer le transfert de pertes que ferait apparaître un nouveau plan.

On peut cependant être assuré que le Plan Directeur de la CII est de ce fait complètement périmé et que l'acceptation des mesures prises par notre confrère allemand conduirait à des portes très lourdes.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur Général, l'assurance de ma considération distinguée.

Fiche numéro 1

ANALYSE SOMMAIRE DES INFRACTIONS REPROCHÉES PAR CII A SIEMENS

  1. Politique de produits

    Pour mémoire, il convient de rappeler les infractions suivantes qu’il serait vain d’espérer redresser aujourd’hui :

    - Absence complète de vente de matériel Iris 80 en Allemagne alors que la CII a vendu en deux ans 45 systèmes 4004 allemands.

    - Réalisation par Siemens de l’ordinateur X1 non conforme aux spécifications prévues, incapable d’assumer la continuité des programmes Iris sans frais de conversion.

    - Refus de la part de Siemens et de la part du Gouvernement allemand de donner à la partie française les garanties demandées par elle pour la reprise des activités informatiques de Telefunken par Siemens.

    Par ailleurs, les infractions suivantes sont nées au cours des derniers mois :

    - Commercialisation par Siemens d’un X3 dégradé pour remplacer le produit X2 dont CII a la charge. Une telle décision diminuerait de quelques 60 % la production française sur ce produit.

    - Préparation d’un X3 biprocesseur susceptible sinon de remplacer le X4 réalisé par CII mais appelé sans aucun doute à réduire de manière importante les débouchés de celui-ci.

    - Développement d’un logiciel de base BS 2000 d’origine RCA faisant double emploi avec un logiciel de haut niveau en cours d’étude par CII, mais n’assurant pas la continuité des programmes Iris 80 d’où : duplication des dépenses et maintien d’une dualité dans le catalogue contraire au principe d’Unidata.

    - Refus d’achat des disques 100 Mo à CII et commandes passées intégralement à Control Data.

    - Absence de commande Siemens à CII pour les disques 200 Mo mis au catalogue depuis plusieurs mois.

    - Développement par Siemens de disques 140 Mo à partir du disque 70 Mo, faisant ainsi concurrence au 200 Mo de CII.

    - Programme d’étude de Siemens dans le domaine des disques à haute performance, domaine où seule CII était introduite au moment de l’accord.

    - Développement de dérouleurs de bandes magnétiques à basse vitesse à partir d’un dérouleur à haute vitesse alors que CII développe depuis l’origine un dérouleur basse vitesse spécialisé pour Unidata.

     

     

  2. Politique commerciale

    Siemens s’efforce de conserver le contrôle de son réseau commercial et de s’assurer celui de ses partenaires ; pour ce faire, la société allemande tend aux mesures suivantes :

    - L’accord Unidata prévoit la mise en commun, dans une holding internationale, de toutes les participations des partenaires dans les filiales étrangères qui doivent être fusionnées pays par pays.

    Siemens pousse à la fusion des filiales étrangères de chacun des partenaires chaque fois que, du fait de son poids, il est assuré d’être sinon majoritaire, tout au moins le plus gros actionnaire de la filiale ; la holding internationale n’a reçu aucune participation malgré les demandes de la CII ; les partenaires restent donc directement actionnaires des filiales étrangères qui n’acquièrent pas, de ce fait, un caractère véritablement Unidata, mais conservent la coloration nationale du plus gros actionnaire, c’est-à-dire Siemens.

    - Toute organisation commerciale commune dans des pays où Siemens n’est pas assuré d’avoir un poids prédominant, se heurte à des obstacles continuels qui rendent impossible sa mise au point (Espagne, Pays de l’Est).

     

  3. Politique économique

     

Profitant des dispositions prises en matière de produits et en matière commerciale, comme il est indiqué plus haut, Siemens tient à introduire dans les règles économiques d’Unidata des principes qui lui sont favorables :

- Introduction de règles différentes en matière de calcul des prix de cession réciproques suivant qu’il s’agit de produits susceptibles d’être acquis à des tiers au niveau OEM ou non, alors que l’accord Unidata prévoyait en règle générale l’utilisation d’un prix de cession calculé par application d’un coefficient au prix vente du marché.

Il s’ensuit une négociation cas par cas des prix de cession des produits qui favorise Siemens, celui-ci disposant, comme il est dit plus haut, d’une panoplie de remplacement qui lui permet de faire pression sur les prix de ses partenaires.

- Siemens s’est refusé à deux reprises à accepter les conclusions du Comité des Directeurs Financiers d’Unidata cherchant à définir une règle pour protéger chacun des membres de l’association contre es variations brutales du taux monétaire en cours d’exécution des marchés. Siemens s’en tient à la notion que les prix de cession sont chiffrés dans la monnaie du producteur, ce qui est susceptible d’introduire d’importantes pertes pour la CII, compte tenu du taux d’inflation plus grand en France qu’en Allemagne.

 

Fiche numéro 2

GRIEFS FORMULÉS CONTRE CII

 

Au-delà des points précis évoqués ci-dessous, Siemens pense a priori que l'accord Unidata, dans sa structure actuelle n'est pas viable économiquement et reproche à CII de vouloir s'en tenir à des dispositions préjudiciables à ses intérêts.

En outre, Siemens a clairement indiqué, son intention de faire évoluer cet accord et reproche à CII de freiner cette évolution. CII a en effet refusé certaines propositions (commandement centralisé par exemple) tant que les principes et les dispositions de l’accord Unidata n'ont pas été respectés ou mis en œuvre,

La position de CII consiste à faire valoir que des modifications seraient inopportunes dès lors que les principes ne sont pas respectés et qu’aucun effort réel n'a été fait pour les mettre en œuvre.

1 - CONTEXTE ENTOURANT LA CII

- Par son article 5.7, l'accord Unidata n'entre en vigueur qu'à l'obtention des approbations gouvernementales.

A la suite de la prise de position du Ministre de, l'Industrie, à fin octobre 1973, il a fallu informer Siemens et Philips que l'approbation donnée en juin par les Pouvoirs Publics ne devait pas être considérée comme définitive.

Les partenaires de CII, à plusieurs reprises et jusqu’en février 1974, lui ont demandé de leur indiquer si oui ou non l’approbation formelle par le Gouvernement français avait été obtenue.

Siemens a eu l'impression que CII utilisait ce retard pour repousser certaines prises de décision.

– La situation entourant actuellement le renouvellement de la Convention Plan Calcul a malheureusement accru cette impression et a conforté Siemens dans la volonté d’acquérir une position d’indépendance vis-à-vis de CII, laissant entendre clairement que des mesures urgentes s'imposaient au niveau Unidata qui ne pouvaient pas attendre que la situation de CII soit définitivement éclaircie.

- Vis-à-vis de la presse, les partenaires de CII lui reprochent de ne pas contrôler les informations diffusées et insistent pour mettre en place un organisme unique, porte-parole d'Unidata, indépendant de CII.

- Enfin Siemens nous reproche maintenant de détériorer l'image de marque Unidata et d'affecter ainsi les prises de commandes Siemens en Allemagne et à l'étranger.

De plus, l'incertitude actuelle sur CII, fait peser, selon eux, un risque pour Siemens, certains très importants clients allemands ayant retenu des X4, X5, menaçant de renvoyer les machines actuelles 4004.

 

2 – RETARDS X4 X5

Dans les premiers accords entre CII et Siemens, il était prévu que CII réaliserait le haut de gamme X. En juin 72, Siemens a indiqué à CII que les plannings préparés n'étaient pas satisfaisants et a demandé à CII de s'engager sur des spécifications et un planning accéléré de six mois du modèle X4.

CII a alors pensé pouvoir s'engager sur ces demandes, les engagements ont été formalisés dans un subagreement signé le 18 juillet 72.

Le planning prévoyait la livraison de la première avant série à Siemens en septembre 75 et le début des livraisons de série début 76.

En fait, pour des raisons purement techniques, CII a dû allonger son délai et a informé Unidata en mi-73 d'un premier glissement de 7 mois puis en mars 74 d'un deuxième glissement de 5 mois conduisant au planning actuel décalé de 12 mois sur le subagreement initial.

Les éléments techniques sont une sous estimation du volume de la logique pour réaliser une machine multicode avec le mode maître X et une sous estimation de la complexité de mise en œuvre de la nouvelle technologie.

Il faut mentionner que :

- CII a cherché à obtenir une assistance tant de Philips que de Siemens pour diminuer ce retard (sans obtenir de réponse positive),

- hors de tout autre problème technique, le calendrier au plus tôt, tenant compte de la date de livraison par Siemens des canaux (communs à X3 et XI) aurait eu un décalage de 7 mois sur celui du subagreement.

Il convient de noter que parallèlement, Siemens, sur la machine X1, a pris 6 mois de retard (juillet 74 à janvier 75), alors que X1 est cinq fois moins important que X4 et que le projet était bien avancé lors la prise des engagements (annonce 4004/220).

 

3 – IRIS 42

Philips et à moindre degré, Siemens, nous ont reproché la commercialisation de l'Iris 42 qu'ils disent être concurrent du 7720 et éventuellement du 7730.

Les raisons qui ont amené la CII à commercialiser l'Iris 42 sont :

1 . Le manque de compatibilité IRIS sur 7730,

2 . L'absence à court terme de matériel téléinformatique connectable au 7720.

3 . Les retards de livraison de 7720 et 7730 en 1975 par rapport aux plannings exposés.

Il est à noter que l'Iris 42 est un ensemble composé d'un IRIS 45 équipé de périphériques en retour du parc, à un prix attractif. Ce système n'a jamais été annoncé publiquement et ne constitue pas, en fait, un produit nouveau. Le but recherché est d'assurer un certain nombre d’extensions du parc IRIS, pour lesquels la compatibilité totale Iris est un impératif.

 

4 - MANQUE DE MOYENS TECHNIQUES DE CII SUR UNOS 3

Siemens a reproché à CII de se consacrer beaucoup trop au développement d'IRIS 80 et de son logiciel au détriment d'X4 X5. Le délai tardif d'aboutissement de UNOS 3 proposé par CII est dû en partie aux versions intermédiaires de SIRIS 8, uniquement valables pour IRIS 80, et à SIRIS 8X nécessaire pour CII dès la sortie de X4 X5 pour assurer la continuité de la clientèle IRIS 80. Il est certain que des moyens CII plus importants seraient peut-être de nature à faciliter l'adoption par Siemens de l'UNOS 3 issu de SIRIS 8, à la place du projet UNOS 2/3 (BS 2000) comme évoqué dans la fiche précédente.

De plus, il serait possible de mener en parallèle UNOS 3 par des équipes communes Siemens/CII.

 

5 – COMMERCIALISATION PAR CII DES X3 (7750)

La CII avait laissé, entendre qu'elle commencerait la commercialisation du 7750 dès l'annonce publique et qu'en conséquence elle commanderait à Siemens environ 13 ordinateurs 7750 pour livraison en 1975. Par la suite, CII s'est rendu compte que pour plusieurs raisons il fallait décaler la commercialisation de cet ordinateur d'environ un an, et 3 7750 seulement sont commandés à Siemens pour 1975.

Ces raisons sont les suivantes :

a) Nécessité de vendre en France davantage d'IRIS 80 que prévu en raison de la défaillance de Siemens en Allemagne qui avait prévu d'en vendre 10, d'où la nécessité pour CII d'assurer les charges industrielles et l'épuisement de ses lancements.

b) Accroissement trop rapide des charges commerciales et de support en 1975 en raison du lancement trop rapproché des unités centrales 7000 et du renforcement de l'activité IRIS 80.

c) Manque de cohérence de la politique en logiciel surtout sensible au niveau 7750.

Nota : A la réduction des commandes 7750 par CII, Siemens répond par une menace de réduction des X2 (7740), ce qui va en aggravant la situation et confirme le désir de Siemens de poursuivre la commercialisation du 7750 dégradé en privant ainsi CII de toute commande.

 

6 – FAIBLESSE COMMERCIALE DE CII ET STAGNATION DU PARC 4004

Siemens reproche à CII sa faiblesse commerciale en France et sa limitation en matière d'investissements commerciaux. La chute des commandes clients CII en 1974, accentuée par les événements récents (suppression de la Délégation à l'Informatique, rumeurs sur l'avenir de CII, etc.) a renforcé encore les bases de ce reproche.

De plus, Siemens s'inquiète de la diminution des prises de commandes 4004 et des dangers de retour 4004.

Ce reproche est dans une large mesure injustifié car la situation du 4004, due à son âge, est comparable en Allemagne malgré l’image de marque Siemens. En outre des annonces prématurées de produits intermédiaires 4004/220 230 ont donné lieu à des retards de livraison très importants de la part de Siemens mettant CII en difficulté auprès de sa clientèle.

 

7 – OPPOSITION A LA COORDINATION COMMERCIALE PAR SIEMENS

Aux termes de l'article 1.2.4.4. de l'accord, une "coordination" de l'activité d'Unidata dans les domaines "Plans et Programmes", "Finances" et "Commercial" devait être assurée par les directions des compagnies Unidata Management en France, aux Pays-Bas et en Allemagne respectivement.

Si effectivement la coordination "Plans et Programmes" - domaine technique - a été dans une certaine mesure assurée par les représentants français (sans pour autant pouvoir bloquer les initiatives de Siemens pour mener sa propre politique en matière de produits) la coordination commerciale par Siemens s'est révélée agressive et à sens unique, visant la main mise de Siemens sur le réseau (y compris la France) et favorisant la commercialisation des produits allemands. De ce fait, cette coordination a été souvent bloquée par les représentants français en raison du contexte général évoqué par ailleurs.

 

8 - ESPAGNE - ITALIE

Siemens impute à CII le retard dans la constitution des sociétés locales de vente en Italie et en Espagne, avec mise en placé d’équipes commerciales communes.

- En Italie, en raison des incertitudes sur le suivi. du parc IRIS et la vente des produits CII, aucune démarche juridique n’a encore été entreprise par CII pour fusionner CII Italiana dans Unidata SPA (Ex Siemens Data) comme cela avait été décidé en janvier 1974, alors que les démarches préliminaires ont été déjà effectuées par Philips.

– En Espagne, en raison du désaccord entre CII et Siemens sur les pouvoirs dans la société, Siemens refusant au Directeur Général (ex CII et accepté en commun) tout pouvoir d'agir sans contresignature des représentants Siemens ou Philips, le mettant sur un pied d'égalité avec ses subordonnés. La situation est au point mort depuis fin janvier 1974 et ne peut se résoudre qu’en acceptant pratiquement le point de vue de Siemens.

 

Fiche numéro 3

 

MESURES POUR LA REMISE EN ORDRE D'UNIDATA

 

Avant tout aménagement de l'accord en direction d'une intégration plus grande, la CII estime qu'il est essentiel que des mesures immédiates soient prises par les partenaires pour rétablir certains des principes fondamentaux de l'accord Unidata, rétablissant un équilibre explicitement mentionné dans les textes.

Dans un second temps, des mesures visant la situation à moyen terme devront être adoptées. En même temps, des aménagements à l'accord, destinés à donner une efficacité plus grande aux activités informatiques des partenaires seraient à étudier dans le contexte de la politique d'ensemble à long terme que définiront les Gouvernements et les Actionnaires.

Seules les mesures immédiates sont brièvement énumérées ci-après. Elles visent surtout à un rééquilibrage des échanges entre les partenaires.

1. Stricte limitation des livraisons de X3 dégradés et abandon de toute commercialisation de ce produit autre, que celle autorisée au titre du document CII - Siemens signé à ce sujet.

2 Commercialisation de X2 par les partenaires en stricte conformité avec le produit développé par CII au titre de l'accord. Matérialisation par une commande ferme immédiate réellement conforme aux prévisions.

3. Engagement ferme de Siemens sur X4 X5 impliquant :

- l'arrêt de la commercialisation du X3 biprocesseur

- un engagement ferme de ne pas réaliser de machine concurrente (incertitude sur l’activité de Telefunken).

4 Adoption d'une politique commune en logiciel de base visant un système d'exploitation de haut niveau unique dont la réalisation des modules essentiels serait répartie entre les partenaires.

5. Commande immédiate de disques MD 200 à CII en application des accords passés.

6. Adoption d'une politique commune sur les bandes magnétiques planifiées (PENA 30, MG5) accompagnée d'engagements d'approvisionnements exclusifs réciproques.

7. Conclusion d'un accord de répartition sur les disques magnétiques comportant une allocation précise des domaines et des produits (clause explicite dans l'accord).

8. Règles économiques garantissant :

- des principes de prix de transfert mettant fin aux discussions de type "clients-fournisseurs" sans critère économique précis.

- la couverture des risques de change.

9.Fusion des organisations commerciales :

- mise en œuvre des dispositions de l'Accord sur le transfert des participations à la Compagnie holding,

- fusion des filiales en Italie, Espagne dans le respect des intérêts des partenaires.

 

 

décembre 1974 : mémorandum de M. Barré pour une visite de M. de l’Estoile à M. GUNTSCH (complément à la note du 3 décembre ?).

ÉVOLUTON D’UNIDATA – CONFLITS SIEMENS – CII

     

  1. A la suite de l’accord Unidata de juillet 1973, les trois partenaires ont mis en chantier un plan financier 1974 – 1978 qui a été achevé en mai 1974.

     

Ce plan, établi selon les prescriptions de l’accord, sans idées préconçues sur les résultats qu’il ferait apparaître, a fourni :

- Des résultats attendus par Philips et CII, soit :

Pour Philips, une situation stable montrant un niveau de pertes régulier,

Pour CII, une situation conforme aux prévisions du Plan Directeur : lourds besoins en 1975 et amélioration progressive ensuite.

- Pour Siemens, des résultats plus mauvais s’aggravant fortement en fin de période.

M. Plettner, Président de Siemens, a récusé le plan et demandé un délai pour prendre des mesures économiques permettant de rétablir un état de choses inacceptable pour la société allemande.

 

2. En juin 1974, avant que les conclusions de M. Plettner aient été connues, Siemens et Philips concluaient qu’une amélioration des résultats d’Unidata ne pourrait être obtenue sans la création d’un Commandement Centralisé commun. A leur avis, seul un tel organisme serait en mesure de dégager une politique et des mesures énergiques aptes à obtenir une exploitation satisfaisante d’Unidata ; la reprise du Plan Unidata devrait donc être subordonnée et confiée à ce Commandement Centralisé.

CII, faisant remarquer qu’une telle mesure n’entrait pas dans les stipulations de l’accord Unidata et qu’elle ne pourrait conduire qu’à une intégration progressive menant à une fusion, s’est refusée à accepter le Commandement Centralisé sans l’approbation des Pouvoirs Publics. Siemens et Philips firent alors une pression considérable sur la CII pour qu’elle fournisse une réponse avant la fin du mois d’août, ce qui ne s’est pas révélé possible.

 

3. Dès la rentrée des vacances, il est apparu que Siemens durcissait sa position sur un certain nombre de points litigieux et, surtout, que Siemens s’engageait sur une politique favorable à ses intérêts, sans égard pour les prescriptions de l’accord Unidata et sans tenir compte des conséquences de cette politique pour ses partenaires.

En fait, tout se passe comme si Siemens, perdant toute confiance en Unidata, avait décidé de ne se préoccuper que de ses propres intérêts, tirant parti des mesures prises dès décembre 1973 devant les incertitudes de la position française, pour se donner les moyens de s’affranchir des contraintes imposées par l’accord.

C’est ainsi que :

- sur le plan des produits, Siemens a pratiquement développé un catalogue de remplacement aux produits dont CII avait la charge,

- sur le plan commercial, Siemens a bloqué toute évolution lui faisant perdre le contrôle direct de son action,

- sur le plan économique, Siemens, fort des solutions de remplacement qu’il a développées, s’en tient à des dispositions déséquilibrées qui le favorisent.

On doit, en effet, comprendre que l’accord Unidata constitue un tout homogène dont les avantages, pour chaque participant, sont compensés par des contraintes.

Les décisions de Siemens ont, toutes, été orientées vers une distorsion des échanges qui se traduisent par l’amélioration de la position allemande au détriment de la CII.

Un nouveau Plan Unidata montrerait aujourd’hui une grande aggravation des résultats CII, sans aucun doute au bénéfice de ceux de Siemens.

 

4. Philips occupe dans Unidata une position à part ; chargée de l’informatique de bureau, la société hollandaise a la charge d’une activité spécifique, accolée mais distincte de l’informatique moyenne. Dans ce dernier domaine, Philips se borne à l’étude et à la fourniture du produit bas de gamme, sans grande ambition sur sa commercialisation.

Philips est donc peu engagé dans le conflit CII – Siemens, mais aurait tendance à s’associer au plus puissant.

Cependant, dans l’état actuel du conflit, Philips vient de constater à l’occasion d’un effort de rapprochement bilatéral avec Siemens, en dehors de la CII, que la société allemande cherchait, de son côté également, à obtenir une amélioration de sa situation au dépens de son partenaire.

Les rapports Siemens – Philips paraissent, de ce fait, au point mort et il semble probable que la société hollandaise attendra de savoir l’issue du conflit Siemens – CII pour prendre position.

 

5. Au cours de la réunion du 9 décembre, devant les demandes insistantes de la CII, Siemens a accepté d’étudier une par une les protestations françaises et de donner une réponse ferme à chacune d’entre elles, précisant clairement ses intentions.

Par ailleurs, il semble que MM. de l’Estoile et Guntsch, lors de leur réunion du même jour, sont tombés d’accord pour demander aux industriels d’Unidata l’établissement de deux plans financiers, l’un dans le cadre de l’association actuelle, l’autre dans la perspective d’une fusion des trois partenaires.

Ces travaux pourront être entrepris dès que Siemens aura fait connaître sa position définitive sur les revendications de CII ; ils en tiendront donc compte et feront clairement apparaître, par comparaison avec le Plan Unidata de mai 1974, la détérioration des résultats de CII découlant des infractions de Siemens à l’accord.

On notera enfin que le représentant de Siemens, au cours de la dernière réunion, a tenu à préciser que la société allemande, seule maîtresse de ses décisions économiques, ne pourrait exécuter des directives du Gouvernement allemand contraire à ses intérêts.

décembre 1974 : une mission officielle comprenant le directeur général de l’industrie, son adjoint pour l’informatique et un membre du cabinet de l’Industrie se rend à New-York pour rencontrer les dirigeants d’Honeywell.
 Cela veut dire :

1 – que le gouvernement a donné son feu vert à la négociation,

2 – que les membres de l’ex-délégation en sont exclus. De fait, on ne les verra plus jamais apparaître, et c’est une erreur qui a sûrement contribué à en faire des ennemis irréductibles des accords.

Devant la montée des rumeurs, un communiqué de presse est publié : il confirme que des contacts ont eu lieu mais sans conclusion à ce jour.

Nota : extrait du communiqué de J.P. Brulé, lors du colloque Unidata : document 4, page 277 du livre.

Dans le livre French Ordinateurs, cette visite est relatée ainsi :

" Hugues de l’Estoile reprend son bâton de pèlerin. Sa tâche : sonder les cœurs d’Honeywell et de nos partenaires d’Unidata. Au cours de la première semaine de décembre, il prend l’avion pour les Etats-Unis. Officiellement, il doit se rendre à New-York pour tout autres problèmes que l’informatique. Officieusement, il fait un saut à Minneapolis, au siège d’Honeywell. C’est le premier contact officiel entre l’administration française et le groupe américain. Le directeur général de l’Industrie doit vérifier si les dernières propositions d’Edson Spencer formulées à Ambroise Roux et Georges Pébereau sont bien exactes. Elles le sont partiellement. Ses interlocuteurs américains confirment qu’ils sont prêts à céder la majorité, soit 51 %, dans Honeywell Bull. Ceci sans contrepartie, sauf un petit point apparemment de détail : en aucun cas, la société issue de la fusion entre la CII et Honeywell Bull ne reprendra l’usine de Toulouse. "

 

11 décembre 1974: note de F. Sallé à MM. Barré et Gaudfernau.

OBJET : Note concernant la ligne HONEYWELL-BULL

La ligne annoncée par HONEYWELL-BULL (ligne 60) est, en fait, constituée de quatre segments qui sont non compatibles au niveau machine et ont leur propre OS.

La plus surprenante de ces incompatibilités est celle qui existe entre le modèle 64, développé par HONEYWELL-BULL (et qui est, en fait, le seul élément vraiment nouveau) et le haut de gamme qui est l’ancienne série 6000 de HONEYWELL conçue par G.E., en 1961, et annoncée, en 1964, au niveau 600.

Le plan initial prévoyait le développement, à Boston, d'un haut de gamme compatible avec le 64, l'OS commun correspondant étant aussi développé aux USA. Or, lorsque les activités de Boston ont été transférées à Phœnix, la décision a été prise de stopper le haut de gamme nouveau et de se reporter sur le 6000 et son OS GECOS III, ceci, en tenant compte du succès plus grand que prévu du 6000.

BULL, de son côté, a décidé de ne pas stopper son 64 ; il a repris le développement de l’OS démarré à Boston et lui a fait certaines modifications d'interfaces pour lui donner un air de parenté avec GECOS. Cet OS nouveau, qui a été baptisé commercialement CEGOS, ne semble toujours pas être capable de démonstrations, ayant souffert de retards et difficultés très importants (le modèle 64 n'a pas été annoncé aux USA).

Quant au 3ème segment, machine nouvelle faite par OLIVETTI en successeur du 100, elle n'est compatible, ni avec l'ancien 100, ni avec le 64. Elle a aussi son propre OS nouveau.

Enfin, le 4ème segment n'est autre que le GE 58 qui n'a aucune parenté avec le reste de la gamme.

En un mot, cette gamme n'est qu’une collection de quatre segments non compatibles, ayant chacun leur propre software.

16 décembre 1974: Michel d’Ornano et Hans Matthöfer se penchent à nouveau sur le dossier Unidata. Ils demandent officiellement à Unidata d’établir deux plans financiers détaillés à cinq ans.

décembre 1974 : rapport (non daté) contractuellement prévu par le Plan Calcul sur le déroulement de l’activité de la CII de 1970 à 1974, destiné à préparer le programme de 1975 laissé en blanc dans la Convention et qui restera en blanc !

Nota : nous avons situé ce rapport en décembre, faute de date.

Rapport sur l’exécution de la 2ème Convention Plan Calcul

 

La deuxième Convention Plan Calcul fixait à la CII des objectifs généraux de croissance et définissait les moyens financiers mis à sa disposition à cet effet.

A la fin de l’année 1974, dernière année pour laquelle des éléments chiffrés figuraient dans la Convention, on peut mettre en évidence que les objectifs assignés ont été atteints dans le cadre des moyens prévus.

 

1 - Mises au catalogue et réalisations techniques

A la fin 1970, la CII avait annoncé commercialement, outre les matériels de la série 10 000, deux ordinateurs de la gamme Iris : l’Iris 50 et l’Iris 80.

La période 1971 – 1974 a été une période de création très active tant sur le plan des matériels que sur le plan du logiciel.

1.1. Matériels

- Les matériels suivants ont été annoncés entre 1971 et 1973 :

. Iris 45, Iris 55, Iris 60, Iris 80 accéléré gestion

. Mitra 15

. Iris 35 M, Iris 55 M, Mitra 15 M

L’introduction de ces nouveaux matériels a été accompagné de celle de nombreux périphériques nouveaux dont deux ont été étudiés et sont réalisés à la CII : l’unité de disques magnétiques MD 100 et le dérouleur de bandes magnétiques PEN 21.

- L’année 1974 a vu l’annonce partielle de la nouvelle gamme Unidata :

. 7720 origine Philips

. 7730 origine Siemens

. 7740 origine CII

. 7750 origine Siemens

Deux modèles de la série 7000, tous les deux construits par CII et intéressant le haut de gamme, restent à annoncer : le 7760 et le 7770.

Ces matériels en sont à la phase essais des prototypes et leur livraison en clientèle doit intervenir début 1977.

Une nouvelle unité de disques magnétiques de capacité 200 millions d’octets, étudiée et réalisée par CII, a également été annoncée en 1974.

1.2. Logiciel

L’ensemble des systèmes commercialisés par CII a été doté d’un logiciel de base important dont les éléments marquants suivants ont été livrés durant la période 1971 – 1974 :

. Système d’exploitation Siris 3 pour Iris 45 – 50 – 55 – 60

. Système d’exploitation Siris 8 pour Iris 80

. Système de gestion de base de données SOCRATE

. Système de télégestion conversationnelle de transactions STRATEGE

et de nombreux autres produits appartenant au logiciel de base tels que TRANSIRIS, SCF, SOPHOCLE.

Parallèlement, de nombreux programmes d’application ont été développés en particulier dans le domaine de la gestion de production, de la presse, etc.

 

2 - Activité commerciale

Le chiffre d’affaires équivalent vente (hors marchés Plan Calcul) constitue l’une des meilleures mesures du développement de l’activité commerciale.

Le tableau ci-dessous permet la comparaison, année par année, des réalisations avec les prévisions du Plan Directeur, en MF.

 

1970

1971

1972

1973

Total 70/73

1974

Total 70/74

Plan Directeur

 

Réalisations

407,4

 

438,1

497,0

 

516,6

637,0

 

612,4

833,0

 

829,3

2 374,4

 

2 396,4

1 011,0

 

964,3

3 385,4

 

3 360,7

On constate que les réalisations ont été constamment supérieurs aux prévisions jusqu’à fin 1973 . Seule l’année 1974, pour les raisons déjà exposées, est très largement en-dessous des objectifs.

Entre 1970 et 1974 le chiffre d’affaires équivalent vente a été multiplié par 2,2, soit une progression annuelle moyenne de 22 %, très supérieure à celle du marché. A fin 1974, et en éliminant les anciennes séries SEA ou CAE, 384 ordinateurs civils de moyenne et grande puissance étaient en parc contre 44 à fin 1970.

En y ajoutant les petits ordinateurs civils (10 000 et Mitra), on obtient un parc total de 1 552 ordinateurs à fin 1974 contre 246 à fin 1970.

La valeur du parc installé de moyens et grands ordinateurs hors anciennes séries CAE ou SEA, et géré par CII, est passée de 217 MF à fin 1970 à 2 021 MF, soit une progression de 930 %.

En y ajoutant les petits ordinateurs 10 000 et Mitra, ce parc passe de 305 MF à fin 1970 à 2 520 MF à fin 1974, soit une progression de 826 %.

 

3 - Résultats

Les résultats nets de la CII ont été les suivants durent la période considérée :
1970 : +   746, 7 KF
1971 : + 5 070, 9 KF
1972 : + 5 263, 0 KF
1973 : - 9 977, 5 KF
1974 : - 56 116, 1 KF

On constate que les résultats cumulés 1971 – 1972 - 1973 aboutissent montant positif de + 356 KF.

Le résultat cumulé de 1971 à 1974 inclus correspond à une perte de – 55 760 KF.

Il convient ici de faire remarquer que ce résultat est obtenu en application des règles comptables en vigueur à la CII, règles dont on a pu constater à l'occasion de contacts avec d'autres constructeurs qu'elles étaient relativement sévères notamment en ce qui concerne les durées d'amortissement, les dépréciations et en particulier la prise en compte des contrats de location de longue durée.

En effet, le portefeuille CII de matériels placés en location contient une proportion importante de contrats longue durée, c'est-à-dire pour lesquels l'engagement du client est supérieur ou égal à la durée d'amortissement du matériel. La cession à la CILOMI à un niveau égal en moyenne à 80 % de l'équivalent vente introduit pour ces contrats une pénalisation.

Si les contrats de ce type, existant au 31.12.1974, avaient été pris en compte pour la valeur actualisée des revenus assurée dans le contrat, une plus-value de 71 MF aurait été dégagée.

Il convient de noter également que les Pouvoirs Publics étudient actuellement la possibilité de transformer tous les contrats 3 ans en provenance des Administrations en contrats 5 ans. Cette opération serait de nature à dégager également une très importante plus-value.

En ne prenant en compte que la plus-value correspondant aux matériels à contrat de longue durée existant en parc au 31.12.1974, le résultat cumulé de CII sur la période 1971 - 1974 serait de l'ordre de + 15 MF.

 

4 - Moyens financiers mis à la disposition de la CII sur la période

4.1. Marchés d’études Plan Calcul Civil et autres ressources

Durant la période la CII a reçu dans le domaine des études de matériels civils les aides suivantes :

Valeurs en MF

hors taxes

Plan Calcul

Civil

Marchés divers

DRME, CRI, etc.

Subvention

remboursables FDES

Totaux

1971

1972

1973

1974

 

Total

116,1

132,1

140,9

189,3

----------

578,4

-

1,9

1,8

5,4

---------

9,1

17,0

-

13,0

6,6

----------

36,6

133,1

134,0

155,7

201,3

---------

624,1

ur le montant de 36,6 MF de subventions remboursables, 4,6 MF ont déjà été remboursés.

 

4.2. Assurance Prospection

La deuxième Convention Plan Calcul prévoyait que pour faire face à des besoins complémentaires de financement (60 MF) pour la réalisation du programme d'implantation à l'étranger, les Pouvoirs Publics veilleraient au financement de ces opérations en faisant appel notamment aux modalités de l'assurance prospection.

Une Convention a été signée en décembre 1972 avec la Coface portant un montant de 34,6 MF couvrant, pour la période de garantie, les années 1971 -1976.

A fin 1974, les aides perçues au titre de l'assurance prospection s'élevaient à 27 046 KF dont il y a lieu de déduire 1 292 KF de prime d'assurance, soit en net 25 754 KF.

4.3. Subvention

La deuxième Convention Plan Calcul prévoyait l'octroi d'une subvention de 88,4 MF dont les versements s'échelonnaient comme suit :
- 1970 : 60,4 MF
- 1971 : 18,0 MF
- 1972 : 10,0 MF

Cette subvention correspondait à :
- Frais de lancement CII : 38,0 MF (exercices antérieurs à 197x)
- Frais de lancement Sperac : 22,4 MF (exercices antérieurs à 197x)
- Compensation de frais financiers : 20,0 MF

En dehors de cette subvention prévue par la deuxième Convention Plan Calcul, les Pouvoirs Publics ont accordé en 1973 une subvention de 60 MF, payée au deuxième semestre 1974 et destinée a à couvrir les charges complémentaires liées aux accords Unidata.

Cette subvention a été affectée pour :

- 19 MF à l'exercice 1973

- 41 MF à l'exercice 1974.

 

4.4. Évolution de l'actif du bilan entre 1970 et 1974

L'actif du bilan a été multiplié par un facteur 2,42 entre 1970 et 1974 tandis que le chiffre d'affaires équivalent vente hors Plan Calcul a été multiplié par un facteur 2.20 (964,3 / 439,1)

Le poste valeurs réalisables et disponibles étant fortement influencé par les facturations de fin d'année, notamment celles du Plan Calcul, il est préférable de comparer à l'évolution du chiffre d'affaires :

- Soit la somme des valeurs immobilisées et des valeurs d'exploitation :

1970 = 492,1

1974 = 1 073,0

Ratio 1974/1970 = 2,18

- Soit la somme immobilisations + valeurs d'exploitation qui constitue approximativement l'actif industriel :

1970 = 422,2

1974 = 915,2

Ratio 1974/1970 = 2,17

Si l'on tient compte de l'accroissement anormal des valeurs d'exploitation à fin 1974 dû à la conjoncture commerciale et que l'on peut estimer au minimum à 40 MF et si l'on tient compte par ailleurs de la provision de 11 MF constituée au titre des retours, on aboutit à un ratio 1974/1970 de 865 / 422 = 2,05.

 

S

7 janvier 1975: le Conseil du club de la péri-informatique décide qu’une action doit être envisagée par le club au sujet d’Unidata, Philips étant un danger mortel pour la péri-informatique française. "Il faut profiter de la création du groupe de travail (décidé par le nouveau Directeur de la DIELI, M. Pelissolo, pour étudier le rééquilibrage de la balance des comptes de la péri-informatique) pour annoncer la position du Club sur ce problème".

Les conclusions de la réunion précisent :

"Il doit être mis fin à la commercialisation des produits Philips sous le nom d’Unidata. Il est d’ailleurs à remarquer que, si l’avenir de la CII l’amenait à un rapprochement avec Honeywell, les mêmes précautions seraient à prendre vis à vis de ce constructeur. Il importe d’une manière générale que la péri-informatique française ne soit pas sacrifiée à la stratégie adoptée pour la grosse informatique".

 

7 janvier : Clarence William Spangle, patron d’Honeywell Information Systems (HIS) vient à Paris pour reprendre les négociations.

 

8 janvier 1975: début des négociations à l’hôtel Crillon, avec les deux maison-mères de la CII et le PDG d’Honeywell Bull.

D’emblée, une multitude de problèmes apparaissent, qui ne peuvent être réglés que par le gouvernement. Suite à une demande précise faite par les négociateurs français, HIS donne les préalables suivants :

A l’issue des quatre journées de négociations, Thomson et la CGE rédigent un compte rendu et l’adressent au ministère de l’Industrie : " L’affaire est trop compliquée pour nous, nous ne pouvons plus la mener seuls. C’est au gouvernement de négocier. "

 

24 janvier 1975: 400 employés de l’usine de Toulouse prennent le train pour Paris.

Rejoints par des délégations des établissements de la région parisienne (Vélizy, Louveciennes et les Clayes-sous-Bois), ils se rendent d’abord au ministère de l’Industrie et de la Recherche. " Vers huit heures du matin, le cortège s’est mis en route pour gagner l’Esplanade des Invalides… A hauteur du Palais d’Orsay, les policiers commencent à encadrer les manifestants. Un véritable barrage les attend à la sortie de la place des Invalides… Une délégation des quatre syndicats et des élus (Alain Savary, PS, s’est joint à Daniel Dalbéra, député communiste de Paris et à Claude Llabrès, conseiller général communiste de Toulouse) est reçue pendant deux heures au ministère de l’Industrie. "

Comme de coutume dans ce genre d’entretien, les conseillers techniques prodiguent des paroles lénifiantes sans aborder le fond du problème… L’affaire est trop importante. Dévoiler les conversations avec Honeywell ne pourrait que gêner l’action des quelques hommes qui tranchent…

Dans un communiqué, officieux, diffusé par l’Agence France Presse, le ministère de l’Industrie rappelle donc, au soir de la manifestation des employés, que " le dossier de l’informatique, actuellement à l’étude, devrait être réglé à la fin du mois de février.Les éléments fournis par la CII permettent de dire que, mis à part le cas du personnel à contrat de durée limitée, le plan de charge est assuré pour l’année 1975 et donc l’emploi préservé. "

 

28 janvier 1975: lettre de M. Barré à Monsieur Pelissolo, Directeur des Industries Électroniques et de l’Informatique.

Monsieur le Directeur,

A la suite des réunions de groupes de travail qui sont intervenues entre les représentants d’Honeywell-Bull et la CII au cours du week end dernier, M. Gest, Directeur Général et M. Sallé, Directeur Scientifique et Technique, m'ont fait parvenir chacun de leur côté un mémorandum que j'ai communiqués à mes Maisons-Mères et qu'il me paraît souhaitable de vous transmettre.

Il est certain que dans les négociations qui vont s'ouvrir, il y aura lieu de veiller à la protection des intérêts français dans le domaine de la politique des produits, si l'on veut éviter plus tard des répercussions fâcheuses pour l'actuelle clientèle de la CII.

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'expression de mes sentiments distingués.

 

De M. Gest à M. Barré

MÉMORANDUM

Les discussions sur la politique de produit qui ont eu lieu du 22 au 26 janvier 1975 au sein des groupes de travail Honeywell-Bull et CII ont fait apparaître des divergences profondes tant en ce qui concerne le long terme que le court terme.

1° - Long terme

Honeywell-Bull a souhaité engager la CII dans l'adoption d'une politique à long terme (ligne Y) alors qu'il était évident qu'un tel problème relevait de la politique générale de la future société pour laquelle un contrat de management est à mettre au point. En conséquence, le groupe de travail CII a clairement indiqué qu'il ne s'associait pas à un document préparé par Honeywell-Bull, traitant des missions confiées à terme à la nouvelle société et des rapports entre la ligne Y et la ligne Z.

Il était à craindre que par ce biais Honeywell-Bull n'évite de traiter le problème délicat de la rédaction d'un contrat de management susceptible d'être accepté par la partie française et définissant les conditions d'établissement de la politique produit à long terme, celle-ci ayant été en quelque sorte prédéterminée.

Les discussions ont clairement mis en évidence l'intention d'Honeywell-Bull de laisser centraliser chez HIS (USA) les affaires de la future gamme (6 XXX) dont les caractéristiques sont actuellement entièrement figées et sont incompatibles avec celles des matériels CII, UNIDATA et IBM.

S'engager sur une telle voie reviendrait à admettre la conversion sous le système d'exploitation HIS (GECOS) de la totalité des programmes d'application client relevant du parc CII dans les années qui viennent. Cette reconversion interviendrait dans une première phase pour les grands ordinateurs pour lesquels Honeywell-Bull se refuse à envisager la commercialisation d'X4 et X5, puis dans une deuxième phase pour les moyens ordinateurs, X2 n'ayant comme seule solution que d'émigrer à terme vers la ligne 6 XXX. Pour faciliter cette migration, Honeywell propose la réalisation d'émulateurs et d'outils de conversion.

 

Cette orientation pose un problème de fond en raison des dépenses très importantes de conversion qui seraient à exposer tant par le constructeur que par l’utilisateur, même avec l’appui des aides ci-dessus, et du fait également de l'impact désastreux sur la clientèle vis-à-vis de laquelle des engagements de continuité ont été pris, notamment auprès des Administrations. Il importe enfin de souligner que les engagements contractuels au sein d'UNIDATA seraient rompus et que dans ces conditions il ne resterait guère d'espoir de voir se réaliser une coopération européenne en matière d'informatique.

Un point n'a pas été abordé par les représentants de CHB : celui du maintien du modèle 62. Ce modèle de faible dimension relèverait de la de la NEWCO alors que Honeywell Italie resterait de capitaux Honeywell. Ceci est une anomalie source de conflits à terme et nous pensons que l'accord franco-américain devrait comporter l'arrêt de la fabrication et de la diffusion du modèle 62.

Ce matériel, n'étant pas compatible avec le 58 et ayant son propre OS, il parait étonnant que Honeywell préconise des mesures tendant à faire disparaître la continuité véritable des produits de la CII basés sur les lignes IRIS et X alors qu'elle met sur le marché dans une autre partie de la gamme des produits créant de nouveaux conflits.

Il est impératif que la politique de produit à long terme soit fixée selon les dispositions d'un protocole général qui est à définir (contrat de management) et que ces problèmes soient clairement traités avant tout engagement définitif.

 

2° - Court terme

Un désaccord profond est apparu également dans le domaine de la politique de produit à court terme.

On ne peut que souligner la contradiction des positions de Honeywell-Bull s'affirmant d'un côté partisan résolu d'une politique européenne et demandant par ailleurs l'effacement immédiat d'X4 et d'X5 et son remplacement par un système HIS à base d’émulateurs, solution qui n’a aucune chance d’être acceptée par nos partenaires dans UNIDATA.

En ce qui concerne les dispositifs émulateurs, il importe de souligner que, compte tenu de la dégradation de débit qu'ils introduisent notamment au niveau des entrées-sorties et compte tenu également de la complexité des environnements mis en œuvre dans les grands systèmes, il est impératif qu'une partie des applications fasse l'objet d'une conversion préalablement à l'installation du nouveau système, le reste des applications devant être converti dans les mois suivant la mise en route.

Le Comportement d'Honeywell-Bull dans ces négociations fait apparaître des éléments nouveaux : après une approche laissant espérer que la compagnie serait véritablement la réunion de l'exploitation des deux entreprises, les propositions d'Honeywell reviennent à absorber l'activité commerciale et le potentiel technique de la CII pour en tirer le maximum d’avantages dans le domaine commercial et pour bénéficier de l’appui et des aides gouvernementales ; mais Honeywell entend effacer au plus vite toutes les contraintes techniques et industrielles venant de la CII.

Il convient de rappeler que Honeywell-Bull représente un potentiel technique relativement restreint dans le domaine des ordinateurs. En dehors du modèle 64 qui est du niveau des IRIS 45/50, tous les autres ordinateurs étudiés par Honeywell-Bull sont du niveau d'un MITRA 15 et de ses successeurs transposés dans le domaine de la gestion. Les mesures proposées aboutiraient à faire perdre à la France la plus grande partie du potentiel technique accumulé jusqu'à ce jour.

 

Sur le plan industriel, la politique proposée par Honeywell-Bull ne manquerait pas d’avoir des conséquences extrêmement graves pour l’usine de Toulouse. L’abandon de X4 conduit à terme à une sous-charge de cette usine de l'ordre de plus de 25 % par rapport au potentiel réduit au seul personnel titulaire permanent et en supposant par ailleurs qu'un certain nombre de transferts en cours d'étude (alimentations, équipements militaires) ait pu être effectué.

La charge à court terme de l'usine de Toulouse se trouverait également affectée par la non-commercialisation des X4/X5. En effet, le groupe de travail commercial a évalué à 10 systèmes IRIS 55/60 et 17 systèmes IRIS la diminution des livraisons à effectuer sur la période 75 - début 77. Cette diminution aggraverait l'excédent constaté entre les besoins du programme commercial (nouvelle société) et la production lancée dons le programme industriel actuel, excédent égal à 17 unités centrales IRIS 80 et une dizaine d'IRIS 42/45/50. Dans ces conditions, les charges de l'usine de Toulouse attachées au matériel IRIS disparaîtraient pratiquement complètement à court terme et un problème très sérieux au niveau des valeurs d'exploitation se poserait.

 

De M. Sallé à M. Barré

MÉMORANDUM

Politique produit préconisée par CHB

Au cours de la série de réunions nous avons pu faire exprimer clairement à CHB la véritable politique qu'elle recommandait. Il est aussi apparu clairement que c'était la seule qu'HONEYWELL accepterait.

1 - Contrairement à ce que le schéma du Mémo T 106 laissait penser, la politique n'est pas la convergence vers une ligne future prenant en compte les impératifs des utilisateurs IRIS et 4004, mais l'alignement de ces utilisateurs sur le 66 puis le MED 6 XXX supportés par le GECOS 66.

Ce point nous a été exposé sans aucune ambiguïté. Le MED 6 XXX est en cours de développement. Il est rigoureusement compatible avec le modèle 66 actuel. Les extensions d'architecture qui seront progressivement mises en œuvre par le GECOS 66 sont déjà dans le modèle 66.

2 - Les utilisateurs de tous les modèles IRIS, 4004, X (et modèle 64) se convertiront à terme vers le GECOS 66. Les outils de conversion faciliteront cette opération.

Les systèmes d'émulation permettront d'étaler dans le temps une partie de cette conversion.

De ce fait, les frais de conversion seront partagés :

- une partie aux frais du constructeur

- une partie aux frais de l'utilisateur.

3 - Les conséquences de cette stratégie sont :

- Pour UNIDATA :

CII stoppe unilatéralement la politique gamme X. Il est impossible de présenter le 6 XXX avec émulateur X comme une version différente de X4/X5 ainsi que CHB le prétend.

Nous ne pouvons pas plus le faire vis-à-vis de SIEMENS que SIEMENS ne pourrait le faire vis-à-vis de ses utilisateurs 4004 et 7000.

- Pour les utilisateurs IRIS, il est impossible de présenter cette stratégie comme une continuité de la ligne IRIS.

- Pour le niveau de compétence maintenu en France, il est impossible de prétendre qu'il ne s'agit pas d'un abandon aux USA de la compétence grands systèmes (matériel et logiciel).

4- Une des justifications de la stratégie est que MED 6 XXX + GECOS 66 seront compétitifs avec FS. Le GECOS 66 pouvant, sur la base de l'architecture du 66, évoluer de façon satisfaisante jusqu'en 1985.

Il est difficile de se prononcer sur la validité de cette approche. Tout ce qu'on peut dire c'est qu'un tel raisonnement aurait pu tout aussi bien être retenu pour la politique produits d'UNIDATA, apportant des économies notables mais ne fournissant probablement pas les mêmes garanties de compétitivité. C'est la raison pour laquelle UNIDATA n'a pas, de son côté envisagé la lutte contre la FS, à partir d'un aménagement aussi simple de la ligne X (ligne 7000).

 

31 janvier1975 : mémorandum de M. Barré, envoyé à MM. de l’Estoile et Kornblum.

OBJET : RÉUNION BRULÉ - BARRÉ du 31.JANVIER 1975

1. A la suite des divergences apparues entre les groupes de travail Honeywell et CII, j'ai rencontré M. Brûlé aujourd'hui 31 janvier 1975.

Vous trouverez ci-joint un document établi au cours de cette réunion qui paraît constituer la limite acceptable pour les deux parties.

Celui-ci ne constitue pas un engagement mais une tentative de solution qui reste à faire accepter d'une part, par Honeywell et d'autre part, par le Gouvernement et les Maisons-Mères de la CII.

 

2. On notera les points importants suivants :

- Le problème de la continuité de la ligne X dans l'avenir est reporté à la mise au point du "contrat de management" qui demeure un élément fondamental à régler dans l'accord.

- La coexistence de Newco et des industriels de la péri-informatique est traitée de manière assez vague ; il n'est pas possible, semble-t-il, d'aller plus loin.

- Malgré ma demande, M. Brûlé estime tout à fait impossible d'éliminer le produit 62 auquel pourrait pourtant s'appliquer le raisonnement utilisé par Honeywell pour exiger la suppression du X4 et du X5.

 

3. Il est clairement apparu au cours de la discussion que M. Brûlé considérait que le montant d'aide gouvernementale indiqué (1.150 millions) correspondait à la politique produits indépendante de toute contrainte ; seuls les critères économiques sont considérés.

Il appartient au Gouvernement de décider si la politique produits de Newco doit respecter certains principes en matière de continuité des programmes.

Honeywell considère que de telles demandes devront faire l’objet d'un financement particulier supplémentaire.

 

4. M. Brûlé m'a confirmé qu'il lui paraissait inutile de remettre en cause le refus d'Honeywell d'accepter l'apport de l'usine de Toulouse.

 

5. M. Brûlé doit confirmer son approbation au texte ci-joint.

 

POLITIQUE PRODUITS

1. La politique de NEWCO en matière de nouveaux produits sera fixée dans le cadre d'une structure de concertation à déterminer à l'occasion de l'accord en cours de négociation.

Les règles de fonctionnement de cette structure devront laisser place aux obligations qui découlent ou découleront des demandes particulières du Gouvernement français qui devront donner lieu à un financement particulier.

 

2. En ce qui concerne les produits de la ligne actuelle de CII et d'HONEYWELL BULL, les dispositions suivantes sont acceptées par les deux parties :

- Dans le haut de gamme, le produit du catalogue sera constitué par la ligne 66 d'HONEYWELL.

Toutefois, les lignes X4 et X5 seront poursuivies jusqu'à nouvel ordre dans l'attente des éléments suivants :

. Position du Gouvernement français concernant la continuité du parc IRIS 80 et acceptation éventuelle de solutions à base d'émulation,

. Position de SIEMENS et PHILIPS vis-à-vis du remplaçant du X4 et du X5 par le produit HONEYWELL 66 utilisant un émulateur ou par toute autre solution.

Les dépenses engagées dans cette période transitoire, au cas où X4 et X5 seraient ensuite abandonnés, feront l'objet d'un financement d'origine française.

- Dans le milieu de la gamme, les produits du catalogue, c'est-à-dire le X2 de CII et le 64 d'HONEYWELL BULL, seront poursuivis simultanément :

. La commercialisation de la ligne IRIS 45/60 sera poursuivie jusqu'à son terme normal auprès de la clientèle qu'elle s'est créée ; son remplacement progressif sera assuré en priorité par les produits X2.

. Le matériel X2 sera diffusé dans la partie supérieure de la gamme, aussi bien en France qu'à l'étranger ; il assurera la continuité des lignes IRIS 45/60 et sera utilisé systématiquement pour prendre pied dans l'actuelle clientèle IBM.

. Le matériel 64 sera diffusé dans la partie inférieure de la gamme ; il sera commercialisé en France et à l'étranger dans les filières commerciales déjà abordées par HONEYWELL BULL pour assurer la continuité des programmes.

. Les opérations de coopération internationale entreprises avec l'étranger sous l'égide du Gouvernement français, en particulier en direction des Pays Socialistes, seront poursuivies à partir du matériel d'origine CII.

- Dans le bas de la gamme, il est reconnu par les deux parties que la future société NEWCO aura la charge exclusive pour l’ensemble constitué par NEWCO et HONEYWELL, de développer le matériel de mini-informatique et de péri-informatique :

. Ce développement utilisera au maximum les ressources pouvant découler de l'existence d'un Plan de la péri-informatique national auquel il sera demandé que NEWCO soit associée,

. Les produits du catalogue initial de NEWCO en bas de gamme, comprendront les 61 et 62 d'HONEYWELL BULL et le MITRA en application gestion et calcul scientifique.

. La société en charge de l'usine de Toulouse conservera le fonds de commerce attaché au MITRA.

 

janvier 1975 : à l’occasion d’une réunion d’information interne, le Président Barré a indiqué que le chiffre d’affaires hors taxes de la CII en 1974 a été de 1.388 millions de francs, soit une progression de 15 % par rapport à l’année précédente.

Le Président a tenu également à souligner les bons résultats obtenus dans la période couvrant les cinq dernières années ; en effet, de 1969 à 1974 :

- le chiffre d’affaires est passé de 367 millions en 1969 à 1.388 millions de francs en 1974,

- le pourcentage du chiffre d’affaires réalisé avec le secteur privé qui était de 10 % en 1969 est passé à 44 % en 1974,

- le pourcentage des ventes à l’exportation est passé de 15 à 18 %,

- l’informatique générale qui représentait 18 % de l’activité en 1969 constitue maintenant 78 %,

- la valeur du parc est passé de 478 à 2.300 millions de francs,

- le nombre de systèmes livrés est passé de 650 à plus de 2.000,

- les effectifs passant de 4.757 en 1969 à 80818 en 1974, le chiffre d’affaires par employé a augmenté dans le même temps de 77 KF à 138 KF.

Tout ceci, pour la période considérée, a conclu le Président, est très satisfaisant ; cependant les résultats de 1974 sont moins bons car c’était une année difficile due à l’adaptation des activités de la compagnie au programme Unidata. D’autre part les incertitudes qui ont pesé un certain temps sur les intentions gouvernementales ont conduit une partie de la clientèle à différer ses commandes de matériels CII. "

 

 

8 février 1975: dans un article publié par Le Monde (daté du 9-10 février), Alain Peyrefitte manifeste au grand jour ses inquiétudes. Le titre, à lui seul, résume sa pensée : " Les sirènes atlantiques ".

" Le gouvernement lui-même hésite visiblement devant l'importance du dossier et la dimension de l'effort regrettant peut-être de ne pas voir le secteur privé l'assumer ou de ne pouvoir s'en remettre aux sirènes du confort qu'apporterait la domination technique américaine. Il est temps de réagir. Qui doute que le général de Gaulle ne l'aurait fait ? " Il faut donc " assurer l'avenir de la C.I.I. au sein d'Unidata "... " Toute autre solution constituerait un abandon. Si elle était purement française, la C.I.I. serait réduite à un rôle d'arsenal ; et si elle était pseudo-française - comme ce serait le cas si la proposition d'Honeywell était retenue - on aboutirait pratiquement à payer cette société pour qu'elle prenne le contrôle de la C.I.I. ". Rappelant le précédent des Machines Bull, Alain Peyrefitte poursuit: " Ces expériences répétées ne suffisent-elles pas à montrer que c'est une politique de Gribouille que de payer les Américains... pour qu'ils nous achètent. "

 

18 février 1975: nouveau conseil interministériel à l’Élysée. Son but : redonner confiance aux clients CII et, accessoirement, à son personnel ; éviter la faillite pure et simple de la compagnie ; calmer les esprits. Tout ceci pour que les négociations avec Honeywell puissent se poursuivre sans trop de remue-ménage. On clame donc haut et fort que le gouvernement français a " décidé de concrétiser la volonté exprimée lors du conseil du 29 novembre par le chef de l’État de voir se perpétuer l’effort industriel français dans l’informatique et d’y consacrer les moyens nécessaires. "

 

21 février 1975: mémorandum de M. Barré, transmis à MM. Walhain, Pébereau, de l’Estoile, de Combret, Le Bars et Thomassin.

Négociations tendant au regroupement d’Honeywell Bull et CII

 

A la veille de la reprise des négociations franco-américaines tendant à regrouper Honeywell Bull et CII, il paraît utile de faire la synthèse des difficultés qui restent à vaincre pour aboutir à un accord satisfaisant.

 

1. POLITIQUE DE PRODUITS.

Ce problème est très probablement le plus grave :

- Honeywell maintient son désir de voir disparaître les X4 et X5 de CII, bien qu'il déclare attacher de l'importance à la poursuite d'un accord européen.

- Les projets techniques d'Honeywell ne laissent pas apparaître de possibilité de continuité des lignes CII pour la prochaine génération ; émulation ou conversion seront donc nécessaires.

On doit voir clairement qu'un tel programme correspond en fait à l'abandon de tous les efforts faits depuis 8 ans en faveur du Plan Calcul. Ces efforts ne se sont pas seulement matérialisés par la mise au catalogue d'ordinateurs et de périphériques, mais aussi par le développement d'importants logiciels sur lesquels des travaux ont été développés dans les centres de recherche français et sur lesquels les grands clients ont construit leur programme d'applications.

 

Non seulement il est indispensable d'obtenir le maintien du produit X2 et de ses dérivés potentiels, mais il faut se refuser à accepter la disparition des X4 et X5 tant qu'une solution acceptable n'aura pas été trouvée pour la mutation de la clientèle française et tant que l'avenir des rapports avec Unidata n'aura pas été éclairci.

De même, on ne doit pas accepter à priori la position américaine concernant la génération future. Il serait probablement dangereux de débattre de ce difficile problème dans le cadre de la présente négociation ; par contre, il est essentiel de fixer au plus vite des conditions d'établissement de la politique produits future entre Honeywell et la nouvelle société.

Un protocole est à mettre au point qui tienne lieu du "contrat de management" réclamé par Honeywell ; on peut craindre en effet que l'intention initiale d'Honeywell ait été d'obtenir par le biais de ce contrat de management, le contrôle de la politique des produits de l'ensemble ; l'établissement de ce protocole doit permettre, par conséquent, de lever tout doute à cet égard et de maintenir du côté français, le droit à une participation équilibrée à cette politique.

(voir en annexe les conclusions à tirer du rapport des experts techniques sur les problèmes posés par la politique de produits.)

 

2. AIDES DEMANDÉES AU GOUVERNEMENT FRANCAIS

Ces aides sont essentiellement de deux natures :

- Tout d'abord, un crédit d'étude ou une subvention de 1 milliard 150 millions destiné à permettre à la nouvelle société de franchir la période transitoire au cours de laquelle s'effectuera la rationalisation des activités de la nouvelle société.

En principe, cette somme constitue un forfait et la nouvelle société prévoit de ne plus faire appel à l'aide financière des Pouvoirs Publics à partir de 1979.

Or, il est apparent que cet objectif sera très difficile à atteindre ; Honeywell trouve là une justification pour appliquer une politique produits très restrictive vis-à-vis des lignes X et Iris.

Si un alignement rapide sur le catalogue présent et futur d'Honeywell constitue la solution la plus économique pour la nouvelle société, cette économie se traduira par des frais élevés et de sérieuses complications pour la clientèle. Il est difficile d'admettre, dans ces conditions, l'allocation d'une importante subvention à la nouvelle société.

L'opération risque de se résumer ainsi pour l'opinion publique " On a donné plus d'un milliard à Honeywell pour se débarrasser de CII. "

- Une protection commerciale renforcée dans le domaine des Administrations et des organismes parapublics :

A la suite d'une étude faite conjointement par le groupe de travail commercial CII/Honeywell Bull, il avait été admis qu'il serait demandé au Gouvernement qu'il garantisse les quotas suivants dans les commandes dépendant de lui :

. Pour les Administrations :

55 % des remplacements,

70 % des nouveaux sites.

. Pour les organismes parapublics :

30 % des remplacements,

40 % des nouveaux sites.

On notera que ces quotas sont très supérieurs, de l'ordre du double à ceux dont bénéficie aujourd'hui la CII.

Or, Honeywell Bull établit ses prévisions actuelles sur des chiffres encore supérieurs :

. Pour les Administrations

75 % des remplacements,

90 % des nouveaux sites.

. Pour les organismes parapublics :

50 % des remplacements,

60 % des nouveaux sites.

On ne doit pas se cacher que ces chiffres sont irréalistes pour beaucoup de raisons, et en particulier, les nécessités de continuité des programmes chez les grands clients, une conversion aussi rapide des marchés de l'Administration en faveur de la nouvelle société est plus qu'improbable.

On risque de trouver, là encore, une justification du Groupe Honeywell pour pratiquer une politique exclusivement fondée sur des critères économiques sans égard pour les conséquences financières et opérationnelles des anciens clients de la CII, en particulier des Administrations.

L'adoption de quotas réalistes doit être faite.

 

3. USINE DE TOULOUSE.

Les Américains n'ont jamais voulu revenir sur leur refus d'accepter l'apport de l'usine de Toulouse.

S'il est probable que la nouvelle société aura intérêt à concentrer ses moyens de production dans un nombre réduit de Centres, il existe au moins trois raisons pour lesquelles le préalable américain ne devrait pas être accepté :

- Il n'est pas possible de transférer les fabrications Iris dans un autre Centre ; cette famille de produits s'éteindra d'ici deux ans et le déménagement de sa fabrication serait un contresens économique.

Les fabrications concernant la ligne X doivent également être maintenues à Toulouse pendant une certaine période, en raison de la nécessité de conserver des charges à cette usine.

Pendant plusieurs années, Toulouse travaillera donc essentiellement pour la nouvelle société et l'on ne voit pas pourquoi elle ne lui serait pas apportée ; il sera temps, plus tard, d'étudier sa vente ou sa conversion à d'autres activités.

- L'usine de Toulouse a été créée pour la CII ; elle est spécialisée dans des fabrications informatiques, d'une nature très spécifique. Elle comporte, en particulier des moyens de câblage automatique et des installations de circuits imprimés dont l'utilisation par d'autres industries est improbable, sans parler d'un effectif important de techniciens d'essais des produits et des systèmes dont le réemploi est impossible à d'autres tâches sans une lente conversion.

Pour cette raison encore, il est impossible d'envisager un changement brusque d'activité à l'usine de Toulouse.

- Cette usine restera donc dépendante des commandes que lui passera la nouvelle société pendant plusieurs années ; ces commandes dépendront du volume d'affaires que la nouvelle société fera à partir du catalogue Iris et du catalogue X ; les remarques faites aux paragraphes précédents ne sont pas encourageantes à ce propos.

On peut craindre que les effets additionnés d'une politique orientée sur la ligne Honeywell et d'une impossibilité de réaliser les quotas exagérés planifiés par Honeywell Bull, apportent une grave sous-charge à l'usine de Toulouse.

Il est certes envisagé de demander aux Pouvoirs Publics une indemnité au cas où ces dernières prévisions ne se réaliseraient pas ; même si c'est le cas, on imagine mal une usine conservant à ne rien faire une partie notable de son personnel.

En conclusion, il n'est pas raisonnable de laisser à d'autres actionnaires les soucis financiers et opérationnels d'une usine dépendant aussi étroitement de la nouvelle société.

 

4. SORT DES ACTIVITÉS CII NON APPORTÉES

La reprise par Honeywell Bull de l'informatique générale de la CII laisse isolées certaines activités : les affaires militaires, spatiales et aéronautiques, les affaires de commutation téléphonique et les affaires touchant les mini-ordinateurs.

- En ce qui concerne les mini-ordinateurs, Honeywell Bull souhaiterait les absorber en raison du rôle qu'ils jouent dans les systèmes d'informatique générale.

On rejoint là le problème de l'usine de Toulouse ; si cette usine n'est pas reprise par Honeywell Bull, il paraît peu souhaitable d'accepter, par contre, la reprise des mini-ordinateurs ; ceux-ci constituent en effet, aujourd'hui, la seule activité restant dans cette usine en dehors des lignes Iris et X.

- Les activités militaires, spatiales, aéronautiques et commutation sont étroitement liées sur le plan des produits aux matériels et aux logiciels d'informatique générale.

Leur nature, cependant, rend nécessaire leur disjonction de la nouvelle société qui comportera 49 % de capitaux américains.

Si la nouvelle société doit absorber Toulouse et les mini-ordinateurs, il paraît possible de filialiser les activités militaires, spatiales et aéronautiques, d'une part, et les activités commutation, de l'autre, sous le contrôle des deux Maisons-Mères de la CII.

Par contre, si la nouvelle société ne reprend pas Toulouse, il est indispensable que ces activités ainsi que celles qui relèvent des mini-ordinateurs, restent associées dans une société unique.

Deux raisons militent en faveur de cette position :

. La plus grande cohésion possible doit être maintenue pour charger l'usine de Toulouse,

. Il serait psychologiquement désastreux, à l'occasion du rapprochement envisagé, de découper la CII en 4 ou 5 tranches ayant des destinations diverses.

 

5. LA PÉRI-INFORMATIQUE

La nouvelle société héritera d'Honeywell Bull la charge de développer la mini-informatique et la péri-informatique du Groupe Honeywell.

Ce domaine fait l'objet actuellement d'un Plan Calcul particulier dans le but de développer l'industrie de la péri-informatique dont les constructeurs se sont groupés dans un Club.

Il y a donc là une perspective de conflit important avec l'industrie nationale de la péri-informatique.

 

6. LE FINANCEMENT DE LA NOUVELLE SOCIÉTÉ

La nouvelle société exigera des capitaux pour ses futurs développements.

Honeywell semble vouloir maintenir une participation de 49 % dans les années à venir mais paraît, en même temps, s'attendre à ce que la nouvelle société se développe le plus possible par autofinancement. Ce sentiment trouve une confirmation dans les informations reçues des Etats Unis concernant la situation de la société américaine.

On peut donc craindre que des difficultés naissent lors des prochaines augmentations de capital, la minorité de blocage américaine étant susceptible de s'opposer aux augmentations de capital nécessaires.

Ce point doit être éclairci avant la signature de l'accord, car une telle situation mènerait progressivement à la stérilisation des activités françaises au profit des activités américaines, et on aboutirait, au bout de quelques années, à une situation semblable à celle que connaît aujourd'hui Honeywell Bull dans le Groupe Honeywell : le véritable fonds de commerce informatique se situe dans la ligne développée aux États-Unis, Honeywell Bull se voit cantonné dans la mini-informatique et dans l'ordinateur 64 de petites dimensions.

 

7. UNIDATA.

La CII a signé deux accords de caractère général, l'un avec Siemens en janvier 1972, l'autre avec Siemens et Philips en juillet 1973.

Des accords particuliers s'inscrivant dans le cadre des accords précédents ont également été signés ; parmi ceux-ci, on peut noter :

- Les accords de janvier 1973 par lesquels CII a pris en charge les intérêts de Siemens en France et réciproquement, Siemens a pris les intérêts de CII en Allemagne.

- Certains accords concernant la politique des produits, et en particulier ceux qui concernent les ordinateurs X4 et X5.

La création de la NS pose de nombreux problèmes pour l'application de ces divers accords. Ceux-ci cesseront d'être applicables dans leur forme actuelle ; leur renégociation sera indispensable.

L'attitude de Siemens au cours des dernières réunions Unidata a pu laisser penser que la société allemande ne rejetait pas, à priori, la création de NS, mais la position prise par M. Matthöfer, Ministre de la Technologie du Gouvernement allemand, ne va pas dans le même sens, et l'on peut craindre que Siemens se refuse finalement à accepter les implications de l'opération.

Si c'est le cas, Siemens, et peut-être Philips, accuseront CII d'avoir rompu les accords et demanderont une lourde indemnisation ; la partie française pourra, de son côté, opposer à ses partenaires, et en particulier à Siemens, les libertés qu'ils ont prises avec ces mêmes accords ; on risque donc d'entrer dans une période de contentieux déplaisante et préjudiciable sur le plan commercial.

 

A ce risque connu depuis l'origine des conversations avec Honeywell, il faut ajouter une conséquence opérationnelle grave d'une rupture d'Unidata conduisant à une action en justice : le catalogue Unidata était, par définition, un catalogue intégré ; si Siemens, depuis plusieurs mois, a pris des mesures pour souffrir le moins possible d'une défection de la CII, il n'en a pas été de même du côté français et la commercialisation du 7740 (X2) dépend aujourd'hui de certains éléments d'origine allemande ou hollandaise.

Une rupture contentieuse d'Unidata pourrait conduire les partenaires de la CII à lui refuser la fourniture de ces éléments, stérilisant les ventes du produit français jusqu'à ce que des solutions de remplacement aient pu être développée, c'est-à-dire pendant deux ans.

Il est donc essentiel que l'accord entre Honeywell et le Gouvernement français n'apporte pas trop d'arguments à Siemens et Philips pour rompre l'accord Unidata.

C'est dans cet esprit que l'abandon du X4 et du X5 ne peut être admis à priori, en raison de l'intérêt de ces deux machines pour la haut de gamme de la ligne X.

Tous les efforts français doivent tendre à ce que l'opération s'achève avec Siemens et Philips par la mise au point de dispositions maintenant l'existence d'une association Unidata très assouplie à l'intérieur de laquelle les partenaires de la CII accepteraient NS comme la nouvelle partie française de l'association.

 

ANNEXE

POLITIQUE DE PRODUITS

 

1. CONCLUSIONS DES EXPERTS TECHNIQUES

- Dans le haut de gamme, il n'est pas possible de réaliser une émulation acceptable.

L'abandon du X4 et du X5 conduira donc à la conversion des programmes Iris 80, opération très onéreuse.

Il n'est pas certain qu'une conversion des programmes Iris 80 en direction d'IBM ne soit pas d'ailleurs moins chère qu'une conversion en direction des produits Honeywell, ce qui ne facilitera pas la conservation de la clientèle.

- Dans la partie basse de la gamme, il est techniquement possible de réaliser un émulateur permettant le passage des produits CII vers les produits Honeywell, mais :

. L'opération est applicable aux Iris 45, 50 et au X2, les Iris 55 et 60 sont, comme l'Iris 80, de trop grosses machines pour que l'on puisse envisager l'opération.

. Une émulation consomme un volume de mémoires important et réduit les performances du programme sur le nouvel ordinateur. L'émulation exigera donc le passage à une machine plus performante que la machine initiale, et l'opération ne paraîtra acceptable au client que si elle intervient à l'occasion d'un changement de machine nécessité par un fort accroissement de puissance, de manière à ce que la perte de performances soit masquée par la grande augmentation de puissance demandée.

 

2. OBSERVATIONS COMPLÉMENTAIRES

- L'émulation est un procédé connu depuis longtemps et apprécié par la clientèle à sa juste valeur. Il n'est pas impossible que sous la pression du Gouvernement, les Administrations acceptent de s'y prêter. Pour la clientèle privée et surtout pour la clientèle étrangère, elle constituera très probablement une contrainte désagréable qui les conduira à se tourner vers d'autres fournisseurs.

On ne doit pas oublier les opérations de coopération internationale qui ont été montées ou qui sont en cours de négociation avec l'appui énergique du Gouvernement français : Roumanie, Pologne, Corée, Cuba, Hongrie, etc.

- Dans les deux cas, haut de gamme ou bas de gamme, la nouvelle d'une conversion immédiate ou future des programmes CII en programmes Honeywell entraînera pratiquement l'arrêt des prises de commandes des matériels CII.

Pourquoi un nouveau client irait-il s'équiper d'un matériel destiné à lui apporter des problèmes de continuité lors de sa relève ?

Pourquoi un client disposant déjà d'un parc de matériels CII irait-il alourdir son problème en accroissant ce parc et en augmentant l'étendue des programmes qui seront destinés un jour à être convertis ou émulés ?

 

3. CONCLUSIONS

Pour toutes ces raisons, la mise au point d'une politique produits de la nouvelle société est très délicate ; cet état de choses est bien connu depuis l'origine des négociations et j'ai attiré l'attention sur ce point à de nombreuses reprises.

Réaliser l'opération projetée exige évidemment une répartition de la gamme entre Honeywell et la société française. Il est hors de question d'espérer obtenir d'Honeywell l'abandon du haut de gamme ; dans ces conditions, il faut bien admettre, au cas où l'aspect Unidata de la question pourrait être réglé, que X4 et X5 seront finalement abandonnés et qu'il faudra payer la conversion des programmes Iris 80 dont la clientèle est aujourd'hui essentiellement gouvernementale.

Par contre dans le bas de gamme, en échange du sacrifice effectué au niveau X4-X5, on doit obtenir une totale garantie de la pérennité des lignes Iris et du X2.

Céder sur ce point revient à faire disparaître la totalité de l'expérience et des compétences acquises par le Plan Calcul au bénéfice d'une ligne Honeywell d'inspiration intégralement américaine puisque la série 64, non compatible avec la série 66, ne représente pas un actif technique à la dimension de la nouvelle société.

Que fera-t-on des équipes techniques de la CII qui en 7 ans ont développé un catalogue complet, si le bas de gamme relevant de la nouvelle société est appuyé sur l'avenir des petites machines existantes d'Honeywell Bull ?

Que fera-t-on de l'usine de Toulouse qui verra, comme il est dit plus haut, ses charges en matériel Iris et en matériel X s'effondrer du fait de la perte de nombreux clients ?

Si la partie française accepte que le haut de gamme soit centré sur la ligne 66 et ses successeurs, Honeywell doit de son côté admettre que le bas de gamme sera centré sur la ligne Iris, le X2 et ses successeurs, la ligne 64 étant un produit parmi d'autres, sans plus.

 

25 février 1975 : plans Unidata dans les deux hypothèses de base, continuation ou fusion.

PRÉSENTATION ET HYPOTHÈSES DE BASE DU PLAN UNIDATA 1974 - 1978

1. INTRODUCTION

Conformément à la demande des gouvernements français et allemands, deux plans ont été préparés pour la période s'étendant de 1974 à 1978.

Hypothèse Association – Hl :

Le premier de ces plans est basé sur l'hypothèse dans laquelle les activités d'Unidata continueraient dans le cadre de l'association telle que définie dans l'accord de Juillet 1973, en prenant en compte les mesures déjà adoptées par chaque partenaire dans leur propre organisation. En raison de la divergence des intérêts économiques des partenaires, l'expérience des deux dernières années a montré que cette hypothèse devait être considérée comme une référence théorique non stable. En fait, il est probable que l'Association fonctionnerait sur la base d'une coopération générale avec des échanges de type OEM entre les partenaires et il est à craindre que dans ces circonstances les hypothèses de ce plan changent pendant la période étudiée.

Hypothèse Fusion - H2 :

Le deuxième plan est basé sur une fusion complète des activités informatiques de chacun des trois partenaires en une compagnie unique.

Les hypothèses et définitions présentées ci-dessous ne sont pas à considérer comme des décisions prises par les partenaires, mais seulement comme des hypothèses de travail destinées à établir les différentes versions du plan.

 

2. DEFINITION DE L'HYPOTHÈSE "ASSOCIATION H1"

2. 1 Organisation

- L'organisation est basée sur les structures et les conditions figurant dans l'accord existant Unidata et ses annexes.

- Il a été également supposé que le coût et le contrôle des RAC (Regional Assistance Center) seraient inclus dans les compagnies industrielles françaises, allemandes et hollandaises.

Le RAC Paris/CII correspond aux compagnies locales de ventes (Local Sales Companies) LSC France, LSC Espagne, bureaux de vente et export direct (Afrique francophone, pays de l'Est, Suisse (pour une partie), Moyen-Orient et autres pays).

Le RAC Apeldoorn/Philips correspond à LSC Hollande, LSC Belgique et LSC Scandinavie.

Le RAC Munich/Siemens correspond à LSC Allemagne, LSC Autriche, LSC Italie, Afrique du Sud, pays de l'Est, Suisse (pour une partie) et autres pays.

 

2.2 Politique Produit

Dans cette hypothèse, la politique produit est caractérisée par les éléments suivants :

- une base générale, commune à tous les partenaires,

- une utilisation de produits différents entre les partenaires en raison de la prise en compte des intérêts économiques ou sociaux propres à chacun des partenaires.

En fonction des mesures déjà prises par les partenaires, certaines hypothèses ont été établies suivant les éléments ci-après :

- Utilisation par Siemens, au début de la période, d'une certaine quantité d'une version dégradée de X3 et d'une version bi-processeur remplaçant partiellement les CII X2 et X4.

- Politique présentant certaines différences entre les partenaires pour des périphériques tels que mémoires à disque et mémoires à bande magnétique ainsi que pour les logiciels de base.

Ces points ont été analysés en détail dans un document séparé.

Les conséquences de cette politique seront :

- Dans certains cas, sur le plan industriel et économique, une duplication des efforts techniques et industriels, aboutissant à des investissements et à des coûts additionnels ;

- Sur le plan commercial, un manque de compétitivité des produits Unidata vers 1977, 1978, en raison de l'absence de développement de certains produits due à l'insuffisance de moyens techniques ;

- D'un point de vue général, en raison de l'impossibilité économique d'accroître les dépenses de recherche et de développement au-delà des chiffres actuels, les ressources nécessaires au développement en temps voulu de la ligne future ne pourront être dégagées.

 

3. DÉFINITION DE L'HYPOTHÈSE "FUSION H2"

3. 1 Organisation

- Il a été supposé qu'une fusion complète de toutes les activités informatiques des trois partenaires prendrait effet à partir du 1er janvier 1976.

- Les compagnies de vente locales (LSC) seraient en place à la même date.

- Il a été supposé également qu'un commandement unique serait établi aussitôt que possible, en 1975, afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour aboutir dans les délais les plus courts à une situation générale économique meilleure, une cornpétitivité améliorée et à une meilleure pénétration d'Unidata dans le marché informatique. Il est néanmoins évident que 1975 et 1976 seront des années de transition et que les avantages de la fusion ne pourront être apparents qu'à partir de 1977.

- Les mesures de rationalisation toucheront principalement :

- l'organisation des programmes de recherche et de développement, afin d'éviter toute duplication superflue entre les centres industriels (Supply Centers) et afin de dégager les moyens nécessaires pour les études des produits essentiels pour l'avenir d'Unidata.

- la répartition et l'organisation des fabrications entre les centres industriels, avec des spécialisations appropriées aboutissant à une réduction des coûts de fabrication.

- l'organisation des services d'assistance à la clientèle avec un partage entre les centres industriels des moyens et compétences en fonction des produits et des types d'application, afin d'assurer un meilleur service pour un coût moindre.

- Les mesures de rationalisation et d'organisation seront établies dans les limites des possibilités locales et sociales en s'assurant que le partage des conséquences est équilibré entre les partenaires. Les effets économiques de ces mesures seront pris en considération sur le plan financier d'une manière progressive à partir de 1977.

 

3. 2 Politique Produit

La politique produit dans cette hypothèse est caractérisée par une totale unification et par une optimisation au niveau global d'Unidata :

- Réduction du nombre de types d'Unités Centrales fabriquées de façon à décroître les coûts de tests, les coûts de maintenance et les coûts de fabrication ;

- Suppression des duplications d'étude et de fabrication pour certains périphériques ;

- Concentration sur un nombre réduit de modèles techniques pour des besoins commerciaux identiques dans le domaine des périphériques ;

- Utilisation des moyens disponibles pour l'étude de produits essentiels non encore couverts : librairie, contrôleurs de disques, terminaux...

- Politique de convergence aussi rapide que possible pour les logiciels de base, en prenant en compte toutes les contraintes résultant de la clientèle ;

- Préparation de la ligne Unidata future.

L'ensemble de cette politique fera l'objet d'une définition précise et détaillée dans le courant des prochains mois. Il est toutefois possible dès maintenant d'envisager un certain nombre de mesures concrètes au titre d'hypothèses de travail.

 

Cette note se continue avec les chapitres suivants, non reproduits ici :

4. VOLUMES – PÉNÉTRATION DU MARCHÉ – IMPACT DE LA LIGNE FS

4.1 Pénétration du marché

4.2 Politique de prix

4.3 Impact de la ligne FS (future ligne IBM)

4.3.1 Impact économique

4.3.2 Impact technique et commercial

4.3.3 Contre-mesures du gouvernement

4.3.4 Contre-mesures Unidata

5 HYPOTHÈSES ÉCONOMIQUES

5.1 Effets de l’inflation

5.2 Taux d’intérêt

5.3 Mesures de rationalisation

Cette note se termine par les deux tableaux suivants :

Tableau Association

En MFF

1974

1975

1976

1977

1978

1 – Modèle de base Association sans FS (H1A)

Pertes et profits hors marchés d’études et subventions

 

 

-1137

 

 

-1190

 

 

-1091

 

 

-851

 

 

-659

2 – Influence FS (H1B)

Pertes additionnelles dues aux baisses de tarif : 3% en 77, 10% en 78

6% en 77, 20% en 78

     

 

 

-111